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L'Atelier d'écriture de Villejean
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13 janvier 2026

La Clé des champs / Jean-Paul

 

 

Il y a ceux qu’on chasse par la porte et qui rentrent par la fenêtre.

Il y a l’herbe du voisin qui est toujours plus verte.

Il y a « Le ciel est bleu, la mer est verte, laisse un peu la fenêtre ouverte.

 

Ici elle est fermée. C’est un peu une prison dorée, une cage sans barreaux, un abri contre le dehors.

Rien ne bouge dans le paysage.

Même la lumière ne change pas, la nuit aussi le ciel est blanc.

Sans la bonne aventure, sans la rencontre du hasard, le monde est sans éclat, non ?

 

Alors, pour qu’il y en ait, pour que la vie soit plus brillante, on en commet un de coup d’éclat, qui restera dans la mémoire.

On prend la statue de plâtre qui saigne et on la jette dans les carreaux.

 

Derrière la vitre brisée, le monde est à l’identique. Même arbre dans le fond, même sérénité du paysage muet mais maintenant on peut sortir. On peut prendre la clé des champs. Mais on n’est pas sauf pour autant.

 

On ne rencontrera personne et, chaque fois qu’on entera dans une autre maison, ce sera le même confort de l’esprit, le même bris de glace, le même paysage dans un univers voisin.

 

Un jour on aura le mal du pays. On ramassera les carreaux brisés, les fragments de l’image initiale, et on reconstituera le puzzle sur le sol. Alors, sur la statue de plâtre qui avait nom « Mémoire » la tache de sang disparaîtra.
 

 

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13 janvier 2026

La Lampe philosophique / Jean-Paul

 

 

 

Le siècle des Lumières vient de casser sa pipe !

 

Nous vivons désormais à l’heure des bougies, gouvernés par des obscurantistes qui serpentent dans le tout sauf la science, tout sauf le droit, tout sauf l’humain.

 

Ce sont là les diseurs de mauvaise aventure qui nous fabriquent un futur empli de tonnerre, de flammes, de haines et de guerres.

 

Guéridon renversé, pied de table retourné, démocratie par terre, le nez cassé, la gueule en sang.

 

Ces nouvelles années, privées de lampe philosophique, nous mènent vers de funèbres ténèbres !

13 janvier 2026

La Lampe philosophique et la bonne aventure / Marie-Thé

 

Seize heures. Le gars José, comme l’appelait sa mère, chargé comme un mulet, emprunte le chemin serpentant dans la montagne pour retrouver son logis. Il est descendu dans la vallée pour s’approvisionner en café, tabac et autres vivres afin de tenir le plus longtemps possible sans redescendre au village.

Arrivé dans son refuge, José dépose son barda sur le guéridon et allume une bougie avant de ranger ses affaires. La petite fenêtre ne laisse pas beaucoup passer la lumière du jour mais la pénombre convient bien à cet homme solitaire, philosophe à ses heures.

Il cherche sa pipe de bruyère, la bourre du nouveau tabac blond acheté le matin, attise le feu où restent quelques tisons, puis met ses binocles sur son nez.

Assis dans son fauteuil près de la cheminée, le voilà prêt à continuer le livre avec lequel il compte révolutionner le monde de la pensée.

Il allume sa lampe torche frontale qu’il appelle « ma lampe philosophique ». Pauvre gars José ! Il a déjà écrit une dizaine de pages mais aujourd’hui il n’a aucune idée. La onzième page reste blanche.

 

 

Il se sent désespéré lorsqu’il entend soudain des bruits de pas sur les gravillons de son chemin et se dit que voir du monde lui ferait peut-être du bien et pourrait l’inspirer pour la suite de son livre.

Il ouvre sa porte et découvre, assise sur une pierre, une bohémienne qui lui dit : « Je vous prédis la bonne aventure pour quelques euros si vous descendez dans le bois jusqu’à ma cabane. »

Après hésitation José accepte et descend derrière elle quelques centaines de mètres plus bas.

Là, il découvre une jolie masure qu’il n’a jamais vue. Elle est cachée par des arbustes. La porte bicolore est ouverte. Un nuage gris menace. Rapidement la bohémienne le fait entrer dans sa maison.

 

 

Un feu de cheminée dégage une douce chaleur. Une table ronde où trône une boule de cristal, occupe le milieu de la pièce.

La bohémienne fait asseoir José et commence à danser autour de lui. Son chemisier rouge décolleté et sa jupe longue couleur soleil virevoltent autour d’elle. Le gars José est envoûté et en oublie ses pensées philosophiques pour des pensées plus terre à terre et même un peu coquines.

La bohémienne ferme la porte et on ne sait pas ce qui s’est passé après…

Le lendemain quelqu’un a vu le gars José prendre joyeusement le chemin remontant jusqu’à son logis et redescendre parfois vers la masure à la porte bicolore.

Il a probablement besoin que la bohémienne lui prédise encore et encore la bonne aventure…

13 janvier 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-13 du mardi 13 janvier 2026 (suite)

 Comme promis mardi dernier, je livre ici les dix tableaux de René Magritte qui ont servi cette semaine de support à la consigne AEV 2526-13 de notre atelier. 

 

Vous pouvez cliquer sur chaque image pour l'agrandir. Elles ont toutes été récupérées sur Internet.

 

 

La lampe philosophique

La clé des champs

 

 

Le mal du pays

Les nouvelles années

 

 

La colère des dieux

La représentation

 

 

Souvenir de voyage

La bonne aventure

 

 

La durée poignardée

Le confort de l’esprit

 

 

13 janvier 2026

Consigne d'écriture AEV 2526-13 du mardi 13 janvier 2026

 

L’Impossible Monsieur M.

 


 

Les titres de la colonne de gauche, ci-dessous, sont ceux des tableaux d’un même peintre.

 

Il seront aussi ceux des deux ou trois textes que vous allez écrire ce soir. Vous avez juste obligation, pour chaque texte, d’y placer les cinq mots qui sont inscrits en face du titre dans la colonne de droite et qui sont des éléments qu’on peut voir dans le tableau.

 

Vous avez le droit d’imaginer et de raconter ce que représente le tableau ou de délirer complètement à partir du titre ou des mots proposés.

 

Essais sur la peinture, poèmes surréalistes, contes fantastiques, tout est accepté ce soir !

 

N.B. Merci de ne pas chercher à voir les tableaux avant d'écrire. Ceux-ci seront publiés ici à la fin de la semaine

 

 

TITRE DU TEXTE

MOTS À PLACER

 

La lampe philosophique

bougie – pipe – nez – serpenter – guéridon

 

La clé des champs

Vitre brisée – fenêtre – arbre – identique – éclat

 

Le mal du pays

Lampadaire – pont – lion – ange – dos tourné

 

Les nouvelles années

Neige – arbre – feuille d’arbre – pied de table retourné – ciel uniformément bleu

 

La colère des dieux

Vieille voiture, montagne, muret, cheval de course, jockey

 

La représentation

Match de football, maison isolée avec fronton, arbres, montagne, balustrade

 

Souvenir de voyage

Lion, bougeoir, intérieur, tableau, homme en habit chapeau à la main

 

La bonne aventure

Porte ouverte, maison vide, nuage, plage, porte bicolore

 

La durée poignardée

Une cheminée dans un salon, horloge, bougeoirs, locomotive à vapeur, parquet

 

Le confort de l’esprit

Flamme, mer, arbres, deux trous rectangulaires dans le mur, montagnes

 

 

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17 décembre 2024

Le Jeu des sept familles Philips / Marie Sylvie

 

Dans la famille Philips chauffage, je demande le radiateur à bain d'huile car mon appartement n'est pas correctement chauffé malgré ce que prétend la quittance de loyer. 
Dans la famille Philips cuisine, je demande le moulin à café car j'adore l'arôme du café fraîchement moulu. 
Dans la famille Philips Éclairage, je demande les Étincelles de joie car elles illuminent ma maison et remplissent chaque coin d'une lumière chaleureuse et réconfortante, créant une atmosphère de bonheur et de bien-être. 
Dans la famille Philips ménage, je demande l' aspirateur balai car il est léger et parfait pour un nettoyage rapide et efficace de mon appartement. 
Dans la famille Philips musique, je demande la chaîne Hi-fi car elle me permet de savourer la richesse et la profondeur des morceaux de musique comme à l'époque, offrant une expérience d'écoute incomparable et nostalgique. 
Dans la famille Philips radio télévision, je demande le téléviseur style moderne car il m'offre une qualité d'image exceptionnelle et une touche d'élégance à mon salon tout en me permettant de revivre les émissions et les films classiques avec une clarté et une netteté inégalées. 

Dans la famille Philips voyage, je demande le Pocket FM car il me permet d'écouter mes stations de radio préférées partout où je vais, ajoutant une touche de musique et d'informations à chacun de mes déplacements. De plus avec son design compact et vintage, il est parfait pour les voyages et m'accompagne en toute simplicité. 

 

☆☆☆☆

 

Pour moi, après avoir déménagé en 2007 suite à ma liquidation judiciaire, j'ai vécu une expérience difficile en HLM où mes électroménagers Philips ont été volés avec l'ensemble de mes meubles. 

 

Cependant, les souvenirs de ces appareils restent vivants et me rappellent des temps plus simples et heureux. 

 

Le téléviseur Philips d'aujourd'hui est ultra moderne et offre des images d'une clarté incroyable. Pourtant, il y avait quelque chose de spécial à regarder nos émissions préférées sur un téléviseur noir et blanc des années 1960.

 

Avant j'avais une radio à tubes Philips qui trônait fièrement dans mon salon. Maintenant avec les tubes numériques et les applications de streaming, il est tellement plus facile de découvrir de nouvelles stations. 

 

Pour ma part, j'adorais écouter mes disques préférés sur mon électrophone Philips vintage.  Le son des années 1960 a toujours une place dans mon cœur.


☆☆☆☆

 

Voici une anecdote amusante pour égayer le fait d'avoir un réfrigérateur qui ne parle pas et qui est toujours vide :

 


 

Il était une fois un réfrigérateur nommé Fred le Frigo, installé dans une petite cuisine cosy.

Fred avait un talent particulier : il  savait rester désespérément silencieux, peu importe la situation. 

Chaque matin, en ouvrant la porte du réfrigérateur, son propriétaire Max espérait y trouver quelque chose d'excitant. 

Hélas, Fred le Frigo accueillait Max avec un vide abyssal, aussi immobile et muet qu'une tombe en hiver. 
 

- " Ah ! Fred, tu es encore silencieux aujourd'hui ! Serais-tu en grève ? " s'exclama Max en soupirant .


Fred restait stoïque, son ampoule interne clignotant faiblement comme pour dire :

- " Je fais de mon mieux !" 

 

Un jour, Max décida de jouer un tour à Fred. 

Il colla un post-it à l'intérieur du réfrigérateur avec un petit dessin d'une face souriante et un message : 

- Cher Fred,  si tu pouvais parler , que dirais-tu ?

 

Le lendemain matin, Fred le Frigo attendait patiemment, toujours aussi silencieux. 

Mais cette fois, Max éclata de rire en ouvrant la porte. 

Quelqu'un, probablement l'esprit farceur de la maison, avait ajouté un autre post-it sur l'étagère inférieure :

 

- Je dirais : "Allez , fais les courses ! " 

 

Et ainsi, Fred le Frigo, bien qu' incapable de parler, apporta un sourire à son propriétaire avec son silence éloquent et ses étagères vides. 

Après tout, même un frigo muet peut avoir une personnalité... surtout quand il est accompagné d'une bonne dose d'humour et d'imagination. 

 

17 décembre 2024

Consigne d'écriture AEV 2425-13 du 17 décembre 2024 : Jeu des sept familles Philips

 

Jeu des sept familles Philips

 

C’est Noël ! On vous offre un jeu de sept familles vintage illustré à imprimer, à coller sur du carton fort et à découper. Ces photos d’appareils ménagers Philips des années 60 vont certainement provoquer chez vous de la nostalgie, des curiosités, de l’amusement, le sentiment d’être d’un autre temps, ou pas. Dites-nous comment c’est, chez vous, maintenant ? Votre réfrigérateur vous parle-t-il, avez vous encore un électrophone ? Sur quoi captez-vous la radio ? La télé ?

 

Cette liste des noms des 42 cartes peut-elle vous aider à faire le point sur votre « confort moderne » ?

 

Philips radio-télé : Récepteur radio Réverbéo – Téléviseur style classique – Transistor F.M. – Transistor A.M. – Téléviseur style moderne – Récepteur radio F.M.

 

Philips voyage : Rasoir à piles – Auto-radio – Fer de voyage – Pocket F.M. - Boîte de secours – Bouteille isolante

 

Philips ménage : Aspirateur traîneau – Machine à laver – Cireuse – Sèche-cheveux – Aspirateur balai – Fer à repasser

 

Philips chauffage : Radiateur soufflant – Ventilateur – Radiateur à huile – Bûche lumineuse – Climatiseur – Cheminée lumineuse

 

Philips cuisine : Réfrigérateur – Moulin – Aérateur – Pendule – Mixer – Machine à faire la vaisselle

 

Philips éclairage : Argenta superlux – Étincelles de joie – Spot – lampadaire de rue – Luminaire Incandescence – Luminaire fluorescence -

 

Philips musique : Magnétophone – Électrophone stéréo – Disque – Électrophone transistor – Console hi-fi – Chaîne hi-fi

 

Cliquez sur les cartes pour les agrandir

 


 

 

 

 

 

 

 

10 décembre 2024

K comme Kostar / Adrienne

 

 

Bientôt Noël et ses cadeaux, alors sortez !

Ne restez pas là à attendre l’inspiration !

Allez, on vous aide : oubliez les chocolats et les cravates et frappez un grand coup qui bluffera tout le monde !

Offrez le masque de survie !

Il y a le modèle avec des trous pour les amateurs de glace framboises-myrtilles.

Il y a le modèle cyclope, pour ceux qui ont un strabisme.

Il y a le « taupe » modèle, avec les gants assortis.

Vous aimez être le premier ?

Offrez un œuf de Pâques !

Et si vous voulez vraiment vous démarquer, offrez le nid de cigognes à poser sur la cheminée !


 

Moi je crois que je vais rester bien à l’abri dans ma boule à neige, se dit la Fée Dragée.


 

Moi je crois que c’est le moment de faire un bel autodafé, dit dans un coin le type qui fumait déjà d’impatience.

10 décembre 2024

Une Histoire de Jean-Clone et divers Jean / Maryvonne

 

 

Voilà que Jean-Paul me met face à un Jean-Clone, artiste. J'ai déjà appris dans un film que Jean-Baptiste était un prénom chic. Je suppose que Jean-Sébastien est un prénom chantant, Jean-Pierre roule ses cailloux sur la rive, Jean-Julien avait le mordant pour peindre, Jean-Jacques était toujours debout et Jean-Philippe ne sait plus où Smet.

 

Mais Jean-Clone, revenons à lui, sait très bien où il veut aller. Associé à deux autres Jean-Clone il veut verdir la planète et pour réussir il souhaite questionner notre rapport à la nature et au vivant.

 

Première question : Est-ce que je préfère sortir ou rester chez-moi ?

 

Écologiquement si je reste chez moi, je ne vais pas à son spectacle. Jean-Clone prêche dans le vide. Je n'ouvre pas ma porte, ce qui ferait entrer le froid. Je ne prends pas ma voiture ni les transports en commun.

 

Je pourrais prendre mon vélo mais comme je n'ai plus trop d'équilibre je peux tomber sur la rue ou dans le canal et là je déclenche un accident et l'intervention des pompiers ou du SAMU ou même de la police.

 

A l’hôpital un médecin et trois infirmières vont s'occuper de moi, mon mari va téléphoner à douze personnes. Tout cela amène trop de dépenses énergétiques.

 

Donc je reste chez-moi. Comme je suis plutôt popote que pop-culture je mange avec mon amie Parcimonie les restes de mon repas de midi.

 

Voilà pourquoi j'ai raté ce spectacle qui au demeurant semblait bien sympathique.

 

Je serai rentrée avec des conseils pour affiner mon attitude écologique.

 

En-ai-je vraiment envie ? Alors que nous n’arrêtons pas de progresser. Par exemple nous venons maintenant à l'atelier d’écriture en covoiturage, on se fait une petite séance de thérapie dans la voiture, gratos, c'est toujours ça de pris. On s'habille chaudement pour pallier la déficience du chauffage, parfois un ami qui nous veut du bien nous offre une part de gâteau. Je fais peu d'erreurs d'écologie alors Jean-Clone tu peux remballer tes conseils et nous allons repartir en auto-dérision - Pouët ! Pouët ! - dans notre quartier vert de la ville en bonne place dans le classement des cités vertes.

 

 

10 décembre 2024

Écho silencieux / Marie Sylvie

 

Dans mon univers immobile, le temps s'écoule,

Les murs deviennent mes horizons, mes rêves s'y déroulent. 

La photo d'un individu désarticulé me hante,

Reflet d'une réalité, d'une vie captivante. 

 

Sortir ou rester, la question est posée, 

L'invalidité me retient, immobilisée. 

La pop-culture file un train rapide et furieux 

Mais grâce à l'écran, j'y trouve mon milieu. 

 

La télévision, fenêtre sur le monde mouvant, 

Me donne la meilleure place, toujours au premier rang. 

Les spectacles, les festivals, des rêves inaccessibles, 

Ma forme, ma santé dictent des limites invisibles. 

 

Mais grâce au streaming, au replay, je vis

Des fragments d'extase, des moments choisis.

Pourtant, voir les acrobates, libres de voler, 

Me fait pleurer, moi inerte, incapable de bouger. 

 

Chaque cascade, chaque pirouette, un rappel cruel

De ce que je ne peux plus, un horizon fermé, irréel. 

Mais dans mes larmes, un espoir persiste, léger, 

Que la joie, malgré tout, trouve encore un sentier. 

 

Dans ce cirque intérieur, mon âme danse en secret, 

Trouvant des merveilles là où mon corps ne peut plus aller. 

Et même si la tristesse parfois m'assaille, 

Je trouve des étincelles dans chaque détail. 

10 décembre 2024

Kostar ou bikini ? / Jean-Paul

 

 

Je me souviens très bien du dénommé Alain Biguet. Il figure avec moi sur la photo scolaire de 1966-1967 de la 5e A du lycée Franklin, sans son plâtre. C'est l'année où nous sommes partis en classe de neige aux Brévières, près de Tignes, mais lui, pour une raison inconnue, est resté à Lille sans nous. Loin de nos familles, encadrés par nos professeurs et des surveillants qu’on appelait « pions », nous avons étudié la faune locale, randonné dans la neige, fait du ski, passé les épreuves de la première étoile, tout ça. Puis toute la classe est rentrée sans aucun bobo déclaré. Sauf qu'à Lille Alain Biguet nous attendait avec une jambe dans le plâtre.

 

 

 

Je me souviens très bien d'Anne-Françoise Blancheneige. Pas plus tard que samedi dernier elle est allée assister au spectacle de Monsieur Mouch « L’Affaire du grand méchant loup » à la MDR à Rennes. C’était très bien, ça lui a plu, elle a beaucoup ri. Sauf qu'en rentrant chez elle elle s'est aperçu que la tempête Darragh avait sévi : une branche envolée de l'arbre de son voisin était venue fracasser l'isolation extérieure de son « home sweet home ». Les sept nains avec qui elle partage son logis n'étaient pas contents. Encore du travail supplémentaire et des réparations à effectuer le lendemain, qui plus est un dimanche. Le plus idiot de la bande qu'on appelle Simplet l'a rassurée à sa façon :

 

- Heureusement que c'était l'histoire du loup et du Chaperon rouge dans la forêt ! Si tu étais allé voir « La Petite sirène » on aurait été inondés.

 

Ces deux situations sont des arguments contradictoires qui ne font pas avancer le débat qui nous occupe ce soir : vaut-il mieux sortir ou rester chez soi ? Alain Biguet n'est pas sorti et il s'est quand même cassé la jambe. Anne-Françoise est sortie mais si elle était restée chez elle la branche aurait quand même pourfendu la façade.

 

Moi aussi je sors et j'aime bien ça. Par exemple le spectacle de Monsieur Mouch j'y étais aussi, j'ai bien aimé aussi et j'ai apprécié qu'on entende Fabrice Drouelle lui-même commenter le procès du loup. Sortir à la maison du Ronceray, ça permet de faire des rencontres inattendues. Au pot qui a suivi le spectacle j'ai fait la connaissance de la relève de « Slam connexion », l’association des slammeurs rennais. Déclamer de la poésie personnelle en public j'ai eu fait ça avec eux il y a une quinzaine d'années et je me souviens encore d’E.T., de Rollingman et de Lafayette au café des Champs libres. Ça m'a presque donné envie d'y retourner !

 

Moi aussi je sors. A l’ADEC, la maison du théâtre amateur, j'y vais tellement trop toutes les semaines que les filles à l'accueil associent mon nom à mon visage de clown enfariné.

 

- Monsieur Krapov ! Bonsoir ! Voici vos deux places adhérents !

 

Vendredi dernier, carrément, la directrice m'a appelé Joe !

 

 

Moi aussi je sors et je suis content des petits échanges de bons services entre citoyens rennais que cela génère. Les Tarafikants que j’ai vus en train de mettre le feu au chapiteau du Chicass'Noz à Redon avec leur musique de voleurs de poules – c’est de l’humour, Boban, range ta kalach’ ! - ont publié sur leur site une de mes photos avec un beau « Copyright Joe Krapov ». Ça me fait penser au personnage de Tchekhov qui revient chez ses parents clamer « Papa ! Maman ! Je suis célèbre ! J'ai mon nom dans le journal ! ». En fait il figure dans la rubrique des faits divers parce qu'il s'est fait renverser par une troïka dont les chevaux s'étaient emballés. Un peu comme Alain Biguet, vous voyez ?

 

Mais quand même, c'est fatiguant de sortir et ce n'est pas bon pour mon bilan carbone. J’irais bien voir l'exposition Suzanne Valadon à Nantes mais ce n'est pas la porte à côté avec la SNCF. D'après ma fille il faut compter 2 h 30 de voyage en partant de Rennes vu qu'on nous fait passer par Laval et repasser par Sablé à cause de la grosse branche qui a démoli la façade d'Anne-Françoise et a fini sa course sur la voie ferrée un peu après Redon. Je vois que j’ai raté le concert des Goguettes : c'était le samedi 2 décembre à Saint-Aubin-du-Cormier. J’aurais pu revoir la chanteuse Juliette : c'était le 7 novembre à Cesson-Sévigné et j’ai encore manqué la harpiste Cécile Corbel qui se produisait le 17 novembre à Saint-Aubin où il se passe visiblement plus de choses qu’à Rennes ! Et en plus c'était en 2023, tout ça !

 

Surtout le plus gênant quand on sort c'est que, même si on ne va pas à l'opéra, il convient de s'habiller ! Même pour aller à l'atelier d'écriture il fait tellement noir à 18 h en hiver que je suis obligé maintenant de mettre un gilet jaune, pas pour protester mais pour qu'on me voie et ne m’écrase pas ! L'atelier d'écriture, voilà bien quelque chose qui vous dissuade de sortir ailleurs le mardi soir ! Pour rien au monde je ne voudrais rater les phrases que j'y entends et qui enfoncent tous les spectacles du TNB à la fois. La plus drôle des réparties entendues ce soir était « Ah ! Comme je regrette les bidets ! »

 

Sortir ! Sortir ! Je ne sais pas si je ne préfère pas tout compte fait faire une insomnie en marcel à 4 h 28 du matin et chercher des noms d'animaux-valises en même temps que la suite du sommeil dans la chambre d'amis ! En voyant ma photo sur la couverture du n° de Wik je note pour la prochaine de mes insomnies « mouflonflon de la fête ».

 

Et puis pourquoi sortir quand la partie d'échecs du championnat du monde entre le Chinois Liren Ding et l'Indien Gukesh vient se disputer sur mon ordinateur tous les jours entre 11h et 14h ?

 

Alors c’est vrai que je reste aussi pas mal chez moi avec mes dévédés, mes cédés, mon ordi, mes photos à numériser, textes à taper-dicter, parties d’échecs sur l’ ordi…

 

Là où sortir et rester chez soi se rejoignent c’est que finalement, pendant que je fais tout ça, je ne fais rien de mal, je ne cherche pas à devenir Premier ministre d'un bordel innommable !

3 décembre 2024

Animaux-valises / Maryvonne

 

Albatrostropovitch : Oiseau qui a un vol difficile. Il peut se poser, à la rigueur, sur une corde de violoncelle. Courageux il a tenté de survoler le mur de Berlin. Son vol est archetuctural. Ses ailes font une symphonie dans l'air. Son nid n'est pas une aire car celle de l'aigle a mauvaise presse en Allemagne. Ses ailes volent pour la paix.

 

 

Girafare : Muni d'une lampe frontale cet animal éclaire l'Afrique pourtant les dictateurs ne sont pas éclairés.

 

 

Equidé à coudre : Ce petit cheval tricote des pinceaux. Chaussé de quatre sabots en argent, il caracole pour Claudine. Munie de son crincrin elle chante pour le père Noël.

 

***

 

Merlanponty : Poisson philosophe avec la raie sur le côté, il nous pompe la mer et ça nous agace. Il nage dans les hautes eaux de la pensée et nous crabistouille les idées.

 

 

Sardinosaure : Petit poisson qui se pêche à l'aurore alors que le sardinIsaure se chasseriau le soir. Avec sa jolie livrée rose on peut le confondre avec le saumon.

 

 

Croquédile : Adjectif relatif à ceux qui se moquent d'un édile et voudraient n'en faire qu'une bouchée. Je parie qu'Edorée est croquédile d'Anne Hidalgo.

 

***

 

Mouette-échandon : Oiselle qui se tient à l'abri dans les caves, en particulier au bistrot du coin. Placée en embuscade elle se tient prête a faire irruption lors d'un événement important. On observe un vol groupé au moment des fêtes.
Elle peut s'accoupler avec le canard Duchêne pour un plaisir plus intense. La décharge de celui-ci atteint la femelle comme un coup de fusil et se répand en gouttelettes pétillantes dans une coupe ou dans une flûte. Il peut s'en suivre une excitation ou, carrément, une ivresse.

 

 

3 décembre 2024

La Fin du Skakatastrophe / Anne J.

 

création de Mathieu Desailly

  •  

  • - Non ça n'est pas possible ! protesta le scarabeethoven.

     

    - Si, c'est moi qui décide, c'est moi le chef de ce groupe, c'est comme ça, nous allons arrêter là notre tournée et fini pour nous les concerts dans les grandes salles qui attirent des milliers de gens !

     

  • - Mais enfin c'est notre gagne-pain ! fit le pianiste avec un air désespéré et un geste rageur en direction de Poulemaccartney, le régisseur et metteur en scène du groupe le plus en vogue du moment, Skakatastrophe Ponctuation.

 

Le scarabeethoven tira nerveusement sur sa queue de pie et regagna sa loge en grinçant des élytres.

 

Il était beau dans son costume rayé noir et blanc avec gilet trois pièces et queue de pie, toujours tiré à quatre épingles, souliers noirs vernis et mouchoir brodé en pochette.

 

Poulemaccartney affichait un tout autre genre : une crête de cheveux rouges sur le haut du crâne qu'il rabattait sur son front et un petit costume noir étriqué genre zazou, des hautes chaussures montantes qui lui faisaient des mollets de coq. Son péché mignon c'était les cravates lavallières les plus grosses possibles toujours blanches avec le plus de dentelles qu'il pouvait. Quand il s'adressait au groupe, il rejetait les épaules en arrière pour gonfler son jabot et se hausser du col et c'est ce qu'il venait de faire.

 

 

Belette it be, la chanteuse, vint s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil où l'homme au jabot venait de se poser et remonta le haut de sa jupe pour dévoiler ses longues jambes. Elle avait des grosses lèvres rouge vif, une peau d'anglaise qui ne supporte pas le soleil, des yeux bleus outrageusement maquillés et surtout une très belle voix de soprano qui faisait beaucoup pour le groupe.
 

Belette ne se déplaçait jamais sans ses cinq chiens, des chiens tellement poilus qu’on ne voyait jamais leurs yeux sous leur frange de poils et qui restaient toujours ensemble en file indienne derrière la chanteuse

 

  • - Et ma carrière ? gémit elle en faisant valoir ses avantages.

  •  

  •  

    - Tu la feras ailleurs, poupée, répliqua le coq à crête rouge avec un geste dédaigneux. Moi j'ai des convictions et je mets mes actes en accord avec mes paroles, c'est tout.

     

    - Oui mais tu te moques bien de ce qu'on va devenir, remarquèrent les deux batteurs en rangeant leurs instruments dans des caisses en cartons.

 

Girafondlacaisse et Hippotamtam étaient des grands noirs à la peau de velours. Ils se ressemblaient tellement qu'on les prenait pour des jumeaux. En fait ils étaient juste cousins. L'un portait un costume rose en satin brillant, l'autre le même costume bleu lavande dans le même satin brillant avec des immenses chaussures blanches de mafieux, ils adoraient faire les blagues les plus potaches possibles et manger des glaces à la vanille qui dégoulinaient sur leurs mains noires et musclées, leur faisant comme un poil de zèbre. Toujours de bonne humeur, riant de toutes leurs dents blanches et tapant avec joie sur leurs machines en faisant le plus de bruit possible.

 

Joyeux drilles et super bons cuisiniers, c'est eux qui faisaient la cuisine du groupe quand on ne mangeait pas dans un grand restaurant, les rois du poulet yassa et du foutou à la banane plantain.

  •  

    - Le monde est grand, Belette, nous on s'en va découvrir le monde ; et puis il a raison, le Poul , la planète c'est important, on n'en a qu'une et ce n'est pas demain qu'on prendra la fusée Space X pour aller faire un concert sur la lune.

     

    - C'est facile pour vous, intervint Babalouette en tamponnant ses beaux yeux noirs pleins de larmes, vous êtes jeunes ,vous venez d'avoir dix-huit ans, vous avez la vie devant vous mais moi , que vais-je devenir , à mon âge ? Pourquoi tu nous fait ça, Poul au sommet de notre gloire ?

     

    - Les concerts, ma belle, c’est terrible pour l’écologie ! On a beau manger végétarien et faire attention à nos poubelles, on participe à la destruction programmée et pas qu’un peu : même si on faisait nos déplacements à vélo, il y a ces milliers de gens qui font des centaines de kilomètres pour venir nous écouter, c’est plus possible, on consomme trop de CO2, on va à la catastrophe !

     

    - Paroles ! Paroles ! hoqueta la belle égyptienne aux yeux de biche, moi je ne sais pas vivre sans la musique. Qu’est ce que je vais devenir ? se lamenta t-elle biche répétita. Il ne me reste plus qu’à mourir

     

  • - Viens dans mes bras, tenta Albatrostropovitch, le violoncelliste secrètement amoureux de la belle aux yeux de velours et qui profitait de la situation.

     

Albatrosropovitch était russe et avait un cœur d’artichaut, il s’enflammait plusieurs fois par jour et quand il était amoureux abrutissait le groupe des sonates pour violoncelle de Bach non stop du matin au soir. Quand on essayait de le faire taire, il essuyait son front dégarni avec un grand mouchoir à carreaux tiré de son costume tout froissé et disait d’un ton dramatique et avec un accent russe épouvantable : « C’est mon coté slaaaave ! ». Mais il jouait du violoncelle comme un Dieu alors on l’excusait

 

Pour consoler Babalouette, il tenta :

  •  

    - On se fait un dernier morceau ensemble avant de se séparer ? Le bison des chapeaux ronds … ? Lamadelon ?

     

    - Et si on chantait plutôt «  Ce n’est qu’un au revoir, mes frères » ?

     

    - Ou « Tout est foutu , on mange trop !» ? proposèrent les batteurs.

     

    - Buvons encore une dernière fois, fit PouleMaccartney en sortant une bonne bouteille. A la planète !

     

    - A la planète !

3 décembre 2024

I comme ibistroducoin

 

 

Ibistroducoin : (nom masculin) généralement utilisé au pluriel depuis que notre Chatôt-Brillant autochtomne se promenait partout où Lamadelon servait à boire.

Malheureusement, comme il ne portait pas de girafare, un mâle-faisan l’a écrasé avec son orang-outank alors qu’il traversait pourtant au passage zébreu.

Belette it be… il ne fera plus de mygale-hipettes.

10 décembre 2024

Consigne d'écriture 2425-12 du 10 décembre 2024 : Bikini, Kostar ou Wik ?

 

Bikini, Kostar ou Wik ? 

 

Chaque écrivant·e hérite d’un magazine culturel breton gratuit. Il lui est demandé de choisir dedans une image pour illustrer son dilemme intérieur (ou celui de son personnage de fiction) :

 

- Est-ce que je préfère sortir où rester chez moi ?

- Suis-je dépassé·e par la pop-culture actuelle ?

- Pourquoi est-ce que j’ai raté ce spectacle, ce festival, ce disque... ?

 

Les trois magazines sont en ligne, accessibles avec les liens ci-dessous et les images peuvent être récupérées avec la touche "impr écran syst" de votre clavier (sous Windows 11 elles vont dans le sous-dossier "Captures d'écran" du répertoire  "images")

 

https://www.wik-rennes.fr/sites/default/files/magazine/pdf/wik_rennes_195_web.pdf

 

https://www.wik-rennes.fr/sites/default/files/magazine/pdf/wik_rennes_194_web.pdf

 

https://www.wik-rennes.fr/sites/default/files/magazine/pdf/wik_rennes_193_web.pdf

 

https://www.kostar.fr/telechargement

 

https://bikinimag.fr/?page_id=27

 

 

7 mai 2024

Voyages et rêves / Anne J.

 

Auprès de mon arbre, qui est un érable, je vivais heureux, à gauche du passage Georges Brassens, mais le démon du voyage rôdait pas très loin et me glissait à l'oreille :  « Si tu as envie de rêver, vas-y, exagère ! ».

 

Depuis mes 20 ans et c'était il y a longtemps j'ai toujours eu envie d'aller à Reykjavík. C'est comme un lieu magique mais à l'époque où l'on peut visiter les villes juste avec une souris sur internet je pourrais tuer la magie ! Et non, je m'interdis de voir à quoi ça ressemble vraiment !

 

Mr Google ne brise pas que les cœurs, il tue aussi les rêves.

 

 

Alors rêvons de cette ville où la boulangerie se nommerait « Le Pain des rêves », où le bistrot afficherait clairement « Il fait un temps à s'aimer » car il pleut beaucoup en Islande mais le proverbe le dit bien et ça vaut aussi pour la Bretagne « Qui écoute trop la météo, reste au bistrot ».

 

Samedi soir c'était le concours de l'Eurovision et France 2 a eu la bonne idée de nous faire visiter Malmö en compagnie de Stéphane Bern et ça m'a bien plu. Voilà peut-être ma prochaine destination. Une vieille ville avec des boutiques de fringues dont les enseignes en danois disent peut être «  Les Dessous d'Agathe » ou « Les cocottes papotent », qui sait , je ne parle pas un mot de danois.

 

Un château médiéval sur une île qui rassemble des magnifiques musées et des galeries de peintres, des fabriques de sabots en tout genre et des boulangeries servant une pâtisserie beurre sucre cannelle absolument appétissante, au nom exotique de Kanelbullar, une variante bretonne de « la fée des crêpes » sans doute à déguster  après avoir pris un bain dans une eau à 7 degrés, dans un bassin aménagé pour et où tout le monde se baigne nu comme un ver ! Et comme ne pas lire tue, je me réfugierai ensuite dans un café surchauffé pour y lire le dernier Camilla Lacksberg. Le café se nomme « Le P'tit creux » et la librairie juste à côté où l'on achète les livres d'occasion «  Un moment unique, hors du temps » et comme c'est la même chose à Lannion avec « Le Flambard » et la librairie qui jouxte ce café, je me croirais revenue à la maison.

 

Je suggère à nos amis de l'atelier d'écriture que l'impasse du Ha Ha intriguerait d'aller faire un tour au bord d'un délicieux petit lac québécois qui porte ce nom, et qui est alimenté par une rivière bien réelle du même nom. Mais peut être le nom de cette impasse n'a t-il pas à voir avec ce bel endroit ?


J'ai cherché. S’agissait-il là d'une onomatopée imitant la moquerie ou le faux rire ?

 

Je trouve l'explication militaire bien plus appropriée : « Il est généralement reconnu par les historiens qu'il s'agit plutôt d'une dénomination descriptive. Ce mot spécifique dériverait du mot français haha signifiant «un obstacle inattendu sur un chemin ». Ce terme identifie un fossé au bout d'une allée qui barre un passage.

 

Mais ce terme de Ha Ha peut aussi venir du mot mot  Háhattey, signifiant « chemin, voie ou adresse » en langue huronne. Rien que le nom de l'impasse et on est déjà parti dans un autre univers.

 

 

A vous de choisir votre prochaine destination : Reykjavík ? Malmö ou le lac du Ha Ha ?

 

Personnellement je profite d'un moment unique, hors du temps... dans mon jardin !

14 mai 2024

Moscou ? Moscou pas ? / Jean-Paul

 

 

 

Il se susurre un peu partout désormais qu’il convient de séparer l’homme de l’oeuvre. Et même la femme de l’oeuvre comme l’a prétendu, l’autre jour et au feutre rouge, la performeuse qui a tagué le tableau « L’Origine du monde » de ce bon Gustave « Courbet tout sauf l’échine ! ».

 

Oui, certes, mais comment faire pour dénoncer le conchyliculteur grossier qui œuvre sous pseudonyme ?

 

Quelque plaisir qu’on ait – ou qu’on eut – à lire Maupassant, nous ne sommes pas obligés de connaître les turpitudes infâmes de Monsieur Joseph Prunier dont la concupiscence avait le débit du Mississippi  - par chez nous le Désir n’est pas nommé Tramway mais Fleuve -.

 

Monsieur Prunier avait pour le sexe faible et surtout pour sa chair fraîche l’appétit strauss-kahnien d’un anthropophage en butte au rût et en proie – si l’on peut s’exprimer ainsi en cette occurrence – à la fringale de belles de nuit et ce même le jour. Aucun anesthésique n’endigua jamais les élans printaniers de cet étalon fou dont la jeunesse débuta par des calembredaines et des coquecigrues et dont la vit – quel plaisant lapsus linguae, quelle jolie faute de frappe ! - la vie, devais-je écrire, finit chez les apothicaires.

 

C’est ainsi : avec le temps le queutard prométhéen prend de l’embonpoint et si le feu au pantalon – pour rester poli – brûle encore ce n’est plus des lueurs flamboyantes des Champs-Elysées à la nuit : il lui faut hypothéquer la rue de la Paix et venir en cure à la Chaux-de-Fond en Suisse, tout près du précipice, guérir la syphilis qui fait qu’on se morfond loin des chaudes propices.

 

Qu’on s’appelle Joseph Prunier ou Guy de Maupassant ne change plus rien à l’affaire, surtout si c’est le même homme qui morfle, surtout si c’est la même andouille qui douille.

 

Messieurs, un peu de sérieux ! Calmez vos spaghettis ! Surveillez donc l’endroit où vous posez vos nouilles ! 

21 mai 2024

Consigne d'écriture 2324-29 du 21 mai 2024 : Madame Le Lapin Blanc

 

Madame Le Lapin Blanc

 

Voici la liste des personnages d’« Alice au pays des merveilles » et de « De l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll :

 

Le lapin blanc – La souris – La chenille qui fume un narguilé assise sur un champignon – Le lièvre de Mars, le chapelier fou et le loir qui prennent le thé – Le chat du Cheshire qui disparaît en laissant son sourire derrière lui – La tortue à tête de veau – Les fleurs vivantes – La reine rouge – Tweedledum et Tweedledee – Le morse – Le charpentier – Le quadrille des homards – Le dodo – Humpty Dumpty (personnage en forme d'oeuf) – Le lion – La licorne – Le cavalier blanc – La duchesse – Le bébé qui se transforme en cochon – Les cartes à jouer qui peignent des roses blanches en rouge - Le griffon – Bill le lézard.

 

Voici une image extraite de l’album pour enfants « Madame le Lapin blanc » de Gilles Bachelet.

 

On y voit l’arrivée de Betty, fille de Madame Le Lapin Blanc, dans la classe de Madame Lelièvre.

 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

 

Voici le début de Madame Bovary, de Flaubert :

 

Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

 

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :

Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.

 

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

 

Mélangez le tout et faites parler l’image ou un personnage de l’image. Ou partez d’un détail pour nous emmener dans votre propre pays des merveilles.

14 mai 2024

Consigne d'écriture AEV 2324-28 du 14 mai 2024 : Dictées

 

Dictées (Pivot, Rollin, Mérimée)

 

 

 

 

On vous demande de remplacer au pied levé M. Bernard Pivot qui, victime d’un empêchement soudain, ne peut assurer cette semaine la dictée traditionnelle. A vous de la rédiger. Vous procéderez de la façon suivante :

 

1) Listez deux listes de dix mots français qui vous semblent présenter des difficultés orthographiques.

 

Une fois cela fait, prenez la première de vos listes et insérez tous les mots dans un seul texte qui pourra être aussi farfelu qu’une dictée loufoque de François Rollin (cf infra). Ajoutez toutes les difficultés que vous voudrez (assonances, homonymes, rimes, subjonctifs, accords de participes passés, mots de plus de quatre syllabes, etc.). Vous avez une demi-heure pour écrire cette dictée.

 

2) Puis confiez la deuxième liste à votre voisin·e de droite, recevez donc une deuxième liste de mots et composez une deuxième dictée sur le même principe avec les mots de votre voisin·e.

 

***

 

Si vous êtes en panne de mots compliqués, vous pouvez piocher dans la célèbre dictée de Prosper Mérimée ci-dessous :

 

Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.

 


Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.

 

Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut.
— Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

 

***

 

Dictée 35 Pas facile à dire / François Rollin

 

« L’abbé de Lattaignant avait raison : le mot est parfois pire que la chose. Ainsi, il est moins grave d’agir contrairement aux règles constitutionnelles que d’agir anticonstitutionnellement. Il est moins effrayant d’avoir peur de la constipation que d’être atteint d’apopathodiaphulatophobie. On peut vivre tranquillement avec la peur du nombre 666, mais pas avec l’hexakosioihexekontahexaphobie. Rien n’est perdu lorsque les spermatozoïdes sont un peu fatigués, mais tout est à craindre l’oligoasthénotératospermie, contre laquelle la vitamine B2 n’est d’aucune aide, même sous son nom de chlorure d’aminométhylpyrimidinylhydroxyéthylméthythiazolium. Un petit jet de gaz lacrymogène me fait pas peur, mais il en va autrement de l’orthochlorobenzalmalononitrile. Je n’aurais jamais utilisé de DDT si j’avais su qu’il s’agissait de dichlorodiphényltrichloroéthane. Bref. »

 

Dictée 21 Dictée pour les bébés / François Rollin

 

Montés sur leurs chevaux bais, l’abbé de Naples et le bey de Tunis restaient bouches bées devant la baie, de Tunis elle aussi.  Nimbés dans leurs trabées, inhibés tels des macchabées burkinabés, , ils hésitaient à appliquer leur plan B.

7 mai 2024

Consigne d'écriture 2324-27 du 7 mai 2024 : Exotisme breton

 

Exotisme breton

 

Vous visitez une ville inconnue. Que vous dit-elle d’elle-même ou du monde ? Que pouvez-vous inventer à partir des mots de la langue française – ou franglaise ! - qui y sont affichés ?

 

Insérez entre cinq et dix de ces formules dans un texte relatif à une déambulation, une visite, une aventure dans une ville autre que celle où vous résidez.

 

Le Michelet – Ni Dieu ni maître – Aucun lien ne se tisse avec la crainte de faire des nœuds – Auprès de mon arbre – Passage Georges Brassens – Le piano bleu – Just do paint – Quand avez-vous fait contrôler votre audition pour la dernière fois ? – Impasse du Ha ha – Mademoiselle Bloom – Les Délices – Les Apprêtés – Au chat botté – La Belle époque – Légèrement sucré – Alchimie – En aparté – Parce que c’est toi – Piment – Le P’tit creux – Paul et Emilie – La Tête noire – Le Gendre idéal – Les Dessous d’Agathe – Un moment unique, hors du temps – Les cocottes papotent – Bazar – Rue de la Croix au lait – Rue de la Tour aux chouettes – Eglantine – La Çédille [sic] – Au Chat jaune – Rue du Grand boulevard – Rue du Père Ange Le Proust – Chemin des Palefreniers – Le Cool – Dr Fred Le Voyeur – Villedeneuneu – La Fée des crêpes – Chez Camille et Margaux – Noir sur la ville – Ne pas lire tue – Au coeur de la rencontre – L’Ere de l’homme – Le Petit écuyer – Madame Prunier – Le jardin secret – La Flûte enchantée – Connemara queen – Chastronaute cherche chatellite – Chez Simonne – La pire des princesses – De minuit à quatorze heures - Mademoiselle Piplette – Tadam ! - Jolies trouvailles – Bretonne – Ça pue d’épier ! - Le Pain des rêves – Au chat noir – A l’ondée – Le Chapitre – Soleil couchant – Le Cri de l’ormeau – Je ne brise pas que les coeurs – Sortie non salée – Marguerite – Quenotte – Mi-figue mi-raisin – Qui écoute trop la météo reste au bistrot – Zen – Si tu as envie de rêver, vas-y, exagère ! - Il fait un temps à s’aimer – Diaspora – Au bonheur des dames – Le sans soucis – Le sang d’encre – Brut – Ty Gavroche – Le Farfadet – L’Enfance est un paradis – L’Air du temps

 

 

7 mai 2024

Exagère ! / Jean-Paul

 

Si tu as envie de rêver, vas-y, exagère ! Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe dans un terrier après s’être lancé à la poursuite d’un lapin blanc porteur d’une montre à gousset et d’un phylactère au-dessus de sa tête annonçant « Je suis en retard ! ».

 

Ne pas lire tue et toi tu ne risques pas de mourir parce que tu as très vite compris qu’il s’agit ici du jardin secret de monsieur Lewis Carroll. Mais de te retrouver là ça te fait un effet mi-figue mi-raisin. Dans le pain des rêves de l’enfance ce récit des aventures d’Alice est certes un moment unique, hors du temps, mais avec son humour noir sur la ville, la jelly anglaise qui recouvre le pays des merveilles ne rend pas vraiment zen le petit lecteur.

 

Maintenant qui sait si, dans la nouvelle version en réalité virtuelle qui t’est proposée sous forme d’"escape game" ou de séance de cinéma en 3D, tu ne vas pas rencontrer de bien pires créatures encore que Twiddledum et Twiddledee, la duchesse au bébé qui pleure et la reine rouge qui veut couper des têtes ?

 

Est-ce que tu vas rire seulement dans l’impasse du Haha ? Sachant que ce n’est pas « Ah Ah » mais « haha » et que ça change tout. Un haha est un rempart d’un mètre de hauteur destiné à arrêter l’élan des chevaux ennemis à l’assaut du château.

 

Si l’enfance est un paradis, peut-on s’y promener sans soucis si l’univers est imaginé par des adultes dont on ne sait rien?Il faut distinguer l’homme de l’oeuvre mais si l’on suspecte le prof de maths photographe d’être à ses heures pédophile, n’y a-t-il pas lieu de se faire un sang d’encre ?

 

Au chat jaune de Chester – ou du Cheshire – quel animal à tête noire va se substituer ? Qui t’attend dans la rue de la Tour aux chouettes? Il paraît qu’au soleil couchant, là où habite, au 15, la pire des princesses, on entend le cri de l’ormeau et que ça fait claquer des quenottes.

 

 

Tadam ! Shazam ! Tatatsin ! Dans la mythologie bretonne le farfadet qu’on appelle aussi korrigan va peut-être t’obliger à jouer de la musique toute la nuit. Quant à comprendre pourquoi celui qui t’alpague te prend pour un Italien…

 

- Fais-nous danser, Signore Gavroche ! Plaque des accords sur le piano bleu !

 

- Mais… je ne suis que guitariste ! Je vais forcément faire des fausses notes !

 

- Mais non, tu vas voir, c’est magique par ici. N’aie aucune crainte, Signore, on ne tisse pas des liens avec la peur de faire des nœuds ! Joue nous « Auprès de mon arbre » de Georges Brassens !

 

Et tu constates que c’est vrai. Sur l’ébène et l’ivoire tes doigts imprévisibles font des miracles, ils ont des jolies trouvailles pour orner de contre-chants « La petite marguerite » et toutes ces chansons de la belle époque (1950-1980)  du poète sétois.

 

Au bout de la nuit finissent les délices de la danse. Les korrigans te récompensent. Ils t’envoient rue du Grand boulevard. 

 

- Ça s’appelle « Chez Simonne », Signore, mais ça n’a rien à voir avec Yves Montand puisque c’est écrit avec deux « n ». D’ailleurs, son vrai nom c’est Ivo Livi !

 

- Tu diras que tu viens de notre part et qu’il fait un temps à s’aimer. Parce que c’est toi, parce que tu as la tête du gendre idéal, tu auras peut-être le droit d’accéder aux dessous d’Agathe, de goûter aux baisers légèrement sucrés de Mademoiselle Bloom ou au grand jeu de « Moscou-Moscou pas » de Madame Prunier.

 

En aparté, tu doutes. Et de fait, une fois rendu à l’adresse indiquée, aucune Églantine ne t’attend, aucun piment au rendez-vous. Tu ne trouves qu’une plaque de médecin : Fred Le Voyeur.

 

Un plaisantin a apposé dessous un autocollant sur lequel on peut lire « Ça pue d’épier ».

 

***

 

Etc. Etc. On peut alimenter le récit de ce rêve avec ce que l’on voit sur les murs peints de Saint-Brieuc : cette fille rouge la tête à l’envers, ces animaux qui essaient de décrocher une étoile, ce porteur de champignons, ce caméléon gigantesque…

 

***

 

Reste à y coller le mot « fin » sous forme d’une chute dans le Gouëdic depuis le viaduc prévenant, brut de pomme : « Sortie non salée ». Mais bon ça ne plaira pas aux acrophobes ! Est-ce en empruntant le chemin des palefreniers que tu retrouveras, de manière plus douce, ton écurie ou ton paddock. Paddock ?

 

Oui, c’est là qu’elle est la sortie, dans le passage Georges Brassens. Si tu as envie de te réveiller, exagère ! Convoque les fantômes de Georges !

 

« Mais,  foin des délices de Capoue,
C'était mon père criant : "Debout,
Vains dieux, tu vas manquer la messe !". 

 

2 avril 2024

Délits en pagaille / Marie-Thé

 

 

Sa voiture garée dans une rue tranquille le long du mur du Jardin des plantes, Arthur se dirige vers la salle des fêtes pour assister au festival du roman noir. Il veut écouter l’auteur de la série « Délits en pagaille », célèbre collection de polars publiés par l’auteur breton Pol-Elouen Kerzig.


Arthur a lu et relu le troisième tome,  « L’Inconnu de la Vilaine ». L’intrigue ressemble tellement à ce qu’Arthur a écrit dix ans auparavant sur son ordinateur qu’il se demande s’il n’a pas été piraté par un hacker professionnel.

 


Plusieurs auteurs de romans policiers sont présents pour parler de leur livre. Arthur pose la question  suivante à Pol-Elouen Kerzig :

 

- Comment vous est venue l’idée de la grande femme, presque géante, cambrioleuse, qui n’hésite pas à jeter un gêneur dans la Vilaine si elle est dérangée ou menacée ? Rien d’autre dans votre roman ne correspond à mes écrits. Cependant mon idée de départ vous a permis semble-t-il de continuer à développer l’intrigue, dit Arthur d’un ton sec !
 

- Cher monsieur, répond Pol-Elouen Kerzig, je connais une femme assez grande qui avait des gros problèmes financiers. Elle cambriolait la nuit dans les quartiers riches de sa ville. Elle s’est retrouvée en prison. J’ai eu connaissance par la presse de son histoire. Etant à la recherche de nouvelles idées pour mes romans, j’allais la visiter de temps en temps. Avec elle, nous imaginions des histoires abracadabrantes. A sa sortie de prison, trois ans plus tard, je la recueille à mon domicile et nous continuons à inventer ensemble des idées de polars. L’une d’elles m’a séduit particulièrement. Elle fait l’objet de ce roman. Par goût du risque, l’année dernière, elle se met dans la tête de réaliser à nouveau un cambriolage. Manque de chance, la voici de nouveau en prison. Bien sûr mon roman ne correspond pas tout à fait à ce qu’elle a vécu. Beaucoup de faits cités sont le fruit de mon imagination. Alors, cher monsieur, je n’ai jamais eu connaissance de votre histoire. Vous aussi l’avez peut-être imaginée après la lecture d’un fait divers dans un journal ? 

2 avril 2024

Extérieur nuit / Anne-Françoise

 

Les réverbères venaient de s’allumer, donnant le signal du départ à la violence d’une nouvelle soirée. Elle sentit quelque chose lui monter à la gorge, dans les oreilles puis dans la tête. C’était insupportable. Elle fila dans l’entrée, ouvrit doucement la porte et courut dans les escaliers. Marre d’être entre ces quatre murs, épuisée par le bruit, les portes qui claquent, les cris de son père, de sa mère et de ses frères aînés. Elle était effrayée par les bouteilles qui se brisaient, les accès de violence soudains et les coups de poing dans les cloisons.


Dans la rue, elle avait d’abord marché vite, presque couru, voulant s’éloigner rapidement de l’enfer dans lequel elle avait toujours vécu. Elle avait ensuite ralenti l’allure. Il y avait encore de la circulation sur le grand boulevard mais le ronronnement des voitures et le fin crachin qui ouatait l’atmosphère lui étaient rassurants. Elle repensa furtivement à là-bas, peut-être n’allaient-ils même pas s’apercevoir de sa disparition…


Elle bifurqua dans une rue tranquille. Elle frissonna : était-ce le froid de l’hiver ou la prise de conscience de ce départ impulsif ? Elle réalisa qu’elle n’avait rien pris d’autre que le blouson d’un de ses frères au moment de sortir. Elle poursuivit son chemin, plus lentement encore, voulant goûter à cette nouvelle liberté qui s’offrait là, maintenant. Elle se perdit dans la ville. Minuit était passé, il n’y avait maintenant plus personne dehors. Elle pensa : « J’ai 18 ans et 18 jours. Je suis majeure. Je ne retournerai pas là-bas. » Elle vit soudain des éclats de lumière bleue éclairer les murs dans la rue devant. Elle recula dans le noir près d’un camion garé. Les battements de son cœur s’apaisèrent de nouveau quand la rue retrouva son calme. Elle marcha longtemps. Elle arriva près d’une vieille maison en pierre. Il y avait en face une série de panneaux avec des flèches et des symboles qu’elle ne connaissait pas. Elle resta là à se demander quelle direction donner maintenant à sa vie. Elle chercha la réponse dans tous ces panneaux. Son chemin sera-t-il aussi compliqué que ça ? Derrière, il y avait de grandes caisses en carton. Elle en choisit une et se pelotonna à l’intérieur. Le froid l’empêcha de dormir. Elle marcha de nouveau.


Elle croisa un homme qui promenait son chien. Il la salua, la dévisagea et lui proposa de prendre un café au bar qui venait d’ouvrir. Elle accepta. Il lui porta sa tasse jusqu’à la table au fond de la salle où il l’avait invitée à s’asseoir. Il ne l’accompagna pas mais paya au comptoir et repartit. Elle apprécia le parfum et la chaleur du café qui se diffusa dans tout son corps, dégusta le petit biscuit, sentit la douceur et le moelleux de la banquette en velours sur laquelle elle était assise. Elle continua à tourner la petite cuillère fine et légère dans la tasse pour saisir un peu la crème sur les rebords et prolonger encore le moment… 


Elle regarda ses mains, ses doigts aux ongles rongés et au vernis à ongles écaillé. Elle vit des traces de rouge à lèvre sur le rebord extérieur de la tasse… Non, ce rouge la renvoyait au sang et à la violence qu’elle ne connaissait que trop. Elle n’en voulait plus, ne voulait plus se cacher derrière ces artifices pour donner l’illusion que tout allait bien pour elle. Désormais, elle serait naturelle. Cette décision lui procura de l’assurance. Elle se leva, confiante, et sortit du café… 
 


 

12 mars 2024

Sportifs en devenir-course / Anne-Françoise

 


La piste de course est rudimentaire : il y a semble-t-il des gravillons sur le sol et les couloirs ne sont pas bien tracés. De simples poteaux sur les côtés ont été placés à une distance de 25 mètres les uns des autres. Vu l’angle de la photo, on ne peut distinguer ni la ligne de départ ni celle d’arrivée. Mais tout cela n’a pas empêché le garçon de courir.

 


Il est parti rapidement, aussitôt que le starter a déclenché le départ. Il jubile au moment de franchir la ligne d’arrivée où se trouvent ses parents. Papa encourage, maman garde les yeux rivés sur le chrono. C’est le meilleur temps qu’il ait jamais réalisé.


La tenue vestimentaire n’est pas très académique : gilet et quelque chose d’indéfinissable qui fait plutôt penser à une jupe ou à une robe. Pour l’instant ne figure aucun sponsor. On ne retrouve ni les 3 bandes blanches d’Adidas ni la virgule de Nike sur les chaussures qui ne ressemblent pas vraiment à des chaussures de sport.

 

Pour quels J.O. ce garçon s’entraînait-il si tôt ?


Est-il devenu un grand sportif ?


A-t-il poursuivi ses efforts durant son enfance et son adolescence pour arriver parfaitement prêt le jour J pour LA course, finalité de toute sa vie ?


A-t-il décroché une médaille ?


Ses parents ont-ils poursuivi leur carrière d’entraîneurs auprès d’autres sportifs ?


Qu’est devenue cette piste de course que l’on voit sur la photo ? Est-elle aujourd’hui stade olympique ?

 

Difficile de répondre à toutes ces questions. Nulle indication de date, de lieu ni de personne au dos de la photo…


Une certitude : sur le visage de cet enfant, le sport génère bien des émotions !

26 mars 2024

Les Atouts du tarot / Anne-Françoise

 

Il peint.
Il peint la ronde des saisons.
Il peint de la naissance au dernier souffle.
Il peint les hommes, les femmes, les enfants.
Il peint la campagne et la ville.
Il peint le matin, l’après-midi, le soir, la nuit.
Il peint les pauvres et les riches.
Il peint les activités humaines.
Il peint les éléments.
Il peint les arts.
Il peint et se laisse traverser par tout ce qui l’entoure.

 


Ce matin-là, il a posé son chevalet au bord d’un champ. C’est l’été. On coupe le foin, on le tourne et le retourne pour le faire sécher avant de le mettre en meules. Le travail est long et fatigant sous le chaud soleil. Bientôt, le faucheur et les faneuses feront une pause, masseront leurs épaules et leurs dos endoloris. Ils iront prendre dans le panier une bouteille pour se désaltérer. Ils boiront directement au goulot. Puis l’homme reprendra sa faux et les femmes leurs fourches avant que l’église au loin sonne l’heure de midi. Elles s’éventeront avec leurs chapeaux de paille à larges bords. Il enlèvera lui aussi son chapeau et essuiera la sueur de son front sur son bras de chemise. 

 

L’après-midi, le peintre reviendra vers la ville. 
Il entrera dans l’enceinte du champ de courses et se dirigera vers les tribunes couvertes. Il ne cherchera pas d’abord à peindre les chevaux et les jockeys mais s’attardera à observer ces dames et messieurs de la bonne société. Eux aussi portent des chapeaux, bien différents de ceux du matin : hauts de forme, chapeaux melon ou bibis à fleurs. Tandis que les jockeys s’échineront à cravacher leurs montures, ces messieurs parleront affaires et ces dames braqueront discrètement leurs jumelles vers d’autres hommes que leurs maris. La clameur et l’agitation dans les tribunes du niveau inférieur iront crescendo jusqu’à la ligne d’arrivée de la course. De la tribune présidentielle, on jettera à peine un coup d’œil au cheval gagnant…

 

Le peintre rentrera chez lui. Il méditera sur toutes ces vies si différentes, sur l’argent gagné laborieusement et celui dépensé ou acquis avec facilité. Il reverra les mains rougies d’une faneuse et la poussière sur ses pieds. Il se rappellera le parfum d’une femme bien vêtue. Il réentendra le souffle du foin sous la faux et les clameurs dans les tribunes.

 

Il pensera au bonheur aussi. Est-il ici ou là ? Et lui dans tout ça ? Pour qui, ses tableaux ? Pour ces paysannes surprises de se voir sujets de peinture ? Pour ce public qui lui tournait le dos et qui n’a pas daigné venir jeter un coup d’œil à ce qu’il peignait ? 

 

Il n’aura pas de réponses à tout ça. Demain, il ira poser son chevalet ailleurs, là où le vent le portera. Il saisira la beauté, l’incongruité, les difficultés, les joies, les doutes, tout ce qu’il reconnaîtra comme faisant partie de sa propre vie. Il les couchera sur sa toile.

 

Au dernier jour de sa vie, il ira dans son atelier. Il prendra le temps de regarder tous ses tableaux. 

 

Enfin, il fermera les yeux, fatigué d’avoir tant regardé.
 

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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