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L'Atelier d'écriture de Villejean
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1 juin 2021

L'eau de vie ou de mort / Maryvonne

AEV 2021-33 Maryvonne - OpheliaSans doute je périrai par l'eau, mais ça ne me rend pas triste parce-que je l'aime.

Au moins trois fois déjà j'ai échappé à la mort par noyade. La première fois c'était lors d'un pique-nique en famille au bord de l'étang de Guipel à La Plousière.

Il me faut pour vous narrer l'affaire plonger dans une onde aussi mouvante que notre mémoire peut l'être et sortir mon épuisette à souvenirs. Annie Ernaux dit : «Dès que l'on écrit sur soi, le choix des mots, c'est déjà de la fiction».

Une partie de pêche entre famille et amis suivie d'un pique-nique plantureux, voilà un plaisir simple qui était à la portée de tous. Ce jour-là avec mes parents, des amis et le vieux directeur de l'école nous cochions toutes les cases du bien-être au bord de l'eau. La sieste était incontournable et toutes ces personnes si dignes, si correctes étaient là, étalées gentiment dans l'herbe à l'ombre de grands arbres protecteurs. Je n'ai jamais aimé la sieste, ni la faire, ni la regarder. Sans le vouloir leur désertion m'ouvrait la porte de la liberté. J'en profitai pour braver les interdits, explorer la rive pentue de l'étang, courir à la limite de l'eau qui par traîtrise m'avala d'un coup. Le diable des étangs qui me tira par les pieds ce jour-là savait-il que je n'avais pas le droit de me baigner après le déjeuner ?

C'est le plus âgé, l'ancien directeur de l'école qui s'aperçut de mon absence et d'un coup d’œil encore bien vif me vit la bouche ouverte comme un gardon au fond vaseux de l'étang. Alerte générale, sauvetage rapide. Me voilà pêchée ou repêchée dans un état peu frétillant.
Ma mère courut au bistrot du coin quérir couverture et alcool. Elle me déshabilla prestement de ma petite robe rose et me voilà nue au déjeuner sur l'herbe. Monsieur Manet, que n'étiez-vous là avec vos pinceaux pour immortaliser la scène ?

AEV 2021-33 Maryvonne - manet-le-dejeuner-sur-l_herbe-sculpture-parody

Elle me frictionna avec l'eau-de-vie, moi qui venais de sortir de l'eau de mort. Mon corps sentait le grog qu'elle servait à ses clients les soirs d'hiver. Heureusement que personne ne craqua une allumette à ce moment-là j'aurais pu flamber comme une gamba. Néanmoins je me réchauffais et, pressée de questions par l'entourage, je déclarai avoir voulu aller cueillir un nénuphar. Cette explication vaseuse m'impose une réflexion : j'avais voulu soit tâter de la poésie soit tester la résistance de l'eau . dans les deux cas ça prouvait juste que j'avais une intelligence de poisson.

Je ne vais pas vous noyer dans toutes mes noyades sachez seulement que la deuxième fois c'était au cours d'une pêche aux têtards dans une carrière profonde qui servait aussi de lavoir avec une planche savonneuse qui fit toboggan. Plouf ! Je fus sauvée par mes amies.

La troisième fois c'était lors d'un bain en mer où je n'arrivais plus à nager contre un courant très fort et où mes forces diminuaient. C'est un autre baigneur plus expérimenté qui est venu à mon secours.

Pourtant je me suis baignée partout dans le monde, l'eau m'attire et me procure du bien-être. Je me méfie juste des nénuphars.

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Commentaires
M
Réalité ou imagination, j'adore !
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