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L'Atelier d'écriture de Villejean
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16 septembre 2025

Consigne d'écriture AEV 2526-02 du mardi 16 septembre 2025 : A table !

 

A table ! Idiotismes gastronomiques

 

Les expressions ci-dessous ont trait à la nourriture, à la cuisine, à l’alimentation…

 

Il vous est demandé d’écrire un texte, sur le sujet de votre choix, dans lequel vous insérerez au moins cinq de ces expressions.

 

à la bonne franquette - à la fortune du pot - aller se faire cuire un œuf. - appuyer sur le champignon - avoir de la bouteille - avoir de la brioche - avoir des radis - avoir du pain sur la planche - avoir du sang de navet - avoir la frite, la pêche, la banane - avoir le cul bordé de nouilles. - avoir les cheveux poivre et sel - avoir un cœur d’artichaut - avoir un œil au beurre noir - boire du petit lait - boire le bouillon - boire le calice jusqu'à la lie - bon comme la romaine - bouffer les pissenlits par la racine. - c'est fort de café - c'est la fin des haricots - ça n'est pas de la tarte - casser du sucre sur le dos de quelqu’un - casser la graine - casser les bonbons - ce n’est pas ma tasse de thé - clair comme du jus de boudin - compter pour des prunes, pour du beurre ou pour des queues de cerises - couper la poire en deux - courir sur le haricot - coûter bonbon - cracher dans la soupe - croquer la pomme - dévorer des yeux - écraser sa banane - en faire ses choux gras - entre la poire et le fromage - être brut de pomme - être chocolat - être copains comme cochons - être dans le pâté - être dans le pétrin ou dans la panade - être dans le potage - être haut comme trois pommes - être le dindon de la farce - être nouille - être soupe au lait - être tout sucre, tout miel - être trempé comme une soupe - être une bonne poire - être une grosse légume - faire bouillir la marmite - faire chou blanc - faire l'andouille - faire la fine bouche - faire le fayot - faire le poireau. - faire sa tête de lard. - faire son beurre - faire tout un fromage. - gagner de l'oseille - gagner sa croûte - la cerise sur le gâteau - la crème de la société - la moutarde me monte au nez - lâcher la grappe - le torchon brûle - les carottes sont cuites. - manger son pain blanc - marcher sur des œufs. - ménager la chèvre et le chou. - mettre de l'eau dans mon vin. - mettre de l'huile sur le feu. - mettre du beurre dans les épinards - mettre la main à la pâte. - mettre la viande dans le torchon - mettre les bouchées doubles. - mettre les pieds dans le plat - mettre son grain de sel - mi figue mi-raisin - ne pas avoir inventé le fil à couper le beurre - ne pas être dans son assiette - ne pas être sorti de l’auberge - ne pas y aller avec le dos de la cuillère - patauger dans le yaourt - pédaler dans la choucroute - pédaler dans la semoule. - pleurer comme une madeleine - poser un lapin - prendre le melon - raconter des salades - ramener sa fraise - rester baba ou comme deux ronds de flan - rester en carafe - rouler dans la farine - s’occuper de ses oignons - se faire du blé - se fermer comme une huître - se prendre des gamelles. - se prendre une châtaigne - se refiler la patate chaude - serrer la louche - sucrer les fraises - tailler une bavette - tirer les marrons du feu - tomber dans les pommes - traîner des casseroles - tronche de cake - un zeste de - une tempête dans un verre d’eau - veiller au grain - vivre comme un coq en pâte - voir des daubes ou voir des navets - vouloir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière.

 

 

Consigne inspirée par un texte du spectacle "A table !" de Philippe Bertin, Agnès Lalle,

Florent Hellard et Pierre-Yves Renard, donné à Faux-la-Montagne (Creuse) en juillet 2025.

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15 septembre 2025

Les Carottes sont cuites / Ghis Laine


 

La petite banque du village venait d’ouvrir depuis à peine une heure. Trois clients patientaient dans le silence, lorsque la porte vitrée s’ouvrit brusquement. Deux hommes cagoulés, Joe et Jules, pénétrèrent dans le hall. Tous deux avaient une quarantaine d’années, l’allure déterminée.

- Pas un geste, annonça Joe, d’une voix ferme. On veut l’argent, et vite ! "

La caissière, figée, obéit sans discuter. Jules surveillait les clients, revolver à la main. Les deux hommes se connaissaient depuis l’enfance, copains comme cochons, liés par des années de galères et de petits trafics. Aujourd’hui, ils étaient passés à quelque chose de plus risqué.

Les billets furent glissés dans le sac en silence. Pas de cris, pas de gestes brusques. Tout semblait se dérouler comme prévu. Mais dès que la caissière eut appuyé sur le bouton discret sous son comptoir, l’issue était hélas imaginable !

À peine deux minutes plus tard, alors qu’ils sortaient de la banque, une voiture de gendarmerie déboucha au coin de la rue. Joe s’arrêta net, le cœur battant.

- On est dans le pétrin ! dit il à Jules.

Ils tentèrent malgré tout de courir vers la ruelle voisine mais d’autres véhicules bloquaient déjà l’accès. Jules serra la mâchoire.

- On n’est pas encore finis…

- Si, Jules… On n’est pas sortis de l’auberge cette fois.

Les gendarmes se déployèrent rapidement, armés. Joe comprit qu’ils n’avaient aucune chance. Lentement, il posa son sac à terre et leva les mains.
Jules fit de même.
Tous deux furent menottés.


Un client qui avait suivi la scène derrière la vitre murmura :

- Finalement, ces deux-là, ils sont le dindon de la farce.

Le chef des gendarmes les mit dans la voiture et conclut, sans ironie dans la voix mais avec une certaine fierté du devoir accompli :

 

- C’est fini. Vous êtes bons comme la romaine pour finir en prison encore une fois !


Joe et Jules avaient fait chou blanc ! C'était la fin des haricots pour eux deux !


La banque retrouva son calme mais dans le village, longtemps, on reparla de ce braquage qui n’avait duré que quelques minutes mais qui comptait deux voleurs de bas étages de plus en prison !


Que voulez vous, on ne peut pas toujours avoir le cul bordé de nouilles !

15 septembre 2025

Camille en fait tout un fromage ! / Jean-Paul

 

C'est sûr, l'Oncle Camille les enverrait bien tous se faire cuire un œuf, les toubibs et les spécialistes du corps humain ! Même s'ils font leur beurre en toute humanité, veillant à ce que vous n'alliez pas trop vite manger les pissenlits par la racine.

 

Mais si, voyons, Camille ! Camille Cinq-Sens, l'oncle d'Isaure Chassériau, le gros chauve qui tient le bistrot "Au vieux Saint-Étienne", rue de Dinan, à Rennes. Il n'a pas tant de brioche que ça du reste, même si ça lui court sur le haricot de devoir prendre ses comprimés contre le cholestérol chaque matin.

 

Il aimerait bien que le corps médical lui lâche la grappe mais, manque de bol, il a bien fallu qu'il aille pleurer comme une madeleine au téléphone pour avoir un rendez-vous chez l'ophtalmo, Madame Jocaste. Il faut dire qu'avec ce voile flottant devant son oeil droit, il était un peu beaucoup dans la panade.

 

Il n'a pas été trop nouille pour expliquer son cas vu que, une semaine après, il avait un rendez vous sur le coup de 8 h 15. Mais laissons lui la parole pour qu'il nous raconte lui-même la séance.

 

 

Ce n'est pas ma tasse de thé de casser du sucre sur le dos des gens. Mais la belle Irène, elle est brute de pomme. Je n'ai pas trop eu à faire le poireau vu que j'étais le premier client. Elle a discuté dans le couloir avec la secrétaire et puis elle m'a fait entrer dans son cabinet. Elle m'a dit, comme à tous les condamnés à mort, de m'asseoir le dos au mur à côté de ses instruments de torture. Elle a consulté son ordinateur et elle a demandé :

 

- Comment ça va, Monsieur Cinq-Sens ?

 

- Ben je traîne ce problème de toile d'araignée flottante, là.

 

Elle n'a pas ménagé la chèvre et le chou et m’a balancé en pleine poire :

 

- Ah bah ! Vous m'avez certainement fait un décollement de rétine, tel que vous êtes là !

 

- Si c'est ça, je ne l'ai pas fait exprès, ai-je cru bon de plaisanter.

 

Mais chez Mme Jocaste, pas la peine d'espérer tailler une bavette, inutile de jouer les andouilles. Elle est là pour faire bouillir sa marmite et faire bien son boulot, un point c’est tout. Elle s'est fermée comme une huître et elle a dit :

 

- Bon, on va voir ça.

 

J'avais ramené ma fraise, j'ai écrasé ma banane. Elle m'a fait lire les grands ZU, les MST plus petits et les ACAB encore plus petits, puisque ça faisait quatre ans que je n'étais pas venu et que quatre ans, ça représente un laps de temps suffisant pour que votre acuité visuelle se mette à sucrer les fraises et vous laisse en carafe. Mais bon, il n'y a pas eu de commentaire là-dessus.

 

- Ça se maintient bien. Alors maintenant, voyons ces mouches ! Je vais vous mettre des gouttes dans les yeux pour dilater vos pupilles, ce n’est pas agréable, ça va piquer.

 

C’est vrai, je pleure et je suis tellement stressé que je laisse tomber le kleenex qu’elle m’a donné pour essuyer le surplus. Du coup elle me fout dehors.

 

- Retournez vous asseoir en salle d'attente. Oui, prenez vos affaires.

 

J'ai bien senti que je ne deviendrais jamais copain comme cochons avec ce petit bout de femme haut comme trois pommes et toute en nerfs. Je suis donc retourné poireauter en face d'un grand Hercule, arrivé entre temps, qui n'en menait pas large non plus et semblait marcher sur des œufs. Une jeune femme plus accorte et plus douce est venue me demander de la suivre. Elle m'a demandé de poser mon menton sur sa guillotine , juste en face d’un gros objectif vert, m’a fait serrer les dents – les fesses, je ne pouvais pas plus -. Elle m’a photographié les mirettes puis m'a dit d'aller me rasseoir en face d’Hercule et de repoireauter.

 

Après Irène est revenue me chercher. J'ai eu droit à d'autres gouttes, à un fond d'oeil, sans doute, avec cette espèce de tampon de caoutchouc qui vient se coller sur votre œil pour qu’elle puisse zyeuter ce qui se passe dedans.

 

Je n'écoutais plus qu’à peine son peu d'explications, je tournais le regard dans les directions qu'elle m’indiquait. J'étais devenu un bon petit toutou obéissant, tout sucre, tout miel. Elle a fait le tour de la rétine avec son projecteur à repérer les fuyards, genre « Band on the run », de Paul McCartney.

 

- Mais elle est très belle cette rétine ! Je vais faire un deuxième tour pour m’en assurer.

 

- Pourquoi, il y a ballottage ? me suis je abstenu de commenter. A vrai dire, en l'entendant dire ça, je me suis senti un peu plus dans mon assiette. Et de fait, ces histoires de points noirs qui se baladent, qu'elle appelle des mouches, elle m'a expliqué que c'était une tempête dans un verre d'eau, c'étaient juste des débris du vitré – mais rien à voir avec Madame de Sévigné ! - qui allaient se déposer dans le fond de l'œil et que mon cerveau s'habituerait à les voir partir en eau de boudin. Bref, que ça n'était pas la peine de me mettre à deux doigts de tomber dans les pommes en imaginant que j'allais devoir m'acheter une canne blanche d'ici peu et que je ne pourrais plus voir de navets ou de daubes à la téloche.

 

Je ne vais pas faire ma tête de lard ni la fine bouche. Finalement, si elle ne m'a pas raconté de salades, j'ai peut être bien le cul bordé de nouilles. Comme dit l'autre, celui qui tombe du 17e étage, « Jusqu’ici, tout va bien ! ».

 

***

 

C'est donc tout à fait rasséréné que j'ai mis ma viande dans le torchon le soir. Mais j’ai quand même dit à mon épouse, Agatha :

 

- Avec l'absence de psychologie des toubibs actuels, celle-ci qui te fait entrevoir le pire pour te rassurer à la fin en te disant que tu n'as rien de grave et l’autre généraliste qui rigole comme un bossu quand tu lui dis que tu as attrapé la grippe et que tu l’as trouvée sévère, on n'est pas sorti de l'auberge !

 

- En attendant, a demandé Agatha, qu'est ce qu'on fait du chien qu’on va nous livrer demain ?

 

- Le chien? Quel chien ?

 

- Tes clients préférés, Pascal Lemouton, le professeur Krapov, Jean Émile Rabatjoie et Jacques-Henri Casanova t’ont vu baliser comme un malade à l’idée d’aller chez l’ophtalmo. Préventivement, ils t’ont acheté un chien d’aveugle.

 

- Mais de quoi ils se mêlent ces tronches de cakes ?

 

Un temps.

 

- Comment il s'appelle, ce chien ?

 

- Oedipe !

 

 

15 septembre 2025

Murmures à fleur de peau / Marie Sylvie

 


 

Il est entré dans sa chambre comme on entre dans un secret. 

Pas un mot, juste un regard et déjà elle sentait le feu sous sa peau.

Il la dévorait des yeux, lentement, 

Comme on effleure une cuillère de miel,

Avec cette faim qui ne se dit pas mais qui fait trembler les genoux.


 

Elle, elle avait un cœur d'artichaut, fragile, offert, prêt à s'effeuiller sous ses mains. 

Chaque feuille tombait comme une pudeur que l'on abandonne

Et au centre, il y avait ce cœur tendre, palpitant, affamé. 


 

Il l'a touché comme on goûte un fruit mûr 

Et ensemble, ils ont croqué la pomme dans un souffle, dans un cri, dans un frisson. 

Pas celle de l'interdit mais celle du besoin,

Celle qui fait exploser les sens et taire les pensées. 


 

Elle était tout sucre, tout miel, 

Ses mots fondaient sur sa langue, 

Ses soupirs glissaient entre ses dents comme des bonbons trop chauds.

Et lui, ivre de ses courbes, de ses parfums, 

La buvait comme un vin capiteux, sans modération. 


 

Puis, dans l'abandon, elle a pleuré comme une madeleine,

Non pas de douleur mais de trop d'émotion,

Comme si son corps débordait de tendresse, 

Comme si l'amour avait débordé du plat. 


 

Et lui, dans ses bras, sucrant les fraises 

Avec ce tremblement d'homme ému, 

Lui a murmuré qu'elle était son festin,

Son ivresse, son éternité. 

9 septembre 2025

Bavure / Jean-Paul

 

 

Il avait un beau chapeau rouge avec des points blancs.

On l'a cuisiné un peu violemment, ce clown.

Il n'était pas solide

On n'en a fait qu'une bouchée.

Il a fallu l'emmener à Pontchaillou, le CHU de Rennes.

 

Après ça les bœufs-carottes ont débarqué.

Ça a été tout un cirque.

On a pris lourd sur le chapeau, nous aussi.

 

Il nous a bien empoisonné l'existence,

Ce vénéneuneux !

 

 

 

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9 septembre 2025

Reflets de l'eau, murmures de vie / Marie Sylvie

 

 

Sur le sable blond, où l'écume murmure des récits anciens,

L'onde salée de la mer, immense miroir du destin.

 

Le vent marin caresse, doux et pur, la peau dénudée

Tandis que la vie s'éveille au bord de l'immensité.

 

Source première, berceau salin, chaque vague qui s'élance

Est un battement de cœur, une éternelle danse.

 

 

Puis le voile noir tombe et les pavés luisent sous le ciel nocturne,

La pluie douce descend, perles de diamant, sur le bitume.

 

Elle lave les murmures du jour, les ombres et les doutes,

Et dessine des rivières éphémères sur les routes.

 

Les phares lointains fendent le rideau d'argent,

Reflets mouvants d'un monde toujours changeant.

 

 

 

Deux mondes, deux souffles, deux scènes en noir et blanc,

Reliés par l'eau, ce fil d'argent, ce don puissant.

 

Qu'elle soit vaste mer ou larme du ciel,

L'eau est la vie, l'essence éternelle.

 

Elle chante, elle pleure, elle danse et elle forge

L'âme de notre terre, son battement, son horloge.

 

Dans ces clichés silencieux, elle murmure sa présence,

Éternelle et sacrée, sa douce et forte cadence.

 

 

9 septembre 2025

H comme Historiettes / Adrienne

 

 

2025
 

Cette famille, raconte-t-elle, vit en Belgique depuis dix ans, donc la petite est née ici. Et bien, elle n’a jamais vu la mer !


Jamais vu la mer, comment est-ce possible, se demande-t-on autour de la table, alors qu’elle est à une heure de route et si accessible, en auto ou en train, pour pas cher, et qu’un enfant de six ou sept ans peut s’y amuser des heures dans le sable et au bord de l’eau ?


***


1970


C’est une maman de quatre enfants qui doit subvenir seule aux besoins de sa famille.
Elle fait des ménages.


Chaque été, elle se débrouille pour les envoyer tous les quatre pendant un mois dans une station balnéaire belge.


Pour qu’ils prennent l’air, qu’ils jouent, qu’ils vivent des moments insouciants.


Je détestais ça, dit l’amie. La maison me manquait trop.

9 septembre 2025

Cocktail de souvenirs / Maryvonne

 

Ce soir un verre, des glaçons, un brin de menthe et du rhum, voilà ce qui me manque pour trouver l'inspiration.

 

Pourtant devant cette photo liquide me voilà quand même ivre de souvenirs. Mon cœur s'ébroue et fait tomber des scories de moments fabuleux, mes papilles s'éveillent et dansent la salsa.

 

Ô Cuba, terre enchanteresse si tu l'abordes en chansons, terre ensoleillée si tu l'abordes en chapeau, terre en larmes si tu l'abordes en économie.

 

Voilà ce que je veux t'écrire sur mon téléphone de Française nantie.

 

Entre deux phrases je tire sur la paille qui arrose mon palais. Je vois la mer et je vois les magasins vides, encore une goulée du nectar et mon pied trébuche sur les gravats d'un pilier qui tombe. Dans mon embardée on dirait que je danse au son des guitares, des tambours, des timbales et des maracas.

 

Je vois derrière les grilles des fenêtres de salles de soins obscures des blouses blanches qui soignent. Je tourne la paille dans mon verre et tout se mélange : des sourires et des regards las. Une gorgée de rhum ça éloigne la pauvreté, ça l'efface juste un moment. Je déglutis une bouchée amère devant ce vieil homme si fatigué et cet enfant loqueteux.

 

Je prends place sur le fauteuil craquelé d'une vieille voiture américaine, je ne lâche pas mon verre et je suis dans un film, c'est moi l'actrice pour une heure, pour une journée. Sur la route peu fréquentée un homme gît, il est ivre ou pire encore. Hier encore il dansait la rumba, le cha cha cha ou le mambo. Mais voilà il a vendu de façon illicite le cochon qu'il élevait en cachette depuis des mois, Il a fauté, il paye cher. Moi, mon mojito coûtait trois fois rien.

 

Est-ce le jazz ou l'alcool qui me monte à la tête ? Je tire un peu sur la paille, voilà le fond du verre qui gargouille comme les idées gargouillent dans ma tête.

 

C'est le long message que je t'écris sur mon smartphone. Ici ceux qui en possèdent un se regroupent près des points de connexion. Belle jeunesse qui rêve de partir. L'état généreux t'a payé des études mais souvent tu dois rendre cette aumône en allant exercer ton métier dans un pays étranger qui paye ta nation en retour.

 

Cher ami je suis contente au bout de mon verre d'avoir connu la beauté, la chaleur, l'amitié, la tendresse et la musique de ce pays. Je reprendrais bien un autre mojito mais en bonne alcoolo me revient une autre boisson bue avec bonheur sur les « ramblas » de Barcelone : à l'occasion de la visite de Lénita, notre chère amie espagnole, j'en ai dégusté un sur le port d'Erquy cet été. Ce cocktail s'appelle « le Cuba libre » !

 

 

9 septembre 2025

Consigne d'écriture AEV 2526-01 du mardi 9 septembre 2025 : Sub / Objectif n° 4

 

Sub/objectif n° 4

 

Sub/objectif est une revue de photographie de l'Université de Rennes dans laquelle on publie des photos argentiques, essentiellement en noir et blanc. Nous avons ôté les agrafes centrales de ce portfolio. Pour les besoins de l'édition les photos se sont trouvées associées deux par deux sur une feuille 21 x 29,7 cm au format paysage. Le hasard fait donc voisiner "Impression de déjà vu » d’Aymée P. et « Double » d’Eowyn G.

 

Le hasard ? Un simple voisinage ? Peut-être, mais vous qui êtes le "Deus ex machina" ou une écrivante imaginative ce jour, vous allez nous raconter le lien qui existe entre ces deux photos, ce qui se passe entre les deux. Rédigez un récit qui sera inspiré et illustré par ces deux photos. 

(cliquez sur les images pour les agrandir)

 

 

 

 

 

 

 

 

8 octobre 2024

P comme Parapluie / Adrienne

 

 

Prends le parapluie, je pense qu’il pleut…


– …

 

Contemple le couple calme et paisible passant lentement pour sa promenade digestive du dimanche…


– …

 

Jour de repos morose, rose morte, rêve de lune et larmes salées…

 

Mais arrête ! Arrête ! Tu m’énerves avec tes allitérations !


Soupir.


Pauvre petite, peu passionnée par la poésie…

15 octobre 2024

Danser le Menuet

 

Je ne comprends pas pourquoi les mathématiques ont tellement changé. J'en étais resté à ce pauvre escargot qui grimpe 30 cm le jour et en redescend 20 la nuit. On nous demandait alors : « Quand donc est à quelle heure le bestiau à cornes atteindra a-t-il le sommet du panneau stop sachant que celui-ci se trouve à 1,56 m de son point de départ.

 

Je ne comprends pas pourquoi personne n'a jamais eu l'idée d'appeler l'animal « Pénélope ».

 

Je ne comprends pas pourquoi Pénélope et François F. sont allés à l'enterrement d'une feuille morte nommée « RPR UMP LR de 2017 » pour rendre hommage à Jacques Prévert et je pense que la fureur doit les étouffer désormais de voir que Michel Barnier et l'équipe de campagne des deux plus célèbres hermaphrodites de Sablé-sur-Sarthe sont désormais à Matignon en charge de l'État en faillite que monsieur F avait déjà signalé à son collaborateur d'avant 2012 sans même que ça lui en touche une sans faire bouger l'autre - je parle ici des talonnettes de Nicolas S. -

 

Les mathématiques ont bien changé, c'est vrai. Voici qu'à l'époque du cyber-horizon elles fricotent avec la musique, une discipline pour laquelle j'ai un peu plus d'appétence mais où je suis tout aussi nul.

 

Je ne comprends pas à quoi sert la clé de fa, par exemple. Enfin si, je sais comment elle est née. Un beau jour L’AMI Mozart en a eu plein le DOs (de sa clarinette) d’écrire des notes basses en sous-SOL de la portée et ce FAt a inventé la clé du même nom; là où je bute vraiment c'est sur l'endroit où on peut et doit situer une note si on la remet dans une partition en clé de sol.

 

Je ne comprends pas pourquoi j'ai l'impression que parfois ma comprenette se barre en Si 7.

 

Je ne comprends pas pourquoi on dit « dièse me too » et jamais « bémol moi aussi ».

 

Je comprends que la musique c'est aussi compliqué à écrire que les mathématiques. C'est pour ça que je ne l'écris pas et que je la joue - où que je joue avec - parce que, de toute façon, je ne sais pas lire les partitions ni les tablatures.

 

Mais, je ne le comprends pas plus, il m'arrive d’écrire des portées musicales avec des notes et des signes tordus pour mes comparses le violoniste et l'accordéoniste de ma chorale que nous appellerons respectivement monsieur Cidpla et Monsieur Zomu. Elles ne sont pas aussi jolies que le flocon de Monsieur Menuet, ce mathématicien compositeur dont le nom est un aptonyme charmant, mais je comprends qu'elles fonctionnent bien quand même parce que Cidpla et Zomu qui lisent la musique, eux, arrivent à jouer quelque chose de similaire ou de complémentaire à ce que je joue sur ma guitare.

 

 

Je comprends bien que tout cela, même les valses qui se jouent sur un rythme ternaire, je parviens à le faire grâce au système binaire des suites de 0 et de 1 qui permettent de faire tourner les ordinateurs et les logiciels MuseScore et Noteworthy grâce auxquels j'écris de la musique sans le savoir en mode Monsieur Jourdain.

 

Je ne comprends pas par contre pourquoi l'informatique permet d'aller télécharger sur la toile des virus qui foutent le disque dur de votre ordinateur par terre. Cela devait faire partie du domaine des probabilités et j'étais sans doute absent le jour où on a fait le cours de maths sur cette notion là. Ou alors j’avais piscine le jour du cours sur la loi de Murphy !

 

Bref, je ne comprends pas pourquoi je préfère les sciences humaines aux sciences dures mais je ne suis pas obtus comme l'angle pour autant.

 

Quand je rentre chez moi où que je sors le nez de mon ordi sur le coup de seize heures j'allume la radio un moment et j'écoute l'émission scientifique de France culture, "La Science CQFD".

 

Le ton des chercheurs est enthousiaste, posé, rassérénant et j'éprouve une profonde zénitude à les écouter parler des virus, des constellations ou d'autres choses très pointues auxquelles, tel Tino Rossi, je n'entends que tchi. Que tchi tchi même.

 

Cet après-midi c'était un tel bonheur d'écouter parler des manifestations volcaniques sur les planètes du système solaire que j'ai failli m'endormir.

 

Pas plus tard que dimanche j'ai été ravi d'apprendre de la bouche de mon ami Christophe le mandoliniste ce qu’était une tierce picarde. C'est le fait de terminer sur un accord majeur un morceau qui est écrit en mode mineur. Les Picards sont les derniers à avoir appris ou compris cela. Le dévoilement, ça prend du temps parfois.

 

En tant qu’ancien habitant du Pas-de-Calais, tout comme l'ami Bidasse natif d'Arras, j’ai été locuteur de cette langue nommée le Picard et je serai sans doute moi aussi le dernier à comprendre les énigmes de Monsieur Menuet. Pour ce qui est de leur solution, n’en rêvons même pas !

 

 

Mais à la lueur de ma sensibilité, à l'écoute de mes pulsations internes, je me suis senti obligé de procéder à la propagation de ces dix images au sein de l'atelier d'écriture de Villejean et même, au-delà, dans le village mondial. Celui-ci est pétri désormais d'intelligence artificielle mais, - Dieu merci ! - cette construction mathématique ne saura jamais comprendre ou expliquer elle non plus pourquoi je trouve ces images très belles.

 

 


 

15 octobre 2024

Consigne d'écriture 2425-06 du 15 octobre 2024 : Thomas Menuet

 

Thomas Menuet

 

 

Le compositeur Thomas Menuet vous propose une série de dix énigmes, mêlant musique et mathématiques. Elles ont pour titre :

 

Pulsation – Fureur – Propagation – Cyber horizon – Flocon – la Toile – Dévoilement – Lueur – le Domaine - Hommage

 

Il ne vous est pas demandé de les résoudre ! Mais vous disposez d’une image, des dix mots ci-dessus, d’un sujet au choix (Mathématiques ou Musique, parlez nous de votre rapport avec ces disciplines) et d’une forme possible, l’anaphore (« je comprends / je ne comprends pas », formule à répéter en tête de chacune de vos phrases si vous le souhaitez).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 octobre 2024

Je vous parle d'un temps / Anne J.

 

 

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ».

 

Un temps où l’homme lisait son journal tranquillement assis sur une chaise au lieu de faire défiler des pages sur son smartphone pendant des heures.

 

Une époque où il levait les yeux de temps en temps pour contempler le paysage, ce que ne fait jamais l’homme qui joue à un jeu vidéo où des centaines d’aliens lui arrivent de tous les côtés, alors qu’il doit les pulvériser avant que la machine n’émette un son strident annonçant «  Game over ».

 

Cet homme au chapeau relit peut-être pour la dixième fois une lettre le priant de "venir au rendez-vous dans le parc demain vers 16 h". Il imagine, sur l’une des chaises vides près de lui, cette femme délicieuse qui hante désormais ses rêves la nuit ou pendant la petite sieste qu’il s’accorde chaque jour après un repas sans doute un peu trop copieux ou trop arrosé. Encore une chose qui a disparu depuis que l’homme doit pointer chaque jour de 8 h à 18 h dans un bureau sinistre ou dans d’insipides réunions de technocrates européens.

 

Notre homme est là, en plein recueillement, plongé dans sa lecture et il ne voit pas la charmante personne et son chapeau de paille qui arrose juste devant lui le bel oranger. Il ne voit pas les regards langoureux et timides de la belle au tablier qui attend en secret qu’il lève enfin les yeux sur elle.

 

Non, la seule chose qu’il dira, c’est : « Quel été torride ! Je crève de soif, pourriez vous m’apporter une glace à la pistache ? ».

 

Elle délaissera l’oranger et prendra les allées qui mènent à la cuisine.

 

Elle reviendra avec une coupe toute embuée, emplie d’une belle boule verte et la posera sur le guéridon avec une petite révérence.

 

Finalement l’homme de 2024 est semblable à celui du siècle dernier sur ce point, il est gourmand, un peu fainéant et surtout aveugle de ce qui est sous son nez, préférant rêver à un monde parfait, que ce soit en politique ou en amour !

 

Pourrait-on peindre exactement le contraire, une femme qui lit, pendant que l’homme fait semblant de jardiner pour mieux l’admirer ?

 

Sans doute mais, chacun le sait, «  les femmes qui lisent sont dangereuses ! » jadis et aujourd’hui.

 

 

8 octobre 2024

Matin de juillet / Josiane

 


J’ai quitté la Bretagne humide, battue par les vents, pour poser ma valise en
Provence.


Bon sang qu’il y fait chaud !!!


Ne pas bouger, juste envie de faire une sieste à l’ombre d’un olivier, de douce somnolence, de rêves ébauchés aux couleurs de l’été.


Envie de fruits, de pommes, de poires, de belles tomates joufflues comme celles entrevues sur la charrette de la marchande au marché bio du village.


Rêves de desserts gourmands, de tartes aux myrtilles, de compotes fleurant bon la cannelle, de menthe à l’eau.


Rêves de régalades avec marmots barbouillés de confiture, d’étals bigarrés et de fous-rires.


Je tends la main, il est là, mon compagnon de route, le roman entamé au lever du jour avec le rituel du café qui accompagne mes lectures du petit matin.


Il fait trop chaud pour bouger, juste tourner les pages !!!

 

 

1 octobre 2024

Esprit farceur / La Licorne

 

 

- Esprit, es-tu là ?

 

- Mais oui, je suis là !

Ne me vois-tu pas ? 

 

Je flotte dans les airs

Je nage dans le mystère...

 

Le temps se vêt de brume

Et moi, comme une plume,

Je joue le long des rues

Dans l'air rugueux et cru...

 

Pareil à la feuille morte

Je passe sous les portes

Invisible et joueur

Je reprends les couleurs 

Les couleurs de la vie

Le temps m'est infini 

Alors je me balade

Je lance mes traits d'esprit

Et mes calinotades

Fffff...à la cantonade

 

Comme personne ne m'entend

Je ris de toutes mes dents

 

Je traîne mon odeur
Une odeur lourde et chaude
Et je chasse la langueur
Des endroits où je rôde...


J'aime faire les cent pas
Sous le grand Opéra
Parfois je fais un break 
Dans les bibliothèques 
Je suis un escogriffe
Qui garde l'esprit vif :
J'aime paperasser
Les écrits apocryphes
J'aime aussi potasser
Les dossiers cacochymes
 Et j'aime rêvasser
Sur les récits de crime

 

 

La nuit est mon domaine
La nuit je me dé-chaîne
"Eh, la lune, garde à vous !"
Je suis fantôme-voyou
Je suis fantôme farceur
J'ai l'esprit mal tourné !


Et puis, quand sonne l'heure
Du pan d'éternité,
J'accueille les nouveaux
Tout suffocants et blêmes
D'une bourrade, d'un bon mot
J'leur tends un chrysanthème
J'leur dis : "Prenez la peine,
La peine de vous asseoir
Au café d'Outre-Terre...
"Serveur, un petit noir...
Ou peut-être une bière ?
Venez donc, on va boire
A la mort, à la vie
Et puis aux grands esprits
Qui s' rencontrent la nuit..."


Bienvenue les amis !
Bienv'nue au paradis !

 

 

1 octobre 2024

D comme divagations / Adrienne

 

Quand des nuages couleur de marbre volent à travers un ciel fou

Quand c’est les noces du vent et de l’automne

Tu t’attendrais à ce qu’un chat près du foyer se pelotonne.

 

Mais le nôtre en cette heure de fête

Où l’automne et le vent perdent la tête

S’est installé dans un compartiment et a voyagé sans billet.

 

« Prenez prenez la peine

La peine de vous asseoir ! »

A déclaré le contrôleur

En soulevant son képi

Mais il n’y avait pas d’oiseau dessous.

 

De trein is altijd een beetje reizen

*(Le train, c'est toujours un peu long !)

A répondu le chat.

 

Et moi dans mon coin je me souviens

Des jours anciens.

De Jules de Zulma de Duvel
De Pipo Rossi et Mama Moussa
De Zeta et Jones

Et de tous les autres au paradis des chats.

 

N.B. Adrienne fait référence ici à l'histoire récente d'un chat très particulier

17 septembre 2024

Bob Morane / Edorée

 

Bob Morane part en Afrique

Bob suit la piste de l’ivoire

Missionné par El Matador

Rencontre une beauté noire

Les poches pleines de fric

Elle dégage un parfum d’Ylang Ylang

Doit braver les damnés de l’or.

Il l’embarque sur le bateau qui tangue.

 

 

Trois petits singes sur son passage

Refrain

Lui indiquent la tanière du tigre

Bob Morane est amoureux

L’Ombre Jaune, en camouflage

  Veut mener sa vie à deux

En ressort marqué de ses griffes.

Afin de séduire sa belle

 

Devient le roi des archipels.

Refrain

 

Bob cherche l’exterminateur

L’ombre Jaune lance un sortilège

Qui garde le jade de Séoul

Afin de l’éliminer de son siège

Bien armé, il n’a pas peur

Mais Bob Morane est un malin

Coupe la route des semeurs de foudre.

Envoie l’oiseau de feu y mettre fin.

 


 

1 octobre 2024

Syllogomanie / Jean-Paul

 

Quand sonne l'heure d'accumuler les emmerdes, celles qui volent en escadrille, comme disait Jacques Chirac, le Diogène moderne ne fait pas les choses à moitié.

 

C'est qu'on va vers l'automne, cette saison où tout tombe, les feuilles des arbres, les principes de l'élection démocratique, les menaces contre l'État de droit, les bombes un peu partout dans le monde et les systèmes informatiques chez nous.

 

Diogène a beau vivre dans son tonneau, il n'est à l'abri de rien. Panache au clair et glaive nu, les hackers transpercent toutes les cuirasses, se jouent de vos antivirus et volent, à travers le ciel fou du village mondial, votre identité numérique, vos codes d'accès à la messagerie et ratent de peu ceux de votre compte bancaire.

 

Prenez la peine d'écouter Diogène : une fois que ce vaurien d'Alexandre s'est retiré de son soleil, il clame que le temps se vêt de brume.

 

 

- Ces atteintes blessent mon cœur et ces bougres d'éditeurs en rajoutent, fermant mon compte Youtube et supprimant l'accès à ce blog de photos ou j'ai oeuvré, entre 2007 et 2013, pour montrer à ma mère, encore vivante alors, et au monde pas encore assassiné par les zéros sociaux et ChatGPT, la vraie chanson vivante d'un homme naïf qui regarde à tous les coins des carrefours. Il cherche et partage, de l'Est à l'Ouest, du Sud au Nord, tout ce qui peut relever de la vie drôle et des belles choses : les plumes d'oiselles des demoiselles au carnaval, les nuages par-dessus la mer, les survivances des jours anciens, vieilles voitures, manèges d'enfants, étalages de braderies, feuilles mortes d'anciens automnes, randonnées, voyages dans les îles et les villes…

 

***

 

Mais bon, tout n'est pas tout à fait perdu. Je ne suis pas ici pour vous raconter la vie de Diogène mais puisqu'il souffre sans douleur d'un syndrome d'accumulation sachez qu'il jongle ces temps-ci entre ses disques durs externes pour récupérer ses images perdues, les republier ailleurs, les sauvegarder par un double exemplaire pour le cas où une autre atteinte imprévue aussi bien que mortelle ne vise la matrice par trop unique.

 

Dès lors Diogène à décrété qu'il passerait un bel automne dans son tonneau : il y a 1773 pages html à enregistrer ! Il en a récupéré déjà 250 ces deux derniers jours. Il a l'impression d'avancer à la même vitesse que les deux escargots de Jacques Prévert.

 

Il n'est pas sûr pour autant qu'il les rende à nouveau accessible sur la toile. La poésie, au sens large du terme, peut-elle supporter d'être entourée, cachée, parasitée, annihilée par un flot de publicités triviales comme c'est le cas sur Youtube et sur Canalblog actuellement ?

 

 

Au-delà de cela, Diogène ne ressemble-t-il pas, à vouloir rassembler ses trésors dans un seul et unique tonneau sécurisé, à cet arbre d'octobre, échappée du tableau des joueurs de football de la semaine dernière - et d'Henri Rousseau -, arbre qui courrait après ses feuilles rousses, en hurlant, tant la bise le fait craquer : « Revenez ! Revenez ! J’étais très attaché à vous ! ».

 

Une chose est sûre: si Diogène chope une tendinite de l'épaule droite elle sera due à un usage immodéré de la souris et non, comme chez les véritables gens de gauche, à la pratique du poing tendu dans les manifs. Ce n'est pas lui assurément qui chantera jamais « Du passé faisons table rase ! ».

 

C'est difficile de lutter contre ses (syllogo-) manies !

1 octobre 2024

Consigne d'écriture 2425-04 du 1er octobre 2024 : Glaner des mots d'automne

 

Glaner des mots d’automne

 

On fait tourner quatre poèmes écrits par Emile Verhaeren, Paul Verlaine et Jacques Prévert sur le thème de l’automne. A chaque arrêt devant ses yeux l’écrivant·e note dans son cahier deux ou trois formules du poème qui lui plaisent.

 

Après le passage du quatrième poème on se retrouve donc avec un nombre d’extraits compris entre huit et douze. Il faut composer avec cela un texte sur l’automne qui soit tout sauf suicidaire ou déprimant. L’autre obligation est de retrouver au moins une formule de chaque poème initial dans le texte final.

 

Paul Verlaine – Chanson d’automne : https://www.poetica.fr/poeme-1824/paul-verlaine-chanson-automne/

 

Emile Verhaeren – Automne : https://www.poetica.fr/poeme-5267/emile-verhaeren-automne/

 

Emile Verhaeren - Soir d’automne : https://adrienne414873722.wordpress.com/2024/09/30/z-comme-zalig-3/

 

Jacques Prévert – Chanson des escargots : https://www.kartable.fr/ressources/francais/expose-type-bac/paroles-quot-chanson-des-escargots-qui-vont-a-lenterrement/25142

 

 

17 juin 2025

Les Yeux de Sharma / Marie-Sylvie

 

 

Ce soir-là, la neige tombait en silence, comme si le ciel lui-même voulait nous épargner les mots.

 

J'étais assise à la table de Marinette, ma bru et veuve de mon fils Sharma. Elle avait dressé un dîner parfait comme pour conjurer l'absence. Les bougies scintillaient timidement mais leurs flammes semblaient aussi frêles que nos sourires. 

 

Mirabelle, ma petite-fille, triturait sa fourchette avec l'air renfrogné des adolescents trop lucides. Lorsque je la regarde, c'est lui que je vois. Les mêmes yeux, la même intensité. Mais elle, elle mord la vie avec ses colères sourdes comme pour crier : pourquoi lui, pas un autre ?

 

Et Marinette, elle rit trop fort. Ses yeux brillent mais pas à cause de la joie. Elle rit pour ne pas pleurer et je le vois parce que, moi, je vis avec son fantôme. Mon Sharma. Il est là avec moi. Parfois dans les silences, parfois assis sur le bord du lit. Il me parle sans bouche, me console sans bras. 

 

Samantha, ma fille, essaie d'alléger l'ambiance. Elle parle de son projet de crèche pour Benjamin, mon petit Bigorneau. Il fait des bulles en mâchant sa purée et tout le monde s'extasie. Lui au moins n'a pas encore compris que  la vie, parfois, oublie de rendre ce qu'elle prend. 

 

Je serre ma serviette. Une larme glisse mais je l'ignore. Dehors, la neige continue de tomber. Elle recouvre tout : les trottoirs, les voitures, et peut-être qui sait, nos douleurs aussi. 

 

Mais pas ce soir.

 

Ce soir j'ai faim de vérité mais on sert du silence.

10 juin 2025

La Cerise sur le gâteau / Ghys Laine

 

Mais ! Mais ! Je suis tout rouge !
J'ai l'impression d'être la cerise de la famille des Bigorneaux !
Mais ! Mais !... C'est moi le bigorneau.
J'essaie de sortir de ce trou bien trop petit pour moi.
Je pousse, je pousse et hop ! hop ! je sors la tête !
Mais qu'est ce qu'elle me fait cette dame avec ses gants gluants?
Elle me tourne les épaules comme pour cuire une crêpe sur l'autre face!
Mais zut alors je ne vois plus rien, moi !
Et qui c'est, cette femme qui me pousse avec son ventre pour me sortir plus vite encore ? D'accord j'étais à l'étroit mais tout de même, un peu de délicatesse ! Et elle crie mais enfin le bigorneau que je suis n'est pas sourd vous savez !

 

Ah, voilà que je suis tout en entier sorti du trou noir, on m'attrape comme un paquet de linge sale et on me colle sur la poitrine de celle qui criait si fort. Que sa peau est douce ! Comme je sens que je suis bien. Ah je la reconnais déjà.
Oui je suis là, bien entier et dehors mais aïe aïe que ça fait mal !
Quelque chose entre en moi et ça brûle, je pleure ! Je leur dis que j'ai mal mais eux ils sont en extase à me regarder de tous les côtés !
Quelle ingratitude avec tous ses efforts que je viens de faire !

 

Et maintenant voilà que le monsieur me coupe mon accessoire de repas !
Mais comment je vais faire pour manger maintenant hein ??
Et j'ai faim mais très faim !
La main de la femme qui m'a poussé avec son ventre dirige doucement ma tête vers un petit bout qui pointe. Hummm ça sent bon, c'est doux, je touche du bout des lèvres ce bouton qui sent le lait.
Je l'attrape, je le tête, ah, oh, du lait ! Hummm c'est bon, trop bon, je dois le lâcher pour respirer ! Mais non je respire par le nez aussi !
Mais c'est fou, je respire et je mange en même temps !
Alors c'est ça, la vie ?!
Je suis donc le bigorneau de Maman et Papa, c'est comme ça qu'ils s'appellent à ce que j'ai entendu...
Papa , c'est celui qui m'a mis dans ce trou !
Maman c'est celle qui m'en a expulsé en criant.
Voilà donc ce que c'est que "naître à la vie".
Ben vous savez quoi ?

 

Ca me plait bien. On me cajole, on me baigne, on m'habille et surtout j'ai droit jour et nuit au bon lait de Maman, et Papa qui me berce aussi la nuit quand je fais exprès de pleurer pour être dans ses bras…
Elle est vachement belle, la vie de bigorneau !

 

 

18 juin 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-33 du 17-06-2025 : Quatre réveillons de Noël. 4, Mamita

 

Quatre réveillons de Noël. 4, Mamita

 

 

 

1. Ce n'est pas facile, pour une mère, de vivre avec le fantôme de son fils, Sharma, disparu trop tôt !

 

2. La vie continue pourtant. En compagnie de sa fille Samantha, du mari de celle-ci, Ludovic, et de leur bébé tout récent, Bigorneau, Mamita s’en vient passer la Noël chez sa bru Marinette, mère de la très délurée et très sensible Mirabelle.

 

3. Le fantôme de Sharma est toujours présent dans cette maison. Dans la cuisine…

 

4. … dans le séjour, près du sapin, devant les tableaux.

 

5. Maintenant, Marinette s’est enfin mise à la cuisine.

 

6. Il y a toujours le piano sur lequel Sharma jouait, composait, faisait chanter Marinette et Mirabelle.

 

7 . Justement les relations entre la mère et la fille ne s’arrangent pas.

 

8. C’est sûrement à l’enfant de douze ans que l’absence du père est douloureuse à l’extrême.

 

9. Le portrait de Sharma en père de famille bricoleur orne le dessus du piano.

 

10. Mamita a les gestes qu’il faut pour calmer Mirabelle après la dispute. N’est-elle pas une « belle »-mère ?

 

11. La vie continue. Mirabelle a elle aussi la passion de la musique. Samantha et Ludovic ont rendue Mamita grand-mère une seconde fois. Ce bébé promet plein de choses lui aussi. Il est l’heure qu’on aille le mettre au lit.

 

12. Mais l’’harmonie soudainement retrouvée dans cette maison, peut-être grâce à la musique composée par Sharma, Bigorneau veut en profiter. Il a fallu qu’on aille le rechercher dans sa chambre où il ne voulait pas s’endormir.

 

13. Il est 23 h 30 au clocher de l’église. Sharma aurait aimé voir tomber la neige à Noël.

 

***

Les images d'illustration sont temporairement déposées ici :

 

https://argentiquites.canalblog.com/2025/06/consigne-d-ecriture-aev-2425-33-du-17-06-2025-quatre-reveillons-de-noel.4-mamita.html

 

Il s’agit d’une œuvre collective à constituer. Vous êtes chargé·e de transformer le scénario ci-dessus en une nouvelle littéraire.


C’est le personnage de Mamita, la grand’mère, qui raconte toute cette suite d’événements d’un moment familial. C'est donc un« je » qui raconte un ou plusieurs des épisodes que le hasard vous a attribué(s). Il faut être le plus précis possible dans vos descriptions et dans la psychologie que vous prêterez aux différents personnages.

 

Pour l’écriture en ligne, choisissez ce qui vous inspire dans les treize situations et faites de même. Racontez-en autant que vous le souhaitez. Vous pouvez aussi donner le point de vue de Mamita sur l'ensemble des treize images. Gardez à l’esprit que le résultat final sera publié SANS LES IMAGES (ou sans ces images-là) !

 

***

 

Ce chapitre 4 est le dernier de cette série qui nous a vraiment bien plu

et vous a vraiment bien inspiré·e·s.

27 mai 2025

Quatre réveillons de Noël. 2, Ce qu'en dit Mirabelle / A.E. Villejean

 

 

1.

 

25 décembre !

 

Je suis Mirabelle. Je déteste ce prénom donné par ma mère parce qu’avant ma naissance mon père et elle étaient partis dans le Jura et avaient mangé des mirabelles. Tu parles d’une histoire archi-nulle !

 

Mon père est parti. Nous nous entendions bien et il m’a laissée avec ma mère qui est une personne narcissique. Si seulement elle pouvait mourir près du lac où Narcisse s’admirait lui-même et où il en est mort !

 

Pendant quelques minutes je vais mettre mon manteau à cape violet qui me transforme en sorcière. C’est mon habit-sauveur qui repose au fond de mon armoire.Habillée de ce manteau je peux lancer des bons sorts, des mauvais sorts. Ce soir je veux que mon père vienne dans ma tête. Il était un grand pianiste et il est parti au Groenland pour jouer sur la glace. Nous ne l’avons jamais revu.

 

Je veux que mon père vienne dans ma tête et dirige mes mains et mes pieds pour que je joue la plus belle partition du monde. Waooh !

 

Ghyslaine

 

 

2.

 

J’avais mis mon portable à charger. C’est le portable de Papa que j’ai récupéré et c’est Mamita qui paie le forfait. Ça plaît pas à la daronne ! J’fais gaffe quand je sais que la soirée va durer des plombes. Et en plus tout le monde va être en admiration devant le Bigorneau qui est trop moche ! La daronne m’a appelé et j’ai été dans la salle. J’ai enlevé ma queue-de-pie et laissé mon portable dans la chambre sans quoi elle aurait encore hurlé. Elle était dans la cuisine en train de recompter toutes ses bouteilles. Elle m’a d’abord engueulé que j’avais pas bien passé l’aspi, que je l’avais pas aidée en cuisine, que j’étais pas sapée correctement pour le réveillon et que j’avais pas intérêt à faire la gueule.

 

J’ai pensé que ça me ferait du bien de voir Mamita. C’est pour elle que je me suis teint les cheveux, pour les avoir de la même couleur que son sari. J’avais vu un tuto sur Tiktok – évidemment ça a pas plu à la daronne Pourtant c’est marquée sur la boîte : « couleur lie-de-vin ». J’lui ai dit mais elle a pas rigolé. Mamita m’a dit qu’elle m’avait choisi un beau cadeau. On a attendu. J’avais trop envie d’aller chercher mon portable dans la chambre mais déjà qu’y avait d’l’ambiance, j’voulais pas en rajouter.

 

Anne Françoise

 

 

3A.

 

Ouais, c’est Noël ! On sonne à la porte. C’est Mamita, elle entre chargée de cadeaux. Nous sommes excités.

 

Edorée

 

3B.

 

Ça sonne à la porte. Ah, c’est Mamita avec Samantha, Ludo et Bigorneau. Je les vois trois fois par an. Noël, Pâques et Toussaint. Et pourtant ils se prétendent tous athées !

 

Ghyslaine

 

3C.

 

Chic ! Ce soir c’est la fête de famille de Noël. Je vais enfin pouvoir m’évader du tête-à-tête avec ma mère. Elle m’énerve vraiment ; depuis deux semaines elle fait une fixette sur mon portable. Elle semble ignorer que la musique est une vraie consolation pour moi, surtout depuis que mon père a disparu..

 

Oh ça sonne ! Je descends vite les accueillir. C’est MA famille ! Celle de MON père. Finalement ma mère n’est qu’une pièce rapportée.

 

J’adore Mamita et je sens que c’est réciproque. Et puis Bigorneau est MON cousin ! Il est trop chou !

 

Bienvenue, Mamita, Samantha, Ludovic et Birgorneau ! Bienvenue, ma famille ! Entrez au chaud !

 

Je suis polie mais je pense que le joli paquet de Mamita est pour moi. Elle me fait tous les ans un joli cadeau pour Noël. J’ai bien compris le mois dernier qu’elle tâtait le terrain, que derrière des questions innocentes elle cherchait à percer mes goûts. J’espère que la télépathie va marcher et qu’il y a une jolie montre à gousset dans le paquet. J’en rêve depuis trois mois et j’espère qu’elle sera encore plus belle que celle de ma copine Mia.

 

Dominique

 

 

4.

 

J’ai enlevé ma pelisse de chef d’orchestre et je suis vite sortie de ma chambre pour aller ouvrir aux arrivants.

Ce sont les membres de ma famille : ma grand-mère, Mamita, mon oncle, Ludovic, sa femme, Samantha ,et leur petit bébé tout neuf, Bigorneau. Oncle Ludovic est encore sur le seuil et tient Bigorneau dans ses bras . Il y a un manteau accroché à la patère mais oncle Ludovic a encore son pull et une grosse écharpe en laine bleue. Et leur valise n’est pas encore montée à l’étage. Moi j’ai mis mon tee-shirt avec le sapin vert et je suis toute contente de voir Mamita, ma rani, ma rani indienne avec son sari et son troisième œil sur le front. Mamita en bonne grand-mère a les bras chargés de cadeaux. J’ai hâte que nous les déballions.

 

Eliane

 

 

5. A

 

Elle m’offre une montre à gousset attachée à une chaîne dorée qui appartenait à l’aïeul. C’est vieux. C’est pas moderne. Mes copines vont se moquer de moi.

 

Edorée

 

5. B

 

Super ! Mamita m’a offert la montre de son mari, le grand-père Basu. Elle est magnifique. Quand j’allais chez elle à Bagneux, plus petite, elle me laissait fouiller, farfouiller, fouiner dans les étages de leur pavillon. Il y avait là des malles pleines d’étoffes chamarrées, des albums de photos en noir et blanc avec d’élégants messieurs à turban blanc, des chasseurs juchés sur des éléphants, des paysages exotiques.

 

Papy Basu avait terminé sa carrière comme attaché d’ambassade en France et Mamita s’était tellement acclimatée à notre pays qu’avec le temps ils n’avaient plus aucune attache familiale en Inde. « Avec le temps, on a tué tout le monde » disait-elle déjà en riant. On est des assassins, on ne va pas se réincarner en quelque chose de bien ! »

 

Papa et Samantha étaient devenus de jeunes adultes parfaitement francophones. Un bel exemple d’intégration. Moi j’avais deux ans quand Papy Basu avait fait l’infarctus qui devait lui être fatal.

 

C’était sympa de m’offrir cette montre qui me rappelait ce pavillon fabuleux qu’ils avaient à Bagneux. Je pouvais faire tout ce que je voulais dans cette grande maison et je rêvais souvent comme ce n’est pas permis sur la descente de lit en peau de tigre.

 

Jean-Paul

 

5 C

 

-C’est la montre à gousset de mon père. Elle est en en or et elle est magique, me dit-elle. Il y a un petit bouton… Si tu veux retourner dans les temps anciens… par contre tu ne peux pas aller dans les temps futurs.

 

Est-ce vraiment dommage ?

 

Et elle ajoute :

 

- Bouddha aurait dit : C’est très bien comme ça ! Vivons dans le temps présent !

 

Bouddha, ce n’est pas mon pote. Vivre dans le temps présent quand il est pourri, ce n’est plus de la sagesse, c’est du masochisme !

 

Ghyslaine

 

 

6. A

 

Maman tape sur son verre avec sa petite cuillère. Mais pourquoi a-t-elle cette manie, au moment de l’apéro, de tenir l’habituel petit discours, aussi pénible qu’une prière avant chaque repas chez les cathos tradis ? Je ne l’écoute pas. Je vais encore avoir droit à son petit couplet comme quoi je suis une rêveuse, que je n’ai pas le sens des réalités.

 

- Mais qu’est-ce qu’on leur apprend à l’école ? Elle n’aide jamais, elles est toujours à rêvasser, le nez dans ses bouquins ou dans ses partitions, à imaginer qu’elle va faire la même chose que son père, avoir plus de succès que lui, devenir une star !

 

Quelle mauvaise femme elle peut être, parfois !

 

Je tourne le remontoir de la montre à gousset. Si je le tire vers la droite, comme me l’a montré Mamita, je peux faire tourner les aiguilles en avant ou en arrière.

 

Si j’avance les aiguilles d’une heure et vingt minutes, est-ce qu’on sera rendus au dessert ? Est-ce que c’est une montre magique, comme un minuteur ? Au lieu de sonner il file un croche-pattes à la porteuse du gâteau qui s’étale le nez dans le fraisier ! Une arme létale indécelable qui évite de passer à l’acte.

 

Jean-Paul

 

 

6. B

 

Pour l’apéritif je n’ai pas eu droit à la même boisson que les grands. Pour une fois je pouvais faire une exception mais maman me l’a interdit. J’ai dû boire du jus de fruits. Nous nous installons à table.

 

Edorée

 

 

7.

 

Allez, j’en reprends en douce, du champagne pendant que Mariette est partie chercher son chutney dans la cuisine

 

Ah ! Bien fait pour elle ! Vu l’épaisse fumée noire qui sort de la cocotte elle n’aura pas droit aux compliments de la tablée : son plat a cramé !

 

Il y a des jours où je la déteste tellement que je l’imagine pourvue d’un amant qui s’appelle Roger. Un jour qu’ils seraient seuls à la maison, je reviens avec ma cape d’invisibilité et je pousse le bonhomme dans l’escalier de la cave.

 

Après elle a un mal fou à expliquer aux gendarmes ce qui s’est passé exactement !

 

Jean-Paul

 

 

 

8.

 

C’est trop nul, ce Noël ! J’peux même pas envoyer un SMS à mes potes. Et puis elle nous gonfle trop avec ce chant de Noël à la con. Douce nuit, sainte nuit, tu parles, y’a rien de plus chiant ! Et je dis pas la honte quand je vais me pointer au collège avec la montre à gousset !

 

Je sais bien que c’était la montre de grand-père, Mamita, mais tu ferais mieux de la garder et de la refiler à Bigorneau quand il sera plus grand ! Moi j’en ai pas besoin, j’ai mon téléphone.

 

J’en ai vraiment marre. C’est trop injuste ! J’suis juste une pauvre orpheline, et ce soir, pour fêter Noël, j’ai plus rien ! J’suis démunie, coupée du monde : Nan ! J’en veux pas d’son gâteau ! Tous les ans c’est la même chose, elle va se pointer et dire : « Attention ! Attention ! C’est l’heure du fraisier ! » D’ailleurs les fraises à Noël, c’est pas écolo. Moi c’que j’aime, c’est l’chocolat !

 

J’parierais que Samantha va nous jouer ‘Ô Tannenbaum » ! Aaaah ! On aura encore droit à ça ! Ah, j’suis trop déprimée ! J’en peux plus d’cette famille à la con ! Et le Bigorneau qui va pas arrêter d’chialer ! Sa mère pourrait bien s’occuper de lui au lieu de nous prendre la tête avec ses chants allemands !!

 

Ouh ! J’en ai vraiment marre ! Quand je pense à ma copine Clara qui s’éclate en ce moment à Ibiza ! Ses parents à elle, ils sont dans le coup, pas comme nous ! Nous on est vraiment nuls !

 

Claude

 

 

9A.

 

Nous avons bien mangé. Alors que tante Samantha s’installait au piano et que maman se transformait en chèvre en chantant, je fus prise de mélancolie car une personne manquait à cette fête de Noël. J’aurais tant aimé que papa soit là mais il a soudain disparu.

 

Édorée

 

 

9B.

 

Et maintenant, voilà ma mère qui chante ! Mais ce n’est pas vrai ?! On m’aura tout fait, ce soir ! Maintenant je connais la musique et je vois bien qu’elle chante faux !

 

Mamita m’offre un cadeau pourri ! Non mais ! La vieille montre du grand-père, ou même peut-être de l’arrière-grand-père ! ! J’vais avoir l’air de quoi, moi, devant mes copains qui ont des montres connectées ? Une montre à gousset ! Ils ne savent même pas que ça existe ! Il manque juste le petit gilet avec sa pochette ridicule pour y glisser la montre ! Je ne peux même pas me défouler en appelant ma copine puisque l’on m’ a confisqué mon téléphone. En plus massacrer cette chanson que j’aimais tant quand j’étais petite ! Mamita essaie de me consoler mais là, c’est trop ! Quelle soirée galère ! J’avais pourtant fait l’effort de mettre mon tee-shirt avec un petit sapin vert, pressée de faire la fête. Un petit sapin à douze ans, mais c’est la honte ! L’année prochaine je pars chez Mamita aux Antilles. Peut-être que j’y retrouverai mon papa.

 

Maryvonne

 

 

10 A.

 

Je me lève brusquement. Je sors dans le froid, dans la neige pour pleurer. Je voulais cacher ma tristesse à Mamita car je ne voulais pas qu’elle soit triste elle aussi de l’absence de son fils. .

 

Edorée

 

10B.

 

Le cadeau qui m’était dévolu est une chaîne à laquelle est accrochée une jolie montre à gousset. J’ai eu un gros coup de blues quand Maman s’est mise à chanter, accompagnée au piano par tante Samantha. Maman chante bien, surtout après quelques coupes de champagne et la mélodie que joue Samantha est belle. Maman a l’air douce et ce n’est pas toujours le cas malheureusement. Mon coeur s’est serré. Je suis émue. La famille est réunie mais je ressens un manque. Pourquoi Papa n’est pas là  et où peut-il bien être ? Je préfère aller dehors pleurer. La nuit est belle, même s’il neige. Je me réfugie près de la cabane qui sert à ranger les outils. Cela me fait encore plus pleurer. Qui va se servir de ces outils maintenant que papa est parti ? Je regarde la montre. Elle n’est pas neuve. Était-ce celle du grand-père ? Je laisse couler mes larmes à flots mais il va bien falloir que je les sèche et que je retourne à l’intérieur partager ce réveillon avec les autres.

 

Eliane

 

 

 

11A.

 

Je suis revenue pour le dessert parce que j’aime trop le fraisier de maman. Elle est comme elle est mais la pâtisserie, ça, elle maîtrise. Il est vraiment beau et on voit qu’elle est fière d’elle. La perspective de ce gâteau me console du gros chagrin que j’ai eu tout à l’heure. Je n’ai pas aimé les vieilles chansons qu’elles ont chantées. J’avais préparé un texte de rap, poétique, que je rêvais d’accompagner au piano. J’y parlais de mon père, le grand guide de haute montagne, mort trop tôt, congelé dans une crevasse.

 

Ma mère n’aime pas que je parle de lui mais je pensais que ce soir, avec ma famille paternelle présente, elle allait m’autoriser. Mais non, comme souvent elle a pris toute la place. Elle continue à me considérer comme une petite fille, elle ne me laisse pas grandir mais moi j’ai la tête pleine de poèmes et de mélodies et je me sens vraiment incomprise. Ah si mon père était encore là ! Lui il m’écouterait.

 

Dominique

 

11B

 

Les plats ont défilé sur la table. Ma tante et ma mère ont chanté des chants traditionnels. C’était mortel.

 

Ma mère a apporté le gâteau aux fraises comme à tous les Noëls. Mais comme elle avait trop bu de champagne elle s’est pris les pieds dans un jouet, un train, et s’est retrouvée le nez dans le fraisier, à la Charlot !

 

Ghyslaine

 

11C.

 

C’est l’heure du gâteau. Maman apporte un fraisier, mon dessert préféré. Elle arrive en souriant, nous applaudissons mais Patatras ! Elle trébuche sur le jouet de Bigorneau qui traînait par terre.

 

Edorée

 

 

12A.

 

Maman, très fâchée, me reproche ma négligence car j’aurais dû ranger les jouets de Bigorneau.

 

Edorée

 

12B.

 

J’en ai plus que marre. On dit que les adolescents sont difficile, OK mais alors les vieux cons, là, ils s’en souviennent, eux, de leur adolescence ? On se fait engueuler mille fois par jour, on se fait traiter de débiles, d’ectoplasmes, de bons à rien du matin au soir. Quoi qu’on fasse, ça va jamais ! Non, mais, ils se voient pas, eux !

 

Alors cette soirée de Noël, je m’en souviendrai. A pars ma Mamita, c’est une bande de tordus, ma famille, je peux plus les voir. L’hystérie, surtout ma mère ! Alors là, c’est le pompon ! Elle s’est mise à me hurler dessus parce qu’elle s’est cassé la figure à cause d’un jouet du Bigorneau. Et bien sûr, je me suis fait engueuler. C’est un comble ! J’ai rien à voir avec les jouets du Bigorneau. Il a des parents, non ? Ils ont qu’à s’en occuper des jouets de leur mouflet ! Qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ?

 

Bon, Papa s’est tiré, je le comprends, hein ! Si je le pouvais, je me tirerais aussi. Franchement depuis qu’il est parti, elle est à moitié folle, elle se déchaîne. Au fond elle me déteste. Je le sens. Ma seule présence l’énerve. Tout le monde se rend compte qu’elle ne tourne pas rond. Pis alors ce réveillon… Elle a pas arrêté de râler, c’est toujours elle qui fait tout, que les autres y mettent les pieds sous la table et se bâfrent, que ça lui coûte une fortune, qu’elle est toute seule, qu’elle fait la cuisine depuis deux jours… Ben elle a qu’à pas le faire et dès qu’elle peut elle s’en prend à moi parce qu’avec les autres elle ose pas. C’est tellement plus simple de s’en prendre à moi ! Moi si ça continue, j’me tire chez Mamita !

 

Véronique

 

 

 

13

Je suis fâchée. Pour me consoler, je me mets au piano. La musique adoucit les mœurs mais voilà que Bigorneau se réveille, pleure. Alors mon oncle Ludovic est allé le chercher, l’a bercé au son de la musique. Pendant ce temps tante Samantha débarrassait la table en souriant.

 

 

J’ai joué « Douce nuit » puis à 3 h 45 à ma montre, tout le monde est allé se coucher.

 

Edorée

 

10 juin 2025

Un Monde trop grand / Marie Sylvie

 

 

Je suis petit, petit comme le bout des doigts de Mémé lorsqu'elle caresse ma joue, petit comme les miettes du gâteau qui tombent de la bouche de ma cousine en riant trop fort. Ici, tout est trop grand. 

 

Il y a ma tante, la sœur de papa. Elle parle vite, comme si tout le monde allait s'écrouler si elle s'arrêtait. Elle regarde sa fille avec des yeux qui disent beaucoup de choses, des choses que je ne comprends pas encore. Ma cousine est grande, elle bouge comme une étoile filante, tantôt sombre, tantôt éclatante. 

 

Mémé est là aussi, elle sent bon, elle est douce et lorsqu'elle me porte, le monde rapetisse un peu. J'aime être contre elle, entendre sa voix qui n'a pas besoin de trop parler pour exister. 

 

La fête est partout. Les lumières clignotent, les voix montent et descendent comme une mer agitée. Ça sent le chocolat chaud, la cannelle, quelque chose de sucré que je veux attraper mais qui reste hors de portée. 

 

Je ne comprends pas tout mais je ressens tout. L'amour. La fatigue. La solitude cachée sous les sourires. Et moi, là, petit dans ce monde trop grand, je regarde, j'écoute, je prends tout en moi... sans savoir encore comment le dire. 

 

27 mai 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-30 du 27-05-2025 : Quatre réveillons de Noël. 2, Ce qu'en dit Mirabelle

 

Quatre réveillons de Noël. 2, Ce qu’en dit Mirabelle

 

 

1. Mirabelle est dans sa chambre. Jette-t-elle des sorts ? Dirige-t-elle un orchestre imaginaire ?

 

2. Elle sort affronter le monde…

 

3… même s’il est adouci par la neige qui tombe au-dehors. On a sonné. Elle ouvre la porte, fait bon accueil à l’oncle Ludovic, la tante Samantha, leur bébé Bigorneau, son cousin germain, et à Mamita, leur grand-mère commune qui l’est moins qu’on le croit...

 

4…. car elle arrive les bras chargés de cadeaux.

 

5 Pour Mirabelle, ce sera une chaîne dorée au bout de laquelle…

 

6. … pend une montre à gousset. Mais c’est l’heure de l’apéritif...

 

7. … et puis on passe à table

 

8. Après le plat de résistance, Samantha accompagne au piano Marinette qui chante. La tristesse envahit Mirabelle au grand dam de Mamita.

 

9. Elle quitte la table en pleurant…

 

10... va sécher ses larmes près de la cabane au fond du jardin.

 

11. Et puis c’est le dessert, un joli fraisier tout garni d’accident dans l’air.

 

12. Mirabelle se prend un savon maternel.

 

13. Heureusement reste la musique. Elle peut enfin jouer du piano. Il est 23 h 20 ou 3 h 45 sur cette montre à gousset. Marche-t-elle encore seulement ? A un rythme tout à fait personnel ? Et Bigorneau, pourquoi n'est-il pas encore couché ?

 

***

 

Il s’agit d’une œuvre collective à constituer. Vous êtes chargé·e de transformer le scénario ci-dessus en une nouvelle littéraire.


C’est le personnage de Marinette qui raconte toute cette suite d’événements d’un moment familial. C'est donc un« je » qui raconte. A partir des images publiées temporairement ici

 

https://argentiquites.canalblog.com/2025/05/quatre-reveillons-de-noel.2-ce-qu-en-dit-mirabelle.html

 

vous écrivez un des épisodes que le hasard vous a attribué en étant le plus précis possible dans vos descriptions et dans la psychologie que vous prêterez aux différents personnages.


 
Pour l’écriture en ligne, choisissez ce qui vous inspire dans les treize situations et faites de même. Racontez-en autant que vous le souhaitez. Gardez à l’esprit que le résultat final sera publié SANS LES IMAGES (ou sans ces images-là) !

 

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