Bref, ça y est, on s’est dépareillées ! Cela faisait pourtant des années qu’on vivait ensemble, entre chaussettes à carreaux.
Déjà, quand on est sorties de l’usine ! On nous avait tellement jugées inséparables qu’on nous avait attachées ensemble avec une étiquette. Une histoire cousue de fil blanc. On nous avait remis ce diplôme lors de la distribution des prix, juste avant qu’on se taille en direct vers la mercerie ou vers l’hyper on ne sait plus trop.
Et puis un jour on a plu à Lucie. Elle était étudiante au C.F.M.I. et elle aussi avait de grands carreaux mais c’était pour mieux nous voir, mon enfant ! Des lunettes, ça s’appelle. Comme elle n’est pas très ordonnée on se trouvait parfois à traîner l’une sans l’autre dans la chambre au milieu des partitions de musique tombées du pupitre, des classeurs de vocalises posés par terre. Là, à même la moquette, dans cette cour de récréation ou de recréation musicale, on copinait avec les vertes à pois blancs, les blanches à pois verts, les écossaises jaunes à carreaux rouge et on jouait à tartan ta gueule à la récré ! . Heureusement, la maman de Lucie passait parfois faire le ménage et après ce nettoyage de printemps, bien lessivées, nous étions priées de nous rassembler pour pendouiller-glandouiller ensemble sur le séchoir d’où quelquefois le vent d’Ouest nous faisait choir.
Mais après un dernier repassage en revue, nous gagnions le tiroir et tout était plié. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir pour les bas bleus de voir la vie en rose quand la mère infaillible à jouer au memory et pris son pied en assemblant les paires pour les mettre au placard. En quelque sorte nous étions victime collatéral d’un certain féminisme à l’ancienne.
Et puis il y a eu la rencontre du petit copain et nous n’avons pas tout compris mais très souvent alors nous avons été éjectés du lit où nous adorions pourtant faire la sieste. Lui il n’avait qu’un refrain à la bouche et c’était « Sois érotique ! ».
Maintenant dans le couple il y a un bébé et Lucie quelquefois l’emmène à la chorale. Le bébé est très sage et suscite sans broncher l’admiration baveuse des mamies. Pendant ce temps Lucie s’agite sur son piano, fait pousser des « Rrreu Kkkeu Tseu Kkkeu », évoque Chênehutte-les-Tuffeaux, le papet Pipépa, la flûte folle et les Triplettes de Belleville. Et puis au milieu de la répétition elle se déchausse et alors c’est nous qui devenons les vedettes du show. Tantôt une rouge avec une verte, une bleue avec une noire. A l’heure du mariage pour tous Lucie a lancé la mode des chaussettes hétéros ! C’est tellement plus pratique, tellement plus rigolo.
A cette époque, c’était pour moi le temps des vaches maigres. J’habitais un minuscule appartement plein comme une huître dans lequel je tournais comme un écureuil en cage et où je m’ennuyais comme un rat mort. Pour tromper l’ennui, je m’installais souvent à ma fenêtre d’où j’observais le va et vient de la rue, énorme fourmilière.
Je la vis, un jour, bayer aux corneilles sur le petit balcon de son studio dans l’immeuble en vis à vis de celui que j’occupais près du marché aux puces. Je pris l’habitude de l’observer car quelque chose ne tournait pas rond chez elle. Ce qui m’avait mis la puce à l’oreille, c’était cette façon de regarder le ciel qui lui était propre et ceci pendant des heures. Comme je m’ennuyais ferme et de surcroît étais curieuse comme une fouine, je me renseignai sur cette étrange voisine.
- Il faut appeler un chat un chat, me dit l’opulente boulangère chez qui je me servais tous les matins, elle a certainement une araignée au plafond : il paraît qu’elle sort chaque soir entre chien et loup pour essayer de décrocher la lune. C’est un serpent de mer dans le quartier, tout le monde en parle mais ce sont des on-dit et moi, ce que je vous en dis !!!!!!
J’avais déjà avalé pas mal de couleuvres dans ma vie et je me demandais si c’était du lard ou du cochon. Faire ça ou peigner la girafe, je décidai d’en savoir un peu plus sur mademoiselle Angèle. Comme c’était, de source sûre, une grenouille de bénitier, je me rendis à l’office du dimanche pour l’observer de plus près. A l’église, je me sentais comme dans un panier de crabes. De plus, dans la petite chapelle du quartier nous étions serrés comme des sardines, ce qui avait comme avantage de me permettre d’être au plus près de celle que je nommais désormais Angèle comme si nous avions gardé les cochons ensemble.
Ce que je vis alors n’était pas piqué des vers. Elle portait fièrement un grand chapeau haut-de-forme sur lequel on pouvait voir des breloques de toutes sortes et, à son poignet, de volumineux bracelets qu’elle faisait ostensiblement tinter à chaque fois qu’elle tournait les pages de son missel. A ses oreilles pendaient de longues boucles en forme de croissant de lune qu’elle touchait régulièrement comme pour vérifier qu’elles étaient toujours là.
Elle n’avait rien d’une oie blanche, Angèle, et semblait quelque peu déplacée en ce lieu où chacun arborait une tenue plutôt classique mais, ce n’était pas le plus surprenant. Elle semblait entrer en extase à chaque fois qu’elle tournait les yeux vers le plafond de la chapelle et là, je m’aperçus qu’il était décoré de… croissants de lune. Les on-dit du quartier semblaient s’avérer vrais. Mais de l’admiration qu’elle semblait porter à l’astre de nuit à l’espoir de caresser la possibilité de le décrocher il y avait tout de même un certain nombre de pas à franchir.
Pourquoi m’étais-je intéressée à Angèle au point de l’espionner de la sorte ? J’avais tout de même d’autres chats à fouetter ! Il est vrai que ma mère avait elle aussi ce penchant pour la curiosité et comme les chiens ne font pas des chats, j’en avais sans doute hérité. J’avais très envie d’en savoir plus sur cet étrange personnage qui exacerbait mon penchant pour la découverte des secrets d’autrui. C’était un travail de fourmi qui m’attendait, mais je n’en avais cure. Je voulais tout savoir sur elle. En fait j’allais peut être me fourrer dans un mauvais guêpier, mais que faire contre ma curiosité maladive ?
Après tout, ce n’était pas la mort du petit cheval cette quête de la vérité. Le lendemain de ma présence à l’office religieux il faisait un temps à ne pas mettre un chien dehors. Je m’en souviens fort bien car le mien n’avait pas voulu sortir ce jour-là. Il m’avait fallu déployer un trésor de patience pour qu’il accepte sa promenade matinale.
Le quartier était en effervescence . On avait retrouvé une des boucles d’oreilles de Mademoiselle Angèle et depuis, plus de nouvelles. Comme la dite demoiselle était connue comme le loup blanc, chacun y allait de ses commentaires.
- J’ai bien vu, hier, elle avait le cafard, elle aura vraiment essayé de décrocher la lune.
- Elle fréquentait un drôle de singe, elle se sera fourrée dans un sale guêpier.
- On la reverra quand les poules auront des dents !
- Elle aura cru trouver la poule aux oeufs d’or et elle sera tombée sur un bec.
On retrouva la deuxième boucle d’oreille dans le parc, sous un arbre centenaire. A la cime de l’arbre il y avait des lambeaux de la robe écarlate qu’elle portait à l’office du dimanche. On ne retrouva jamais le corps.
Avait-elle vraiment essayé de décrocher la lune ? Ce qui était sûr c’est que j’allais retourner à ma vie médiocre, m’asseoir chaque soir sur le bord de ma fenêtre et pleurer Angèle qui m’avait tant fait rêver.
Pourquoi vous raconter cette histoire aujourd’hui, dix ans après les faits ? Parce que je viens de retrouver Angèle, ce soir à la télévision. Elle porte toujours son chapeau haut-de-forme affublé de breloques, elle a toujours ce regard perdu vers les cieux que j’ai si bien observé autrefois. Elle vient de publier un livre pour lequel elle a obtenu le prix du premier roman : « Décrocher la lune ».
Faire un itinéraire de balade ou de voyage pour pouvoir me perdre Sur l’épave de notre vie que je tente de renflouer et parcourir Le musée de ma vie qui est dans le monde de ma bibliothèque.
Le bruit de l’oiseau se multipliait hier soir en paysage sonore comme Un refrain populaire : « Amoureux comme nous, amoureux fous ». 1 Et je me fichais qu’ils regardent mon livre comme un objet étranger.
Maintenant, je m’efforce d’accueillir chaque matin comme une éclaircie de la nuit Et boire à la source vive d’une femme-fontaine Pour, comme lui, être vivante jusqu’à la mort, Passant « à travers des forêts de symboles. » 2
Qui n’a jamais trouvé des signes dans les nuages qui défilent ?
L’hiver s’en vient dans les maisons Sortir de ses blagues de givré Le vieux tabac de la grisaille Et cela dure des semaines.
On est piégé.
Quand vient l’horrible saison froide Même l’alouette y laisse des plumes. Pierrot qui passe En ramasse une Puisqu’au clair de la lune Son voisin le distrait a égaré la sienne.
Au chaud, dans le plus grand secret Les buffets se régalent des sachets de lavande, Des albums de photos et porcelaines rares Ou des habits de deuil que l’on y entrepose.
Où trouver le courage ? Se lever au matin sans ramasse-poussière C’est perdre assurément les débris des étoiles Qui sont venues la nuit Illuminer nos rêves.
Dans le geste d’écrire ? On a beau tendre son cahier Tel un miroir au monde Rien ne s’y réfléchit, Rien ne s’écrit dedans. On ferait mieux sûrement De tendre une tablette, De ramener des photos du ciel Ou de l’immeuble d’en face.
Peut-être, sur le cahier, Fallait-il appuyer quelque part ?
En attendant, oui, j’écris.
S’il fallait mettre son espoir dans le Seigneur Alors j’ai tout raté. J’ai juste pour ma part Mis un pied devant l’autre Et rencontré l’humanité Et même aussi parfois L’Humanité-dimanche !
Mais, c’est vrai, rien n’est simple. La complicité avec le poète Ne s’établit pas en un clin d’œil : Ce voyant est peut-être un voyou Et ce dévoiement du langage Un désert empli de cailloux !
Sous le pavé de sept cents pages S’étend peut-être juste Une plage de nudistes A l’oeil terne, A la joie éteinte : Des fracassés loquaces Et inintéressants.
Qui décide que les pavés brillent ? La pluie passagère ?
Ecrire, est-ce poursuivre Des visions ?
Des êtres de légende, la plus inaccessible Et la plus honorable parmi les homicides, Chimère, N’a d’yeux que pour Rodrigue Et lui baye aux corneilles !
Trouve-t-on la joie au tourner du temps ?
Concert de nouvel an à Vienne : Le gai tourbillon de la valse N’enchante pas le musicien. L’œil rivé sur sa partition, Il procède à l’exécution, Sans cesse menacé d’une réprimande Par la baguette autoritaire du chef d’orchestre.
Alors on rentre se réchauffer Et sans cérémonie - On n’est pas au Japon - Vers cinq heures on prend le thé.
Seulement une chose est sûre : Désormais je n’entrerai Que dans des cabarets à la façade verte Et si en lieu et place d’une serveuse accorte C’est un barman aigri qui apporte Mon sandwich au jambon Je lui enverrai ma bière au visage !
Bien entendu, six mois après, je mélange un peu les randonnées. Celles, normandes, d’Annoville et celles, bretonnes, de Poulennou. Ce que c’est que d’aller dans les bouts du monde dont le nom comporte deux « n » ! Me souviendrais-je mieux d’une ascension de l’Annapurna ou de la randonnée périphérique autour d’Annapes ou de Vincennes ? Pas sûr !
Ma mémoire a jeté le nom de ce manoir aux orties. Peut-être est-ce Kérizy ? Il se situe sur le chemin qui va, dans l’intérieur des terres, de Poulennou à Cléder et sur lequel à un moment, j’ai cru m’être perdu et avoir pénétré dans une grand propriété privée. Heureusement les garde-chasse du coin ne me sont pas tombés dessus avec leur tromblon ; je n’ai pas dû subir, même par le verbe, ces violences que des flics imbus de leur force et de leur pouvoir infligent à des gilets jaunes en vadrouille. On est plus civilisé qu’à Paris dans le Finistère !
Pour vérifier ce Kérizy, il suffirait que j’aille consulter mon avant-dernier cahier d’écriture nomade. Ou, sur l’ordinateur, le répertoire des photos de juillet 2021. Ces deux instruments-là me servent de dateurs et j’ai aussi la ressource de ressortir la carte IGN bleue sur laquelle j’ai repéré ce circuit accompli en solitaire, au milieu des champs et du petit bois sous un cagnard exceptionnel cet été-là. C’est l’année où nous sommes partis en vacances les deux seules semaine où il a fait beau sans discontinuer, les autres semaines ayant été du genre à vous filer une angine en juillet et le coryza en août !
J’étais donc là, au bout de ma course, à battre tout seul le pavé de Cléder quasi déserte, à photographier les mosaïques de la grand’place quand un gars est sorti de la salle municipale et m’a dit :
- Si vous aimez les belles choses, entrez donc ! Il y a de quoi vous satisfaire à l’intérieur !
C’est comme ça que j’ai eu le droit de photographier, en avant-première ces tableaux d’avant vernissage. Je me suis bien gardé de dire aux charmantes personnes qui peaufinaient l’accrochage des toiles et photographies que j’afficherais un jour futur des fragments de cette exposition sur Internet. Il y a toujours des gens rétifs à cet outil, des rebelles à la diffusion voire à la captation des images.
Mais quoi ! Si, comme ici ce jour, on ne glorifie pas les talents des peintres locaux, la beauté des paysages maritimes sur le sentier des douaniers entre Moguériec et Kerfissien, que trouvera-t-on sur nos écrans, dans nos radios ou nos journaux ?
Des tronches d’ambitieux qui veulent devenir calife à la place du calife? Des émissions de variété qui ressortent Chantal Goya de la « et j’ai crié Naphtaline pour qu’elle revienne » ? Chantal Goya qui était si Bécassine’s cousine à la fin de sa vie qu’elle croyait qu’elle faisait de la peinture !
Non, vraiment, si l’heure est au retour des valeurs du passé, de « Maréchal nous voilà », de « Sens commeun », de la francisque et des nervis à battes de base-ball, alors laissez-moi rêver dans mon coin devant le frais minois des dames de Cléder, devant l’image naïve et délicieusement enfantine de cette Bretagne blanche et bleue où le touriste que je suis trouve toujours à s’émerveiller. S’il n’est bon (monde à la Houelle)becq que de Paris, je vous le laisse !
Merci à vous, gens de Cléder !
P.S. Et désolé pour ma mémoire déjà défaillante : c’est le manoir de Tronjoly qu’on voit sur la première aquarelle !
Albert ce matin-là avait le teint verdâtre. Mal dormi. Mal réveillé. Et en retard pour le boulot.
Il hâtait le pas tout en sachant que ça ne servirait à rien: impossible de rattraper le temps perdu.
A moins…
L’envie lui vint de prendre un de ces vélos. Avec ça, il se faufilerait parmi le trafic, les travaux, les encombrements et arriverait, avec un peu de chance, pile-poil à l’heure.
Ne lui avait-on pas piqué un vélo, il y a bien longtemps, quand il était étudiant ? Alors ? Il avait bien droit à une petite revanche, non ? Surtout en ce cas de force majeure !
Tout en marchant le plus vite qu’il pouvait, il observait la rangée de vélos. Trop petit. Trop mauvais état. Trop bien cadenassé. Trop fille…
Bah ! se résigna-t-il, tant pis.
Illustrant ainsi, en un seul début de matinée, deux fables de la Fontaine.
Je vais me faire ce jour le porte-parole des animateurs d’ateliers d’écriture en vrai pour avouer que c’est assez casse-gueule de vouloir trier dans le bric-à-brac des propos échangés avant la distribution de la consigne et utiliser ces ouï-dire pour en faire sa contribution.
Surtout qu’aujourd’hui l’ambiance était bon enfant et même plus du fait des affinités : les ci-devant membres de l’atelier d’écriture de Villejean ne s’étaient pas revus depuis septembre de l’année dernière.
Alors autour du thé et des biscuits on a fait des aller-retour entre les bonnes sœurs sadiques de Dol-de-Bretagne, les comparaisons de centres de vaccination anti-covid, les wagons fumeurs remplis de volutes, les betteraves coloriées en bleu puis corrigées au doigt mouillé, les petites culottes souillées de pipi offertes en ex voto au vieux poêle à charbon qui chauffait la classe au temps du vintage, les enfermements dans la cave pour apprendre à dessiner une feuille d’arbre dans le noir. De quel obscurantisme ne sortons nous pas, les un·e·s et les autres ?
Il faudrait que je sois un sacré jean-foutre pour opérer un fric-frac aussi impudique dans les curriculum vitae de ces dames. Et même un sacré fortiche du coq-à-l’âne pour évoquer à la suite la découverte tardive du boogie-woogie par une jeune retraitée qui en était restée à la pratique du fox-trot avec nu-pieds en compagnie de demi-sel prudents puisque pourvus de gilets pare-balles.
Mais j’ai suffisamment de Paris-Brest dans mon garde-manger pour vous raconter, au lieu de cela, l’histoire de mon clic-clac parisien, vous dire lequel des deux dans notre couple est le chauffe-la-couche et aussi…
Ah non ! Finalement vous n’aurez rien ! Un faire-part en provenance directe du bureau de Marina Bourgeoizovna m’avertit que mon projet est knock-out par avance, qu’on ne parle pas de nos dessous-de-table, de nos dessus-de-lit et encore moins de l’inverse, même si on livre au compte-gouttes. Pas de hold-up sur notre vie privée, c’est interdit !
Bon, tant pis, comme on disait chez les fabricants d’orgues des années 60, je jouerai les boute-en-train un autre jour !
Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent ils ne savaient plus très bien, à force d’avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui les Multiples mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller un jour à Sète mais il ne savait pas quand.
Après avoir savouré leur petit-déjeuner, Quand et Où prirent congé de l’aubergiste. Celui-ci, encore émerveillé du concert qu’ils avaient donné la veille au soir, leur fit cadeau de deux bouteilles de « bière braxéenne » pour la route. Il y avait une Anna-Marly et une Morterille.
- Elles sont fabriquées où ? demanda Quand.
- Du côté de Toulouse !
- C’est drôle qu’elles s’appellent la Braxéenne, commenta Où, parce qu’aujourd’hui nous on va dans la ville natale de Georges Braxens !
Ils arrivèrent à Sète sur le coup de midi. Ils se posèrent à la gare parce qu’Où était sûr d’y trouver une horloge. Ca rassurait Quand de connaître l’heure. Porter une montre ça aurait pu être pratique pour le type d’amnésie qu’il manifestait, qui n’était ni anosmie, ni agueusie et encore moins symptôme de Covid, mais il avait en plus la malchance d’être allergique au nickel et détestait porter, bracelet, alliance ou bague. Quant à Où, il ne se souvenait jamais de l’endroit où il avait posé la sienne.
Il soufflait un Mistral à décorner tous les boucs habitant les romans de Jean-Claude Mourlevat. Ils cassèrent la graine – quoi de plus normal pour des perroquets ? – en terrasse d’un bistrot appelé « Chez Marinette » et passèrent leur marché habituel avec la patronne, une matrone aux mamelles accortes et par ailleurs natives, avec tout le reste corrézien et corps et biens, de Brive la Gaillarde. En échange d’un concert donné le soir même par les deux drôles d’oiseaux, elle leur assurerait le gîte pour la nuit et le couvert pour le soir et le lendemain matin.
De leur étonnante besace magique qui ressemblait tellement au foulard porte-bébés des cigognes alsaciennes que c’en était un, ils sortirent des flyers (What else for birds ?) et des affiches avec un espace blanc sur lequel l’organisatrice n’avait plus qu’à inscrire la date et l’heure de la prestation : « Ce soir, ici à vingt heures, Où et Quand ».
Puis vint le moment d’aborder le motif de leur venue au pays du fumeur de pipe à guitare.
- On nous a conseillé de venir à… On est où déjà ? commença Où. - A Cette mais en fait ça s’écrit Sète depuis je ne sais plus quand, répondit Quand. - Pour rencontrer des gens qui s’appellent les Multiples.
La tenancière, madame Marinette, parut d’abord surprise puis elle questionna, un peu méfiante :
- Vous n’avez rien contre le royalisme ? - Nous ? Non. On est musiciens, on ne fait pas de politique. - Alors vous pouvez aller voir Louis. Il habite dans le quartier de la Pointe courte, traverse Agnès Varda. - A quel numéro ? - Ben…Quatorze ! - Et c’est quoi son nom de famille ? - Ben… Quatorze ! - Non, mais le numéro on l’a, c’est son nom qu’on vous demande. - Quatorze, je vous dis ! Louis Quatorze, qui demeure au n° 14 de la Traverse Agnès Varda.
« Sète foi encore, on est tonbé ché dé gen bizar », pensa Où qui ne savait plus où il avait rangé son orthographe.
***
Avec les tous les travaux qu’il y avait dans Sète derrière la gare ils durent voler pour se retrouver dans le pittoresque quartier de petites maisons de martins-pêcheurs.
Ils frappèrent au carreau du 14 parce qu’il n’y avait pas de sonnette. Ils furent étonnés de voir le costume du papy qui vint leur ouvrir. Il portait des bas de soie, un manteau d’hermine et une perruque grand siècle.
- Monsieur Louis Quatorze ? On nous a dit que vous étiez un des Multiples de Sète.
- C’est tout à fait vrai, messieurs, et plutôt deux fois qu’une. Mais entrez donc vous installer dans mon palais. Ce n’est pas Versailles, mais c’est tout à fait habitable. Vous prendrez bien un petit bourbon ?
- Ce n’est pas de refus, accepta poliment Où.
La petite maison était coquettement entretenue mais sentait le poulailler que c’en était une horreur. Trois poules picoraient sur le sol de terre battue et un grand coq lançait son cocorico toutes les trente-cinq secondes à l’intérieur de la cuisine.
- Tenez messieurs, voici vos bancs. Quant à nous, nous nous maintenons dans ce fauteuil auquel nous astreint notre grand âge de quatre-vingt-onze ans. Ne vous souciez pas de ces dames de la basse-cour et du petit marquis pérorant. Qu’est-ce qui vous amène à venir consulter la fontaine de science que nous sommes ?
- Eh bien, avoua Quand, nous aimerions savoir comment on fait pour savoir où et quand en même temps.
- Où est Caen ? N’allez pas penser que je louvoie mais il me semble que c’est dans le Calvados, non ? Je crois même que c’est le royaume du Very Bad Trip ?
- En fait, précisa Où, nous voulons savoir plutôt quand et où.
- Quand et où… En même temps ? Dans le même espace-temps ? Vous voulez parler du temps qu’il fait ou du temps qui passe ? Est-ce que je vous ai déjà raconté l’histoire des quarante-deux fillettes ? Et vous connaissez celle de la femme aux trente-cinq cœurs ?
Etait-ce le bourbon, la chaleur méditerrannéenne, le grand âge voie l’Alzheimer du bonhomme ? A partir de ce moment le vieux se mit à bayer aux corneilles et à cligner des yeux comme prêt à s’endormir.
- Quand et où, en même temps ou séparément, la réponse est peut-être « aujourd’hui » ou « Hyères » ou « deux mains ». Ou « Ici et maintenant » ou « Partout ailleurs par Toutatis ! ». Tenez, avant que je ne m’endorme, lancez ces deux dés.
Où s’exécuta et sorti un cinq et un six.
- La réponse à votre question se trouve dans l’allée 77 au cimetière marin, tombe n° trois sur la gauche. Excusez-moi, je vais devoir me rendre sur ma chaise percée puis aller faire ma sieste. C’est l’heure ou le malheur qui veut ça.
- Nous n’avions pas l’intention de prendre racine non plus, monsieur Quatorze. Nous vous remercions de votre conseil. Bonne fin de règne à vous et merci pour le bourbon, il était excellent.
***
Au cimetière marin, dans l’allée 77, la troisième tombe était celle d’un dénommé Wenceslas-André Stimane. Une inscription sur une plaque de marbre disait : « Merci de me venger si c’est possible. J’ai été lâchement assassiné le 7 juillet 1949 par des gens qui habitaient au n° 21 et qui étaient trois..»
Ils se rendirent au bureau du cimetière et demandèrent des explications sur ce crime commis par trois Sétois.
- Stimane, vous dites ? Trois ? Moi je ne sais pas trop, je suis la comptable, en place depuis quinze ans, c’est vous dire si je suis dure au mal. Mais si c’est trois, et ce n’est pas neuf, vous devriez partir tôt demain pour aller consulter la Gnangnan douillette. - La Gnangnan douillette ? Elle habite où ? demanda Où. - A Troyes ! - Et on partirait quand ? demanda Quand. - A l’aube. - C’est bien noté. Merci Madame.
Ils consacrèrent le reste de l’après-midi à arpenter les rues de Sète et à chercher des traces de Georges Braxens mais il y en avait peu. Ils montèrent par les petites rues et les escaliers du mont Saint-Clair admirer le paysage environnant. Puis ils trainèrent en ville, s'estasiant devant les barques de pêche au pied de la maison de la mer.
A l’heure de l’apéro il y avait plein de monde chez Marinette. Ce soir-là ils terminèrent leur récital en envoyant « La supplique pour être renseigné sur la plage de Sète » de Georges Braxens et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose !
C’est un endroit très chouette, un très grand jardin dans lequel les gens se promènent sans manières mais pas sans distinction.
C’est le parc du Thabor, un endroit empli de verdure en plein centre de la ville de Rennes. Si vous n’êtes que de passage dans cette cité, un samedi ou un autre jour, allez-y obligatoirement. Votre cœur de touriste se chargera peut-être d’émotion devant les statues de Charles Lenoir.
Pour ma part j’éprouve toujours un peu de chagrin devant celle qui représente cet imbécile d’Hermès, Dieu du commerce et des voleurs et pour l’heure sous-préfet d’Hadès, le maire du palais des Enfers, en train d’enlever la fille Eurydice au poète Orphée au prétexte que le musicien a tourné les yeux sur son épouse avant même que d’être sorti de la nuit souterraine.
Les Dieux romains et grecs ! Gavés d’ambroisie au buffet de Ganymède, soûlés de nectar dans les bars de l’Olympe, pourront-ils jamais comprendre quelque chose à l’amour des hommes ?
Que pouvons-nous attendre de ces brutes en blouson clouté qui n’ont jamais cueilli un bouquet de primevères, qui se changent en oiseaux, taureau ou cygne – pourquoi pas en canards du bois joli ou en grenouilles à embrasser ? – pour séduire nos belles et les tromper derechef ?
Il y a plus de douceur dans l’autre groupe sculpté à l’autre bout des jardins à la française. Il représente Diane, déesse de la Lune, arrêtée dans ce lieu au hasard de sa promenade nocturne avec ses compagnons, son arc, son carquois et ses chiens aux pattes cassées.
Derrière la roseraie en contrebas vous apercevez un bout de Toscane grâce au profil typique du collège Saint-Vincent et avec un peu d’imagination on croirait entendre ici une chanson italienne de la Renaissance accompagnée au luth. Non, vous n’êtes pas clients ?
Tant pis ! Les roses n’étaient pas sorties mais les tulipes, si. Sous le kiosque à musique je me souviens de robes de bal virevoltantes – la valse, ça ne mange pas de pain ! – et d’orchestres de vents pas mauvais, n’en déplaise à Paul Verlaine.
Dans ce trou de verdure où ne coule plus de rivière, l’Enfer, saison été, j’ai des tas de photos de danseuses à visage d’ange qui évoluent sur des morceaux joués par Bombarde et Biniou, les deux fameux duettistes bretons dont le chapeau est rond… de Saint-Vincent (cf supra).
Et si l’agent 212, celui qui veille toujours au grain, était venu ce dimanche-ci vérifier si les jeunes adeptes du flirt, de l’amourette ou de la glande qui avaient posé leur derrière sur le gazon des pelouses autorisées ou s’en étaient fait une couchette portaient bien un masque sur le nez, croyez-moi, il aurait pu en distribuer, des amendes à 135 euros.
Avant de regagner vos autocars ou vos pénates, n’oubliez pas d’aller jeter un œil à la volière qui rime si bien avec «gruyère» et «bruyère», à la statue de Glenmor, au carré Du Guesclin, aux grottes ou à l’allée des chênes ni surtout de saluer Monsieur Zébulon, le délicieux manège où je vis autrefois une bonne sœur attendre son tour pour tournicoter sur la grande girafe !
Plus on avance en âge et plus on s’aperçoit qu’on ne sait pas grand-chose de la marche du monde. Et pourtant je ne suis pas un sédentaire, elle a bourlingué, ma valise, j’en ai usé et abusé, du voyage ! J’en ai envoyé des bafouilles et des babillardes à ma mother !
Au début, elle me marquait à la culotte, ma mère. Elle m’aurait volontiers embrigadé dans la bande à Jésus mais moi j’étais, je suis toujours une tête de mule ! Son ordre de service c’était : « Remonte un peu le niveau ! Prends l’ascenseur social ! Trouve une situation assise pour travailler dans un burelage – elle prononçait « burelage » pour « burlingue » ! – épouse une boulangère, donne un coup de collier, Arthur ! ».
Pour un peu elle m’aurait conseillé de devenir postier ou de fouetter le cheval de la diligence comme a fait mon frangin Frédéric. Ca a dû lui fiche un sacré coup quand j’ai été fourré au bloc à Mazas après avoir brûlé le dur pendant ma première fugue ! Mais bon, moi, ma route passait par Paris.
L’étoile filante de la Commune s’était éteinte quand j’y ai remis les pieds la deuxième fois en septembre 1871. Les Versaillais avaient arrêté la cocotte-minute à coups de fusil, éliminé les rouges pour un sacré bout de temps !
Alors je suis allé taper dans l’œil du Paulot Trousse-couilles ! Dans la cage à poule de ses beaux-parents, c’était du genre collier et étiquette et j’y faisais figure de marchand de peaux de lapin ambulant !
Avec Verlaine, on en a éclusé, des absinthes et des petits bleus sur les zincs des bistrots. Y’a même Fantin-Latour qui nous a tiré la toile, enfin, le portrait, sur un coin de table. On a pris de sacrées pochées et dans la boîte à cocus des poètes parisiens les gars ont avalé une arête de poisson quand je leur ai balancé « Le Bateau ivre » ! Chopez ça dans la dentelure, les nazes, feuille 12 à l’odontomètre, Arthur vainqueur haut le pied !
Après on a quitté ces rebuts, on est partis en bombe, on a joué au trempolino entre Londres et Bruxelles jusqu’à ce fameux coup de feu le jour où on a fait gare pour la dernière fois. J’ai failli être descendu, dis donc, et ça n’aurait fait aucun bruit dans le lanterneau !
Fin de la descente aux Enfers, changement de bitume !
Allégé de l’Europe et de ses bondieuseries, j’ai posé mon chevalet dans la corne de l’Afrique. J’ai vendu du café, des casseroles et des fusils aux pachas du secteur dont et y compris le roi Ménélik ta mère !
A force de combines j’ai fini par amasser une sacrée liasse. J’étais en passe de revenir au pays, d’y épouser une nénette mignonnnette et de finir rentier quand j’ai vu le bout de ligne se profiler.
Cette saleté de genou est devenue comme du camembert, plus moyen d’avancer autrement qu’en tilbury. Ce que j’appelais comme ça était un brancard bricolé avec les restes d’un ponton sur lequel j’ai souffert le martyre lors de mon rapatriement vers l’Europe. A Marseille on m’a amputé : je n’ai plus besoin que d’une botte sur les deux désormais.
***
A Charlestown j’ai pigé que je ne serais plus désormais qu’un surnuméraire alors j’ai voulu retourner à Aden. Trop tard ! Je t’écris de Marseille pour te dire adieu, l’Ernest. Je t’aimais bien, tu sais ! Ca cocotte l’éther dans tout l’hôpital, je vais sans doute y passer cette nuit. Y’a ma soeur à côté qui prie tout ce qu’elle peut pour le piéton aux semelles de vent mais pas question que cette sauterelle d’Isabelle me fasse intégrer à la dernière minute les brigades calotines de son brêmard divin ! Ça ferait trop plaisir à Claudel !
Seulement… Plus on avance en âge et plus on s’aperçoit qu’on ne sait pas grand-chose de la marche du monde. Tu le sais toi, ce qu’est une gogneuse ?
Ton copain Arthur
***
Cette lettre de Rimbaud a été retrouvée récemment au centre de recherche de La Poste à Libourne. L’auteur de la missive, n’ayant plus tous ses esprits au moment de fermer l’enveloppe, avait écrit «Emile Delahaye» au lieu d’ «Ernest Delahaye» et celui-ci n’habitait plus Charleville-Mézières depuis un certain temps déjà.
Ce genre de courrier impossible à délivrer s’appelle justement… une gogneuse !
On ne nous a pas tout dit sur le jardin d’Eden. L’Ancien Testament en a fait une histoire édifiante qui nous interdirait la désobéissance et ferait craindre le châtiment. Mais de récentes découvertes confirment ce qu'une poignée d'historiens soupçonnaient depuis longtemps. Dans des grottes de la Mer morte, des archéologues viennent de trouver des lambeaux d'un manuscrit vieux de deux mille ans qui permet de reconstituer l'histoire. Après tous ces siècles de mensonge, il est temps de rétablir la vérité, le désert de Judée nous livre ses secrets.
Ce qui est vrai, c’est que c’était un jardin extraordinaire, sauvage, généreux et luxuriant. Ce qu’on a oublié de dire c’est qu’Adam et Eve étaient loin d’être un couple heureux. Adam avait fort mauvais caractère, il boudait des jours entiers sans qu’Eve sache pourquoi. De plus, il était peureux. Ce qui pour Eve était un merveilleux jardin était pour lui un monde rempli de menaces ; il avait peur de tous les animaux qu’ils y croisaient, du moucheron le plus inoffensif au lion le plus pacifique en passant par le dinosaure le plus grand, celui qui mesurait soixante-cinq mètres de long. Mais ce qui le terrorisait le plus c’était l’agile serpent qui glissait silencieusement dans les hautes herbes.
Adam ne voulait goûter aucun fruit, aucun épice nouveau par peur de se rendre malade. Il était du genre entrecôte/frites et une banane au dessert à tous les repas. Si Eve l’avait écouté, ils seraient restés tous les deux blottis dans un coin sans bouger, pour se faire oublier des dangers qui, d’après lui, les guettaient. Un vrai bonnet de nuit ! Pour Adam, vivre au jardin d’Eden, c’était le cauchemar. Eve lui disait : « Le bonheur ne passe qu’une fois, nous devrions en profiter. Si tu veux, ce soir je viens chez toi et nous irons au bal de la nuit danser la folle complainte ». Et dans son pessimisme noir Adam répondait : « Tais-toi, femme ! Si ça se trouve demain c’est la fin du monde ou au plus tard dimanche prochain. Retourne dans ta cuisine nous faire un bon repas car je dois dîner avec un ami ». Quel ami ? Eve ne lui en connaissait aucun. Mais vous l’aurez compris, Adam était non seulement le premier homme mais il était aussi le premier macho.
Il n’arrêtait pas de rappeler à Eve que sans lui elle n’existerait même pas vu qu’elle était issue d’une de ses côtes que Dieu lui aurait retirée pour la façonner. Il prétendait que la cicatrice le faisait souffrir aux changements de temps ce qui lui faisait une raison en plus pour se plaindre et la culpabiliser. Eve doutait fortement de cette version qui le valorisait et introduisait entre eux une hiérarchie bien pratique pour lui qui aimait toujours tellement se faire mousser. Quant à Dieu, elle ne l’avait jamais vu, ne savait même pas s’il existait et pour tout dire ça lui était complètement égal.
Eve rêvait d’autre chose, d’une autre vie tout en se promenant seule dans ce paradis terrestre. Elle saluait tous ceux qu’elle croisait et au fil du temps nouait des amitiés. C’est comme ça qu’elle sympathisa avec le serpent et qu’ils devinrent amis.
Un jour, Adam trouva un mot sur le tronc d’arbre couché qui leur servait parfois de table ou de canapé selon les besoins : « Adieu, ne cherche pas à me retrouver, je pars définitivement avec le serpent. Je t’ai laissé quelques pommes dans la réserve. ».
Plus tard, Adam a raconté les choses à sa façon avec des histoires de fruits défendus pleines de sous-entendus désobligeants pour Eve. Des histoires à dormir debout qui lui donnaient le beau rôle et surtout aucune responsabilité dans ce qui est arrivé par la suite. C’est cette version qui est restée et a traversé le temps. Quand à Dieu on ne sait même pas ce qu’il faisait dans cette histoire. Il y en a qui disent qu’il ne s’en est pas mêlé, il aurait eu horreur des histoires de couple car il n’était pas très sentimental. D’autres ont évoqué certaines théories du complot plus ou moins fantaisistes.
"Au bal de la nuit", je suis "la princesse au petit pois", Mon petit pois étant ma collection de douleurs Qui me gênent pour m'endormir et j'ai beau Ajouter des matelas de cachets et de massages Rien n'enraye ma fatigue chronique.
"L'âme des poètes" m'accompagne Mais "le mauvais génie" de l'insomnie Est là aussi, m'accablant de souffrances Morales et physiques qui s'aliment L'une et l'autre: je me bats pourtant.
"Adieu mes beaux rivages" Adieu mes beaux paysages Qui nous ont contentés Alors que les revivre aujourd'hui Me fait un mal de chien.
"Chante le vent" Je voudrais "m'envoler" Quitter cette terre Pour rejoindre l'éther De Nerval et Baudelaire,
Prendre un "bateau d'amour" Et te rejoindre, attends-moi, J'arrive, je laisserai ici Mes valises : ce voyage N'en souffre aucune.
Ils se retrouvaient à l'Alpe d'Huez en face du moniteur. Tous débutants pour un stage de ski.
Leurs parents avaient décidé qu'il était vital de faire rentrer ces jeunes dans les rangs avant qu'ils ne s'égarent pour de bon dans des chemins de traverse pas très recommandables et peut-être dangereux.
C'est le professeur de philosophie qui les avait alertés. Il avait dit que cette année du bac était cruciale pour leur avenir.
- Ces jeunets ont du potentiel. Il serait extrêmement dommageable de les laisser partir à la dérive. »
Inquiétés par ces doctes parole les parents s'étaient concertés. Ils s’étaient entendus pour dire que le plus adéquat, à l'approche de ces vacances d'hiver, serait de les envoyer à la montagne.
Le plus difficile pour les parents était l'investissement financier. Il fallait équiper leur progéniture : combinaisons, parkas, après-skis, lunettes de soleil. Chaussures, casque et skis seraient loués sur place. Tout ce petit monde avait parcouru au galop les magasins de sport. Les ados étaient exigeants, voulaient des marques, des logos et la bonne couleur, la bonne forme. Ils faisaient tourner les parents en bourriques.
Ces jeunes, s'ils avaient tous le même prof de philo, n'étaient pas forcément dans la même classe. Certains ne se connaissaient pas.
Le jour du départ arriva. Ils étaient 10, 6 garçons et 4 filles : Alexandre, David, César, Lahire, Lancelot, Hector. Ainsi que Argine, Rachel, Judith et Pallas.
Certains étaient amis, d'autre en guerre souterraine larvée. Il y avait des rivalités, des attirances. Alexandre essayait de séduire Argine et il tombait sur un bec devant cette fille qui le vampait.
Dans le bus, au petit matin, les mines étaient ensommeillés et les bouches mutiques. Le chauffeur et l'animateur savouraient ce calme sachant que cela ne durerait pas.
Dans le chalet ils durent faire leur lit avant de s’équiper. L'atmosphère devint très vite celle d'une ruche bourdonnante. David et César se pavanaient disant qu'ils ressemblaient à des cosmonautes. Les filles échangeaient leurs lunettes en gloussant devant la glace.
Ils sortirent. Premiers pas dans la neige qui craque. En route pour le magasin de location. Et là ce n'est pas une mince affaire. Rachel a du mal à trouver une paire de chaussures dans lesquelles elle se sente à l'aise. Tous essaient des casques. Regards admiratifs ou rire moqueurs.
L'animateur rameute ses troupes, et les voici au pied des pistes devant le moniteur. Ce dernier a un ton ferme qui n'admet aucune réplique. Il explique les rudiments, montée en canard, descente en chasse-neige.
Les enfants essaient et malgré quelques chutes, contre toute attente, éprouvent du plaisir. A midi ils sont affamés, le soir ils sont fourbus. Pas le temps ni l'énergie pour se quereller ou pour faire le joli cœur. Ils sont tout simplement nazes.
Ils feront des progrès. Ils sauront monter avec le tire-fesses et descendre en louvoyant parmi les bosses. Ils essaieront même avec succès une piste bleue.
Leurs visages prendront la couleur d'un vieux tan. Ils riront beaucoup, découvriront le plaisir de vivre ensemble et d'être solidaires. Des amitiés solides se noueront, des prémices d'amour s'ébaucheront. Ils se sentiront heureux, apaisés. Les parents pas loin d'être comblés.
Ces deux créateurs n’ont pas grand-chose en commun. On vous demande pourtant de vous inspirer d’une ou deux images du premier et d’écrire un texte dans lequel figureront cinq titres de chansons du second.
Vous pouvez cliquer sur chaque image pour l'agrandir
A ciel ouvert - Adieu mes beaux rivages- A la brocante - Ame des poètes (l') - A mi-chemin - Ami des lendemains (l') - Amis comme avant - Anges sont partis (les) - Au bal de la nuit - Au clair de la lune - Au fil du temps perdu - Autour du monde - Avec toi on vivrait - Barcelone - Bateau d'amour - Blottis dans un coin - Blues du corsaire (le) - Bonheur ne passe qu'une fois (le) - Bonne planète (la) - Bouquet de joie - Bout du monde (le) - Cauchemar (le) - C'est le Rhône qui ronronne - Ce soir je viens chez toi - Chacun son rêve - Chante le vent - Chantez mon coeur - Chemins oubliés (les) - Chinois (le) -Cinq ans de marine - Coeur absent - Coeur de Paris (le) - Coin de rue - Colin-Maillard - Conte à rebours - De la fenêtre d'en haut - Demain c'est la fin du monde - Dernier troubadour (le) -Des mots démodés - Deux mots à l'oreille - Devant la mer - Diable au village (le) - Dimanche prochain - Dîner avec un ami.
Depuis qu’ils fréquentaient le même lycée et qu’ils avaient fait ami-ami, Judith et Hector avaient l’habitude de se voir chaque mercredi afin de travailler ensemble. Ils avaient tous les deux un penchant certain pour la littérature et pour eux la dissertation bi-mensuelle était un jeu d’enfant. A tel point que, lassés de n’écrire que sur commande professorale, ils décidèrent un jour d’aller plus loin afin de laisser libre cours à leur imagination fertile.
Réciter des vers était aussi pour eux un exercice vital, il leur fallait donc trouver comment concilier leur soif d’écrire et leur besoin de réciter des vers. Pas les vers à la noix que leur faisait étudier mademoiselle Bec, une célibataire un peu gâteuse et dont le seul plaisir consistait à instiller une forte dose d’ennui dans un cours qu’ils auraient aimé vivant et joyeux comme leurs seize ans.
C’est ainsi que l’idée leur vint d’un jeu partagé avec leurs camarades de classe. Plus on est de fous plus on … a d’imagination !
Rameuter une partie de la classe, celle qui s’ennuyait durant les cours de mademoiselle Bec et n’y trouvait pas son compte. D’autant que le baccalauréat se profilait à l’horizon et que autant chausser des skis et partir en vacances à la neige que de préparer cette épreuve avec « la fiole de dinde » comme ils surnommaient mademoiselle Bec en petit comité.
C’est ainsi que tous les mardis soir ils se retrouvaient à une petite dizaine, il y avait là Alexandre, David, Charles, Lancelot et Rachel autour de Judith et Hector au « Café des Nazes ».
Ils appelaient ce moment suspendu « Le jeu des poètes en herbe ». chaque semaine l’un d’entre eux arrivait avec un thème et des contraintes et, devant une menthe à l’eau, ils s’essayaient à rimailler.
Puis, leur oeuvre achevée, ils devaient monter sur une chaise et déclamer leurs vers devant les clients habitués qui se prononçaient sur l’issue de la compétition. Le gagnant avait l’insigne plaisir de faire un baiser souvent appuyé à Mélusine, la fille de César le patron du bar.
César, lui, était ravi. Cette rencontre hebdomadaire faisait augmenter sa clientèle chaque Mardi. Il faut dire qu’à Ay, petit village perdu au milieu des vignes champenoises il n’y avait guère de distractions et ce moment offert par les jeunes écrivaillons leur était précieux.
Il faut dire aussi que la petite troupe ne faisait pas dans la mélancolie, et c’était des jeux de mots à qui mieux mieux, des poèmes un peu tendancieux si vous voyez ce que je veux dire, des créations plus que loufoques qui enchantaient participants et spectateurs.
Certains avaient un personnage de prédilection qui revenait quasiment à chaque séance, Isaure Chassériau pour Hector, Laure Manaudou pour Rachel ou encore la sauge dotée de vertus intéressantes pour Pallas dont l’encombrant prénom en faisait la risée du lycée.
Ceci dura jusqu’à l’aube de l’examen tant redouté. Ils étaient devenus maîtres dans l’art de jouer avec les mots. Ils avaient vu, sur les visages des clients du bar, les sourires, les rires, la joie qui transparaissait quand ils leur prodiguaient leurs loufoqueries. Ce fut facile pour eux de manier la plume avec le plaisir que l’on imagine.
Toute la petite troupe de classe de première obtint des notes plus que convenables aux épreuves de français. C’est avec plus de sérénité qu’ils allaient aborder l’épreuve ultime qui les propulserait dans le monde des adultes.
Mais en avaient-ils envie ?
Quitter ce monde où le rêve s’écrit avec vingt-six lettres, du papier et un crayon de bois dans un siècle où règnent les écrans, Internet, Facebook et autres Instagram… Ils n’étaient que des joueurs, jonglant avec les mots.
Du pain et des jeux, voilà les ingrédients nécessaires pour satisfaire le peuple ! pensaient les empereurs romains.
Lorsque la consigne d’écriture sur les jeux de notre ami Joe Krapov est arrivée mardi dernier, j’ai repensé à ce dicton romain que mon père, féru d’histoire, se plaisait à évoquer pendant nos vacances à Paimpont. En effet, durant ce temps privilégié, manger et jouer suffisait à notre bonheur d’enfant.
Mes parents possédaient une longère à l’orée de la forêt de Brocéliande dans laquelle nous séjournions tout l’été.
Ils aimaient tant l’histoire du Roi Arthur et des chevaliers de la table ronde qu’ils avaient choisi pour nous des prénoms en rapport avec des personnages de la légende :
Lancelot c’était mon frère aîné ;
Morgane c’était moi (par chance, j’avais échappé au prénom de Guenièvre) ;
Hector était le nom attribué à mon jeune frère.
Notre maison regorgeait de livres et de revues sur l’histoire des chevaliers de la table ronde. Nous aurions pu réciter par cœur certains passages.
Je me souviens des jours où, avec nos parents, nous partions en expédition à la recherche de l’épée Excalibur que nous imaginions tout en or.
Des tranches fines de pain, du chocolat, des noix dans la musette, une fiole de menthe Ricqlès dans la poche de ma mère, nous marchions jusqu’au lac où la fée Viviane était apparue au roi Arthur.
Nous avions découvert un rocher avec un trou dans lequel nous imaginions Excalibur. Nous en faisions religieusement le tour avant de nous asseoir en rond, comme les chevaliers, pour pique-niquer.
L’après-midi nous jouions à chat perché, à colin-maillard ou bien nous nous battions avec des bois taillés en forme d’épées, comme de vrais chevaliers. Le combat se terminait souvent en pugilat et, dépenaillés, nous rentrions à la maison. Les parents rétablissaient l’ordre en nous enfermant chacun dans une pièce.
La journée avait commencé avec des jeux, elle se terminait avec une tranche de pain sec en guise de punition.
(Dans une pièce vide où trône un grand piano noir, fenêtre ouverte sur un jardin)
Irène claqua le couvercle de son piano d’un geste sec et se leva. Elle en avait plus qu’assez de jouer et de chanter ces lieder de Schubert et ces opéras de Mozart. Ce qu’elle voulait, elle c’était chanter du Gospel et devenir la Nina Simone blanche. Pour cela il lui fallait partir, quitter ce luxe et cette grande maison qui l’enfermaient, laisser derrière elle les soirées mondaines et sa vie confortable. Elle ouvrit le tiroir de sa commode et prit quelques bijoux qu’elle fourra dans son sac puis jeta un regard sur le panier où dormait Marcel. Laisser Marcel et partir sans lui ? Pas question ! Elle attrapa le pékinois et le cala sous son bras. Puis elle enfila un manteau rouge assorti au ruban qui nouait les oreilles de Marcel, un boa noir et un chapeau assorti et enjamba l’appui de fenêtre. En mettant son chapeau, elle accrocha une de ses boucles d’oreille en diamant qui tomba sur la moquette. C’est ce qui attira la pie qui nichait dans le grand arbre La nuit commençait à tomber
SCENE 2
(Dans un appartement parisien exigu et vieillot, encombré de mille objets inutiles et d'inventions saugrenues)
Jean Déduit avait sorti son plus beau costume vert olive et son gilet brun assorti. Il avait soigneusement peigné ce qui lui restait de cheveux et taillé sa barbe en pointe. Il était infiniment heureux, c'était la semaine la plus importante de sa vie. Il avait enfin trouvé l'invention qui allait le rendre riche et surtout il allait aujourd’hui même demander la main d'Irène et en faire sa femme.
Certes il allait devoir supporter Jojo, le perroquet qui lui cassait les oreilles avec ses « Fermez la porte ! » ou « Si bémol, je te dis ! Si bémol ! » mais qu'importe.
Et puis il allait falloir composer avec Marcel, cet horrible chien jaloux qui ne cessait d'aboyer en sa présence. Il pensait déjà à un moyen discret de s'en débarrasser. Le poison peut être ? Ou la noyade ?
SCENE 3
(Dans le décor de la scène 1, à la nuit tombée )
Jean entra en trombe dans la pièce en appelant Irène, la fenêtre était ouverte et une pie se trouvait sur le rebord : elle ne fit même pas mine de s’envoler quand Jean s’approcha - Irène, tu es prête ? Ma chérie, où te caches-tu ? Irène ? L’oiseau se percha sur le piano et lâcha un cri rauque comme pour répondre à Jean ou se moquer de lui. Jean le chassa avec une partition de Schubert attrapée sur le pupitre et la pie sortit en laissant tomber la boucle qu’elle avait dans la bouche. Jean se pencha et ramassa, pensif, la boucle brillante sur le tapis puis il aperçut le panier vide de Marcel. Une pensée angoissante l’envahit alors : est-elle vraiment partie en le laissant en plan et sans explications ? Il allait devoir vivre sans elle et sans son maudit pékinois qui le détestait et lui ravageait ses chaussures neuves en pissant dessus ?
SCENE 4
(Dans le port du Havre, Jean est sur le quai et un paquebot s'éloigne en crachant sa fumée noire dans un grand bruit de sirène)
Enfin, le bateau venait de quitter le port du Havre, direction l’Amérique ! Avec la vente d’une seule boucle d’oreille (comment diable, avait elle fait pour en perdre une ?), Irène n’avait pas pu s’offrir un billet de première classe. Elle voyageait donc en troisième classe, au milieu d’une foule de pauvres gens apeurés. Dans la cale voisine, des bouteilles d’alcool de contrebande étaient stockées et à chaque vague, les flacons s’entrechoquaient. Le bruit, les cris, les odeurs à supporter pendant une longue semaine Marcel avait déjà commencé à vomir et gémissait de peur dans ses bras Un dernier regard sur la terre et Irène aperçut Jean qui agitait les bras sur le quai quand retentit la sirène du départ : il avait retrouvé la 2eme boucle chez un prêteur et remonté la piste mais, comme toujours, un peu trop tard. Irène glissa sa main par la fenêtre ronde et attrapa une bouteille. Une longue rasade lui brûla la bouche : voilà qui allait l’aider à survivre à cette abominable traversée.
SCENE 5
(Dans une cabine avec quatre couchettes, au troisième sous sol, Irène est assise et contemple sa valise ouverte d'un air perplexe )
- Heureusement que j'ai pris ma robe rouge, celle qui m'amincit, pour cette soirée. Ca me fait plaisir que le capitaine m'ait demandé de chanter pour fêter la Saint-Valentin mais j'ai quand même un peu le trac ».
Irène passe la robe, met un collier et des escarpins et se regarde dans un minuscule miroir pour se farder les yeux. Elle s'interroge :
- Avec qui vais-je ouvrir le bal ce soir ?
Avec Alfredo le beau gominé avec sa raie au milieu et son sourire de requin ? Il doit avoir de l'argent, il passe ses journées à fumer le cigare mais avec lui je ne deviendrai jamais la reine du Gospel, il n'aime que le tango et le paso doble et puis il me considère comme un bel objet pour décorer sa maison.
Avec Martial , le beau gosse ? Aura t'il troqué sa casquette de travailleur soviétique et son gros pardessus pour un costume trois pièces ? Ah comme j'aime son air canaille et décidé. Je lui dois bien une danse, il m'a quand même sauvé de la noyade, ce matin quand j'ai glissé sur le pont couvert de verglas … C’était si bon de sentir ses bras de costaud autour de moi et de respirer son odeur virile !
Avec Jack, le gentil jeune homme qui veut faire fortune à New-York et devenir patron d'une usine ou riche homme d'affaires ? Ambitieux, le petit, charmant, si frais, si naïf ! Il a la moitié de mon âge mais il est si mignon ! J'aimerais qu'il m’emmène à la proue du bateau pour braver les vagues, comme Leonardo dans Titanic !
***
Avec qui Irène va t'elle débarquer en Amérique ?
Vous le saurez, cher lecteur, chère lectrice, au prochain épisode de votre roman-photo dans le journal de la semaine prochaine !
Pallas en son palace est chafouin. Argine a une angine. Rachel est tombée de l’échelle. David est livide, il a le Covid. Lahire a de l’ire. Lancelot est tout palot. César est blafard.
Pallas doit rameuter tous les charlatans du royaume pour que chacun ramène sa fiole remplie de potion à la noix qu'il va devoir acheter à prix d’or pour soigner tous ces nazes.
- Ça me sioule cette histoire !
Son épouse Judith médite :
- Au royaume d’Albion, ils ne sont pas mieux lotis ; il paraît selon Hogier, notre correspondant 24/ 24 en direct de Buckingham Palace, que la vieille (dé)bloque. Elle aurait dit que Meghan, la femme au petit jeunet Harry serait une dinde pas tout à fait blanche, même un peu noire !
- Ma mie, mon amie cessez vos rêveries et vos ragots de bas étage. Occupons-nous plutôt de notre cour qui part en sucette ! Allez me chercher mon trésorier que nous puissions ces apothicaires payer, quand leurs comptes ils auront fait.
- Mais mon brave, mon époux, mon ami, votre trésorier Hector s’est barré avec... je n’ose vous le dire... avec Alexandre... et ils vous ont piqué tout votre or !
- Nous sommes ruinés, déshonorés, ridiculisés !
- Mon ami, reprenez-vous ! Nous allons lancer un appel aux dons avec comme intitulé :
« Mon royaume est surendetté De l’argent, je dois emprunter Mais je ne sais pas quand je pourrai vous rembourser Le panier est percé. »
Ne leur dîtes pas que c’est un puits sans fond !
Ainsi font, font, font Les petites marionnettes Très malhonnêtes.
Une chose est sûre, c’est que je ne décrocherai jamais la médaille d’or aux Olympiades de Batumi : je ne sais même pas où ça se trouve !
Pour bien jouer aux échecs il faut accepter d’être complètement fou, d’être capable de réciter devant l’échiquier des suites de coups mémorisées pendant la préparation à la maison et surtout de réfléchir autant à des stratégies fines qu’à des coups tactiques à la noix qui réussissent parfois à vous déstabiliser complètement ou à faire de votre adversaire un égaré dans le désert de Perplexité.
Moi ce qui me gêne dans le jeu officiel c’est la cadence. Une partie en « blitz » c’est cinq minutes par joueur pour toute la partie ! Ça me bloque complètement. Même les parties rapides qui durent vingt minutes pour moi c’est du galop façon Johann Strauss au concert du nouvel an.
Avec l’ami Marc, on jouait à la pendule à la cadence de 35 minutes. Bien des fois mon drapeau est tombé alors que j’avais l’avantage mais au total il a perdu tellement de parties contre moi qu’il a cessé de venir au « club ».
Le roi des jeux, je le pratique depuis que je suis tout jeunet. J’ai appris le maniement des pièces au collège, en sixième ; j’ai joué pendant mon service militaire. Mais c’est à partir de 1981 que j’ai découvert les jeux d’échecs électroniques et puis, de 1986 à 1995, la vie de joueur de club du sud de la Sarthe.
Et maintenant il y a les ordinateurs, le jeu à distance sur Lichess.org. ou sur Chess.com où j’affronte Aron, Emir, Sven, Nelson, Antonio et les autres.
Je connais plein de nom de joueurs et de joueuses, d’Alexandre Alekhine à Judith Polgar, de César Boutteville à Anna Muzychuk et plein de noms d’ouverture et de variantes. Il y a de quoi se fendre la fiole dans cet inventaire à la Prévert : l’Espagnole, l’Italienne, l’Ecossaise, le gambit Benkö, le contre-gambit Albin, la Sicilienne dragon, l’Est-Indienne, la Grünfeld, la Bogolioubov, la Rossolimo…
Il y a même ce drôle d’oiseau, le début Bird, et la position du hérisson qui ne manque pas de piquant contrairement à celle, homonyme et un peu surfaite, qu’on trouve dans le kamasutra. La Belle Gabrielle, la compagne du docteur Zigmund, est une adepte quant à elle de l’hippopotame ! Sur l’échiquier, j’entends !
Bref, vous l’aurez compris, le jeu d’échecs c’est vital pour moi. Si je n’avais pas choisi la profession d’animateur d’atelier d’écriture j’aurais beaucoup aimé exercer celle de chancelier de l’échiquier !
L’ami Charles se prend pour César : veni, vidi, vici !
Quel que soit le jeu que vous acceptez de jouer avec lui, il gagnera et vous perdrez.
Ses petits chevaux courront un étrange galop. Il bloquera vos dames. Au scrabble il vous fera accepter son "Sioule" tandis qu’il refusera votre "Ay".
Si le jeu vous est inconnu, il aura par hasard égaré le papier où sont expliquées les règles mais il se fera un plaisir de vous les réciter à sa façon, les arrangeant au fur et à mesure des nécessités de sa victoire.
Vous aurez beau vous défendre bec et ongles : il s’en tirera toujours vainqueur.
L'idée était de faire un jeu de l'oie dans lequel un jeunet nommé Tintin se baladerait dans les tableaux d’Edward Hopper. Jusqu'ici rien de bien grave mais notre héros national belge se retrouve face à des pin-ups vampées et ça c'est une idée à la noix.
Xavier, où t'as mis le corps du puceau ? Tu t'es égaré mon vieux ! Tintin a le droit de fréquenter une vieille dinde emperlée un peu gâteuse mais pas de jeunes beautés qui pourraient lui faire perdre sa virginité. Je dirais même plus, l’entraîner vers des parties fines.
Mon vieux Xavier, je le répète, tu t'es égaré : pas touche à l’œuvre de l'ami RG qui est tellement pure. Tu t'es fourvoyé sur le chemin de la licence.
La famille n'est pas contente et va rameuter les gens de justice. Le jeu de l'oie va se transformer en jeu de loi. Et pan sur le bec du Marabout !
C'est à Rennes que se tiendra le procès au mois de mai. C'est bien normal puisque c'est là aussi qu'un groupe d'écrivains a commenté en toute naïveté ces images totalement nazes. Une idée pulsée par un animateur qui mériterait un stage de redressement moral dans un trou perdu du genre Sioule ou Lanrigan où il devrait réciter son acte de contrition. Ce « bad-boy » qui fume du tan d'écorce de bouleau et se saoûle au vin d'Ay est à fuir au galop.
Alexandre, David, Charles, Rachel et moi sommes bien d'accord : il faut que l'on bloque ces consignes déviantes. C'est vital pour tout le monde. Je me suis fadée d'une lettre au procureur lui faisant part de notre totale innocence en y ajoutant une fiole de whisky pour l'amadouer.
Rachel qui connaît quelques magistrats m'a dit qu'il ne répondrait pas tout de suite parce qu'il était parti traîner ses skis du côté de Chamonix avec la famille RG. Ho ! Je crois que notre affaire est mal partie. Pourvu que l'on ne gagne pas la médaille d'or des couillons assignés pour outrage à une image !
P.S. Désolée, J.-P. : je vendrais père, mère et animateur pour réussir à glisser tous les mots dans le texte. En contrepartie je te promets d'aller te porter des oranges à Vezin-le-Coquet.
Vous écrirez un texte qui parle de jeu(x) dans lequel vous utiliserez au moins cinq mots de la partie de scrabble et au moins deux des prénoms de la liste.
N.B.Les mots de la partie de scrabble doivent apparaître tels que sortis dans la partie : on n'ajoute pas de s, on laisse les verbe à l'infinitif, les marques de féminin et de pluriel, etc.
Comme j'étais l’aînée de 5 enfants, j'aurais pu être une Aînée Jalouse mais je n'en ai aucun souvenir, sans doute parce que je n'avais que 14 mois quand est arrivée ma première sœur. Et de ces premières années je ne garde pas de clairs souvenirs jusque vers 6 ans.
Un de mes souvenirs préférés est celui de mes après-midi à la bibliothèque du quartier, dont j'étais une Joyeuse Assidue, préférant largement cela à la fréquentation de mes congénères que je trouvais bruyants, bagarreurs et un peu stupides.
Je n'ai pas de bons souvenirs de l'école primaire. Je n'ai eu aucune peine à apprendre à lire et je n'étais pas du tout Analphabète mais l'écriture était pour moi un cauchemar : gauchère de nature, il m'a été interdit d'écrire avec cette main … et je me suis mise à écrire si petit qu’à 9 ans il m'a fallu faire des pages d'écriture pour corriger ces pattes de mouche Anémiques et illisibles, la honte !
J'ai toujours été plus Jeune que les autres enfants de ma classe et moins Jolie que bien des filles de mon âge, moins délurée aussi, j'ai donc un très mauvais souvenir de mon année de CM1 où une grande haridelle à nattes m'avait prise comme tête de turc.
Autre découverte décisive de cette même année de mes 8 ans, j'ai fait le forcing auprès de mes parents pour entrer chez les scouts et devenir une Jeannette Astucieuse, fascinée par cette petite copine de classe qui racontait le lundi comment elle avait ramené dans un bocal des têtards qu'elle avait pêchés : cela a changé ma vie en profondeur, me faisant découvrir le bonheur de n'être plus la grande, celle sur qui on compte en tant qu' Aide Juvénile pour gérer 4 petits entre 1 et 7 ans.
J'ai adoré vivre dehors, marcher, dormir sous la tente, apprendre à bricoler et à me débrouiller et à manger un peu n'importe quoi, les grandes tartines de compote au petit déjeuner qui me décourageaient et me mettaient au bord de l' Anorexie et les sandwichs à la sardine qui me remplissaient de Joie.
Avec les années, je me suis montrée moins taiseuse mais il m'a fallu devenir adulte pour me mettre à être bien avec ceux que je connais bien, une Amie Jacasseuse et c'est à 50 ans, quand j'ai eu ma première maison avec un jardin, que je suis devenue Apprentie Jardinière et que j'ai découvert que j'adorais ça
Qui sait ce que l'avenir nous réserve ? Si je rétrécis avec l'âge et si je perds la tête, peut être deviendrai une Jivaro Analphabète ?
Certaine me voit en Jovial Professeur de Lettres qui donnerait des cours à l’Université de Rennes 3, en salle Mandoline !
Ma Joyeuse Production Littéraire peut en témoigner : je ne suis pas forcément ce qu’on appelle un triste.
Pourtant je suis sensible à la mélancolie de Venise : j’y suis allé trois fois par le passé effectuer de Jolies Promenades Labyrinthiques.
C’est que j’ai d’autres écritures : Je Photographie la Lumière, les lumières.
Je suis aussi Joueur de Parties Longues au jeu d’échecs mais ce n’est pas de ma faute : ce sont mes adversaires qui réfléchissent longtemps.
Je suis aussi à l’occasion aquarelliste, harmoniciste, ukuléliste, comédien et, tripatouillant des partitions informatiques, «contrechanteur» !
Une chose est sûre : j’ai très peu cherché à tirer gloriole de cette production artistique. Sans doute la peur m’habite-t-elle d’être perçu comme un Jobard Paradeur et Lourdingue, un «Trop de gueule» comme on disait dans mon enfance.
Aussi Je ne Publie que Lentement, Lymphatiquement, jour après jour, pour la beauté du geste et la régularité. Cette modestie s’explique aussi par le fait que je suis Juste Pudique et Loyal.
C’est par le côté touche-à-tout que j’atteins cette Jovialité, cette Poésie, cette Légèreté. Je peux Jongler avec les mots ou les notes, Parodier des auteurs ou des compositeurs, Lâcher la bride à mon imagination : le lendemain du concert il faut recommencer. Qu’on m’ait applaudi ou pas. Un texte est terminé ? Il faut en faire un autre !
Peut-être ne suis-je qu’un Jacasseur, un Plaisantin, un Libre dis-penseur de sornettes ?
Dites-vous qu’il en faut peut-être, des gens de cette sorte-là ! Et songez à cela : celui qui cherche à se faire du bien à soi-même, pendant qu’il fait ça, il ne cause pas tort aux autres !
Je connais quelqu'un qui connaît quelqu'un qui chantait : « The initials, the initials, the initials BB ».
Moi, je n'ai pas cette chance de posséder des initiales doubles : mes initiales initiales, ou primitives si vous voulez, c'était MA. Môme Adorable puis Modeste Adolescente qui posait ces deux lettres comme une Mouche Ailée sur ses livres et ses cahiers d'écolière. Il fallait aussi que je les brode sur mes blouses de pensionnaire ainsi que sur des marques cousues sur chaque vêtement ou pièce de lingerie. C'est pour vous dire que j'étais bien imprégnée de ces initiales-là. MA, MA, MA.
Mais voilà que Monsieur le Maire me dit : « Signez de vos nouvelles initiales ». Il s'étonne de ma mine abasourdie et me demande :
- Mais pourquoi regardez-vous par terre, madame la Mariée Amoureuse? ».
- Mais, Monsieur le maire, je viens de laisser tomber une de mes initiales : je ne voudrais pas la piétiner ! C'était mon patronyme quand même pendant 24 ans ! Même si j'aurais préféré mon Matronyme Aimé ! Celui-là, ce bon vieux MA, n'était pas encore usé !
De plus je viens de troquer mon A pour un E. Belle reculade dans l'ordre alphabétique. C'était un avantage d'être souvent en tête de liste.
Donc voilà mes initiales initiales MA remplacées par des initiales secondaires ME
Sauf que le jour de l'achat de notre maison monsieur le notaire me dit :
- Madame paraphez chaque feuille de vos initiales de jeune fille ».
Jeune fille ! Jeune fille ! C'est mon nom tout simplement. Mon ADN. Voilà donc, retour à la Môme Ancienne.
Enfant je voulais m'appeler Micheline. Je peux donc rouler dans les deux sens. Un jour MA un jour ME qu'importe. Marche Avant, Marche Arrière et Marche En biais si vous voulez, ça rompt le train-train quotidien.
J'ai d'abord été Maîtresse Auxiliaire puis titulaire Maîtresse d’École. Maintenant je ne suis pas encore une Écrivaine Méritante mais je m’entraîne au milieu d'autres apprenti·e·s dirigé·e·s par un Jeune Poète Légendaire qui a fort à faire avec nous. A mes côtés il y a une Élève Dissipée, un Docteur Habile du crayon, une Émérite Conteuse, une Auxiliaire Fée Littéraire, une Raconteuse Brillante, une Magnifique Talentueuse Poétesse, une Boute-en-Train, une Aimable Maîtresse Habile qui gagne des concours, une Jolie Ouvrière de la rime et une Charmeuse Lieuse de Mots. La petite nouvelle, LB, Lointaine Batelière, envoie ses billets depuis La Rochelle.
Nous écrivons sous l'injonction de notre Jovial Professeur Lettré mais aussi celle de notre crayon qui parfois nous mène par le bout de la mine. Sous le pseudo « Joyeux Kid », notre ami ne lésine pas sur les difficultés. Nous devons aimer cela car nous y revenons et essayons d'y répondre au mieux. Mais pourquoi ce retour à la consigne chaque semaine ? Quelles sont nos motivations ? Si vous le savez écrivez à ME ou à MA qui se trouve être une seule et même personne.
Réponse suggérée par l'animateur :
A cause de la farandole de desserts du pot de fin d'année de l'atelier ? ;-)