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L'Atelier d'écriture de Villejean
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6 mai 2025

Message à l'Ankou / Anne J.

 

- Bonjour, je voudrais parler à l'Ankou.

 

- C'est à quel sujet ?

 

- C'est pour parler de la mort et des morts, de tous les morts de ce monde.

 

- Ah je vois, c'est effectivement le bon endroit ; je vais voir si l'Ankou est disponible. C'est assez rare qu'on l'appelle au téléphone ; en général on n' apprécie pas de le fréquenter et on ne cherche pas à le contacter.

 

- Hum hum !

 

- Vous avez de la chance, si on peut dire : il vient juste de rentrer de sa tournée , je vous le passe !

 

- Vous souhaitiez me parler ?

 

- Oui , je voulais vous parler de ce qui se passe aujourd’hui dans le monde : rien ne va plus. Née et élevée en Bretagne où je réside toujours, j'ai toujours entendu parler de vous. Je sais depuis mon enfance que vous venez, avec votre charrette grinçante, votre cheval famélique, habillé dans une grande cape noire et armé de votre faux pour prendre les âmes des vivants ; parfois vous arrivez sans prévenir , c'est vrai mais souvent on sait que vous arrivez car on entend le grincement des roues à la nuit tombante ou au petit matin et on a le temps de dire ses dernières prières, de dire adieu à sa famille. Il arrive même que vous veniez dire à l'infortuné qu’il lui reste encore une semaine ou un mois à vivre mais là, on se demande ce qui se passe…

 

- C'est à dire ? Vous trouvez que je fais mal mon travail ?

 

- Je trouve surtout que vous déléguez le travail à de bien mauvaises personnes ! Je comprends que vous ne pouvez pas tout faire mais…

 

- C'est vrai, j'ai besoin d'un peu d'aide.

 

- Un peu d'aide ! Et pas mal de technologie ! Ce petit oligarque à moitié chauve, aux yeux globuleux qui lancent 250 drones par jour sur des pauvres gens réfugiés dans leur cave ou dans le métro ou qui balance des bombes du siècle dernier, soviétiques je crois, sur des immeubles d’habitation, c'est sûr ça fait le boulot mais faut voir le résultat !

 

- Je vous l'accorde, il dépasse un peu mes prévisions

 

- Et ce petit gros bedonnant avec une soucoupe sur le crâne ! Lui aussi , il dépasse vos prévisions ! Champion toutes catégories dans la bande de Gaza ! Vous êtes sûr d'avoir encore le pouvoir sur lui ? Il ne serait pas temps de lui envoyer la charrette et le cheval noir ? Facile, un grand coup de faux et hop, bon débarras ! Vous avez vu ce qu'il fait ! Et lui il ne prévient pas avant de tuer des douzaines de pauvres enfants… Vous n'en avez pas assez d'entasser des marmots, des femmes, des jeunes dans votre carriole ? Avant vous vous en preniez aux vieux qui avaient fait leur temps et aux vieilles qui radotent.

 

- C'est vrai, c'est vrai.

 

- Et d'ailleurs je me le demande : l'Ankou pourrait-il être une femme ? Ou un transgenre ? Ça ne plairait pas à l'autre fou avec sa mèche jaune mais ça pourrait peut être régler ce chaos ?

 

- Bonne idée, on va y penser… mais Dieu, Satan, le pape, ce sont aussi tous des hommes !

 

- Est ce là l'origine du problème ?

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22 avril 2025

V comme ville / Adrienne

 

 

– Une des choses que je regrette, dit Renaat, c’est que maintenant avec les GPS plus personne ne s’arrête pour te demander la route. J’aimais bien, moi, ces instants où tu papotes avec un inconnu et que tu l’aides à trouver son chemin.

 

Ça fait bien rigoler Madame.

 

D’abord, parce que même dans sa propre ville, elle avait toujours un énorme travail cérébral à fournir pour essayer de savoir où, à peu près, se situait la rue demandée, et aussi comment y arriver en auto – car ce n’est pas du tout le même chemin qu’on prend quand on va à pied !

 

De plus, il faut bien suivre sa gestuelle, parce que si elle vous dit de tourner à droite mais tend son bras gauche, c’est le bras qu’il faut écouter 😉

 

– Rue Perdue… rue Perdue… se répète-t-elle en essayant de se rappeler où ça se trouve – pour elle toutes les rues sont perdues.
Sauf celles des lieux de son enfance, évidemment.

 

L’autre jour, on sonne à sa porte.
Une dame lui explique qu’elle n’habite pas depuis très longtemps en cette merveilleuse petite ville (les adjectifs sont de l’Adrienne ;-)) et qu’elle cherche une manucure pour se faire soigner les ongles.

 

– Vous comprenez, dit-elle, je les ronge.


– Ah ! réfléchit notre spécialiste des rues perdues, comme vous pouvez le constater, mes mains n’ont jamais vu de manucure, mais on doit bien en avoir une ou deux par ici…

 

Puis elle se rappelle qu’en allant à la gare, elle a vu qu’il y avait ce genre d’endroit dans cette zone-là.

 

– C’est sur votre droite en direction de la gare, dit-elle à la dame, en y joignant le bon geste.


– Donc c’est à la rue de la Gare ?


– Euh…

 

Voilà ! Elle sèche !
Est-ce déjà la rue de la Gare, à cet endroit ?

 

Non, évidemment non, vérification faite.

 

Alors, tout comme l’aviateur qui regarde les étoiles en se demandant si le petit Prince a retrouvé sa planète, l’Adrienne se demande si la dame a trouvé sa manucure.

 

***


Photo d’illustration : c’est à la longueur des ongles de l’Adrienne qu’on peut voir qu’elle a abandonné le piano…

22 avril 2025

Les Traces du rongeur / Lilousoleil

 

Peu importe que vous n’ayez pas lu les premiers chapitres vous allez vous retrouver même sans GPS.

 

Chapitre 4 – Les traces du rongeur

 

 

Le commissaire Luc Arne tira sur sa cigarette, appuyé contre la vitrine embuée de La Souris Gourmande, une pâtisserie qui avait plus de secrets sous ses viennoiseries qu’une bibliothèque municipale. Le parfum entêtant du sucre cuit flottait dans l’air, tranchait avec l’amertume de la scène qu’il venait de quitter.

 

À l’intérieur, une jeune serveuse tremblante, les mains couvertes de farine, répétait pour la quatrième fois la même chose :

 

— Il est juste… entré. Il avait un tatouage, là, un rat, sur le cou. Il a commandé Baisers de et deux Idéals de Chaumont et une tartelette aux figues. Puis il est reparti, sans payer… mais ce n’est pas ça le pire.

 

Arne haussa un sourcil. Elle poursuivit, les yeux écarquillés.

 

— Il a laissé un paquet. Dans la vitrine. Avec… un doigt.

 

Le commissaire n’avait pas besoin d’en entendre plus. Cela faisait trois jours qu’il poursuivait Le Rat Tatoué, un surnom donné à un petit malfrat devenu soudainement beaucoup plus dangereux que la moyenne, depuis qu’un notaire avait été retrouvé étranglé avec un ruban en satin rose rue du Petit Cupidon.

 

Une heure plus tard, Derville descendait la rue des Trois Marie, ses chaussures claquant sur les pavés luisants. Il passait en revue les dernières étapes du fugitif : l’ombre avait été vue place de la Baleine, déambulant entre les étals du marché nocturne, achetant des fruits secs et un coupe-papier en forme de harpon. Quel rapport avec le doigt ? Aucun. Peut-être. Rue de la Ré, il s’arrêta dans un café tenu par une vieille connaissance, le genre qui avait un flair de limier sans jamais avoir mis les pieds dans une école de police.

 

— T’as entendu parler de ce type avec le tatouage de rat ? demanda Arne.

 

— Il était là hier soir. Il demandait un renseignement bizarre… Il voulait savoir comment se rendre aux Petites Pépites, tu sais, ce club de jazz bizarre dans la rue du Coin, celui qui n’ouvre que les soirs de pleine lune…

 

Le puzzle prenait forme, tordu mais logique. Le Rat Tatoué n’était pas qu’un voleur, c’était un type qui préparait quelque chose. Chaque lieu visité laissait une empreinte, un indice minuscule.

 

Luc Arne savait ce qu’il lui restait à faire ce soir. Il écrasa sa cigarette contre le trottoir, jeta un regard vers le ciel où la lune commençait à pointer, ronde et blanche.

 

Ce soir, à nous « les petites pépites » marmonna t-il dans sa barbe avec un sourire de requin !

 

 

22 avril 2025

Rue Prémar / Marie Sylvie

 

 

CHAPITRE 2  - L'ENFANT DE LA RUE PRÉMAR

 

Le 61 rue Prémar, à l'angle de la rue de l'Évent, baignait dans une lumière blafarde, projetée par les gyrophares des voitures de police. À l'intérieur du pavillon Le Chaperon Rouge, l'horreur s'était installée.  Un couple, un dentiste respecté et sa femme secrétaire médicale, gisaient sans vie, victimes d'une violence indicible.

 

Au milieu de cette scène macabre, un enfant de huit ans dormait blotti contre les corps de ses parents. Son visage paisible malgré l'atrocité environnante trahissait un état de choc profond. L' inspecteur Clairemont, le regard sombre,  s'accroupit près de l'enfant.

 

- Il ne réalise pas encore !" murmura-t-il, plus pour lui-même que pour ses collègues. 

 

Avec une douceur inhabituelle, il souleva l'enfant et l'emmena à sa voiture stationnée rue des Trois Écritoires. Là, il l'installa sur la banquette arrière, enveloppé dans une couverture. 

 

- Reste ici, petit. On va s'occuper de toi, dit-il d'une voix apaisante, bien qu'il sache que les mots ne suffiraient pas. Le Service Spécialisé de l' Enfance était en route mais Clairemont ne pouvait s'empêcher de se demander : Pourquoi ce couple ?  Pourquoi cet enfant ? 

 

☆☆☆

 

L'inspecteur Clairemont, le visage marqué par la fatigue, fit signe au Service de l'Enfance d'approcher. 

 

- Il est dans ma voiture, sur la banquette arrière, dit-il d'une voix rauque. Mais lorsqu'il ouvrit la portière, un frisson glacial parcourut son échine. La couverture était là, soigneusement pliée mais l'enfant avait disparu. 

 

- Qu'est-ce que... ? murmura Clairemont, son regard balayant frénétiquement les environs. Les agents sur place cessèrent leurs activités, alertés par l'urgence dans sa voix. 

 

La rue Prémar, si calme quelque instant plus tôt, semblait soudain regorger de recoins sombres et de secrets.

 

- Comment un enfant de huit ans avait-il pu disparaître sans que personne ne le voie ? pensa Clairemont,  son esprit déjà en train de reconstituer les possibles scénarios. 

 

☆☆☆ 

 

La tension montait alors que l'inspecteur Clairemont interrogeait les voisins, leur demandant s'ils avaient vu l'enfant. Les réponses étaient unanimes et déconcertantes : personne n'avait jamais vu un enfant au 61 rue Prémar. Ce quartier La Broche-à-Rôtir était surtout peuplé de célibataires et de couples sans enfant. 

 

- Ce couple n'avait pas d'enfant, affirma une voisine perplexe. 

 

De retour à l'intérieur du pavillon,  l'équipe fouilla minutieusement chaque pièce. Pas de chambre d'enfant, pas de jouets, pas de vêtements. Même les albums photos semblaient conspuer l'existence de ce garçon. Rien, absolument rien, ne suggérait qu'un enfant avait vécu ici. 

 

Clairemont, troublé, s'arrêta dans le salon. Les murs froids semblaient murmurer des secrets qu'il ne parvenait pas à saisir. Qui était cet enfant ? Pourquoi dormait-il auprès de ces corps mutilés ? Et pourquoi semblait-il s'être évaporé comme un fantôme ?

 

Alors qu'il réfléchissait, un agent s'approcha,  tenant un carnet trouvé dans un tiroir. Sur la dernière page, griffonnée à la hâte, une phrase glaçante semblait répondre au mystère :

 

" L'enfant est la clé mais il n'existe pas " 

 

☆☆☆

 

L'inspecteur Clairemont, plongé dans ses notes, fut interrompu par son collègue l'inspecteur Varnier, nouvellement muté du quartier Retour O Kalm. 

 

-" Je crois que j'ai déjà vu cela, " dit-il, sa voix grave résonnant dans la pièce. 

 

Clairemont leva les yeux, intrigué :

 

-" Vu quoi ?" 

 

Varnier posa un dossier sur la table :

 

- Il y a trois ans, dans une petite ville du sud, à Trois Pavés Ronds, un couple a été assassiné de manière similaire. Sauvagement, à l'arme blanche. Et sur les lieux, rue Croque-Bedaine, un enfant, traumatisé, retrouvé blotti contre les corps. Mais avant que nous puissions l'interroger au poste de police, ruelle du Chat-Noir, il a disparu. Comme ici à Foire-le-Roi.

 

Le silence s'installa, lourd et oppressant. Clairemont feuilleta le dossier, ses yeux s'arrêtant sur une photographie de la scène de crime. Les similitudes étaient troublantes.

 

- Et cet enfant ? Vous avez trouvé qui il était ?

 

Varnier secoua la tête :

 

-" Non. Pas de trace, pas d'identité. Comme si il n'avait jamais existé. " 

 

☆☆☆

 

Le rapport du médecin légiste révéla une vérité aussi dérangeante qu'inattendue. Les corps des victimes contenaient une dose massive de somnifère, suffisante pour plonger n'importe qui dans un sommeil profond. Le commissaire posa une main tremblante sur son bureau :

 

- Et si l'enfant... avait prémédité tout cela ? murmura-t-il. 

 

Clairemont, incrédule, fixa son supérieur. 

 

- Un enfant de huit ans ? Vous pensez qu'il aurait administré les somnifères, attendu qu'ils s'endorment et ensuite... ? 

 

Le commissaire hocha la tête, son regard sombre :

 

- Et ensuite, les aurait poignardés. Encore et encore, jusqu'à ce que l'épuisement le rattrape.

 

L'idée semblait irréelle mais les faits étaient là. Clairemont sentit un frisson parcourir son échine. 

 

- Si c'est vrai,  alors cet enfant est bien plus qu'un simple témoin. Il est au cœur de quelque chose de bien plus sombre ." 

 

☆☆☆

 

Des années s'étaient écoulées depuis le drame du 61 rue Prémar mais l'affaire n'avait jamais été résolue. Les photographies des corps mutilés et l'image de l'enfant disparu hantaient encore l'inspecteur Clairemont. 

 

Cette nuit-là, dans son commissariat place du Écouter-Voir , une enveloppe fut glissée sous sa porte. À l' intérieur, une seule feuille :

 

"Vous ne me trouverez jamais mais moi je vous vois"

 

Le commissaire entra, livide :

 

- Clairemont, il y a eu un nouveau meurtre. Même mode opératoire. Même rue. 

 

Clairemont sentit son sang se glacer.

 

- Rue Prémar ? murmura-t-il. 

 

Le commissaire acquiesça. 

 

- Oui. Et cette fois encore... on parle d'un enfant.

6 mai 2025

Cucendron ou le lipogramme en "a" / Lothar

 

Écrire sans ‘a’ est badin en français. Mais tout de même, j’ai décidé de tenter l’exercice. On est pas tous Georges Perec (tiens il y avait un atelier sur des Georges, il y a peu) mais bon… c’est enrichissant d’essayer.

À moi, petit conte de plus de deux mots sans un seul « a » !!!!

 

***

 

Cucendron

 

Un jour, une fois, un keum gentilhomme s’encoiffe tout en démesure et s’épouse en noces secondes une michetonne, le genre d’éhontée meuf top trop drôlesse, des plus fières et des plus bégueules qu’oncques nous eûmes vues. Ici. En cette contrée. Elle emmène en prime deux filles de son humeur, et qui lui kiffent durement en toutes choses. Et son Jules, le bougre d’homme, prend soin de son côté d’une jeune fille, sienne, qui inversement sémille en toute chose en une douceur et en une bonté hors ligne ; elle tient ceci de son ex exquise feue mère, qui fut l’une des meilleures et l’une des plus frisquettes femmes du monde.

 

Les noces ne sont plus tôt terminées que l’ignoble belle-mère explose de son humeur immonde ; délétère ; elle ne peut souffrir les bonnes dispositions de cette jeune donzelle qui rendent ses deux péronnelles encore plus merdeuses. Elle lui donne en servitude les besognes les plus viles du logement : c’est elle qui nettoie les plonges et les montées, qui frotte le dortoir de Super Belle-mère et ceux de mesdemoiselles ses filles. Elle couche sous les toits de l’inesthétique demeure en un joli brol d’un sordide grenier, sur le pire des pieus, une litière, une bordille, comme ses sœurs se reposent sur des bois cirés où elles ont des lits des plus mode et des miroirs où elles se voient et se mirent bellement tout entièrement.

 

L’indigente mendigote souffre tout droitement et n’ose rien seriner pour son drôle de père de peur d’être grondée, comme son ébouriffée de femme le goupille entièrement. Son indigne besogne une fois terminée, elle se prostre en coin de cheminée et se pose sur les cendres, ce qui donne qu’on l’interpelle communément en tout le logis comme « Cucendron ». Oui, Cucendron. Vous lûtes bien. Benji-minette, qui n’est point si infecte que son hérissonne Première-née de sœur, crie plutôt « Cendrillon » ; or Cendrillon, sous ses horribles frusques, ne concède point d’être cent fois plus belle que ses sœurs, quoique elles vêtues somptueusement.

 

Il vient un jour, une fois, que le fils du Roi donne une reve, et qu’il y invite confidemment toutes les personnes de prestige du Bourg – il l’exige et l’ordonne – ; nos deux demoiselles en sont bien sûr invitées, en effet elles font si belle figure pour les gens du bled. Du coup, elles sont bien cools et trop occupées pour choisir les fringues et les coiffures qui leur siéront le mieux ; nouvelle peine pour Cendrillon, en effet c’est trop elle qui défripe le linge de ses esbrouffeuses de sœurs et qui godronne leurs poignets : on tripe, on ne discute plus que du style choisi pour se mettre sur son trente et un.

 

– Moi, dit l’insolente Première-née, je mets mes vêtements de velours rouge et mes ornements norvégiens. »

 

- Moi, dit l’excessive Dernière-née, je ne porte qu’une jupe toute simplette ; sinon, en sus, nesciemment, je mets mon poncho de vison et de fleurs d’or, et mes ceintures de pierres précieuses qui ne seront point des plus indifférentes »

 

…/…

 

 

 

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6 mai 2025

Le Mystère des lucioles de la Vilaine / Marie Sylvie

 

 

Éloïse, une petite fille curieuse et rêveuse, habite au bord de la Vilaine. Elle aime observer la nature et écouter les histoires que lui raconte sa grand-mère. Elle apprécie de se promener le long de la Vilaine avec Mémé Augustine qui elle, conteuse talentueuse, connaît les secrets de la ville et de la rivière. 

 

Un soir d'été, alors que le soleil commençait à se coucher et que les premières étoiles scintillaient, Éloïse remarqua de minuscules lumières flottant au-dessus de l'eau. Elles n'étaient pas comme les lucioles ordinaires, elles avaient une douce lueur multicolore et semblaient danser en harmonie. 

 

- Mémé, regarde ! Qu'est-ce que c'est ? " demanda Éloïse, le yeux brillants de curiosité.

 

Mémé Augustine sourit mystérieusement.

 


- Ce sont les lucioles de la Vilaine, ma petite.  On dit qu'elles sont faites des rires des enfants, des doux secrets des amoureux, des rêves des artistes de la ville... Chaque fois qu'un moment de bonheur éclaire le cœur d'un Rennais, une nouvelle luciole apparaît. "

 

Depuis quelques temps, Éloïse avait remarqué que les lucioles devenaient moins nombreuses et leur éclat moins vif. Les rires des enfants lui semblaient moins joyeux, les musiques de rue moins entraînantes. Elle s'inquiétait :

 

- Mémé, pourquoi les lucioles sont-elles tristes ces temps-ci ? "

 

Mémé Augustine soupira lentement :

- Il arrive parfois que les soucis et la tristesse de la ville obscurcissent un peu leur lumière, ma puce. Mais même la plus petite étincelle peut raviver une grande flamme. "

 

Intriguée, Éloïse décida de percer le mystère des lucioles tristes. Une nuit, au clair de lune, elle retourna seule au bord de La Vilaine. Elle ferma les yeux et écouta attentivement le murmure de l'eau. C'est alors qu'elle entendit une voix douce et mélancolique :

 

- Les souvenirs s'estompent... la joie s'éloigne..." .

 

Éloïse ouvrit les yeux et aperçut une légère brume argentée au-dessus de l'eau. C'était Finn, l'esprit de la rivière, enfin visible pour elle grâce à la pureté de son cœur. Finn est gardien des petites lumières magiques qui illuminent parfois les berges la nuit. Ces lucioles sont les souvenirs joyeux des habitants de Rennes. 

 

Finn expliqua à Éloïse que les lucioles perdaient de leur éclat parce que les habitants de Rennes oubliaient de partager leurs joies et leurs espoirs. Ils étaient trop pris par leurs soucis quotidiens.

 

Ensemble, Éloïse et Finn imaginèrent un plan. Éloïse alla raconter aux enfants de son quartier de merveilleuses histoires, les faisant rire aux éclats. Elle encouragea les musiciens de rue à jouer des mélodies entraînantes et les artistes à peindre des couleurs vives sur les murs. Elle rappela aux amoureux l'importance des gestes tendres. 

 

Peu à peu, comme une douce contagion, la joie revint dans les rues de Rennes. Les rires des enfants résonnèrent, les musiques entrainèrent les passants et les couleurs égayèrent la ville. Et au fil des jours, les lucioles de La Vilaine se mirent à briller de plus en plus fort, illuminant les nuits de leur éclat magique.

 

Mémé Augustine sourit à Éloïse alors qu'elles admiraient ensemble la rivière scintillante.

 

- Tu vois, ma petite, le bonheur se partage et se multiplie. Même la plus petite action de joie peut illuminer le cœur de toute une ville. ".

 

MORALITÉ :

 

Nos émotions, qu'elles soient joyeuses ou tristes, ont un pouvoir. Cultivons la joie pour que la lumière de nos vies ne s'éteigne jamais. 

6 mai 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-27 du 06-05-2025 : Festival de contes

 

Festival de contes 

 

1) A partir de la liste fournie ci-dessous, il est demandé d’imaginer le nom d’un festival de contes qui aura lieu en 2026 à Rennes. Merci de faire au moins cinq propositions. Cette partie de l’atelier est obligatoire.

 

2) A partir des propositions recueillies et de cette même liste, il vous est demandé d’imaginer la prise de parole d’un ou plusieurs des personnages de la colonne 2 relativement à ce festival. Soit ils veulent à tout prix figurer sur l’affiche, se faire entendre, qu’on raconte leur histoire, qu’on les mette en vedette. Soit au contraire ils refusent d’être mêlés à ce projet, soit ils ont à se plaindre de la présence de X ou à dénoncer les agissements de Y.

 

3) Vous pouvez également, à partir de tout ceci, écrire ou réécrire un conte ou tout ce que vous voulez.

 

Liste de mots relatifs au conte

Personnages

Objets ou lieux

Lieux ou concepts

bizarre

Clio

comptine

conte

conteur

conteuse

contou

devinette

écoute

enfance

épreuve

étrange

fictif

folklore

griot

héritage

histoire

il était une fois

imaginaire

initiation

légende

magique

mentou

merveilleux

morale

mots

mythe

narratif

oral

oralité

palabre

parole

populaire

propager

rêve

rêveurs

saga

transmission

voyage

Aladin

âne

Ankou

Barbe bleue

Cendrillon

Chaperon rouge

chat botté

cheval

cochon

cordonnier

crapaud

diable

dragon

enchanteur

enfant

frères

grenouille (guernette)

Hansel et Gretel

Jack

korrigan

lièvre

lion

loup

lutin

magicien

marâtre

métisse

nain

ogre

oiseaux

ours

petite sirène

poule

prince

princesse

reine

renard

roi

Soeur Anne

sœurs

sorcière

troll

voleurs

anneau

baguette

balai

bois dormant

bottes

bouche

boule de cristal

caillou

carrosse

chapeau

chaudron

citrouille

clé

coeur

épée

fuseau

grain de riz

Haricot magique

harpe

lampe merveilleuse*

livre

lune

miroir

or

oranger

oreille

pain d’épices

pantoufle

petit pois

pomme

porte

potion

soupe

arbre

aventure

bal

bois dormant

bonheur

bonheur

château

chemin

clairière

conseil

désir

disparition

enchanté

épreuve

escapade

esprit

étiologie

étoile

forêt

grotte

hameau

jardin

maison

métamorphose

Mort

peuple

rire

sept lieues

sourire

surnaturel

 

 

13 mai 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-28 du 13-05-2025 : Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte

 

Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte

 

1. C’est le soir de Noël. Il neige sur la petite ville qu’habite Marinette. Les invités sonnent à l’entrée du pavillon.

 

2. A l’intérieur Marinette est aux fourneaux. C’est donc Mirabelle, sa fille de douze ans, ado accro au téléphone portable, qui va ouvrir la porte.

 

3. Échange de bises de Marinette avec sa belle-sœur Samantha accompagnée de son mari Ludovic et surtout de leur adorable bébé que Mirabelle a surnommé « Bigorneau ». On ne la voit pas sur l’image mais la belle-mère de Marinette, maman de Samantha, Mamita, est aussi de la fête.

 

4. Tout le monde a pris place dans le salon. C’est champagne pour l’apéro. Mirabelle a replongé dans ses applis. On voit que Mamita est d’origine indienne.

 

5. C’est l’heure du plat de résistance. Marinette amène sur la table un plat fumant.

 

 

6. Le bébé a faim. Samantha reste à table pour lui donner la tétée. Mirabelle semble contrariée par la durée de ce repas familial… ou par autre chose.

 

7. Tandis que Ludovic monte coucher le petit Bigorneau Marinette invite Samantha à jouer du piano.

 

8. Les deux femmes chantent pendant que Mamita amène les assiettes pour le dessert. Il y a un cadre sur le dessus du piano.

 

9. Ludovic est redescendu. En compagnie de Mamita, il applaudit Samantha qui les salue en s’inclinant comme le font les artistes. Marinette, restée devant le cadre, verse une larme.

 

10. On retourne à table pour le dessert. Marinette amène depuis la cuisine un magnifique fraisier. Mirabelle est retournée à son smartphone au bout de la table.

 

11. Mon Dieu ! Marinette a trébuché. Le gâteau n’est pas tombé sur le sol mais elle s’est écrasé la figure dans un coin de la pâtisserie posée à temps sur la table .

 

12. Devant les invités effarés, la mère et la fille règlent leurs comptes. C’est violent.

 

13. Marinette à bout de nerfs est sortie pleurer sous la neige au fond du jardin. Samantha lui amène sa part de gâteau. Joyeux Noël quand même !

 

***

 

Il s’agit d’une œuvre collective à constituer.

 

Vous êtes chargé·e de transformer le scénario ci-dessus en une nouvelle littéraire.

C’est le personnage de Marinette qui raconte toute cette suite d’événements d’un moment familial. C’est donc un « je » qui raconte.

A partir des images publiées temporairement ici

 

https://argentiquites.canalblog.com/2025/05/quatre-reveillons-de-noel.1-marinette-raconte.html

 

vous écrivez un des épisodes que le hasard vous a attribué en étant le plus précis possible dans vos descriptions et dans la psychologie que vous prêterez aux différents personnages.

 

Pour l’écriture en ligne, choisissez ce qui vous inspire dans les treize situations et faites de même. Racontez-en autant que vous le souhaitez. Gardez à l’esprit que le résultat final sera publié SANS LES IMAGES (ou sans ces images-là) !

13 mai 2025

Le Carillon de l'espoir / Marie Sylvie

 

Le carillon de l'église, un " Ding Dong " mélancolique dans la nuit profonde, portait l'écho des guirlandes lumineuses qui serpentaient dans les rues enneigées. Les flocons tombaient doucement, comme ceux qui voltigeaient autour du clocher sombre qui dominait le petit village endormi. Pour certains, ce son annonçait la chaleur des foyers animés, des rires derrière les fenêtres décorées. Mais pour moi, assise sur ce banc public, emmitouflée dans des couvertures usées, il sonnait le glas de la solitude. La neige, si belle et festive pour les familles réunies que j'apercevais parfois passer, n'était pour moi qu'un voile froid sur mon désespoir. Le tintement des cloches me rappelait cruellement  la chaleur d'un intérieur accueillant,  si proche et pourtant si inaccessible. 

 

Soudain, une lumière chaude apparut à une fenêtre d'une des maisons aux toits chargés de neige. Une silhouette blonde se dessina un instant puis disparut. Un instant plus tard, la porte en bois d'une petite cabane apparut ouverte et une femme s'avança dans la nuit. Son visage, doux et empreinte de compassion, contrastait avec la dureté du froid et la pénombre de la nuit étoilée. Elle portait une écharpe violette autour du cou et tenait dans ses mains une assiette, et une douce odeur sucrée flottant dans l'air. 

 

Elle s'approcha timidement et me tendit l'assiette. 

 

- Tenez, dit-elle d'une voix douce, c'est une part de gâteau. Il en reste et il fait si froid dehors... 

 

Ses paroles simples et son geste chaleureux firent taire un instant le tumulte de ma tristesse. Dans cette nuit glaciale, cette part de dessert était bien plus qu'une simple douceur. C'était une lueur d'humanité, une main tendue dans l'obscurité, un "Ding Dong " d'espoir qui résonnait plus fort que le carillon de l'église.

29 avril 2025

Je ne connais pas la Bretagne / Lothar

 

 

Comment peut- on déjà avoir la Bretagne dans son coeur, au profond, quand on la connaît pas, ou si peu ? Je crois que c’est possible. Car j’ai eu une discussion un jour avec Pépitoune, fille jolie de la Ciotat, et on en a tiré ces quelques mots ensemble. Je vous les livre :


Je ne connais pas la Bretagne, tu ne connais pas la Provence. Montre-moi la marée, je t’offre tous les bleus, des plus sombres aux plus éclatants…  
 

T’as tout vu : la Tunisie, le Québec, la vie, les gens, les œuvres, t’as tout vu. Sauf la Provence.  
 

J’ai rien connu : j’ai peur de la hauteur, j’ai peur de me perdre, désorientée et sans boussole. C’est comment la Bretagne ? Je ne sais rien sinon le bleu. 


Celtique, Oc, des origines. Les rochers, bruns, blancs, le granit, le grès. Pour le tableau on les mélange. Les animaux marins, morue, daurade. La pâtisserie, crêpes de farine, la claire, la noire, crêpe des jupes et des jupons, navettes à l’orange on my space. Le cidre, le doux rosé. L’ivresse.
Un océan. Mare nostrum. Les gens réservés, l’empathie. 


La froidure mouillée, c’est l’hiver. Les printemps radieux.

 


Les accents différents mais on les reconnaît. La province romaine, tôt française, la sauvage qui se donna mais plus tard.  
 

C’est comment la Bretagne ? La marée et le Mont Saint Michel. Tu ramasses les coquillages quand l’eau se retire ? Je marche sur les oursins et je t’assure que ça pique et je pique tout le bleu qui existe pour garnir ma palette. 
 

C’est comment ta musique ? Ca fait quoi le chant celte quand tu le prends en plein ventre ? 
 

Mais comme toi, je connais la gifle du vent, le parfum du sel, l’horizon qui part
comme une flèche jusqu’où personne ne voit …  
 

 

Pépitoune et Lothar 
 
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Tas de pois vs Porquerolles 

29 avril 2025

Breizh ma bro / Anne J.

 

Il y a quelques années, mon journal local « Le Trégor » qui paraît tous les jeudis avait publié un début d'été une chronique que j'avais trouvée très drôle et très bien vue : elle aurait pu s'intituler : « Comment les Parisiens voient les Bretons ? ».

 

Cela faisait écho en moi à la célèbre comptine que nous clamions tous les étés sur la plage au club Mickey quand arrivaient les touristes et leurs marmots tout propres : «  Parisiens, têtes de chien , Parigots, têtes de veau ! ».

 

L'article du Trégor nous décrivait donc comme des personnes qui portent du 1er janvier au 31 décembre un maillot rayé bleu et blanc en coton sous un grand ciré jaune avec un chapeau de ciré ou une capuche et, aux pieds, les bottes Hutchinson bleues à liseré blanc à l'exclusion de tout autre chaussure en cuir.

 

Selon les Parisiens nous ne mangeons que des galettes de blé noir et des crêpes arrosées de cidre brut, à moins que ce ne soit de chouchen, tous les jours de l'année. Nous avons des vaches et des élevages de cochons qui polluent les campagnes, nous n'aimons que le beurre salé, les huîtres et les coquilles Saint-Jacques, nous sommes têtus et fiers et brandissons notre «  gwen ha du » dans toutes les manifestations parisiennes où nous allons parfois avec notre fameux bonnet rouge qui nous fait ressembler au commandant Cousteau !

 

Eh bien oui, je le confirme, la Bretagne c'est tout ça mais aussi bien d'autres choses. D’ailleurs comment peut-on dire « la » Bretagne ? Il faudrait plutôt dire les Bretagnes !

 

Moi, par exemple, j'habite en Bretagne du Nord et quand je traverse les monts d'Arrée pour aller en Bretagne Sud , ce qui fait moins de 200 kms, je pars en expédition : la route qui passe au pied de notre montagne où trône la petite chapelle de Saint-Michel de Brasparts à 340 m me conduit dans une lande brumeuse, hostile et peu habitée que j’hésite à prendre à la nuit tombée de peur de tomber en panne d'essence au pied de la centrale de Brennilis heureusement désaffectée et de rencontrer des korrigans.

 

Un habitant de Vannes pour moi est un Breton du Sud, donc quelqu'un de différent.  « Je m'en vais dans le sud » ça peut être simplement « Je m'en vais à Douarnenez » !

 

Mais quand il y a presque 40 ans je suis arrivée de Rennes pour m'installer à Lannion , j'étais une étrangère et j'ai dû tout apprendre : la prononciation des noms de villages : Ploubezre, Ploulec’h et autre Trebeurden ; les danses bretonnes, l'accent et les tournures de phrases tirées du breton (un café, tu auras !), la coutume du pain-pâté après les funérailles, etc.

 

Pendant près de 20 ans, je me suis entendu dire : « Toi, tu n'es pas d'ici !», à la moindre sortie de route.

 

J'aime tellement de choses dans mes Bretagnes que je ne sais pas dire ce qui fait l'identité d'une Bretonne. Est-ce la musique et la danse ? Est ce la langue que je ne parle pas et qui ici est vivante grâce aux nombreuses écoles bilingues ? Est-ce le bruit du vent quand souffle la tempête ou les petits matins à poussière de pluie ? Est ce notre perception d'un autre monde peuplé de petits êtres qui nous parlent d'un monde  différent? Est ce les contes et les légendes qui sont vraies parce qu'on y croit ?

 

Timidement je me permets juste d'emprunter à la langue bretonne des mots qui donnent de la couleur de mer à mon parler, un goût de beurre salé ou d'embruns à mes tournures de phrases, un odeur d'algues qui sèchent à mes émotions , un bruit de vent à mes colères ?

 

Mes baisers sont des pokou , mes chemins de traverse des ribines ou des gwenojen, les filles qui traînent dehors des Marie-ribines et les femmes à poigne des Mam' Goudig et tout le monde comprend.

 

J'aime la retenue des hommes et des femmes de ce terroir rude, leur caractère taiseux et fidèle, on ne les apprivoise pas si facilement, on ne fait pas ami-ami au premier regard ; on s'observe d'abord mais quand naît l'amitié, elle reste fidèle et entière jusque dans la vie de l'au-delà ; pas d’esbroufe, pas de flonflons et pas de trahisons : du granit brut.

 

Il y a bien sûr des personnages peu recommandables en Bretagne comme partout ailleurs : comme la délation n'est pas dans mes habitudes, je vous laisse chercher qui ?

 

Pour finir je dois vous l'avouer , je déteste les huîtres, je ne suis pas fière de Bécassine , je ne fais pas le Tro breizh et les pardons tradis ; je ne porte pas la coiffe au quotidien ou dans les fêtes et je n'ai pas le drapeau noir et blanc planté dans mon jardin.

 

Mais qu'elle est belle, ma Bretagne !

 

 

29 avril 2025

Pour ou contre la Bretagne ? / Jean-Paul

 

Les Bretons sont « gentils »… ou alors ils sont réellement gentils.

 

Ils ne se scandalisent pas plus que ça d’avoir eu leurs femmes ou leurs filles caricaturées par les Parisiens sous les traits de Bécassine. Pas rancuniers pour un sou, ils se ruent en masse au festival de bande dessinée de Saint-Malo appelé Quai des bulles.

 

 

Ça n’a pas l’air de les gêner non plus que cet autre hymne régional composé à leur « gloire » comporte des couplets d’une stupidité et d’une vulgarité hors du commun. Je veux parler bien sûr de « Ils ont des chapeaux ronds vive la Bretagne, ils ont des chapeaux ronds vivent les Bretons ». On peut y entendre des paroles pleines de grâce comme :

 

« Mon grand-père et ma grand-mère

Ont l’habitude de coucher nus

Ma grand-mère est carnassière

Elle a mordu grand-père au cul »

 

 

La chanson du « Curé de Camaret » ne relève pas vraiment le niveau et celle du « Gendarme de Redon » n’est pas devenue non plus l’hymne de Fadièse Mitoute. Heureusement, cette dernière perle des Quatre barbus, il n’y a que moi qui la connais et comme je suis un gentleman – si, si, parfois, l’air de rien ! – je ne ne joue pas de cornemuse ni de biniou kozh et je m’abstiens de la chanter.

 

Ce côté « pardon des offenses », je ne sais pas si c’est la mort du pape François ou quoi mais je l’inscris dans la colonne des « pour ».

 

***

 

Dans le même registre chansonnier il y a par ici une espèce de légende urbaine qui fait de Théodore Botrel, l’auteur de la célèbre « Paimpolaise », un Parisien converti à la Bretonnitude. Je suis allé vérifier récemment : l’auteur de « Fleurs d’ajoncs » est né à Dinan !

 

Les Bretons sont gentils. Ça doit bien faire quatre ou cinq ans que les Tri Yann on effectué leur tournée d’adieux. L’un des trois Jean, Jean-Paul Corbineau, est même allé chauffer la place du pape François au paradis. Et voilà-t-il pas que je tombe l’autre samedi sur l’affiche d’un concert de Tri Yann à Nantes ? Il ne peut vraiment plus s’empêcher de faire le clown en costume du Moyen-Âge, Jean-Louis Jossic ? En plus d’être gourmande, elle est insubmersible, la jument de Michao ?

 

***

 

C’est peut-être parce qu’ici, dès qu’on peut faire la nique à l’Ankou, on ne s’en prive pas ! Immortels, on est ! La Bretagne est une terre de légendes. C’est surtout, comme à la foire teillouse de Redon une joute effrénée entre contous et mentous !

 

Prenez par exemple le macareux moine. Ce sympathique volatile au bec très coloré est devenu l’emblème de la LPO, la Ligue de Protection des Oiseaux et du département des Côtes d’Armor réunis. Or cela fait quarante ans que je vais me balader deux ou trois fois par an dans les environs de Lannion et je n’en ai jamais rencontré un seul. Ou alors il avait une capuche rabattue sur les yeux ?

 

C’est comme les douaniers sur le sentier du même nom ! J’ai eu beau me promener tant et plus sur le GR 34, je n’y ai jamais croisé un seul gabelou ! Pas même Jean-Jacques Rousseau ou Fernand Raynaud. Et pourtant je ne suis pas un imbécile, je l’aurais reconnu, le douanier Rousseau !

 

De la même manière il n’y avait pas de bruit dans Landerneau le jour où je suis allé prendre mon petit-déjeuner après avoir raccompagné des amis allemands à l’aéroport de Brest. Mais ça aussi, du bruit dans Landerneau, c’est une expression inventée par un Parisien, Alexandre Duval, qui était le grand-père d’Isaure Chassériau. C’était dans une de ses pièces de théâtre dont il n’est resté que cela !

 

On continue ? A part Bob Dylan et Neil Young on n’a jamais vu de vieille charrue monter sur la scène du Festival homonyme à Carhaix.

 

Il y a tout un tas de légendes arthuriennes qui entourent la forêt de Brocéliande du côté de Paimpont mais ce n’est peut-être que du folklore. Les mêmes inventions farfelues autour de Merlin, Lancelot, Viviane, Arthur se retrouvent, pas mieux localisées du reste, en Grande-Bretagne . La seule chose qui est sûre c’est que Robin des Bois a habité Sherwood et que Molière a écrit toutes les pièces de William Shakespeare.

 

A lister toutes ces inventions, imprécisions et autres imaginations j’en viens à me demander si les Bretons ne tissent pas sur leur très beau pays autant de concepts farfelus que Marius et Olive dans leur bonne ville de Marseille !

 

Pour un peu, à les écouter, la Bretagne serait un pays de montagne et les cyclistes de légende de l’Ouest armoricain, Louison Bobet et Bernard Hinault seraient devenus des aigles de Tolède au Tourmalet et à l’Aubisque parce que là-bas dans les Monts d’Arrée et à Yffiniac… Ho, les gars ! Le Roc’h Ruz culmine à 385 mètres de hauteur et l’altitude d’Yffiniac, c’est 10 mètres !

 

La Bretagne nous aurait aussi donné des grands hommes. Ah oui ? Qui ? Jean-Marie Le Pen ? Vincent Bolloré ? Elle pouvait se les garder !

 

J’ai vérifié avant de venir : Olivier de Kersauzon est né dans la Sarthe !

 

Surtout les Bretons ne sont pas très reconnaissants : il n’y a même pas une statue de Goscinny et Uderzo sur la grand’ place d’Erquy alors que ces deux chantres de la résistance à l’envahisseur ont localisé là le point de départ de toutes les aventures d’Astérix et Obélix !

 

Malgré toutes les bêtises que je viens de raconter, je mets la Bretagne, les Bretons et surtout les Bretonnes dans la colonne des « Pour ». Ils et elles sont finalement très, très gentil·le·s, très, très gourmand·e·s et assez paresseux·ses : tout ce joli monde tolère en son sein la présence d’un olibrius né dans le Pas-de-Calais avec un patronyme américano-russe et une plume parfois assez acerbe au motif que cet idiot-là n’a pas peur de se lancer dans la confection d’un kouign-amann et qu’il s’en sort toujours très bien !

 

***

 

Dans la colonne des « contre » je n’inscrirai que deux phénomènes qui à mes yeux relèvent de l’hérésie la plus totale :

 

- Le fait de s’empiffrer de galette-saucisse sur le marché des Lices à 10 ou 11 heures du matin le samedi.

 

- Toutes ces danses à la con dans laquelle on s’entortille les auriculaires dans ceux des voisins ou voisines et où on balance les bras d’avant en arrière tandis qu’on déplace les pieds latéralement en écoutant un ou deux musiciens pas vraiment meilleurs qu’Assurancetourix.

 

Obélix a raison, finalement : ils sont fous, ces Bretons !

 

 

29 avril 2025

Vous avez dit bretonnismes / Lothar


Au cœur de la Bretagne, assises sur le pas de la chaumière, Françoise questionne Marie :

 

– Alors Mamgoz, ces soirées au cyber-café ? Ça s’est bien passé  ?

– Bah, Françoise, j’ai laissé ma coiffe après moi, là-bas, mais j’ai pas été écrasée avec les voitures…

– Alors ma Marie venir nous voir, toi, là le soir, tu ne fais plus…

– Gasp ! Ça non. Je suis à faire toujours tout autour de mon internet, et souventes fois, avec le profil de Cloé ma petite fille…

– Je m’en rappelle…

– Une fois le temps, je suis à écrire des petits mots autour de moi, et puis aussi moitié trop, là, à un amoureux ouallon… Et puis, dis, sur l’écran, au milieu de tout, ça a marqué : Vous avez un message !

– Ma Doue beniget !!!

– Chut, chut, la Françoise, on va arrêter par-là de se rabattre de la goule. Je suis rendue à te le montrer, mais chut… :

 

Hé Babelute !

Beh quoi ?

Hé bondjou, Babelute ma biesse bien-aimée, j’aime brâmint tes belgitudes, tes belgicismes, ta belle gique, ton brol, tes blasphèmes. Oui j’en reste baba de tes babioles, de tes badinages, de tes bafouilles, de tes bagatelles, de tes batifolages et de tes bariolages. Moi le belgivore bagnard, basané, balafré, au bagou de bakchichs bonhommes. Je kiffe top grave tes ballades, tes ballerines, ton baragouinage, ta baraka. Et bandit je bande sur tes barbarismes baroques et bariolés. Je te baise, bien baveux bel et bien les bonnets, le bas ventre, la batterie et ta bécane bénie.

J’bas le beurre, là. J’suis bleu de toi.

Break & black-out &… èt dji bwè one bîre pour la route…

 

– Dis, Mamgoz Marie, c’est bien dommage que mainant on ne comprend plus le patois gallo… g’ à l’eau, quoi ?…

 

_________________
Expressions tirées de


https://www.skolvreizh.com/produit/les-bretonnismes-dherve-lossec/

 

P.S. : Expressions françaises régionales influencées par la langue bretonne s’effaçant :

 

Au milieu de tout : tout à coup

Autour : après, auprès de

Avec les voitures : par les voitures

Battre de la goule : papoter

Etre à faire quelque chose : en train de faire quelque chose

Gasp : mince

Laisser quelque chose après moi : oublier quelque chose

Ma Doue beniguet : Dieu béni

Mamgoz : grand-mère

Moitié trop : deux fois trop (!)

On va arrêter par-là : on va s’arrêter maintenant

Rendu à : être à l’étape de, en train de

Une fois le temps : de temps en temps

 

 

Les grand’mères à la mer ne sont pas amères :

 

 

29 avril 2025

Pour la Bretagne à jamais dans mon coeur / Marie Sylvie

 

 

Bien que la vie m'ait conduite à vivre loin de la Bretagne, cette région reste profondément ancrée dans mon cœur. C'est là que mes premiers souvenirs ont pris racine, dans les vastes plaines fleuries de Saint-Yvi où mes premiers pas m'ont menée à découvrir la beauté du Finistère. Je revois encore les champs colorés, le parfum des hortensias et les éclats de rire qui résonnaient dans nos farandoles, ces danses qui unissaient tout le village dans une communion simple et joyeuse. 

 


La Bretagne, c'est aussi le goût du far breton, une douceur qui m'accompagne toujours dans mes souvenirs, tout comme les légumes généreux de la région : le chou-fleur et l'artichaut, si fièrement cultivés sur ces terres fertiles. Ces saveurs racontent une histoire, celle d'une région authentique et fière de son patrimoine culinaire.

 

La musique du biniou, elle aussi, fait battre mon cœur. Chaque année, à travers le Festival Interceltique de Lorient, j'entends l'écho des traditions bretonnes qui vibrent jusqu'à mon âme. Ce festival est un rendez-vous incontournable, une ode à la culture celtique que j'adore célébrer, même à distance. Et parmi mes plus belles escapades, je garde précieusement le souvenir de mes deux visites à Sainte-Anne d'Auray, un lieu chargé de spiritualité et d'histoire que j'aimerais encore explorer davantage. 

 

En Bretagne je trouve également une richesse artistique et culturelle qui nourrit mon imaginaire. Mes acteurs bretons préférés, Lannick Gautry et Samuel Le Bihan, incarnent à mes yeux ce talent et cette passion pour l'art dramatique. Côté musique, mon admiration va à Nolwenn Leroy dont la voix sublime est un véritable hymne à la Bretagne, ainsi qu'à Tri Yann, Dan Ar Braz et Gwennyn, qui capturent à merveille l'âme musicale de cette terre. 

 


En somme, la Bretagne n'est pas seulement une région, c'est une part de moi. Même si je ne peux pas y vivre, elle vit en moi, dans mes souvenirs, mes goûts et mes rêves. 

 

Je suis pour la Bretagne, aujourd'hui et toujours, car elle m'a donné des racines et des ailes. 

22 avril 2025

La Rue du Clair de lune / Jean-Paul

 

 

La rue de la Moquerie, la rue du Serpent volant, la rue de la Bourde, la rue du Petit Cupidon, la Place Foire-le-Roi, la place de la Broche à rôtir… Oui, il y a bien toutes ces rues à Tours, toutes ces enseignes comme « Charlie et la chocolaverie » ou « Rouge pistache » et des tas de tableaux ou d’objets dans les musées qui ouvrent des possibilités d’autres villes, d’autres histoires, d’autres errances.

 

Mais, c’est vrai, il n’y a pas de rue du Clair de lune. C’est que l’on n’est plus à l’époque de Balzac. Honoré est né par ici et le parcours nocturne qui lui est consacré ne casse pas trois pattes à un canard. On est loin des spectaculaires effets dispensés à Rennes en fin d’année ou pendant les vacances d’été par la société Spectaculaires.

 

Sur la place Jean-Jau – c’est ainsi que l’on nomme ici le fondateur du journal L’Humanité qui fut assassiné par un vilain sire au Café du Croissant en 1914 – une projection au sol en lettres blanches nous apprend qu’une statue fut érigée ici à la gloire de l’auteur de la Comédie humaine.

 

 

Une autre diapo géante nous indique, rue Nationale, l’emplacement de sa maison natale. Comme dans toutes les autres villes, l’éclairage urbain nous dispense ou nous empêche de regarder le ciel et d’y déceler la poésie des contes. Les étoiles ne sont pas des rayons de lumière qui traversent une toile tendue au-dessus de nos têtes et dans laquelle une pileuse de mil déchaînée aurait creusé des trous. Et la lune n’est pas non plus une déesse chasseresse qui n’oeuvre que la nuit, accompagnée de chiens et de porteuses d’arcs, qui se repose et prend des bains dans des clairières argentées et que, sous peine de punition cruelle, les humains n’ont pas le droit de contempler. Pas question d’une selfie en compagnie d’Artémis !

 

- Hé ! Ho ! Je ne suis pas le pape ! proteste-t-elle.

 

La surprise du chef, à Tours, la plus étonnante des petites pépites qu’on puisse découvrir dans cette belle endormie aux maisons de tuffeau blanc, c’est, sans contestation possible, la présence en nombre au musée des Beaux arts de peintures ayant pour thème la mythologie gréco-latine.

 

Si je ne passais pas déjà trop de temps devant mon ordinateur j’irais bien creuser moi aussi, façon enquêteur de police, toutes ces histoires autour de la déesse et notamment celles qui ont donné lieu à la conservation de quatre tableaux et d'une statue en ces lieux.

 

Peut-être, pour moins m’abîmer les yeux, faut-il que je relise « La Légende dorée des dieux et des héros » de Mario Meunier ? C’est un livre défraîchi qui se trouvait dans la bibliothèque familiale et que j’ai racheté neuf le jour où je l’ai trouvé réédité dans une belle édition bien illustrée. Je le conserve précieusement.

 

 

N’en déplaise à Jean Royer, l’ancien maire pudibond du chef-lieu de l’Indre-et-Loire, il y a dans cette bible salace des situations dont tout le monde sait bien qu’elles relèvent plus de l’activité de l’Étoile bleue que de la littérature courtoise - L’Étoile bleue est une ancienne maison close de Tours dont le J.R. local souhaitait la démolition -.

 

Mais il se trouve que j’ai déjà trop à faire avec mes souvenirs de la belle époque 60-70 à ranger ou numériser, avec mes 99 exercices de style à terminer pour ne pas me lancer dans d’autres travaux à la plume blanche, pour ne pas délirer comme un chien fou sur les trois écritoires de mon salon bleu.

 

Les sortilèges de Diane, les dessous du chapitre Actéon, je note ça dans un coin : je m’en occuperai quand je serai « de retour o kalm » ! Se préoccuper des dames des musées, surtout de celles qui posent avec l’air niais dans une robe rose bonbon, je crois que j’ai déjà donné aussi : on finit par voir des cousines d’Isaure Chassériau partout !

 

Il n’y a pas de rue du Clair de lune à Tours, pas plus qu’à Rennes d’ailleurs. Les Frères Jacques chantent joliment bien que « La lune est morte » et les Américains qui en ont fait le tour se préparent maintenant à envahir Mars. Qu’ils y aillent ! Et qu’ils y restent ! Grand bien leur fasse aux fesses !

22 avril 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-25 du 22-04-2025 : Apocopes de noms de lieux

 

Apocopes de noms de lieux

 

 

Le Boul’Mich’, le Sébasto, la Bastoche, Ménilmuche, la place Maube sont des noms de lieux parisiens dont on a supprimé ou remplacé la ou les syllabes finales.

 

Essayez d’appliquer le même procédé à des noms de rues de votre ville. Vous vous retrouverez peut-être avec une rue Leub, une esplanade Charles Deug ou, comme à Tours, avec une place Jean Jau… Complétez cette liste de lieux raccourcis ou modifiés.

 

Il existe aussi des noms de rues amusants : rue de la Moquerie, rue du Serpent volant, rue de la Bourde, rue du petit Cupidon, Place Foire-le-Roi. Inventez-en ou listez-en d’autres.

 

Enfin, comme tous les centres-villes se ressemblent un peu et que l’orthographe se barre en sucette, on peut imaginer une rue de l’Amie câline, une avenue Maquedo, un boulevard Du Pareilaumême, une rue C. Fora, une place de l’Afnaque, une ruelle du Royal quai Bab, une rue de la Joyeuse épicière, une place d’Ecouter-voir, une rue du Palais des Thés, une rue de la Soif, une rue des Dessous du chapitre, une rue Oh my biche...

 

Voici une liste d’enseignes rencontrées à Tours qui peut vous servir pour en fabriquer d’autres :

 

Croque-Bedaine, Retour O Kalm, Charlie et la chocolaverie, Sortilèges, Rose bonbon, Arbalète, Trois pavés ronds, Baleschoux, les Petites pépites, le Salon bleu, l’Etoile bleue, Fémina, Le Chien jaune, Le Lapin vert, La Souris gourmande, la Plume blanche, les Trois écritoires, La Belle époque 60-70, le Chien fou, Rouge pistache, Le Chaperon rouge, Le Rat tatoué, La Broche à rôtir

 

Avec tous ces noms ou un seul de ces noms, racontez-nous :

 

- une déambulation touristique ;

- un souvenir concernant une personne ayant habité là ;

- un chapitre d’une enquête policière ;

- ou ce que vous voulez.

 

 

1 avril 2025

La Fruitière / Adrienne

 

 

Furieuse, la fruitière !


Elle fulmine : « Fripouille ! Fils de feignant ! Tu finiras forçat ! ».

 

Le fuyard, tout faraud, fier de son forfait, se faufile parmi la foule indifférente : le  fonctionnaire se fend la pipe, il est farceur lui aussi, le flic en face feint de n’avoir rien vu et une dame rentre chez elle d’un pas ferme.

 

– Ah la la ! fait la cliente, qui a passé une demi-heure à friser ses cheveux au fer ce matin-là. Ah la la ! Un vrai petit futé, comme son frère ! C’est de famille !

 

On voit que la frasque ne fait pas frémir son sens de la justice.

 

– Me faire ça à moi ! Et mes factures ! Je frise la faillite !

1 avril 2025

Théodore / Anne J.

 

 

Mon oncle Théodore a mis son tablier de jardinier et traîne son tuyau d’arrosage sur le terrain de sa maison pour arroser les fleurs de ma tante Thérèse. Il aime particulièrement les tournesols en pots de sa tendre moitié. Parce qu’elle a du tempérament, ma tante Thérèse emmène son mari au théâtre, près du terminus des trains, alors que mon oncle Théodore aime surtout surfer sur la toile dans sa tanière et remplir ses tiroirs de milliers de photographies prises avec son tout nouveau appareil photo. Il ne fait pas de tri, il archive la totalité de ses clichés, il thésaurise. On se demande bien qui aura le goût de trier dans sa collection de trésors !

 

Leur fils, le talentueux Théophile, est terrorisé par les taxes de Donald Trump. Il va devoir résister à la tentation tenace de remplacer son téléphone préféré et renoncer à exhiber le dernier Iphone du marché. Il envisage de tourner sa veste et de tenter une reconversion dans l’élevage des tortues et la récolte des écailles de tatous : un vrai tunnel dans une vie !

 

Théophile se nourrit essentiellement de tartines de tamara, ce qui est un désastre pour sa santé mais quand mon tonton Théodule le lui dit, il lui chantonne :

 

« Il était une bergère, tontaine tonton et ron et ron petit pata thon ! ».

1 avril 2025

C comme Canaille / Marie-Thé

 

« Canaille ! Coquin ! » crie la fruitière.

 

Joyeux, bien à l’aise dans ses culottes courtes, un cabot galopant devant lui, il court, il court comme un furet le petit galopin, tenant dans ses mains deux clémentines dérobées au passage dans le chariot de la commerçante.

 

« Pas question de courir après ce garnement, même avec mes chaussons tout neufs, ce n’est plus de mon âge » se dit la fruitière en criant et en agitant les bras.

 

Une cliente de passage, cabas sur le bras, regarde le gamin filer à toute allure.

 

« Il a sans doute faim » se dit-elle.

 

Sur le trottoir d’en face, cape sur le dos, casquette vissée sur le crâne, le gendarme a tout vu. Il le connaît ce chenapan, toujours à rôder les jours de marché pour grappiller de quoi casser la croûte. Alors il le laisse filer sans intervenir.

 

Pendant ce temps, sur la place chauffée au soleil un citoyen, une citoyenne passent leur chemin, indifférents à la colère et aux cris de la fruitière qui retrouve rapidement son calme.

 

Nous sommes en 1964. Les vols à l’étalage étaient-ils plus rares qu’aujourd’hui ? Qu’importe l’époque, une petite canaille affamée, ou pas, déclenche beaucoup de sympathie alors qu’une pauvre commerçante volée suscite plutôt de l’indifférence !

17 décembre 2024

Philips, c'est plus sûr ! / Jean-Paul

 

 

C'est Noël ! Les yeux des enfants sont emplis d'étincelles de joie ! A la fin du repas maman va poser sur la table une bûche lumineuse. Sur l'électrophone stéréo Tino Rossi aura soûlé tout le monde avec son « Petit papa Noël quand tu descendras du ciel ». Il faut dire qu'à la maison on n'a qu'un seul disque et c'est justement celui-là. Ce serait bien que le bonhomme en costume rouge et barbe blanche pense à en poser un ou deux dans son aspirateur-traîneau pour nous les offrir !

 

C'est Noël ! Rembobinons ! Sur le bouclier de la marque Philips il y a un rond bleu, quatre étoiles blanches et deux vagues qui symbolisent sans doute les ondes. Les étincelles de joie sont en fait les guirlandes électriques qu'on accroche dans le sapin. C’est ça le progrès : sauf à provoquer un court-circuit comme il y a cinq ans sur le chantier de Notre-Dame de Paris on ne risque plus de foutre le feu à la maison en allumant les bougies dans le résineux. Tu branches la guirlande, une fois ça marche, une fois ça s'éteint, une fois ça marche comme un clignotant belge.

 

La bûche lumineuse ne se mange pas : elle appartient à la famille Philips-Chauffage et c’est un radiateur d'appoint comme on n'oserait pas en acheter à la braderie Saint-Martin même en ayant hérité d'un pauvre sans manteau prêt à mourir de froid.

 

L’électrophone stéréo alors ça, oui, vraiment, c'est de la belle invention parce que « Petit papa Noël » en mono c'est moins top. Mais il faudra encore attendre une paire d'années pour que les ingénieurs du son, anglais surtout, fassent joujou avec les potentiomètres au studio Abbey road et positionnent la poule McCartney à gauche, le canard Lennon à droite et le poisson Harrison avec ses solos de guitare qui vont de droite à gauche puis de gauche à droite.

 

Et c'est vrai que c'est ça, une adolescence de jeunes mecs dans une société pas particulièrement machiste mais bien sexiste quand même. Il y a des tas de produits Philips dont le collégien boutonneux ignore l'existence et le fonctionnement : la machine à laver, le mixeur, l'aspirateur-balai, le fer à repasser ? Typiquement pour maman, tout ça, non ?

 

Le rasoir à piles, la boîte de secours pleine d'ampoules pour l'auto, l'autoradio, le récepteur radio Réverbéo et le luminaire Incandescence c'est bien pour que papa lise son journal en paix en tirant sur sa pipe en attendant que le repas soit servi, non ?

 

Les ados, eux, sont branchés musique : le magnétophone à bande avec ses gros boutons, ses bobines, son micro carré. Avec ça on fait des parodies de débats, on émet des bêtises pour entendre le son de sa voix. Ensuite viennent les mini-K7 qui permettent les enregistrements d'émissions de radio ou les premiers essais d'interprétations de chansons sur les guitares et puis le fin du fin, la chaîne Hi-fi avec son pesant corollaire : la collection de disques 33 tours qui à chacun de vos déménagements vous fait perdre autant d'amis effarés par le poids que représentent les discographies complètes de Neil Young, des Beatles, de Mike Oldfield et l'intégrale de Vivaldi !

 

Tout ça pour aboutir à une société où tout est dématérialisé : Spotify, Netflix, photo numérique, billet de train sur le smartphone. A part le sèche-cheveux qui ne sert plus qu'à notre fille lors de ses visites de plus d'un jour il va falloir songer à revendre tous nos appareils Philips sur Le Bon coin !

 

- Commence déjà par vendre ce jeu de sept familles que tu as récupéré chez mes parents ! Il vaut entre 15 et 45 € suivant le gogo qui trouvera intéressantes ces quarante-deux images publicitaires !

 

- C'est vrai ! C'est ça, le plus dur : trouver un gogo! Un animateur d'atelier d'écriture en mal de consigne, peut-être ?

17 décembre 2024

T comme Temps / Adrienne

 

 

Bien sûr, ce n’est pas le temps qui passe, c’est nous qui passons, comme le répète assez ce goujat, mais avec nos montres et nos clochers, les enfants qui grandissent et les parents qui vieillissent, les attentes et les événements, nous voyons passer le temps avant de nous voir passer nous-mêmes.


 

Bien sûr, nombreux sont les enfants et les jeunes qui n’ont pas idée de ce qu’était la vie autrefois, comment était l’enfance de leurs grands-parents ou de leurs arrière-grands-parents, il faut pour ça qu’on le leur raconte.


 

Chaque année il y avait au moins une occasion, en classe, où il était utile de visualiser ce temps qui passe et surtout les changements qu’il apporte dans nos vies.


 

Soit parce qu’un élève disait, à propos des changements qu’il voyait dans sa courte vie à lui : « ça peut s’arrêter, là, maintenant! tout va beaucoup trop vite! », soit parce qu’une classe était un peu confuse sur ce qui s’était passé dans la vie courante du siècle dernier.


 

Alors Madame prenait sa craie et traçait une ligne au tableau, y marquait l’année 1906 et l’année 1992, et racontait la vie de sa grand-mère Adrienne, simplement à l’aide de l’apparition, un à un, d’articles ménagers, à commencer par l’installation de l’électricité juste avant la guerre de 14 et que les quinquets ont été remplacés par des ampoules électriques.


 

C’est l’époque de la photo mise en illustration.


 

Puis apparaissaient, au fil du temps et dans cet ordre, la radio, l’essoreuse, le frigo, le téléviseur, le téléphone…


 

Ces jours-ci, en voyant de petits enfants, Madame souvent se demande de quoi sera émaillée leur propre ligne du temps…

 

1 avril 2025

Pétanque et pastis / Marie Sylvie

 


Hier, au petit parc près de la place, forcément du côté de Marseille, en Provence,  Paulo, Pierrot, et Patrick posaient paisiblement leurs pieds sur le terrain poussiéreux. Les projectiles,  ces précieuses petites boules,  plongeaient près du cochonnet, parfois précises, parfois pathétiquement perdues dans les pavés. 

 

Patrick, avec son panache habituel,  pariait sur un  point parfait mais provoqua un plongeon périlleux dans une petite flaque. Pierrot pouffait de rire. Paulo paniquait, pestait : "Pas possible ! Quelle poisse !"

 

La partie progressait, mêlant plaisanteries et poignées de cacahuètes. Puis,  enfin, Patrick perdit. Pas peiné, il prit la parole :

 

- Pastis pour tous, promis ! 

 

Le perdant offrit un plateau plein de petites merveilles liquides, parfaites pour partager un pur moment de plaisir sous les platanes,  au son des cigales, typique de cette belle Provence. 

1 avril 2025

Claude en compète / La Licorne

 

 

Claude commence par un carreau : clac ! Ses coéquipiers le congratulent...sauf son cher copain Charles qui se cache sous son chapeau car son chien coquin crie et casse la concentration des concurrents. 

 

Chaque coup près du cochonnet captive les curieux qui convergent vers le café du coin en cercles concentriques pour contempler le champion et ses coups complètement cinglés ! Comme celui où il coiffe carrément d'une quatrième boule la colonne chancelante construite consciencieusement... et que, comble de la chance ou de la compétence, elle se cale à la cime sans ciller.

 

Pas de comparaison avec les clampins du club de Cucugnan.

 

Claude, en compétition, c'est clairement la classe ! 

1 avril 2025

Jeu des 10 différences / La Licorne

 


En 1964, le petit Michel ne voulait pas quitter ses patins à roulettes. Aujourd'hui, il va à l'école en trottinette électrique ou en mini-quad. 

 

En 1964, les marmots étaient mignons en culottes courtes. Aujourd'hui, ils sont juste culottés.

 

En 1964, ils regardaient les affiches sur le mur. Aujourd'hui, ils regardent leur mur Facebook.

 

En 1964, ils aimaient lire le journal "Vaillant". Aujourd'hui, ils lisent en baillant.

 

En 1964, ils portaient majoritairement leur cartable à la main. Aujourd'hui, ils en ont "plein le dos".

 

En 1964, ce qui motivait le plus les mômes, c'était la récré. Aujourd'hui, c'est malheureusement encore la récré.  

 

En 1964, à l'école, on apprenait les tables de multiplication. Aujourd'hui, on y multiplie les tablettes. 

 

En 1964, le vieux maître avait une moustache. Aujourd'hui, le jeune maître a une moustache...trois piercings et cinq tatouages.

 

En 1964, il y avait des classes de garçons. Aujourd'hui, il y a des classes mixtes et "non genrées".

 

En 1964, la mère, chaque matin, conseillait son moutard : "Tu seras bien poli avec Monsieur l'instituteur.". Aujourd'hui, elle lui marmonne : "A midi, tu me diras si l'instit a été bien poli avec toi."

 

En 1964, le maître portait un chapeau. Aujourd'hui, je lui tire mon chapeau !


***


J'ai choisi la lettre M
(mais j'ai un peu peiné pour les 20 mots
et je me suis arrêtée à 10 différences)


C'est mon côté "cancre" :
tout ce que j'ai réussi à faire,

c'est un "Toto"-gramme ! ;-))


10 mots en rapport avec l'image : 

maître, moustache, marmots, mômes, moutard, 
Michel, mur, mère, matin, motiver

 

1 avril 2025

Carnaval, Mardi-gras, Mi-Carême / Jean-Paul

 

 

 

Il ne faudrait pas croire mais c’est une affaire très compliquée de préparer un carnaval !

 

Bien sûr les plus cossards se collent un loup en tissu sur les yeux et considèrent qu’ils sont déguisés. Quel comique tu fais, Corentin ! On te reconnaît à ta calvitie ! Et puis arrête de balancer des confettis, c’est interdit désormais. C’est toi qui balaies le caniveau après ?

 

Caroline a demandé à sa copine Coralie de lui confectionner des couettes comme en porte la chanteuse Sheila. Elle attendait un courrier de son copain Jean-Baptiste qui devait lui confirmer sa venue au mardi-gras mais rien n’est venu.

 

Le plus compliqué pour Calixte n’a pas a été d’enfiler son crâne dans la grosse tête en carton-pâte. C’est maintenant qu’il faut faire preuve de self-contrôle. La sphère est lourde, elle brinquebale et derrière la grille noire qui occulte la bouche on a carrément l’impression de coltiner sa peine à un enterrement de première classe et de suivre en cahotant le corbillard de nos grands-pères avec les yeux tout embués de larmes, comme si on se trouvait sous la voilette de la Veuve Clicquot.

 

Il y a un clown – ou un crétin cruel, comme on voudra – qui a trouvé fendard de coller un masque sur le museau du clébard Kiki ! Pauvre cabot ! Vous l’auriez vu cavalcader et se cogner partout en hurlant « Kaï ! Kai ! Kaï ! » ! Une dame déguisée en Bianca Castafiore en a eu pitié et a confisqué la pièce à conviction. Les Dupont et Dupond de la SPA n’ont plus qu’à prélever l’ADN et relever les empreintes digitales pour que soit condamné le coupable.

 

Ca semble cafouiller pas mal sous le gros personnage à nœud papillon ! Ils sont trois là-dessous qui se filent des coups de coudes et vont passer au crochet du gauche ou au canardage à la carabine si ça continue ! Celui qu’il faudrait castagner, en fait, c’est le concepteur du costume qui a oublié de combiner un système de périscope pour ce « bathyscaphe ambulant », comme dirait le discourtois capitaine Haddock.

 

Ça y est ! C’est parti ! La première batucada s’élance ! Bientôt les autres groupes crapahutent à sa suite, lui courent après, faisant tourner cottes, cotillons et caracos des danseuses au rythme des musiciens qui tapent sur des caisses claires, des congas, soufflent dans des conques marines où dans quelques clarinettes.

 

Tout le long du parcours des clampins armés de caméscopes capturent les sourires coquins des jeunes et jolies Caribéennes qui caracolent en ondulant de la croupe et des hanches.

 

C’est un genre de Bal des quat’z’arts qui a fait les choses comme il faut, comme l’a chanté autrefois l’oncle Georges.

 

Tous les ans le défilé nous revient, preuve que l’Histoire n’est pas finie et qu’il reste encore quelques fadas tout à fait prêts, ne serait-ce que le temps d’une après-midi, à mettre cul par dessus tête ce monde qui le mérite bien !

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