Il paraît que je lui ai crevé le tympan à la chanteuse assise devant moi ! Je suis comme ça, moi ! Quand je chante dehors, je chante à plein volume ! Et mon kazoo, je souffle dedans avec enthousiasme !
Déjà, tout à l'heure, quand Daniel faisait tourner son orgue de barbarie, l'instrument couvrait sa voix. Heureusement qu’on était là, avec Sir Emmanuel, pour le soutenir vocalement!
Quel pied cela a été, les retrouvailles avec la chorale des « Copains Thabor » ! Je connaissais pratiquement tout de leur répertoire : « Les Petits papiers », « Ma liberté », « Dirty old town », « La Ballade Nord irlandaise », « Armstrong » de Nougaro, "Amsterdam" de Brel sur laquelle je me suis défoncé et leur chanson bolivienne, "Chichiguai" ! J'avais chanté avec eux dans le passé « Les Copains d'abord » à la Ballade avec Brassens. Il y avait juste « Mes amours, mes emmerdes » d'Aznavour que je n'avais jamais joué mais je me suis bien débrouillé pour m’aligner sur la rythmique de Patrice le guitariste.
Et surtout j'ai épaté tout le monde en balançant un solo d'harmonica sur « Let it be ». Elle est super cette chanson des Beatles ! Intraduisible évidemment mais sait-on jamais ? Parce que tout à l'heure j’ai réécouté sur Youtube deux des chansons de Neil Young que j'ai traduites-transposées-trahies : pas mal du tout finalement !
Comment ça, « vantard ! » ? C’est ma liberté, quand même, d'aimer ce que je fais ! Si je ne le fais pas, qui va le faire ?
Dans la famille Enselle on a toujours été très à cheval sur les principes.
La mère, Béatrice Enselle, soumet sa petite famille à un régime draconien. Comme elle pratique depuis toujours l’équitation elle refuse qu’on refuse l’obstacle.
Ses enfants , Alec et Rosemonde Enselle, ont donc obligation, à l’école, d’accomplir un parcours sans faute.
Il leur est interdit de se montrer plus sots que les autres et Alec qui fait de la gymnastique prend bien soin de vérifier que le cheval d’arçon est bien doté d’un cé cédille avant de prendre son élan dans le gymnase.
Même si sa bicyclette est encore munie de roulettes à l’arrière Rosemonde Enselle est bien partie pour damer le pion à Jeannie Longo. Enfin à Jacques Anquetil et Raymond Poulidor qui sont, avec Federico Bahamontes, Rudi Altig et Rik Van Looy les représentants incontournables du sport cycliste des années 1960.
Le mari de Béatrice se prénomme Émile mais on l’appelle Bob. Lui apprécie moins le deux roues car c’est son instrument de travail : il est motard dans la gendarmerie nationale. Il lui est arrivé à ce titre d’accomplir une mission sur le Tour de France. Trois semaines loin de la famille à parcourir des routes envahies de badauds qui font n’importe quoi, à rouler par tous les temps, canicule ou déluge, à dormir le soir dans des casernes de villes de province, c’est usant ! Ce qui l’a fatigué surtout dans cette aventure c’est, bien avant que le chanteur Antoine ne le mentionne dans une chanson, l’accordéon d’Yvette Horner.
Dans les repas de famille, quand on lui en laisse l’occasion, il aime à raconter l’autre mission médiatique dont il a hérité pendant un certain temps. En liaison radio avec un pilote d’hélicoptère qui survolait les routes du week-end, il était chargé de faire se ranger sur le bas-côté de la chaussée les véhicules ornés d’un rond rouge marqué RTL (Radio Télé Luxembourg) sur la vitre arrière.
Il se rappelle la jouissance mi-sadique mi-christique qu’il éprouvait en voyant la tête des conducteurs émérites qui se demandaient bien sur quelle portion de cette route de la Somme ils avaient bien pu commettre un excès de vitesse ou un franchissement de ligne jaune – elle est devenue blanche depuis, comme certains de nos cheveux -. De fait il s’agissait de les féliciter et de leur remettre une somme d’argent en remerciement de leur bonne conduite. Il y a un sketch fameux de Fernand Raynaud qui raconte cela et Bob l’interprète chaque année avec succès au réveillon familial.
Avec le grand-père, Victor Enselle, on retrouve le monde du cheval, non plus côté jumping mais en version steeple-chase, courses de trot, attelé, handicap, avec des noms qui sonnent comme Freddy Head, Yves Saint-Martin, Léon Zitrone, Ozo, Roquépine, Auteuil, Longchamps,Vincennes, etc. Lui est un turfiste invétéré qui a toujours plein de pronostics en stocks, de tuyaux dans la cinquième et qui ne rate pour rien au monde la retransmission en direct du prix de l’Arc de triomphe sur l’écran de la chaîne unique de télévision qui diffuse en noir et blanc Télé dimanche, le jeu de la chance, le film du dimanche après-midi, l’émission théâtrale Les Trois coups et le feuilleton Thierry La Fronde.
La famille Enselle ne serait pas complète si on oubliait d’évoquer la grand-mère, Colette, cavalière mérite, amazone élégante et pourtant pourvue de deux seins rebondis que René Magritte, ami de la famille Enselle, immortalisa dans un tableau intitulé « Le Blanc seing ». Depuis son accident provoqué par l’emballement fatal de sa jument Orane de Mazy elle a cessé de monter à cheval mais, toujours risque-tout en diable, ou plutôt en diablesse, elle se déplace dans Paris en vélosolex. Tous les samedis après-midi que Dieu fait elle va jouer au bridge avec Sophie Laglissade, Yvette Laraquette et Simone Fineboule. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il maisoixantehuite comme dernièrement c’est là un rendez-vous incontournable, un principe de vie auquel elle ne déroge jamais. D’ailleurs, je ne sais pas si je l’ai dit mais dans la famille Enselle on a toujours été très à cheval sur les principes.
De mémoire il faut, pour réussir le gâteau vite fait de Marie-Paule D., les ingrédients suivants :
100 g de farine, 50 g de sucre, un œuf, un demi sachet de levure chimique, une pincée de sel, une boîte d’abricots en conserve, du beurre et du sucre fin pour la garniture.
Elle appelait ça un 3-4-5 : 3 cuillères à soupe de sucre, 4 de farine, 5 de lait mais j'ai changé les proportions et j'appelle ça un 150.
Dans un saladier, tu mélanges la farine, le sucre, la levure et le sel. Tu verses l'œuf battu puis tu complètes avec du lait jusqu'à obtenir une pâte à beignets un peu liquide quand même.
Tu beurres un moule à tarte et tu verse la pâte dedans. Tu ouvres la boîte d'abricots en conserve. Tu les égouttes sur du sopalin puis tu coupes les oreillons –ce n’est pas une maladie, c’est juste le nom qu’on donne aux demi-fruits – au-dessus de la pâte en essayant d'en mettre partout sur la surface.
Tu enfournes pour un quart d'heure à 200 degrés. Pendant ce temps-là tu fais fondre 40 g de sucre et 40 g de beurre dans une casserole et tu mets en réserve ce mélange encore liquide. Au bout du quart d'heure tu disposes ce caramel liquide sur la tarte et tu remets une dizaine de minutes au grill.
Si elle savait, Marie-Paule D., le succès que j'ai toujours avec ce dessert hyper-vite fait !
Je ne l'ai pas revue depuis 1979, cette fille venue du Pas-de-Calais et que j'ai eue comme collègue à Paris. J'espère pour elle qu'elle n'a pas pris trente kilos sur les hanches comme moi depuis ce temps-là.
Lucy l’a vu dans tous les films sur la France : le vrai restaurant a des nappes à carreaux rouge et blanc et une bougie consumée sur la table.
De préférence dans une de ces fiasques de mauvais vin italien, pour bien montrer ce qu’on en pense ici : c’est juste bon à servir de bougeoir.
Pour que ce soit parfait, il ne manquait plus que l’accordéoniste.
Au musée, elle a pu constater dans diverses salles que le visiteur français était surtout intéressé par les étiquettes mentionnant qu’une œuvre était momentanément indisponible pour cause d’exposition à l’étranger.
Elle a pu constater que ça faisait beaucoup râler, comme si ces gens étaient venus spécialement pour les œuvres absentes.
– Et tout ça avec nos impôts ! disait l’un. – C’est une honte ! disait l’autre.
Finalement, elle rentrera bien contente de son voyage : tout ce qu’elle avait lu, vu ou entendu dire sur la France s’est confirmé.
Jusqu’à l’élégance des petits chiens parisiens sur les grands boulevards.
Il faut s’en remettre au hasard. J’aurais pu ce soir proposer à l’atelier d’écriture dont je suis l’animateur des poèmes publiés dans le magazine La Croix-L’hebdo ou des images de sa rubrique « L’Art et la manière » dans laquelle un journaliste analyse une œuvre d’art.
Or il se trouvait parmi celles-ci, la photographie prise par Elliott Erwitt du fameux « Baiser californien ». Alors j’ai fait le lien avec l’information nécrologique entendue il y a peu sur France-Culture le 29 novembre, date de son décès.
En conséquence – ou du coup, si on préfère – je suis allé voir ses autres photos sur Internet et je n’ai pas été déçu de mon voyage internautique.
Il faut s’en remettre au hasard. Mais en est-ce un vraiment ? En ce moment mon passionnant livre de chevet s’appelle « Un Livre à soi ». C’est un recueil de textes divers de Francis Scott Fitzgerald. De ce fait j’ai regardé récemment un documentaire sur les rapports entre Hemingway et Fitzgerald. Et du coup je lis aussi « Paris est une fête » du gars Ernest. Définitivement, je préfère Francis ! Et me voilà donc avec un troisième voyageur américain, plus tardif, qui s’en vient jeter un œil digne du Droopy de Tex Avery sur le beau pays de France où du reste il est né en 1928 et qu’il a quitté à l’âge de huit ans.
Il faut s’en remettre au hasard. Parmi les quinze photos proposées j’ai choisi, le premier, celle-ci, prise au château de Versailles.
Elle ressemble terriblement à un dessin de Jean-Jacques Sempé. Sous le regard étonné d’un Louis XIII jeune ou d’un quelconque courtisan ou ministre de Louis XIV à qui on vient d’interdire l’usage du 49.3 trois visiteurs du château sont en arrêt devant un tableau noir au centre duquel ne figure qu’une étiquette blanche. Non, ce n’’est pas un tableau de Soulages revu et corrigé par Malevitch !
Je subodore qu’il est inutile d’interroger le gardien qu’on voit de dos en train de se dégourdir les jambes. Nous ne sommes pas dans la photo mais devant et si on peut toucher son épaule du bout de l’index, ça ne lui fera rien, il ne sentira rien. Et donc pour savoir ce qui est écrit sur le papier au milieu du tableau il faut peut-être agrandir l’image.
Moi je préfère m’en remettre au hasard et encore plus à mon imagination folâtre. Je décrète qu’il est annoncé : « Isaure Chassériau a quitté son tableau le 1er avril 1999. Nous sommes sans nouvelles d’elle depuis ce jour. ».
Sans doute est-ce la position des bras de la petite fille, presque identique à celle de la dame en rose du Musée des Beaux-Arts de Rennes qui m’a rappelé cette histoire sortie de mon cerveau d’hurluberlu notoire.
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One silver dollar… S’il y a bien quelque chose de commun à ces trois voyageurs américains, Fitzgerald, Hemingway, Erwitt, c’est bien leur absence de réticence à parler d’argent.
Le texte le plus drôle de « Un livre à soi » est ce long chapitre ou Scott et Zelda, riches de leurs 36000 dollars gagnés l’année précédente viennent s’installer, en 1924, sur une Côte d’Azur encore déserte. Ils alignent séjours à l’hôtel, locations de villas luxueuses avec nurse, domestiques, jardinier, achat de voiture, restaurants et fêtes bien alcoolisées. Ils auront vite fait de tout dépenser sans s’en rendre compte.
Hemingway, encore inconnu, vit pendant ce temps-là avec femme et enfant dans un quartier populeux de Paris avec un maigre salaire de journaliste, correspondant en France d’un journal de Toronto. Pour arrondir ses fins de mois il va jouer aux courses, gagne parfois mais juge plus prudent de s’arrêter. Paris est une fête dans laquelle il tient le rôle du pauvre et les portraits qu’il dresse des autres exilés américains ne sont pas très flatteurs.
Pour Erwitt, on ne sait pas, mais ce cliché, par exemple, là où je l’ai récupéré sur Internet, sur un site de vente d’oeuvres d’art, est vendu 7000 $. On est d’accord : c’est l’oeuvre d’un photographe prestigieux, reconnu, publié, exposé.
Mais cette photo, prise en 1954, qu’a-t-elle d’exceptionnel ? Qui est cette dame? Consulte-t-elle son livre de comptes ou procède-t-elle à la lecture de « L’Adieu aux armes » sur la table de sa cuisine ?
J’ai déjà oublié son nom de baptême. De la bouteille dans le coin en bas à droite de la photo carrée, si je m’en remets au hasard et à ma mémoire, je peux juste dire qu’elle me fait penser au mot « grappa ». A tort, du reste. C’est plutôt là le conditionnement des bouteilles de chianti qu’on voit là. Quelquefois le hasard se trompe !
7000 $ ! Il doit certainement me manquer un neurone mais pour ma part, je ne me pose jamais la question de la valeur financière de ce que j’ai acquis ou fabriqué moi-même. Peut-être que la photo de mes grands-parents avec leurs enfants à Karpacz en Pologne en 1950 vaut plusieurs milliers d’euros ? De toute façon je ne la vends pas, ni aucune de celles, nombreuses que j’ai prises moi-même. Elles n’ont pas de prix.
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Il faut s’en remettre au hasard : il est parfois très drôle. Ce matin j’ai failli photographier, depuis le bus qui m’emmenait à Beaulieu, alors qu’il était arrêté au feu rouge de l’avenue Janvier, une classe de moutards de maternelle qui attendait l’ouverture des portes du Musée des Beaux-arts pour aller faire la connaissance d’Isaure Chassériau. Ils avaient tous des gilets fluo oranges, roses ou jaunes. D’autres individus plus virulents auraient tiré au LBD dans ce tas d’indisciplinés mais j’ai respecté leur droit à l’image et j’ai surtout eu la trouille d’être dénoncé après publication comme photographe pédophile.
Oui, le hasard est drôle. La troisième image qui me revient lors de ce jeu de logorallye tournant – l’animateur d’atelier a retrouvé pleinement son rôle de parfait sadique ! - est celle-ci :
Elle me rappelle la première émission de radio entendue ce matin : une longue enquête sur les pratiques machistes de Gérard Depardieu et les excès de ces messieurs du cinéma. Cela réveille une autre trouille, celle de vivre dans un monde où toute partition masculine est examinée à l’aune de #metoo et des nombreux bémols qu’on peut souligner chez tous ces mâles très mal élevés.
Heureusement il nous reste le rire. Et là, en terminant, je dis « Merci Elliott ! ». Cette photo là ne vaut pas 7000 $, elle vaut 10 ! 10/10 ! Elle n’a pas de prix !
Les sept samouraïs figés devant la femme nue et la dame seule devant le tableau voisin où le même modèle pose habillé, c’est du hasard ou bien de la nature humaine ? A qui s’en remettre pour savoir ? Celle-là, comme on dit chez moi, tu me la copieras !
Mais qu’est-ce qui lui a pris à Paolo d’aller fouiller dans cette valise, pleine de cahiers et de lettres, qu’il avait presque oubliée dans son grenier ? Voilà qu’il y a trouvé une lettre adressée à Giambattista, son meilleur ami de ses années de jeunesse, par une certaine Coralie dont il ne se souvient absolument plus. Il est dit dans ce courrier que Paolo devait transmettre la lettre où elle déclare son amour à Giambattista à l'intéressé et, visiblement, il ne l’a pas fait.
Quarante-trois ans après Paolo ne voit plus Giambattista, Giambattista et Marianna ont divorcé et on ne sait rien de plus de Coralie qui, d’après la signature ambiguë, se prénommait peut-être Caroline.
Faites parler un ou une de ces quatre personnages à propos de cette lettre, de cette époque, de son statut actuel de sexygénaire ou de la gestion de ses archives personnelles.
Ou racontez une histoire similaire de lettre retrouvée ou perdue.
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Mardi 15 avril 1980
Giambattista
Pourquoi ne pas écrire « cher » ou « très cher Giambattista » ? me diras-tu ? Je m’explique : ce genre d’expression me paraît débile et trop conforme aux lettres que l’on envoie à une personne que l’on a connue et que l’on flatte en pensant du plus profond de soi-même « Il faut être amical, elle ou il peut toujours être utile !!! » C’est une forme d’hypocrisie dissimulée qui me sort particulièrement par les yeux. Evidemment ce n’est pas général puisque je l’utilise fréquemment lorsque j’écris à des parents. Je ne suis pas pour autant hypocrite !!
Le terme est différent quand j’écris à des amies : « Mon Hélène chérie » « Ma Sylvia adorée », des filles que je connais depuis longtemps et que j’aime profondément. Je ne me vois pas t’appeler « Giambattista chéri » (c’est plutôt commun et … comique) mais c’est un avis comme un autre ; au fait, Marianna t’appelle-t-elle CHÉRI » ?
Aussi t’appellerai-je Giambattista, c’est tout con mais ça me plaît. Peut-être trouveras-tu cette lettre différente de la première qui était un peu débile (rien qu’un peu !!) et quelque peu gamine !!! Mais il paraît que c’est agréable de rester gamine, même quand on a 19 ans, et même quand on passe son bac dans quelques mois… Je dois dire que j’appréhende ce foutu examen qui de plus est décisif pour moi et mon avenir ; j’ai tellement fait la conne que maintenant je m’en mords les doigts, tu comprends, cela signifie tellement de choses pour moi, entre autre, la liberté… La liberté de dire merde à tout le monde et d’envisager mon avenir comme je l’entends…
Si je l’ai j’aurai quartier libre pendant toutes les vacances et je pourrai même venir te voir… Ça, ça serait le PIED, si du moins nous communiquons (critique du téléphone because : on ne se voit pas...) toujours!
En fait c’est la première fois que je sors avec un homme marié (quoique très très libre) et je dois avouer que ce n’est pas si terrible… Il y a quelques années je l’aurais très mal pris, je me serais accusée, peut-être à tort ; les principes, ce sont les gens qui nous les inculquent, c’est pourquoi maintenant tout ceci me passe au-dessus, je dois avoir mûri mais je dois dire que je me fous complètement de ce que les gens peuvent penser de moi et des relations que j’entretiens ; je ne suis pas insensible, au contraire, mais j’estime être réaliste et droite (pourquoi chercher le mal, je suis bien, ainsi).
Tu croiras peut-être que je me confie et sur un certain point tu auras raison car j’avais envie de te l’écrire et si tu veux nous en parlerons. Cela doit t’énerver que j’écrive toujours « peut-être » mais il y a quand même 222 kms qui nous séparent et les impondérables ne sont pas exclus….
Ce qui est certain c’est que j’ai envie de te revoir ; je ne sais pas comment te l’expliquer car je n’ai pas envie de faire de sous-entendus, si sous-entendus il y a… En fait on cherche toujours des complications alors que les choses peuvent se dire si facilement… Voilà ! Je le dis et le répète : j’ai hâte de te voir et tu me manques ».
Je ne sais quand cette lettre t’arrivera, cela dépendra de Paolo.
Moi aussi, j’ai envie de t’embrasser
Coralie
***
L'auteur de cette consigne demande à Caroline-Coralie de bien vouloir excuser l'extrême goujaterie dont il fait preuve. Nous savons tous que ça ne se fait pas de publier du courrier privé sur Internet. Même s'il y a peut-être prescription au bout de quarante trois années ! ;-)
Quoi ! Ici aussi ? s’étonne l’Adrienne en voyant dans le sol devant la cathédrale de Speyer la très reconnaissable coquille Saint-Jacques cuivrée qui orne tous les lieux de passage du célèbre pèlerinage.
Si vous cliquez sur le petit point de la carte où se trouve Speyer, vous voyez que selon la suite du parcours choisi, il vous reste entre 2302 et 2317 km à faire avant d’atteindre le but de votre voyage.
Estimez-vous heureux que vous ne partiez pas de Kaunas (Lituanie, 4209 km) ou que vous ne voyagiez pas avec l’Adrienne comme guide 😉
Paolo a raconté l'histoire de la lettre retrouvée à son épouse, Dame Sophia. Elle a bien ri, elle aussi.
Parce que Paolo est du genre hypermnésique, à se souvenir des noms des rues de Rome, des numéros des chambres d'hôtels où ils ont séjourné, des noms des personnages de romans, toutes ces données bien inutiles dont elle-même ne s'embarrasse absolument pas.
Or voilà que pour une fois Paolo est pris en flagrant délit d'oubli total ! Elle espère juste que ça ne va pas tourner au « Very bad trip 1, 2, 3 ou 4 » parce que tous les gens auxquels il raconte cette histoire se font un malin plaisir de l'accuser de tous les maux ou, tout simplement, de lui poser des questions qui l’enfoncent dans sa culpabilité.
- Est-ce qu'il y avait une enveloppe ? Peut-être y a-t-elle inscrit au dos son nom et son adresse ? a demandé Anna-Francesca.
- Et alors, si c'était le cas, je lui renvoie la lettre quarante-trois ans après, à la fille, en lui demandant de m'excuser parce que je ne l'ai pas transmise ? Et aussi une copie à Giambattista avec l'expression de ma penauditude - ça existe ? - devant ce forfait incompréhensible et pourtant peut-être décisif ?
***
Mais d'abord résumons les faits : Coralie, 19 ans, va passer son bac. Si elle le réussit elle aura le champ libre pendant les vacances et ira rejoindre Giambattista, « homme marié mais très, très libre » qu'elle a envie d'embrasser. Sauf qu'il y a 222 kms qui les séparent et « des impondérables ». Le plus embêtant des impondérables est ce Paolo qu’elle a chargé de faire passer sa lettre à Giambattista.
Quarante trois ans après Paolo retrouve la lettre au fond d'une valise et découvre qu'il n'a plus aucun souvenir de cette Coralie !
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De la même manière que Marcel Proust est devenu le « maître-étalon » de la littérature bourgeoise contemporaine - mais de nos jours toute littérature est bourgeoise, l’autre terme de l’alternative étant le rap ou la chanson française écrite en anglais - le mètre étalon de la sagesse, pour Paolo, c'est Sophia.
Ce qui l'a rassuré c'est qu'elle a décrété, à l'emporte-pièce comme bien souvent, « Le passé, c'est le passé ! On ne revient plus dessus ! »
C'est vrai que Sophia n'a pas entreposé de valise de vieux papiers dans le grenier commun. A part des cours de psychologie et des bouquins du même domaine il n'y a rien de son passé à elle là-haut hormis trois disques de Joan Baez.
Quelquefois quand elle va chez son père, elle trouve des vieilles photos d'elle et ça ne lui fait rien, si elles ne lui plaisent pas, de les déchirer.
Mais Paolo n'est pas ici pour raconter sa vie ni celle de son épouse. A part cette histoire de lettre retrouvée et cette lubie de conserver des tas de photos, d'enregistrements sonores et cette valise d'avant le déluge, son existence à lui est trop simple, trop linéaire pour qu’on en tire de la littérature.
- Giambattista, a demandé madame Éliane, combien de divorces ?
- Moins que Gloria Lasso !
Madame Maryvonne, elle aussi, a gardé des lettres et quelquefois elle renvoie le paquet entier à son expéditeur ou expéditrice. Elle aussi farfouille dans son grenier et a retrouvé récemment un discours de départ en retraite qu'elle a écrit mais n'a pas prononcé. Alors, quinze ans après, elle l’a envoyé au récipiendaire qui lui a répondu dans le même style sincère mais amusant. Tous ces profs ont des lettres et sont très sympathiques !
Paolo est tellement noyé dans son mystère qu'il devrait envoyer cette lettre non au récipiendaire mais au récipient de flotte en lui disant qu'il ne comprend goutte ! Mais finalement il a écouté Sofia. Il s'est allongé sur le divan des filles à l'atelier psy. Il a raconté l'histoire, elles se sont bien moquées de lui et la semaine prochaine on parlera d'autre chose.
De toute façon avec la cassette numéro 4 de son frère il a trouvé encore mieux comme mystère. Mais c'est quoi cette musique de clavier funèbre ? Ça ressemble furieusement, si on peut dire, à un concert de musique planante comme « Cyborg » de Klaus Schulze et ça semble jouer du violoncelle ! C'est le magnéto qui déconne ou quoi ? La bande qui tourne à l'envers ? Même en accélérant grâce à Audacity la vitesse de l’enregistrement numérisé, ça ne ressemble en rien à ce qu'ils jouaient ensemble autrefois.
L’idéal - et c'est ce dont rêve Sophia - ce serait de le vider sans regarder ce qu’il contient, ce grenier. Parce que c'est terriblement mort ou mortifère, tout ça. Même sur les photos de classe, même dans la liste des gens avec qui on a fait de la musique, si on va interroger Internet avec leur nom, on s'aperçoit que certains d'entre eux sont déjà passés de vie à trépas, dont un à l'âge de 55 ans. Ça a un petit côté vraiment attristant, tout ça.
C'est pour cela que lors d'un prochain voyage de Sophia Paolo ira remettre la lettre de Coralie dans la valise. Par vice, il cherchera son enveloppe éventuelle et il priera. Il priera pour que la jeune fille ait eu son bac, qu’elle ait est rencontré un autre homme, marié ou pas, qui l'aura rendu heureuse et pour qu'elle soit maintenant une sexygénaire épanouie. Il priera pour qu’elle ait oublié ces deux jeunes crétins de Giambattista et Paolo. Ça devrait être d'autant plus facile à faire qu’elle n’a plus de lettres ni de l’un ni de l'autre dans son propre grenier !
Madame Staunton n’est pas contente et le fait bien savoir à ce pauvre monsieur Bird, qui a eu le malheur de la croiser alors qu’il se rendait avec son chien au square Tartacover.
Il soupire : il ne doit s’en prendre qu’à lui-même, ses journées sont si bien réglées à la minute près, qu’il est très facile pour madame Staunton de se mettre sur son chemin, que ce soit en route vers le square avec le chien, le lunch avec Gaby Marshall au Restaurant de la Fourchette royale ou pour l’heure du thé au Café de la Régence avec son vieil ami Robert Fischer.
La voilà donc qui lui barre le chemin, au coin du boulevard Traxler, et le chien qui tire sur sa laisse parce que lui aussi est réglé comme une horloge et c’est l’heure de faire pipi.
– Vous avez vu ça ?
Madame Staunton montre une affichette à une vitrine et bégaie presque, elle est vraiment très remontée.
– Non mais vous avez vu ? Dans quelle monde on vit ? Au lieu que chacun reste bien à sa place, ici la partie anglaise, de l’autre côté du boulevard, la partie française, les Alekhine et les Tchigorine dans le quartier letton… On a déjà déjà dû accepter que The Regency devienne le Café de la Régence ou que The Royal Fork soit rebaptisé en ce ridicule Fourchette royale, mais une pizzeria Casa Rossolimo !
Monsieur Bird est très embêté, il aime bien une pizza, de temps en temps. Mais allez dire ça à l’irascible madame Staunton qui poursuit sur sa lancée:
– On va le lui faire savoir, à cette Sicilienne, qu’on ne veut pas d’elle ici, ça commence par une et ça devient vite une invasion ! Tenez, signez la pétition ! Qu’elle aille s’installer rue du Fianchetto, elle y sera à sa place.
Bon, c'est l'histoire d'un petit bonhomme qui porte un prénom ridicule et un nom de légume pas très bien orthographié et en plus de ça, histoire de mettre toutes les chances de son côté, il est belge !
Mais comme il a des petites cellules grises qui travaillent bien il a vite fait de s'acheter un chapeau melon et de se laisser pousser une petite moustache élégante en vue de se fondre dans le milieu ambiant, à savoir l'Angleterre de juste avant et juste après la deuxième guerre mondiale.
Alors comme il est détective on vient lui soumettre des cas criminels invraisemblables comme des cadavres qu'on retrouve dans la bibliothèque du voisin d'en face, des meurtres qui ont lieu dans un train parti de A à 8 h 47 et qui roule à la vitesse de 90 km heure à la rencontre d'une micheline partie de B à 9 h 12, qui ne fait que du 75 à l'heure et il faut calculer à quel endroit du passé la victime à justifié le fait d'avoir été transpercée de 12 coups de couteau et j'oublie le cas le plus compliqué de tous, le mien, car je me suis tellement emberlificoté dans mon délire que j'ai oublié ce que je disais dans le début de ma phrase - à la relecture, c’est bon je peux m’arrêter là et mettre un point.
Et au bout du compte (conte ?) l'autre mystère non résolu est quand même bien celui de la vie affective et sexuelle de ce personnage d'Hercule Poirot que sa génitrice, Dame Agatha Christie, aurait quand même pu acoquiner avec l'autre esseulée de Miss Marple dans un éventuel « Partouze sur le Nil » ou un affriolant « La Médaille d’or du kamasûtra ».
(1) Fatal comme au 17e siècle, « Ma sœur du fil fatal eût armé votre main » c’est-à-dire voulu par les dieux et scellé par le destin et non pas cet autre sens du mot, comme dans ce vers de Mallarmé « J’aimerais être à qui le destin réserve vos secrets. »
Et voilà, en même temps on a répondu aux consignes du devoir de Monsieur le Goût qui s’adaptent fort bien à la pâtisserie, heureusement, vu qu’on n’a rien compris au tableau du jour ;-)
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10 avril 2023 H comme Hockney
Bon, c’est une expo qu’on aurait pu aller voir à Bruxelles, où elle était avant de voyager vers Aix.
Mais pour un tas de mauvaises raisons, ça ne s’était pas fait.
Bon, la porte du jardin était ouverte à la visite et l’Adrienne est entrée pour admirer les arbres, l’arrière de l’hôtel de Gallifet et le mur peint.
Mais elle n’y était pas seule, un homme en chemise blanche, assis sur une chaise de métal, l’a apostrophée d’un « Vous comprenez ce que ce mot veut dire? »
Alors elle lui a dit oui, bien sûr, ça vient d’εἰρήνη, la paix.
Et après avoir répondu à encore trois ou quatre autres questions (C’est la première fois que vous venez à Aix? Vous êtes musicienne? D’où vous venez? Vous restez encore quelques jours?) elle a jugé bon de lui souhaiter une agréable journée et de s’en aller ;-)
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12 avril 2023 J comme Jean-Philippe
Bon, l’accordéon, on connaît, avec Yvette Horner et André Verchuren, ça faisait sourire.
Mais Jean-Philippe Rameau à l’accordéon, l’annonce surprend.
Alors on écoute attentivement.
Et ça fait sourire aussi parce qu’on se souvient tout à coup que c’était l’instrument préféré de l’arrière-grand-père, qu’on aimait tellement.
Samedi dernier, au Théâtre du Jeu de Paume, à Aix, le jeune homme de la vidéo, Théo Ould, a joué ces deux morceaux.
C’est une personne réelle. Elle est de sexe féminin. Elle est très liée à l’élément liquide mais ce n’est pas une sirène puisque la sirène est un être de fiction, un personnage imaginaire de « L’Odyssée », par exemple. Liée à l’élément liquide ne veut pas dire non plus que c’est une poivrote ou une femme pompier. Elle agite beaucoup les mains mais n’est pas marseillaise pour autant. Elle bouge aussi énormément les bras sans exercer pour autant son métier sur le tarmac d’un aéroport. Et elle tricote beaucoup des gambettes mais pas dans un lit de femme vénale. On dit que le temps c’est de l’argent mais il faut qu’elle soit rapide si elle veut en récolter beaucoup. Comme travail elle exerce une activité qui relève pour beaucoup du loisir mais qui est aussi surtout un sport. Je pourrais aussi vous mentionner la ligne droite, les couleurs bleu, blanc et rouge et le verbe combattre. Je ne sais pas si ça vous aidera mais comme famille elle a un frère qui fait le même boulot qu’elle, ce qui a pour effet de lui faire pousser parfois des cris joyeux. Ça me chagrine de terminer sur le concept « vieux, ancien, passé » parce qu’elle est présente dans nos coeurs pour la vie….
Qui est-elle ?
Réponse(cliquez ici, maintenez enfoncé et tirez la souris vers la droite): Laure Manaudou
C’est un groupe humain. Ce sont essentiellement des hommes qui sont assemblés pour exercer le pouvoir politique et sont donc liés au fait de combattre, de régler des conflits en en venant aux armes s’il le faut. Qui dit pouvoir politique dit également, quelque part à cette époque là, lien avec la religion. Car ces personnages sont situés dans le passé. Ce lien les oblige à tourner en rond sur le territoire où ils habitent afin de ramener un objet encore plus ancien qu’eux. On suppose qu’il est de forme vaguement cylindrique. Tout cela a à voir avec la littérature et même avec le cinéma mais j’ai oublié l’essentiel : il y a un objet rond qui les rassemble près duquel ils ne mangent pas mais sous lequel ils peuvent rouler si le vin qu’on leur sert n’est pas de la camelote.
De qui s'agit-il ?
Réponse(cliquez ici, maintenez enfoncé et tirez la souris vers la droite): Les chevaliers de la Table ronde
C’est ça le problème avec les vieux du temps passé ! On ne sait pas s’ils ont réellement existé où s’ils relèvent de l’invention littéraire. Celui-là, c’est Lewis Wallace qui a écrit son histoire mais on n’a pas retenu grand’chose de ce biopic avant l’heure. L’apothéose du récit se déroule dans une grande ville d’un pays du Sud, dans un bâtiment de forme circulaire au sein duquel on a rassemlé des véhicules routiers.%Mais attention ! Si les caméras de Gilbert Larriaga sont là, quelques siècles plus tard, pour immortaliser l’événement, c’est que le spectacle est sacrément kitsch : les « bagnoles » sont tirées par des animaux et les hommes portent des jupettes ! Mais, non, je ne vous charrie pas !
De qui s'agit-il ?
Réponse(cliquez ici, maintenez enfoncé et tirez la souris vers la droite): Ben-Hur
C’est une chanson. On y évoque des véhicules marins, une rivière. La présence d’une pyramide et de nombreux livres aidera à situer le pays et la ville où l’histoire se passe et qui est dans le titre du morceau. On y évoque également une femme aimée et un animal affamé.
Quel est son titre ?
Réponse(cliquez ici, maintenez enfoncé et tirez la souris vers la droite):Alexandrie, Alexandra
La séance débute par un tour du jeu "Concept". A l’aide du plateau de jeu ci-dessous, en sélectionnant quatre icônes ou plus, les participant·e·s doivent faire deviner aux autres un des mots parmi les neufs qui figurent sur la carte qu’ils ont tirée (infra).
A la suite de cela, il est demandé de rédiger un texte-devinette d’une dizaine de lignes sur le même principe. On doit expliquer à un Martien ce que c’est que, par exemple, un rhinocéros, Miss France ou la Chapelle Sixtine… mais sans jamais nommer dans son texte Miss France, le rhinocéros ou la Chapelle Sixtine.
On peut réitérer l’expérience si on est en verve ; d’autres suggestions pour cela : le Tour de France, un bain de pieds, avoir un poil dans la main, "Le Téléphone pleure", les Rois mages, A la recherche du temps perdu...
« Ou on va Ou va-t-on ? Vers où s’en va-t-on ? Vers un cercueil en carton ? Vers la canonisation ? Quel joli mort deviendra-t-on ? Quelle jolie morte sera-t-on ? Deviendra-t-on sainte aux pochons ? 1 Finira-t-on en vieux ronchon Quand nos petits-enfants colleront Sur notre dernière demeure Des Pikachu, des Bob l’éponge, des petits coeurs, Des graffs, des tags ou des pochoirs Pour nous faire passer l’goût du noir Et nous dire adieu en couleurs ? »
Lucile a posé son crayon. Elle n’a pas l’âge, pas l’accordage – cordes en nylon - De composer cette chanson, De poser ces vers de vieux con.
C’est juste une divagation, Un fruit de l’imagination.
Elle n’a aucune préoccupation Concernant la fin du voyage.
Vingt ou vingt-cinq ans ? Un ponton, Une coque, des cordages, Une cabine, un bastingage, Elle vient juste de prendre la mer, Toute tranquille depuis l’aber. Elle a l’âge des bavardages, Des randonnées le long des plages, De marcher sur les coquillages, De se reposer au mouillage Ou de revoir son maquillage.
Son œil se pose sur les roses, Sur les lumières en osmose, Sur la Toussaint des ouvertures Et sur les chemins d’aventures.
Elle a toutes ses facultés Et tous les univers cités Dans la grande encyclopédie Sont de potentiels points d’envol Sans point de chute défini.
Tous les printemps sont d’hirondelle Tous les hivers sont des pays, Rien ne compte, on ne compte rien Et surtout pas le temps qui passe Ni ces gens là-bas qui trépassent.
C’est une espèce d’allégresse Qui a pour nom, je crois, jeunesse. C’est la vie ! C’est l’âge tout glisse, C’est lâge du buzz, C’est l’âge du Blizz, 2 C’est l’âge de la chasse au grizzly Et tous les étudiants justement sont barbus, Baraqués, poilus, chevelus.
Ils se retrouvent le jeudi Pour deux heures à la patinoire.
Pourquoi se demanderaient-ils Où ils vont, Bulles de savons, Puisqu’ils sont à l’âge de l’éclate, A l’âge qu’« un rien nous épate » Où c’que l’alcool vous scie les pattes, Où c’que les patins tiennent salon Dans l’couloir d’entrée d’la maison Épaule contre épaule dans un tendre abandon, L’âge des discours sans oraison Ou des discours sans horizon Que le grand bonheur d’« A jeudi Pour le plaisir, Main dans la main, De tourner en rond sur la glace ! ».
Ils ont raison Lucile, Youssouf, Jeanne, Yannis, Anita, Noémie, Diego...
« Ou on va » N’est pas une question.
« Ou on va » n’est pas une question S’il y manque la mise au point, S’il n’y a point d’interrogation, Pas de point d’interrogation Ni d’accent grave sur le ù !
1 La sainte aux pochons est une tombe particulière dans le cimetière du Nord à Rennes
Dans tout le bloc H3 escalier C, on a reçu une invitation au vernissage :
– Vous viendrez, j’espère! insistait Dragomir. Il y aura à boire et à manger!
Mais au premier étage, Mamaie attendait l’aîné de ses petits-fils, celui qui est facteur et à qui elle a promis un bon gâteau d’anniversaire après sa tournée.
Au second, le professeur Iliescu, très inspiré, dictait son prochain article pour la Revue des Sciences Techniques, après quoi il devait encore faire publier un démenti formel contre l’accusation de plagiat lancée par un confrère jaloux.
Au troisième, Ion poursuivait ses entraînements, un os brisé n’allait pas l’empêcher d’enfiler encore ses gants de boxe et sa mère, comme toutes les mamas qui se respectent, lui soutenait le moral en faisant sauter les crêpes.
Au quatrième, Liviu avait bien autre chose en tête que d’aller passer la soirée à un vernissage : après avoir sacrifié aux rituels en portant sa jeune épouse jusqu’à leur chambre, il s’y est retiré. Leur loquet est resté fermé jusqu’au lendemain midi.
Au cinquième, Ileana aurait bien aimé aller boire un kir avec Dragomir, dans sa belle robe jaune safran.
Mais d’abord il faut nourrir les chats et trouver quelqu’un pour garder les enfants, qui préfèrent s’amuser à faire la course entre ceux qui prennent l’escalier et ceux qui prennent l’ascenseur… Traian, avec sa jambe dans le plâtre, lui est encore moins utile que d’habitude.
Et Dragomir ? vous demandez-vous. Que fait encore Dragomir dans son atelier du rez-de-chaussée ?
Pris d’une fièvre créatrice, il a complètement oublié le jour et l’heure.
Ah bien sûr, si j'avais eu un gorille, les choses auraient été bien différentes !
Déjà je lui aurais appris à faire des acrobaties, du jonglage, des tours de magie. Je serais allé me poser sur le pont à l'entrée du village le jour du marché. Un petit môme qui montre un gorille, ça les aurait changés, les gens, des montreurs d'ours, des bohémiennes qui dansent et des troubadours. Ils m'auraient glissé la pièce et pas qu’un peu !
Ça aurait arrondi les fins de mois difficiles de mon papa, celles qui commencent dès le neuvième jour du mois et pourtant c'est un bûcheur mon papa. Le boulot ne lui fait pas peur, il en abat comme pas beaucoup. Il sait montrer sa force et tout le monde voit bien de quel bois il se chauffe. Enfin tout le monde se chauffe avec le bois qu'il coupe vu qu’il est bûcheron, mon papa.
Si j'avais eu un gorille Papa m'aurait laissé des sous de mon pestacle « singe-ing in the rain » pour que je m'achète des bonbons. Les bonbons c'est eux que j'aurais semés à la place des boules de mie de pain quand Papa et Maman nous ont perdu la deuxième fois dans la forêt avec mes six frangins. Ça m'aurait fait mal au cœur de les jeter par terre mais au moins on aurait retrouvé le chemin de la maison comme la première fois.
Les bonbons, les oiseaux n'en mangent pas. Il y aurait bien eu le risque des pies voleuses, celles qui prennent tout ce qui brille pour de l'argent comptant, le ramassent dans leur bec et vont le cacher dans leur nid.
Peut-être que le gorille serait venu à notre secours ? Parce que là, en tout cas, présentement, ça commence à craindre un max ! La nuit est tombée, la forêt est immense et on est complètement paumés. Les hiboux hululent dans les hêtres hantés, la hardiesse nous lâche honteusement et cette avalanche de « H » ne nous aide pas à nous frayer notre chemin dans les taillis. Heureusement qu’Averell, notre aîné, le plus grand et le plus idiot des sept frères Poucet a ramassé cette vieille serpe rouillée sur le chemin. Malgré l’entonnoir sur la tête qui le ridiculise et le phénomène de jetlag permanent qui le caractérise, il élague.
Si seulement on était dans un vrai conte de fée, on aurait vite fait d'arriver dans une clairière enchantée avec une causeuse installée au milieu d’une clairière sous un rayon de pleine lune qui éclairerait comme en plein jour ! Je ne sais pas qui se ferait des bisous dans cet endroit-là. Paraîtrait que Blanche-Neige est morte empoisonné par des chips au paprika et que Cendrillon ne vaut guère mieux depuis que le roi a décidé de faire la chasse aux va-nu-pieds. Comment ça s'écrit en écriture inclusive, « va-nu-pieds » au féminin ?
Mais macache ! Pas plus de causeuse que de bonbons ou de gorille !
- Là-bas ! Une lumière ! Et ici un chemin creux praticable ! s’écrie, enthousiaste, Arrrête II, le troisième des frères Poucet.
Ici, je vous dois une explication parce qu’on ne s’est pas vraiment présentés. Après Averell Poucet nos parents ont décidé de baptiser leurs enfants « Arrête » et de leur donner un numéro d’ordre. Arrête II, Arrête III... Moi je suis Arrête VI. Ce n’est pas une mauvaise idée : les gamins on est toujours obligé de leur dire « Arrête ! ». « Arrête ! »c’est aussi ce que disait Maman à Papa quand il en mettait un en route sans le faire exprès.
Fin de la parenthèse. Nous suivons le chemin en direction de la lumière et effectivement nous voilà maintenant positionnés devant une grande maison en plein milieu de la forêt.
- Qu'est-ce qu'on fait ? On frappe et on demande l'hospitalité en tant que migrants économiques ?
- Ouais ça pourrait marcher mais enlève ton entonnoir du dessus de ta tête, Averell, si c'est toi qui causes.
Averell a tiré la chevillette et de l’autre côté de la porte aucune bobinette n’a cherri ou chu ou cherraton mais la tenancière de cet hôtel s'est pointée. Voyant qui on était à travers le judas, la portière nous a ouvert la portière.
Waooh ! Les jetons qu'on a eus ! Pire qu’au loto où on a les yeux en bille de ! Avec un vieux tromblon à la main et une-lampe tempête dans l’autre, c'était une vieille ogresse de l'armée en déroute qui fixait étonnée notre bande de scouts. Surtout elle avait une tête de chou, ronde, verte, frisée posée sur ses épaules de fumeuse de havanes.
Est-ce que c'est bien ici l’auberge de jeunesse ? a demandé Arrête III « j’crois qu'on est arrivés ».
Arrête III « j’crois qu’on est arrivés » c'est le ravi de notre crèche. Après lui tu tires l'échelle ! C'est pour ça qu'il a ce surnom « J’crois qu'on est arrivés ». Maman a dû dire à papa « On a atteint un sommet, on ne pourra pas faire pire !
Contre toute attente et même contre tout à l'oncle l'ogresse a répondu :
- Oui. Vous êtes combien ?
- Sept, j'ai répondu parce que de tous mes frères je suis le seul qui sait compter.
- Il me reste un dortoir mais vous essayez de ne pas faire de bruit ni de répandre d'odeur en retirant vos chaussures de randonnée. Nos sept filles sont déjà endormies dans la chambre voisine de la vôtre. Elle nous a précédés à l'étage, a ouvert la chambre et elle nous a prévenus.
- Demain dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne, vous partirez. Mon mari qui est juge et sa vieille mère sont des ogres cruels qui dévorent les enfants. Ils reviendront demain de l’enterrement de Barbe-Bleue. Ils sont allés déposer sur sa tombe une raquette de fleurs en souvenir des parties de tennis qu'ils ont disputées ensemble. Allez, maintenant, bonne nuit les petits !
Le lendemain matin on n’a pas demandé notre reste et avec la serpe magique d’Averell on s'est taillés.
On a même retrouvé le chemin du village ! On a jeté un œil sur les titres de « Ouest-France » à la devanture de l'épicerie. Sûr quelle n'était pas près de revoir son mari l'ogre, la femme à la tête de chou !
Le journal titrait « Un juge et une ancêtre violé·e·s par un gorille !». L’article précisait que, par édit royal de sa majesté le roi du royaume, les deux victimes et le coupable auraient tous trois la tête tranchée pour avoir profané de leurs turpitudes un espace, celui du conte, destiné à la préservation d’un monde parfois cruel des enfants toujours bons, naïfs, innocents et charmants.
Du coup, je ne sais pas bien pourquoi, l’envie de posséder un gorille m’est complètement passée.
J'accuse ! J'accuse ! J'accuse la municipalité de X d'avoir donné le nom de « rue Émile Zola » à une toute petite impasse perpendiculaire à la rue Marius Allégret !
N'allez pas croire pour autant, à partir de la déferlante de mes « J’accuse » que j'ai réellement quelque chose contre X, contre SGXV en fait. C'est une ville bien agréable au contraire. On pourrait l'appeler « La Paisible » ce havre de tranquillité pour les oiseaux voyageurs, ce lieu de villégiature en bord de mer pour ceux qui ont l'espérance de vacances reposantes.
Je regrette de ne pas l'avoir plus parcourue en long, en large et en travers cet été. Si j'avais été seul j'aurais pu me constituer une jolie collection de noms de villas. Ces maisons de vacances semblent avoir été posées là au début du 20e siècle, à la belle époque, et s’y trouver pour l'éternité, enfin l'éternité moins un tsunami ou moins une montée des eaux.
La Villa Félicité, l'hôtel Frédéric, Fleurs des dunes… Il y a là de quoi partir en livre. Un jour je le ferai peut-être. Je reviendrai avec mon matériel d'aquarelliste et face à la villa « La Chimère » je suivrai la mienne. Je m'interrogerai : laquelle des trois sœurs Allégret avait bien pu poser dénudée, en cachette de toute la famille, pour ce sculpteur suédois prénommé Hugo ? Était-ce Gaïa Allégret ? Elle avait des formes généreuses et toujours l’air rêveur. La statue, intitulée « La Baigneuse » est toujours en place face à la mer, pas loin de la forêt, prêt du café de la Plage où j'irais, chaque après-midi, relire sur ma tablette l’œuvre de Régis Franc qui porte le même titre.
Ou était-ce Sandy, qu’on appelait « La Sirène » ? Elle se parfumait au patchouli et m'appelait « Toto le clown » ou « le galéjeur ». C'était une garçonne au langage peu châtié. Elle jouait au tennis et faisait du vélo - on disait encore de la bicyclette à l’époque -. Souvent elle proclamait en riant « Je marche, je roule, je reste cool ! » ou provoquait, lucide sur ses extravagances et sa situation de pauvre petite fille riche : « Je ne suis pas toujours chiante : parfois je dors ! A part ça, ici, c’est la maison du bonheur : la Mamma prend soin de nous, la cuisinière est bonne, c'est la bella vita ! ».
Les jolies françaises que c'étaient là ! J'étais plus intrigué par l'aînée, plus réservée, presque toujours silencieuse. On ne lui connaissait aucune liaison, masculine ou féminine. Sandy l'appelait « La fée no men ». Elle m'attirait énormément mais malgré quelques timides travaux d’approche, je n'ai jamais pu percer les secrets de Louison.
Les sœurs Allégret ! Quel joli roman parfumé aux fruits de la passion je prépare là !
Moi, dans ma bulle, à l'instant présent, devant les petits carreaux de mon cahier je suis toujours prêt à laisser mon imagination partir en croisière. C'est mon péché mignon. La galopeuse s'en va danser la farandole sur les vagues, elle invente des souvenirs de vie. S'il y a une bonne brise elle flanque le chaos dans les atolls des vies privées, elle fourre son grain de sable dans la discordance des temps et quand elle manque de tomber dans le trou du diable où se fait envoyer sur les roses par la réalité elle revient à l'heure des sages, comme un vieux loup de mer fatigué, sur le quai du Port fidèle ou Violette et moi nous vivons notre Vie.
Oui j'ai mis une majuscule à "Vie" parce que j'ai découvert là-bas que c'est une rivière, la Vie. Elle se jette dans la mer à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, SGXV, et du coup c’est même un fleuve. La Vie est un fleuve tranquille et la nôtre, Dieu merci, ne tire pas trop en longueurs !
Autrefois chez le photographe on vous demandait de sourire pour la photographie.
Encore aujourd'hui lorsqu'on prend une photo de groupe chacun dit « ouistiti » ou « cheese » ou « choucroute garnie » pour avoir l'air gai sur la "tof".
Par contre sur les photos d'identité officielles vous êtes obligé d'enlever vos lunettes et de faire la gueule. C'est bien la preuve que nous sommes gouvernés par des gens vraiment pas drôles pour qui le rire – et le sourire - sont sans doute le sale de l'homme.
Si on lui avait prédit, au gars Dubout du fond de la classe, qui faisait déjà, près du radiateur, des dessins dans les marges de ses cahiers d’écolier…
Si on lui avait prédit au gars Doisneau qui, une fois sorti des usines Renault, s’était mis en tête de fixer pour l'éternité les amoureux de Paris, les poètes attablés devant un verre de vin, les Hercule de foire et les forts des Halles, voire les pissotières des cours d'école…
S’ils avaient su, ces deux-là qui sont au Panthéon de l'observation amusée de la vie dans toute sa drôlerie qu'on peut faire aujourd’hui des photos avec un téléphone ils n'en seraient pas revenus ! « Et où est-ce qu'on branche le fil ? " auraient-ils demandé.
Ils n'en seraient pas revenus, ils ne reviendront pas et c'est à notre tour, en découvrant ce livre, « Les Photographes » d'Albert Dubout de revenir sur les mystères de la chimie photographique.
Je ne suis pas ici pour vous raconter ma vie mais quand j'ai commencé à prendre des photos le support des images était une pellicule argentique. On ouvrait l’appareil, on positionnait la cartouche cylindrique dans un logement prévu à cet effet à gauche de l'appareil. On enclenchait les perforations du film dans les petits ergots d'un autre cylindre pivotant à droite, on enroulait une fois. On refermait le boîtier, on tournait une une molette ou un levier (on « armait). Puis on déclenchait et c'était parti pour 24 ou 36 poses
Je vous fais grâce de la chimie qui suivait pour obtenir à partir de ce film des images en paier. Je l'ai pratiquée beaucoup moi-même ; c'est pourquoi les mots « chambre noire » « lumière inactinique » « révélateur » « fixateur » « glaceuse » « bain d'arrêt » évoquent des souvenirs bien révolus aujourd'hui. Les marques Durst, Agéfix, Ilford, Atomal ou Agfa me parlent encore.
Du reste, pour le commun des mortels qui ne se risquait pas à ces opérations délicates, l'étape du développement du film restait inconnue. Pareil pour la photo couleur. Après avoir déposé la pellicule chez un photographe on retournait une semaine plus tard récupérer chez l'homme de l'art une pochette contenant les photos tirées sur papier d'une part et d'autre part la pellicule qui, après traitement chimique contenait les mêmes images mais en négatif : tout ce qui était blanc dans la réalité était noir sur le film et vice-versa.
Plus rien de tout cela aujourd'hui avec le numérique.
Ce qui est étonnant dans le livre de magie du Grand Albert c’est de voir l'humour qu'il tire de l’appareil de de prise de vues antédiluvien qu'on utilisait sans doute au temps des frères Rimbaud, de Nadar, d'Étienne Carjat et de Tintin au Congo. L'appareil photographique était posée sur un trépied. Il devait rester fixe pour éviter les bougés et conséquemment les photos floues. Le boîtier était une caisse parallélépipédique en bois reliée à l'objectif par un soufflet.
Parenthèse : sachant que l'accordéon utilise lui aussi un soufflet, qu'il est appelé « boest en Diaoul » en Bretagne soit « la boîte du diable » on ne s'étonnera pas du fait que les peuplades indigènes que les explorateurs du XIXe siècle photographiaient pour la première fois voyaient là une machine qui risquait de voler leur âme ! Fin de la parenthèse sur la religion.
Le déclencheur de l’appareil était un genre de poire d'interrupteur comme on en trouvait dans les chambres jadis.
Surtout le photographe cachait sa tête sous un voile noir afin de pouvoir sortir la plaque photographique de son emballage et de l'introduire dans l'appareil . Une plaque par photographie.
Il y avait aussi des flash au magnésium qui permettaient d’oeuvrer en milieu peu lumineux.
La personne photographiée prenait la pose. Elle devait rester immobile au moment du déclenchement.
On allait se faire tirer le portrait chez le photographe qui mettait en scène ses sujets dans son studio à l'arrière de sa boutique. Il fallait sourire devant l'objectif : pour certains pisse-froid ou angoissés notoires c'était parfois très difficile
On immortalisait :
- la moustache du père dans un cadre en bois pour la mettre au-dessus du troupeau qui mange sa soupe froide (Jacques Brel)
- les bébés quelques jours après leur naissance, tout nus sur un coussin ou une couverture en fausse fourrure
- les jeunes filles à marier. Ça, ça plaisait bien au photographe
- les jeunes mariés
- les ébats des jeunes mariés. Non je déconne ! Ce n'est venu que bien plus tard ou si certains le faisaient le résultat était vendu sous le manteau dans des arrières-boutiques de librairies peu fréquentables. A vrai dire je n'en sais rien. C’est Simenon qui raconte ça dans ses nouvelles. Lui a beaucoup cherché ces choses-là, pas moi, même si j'avoue que je possède une édition du Kâmasûtra illustré par Albert Dubout.
Il y a bien entendu dans cette histoire de la photographie au 20e siècle un paradoxe que vous aurez peut-être observé. Celui qui rend le mieux compte de tous ces éléments de sociologie, de la richesse de la relation complexe entre l'image qu'on a de soi, celle que l'on veut donner et celle que le photographe saisit, de ce moment particulier d'échange entre un montreur et des gens qui se montrent, celui-là n'est pas photographe, il est dessinateur !
Comme quoi sans le don la technique n'est rien qu'une sale manie !
On ne sait vraiment pas, à voir l'immeuble en coupe, lequel de ses habitants aura le dos brisé le premier !
Peut-être que ce sera le marié du quatrième. S’il a dû monter, en pestant contre les rituels, les escaliers avec sa promise dans les bras jusqu'à ce lieu retiré, sa jolie chambrette, son nid d'amour Fragonardien, quel bonheur ce sera pour lui de fermer le verrou, d'accrocher au loquet de la porte le panneau « Just married » - juste ciel, pourquoi ne dit-on pas « Juste marié·e·s » ? Tout le monde comprendrait aussi bien ! -.
Des griefs il me semble que tout le monde pourrait en avoir après Jeannot et Jeannette qui jouent les vedettes de l’espace en appuyant sur tous les boutons de l'ascenseur depuis une heure !
A commencer par le facteur qui doit se farcir trois étages à pied pour livrer un recommandé à l'haltérophilie du 3ème ! Heureusement pour lui la femme de l'athlète interrompra sa tournée de crêpes pour lui servir un kir en récompense.
Ne parlons pas de l'athlète en maillot qui soulève des poids de cent kilos !
Le sculpteur du rez-de-chaussée, sa journée n'est pas de tout repos. De ses virées dans les salons et autres lieux d'exposition il a ramené une commande de 600 bustes de soldats chinois ! Ses journées de travail n'en finissent pas !
Au premier étage en tout cas on ne s'en fait pas ! On va s'enfiler une bonne part du gâteau d'anniversaire de Nicolas que Mamy a confectionné avec amour. Papy lui qui commente dans son fauteuil le western de la télé ne risque pas la scoliose ni le lumbago. Quoique !
Au deuxième monsieur Dupont dicte à sa secrétaire, une petite dame en robe safran, une lettre de démenti à l'adresse de la "Revue des deux mondes". L'information selon laquelle l'Opéra de Rennes, de forme convexe, finira un jour par s'encastrer dans la mairie de Rennes, de forme concave, en vertu d'un phénomène inverse de celui appelé "dérive des continents" – Ohé, ça va pas la tête ? - n’émane aucunement de la Société de Géographie de Bretagne dont il est le président.
C'est peut-être Alceste finalement qui aura les vertèbres en compote ce soir ! Il a dû grimper jusqu'au cinquième avec son lourd cartable sur le dos pour amener ses devoirs à Alain qui s'est cassé la jambe pendant la classe de neige. Attention ! Il faut bien situer le personnage d’Alain ! Lui n'est pas allé à la classe de neige. Du reste personne dans la classe ne s'est cassé quoi que ce soit au ski mais lui qui est resté à Lille, quand on est rentrés, on a vu qu'il avait hérité d’un beau plâtre au mollet !
Ce serait bien, songe Alceste, qu’on pense à inventer WhatsApp et les visioconférences un de ces jours pour que les profs puissent lui dire à distance ce qu'il a à faire sans que je me coltine cinq étages et l'odeur de pipi de chat de son appartement !
Il n'a pas ça dans sa hotte, le Père Noël du futur ?
Il avait subi une avarie et avait dû poser son astronef sur un satellite rocheux d'Aldébaran. Il était en train de bricoler la tuyère défectueuse et la clé anglaise intelligente lui tomba des mains quand il entendit soudain la petite voix. Il se retourna et reconnut un de ces moutons à cinq pattes comme on en trouve souvent attablés au Carrefour des étoiles, le bistrot de Clifford D. Simak sur Bételgeuse.
Qu'est-ce que tu veux, Mister Sheep ? demanda l'astronaute-bricoleur.
- S'il te plaît, dessine-moi un petit prince !
Interprétation, très pourrie comme à l'habitude, par Mr Deepdream de la commande "Un petit prince à tête de mouton" avec costume fourni ! J'ai aussi ajouté moi-même la cinquième patte au mouton !