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L'Atelier d'écriture de Villejean
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14 mars 2023

Le Miroir / Jean-Paul

Il y a une explication à tout. Enfin, je crois.

Au-delà d'un certain âge, quand vous vous regardez dans le miroir vous apercevez une image de vous qui ne correspond plus à votre réalité : vous avez des traits plus jeunes, des lunettes cerclées, bien plus de cheveux sur le haut du crâne. Ce n'est pas que vous souffriez de nostalgie de votre jeunesse ou que vous refusiez de voir les marques du vieillissement, c'est juste qu'on vous a vendu un miroir intelligent. Même si cela ne correspond pas à votre désir profond, de jour en jour, votre reflet rajeunit dans la glace.

Plus je profite de ma retraite en faisant enfin, de temps en temps, une grasse matinée bien méritée et plus dans le miroir mon visage devient celui d'un homme dynamique, actif, jeune. Ces plaisanteries de la machine m'amusent un peu, me surprennent toujours mais quand j'ai reçu ce matin les papiers m'intimant l'ordre de partir à la guerre j'ai compris que je m'étais fait avoir quelque part.

AEV 2223-23 JK - magritte_paris

(Â MaxPPP / Annie Viannet/MAXP)

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14 mars 2023

La Photographie / Jean-Paul

AEV 2223-23 JK - Photo du médaillé russeArkhipov ? Matoušek ? Robakowski ? Podgorny ?

Tous ces gens qu'a connus mon grand-père quand il était espion pour le compte d'un pays de l'Est, ils doivent être aussi morts que lui à l'heure actuelle. De la même manière que la première institution dans laquelle j'ai travaillé n’existe plus et n’aurait plus lieu d'être à l'heure du partage de presque tout sur internet, les autocrates n'ont plus besoin d'espions. Ils savent déjà tout, ils invitent les chefs d'État étrangers et les installent au bout d'une longue table puis ils les toisent. C'est bien plus humiliant encore que de capturer quelqu'un et de l'envoyer au goulag. Il n'empêche, la photographie de ces gens-là et surtout celle de ce militaire médaillé, si je la publie sur internet, qu'est-ce que je risque ? Ou surtout combien d'années de prison je risque si quelqu'un là-haut se met réellement à croire que je ne délire pas, que mon grand-père était réellement un espion, que j'ai hébergé la migrante Isaure Chassériau quand elle a fui une vie à croupir au Musée des beaux-arts et qu'après un certain nombre d'infusions de sauge Laure Manaudou vient m'enseigner le kamasutra en gardant son bonnet de piscine sur la tête ?

14 mars 2023

Consigne d'écriture 2223-23 du 14 mars 2023 : Contes glacés

Contes glacés

 

AEV 2223-23 Consigne - Contes glacés

Jacques Sternberg (1923-2006) s’est fait une spécialité d’écrire des contes très brefs qui se situent dans un registre entre le fantastique, la science-fiction et l’humour noir voire macabre. A votre tour d’explorer cette veine et surtout cette forme d’écriture ultra-brève.

Vous devrez utiliser les titres de la liste suivante et pour chacun d’eux la lettre donnée en face est la première lettre obligatoire du premier mot ou article de votre texte.

Exemple : L’Affaire + A : A côté de l’usine qui fabriquait en série des allumettes, cet homme d’affaires avait créé une entreprise où l’on enflammait les allumettes pour vérifier si elles étaient utilisables.

Le nombre de phrases de vos contes sera compris entre une et douze pas plus.

La Confusion E Le Tapis E Les Revenants E
L’Affaire A La Photographie A Les Doubles A
La Timidité I Le Rideau I L’Envoyé I
L’Evadé I Le Miroir I Le Train I
Les Aiguilles V La Vitre V La Brume V
Le Bricoleur I Le Locataire I Le Dernier wagon I
L’Autre Q La Rampe Q La Frontière Q
L’Écriteau C La Machine C Le Musée C
Le Boucher B Le Monument B L’Emballage B
7 mars 2023

Plus que parfait ! / Adrienne

Déjà petite elle savait qu’elle allait se marier avec un prince. C’est pour ça qu’elle avait ce regard indulgent pour toutes les bêtes, y compris les crapauds : on ne sait jamais, pensait-elle. Un prince peut se cacher sous tellement d’identités, on en avait même vu un qui était mouton !

Alors, quand dans cet avant-jour propice aux grandes décisions, sa mère lui annonça tout de go « Tu te souviens de Guillaume? Le fils des voisins ? Celui qu’on appelait ton petit amoureux quand vous aviez cinq ans ? Il vient d’être élu prince Carnaval ! », elle sourit à la pensée qui la traversa.

***

Ce texte répond aussi à la  consigne 155  de Monsieur le Goût :

Que peuvent se dire cette jeune femme et ce chat dans la toile d’Auguste Renoir ? Je suis sûr qu’il y a une histoire à raconter. Une histoire qui commencerait, comme beaucoup de contes de fée, par « Déjà petite elle savait qu’elle allait se marier avec un prince. » Et si elle se terminait sur « Elle sourit alors à la pensée qui la traversa. » ?

14 février 2023

R comme rab / Adrienne

Au début des années 2000, Madame avait pris un abonnement au magazine Phosphore, histoire d’avoir des « documents authentiques » sur des sujets variés qui intéressent les jeunes de 16-18 ans.

En même temps, ça permettait d’illustrer à quel point la liste des mots argotiques et familiers à connaître n’était pas un travail superflu.

C’est ainsi qu’elle-même y découvrait chaque mois des mots « nouveaux » et parfois ils lui posaient problème.

– Les garçons ne refusent jamais du rab de dessert, disait une jeune fille.

Du rab?

Madame utilisait fréquemment le dictionnaire de Cobra le Cynique mais même lui ne mentionnait pas ce mot.

Le contexte, bien sûr, aidait à deviner que ça voulait dire quelque chose comme ‘un petit supplément’ mais à l’époque aucune source ne permettait de le vérifier et d’en être sûre.

Aujourd’hui le mot est sur wikisaitout et qui sait, peut-être même dans quelques dictionnaires 😉

C’est ce mot-là auquel elle a pensé tout de suite en voyant l’illustration proposée par Joe Krapov dans sa dernière consigne: avoir du rab, avoir du temps en plus, rajouter des jours au calendrier et fêter la Saint-Pif ;-)

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14 février 2023

Avec mon harmonica (air connu) / Jean-Paul

AEV 2223-20 JK - harmonica

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie... mais l’autre jour un monsieur très sympathique qui m’avait vu jouer de la musique en public m’a téléphoné et m’a demandé si je donnais des cours d’harmonica.

J’ai été désolé de le décevoir mais je crois que j’aurais été bien en peine de le satisfaire. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », dit le proverbe rabelaisien. Tout comme monsieur Jourdain avec sa prose, je joue de l’harmonica – et aussi de la guitare – sans trop bien savoir ce que je fais ou comment je fais. Otto Didakt pourrait être un autre de mes pseudonymes ! Et on fait des tas de choses sans prendre le temps de lire le mode d’emploi. On vit dans l’à peu près mais on n’est pas tout seul comme ça ! Alors, expliquer aux autres !

Au Québec un harmonica est appelé un ruine-babines. Dieu seul sait, avec ce qu’on se prend dans les gencives au long d’une vie, dans quel état nous finirons ! Peut-être serons nous tellement en ruines qu’on nous appellera Mathurin Pompeï – j’écris ça parce le mardi, c’est le jour des épinards, chez nous ! -.

Mon premier harmonica, offert par mon grand-père, était du même modèle que celui ci-contre. Je l’ai perdu dans mes déménagements mais j’ai hérité d’un modèle identique après le décès de la marraine de Marina B. Quand mon épouse préférée est allée vider la maison avec sa mère et sa tante, elle m’a ramené les deux harmonicas de l’oncle Serge.

Pif 44 couverture GT

Intéressant. Deux modèle désormais vintage avec une sonorité différente de ce que donnent les excellents « Marine Band » de M. Hohner dont j’ai toute une collection (il en faut un par tonalité !). J’ai appris aujourd’hui que l’Echo harp est un modèle « trémolo » en ré et l’autre est un "Comet" en do. Je ne peux malheureusement pas les utiliser pour des raisons... d’hygiène – où y’a d’l’hygiène, y’a pas d’plaisir ! -. L’oncle Serge avait un vilain défaut : il fumait. Les harmonicas ont gardé l’odeur voire le goût du tabac !

Du coup ils dorment dans un de mes tiroirs en compagnie d’un bootleneck, d’un vieux micro et d’un jeu de cordes pour violon.

L’illustration de José Cabrero Arnal m’a donné une idée intéressante : et si je les faisais tremper dans un bain d’eau savonneuse pour faire partir l’odeur ? Je pourrais moi aussi faire sortir des bulles de savon de l’instrument !

Sûr qu’après ce traitement la rouille ne dormirait pas ! Et ça m’interroge. A force de voir Neil Young tremper les siens dans un seau d’eau avant d’en jouer dans la partie acoustique des ses concerts, je me dis qu’il doit claquer une fortune chez M. Hohner ! Bon, lui, OK, il a les moyens ! En plus à 77 piges il n’a pas encore pris sa retraite !

J’ai deux façons de terminer ce billet presque complet sur « ma vie chez les harmonicas ». La première c’est de me souvenir du dernier concert, de Neil Young justement, que j’ai regardé sur Internet. Il y a un très chouette morceau sur la fin où ce n’est pas lui qui joue du ruine-babines mais deux harmonicistes qu’il ne présente même pas au public et dont l’un joue… d’un Echo harp !

 C'est à 30'30" :

La deuxième c’est cette vidéo vue après lecture d’un billet d’Adrienne dans lequel un musicien techno reprend « Oh Susanna », le premier morceau de folk américain que j’ai joué sur mon premier harmonica ! 

14 février 2023

N comme No way / Adrienne

Un des anciens élèves de Madame est féru de pêche : sur son profil fb, il pose fièrement – exactement comme le type sur la photo ci-dessous – avec des carpes géantes ou autres poissons d’eau douce.

Il y a des étangs qui semblent faits pour ça et les mecs jouent à qui a le plus grand.

Ce qui leur vaut des tas de ‘like’ et de commentaires admiratifs.

– Suis-je donc la seule, se demande chaque fois Madame, à trouver ça horrible, à n’y trouver aucun sens – que font-ils de ces pôv’ bêtes après les avoir pesées et mesurées ? – à se demander s’ils n’ont vraiment rien de mieux à faire et pourquoi ils en retirent tant de fierté.

Elle a enfin la réponse : non, elle n’est pas la seule.

Dans un article fort humoristique, une journaliste hollandaise explique tout ce qu’il y a de pire sur les profils masculins des sites de rencontre.

Comme couper la photo de profil au niveau des sourcils, pour cacher qu’on est chauve.
Se prendre en photo aux toilettes ou dans une chambre encombrée de linge sale.
Ou à côté d’une Porsche.
Qui appartient sans doute à un ami.

Et le pire du pire, c’est le mec qui pose avec un poisson mort ;-)

***

C’est ce qui est bien expliqué dans cet article, d’où vient la photo ci-dessous, et la consigne m’y a tout de suite fait penser. L’article est pour abonnés mais je peux l’envoyer à qui le désire.

14 février 2023

Imaginer ? Mais pour quoi faire ? /Walrus

pif

Mon âge, vénérable, m'a permis de connaître les balbutiements de l'informatique. Laquelle informatique à cette charmante époque rimait parfois avec erratique.

Quand, au cours de mon exaltante carrière, j'ai hérité du laboratoire d'applications analytiques des rayons X, le spectromètre de fluorescence X était piloté par un ordinateur. Et quel ordinateur !

Il s'agissait d'une station DEC qui communiquait avec le monde extérieur au moyen d'un téléscripteur. Il fallait y charger le programme au moyen d'un "floppy" de 8 pouces dont la capacité de stockage tournait, miracle pour l'époque, autour du mégabyte.

À cette glorieuse époque, la mémoire coûtait bonbon, si bien que les développeurs s'esquintaient à gagner des lignes de programme (toujours écrit en langage machine), question de pouvoir faire un maximum avec la mémoire disponible.

Vous comprendrez aisément que les subtilités du calendrier grégorien n'étaient pas leur préoccupation première !

C'est la raison pour laquelle pendant quelques années, j'ai vécu au rythme d'un calendrier dont les douze mois comportaient tous 32 jours numérotés de 0 à 31 !

Prends ça sur ton pif !

7 février 2023

Retour au pays / Jean-Paul

D 98 05 Burano 25Ce que peut déclencher le rhum de Martinique
Nul ne peut le savoir avant d'être monté
En salle Mandoline et s'il n'a pas goûté
Le poème aux limaces écrit par Dominique.

C'est un voyage en groupe au rythme d'un piano
Qui reste silencieux pendant les mois d'été
Mais de septembre à juin, avec sérénité,
Comme si l'on peignait les murs de Burano,

Les maisons de pêcheurs et les barques légères,
On fait surgir des océans de fantaisie,
On bâtit à Dubaï en signe d’hérésie
Une Maison du vin, on part, on déblatère.

On a laissé la pieuvre et boudé l'Australie
Mais l'on sait tout du roi, de sa prison intime
Et de ses rossignols. Concerto maritime
Dirigé savamment par les didascalies


AEV 2223-19 JK Magritte Love songDe nos stylos surgit comme de la mer Noire
Un trois-mâts fabuleux porteur de poésie :
Ses voiles ont la blancheur des plaines de Russie
Et sur son pont la lune envahit la baignoire

Échappée d'un délire ancien d'une écrivante.
Les mots s'en vont parfois dans le métro magique
Vers Cesson-Sévigné, la ville écologique
Où l'on combat le ragondin qui épouvante.

Des poissons colorés nous emmènent à Vienne
Où l'imagination savoure un chocolat
En regardant valser de jeunes échalas
En ce bal imprévu de licornes et de reines.

Bientôt naîtront de ces flèches sur pages blanches
Des surprises, des mots sortis de leur prison,
Libérés du carcan trop lourd de la raison,
Des histoires : il faut bien, ami·e·s, que l'on s'épanche.

A huit heures survient l'instant de la lecture :
C'est Noël ! Ou c'est Pâques ! C'est joli ! Ça chemine !
Ces chalets de montagne qui ne paient pas de mine...
Mais c'est notre château, l’atelier d'écriture !

31 janvier 2023

D comme Diapason / Adrienne

Participer à une manifestation en faveur des retraités alors qu’on n’a que vingt-deux ans peut sembler irrationnel – et ça l’est, de fait, mais on aura largement besoin de quarante années pour perdre ses illusions concernant le galimatias des politiciens et le baratin des syndicats – à vingt-deux ans, donc, l’Adrienne est montée dans un bus avec d’autres hurluberlus, direction Bruxelles, the place to be pour tous les évènements de cette sorte.

Des bus et des trains pleins de profs, vous voyez le genre de manif, début des années quatre-vingts : pas de jets d’œufs ni de tomates, pas de poids lourds pour bloquer le trafic, pas de farandoles de casseurs, pas de zoulous pour mettre le feu aux bagnoles, pas de baston, rien que des gens sérieux en costume cravate, comme s’ils allaient à un colloque sur les « schémas d’aménagements pédagogiques pour des troubles de dyslexie », le genre de choses que font ces gens-là de leur plein gré le samedi, journée que d’autres consacrent aux courses et aux galipettes.

– Y a pas de raison que tu ne viennes pas ! avait dit Norbert – lui non plus n’avait pas l’élixir de longue vie, il est colocataire des anges dans le ciel depuis l’an dernier – toi aussi un jour tu seras retraitée, ça nous concerne tous, jeunes ou vieux…

Puis l’argument définitif, un beau dodécasyllabe : « Et c’est une question de solidarité ! »

L’Adrienne ne pouvait que se mettre au diapason de tant de noblesse d’âme et c’est sur ce quiproquo qu’elle a défilé dans les rues en se demandant à chaque pas que diable etc. dans cette galère.

Et tard le soir – Youpi ! – on rentre avec la satisfaction du devoir accompli et un torticolis.

En illustration, d’autres galipettes, parce qu’on ne se lasse pas de Sempé et du petit Nicolas. ;-) 

10 janvier 2023

Consigne d'écriture 2223-15 du 10 janvier 2023 : AVS (Adjectif Verbe Substantif)

AVS (Adjectif Verbe Substantif)

 

Chaque phrase d'un texte est une suite de mots qui peuvent être des substantifs (S), des verbes (V), des adjectifs (A), des adverbes (Adv), des noms propres (Np) et des tas d'autres petites choses. Vous allez écrire en utilisant la structure d’un texte déjà existant. Réécrivez ainsi un poème sur l'amitié ou un récit de promenade fantaisiste à partir de la seule structure du texte original.

Exemple : Si vous avez la suite SVSSA vous pouvez écrire :

« Un agneau (S) se désaltérait (V) dans le courant (S) d’une onde (S) pure (A) »

Vous avez le droit d’ajouter des pronoms relatifs, des prépositions et tout ce que vous voulez du moment qu’on retrouve la structure demandée :

"Un loup (S) passa (V) par-là qui avait faim (S) et la réputation (S) d’être assez malhonnête (A)".

AEV 2223-15 Consigne - le loup et l'egneau

Vous pouvez ajouter de la ponctuation en plus de celle des phrases d’origine, voire la modifier.

Vous pouvez faire au choix le récit de la promenade fantaisiste ou le poème sur l’amitié voire les deux si vous avez le temps.

Bon courage !

N.B. Cette consigne est adaptée depuis la page 20 ,"Homosyntaxisme", du livre "L'Atelier d'écriture : éléments pour la rédaction du texte littéraire" d'Anne Roche, Andrée Guiguet et Nicole Voltz. - Paris : Dunod, 1995.

Les deux structures à respecter sont dans le document ci-dessous :

Consigne AEV 2223-15 AVS B Grille d'écriture Adjectif verbe substantif

 

24 janvier 2023

Dix points de non-retour et cinq allers simples / Jean-Paul

AEV 2223-17 Objectif Lune

Pas très envie d'aller :

- à Tchernobyl ;
- à Mexico ;
- à San Francisco ;
- Sur le pont du paquebot Titanic ;
- Dans la fusée d'Objectif Lune.


Pas envie non plus de retourner :

- A Mourmelon-le-Grand passer un an dans une caserne ;
- M'égarer à l'entrée des installations de l'EPR de Flamanville ;
- A l'abbaye de Solesmes un soir où on y donne un concert de chant grégorien ;
- A l'opéra de Rennes dans une loge tout en haut au premier rang avec vue plongeante sur le vide ;
- Au huitième étage de la tour, 2, rue Saint-Exupéry à 72300 Sablé-sur-Sarthe.


Par contre il se pourrait que j'aille un jour :

- à Palavas-les-Flots ;
- à Sainte-Sévère-sur-Indre ;
- à Colmar ;
- à Honfleur ;
- à Portmeirion (pays de Galles).

24 janvier 2023

Y comme Y aller (ou pas) / Adrienne

Rien de plus compliqué que les prépositions.

Par exemple, avec les noms géographiques.

Madame commence par expliquer le plus simple : pour les villes, c’est toujours "à".
Sauf que certaines villes ont un article, comme Le Caire ou Le Mans, alors bien sûr ça vous donne l’article contracté, n’est-ce pas ?
Par exemple : Je vais au Mans.

Bien.

Voyons ensuite les noms de pays.
Il y en a de deux sortes : les féminins (la Belgique, la France, l’Italie…) et les masculins (le Danemark, le Portugal, le Maroc…).
Si c’est féminin, on dit "en" : en Belgique, en France, en Italie.
Si c’est masculin, on dit "au" : au Danemark, au Portugal, au Maroc.

Bien.

Mais comment savoir si un nom de pays est masculin ou féminin ?
Observez la colonne des noms de pays féminins, qu’est-ce que vous constatez ?
Et dans la colonne des noms de pays masculins ?
Oui ! Bien vu ! Les féminins se terminent tous par "e" !
Et les masculins par une consonne ou une voyelle autre que "e" : le Congo, le Kenya, le Venezuela.

Madame respire un grand coup : ici arrive le moment où il faut à nouveau détruire l’espoir des chers petits qui penseraient que pour une fois la matière est gérable, claire et nette.

Il y a les exceptions.

On peut avoir un nom de pays qui se termine par "e" mais qui est quand même masculin, comme le Mexique : donc on va au Mexique.
Il y a des noms de pays masculins pour lesquels on emploie quand même "en" et pas "au" parce qu’ils commencent par une voyelle : en Afghanistan, en Iran, en Iraq.

Ici et là sur les bancs on commence à suer.

Mais c’est quand on passe aux "travaux pratiques" que ça se corse – c’est le cas de le dire – parce que jusqu’ici Madame a sciemment omis de parler du problème des îles.

– Ah! les îles! fait-elle de son air le plus théâtral. Là c’est la pagaille. Tout est possible: "à", comme pour les villes (à Madagascar, à Cuba, à Chypre), "en" pour certaines îles qui sont des mots féminins (en Corse, en Crète, en Sicile) et "au" pour le masculin, comme les Seychelles, les Maldives… Mais attention! c’est pluriel ! Il faut écrire "aux".

Ouf, on a fait le tour de la question !

Et chaque année, sans surprise – ou très peu – Madame entend les mêmes noms de pays ou de villes qui reviennent quand elle demande aux élèves lesquels ils aimeraient visiter un jour et lesquels ils préfèrent éviter ! ;-)

17 janvier 2023

On en a gros sur la patate ! / Jean-Paul

Dillon 13 coloriée et réduite

1
« Qu’on était bien, six pieds sous terre,
Bien à l'abri,
Logées, nourries
Avec le gîte et le couvert !

Et puis un jour ,
Sacré mystère,
Un truc trop louche,
Un coup de fourche :
Voilà qu’on se retrouve à l'air ! »

Refrain 1
C'est la chanson d’la pomme de terre
Qui clame que ça l'exaspère
D'entendr’ des gens peu diplomates
S'envoyer « Va donc, eh, patate! ».


2

« Dans la cave mises à sécher
Bien à l'abri
Ce qu'on s'ennuie !
Puis on nous emmène au marché.

Pour le bonheur des ménagères
V’là qu'on nous pèse
A Sainte-Thérèse
Et qu’aux Lices on nous désespère ! »

Refrain 2
C'est la chanson d’ la pomme de terre
Il n’lui arrive que des misères !
Avec le temps va tout volcan
Dans la purée des p’tits enfants !


3

« Parfois on passe à la casserole
- Ô gens méchants ! -
en robe des champs
Ou on nous pèle ; ça n'est pas drôle !

Pas facile de garder la frite
Quand c'est la fin
Des haricots
Et que les carottes sont cuites ! »

Refrain 3
C'est la chanson d’ la pomme de terre
Il n’lui arrive que des misères
Comme au jambon de Parme entier
Qui s’ retrouve en tranches découpé

Ou comme à cette Finlandaise
Qui masse son mari balèze
Et qui n’éprouve aucune joie
Quand elle gratte un dos finnois.

AEV 2223-16 JK Masseuse finlandaise

15 novembre 2022

V comme Vive la famille ! / Adrienne

On m’appelle l’homme des bois et non, ce n’est pas une légende.

Ce n’est pas le Hollandais du 17e siècle qui a mal compris le langage local ou mal interprété ce qu’il entendait pour la première fois.

Le malais et le javanais me donnent ce nom depuis le premier millénaire: urang, qui veut dire homme, être humain, et hutan, qui désigne les bois, la forêt.

D’ailleurs, vous le savez bien que nous sommes frères.
Ou plutôt cousins, pour être exact.
Vous êtes frères des chimpanzés et des bonobos, que ça vous plaise ou non.

Vous m’avez vu faire face aux machines venues détruire les arbres qui m’abritent et me nourrissent.
Geste désespéré et dérisoire, je le sais bien.
Je suis assez intelligent pour le savoir.
Mais on fait de ces choses désespérées quand on l’est.
Vous comme moi.

Vous le savez bien, pourtant, que je suis sur la liste rouge, celle des animaux menacés, en danger critique d’extinction.

N.B. Le dessin d'Adrienne date du temps où Bruxelles brusselait et l’Adrienne dessinait 😉

Tout savoir sur l’origine du mot orang-outan? c’est ici.

3 janvier 2023

E comme étrennes / Adrienne

Un mot dans la conversation lui avait donné l’envie de vérifier l’année de l’événement qu’il venait d’évoquer alors il est parti en trottinant à pas lents jusqu’à l’autre bout de l’appartement :

– Ma parole ! Qu’est-ce que ça pèse, ces machins-là !

D’une main il se tenait aux meubles et de l’autre il portait un gros album photos.
Sur l’étiquette collée au dos on reconnaissait l’écriture de la Tantine, automne 80 – printemps 82.

En 1980, les quatre enfants étaient nés, donc on a vu souffler des bougies sur des gâteaux d’anniversaire, construire des bonshommes de neige, visiter les ours, les serpents, les singes du zoo.

On a vu les vacances en Espagne, la Tantine jeune femme élégante en lunettes noires et sandalettes, toujours un enfant dans les bras ou à la main.

Comme ce qu’il cherchait ne s’y trouvait pas, il a voulu faire d’autres allers et retours sans aucune aide et chaque fois l’Adrienne avait peur qu’il ne tombe.

Il a fini par rapporter le bon album où sur quelques mauvais clichés on pouvait les voir avec un groupe d’amis à une fête qui avait pour thème les Tziganes : la Tantine en robe à volants et à pois, une rose rouge feu à l’oreille, l’oncle avec une fausse moustache tombante et une chemise blanche largement ouverte sur la maigreur de son buste.

– Voilà, dit-il. C’est ça!

Chaque page respirait la joie.

Et lui aussi.

Les vieux albums photos, ce sont des livres du bonheur.

***

Texte écrit après la visite de nouvel an chez mon gentil tonton, veuf depuis un an déjà, avec une bonne vingtaine des mots proposés et quelques libertés envers la consigne :

bonheur – armure – pompier – feu – neige – cheval – route – rouge – gentil – joie – moustache – livre – tristesse – colère – vacances – Égypte – peur – jungle – printemps – casque – ennemi – femme – noir – enfant – lunette – mort – bus – lent – gâteau – sécurité – Canada – vent – terre – groupe – oreille – Espagne – serpent – doux – bois – ours – pied – chat – violet – singe – orange – Italie – vaisseau – salade – homme – cavalier

Sur la photo on voit la Tantine avec ses lunettes noires, ses sandalettes, et un de ses enfants dans les bras. L’oncle est le type maigre qui sourit à côté d’elle, en route avec d’autres touristes pour la visite de Valldemossa. Le gamin qui lit la brochure est leur fils aîné.

13 décembre 2022

R comme Réveilon(ne) / Adrienne

Cette invention américaine est bonne pour les personnes sans foi ni loi, a décrété la mère.

Ici, on n’accorde sa confiance qu’à la mitre et à la crosse : on dit oui à la barbe blanche et à la tenue rouge, à condition que ce soit avec une croix dorée brodée dessus et une bague épiscopale à la main gauche.

Alors bien sûr, faisons la fête, mais uniquement avec une grande table, une nappe blanche, des bougies, des assiettes de fine porcelaine qui dorment dans l’armoire toute l’année, des huîtres, des bouchées à la reine, une dinde farcie, des croquettes de pommes de terre, des airelles, une bûche à la crème et la messe de minuit.

 

6 décembre 2022

Lisette et André / Jean-Paul

Cortège historique char de mineurs 1946

Arrêtez de me regarder comme un poisson rouge ! C'est vrai, je jure dans le paysage, pas seulement parce que je suis le seul à porter des lunettes mais surtout parce que j'arbore une cravate, un col blanc et un air détaché voire désolé au milieu de cette mascarade festive.

Quand on retrouvera cette photo on ne pourra pas en dire grand-chose. Je veux dire on n'aura pas beaucoup d'indices pour resituer son contexte. Le grand-père de Joe Krapov dont on reconnaît, au verso, l'écriture anguleuse et penchée à droite a simplement écrit au dos de l'image : « Cortège historique 1946 ». La photo a peut-être été prise à Carvin où Libercourt - c'est là qu'il résidait - et les deux villes n'en faisaient qu'une à l’époque. En tout cas l'architecture de la maison à l'arrière avec ses briques et ses tuiles ne fait aucun doute : on est bien dans le Nord-Pas-de-Calais.

Maintenant ce slogan « Les gueules noires font les matins radieux » on ne va pas en faire un fromage mais c'est sans doute une allusion à la « Bataille du charbon ». Quand a-t-elle eu lieu celle-là ? 1945 ? 1946 ? Au lendemain de la seconde guerre mondiale il fallait tout reconstruire, relancer l’économie. Du coup les syndicats et le Parti communiste ont remisés au placard leurs promesses du type « Ce soir c'est le grand soir ! ».

En ce temps-là, personne n'est à l'abri d'un rêve d'union sacrée. C'est le temps du Conseil national de la résistance, des ministres communistes, d'Ambroise Croizat, du général De Gaulle chef du gouvernement…

Alors qu'est-ce qui ne va pas pour moi ? Pourquoi suis-je le seul à ne pas m'étonner de ce soleil radieux dans les yeux des protagonistes, de ces « gueules noires » bien propres, bien lavés, de ces lampes astiquées comme jamais ?

Eh bien je vais vous le dire et tant pis pour l’anachronisme : c'est qu'on se croirait dans un film de Rohmer ! La petite lampiste avec son fichu à pois sur la tête, je me suis pris un de ces râteaux tout à l'heure en lui proposant de l'emmener au bal à la salle des fêtes ce soir !

AEV 2223-12 JK - Médaillon Lisette

- C'est à moi que tu causes ? a-t-elle demandé.

- Oui ! Parfois il suffit d'un ami, d'avoir un ami, pour que la vie devienne plus jolie

- Et tu veux devenir mon ami ?

- Oui !

- Même pas en rêve ! Tu as vraiment une gueule de bon élève, mais moi je préfère danser la polka avec mon copain Stanis !

- Mais ça n’engage à rien une invitation au bal ! Qu'est-ce que vous me reprochez au juste ?

- Ta tronche d’acteur intello ! Avec un peu de chance, tu l'auras ton étoile sur Hollywood ! Tu crois qu'on va y arriver, rien qu'en dansant le fox-trot, à réduire à néant nos différences de classe ? Déjà le fait que tu me vouvoies,tu vois, ça me glace !

- Mais c'est simplement du respect, de la politesse. Si vous voulez vous pouvez aussi me vouvoyer, Lisette, histoire qu'on soit sur un pied d'égalité !

AEV 2223-12 JK - Médaillon André- D'accord André ! Je vais vous dire : il faut croire aux miracles mais pas rêver de m'emmener au septième ciel. Ça ne se passera jamais comme vous l'espérez !

- Mais pourquoi ?

-Parce que, voyez-vous, je l'ai perçu tout de suite : vous avez une tête à garder vos chaussettes !

- Mais enfin... C'est pour économiser le chauffage !

- Vous savez, le temps dévore tout. A la longue on peut passer sur bien des choses mais garder ses chaussettes il n'y a pas mieux comme tue l'amour immédiat ! Allez, descendez de la plateforme  ! Vous voyez bien qu'il y a plus de place et que vous jurez dans le paysage !

***

Nous n’avons plus rien de commun, les gens du Nord et moi. A force de s'adapter à tout on finit par disparaître. Moi j'ai fait ma vie dans le Sud mais eux non plus n'existent plus ou alors très mal. En fait de matins radieux eux ou leurs enfants vivent dans un monde où l'extraction du charbon dont ils étaient si fiers est devenue un abominable crime de lèse-climat ! « Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard » chantait leur copain Louis Aragon. Et c'est vrai : apprendre à vivre demande plus qu'une vie.

22 novembre 2022

W comme Winter / Adrienne

D’emblée, Alexandra dédaigne le devoir imposé dans le journal de classe : elle déteste lire, déchiffrer des lettres lui donne un dégoût de plus en plus grand de l’école.

C’est trop difficile, dit-elle.

Le droit du lecteur, pour elle, c’est le droit de refuser le dialogue avec la chose écrite. Dès le début. Dès le départ. Directement. Définitivement.

Elle est douée, pourtant.

D’abord, elle a un don certain pour le dessin, il n’y a qu’à observer comment elle forme artistement les lettres. En prenant bien le temps qu’il faut.

De plus, si vous lui demandez de trouver les différences, comme dans l’illustration ci-dessus, elle les distingue à une vitesse record.

Mais donnez-lui de la lecture : vous la verrez se débattre comme un diable et lui tourner le dos.

C’est décidé : elle ne lira pas.

25 octobre 2022

Quand on lit trop de po-lards / Jean-Paul

Il se passe de drôles de choses, ces derniers temps, dans les musées. L’écoterrorisme est en net progrès. Mais cette histoire-ci dépasse les bornes.

La marquise entra à 16h 45. On commençait à fatiguer dans le commissariat. On avait sans doute besoin d’insolite, d’inattendu pour clôturer une journée qui ressemblait terriblement à la précédente dans sa banalité-morosité. Et là on était servi.

A tout casser, elle mesurait quatre-vingt dix centimètres de haut mais était agréablement proportionnée. Une déesse en miniature. Elle avait une robe rose très longue et portait une coiffe moyen-âgeuse ornée de longs rubans blancs. « Genre double hennin, beaux monts, la meuf ! » aurait dit Katarelmek qui mélangeait toujours vocables scientifiques et formules en langage des cités dans ses phrases d’une brièveté antiproustienne concis-ro-dérable. Par-dessus tout ça elle – la marquise, pas la phrase, quoique - dégageait une odeur peu habituelle. Elle sentait le cramé. Le roussi. Le feu de forêt.

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- Que puis-je pour vous, chère Madame ? Montaliban, je suis. Commissaire.

- Je viens déposer une plainte.

- Oui. Contre qui ? Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous avez rétréci au lavage ?

- Je porte plainte pour violences conjugales.

- D’accord, je prends le formulaire idoine et je suis à vous. Votre nom ?

- Marquise Anne de Mamerloye.

- Vous portez plainte contre le marquis ?

- Non je porte plainte contre mon beau-frère, Wolfram Adegang Zamotus von Blaubart.

- Que vous a-t-il fait ?

- A moi, rien. A ses sept épouses beaucoup. Il les a assassinées. Et je ne sais pas ce qu’est devenue ma sœur, sa huitième épouse, qu’il essayait de l’égorger. Quand je suis descendue de la tour où je guettais l’arrivée des secours, le château était en flammes et le feu se propageait aux écuries. Je crois que sa pauvre jument est morte.

- Vous avez appelé le vétérinaire ? Un médecin ? Police-secours ? Les pompiers ?

- Ils étaient déjà là. Ce sont eux qui m’ont tendu la grande échelle pour que je sorte du tableau.

- Le tableau ? Mais où est-ce que ça se passait tout ça, Madame Marmerloye ?

- Au Musée des Beaux-Arts de Rennes !

- Bon j’envoie une équipe là-bas. Où est-ce que je peux vous joindre ? Vous êtes hébergée chez une amie ?

- Chez le capitaine des pompiers, Monsieur Ronchonchon. Il habite 7, square de Provence à Rennes Villejean. Très gentil, ce monsieur.

- Dès que j’ai du nouveau, je passe vous avertir.

La marquise sortit à cinq heures. Je décrochai mon téléphone et appelai le musée.

- Dites-moi, vous avez un sinistre chez vous ?

- Pas plus que chez les autres. On a tous plus ou moins nos défauts et pas plus de raisons que les autres d’être joyeux ou déprimés.

- Non je parle d’un incendie.

- Pas que je sache !

- Et vous avez encore une fille habillée en rose qui a quitté son tableau ?

- Toujours ce délire à propos d’Isaure Chassériau ? Vous allez nous lâcher, bientôt, avec ces conneries ? Qui vous êtes d’abord ?

- Montaliban, je suis. Commissaire de police. Une disparition à signaler, vous avez ?

- Tout est normal, commissaire, sauf que vous parlez comme un Brestois, présentement. Tout va très bien madame la marquise ! Personne n’est venu balancer du talc sur les fesses du nouveau-né de de La Tour ! A part qu’on a perdu la clé de la réserve et qu’on a mis un serrurier dessus, tout était normal aujourd’hui.

- Une clé, vous dites ? Disparue ? La clé d’un grand placard ? D’une salle condamnée ?

- Pas disparue. Fondue, carbonisée. Retrouvée au pied de la porte sous forme d’un morceau de charbon. Du wolfram, qu’a dit M. le conservateur. Une lumière, lui, bien qu’il soit tout mince. On l’appelle Filament parce que son vrai nom c’est Philippe-Armand Tung-Sten !

- Il est encore là votre serrurier ? Qu’est-ce qu’il fait ?

-Ben.. il crochette ! Vous voulez que je vous le passe, le capitaine ?

- Le capitaine Crochette ?

- Non, le capitaine des pompiers, c’est lui le serrurier. Il n’arrête tellement pas de râler contre cette porte qu’on l’a surnommé Ronchonchon !

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L’étau se resserrait ! L’énigme allait être résolue ! Ca devait être encore un coup de l’ARVOR, l’Association des Rigolos de Villejean et de l’Ouest de Rennes ! Sauf que j’arrivais au début de la page 3, qu’il était 21 h 09 et que j’avais promis à l’oncle W. de faire court pour pouvoir envoyer ma contribution dans des délais corrects.

Bah ! Avec un peu de chance on trouverait l’explication de cet imbroglio chez Nana Fafo !

18 octobre 2022

Vivre heureux / Adrienne



Photo prise à Ostende d'une cabine de plage. 

Aujourd’hui, dit Joe Krapov, nous poursuivons l’écriture de notre propre "Dictionnaire de la bonne humeur".

Il nous demande de lister cinq noms de célébrités (auteurs-autrices, acteurs-actrices, chanteurs-chanteuses, personnages de fiction, de bandes dessinées, autres) qui nous mettent de bonne humeur, d’en choisir une ou deux et d’expliquer pourquoi ou comment leur existence nous réjouit.

– Fastoche ! se dit l’Adrienne, qui voit surgir des noms en foule, le premier étant celui de l’ami Gaston Lagaffe.

Mais aussitôt elle se ravise : tant de fois déjà elle lui a consacré un billet ! déclaré son amour !

– Mozart, alors, se dit-elle.

Mozart ? Sans blague ? Celui pour qui elle irait jusqu’à inventer la machine à remonter le temps, histoire de lui éviter sa mort prématurée ?

(« Non, l’ami ! Pas touche à ces boulettes de porc ! Oui je sais que tu adores ça, mais crois-moi, pas aujourd’hui ! Pas celles-ci ! » et voilà, le tour est joué, il peut encore composer des tas d’œuvres possiblement encore plus géniales)

Soupir.

Tous ceux qui la rendent heureuse, par leur musique, leur humour, leur présence passée ou présente, les amis, les anciens élèves, les grands-parents, la Tantine… tous ont déjà eu largement leur place ici et il en sera sûrement encore question.

Même Jean-Luc Fonck ;-)

Alors le billet se termine ainsi, avec un mot de gratitude pour tous ces gens-là, porteurs de bonheur, et pour Joe Krapov, qui nous permet de faire la consigne de manière scrupuleuse ou de la faire comme nous voulons 😉

18 octobre 2022

Dictionnaire de la bonne humeur : Ventura (Ray)

2223-06 JK- Ray Ventura 2

Ce chef d’orchestre de variétés a eu une renommée certaine et quelques tubes retentissants dans les années 1930-1940 de notre ère.

On peut se demander par quel effet du hasard des voyous de mon espèce qui ont été nourris, trente ans plus tard, aux sons des Beatles, Rolling Stones, Pink Floyd et de toutes sortes de groupes de rock psychédélique, progressif ou autres ont pu entendre ces vieilleries et développer un goût certain pour ces orchestrations très jazz et ces paroles à l’esprit essentiellement potache.

J’ai souvenir d’un double disque 33 tours prêté par un cousin ; je sais qu’à une certaine époque de ma vie j’ai écouté l’émission « Les Cinglés du music-hall » de Jean-Christophe Averty. Ce monsieur consacrait une heure sur France Inter ou France-Musique le dimanche à parler, avec son zézaiement et son débit si particuliers, de toutes les musiques nées, dans les années 1920 à 1940, du jazz américain. Les microsillons tournaient alors sur des gramophones à la vitesse de 78 tours minutes et Jean-Christophe nous donnait toutes les références numérotées des enregistrements. On découvrait là des perles inimaginables ! 

Ray Ventura devint célèbre à peu près à la même époque que Charles Trénet. C’était un peu avant que la seconde guerre mondiale ne vienne bousculer le jeu de quilles des fous chantants et des optimistes à tout crin.

Certains des titres de Ray Ventura et son orchestre ont des intitulés dignes d’un devoir de philosophie. Vous avez quatre heures pour répondre aux questions suivantes :

- Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux ?
- C’est malheureux d’être amoureux mais ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine, non ?
- Après la pluie le beau temps
- Les Chemises de l’archiduchesse sont elles sèches, archi-sèches ?
- Et puis d’abord, qu’est-ce que ça peut vous faire ?

Quelquefois, l’orchestre se met en grève. Pas question de philosopher autrement qu’en riant sur l’état du monde et la catastrophe qui arrive. Parce que voyez-vous, tout va très bien, madame la marquise, même si le château est en flammes et que monsieur le marquis s’est suicidé ! Ca n’empêche pas qu’il y a des jours où toutes les femmes sont jolies et qu’à la mi-août c’est tellement plus romantique.

On frise quelquefois le graveleux. Ainsi dans « Vous permettez que je déballe mes outils ? Oui mais faites vite qu'on lui a dit ! ». Mais c'est aussi, souvent, ce que Victor Hugo appelle "la fiente de l'esprit qui vole", le calembour pusillanime et l’humour franchouillard comme dans la chanson « C'est idiot mais c'est marrant ». 

La musique est toujours gaie, les musiciens doués. La seule fausse note pourrait être ce chant « patriotique », « On ira pendre notre linge sur la ligne Siefried », fruit de la drôle de guerre de 40, ou bien l'allusion à Blumenthal et Levy à propos d'un petit bout de queue qu'on mutile mais, juif lui-même et craignant quelque peu pour sa peau, avec raison, Ventura quittera la France et entamera une carrière sud-américaine pendant les années sombres de l’occupation.

Lorsqu'il revient en France, la mode des grands orchestres est passée. Le guitariste du groupe, Henri Salvador entame une carrière en solo qui le mènera à la célébrité grâce à de multiples clowneries et crooneries. Le neveu de Ray Ventura, un nommé Sacha Distel, sera connu lui aussi comme chanteur mais surtout comme playboy séducteur et conducteur de véhicule pas toujours très adroit.

De Ray Ventura j'adore « Les Trois mandarins » une chanson qui s'amuse des traductions à rallonge de certaines langues :

« Nos épouses mandarines
Sont là-bas dans la chambre voisine,
Excepté la femme de Ping-Pong Tsé.
Elle n’a pas pu venir. Elle est indisposée  […]
oui tout cela se dit « U » !"

Il y a aussi les paroles de « Le chef d’orchestre n’aime pas la musique » :

« Notre chef n’aime pas la musique, Ta la la
Ni le moderne ni le classique, Ta Ta la la …

Quand il était bébé, on l’en a dégouté
Car on le forçait à faire des games
Do si la sol, pendant des heures
Sans arrêt malgré ses pleurs
Ce fut le commencement du drame »

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais aujourd'hui-même j'ai fait chanter à un groupe de mes congénères une version rythmée différemment de « Comme tout le monde », chanson on ne peut plus universaliste !

« Sitôt que l'on est malade
Aux mêmes soins on est soumis
Chez soi l'on se barricade
Par crainte des épidémies

On prend des tas de précautions comme tout le monde
Des potions des infusions comme tout le monde
On se gave de Chloroquine comme tout le monde
Finalement on attrape la scarlatine comme tout le monde. » 

Ray Ventura, pour résumer, c'est cette philosophie : « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie ! ».

Et tous les bonheurs que l'on glane, « C’est toujours ça de pris !  comme dirait ma grand-mère. C'est de la quincaillerie mais c'est toujours ça de pris !».

4 octobre 2022

Deux lettres de Provence / Jean-Paul

2223-04 Consigne Facteur filigrane

Comme elle sent bon, cette lettre, le thym et la farigoulette, la lavande et le romarin ! Elle donne envie de sourire, d'être toujours de bonne humeur. Cela me fait le cœur joyeux de lui venir en aide, de la transporter à son destinataire, en toute simplicité.

Bienvenue à toi, lettre de Provence, pays qui dans mon souvenir est naturel et généreux ! Les passionnés de la pétanque profitent du soleil et de l'ombre sous les platanes de la place, l’Issole, rivière indolente, coule sous le pont de Cabasse dans la direction du lac de Carcès. Il y a la magie des vacances, l'apéro dont on profite sur la petite place près de la fontaine, le restaurant de Jean Dotto. Il y a la créativité rythmique des cigales heureuses tout l'été de faire partie de l'élitre et qui ne réalisent pas qu'il vaudrait mieux parfois suivre les conseils de Dame fourmi. Il y a ce vin, divine surprise pour le palais, du domaine de Campdumy cultivé par la famille de Bernard Gavoty.

Merci, merci à toi, la lettre de Provence, d'avoir créé en moi ce moment de rêverie spontanée mais le service public m'appelle. J'ai pris la liberté de m'arrêter un temps mais je reprends mes esprits. Je m'en voudrais beaucoup de ne pas transmettre l'invitation que tu contiens : un séjour d’un week-end pour vivre une aventure dans la garrigue et concrétiser une liaison naissante ? Répondra-t-il positivement à Dulcinée ? Ou bien se fait-elle des idées ? Je ne saurai jamais, hélas, ce qu'elle lui propose, la petite ! C'est quoi son nom à l'expéditrice ? Mireille Mathieu. Et lui, le destinataire ? Yves Mourousi.

Oh merci les amoureux de m'avoir mis des petites fleurs bleues dans la tête et rappelé l'accent qu'on attrape en naissant du côté de Marseille !

 

*** 

 

2223-04 Consigne Facteur filigrane bleu vert

Comme elle sent bon, cette lettre ! Un parfum de femme, une lettre d'amoureuse à tous les coups !

Et il dit quoi, le cachet de la poste faisant foi ? Arles ! L’Arlésienne de Bizet qui fait suite à celle d'Alphonse Daudet ! C’est dans quoi, déjà, ce récit ? Dans les "Lettres de mon moulin", peut-être. Je ne sais même plus de quoi ça parle, cette nouvelle, tellement l'autre œuvre de Bizet, Carmen d'après Mérimée, a joué au cannibale avec ce morceau-là ! Un monument chasse l’autre ! On a tous en tête le toréador Escamillo, le regard noir du taureau qui craint un peu pour ses oreilles et pour sa queue, la passion de Don José pour la belle cigarière. En même temps, tout ce brouhaha musical, tout cet opéra en fanfare, ce meurtre au milieu de la foule pendant la corrida, c'est juste une histoire de cœur un peu vide, des mots de folie d'un brigadier génialement doué pour le sabotage ! Parce que Mickaëla, là quand même ! Il faut vraiment ne penser à rien et ne rien avoir dans la coucourde pour ne pas voir qu'il est là, le bonheur ! Bonheur certes tranquille, pépère, peinard où les jours se suivent et se ressemblent comme marabout et bout de ficelle mais quoi ? T'es pas Don Quichotte, Don José ! Tu n'es pas le « Fool on the hill » et ton enfermement quasi insulaire dans le mirador du désir jaloux, si tu savais comme il nous escagasse les esgourdes ! D'ailleurs c'est simple : moi, le dernier acte de cet opéra, je ne l'écoute jamais tellement ça me les brise menu, ta bêtise !

Et puisque c'est comme ça, la lettre de Mickaëla, je me la garde ! Je ne la dépose pas dans ta boîte aux lettres ! Et puis même je vais lui répondre à l'Arlésienne, lui dire que tu ne vaux pas un clou, que tu as des aventures avec des messieurs, que tu as entrepris une psychanalyse même et que si elle veut faire un petit transfert tranquille je suis là, moi !

En reprenant ma tournée je la lui écris dans ma tête la lettre que je lui ferai ce soir.

"Ma chère petite Mireille

Patati patata... Don José... Bouh le vilain... Patati patata…

Et je signe, très affectueusement :

Joe Nistarque 


4 octobre 2022

Le Facteur amoureux / Josiane

Ne penser à rien, faire le vide, continuer à marcher, oublier le brouhaha de son coeur quand le regard amoureux de la belle insulaire se posait sur lui.

2223-04 Josiane - carte Van GoghIl marchait plongé dans ses pensées sur les trottoirs de sa bonne ville d’Arles, déposant rigoureusement les missives à lui confiées, porteuses des mots enflammés de la passion ou des mots cannibales des tristes nouvelles. Il fendait la foule, fermant l’oreille aux bruits de la rue. Seul l’habitait le sabotage en règle par elle orchestré.

Marcher, arpenter les rues de la ville, c’est le travail du facteur. Porter les lettres d’amour aussi, lui qui en était si cruellement privé. La belle avait en quelques mots jeté en lui le grand désordre. Un monument de tristesse l’habitait. Il se surprenait parfois à chercher son parfum sur une enveloppe, sur une passante et il y avait
toujours cette fanfare dans sa tête, ce tumulte sans cesse renouvelé.

Etaient ce les battements de son coeur ? Il lui semblait que jamais il ne retrouverait la paix, perché sur le mirador qui l’isolait du monde.

***

2223-04 Consigne Facteur filigrane supernova

Ce joyeux sourire, il le devait à son week-end en baie de Somme.

Le souvenir de ce moment privilégié lui revenait alors qu’il  arpentait comme chaque jour les rues de la ville, distribuant dans la bonne humeur les missives qui lui était confiées.

Il venait de réaliser son rêve, profiter d’un week-end ensoleillé pour saluer Dame Nature en toute simplicité, accompagné de son ami le plus cher. Ce séjour avait commencé sous les meilleurs auspices, la magie de l’océan, synonyme d’aventure, remplissait à chaque fois son être d’un bonheur qu’il n’aurait su transcrire.

Ce n’était pas un esprit passionné, il suffisait d’un rien pour le mettre en joie. Profiter, vivre, concrétiser, voilà qui lui parlait. Avec cela, généreux, éprit de liberté, aimant le naturel. Il était l’ami idéal, toujours de bon conseil, spontané et sans surprises. Il aimait par dessus tout son métier. Il aimait à rêver la vie contenue dans les lettres qu’il transportait. Il se surprenait parfois à humer le parfum d’une enveloppe empreinte de créativité.

L’une d’entre-elles lui avait donné l’idée de ce séjour en Baie de Somme. C’était une simple carte postale, l’écriture lui semblait enthousiaste plus que les mots eux-mêmes. Le paysage était un peu triste mais c’était ce qui l’avait attiré, autant que le dessin à la plume et le mot « Bienvenue » inscrit sur la courbe d’une vague.

27 septembre 2022

Point d'interrogation ? / Jean-Paul

Est-ce qu'on sait à partir de quand on arrête de se poser des questions? Ou de poser des questions ? Est-ce que c'est quand on est devenu un vieux con, qu'on est pétri de certitudes, qu'on a tout vu, tout lu, tout bu et qu'on sait... qu'on ne sait jamais ?

Dixit O 13

Pourquoi sait-on d'avance que la page ne restera pas blanche ce mardi soir ? Et surtout, comment formuler ses interrogations si on en a encore ? Vous avez vu la gueule du clavier, ces touches toutes marquées de ce symbole commun à tous les alphabets ou presque, le point d’interrogation ?

Et c'est là où le projet d'écrire un texte dont toutes les phrases seraient des questions se casse la figure ! On le constate avec l'air penaud du gars qui n'a jamais pensé à ça avant aujourd'hui : le point-virgule, la virgule, les deux points, d'où ça nous vient, tout ça ? Est-ce ça existait déjà dans le latin de Cicéron ou dans le grec de Vatfèrvwar Chélé ?

Le point d'interrogation, le point d’exclamation, les trois points, y en avait-il dans les hiéroglyphes égyptiens ?

Y a-t-il des idéogrammes idoines en japonais ou en chinois pour signifier qu'on est dans le département du doute,25, ou dans un état proche de l'éclat de rire ou de la vivacité ?

Ça racontait quoi l'écriture cunéiforme? S'interrogeaient-ils sur l'avenir, les gens à l'oreille en coin?

À vrai dire, la page blanche sur l'image va peut-être rester vierge. Appuyer sur une touche de la machine déclenche peut-être tout à fait autre chose que l'impression d'un signe !
Peut-être même une réponse du style « Longtemps je me suis couché de bonne heure » ? Un appel téléphonique à l'émission de Noëlle Bréham « Les Petits bateaux « sur France-Inter ? La création d'une page Wikipédia intitulé « L’arrobase à travers les âges ? L'explosion d'une centrale nucléaire quelque part sur le globe terrestre ?

Alors c'est bien beau de poser des questions ; il reste toujours celle-ci à la fin du compte : où conduisent tous ces tuyaux ?En quoi ça intéresse qui, nos données métaphysiques personnelles ? S'il y a un maître des horloges, qui est le maître de la machine ?

Allez, je veux savoir : je tape les touches qui correspondent à AZERTY.

Rien ne s'imprime. Une voix venue des profondeurs retentit alors et m’aboie dessus : « Votre mot de passe est invalide ! ».

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