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L'Atelier d'écriture de Villejean
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6 octobre 2015

Cauchemar à Nedjek : Chabotté et Madame Lafée / Dominique MD

L'inspecteur Chabotté enquête après la disparition du bourgmestre M. Leloup, auprès de la tenancière du bistrot, Mme Lafée.

 - Vous, vous appelez La Fée du Logis ou la Fée tout court ?

- Chez nous, on n'a pas de particules, on est des plébéiens pur jus. LaFée tout court, je ne connais pas. Allez voir à Rennes, ils ont Tout Rennes court.

- Bon, Madame Café.

- LaFée !

- Bon, madame, connaissiez-vous le disparu ?

- Le disparu ! Vous n'y allez pas de main morte ! Disons que Mme Leloup a porté plainte. On se demande pourquoi ! D'habitude, elle ne fait pas de démarches, elle ne porte rien, c'est une petite souris..

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- Je vous interroge sur M. Leloup. Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?

- Pour la dernière fois ? Moi, j'espère que ce n'était pas la dernière fois. J'espère bien le revoir. C'est un bon vivant c't'homme-là !

- Donc, quand l'avez- vous vu ?

- On le voit souvent, et aussi quand va y avoir des élections, il paie la tournée alors.

- C'était quand les élections ?

- Ben c'est vous l'inspecteur, vous devez bien savoir la date des élections !

- Ecoutez, Madame Café au lait.

- LaFée !

- Ecoutez, Madame LaFée au lait. C'est moi qui pose les questions, et vous, vous répondez. Réponses courtes, précises. Que faisiez-vous dans la nuit du 22 au 26 ?

- Ben, dites donc, elle est longue votre nuit. Une nuit de cent heures ! Ça alors ! Y a eu une éclipse totale de soleil qu'a duré quatre jours ! Là, j'ai rien vu moi ! Ils en ont pas parlé à la télé ! C'est vrai qu'ici, y'a toujours le néon allumé, alors forcément j'vois pas trop l'extérieur. Mais quand même, j'men s'rais aperçu de l'éclipse totale !

- Madame Martini, vous nous égarez. C'est vous qui avez une éclipse totale du cerveau. Dites moi plutôt qui voulait faire disparaître Monsieur Leloup.

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- Oh ! Leloup, il aimait bien Mamzelle Chèvre de Monsieur Seguin. Mais, bon ! Dans sa situation, c'était pas possible de courir les près derrière une jeunette.

- Qu'est ce qu'elle est devenue cette jeunette ?

- Ben, elle a disparu aussi ! Monsieur Seguin pleure, mais il ne porte pas plainte, lui. Il sait qu'il faut que jeunesse se passe.

- Monsieur Leloup aurait disparu avec Mademoiselle Chèvre de Monsieur Seguin ? Ça alors ! Vous essayez de m'emmener sur une drôle de piste.

- Mais, non. Pour aller chez Monsieur Seguin, c'est pas une piste. C'est un petit sentier dans le bois, et ensuite on traverse la grande prairie verte.

- Et, comment il va, Monsieur Seguin ? J'aimerais bien le rencontrer lui aussi.

- Ca alors ! Vous voulez voir M. Seguin ! Mais personne ne veut le voir. Quand il arrive au bistrot, tout le monde s'écarte. Il sent trop le bouc, c't'homme-là. Il est trop sauvage, si vous voulez savoir. Même que maintenant, il a acheté un patou, vous savez ces gros chiens qu'ont un collier clouté, et si Monsieur Leloup revient voir Mamzelle Chèvre de Monsieur Seguin, sûrement il va lui lâcher le chien dessus.

- Je ne comprends plus rien. Vous m'avez dit que Mlle Chèvre était partie. Pourquoi Leloup reviendrait-il ?

- J'sais pas tout, moi. Peut-être qu'elle a des remords, qu'elle veut consoler son vieux. Peut-être qu'elle veut l'héritage aussi. Si elle revient pas, elle aura rien.

- Vous en savez des chose, vous ! Donc, pour vous, Monsieur Leloup n'a pas été assassiné ?

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- Vous avez vu du sang, vous ? Où est-ce qu'il aurait été assassiné ? Ya pas de château de Barbe-Bleue ici !

- Vous confondez tout. Barbe-Bleue a assassiné sept femmes mais pas un seul bourgmestre !

- C'est pas une raison. Il peut changer, il peut attirer les hommes maintenant. C'est possible avec le mariage pour tous.

- Allons, donc ! Vous suggérez que Monsieur Leloup et Monsieur Barbe-Bleue auraient pu convoler en justes noces ?

- C'est vous qui le dîtes !

- Mais qui les aurait mariés ? C'est tout de même Leloup , le bourgmestre !

- Oui, mais ils peuvent se marier ailleurs !

- Donc, résumons ! Monsieur Leloup est attiré par Mademoiselle Chèvre, et par Monsieur BarbeBleue. Il n'a peut-être pas été assassiné mais mangé par un patou et il se trouve peut-être dans une cave du château de Barbe-Bleue, ou bien dans un bourg dont il n'est pas le bourgmestre ?

- Oui, peut-être dans un autre pays. Un pays accueillant. Tiens, l'Allemagne par exemple ! Voilà un pays accueillant ! Les gens manifestent pour vous accueillir. Ils ont dit qu'il fallait ouvrir la forteresse de Schengen. Toutes les femmes emprisonnées par tous les Barbe-Bleue du monde vont pouvoir se réfugier dans la forteresse de Schengen.

- Je comprends plus rien à cette histoire. BarbeBleue, c'est un gentil ou un méchant ? Mademoiselle Chèvre, elle est toujours là ou elle est en Allemagne ? Monsieur Leloup, il va revenir ou rester à Berlin ? 

 

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16 décembre 2014

Cérémonie soit qui mal y pense ! / Jean-Paul

1415-12 Edouard Levé 05

La peste soit de l’avaricelle et des avaricelleux !

Celui-ci a peut-être un langage fleuri mais ses mots - ou ses maux ? – se pressent en boutons sur ses joues et sur son front pendant que son hymne national retentit. Il garde son –leur ? - expressivité pour plus tard. Pustule simplement ne pas être contagieux !

Est-ce une pensée qui couve avant qu’il ne discoure ou une maladie qui incube ? Méfie-toi du feu sous la glace ! Avec le temps, comme tout volcan, bien souvent la rupture n’est qu’éructation, éruption, grêle de coups, coups de bâton, mots décousus de fil blanc et, de fil en aiguille, propagation de boutons qu’on enfile et qu’on se refile. Et si l’on en juge par Pavin et Chauvet, c’est seulement une fois le volcan éteint que le lac naît.

Le boutonneux que je vais récompenser vient justement du centre de la France. Je ne sais où il est allé pêcher cette chemise blanche trop grande pour lui. Personne n’a pensé à lui dire de mettre une cravate. Franchement, le comité donne ses prix à n’importe qui, cette année !

Ca y est, la musique c’est arrêtée, je vais pouvoir lâcher sa main. Je sors de la poche droite de mon veston la notice de montage Ikéa au dos de laquelle j’ai écrit mon petit discours :

- Monsieur Robert Modiano, au nom du comité, devant les caméras du monde entier, je suis heureux de vous remettre le prix Nobel de photographie de spectacles carnavalesques !

Pendant que les flashes crépitent, avant qu’il ne prononce son laïus convenu, je m’éloigne. Discrètement je regarde ce point rouge inquiétant sur le dos de ma main droite et je me lisse la moustache, intrigué.
Ce n’est pas un bouton.

C’est un confetti.

Nous remercions l'auteur pour l'emprunt de son oeuvre et je m'engage à la retirer de ce site si la demande en est faite par ses ayant droit.

15 janvier 2013

Berthoise / par Josiane (Séance du 15-01-2013)


- Berthoise nous a quittés, hier à vingt heures ».

 

Le journaliste a pris le ton souffreteux qui sied à celui qui annonce une mauvaise nouvelle. Au réveil, on a l’habitude. Des mauvaises nouvelles en ce moment, il n’y a que ça. Mais, pour la mort de Berthoise il aurait pu faire plus gai. Elle n’aurait pas aimé nous rendre tristes dès l’aube, elle qui toute sa vie n’avait cessé de nous faire rire. Car, il faut dire que Berthoise c’est - enfin, c’était -, entre autres choses, la reine des brèves de comptoir.

 

Marie-Chantal

Ma première rencontre avec elle date de mes quinze ans avec « Questionnaire ». Petit exemple :


- Mettez- vous un serre-tête à un moment de la journée ?


- Jamais ! Ça me file la migraine. Et puis le serre-tête donne un air « Marie Chantal » qui me va mal au teint. Déjà que je m’appelle Berthe, si en plus je ressemble à Marie-Chantal, où va-t-on ?

 

Voilà, le ton était donné et peut être aussi un indice sur son vrai prénom Berthe.


Berthoise, elle est née en 1924 comme mon père, c’est pour ça que je m’en souviens. Berthoise, elle faisait beaucoup parler d’elle, surtout à cause de ses nombreux mariages. Combien ? Ça je ne m’en souviens plus, par contre lorsqu’elle était en période de célibat, elle avait coutume de dire afin que l’on sache bien que sa vie n’en était guère affectée :


« Tu fous un coup de pied dans une poubelle, il t’en sort dix, des gars ! ».

 

J’ai suivi son parcours au fil de ses publications, rien qui ne vaille le Goncourt certes, mais ça mettait un peu de gaîté dans nos vies. Pourtant ses titres ressemblaient plus à des titres de polars qu’à des recueils à disposer au rayon des œuvres comiques. « Comme à Ostende », « Opération Turbot », « Froid de canard ». Et à chaque fois, la gueuse nous servait ses drôles de trucs qui décoincent.

 

Dans les années quatre-vingts - elle avait alors plus de cinquante ans - avec l’arrivée de l’informatique, elle se mit à pester contre l’outil et écrivit un de ses plus beaux chef d’œuvre : il aurait pu servir d’exutoire à tous ceux qui, dépassés, refusaient de prendre le train en marche et appelaient comme elle la souris un mulot et le lecteur de disquette un grille-pain.

 

Ensuite, elle écrivit : « Aléa de la vie professionnelle d’une remplaçante en milieu rural ». « Ne jamais circuler dans la campagne en automne ! » y disait-elle après avoir expliqué que la campagne betteravière coïncidant avec la récolte du maïs rendait les routes de campagne impraticables. Implacable !!!

 

george-harrison

Elle s’élevait aussi contre tous ceux qui faisaient du bio un dictat : « Ti bouffes, ti bouffes pas, ti crève quand même » avait-elle dit devant un Mimi Drucker qui n’en croyait pas ses oreilles. Aussi, pourquoi l’avait-il invitée, la reine du dérapage incontrôlé ? Y’a une limite de tolérance à la connerie tout de même !


Et voilà que Berthoise vient de fermer son parapluie, à bientôt quatre-vingt dix balais. Moi, je vais relire « Turlututu, je suis reviendue », c’est elle qui me le souffle d’où elle est maintenant. Et que le zozo du journal de six heures en prenne de la graine ! Il pourrait annoncer par exemple : « Ce matin, des mauvaises nouvelles, il y en a autant qu’un curé pourrait en bénir, entre autres, la mort de Berthoise que nous aimions tant parce qu’elle au moins elle nous faisait rire. »

 

Mais, le voilà qui poursuit, le perfide : « Ses cendres seront dispersées au large des côtes d’Angleterre ».

 

Elle voulait faire un dernier pied de nez, car lorsqu’on lui disait : « Stones ou Beatles ? » elle répondait : « Les Beatles, et George était mon préféré ».
Je garderai d’elle cette répartie alors qu’invitée il n’y a pas si longtemps à une de ces émissions où l’on mange tout en causant, l’animateur posa la question « Est-ce que quelqu’un veut un autre café ? ». Elle répondit : « Pas de ce genre-là, non merci ! ».

9 décembre 2014

Manuscrit ...Tapuscrit... Notrepuscrit / Maryvonne

Depuis que mon manuscrit s’est inscrit à un club de remise en forme, je ne le reconnais plus ! Lui qui s’empiffrait de…mots culinaires comme « bourdaloue, tandori, rataboudin » et autres friandises se voit mis au régime par la correction de « Word » qui ignore ses mots goûteux.

Désolé, le pauvre qui n’est plus manuscrit mais tapuscrit puisqu’il ne m’appartient plus est parti à la pêche du retour à la ligne. Les virgules comme des petits vers se tortillent au bout de l’hameçon en forme de point d’interrogation. Les points sont obligés de coller aux cuisses des phrases sinon un petit zig zag vert vient pointer la maltraitance.

Les mots qui chez moi sortent en désordre au bout de mon crayon se voient soudain alignés le petit doigt sur la couture de la feuille A4.

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Mon pauvre manuscrit, comme s'il était malade, se voit extraire un mot peu usité comme un furoncle. Et ce mot que j’ai minutieusement choisi, peut-être même tiré de l’oubli, ce mot rare qui m’est précieux, si je veux vraiment le garder alors que le correcteur sans cœur me le souligne du rouge de la honte, ce cher mot c’est d’un doigt triste que je dois cliquer sur « ignorer ». On me met la souris sous la gorge pour me faire ignorer ce que je préfère. C’est la dure loi du mauvais traitement informatique.

Après cela le tapuscrit aura l’air d’un bellâtre, bien propre sur lui, avec les points sur les i, les parenthèses à l’aise, les majuscules prétentieuses, les chapeaux dans les abîmes et dans les châteaux. Il aura respecté les pluriels singuliers, ignoré les onomatopées de mon cru, chanté la belle grammaire. Mais pour quelques pas de travers saura-t-il combien j’ai bataillé pour embrocher à la pointe de mon clic de nombreux « ignorer » ?

3 décembre 2014

Consigne d'écriture 1415-10 du 2 décembre 2014 : Ma grand-mère avait les mêmes (Philipe Delerm)

 Ma grand-mère avait les mêmes (Philipe Delerm)

1415-10 consigne DELERM 2

Philippe Delerm évoque dans des textes courts les circonstances banales dans lesquelles on utilise ces petites phrases toutes faites. Il en tire une morale, une philosophie. Vous l’imiterez ou pasticherez son style particulier qui consiste à :

- Ecrire au présent
- Faire des phrases courtes
- Utiliser abondamment « On »

Ma grand-mère avait les mêmes
Il a refait sa vie
Y’a un peu plus, je le laisse
N’oubliez pas d’éteindre vos portables
Moi j’ai bien aimé
C’est le soir que c’est difficile
Je voulais voir ce que c’était
D’abord, merci de prendre ma question
On ne vous fait pas fuir au moins
Je préfère Trouville à Deauville
C’est pas vrai !
Ca va refroidir
Voilà, tu la connais l’histoire
Faut arrêter !
Y a pas d’souci
Il faut le voir sur scène
Ca devrait toujours rester comme ça
J’ai horreur de cette phrase
Chez nous, c’est comme ça !

1415-10 consigne DELERM

Du côté de mon mari
Je vais prendre les matches un par un
Ca a été ?
J’ai une contrainte
C’est maintenant qu’il faut en profiter
On était écroulées
Qui lit encore Duhamel ?
Qu’est-ce que vous allez faire aujourd’hui ?
Il pourrait bien neiger
Par contre je veux bien un stylo
On peut le changer
Quel est votre plus gros défaut ?

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2 décembre 2014

Moi, j'ai bien aimé ! / Dominique

1415-10 Dominique 3 j'ai bien aimé

Moi, j'ai bien aimé !

Libé a dit que c'était nul,

le Monde a déconseillé,

Moi, j'ai bien aimé.

D'accord, c'est un peu long,

Y en a qui se sont ennuyés,

mais moi, j'ai bien aimé,

Y a pas beaucoup d'action,

c'est plutôt de l'introspection,

j'ai pas tout compris,

mais j'ai bien aimé.

Les acteurs sont inconnus,

y en a un qui articule mal,

peut-être que c'est fait exprès,

moi, j'ai bien aimé.

Ma copine aussi,

on est les deux seules à être restées

jusqu'à la fin.

Je crois que ça ne repasse plus.

Moi, j'ai bien aimé !

4 novembre 2014

Objet déposé sur le Bon coin / Marie-France

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En pianotant sur son ordinateur, Louis, le fils aîné, trouva cette petite annonce sur le site bien connu du « Bon coin ».
Depuis quelques mois son père avait « baissé » comme on dit, et ne quittait plus guère sa chambre ; ses jambes étaient fatiguées et la vie se déroulait devant lui tel un film que l’on regarde à la télé. Son fils cherchait par tous les moyens une solution pour rompre l’isolement de son père et le maintenir le plus possible au milieu d’eux.


Etat neuf pour ce fauteuil n’ayant servi que quelques semaines.
Fauteuil Relax 3 positions : assis, allongé, releveur.
3 moteurs indépendants.
Recouvert de suédine couleur taupe.
Prix : 300 € à débattre. 

Le papy n’en avait que faire de ce fauteuil, il lui fallait quitter son lit douillet et confortable pour rejoindre le groupe familial et avoir un semblant de vie sociale.

- Mais pourquoi diantre n’est-elle pas venue l’heure de me laisser en paix et me laisser glisser tout doucement d’un monde à l’autre ? pensait-il.

Il se résignait pourtant à honorer les souhaits de ses enfants et petits-enfants mais puisqu’ils voulaient sa présence ils n’allaient pas être déçus du voyage du vieil homme de sa chambre au salon où l’attendait son trône.

Les enfants l’avait choisi de couleur taupe, couleur de la terre qu’il aimait fouler autrefois avec ses sabots de bois cloutés. Ce n’était pas une couleur très gaie, mais qu’importe finalement cela lui rappelait des souvenirs de jeunesse, des souvenirs heureux, des souvenirs où il était libre d’aller et venir à sa guise. Maintenant c’en était fini, ses jambes ne répondaient plus guère et il avait constamment besoin d’aide.

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Une fois installé, on lui expliqua le fonctionnement de l’engin :
- 1 position assise,
- 2 position allongée.

Assis, allongé, assis, allongé, il avait l’impression d’être sur une balançoire et d’entendre sa mère :« Allez ! Allongé, replié, allongé, replié et tu iras très haut !».

Là pas de crainte qu’il n’aille trop haut : les roulements manquaient un peu d’huile et grinçaient à chaque mouvement.
Restait la 3ème position, la possibilité de se relever sans mal, il fallait y aller doucement sinon vous vous retrouviez le nez par terre.
Après avoir testé toutes ces fonctions le Papy avait retrouvé son sourire, satisfait de son dernier jouet. Les petits enfants eux aussi étaient heureux de le voir ainsi et en redemandaient, ils n’avaient qu’une envie « Dis Papy, tu nous le prêtes, on aimerait bien l’essayer ?».
« Tout à l’heure, tout à l’heure, les petits, j’ai pas fini !».
Au bout de 30 minutes, le jeu avait suffisamment duré : le Papy fatigué finit par s’endormir et très vite on entendit quelques petits ronflements.

« Finalement 300 € pour ce fauteuil, c’est une bonne affaire ! » se dirent les enfants en cœur.

19 novembre 2014

La maison de Schéhérazade / Jean-Paul

Oui, désormais elle est bien vide
La maison de Schéhérazade !

Madame la conteuse est partie hier soir,
Emmenée au palais afin d’y satisfaire
Les singuliers désirs d’un sultan sanguinaire
Dont l’âme est plus cruelle qu’un équarrissoir.

Oui, désormais elle est bien vide
La maison de Schéhérazade !

Tout le cercle des femmes, assemblé sur la place,
A voulu s’opposer à cet enlèvement.
Tristesse de la terre ! Honte ! Délabrement !
La garde a malmené toute la populace.

Oui, désormais elle est bien vide
La maison de Schéhérazade !

- Il ne faut pas pleurer, a dit son paternel
En rangeant son fauteuil branlant dans la remise.
Schéhérazade sait qu’elle a été promise
A un destin hors norme, un renom éternel.».

Certes, désormais elle est vide
La maison de Schéhérazade...

Le chant furieux du Conte envahit le palais.
Le Mythe, chaque nuit, stoppe le cours du temps.
Les suprêmes rebonds des récits haletants
Sont maintenant ses armes et ses nouveaux attraits.

Certes, désormais elle est vide
La maison de Schéhérazade...

Mais la mémoire au cœur, la voix dans l’exception,
L’emprise de la belle a figé le royaume :
Tout le jour le sultan rêve du soir en somme.
Tout est si beau dans ces univers de fiction !

Mais désormais elle est si belle
La chanson de Schéhérazade !

Pour un peu il dirait d’expiatoires prières
Pour celles qui furent volées, voilées, violées
De par son fait. Ses nuits en sont tout étoilées,
Sa rémission s’avère assez spectaculaire.

Oui, désormais elle est si belle
La chanson de Schéhérazade

Bientôt trente-six mois et trente-six chandelles !
La promesse de mort s’éloigne sans un bruit,
La paix a envahi ces mille et une nuits.
Ainsi tombent parfois de hautes citadelles.

Oui, désormais elle est bien vide
La maison de Schéhérazade

Mais ni le sultan ni nous-mêmes
N’avons cessé d’aimer l’histoire,
Et les histoires et les poèmes
Qui rendent notre nuit moins noire.

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27 novembre 2014

Au décrochez-moi ça, articles de voyage / Jean-Paul

Que ne ferais-tu pas pour séduire Artémise,
Homme, présomptueux ver de terre, qui boîtes ?
Depuis la nuit des temps tu m’admires et convoites,
Tu voudrais m’accrocher aux pans de ta chemise

Mais c’est plaisanterie, ce sont carabistouilles,
Ballets de mots passants, contes de la bécasse,
Forfanteries de Cyrano ou de Fracasse,
Orgueil de fanfaron enivré de chatouilles !

Si tu veux me toucher, entre dans la cabine,
Espèce d’animal ! Fais vrombir le delco,
Promets-moi de l’amour, du miel, Acapulco !
Approche-toi de moi, montre-moi ta bobine !

Parcours cette distance en petite foulée !
N’oublie pas de m’offrir, en guise de pastis
Un bouquet de poèmes ou de myosotis
Mais surtout pas de valse, encor’ moins d’azalée. *

Ah, te voilà enfin, sortant de ta nacelle,
De ton petit module enfin posé chez Diane.
Emu par ma tranquillité si océane
Tu as fait un grand pas… Patatras ! Tu chancelles !

Un petit Papou l’homme,
Un grand Papou Lune habitée !

DDS 326 Vocaline

 

* Parce que "l'azalée c'est une valse" ne rajeunit personne
et surtout pas les vieilles lunes !

7 octobre 2014

Bref, je cohabite avec une Martienne / Jean-Paul

Bref, je cohabite avec une Martienne.

Les Martiennes viennent au monde entre le 21 mars et le 20 avril et elles sont le premier des douze signes du zodiaque. On les représente comme des bêtes à cornes qui enfoncent les portes ouvertes ou fermées mais pour celle avec laquelle je vis ce n’est pas moi qui les lui fais porter, les cornes : c’est plutôt elle qui me fait porter les meubles. Moi je suis un homme de fidélité, d’habitudes et même de TOCs. C’est vous dire si, depuis le 1er septembre où Marina Bourgeoizovna, ma Martienne préférée, dispose de tout son temps pour chanstiquer la maison, je suis bousculé par cette cohabitation d’un nouveau genre. En un mois de temps les fenêtres ont été changées, les meubles de la cuisine également, la hotte aspirante suit le même chemin, la tapisserie de la cuisine a été refaite et tout ce qui était à gauche dans les placards est désormais à droite et lycée de Versailles.

Mme la Martienne a aussi repris ses activités. Le lundi soir, quand je reviens de la chorale, elle part à son atelier conte. Le mercredi, ce n’est pas raviolis mais cours de chant suivi de taï chi. Un dimanche sur trois « Madame Bricoflex » chante et danse avec Vocaline pour préparer « Le voyage dans la Lune » d’Offenbach. 

Après avoir fait du ménage dans sa bibliothèque et dans sa cave, Marina est allée jouer à la marchande à la braderie de La Touche, obligeant son mari travailleur à se lever à 6 heures du matin un samedi pour l’aider à transporter son souk.

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Non contente d’avoir jadis pratiqué l’escrime, le tir au pistolet, l’escalade, la psychologie en milieu « carcéral » scolaire, Mme Krapov fait désormais du longe-côte à Saint-Malo une fois par semaine et il y a sa combinaison orange qui pendouille ensuite au-dessus de la baignoire. C’est bien simple, chaque fois que je vais me laver les dents, j’ai l’impression d’entrer dans une cellule de Guantanamo.

Ajoutons que Marina gère la comptabilité de deux associations, qu’elle a, avec une de ses collègues, un projet d’espace jeux pour favoriser le dialogue des parents immigrés avec leurs enfants et qu’elle veut proposer ses services de conteuse au Noroît. On reconnaît bien là la resquilleuse qui, sous prétexte de vol retour annulé, a prolongé son séjour à Barcelone d’une journée pour monter voir au Tibidao si j’y étais. Et non, je n’y étais pas : j’étais dans le train du retour puis à la gare Montparnasse en train de traverser la foule des supporters bretons venus assister à Rennes-Guingamp en finale de la Coupe de France.

Justement, qu’un Lunatique comme moi puisse, pareil à la Mer de la tranquillité, supporter sans plus broncher tout ce tohu-bohu de native de la planète rouge, ça me la coupe !

Bref, je cohabite avec une Martienne !

7 octobre 2014

Bref j’écoute des vidéos sur Youtube et je crois que je ne devrais pas ! / Jean-Paul

Bref j’écoute des vidéos sur Youtube et je crois que je ne devrais pas !

Pendant des années j’ai acheté régulièrement les disques des artistes que j’aimais en vue d’écouter leur musique ou leurs chansons sur :

(Attention à la case que vous allez cocher car je suis très susceptible quand on me donne plus que mon âge !)

 un gramophone
 un Teppaz
 un vieil électrophone trop souvent détraqué
 une chaîne Hi-Fi
 un lecteur de CD

Je dois donc posséder 400 ou 500 disques vinyle car je n’en ai jamais revendu ni balancé aucun. J’ai aussi des armoires pleines de cassettes audio et, comme tout le monde maintenant, plein de MP3 sur mon disque dur d’ordinateur. Il y a des artistes dont je possède à peu près tout ce qu’ils ont pondu depuis… Non, je ne mets pas de cases à cocher ici, je dis juste « un certain nombre d’années ».

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Tout cela représente une valeur sentimentale inestimable car chaque pochette de disque, chaque album d’un artiste suivi au fil du temps évoque des ami(e)s d’une certaine époque, des moments différents de ma vie, des périodes et des lieux de notre vie commune, comme ce fameux 5 décembre 1996 où nous sommes allés écouter le Renaud de « Marchand de cailloux » au Centre culturel Joël Le Theule à Sablé-sur-Sarthe.

Dans le même genre, si vous écoutez bien sur la fin de chaque morceau, c’est réellement moi qu’on entend applaudir avec tout le public le 29 novembre 1979 sur l’album de Supertramp Live in Paris.

Tout cela représente aussi une fortune à l'achat et rien à la revente ainsi qu’un bon poids à transbahuter lors des déménagement et mes bars se souviennent bien qu’avec mon épouse préférée, celle qui monte et démonte les meubles pour le plaisir, on a souvent déménagé, une fois tous les cinq ans, c’était sa moyenne avant que ma force d’inertie ne prenne le dessus et dise « Cette fois-ci je ne bouge plus ».

En réalité, tout cela ne vaut plus rien aujourd’hui et je sens que je vais louer un emplacement à la prochaine braderie de La Touche pour me débarrasser de ces vieilleries. En effet, toutes ces richesses sonores, toute cette histoire de la musique populaire ou pas peut désormais être écoutée sur Deezer, Musicme, Spotify ; Grooveshark et Youtube GRATUITEMENT !

On peut ainsi regarder le concert de Neil Young aux arènes de Nîmes le 17 juillet 2013 dans son intégralité et dimanche dernier, tout en travaillant sur un gros document Word sur mon ordinateur j’ai écouté un concert de 2 h 45 de Steve Hackett à l’Hammersmith (Odeon ?). Ce guitariste fabuleux et mélodiste assez intrigant y redonnait la quasi intégrale des morceaux du groupe Genesis auquel il appartint de 1971 à 1977.

Parmi les invités il y avait le bassiste de King Crimson, John Wetton. Qu’est-ce qu’il a grossi, dites donc ! Du coup j’ai iconisé Google et je n’ai plus fait qu’écouter la musique sans les images. C’est que, voyez-vous, 1977-2014, ça fait 37 ans, quand même !

Bref, j’écoute des vidéos sur Youtube et je crois que je ne devrais pas ! 

Les meilleurs moments sont à :
54' : une jolie voix féminine
1 h 05 : un moment classique
1 h 52 ' : Supper's ready
1 h 18 : John Wetton !

 

23 septembre 2014

Tonton Nestor / Jean-Paul

- Qu’est-ce que tu fais là ? a demandé Tonton Nestor.
- Rien, Tonton ! Avec mon copain Archibald, on joue juste à l’Ecoute-aux-portes !
- Poussez-vous donc un peu, les mômes ! Je n’ai pas très envie que vous renversiez cette grande potiche. Elle vient de Chine, elle coûte une fortune. Allez jouer dehors, garnements !
- Mais… Tonton Nestor. C’est qu’il pleut abondamment, bien plus que dans la Bretagne et la Belgique réunies !
- Alors va-t-en voir là-haut si j’y suis, Augustin !

On ne se l’est pas fait dire deux fois. La maison de Tonton ressemble à un musée et rien ne nous plaît plus, à mon copain Archie et moi, que d’en explorer les coins et les recoins chaque fois que Maman nous laisse en garde chez Tonton. Ce jour-là, du coup, comme on avait la permission, on est allés jouer aux aventuriers dans le grenier.

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Chez Tonton Nestor, le comble des combles c’est qu’on n’y trouve aucune poussière. Tout l’amoncèlement d’objets exotiques, hétéroclites, insolites et cosmopolites qui se trouve là est propre comme un sou neuf. La petite statuette à laquelle il manque une oreille semble avoir été sculptée la veille, la collection de plumeaux de Tonton semble avoir été nettoyée au plumeau et le vieux scaphandre orange est comme prêt à servir.

- Messieurs a clamé Archibald du haut de ses neuf ans en refermant la porte, allons faire à présent la tournée des boxons !
- Du boxon, Archibald !

On a fouiné un peu partout et on a commencé par ouvrir un coffre aux trésors dans lequel il y avait surtout des vêtements de femme. Ça nous a paru surprenant parce que Maman m’a toujours dit que Tonton Nestor était resté « vieux gars » et c’est vrai qu’il n’y a jamais personne du sexe féminin à lui rendre visite chez lui du moins quand Maman a son bridge et qu’elle me dépose chez Tonton avec un de mes copains. Tonton Nestor, depuis que je suis tout petit, c’est mon baby-sitter préféré !

- Attends une minute Augustin. Retourne-toi, je te prépare une surprise !

J’ai fait ce que mon pote demandait, j’ai contemplé le tableau du pirate barbu avec son chapeau à grandes plumes et sa caravelle au loin sur la mer pendant qu’Archibald, je m’en doutais bien, enfilait un déguisement.

- Alors mon rat ? Est-ce que je te tente ?

Mon Dieu, ce que c’est tout de même que de nous ! Cet idiot d’Archibald s’était vêtu d’une robe rose à manches courtes et bouffantes et il s’était mis des fleurs sur les oreilles !
- Remball’ tes os, ma mie, ai-je répondu. Tu es bien trop maigrelette à mon goût !
- Allons, ne te défends pas ! Avoue que je te plais ! Tu me plais, viens donc, beau militaire !
- Je suis le maître à bord ! Sauve qui peut ! Le vin et le pastis d’abord ! Chacun sa bonbonne et courage ! » criai-je en m’enfuyant à l’autre bout du grenier.
- Je suis un p’tit poucet perdu ! Je suis seule et j’ai peur ! Ouvrez-moi par pitié !
- Le bon Dieu me le pardonne, mais chacun pour soi !

Là-dessus, parce que la virtuosité est une affaire de balourds, ce gros malin d’Archie, bien que ses frêles mollets fussent empêtrés dans les dentelles de sa robe trop longue, a quand même réussi à m’agripper et a entrepris de m’embrasser !

- Arrête, crétin, ai-je dit. J’ai vu par la lucarne qu’il a cessé de pleuvoir et que le soleil brille. On peut retourner jouer au foot dehors.
- Le temps, madame, que nous importe ? Les femmes adultères, d’abord, n’en ont que faire !
- Attends, je ne suis pas une femme moi ! T’as dû te gourer dans tes répliques ! Je suis un pirate porté sur la bouteille !
- Les poivrots, le diable les emporte ! Reviens plutôt au coffre essayer d’autres déguisements !

Effectivement, Archibald a voulu me faire revêtir une autre robe d’apparat avec une coiffe blanche ridicule et pour rire encore plus, m’a affublé d’un miroir orné de marguerites mais j’ai refusé et j’ai jeté mon dévolu sur une superbe veste blanche avec un nœud papillon de la même couleur. Une fois que je l’ai eu enfilé, Archie m’a appelé.

- Hé ! Augustin ! Qu’est-ce que c’est que ça ?

Il s’était arrêté devant une grande malle verticale sur le couvercle de laquelle une étiquette disait « Fermé jusqu’à la fin des jours pour cause d’amour ».

- Tu crois qu’on peut l’ouvrir ? C’est peut-être dangereux ?
- Je ne sais pas ! Essaye pour voir ! Tu vas peut-être trouver dedans la femme ou l’homme de ta vie ?

Archibald a fit glisser deux petits boutons métalliques ronds. Cela a libéré deux fermetures à ressort puis il a soulevé le petit cliquet au milieu, ouvert le couvercle de la malle et alors nous sommes restés pétrifiés quand une voix d’outre-tombe est sortie de l’horreur à bandelettes qui était à l’intérieur.
- Merci ! Qu’on pût encore me désirer ce serait extraordinaire et pour tout dire inespéré ! Je ne suis pas bien grosse mais ça n’est pas de ma faute !
- Une momie ! » me suis-je exclamé en poussant Archie du coude.
- Et qui cause ! » m’a-t-il répondu d’une voix chevrotante. Il ouvrait de grands yeux hébétés et il me faisait mal à force de me serrer le bras. La momie poursuivit ce qui ne semblait être qu’un monologue.
- Mon cher, dit-elle, vous êtes fou ! J’ai deux mille ans de plus que vous !

Soudain il se passa une chose encore plus étrange. La momie pivota sur elle-même, ses yeux devinrent deux boules rouges phosphorescentes, elle fixa son regard sur moi et dit :

- C’est toi que j’aime et si tu veux tu peux m’embrasser sur la bouche et même pire !

Elle me tendit ses bras, ses lèvres, comme pour me remercier mais Archie réagit le premier et d’un coup sec il rabattit le couvercle de la malle. Nous repoussâmes les verrous tandis qu’à l’intérieur la momie protestait :
- Aïe ! Vous m’avez fêlé le postérieur en deux !

***

Quand l’incident a été terminé, nous nous sommes épongé le front et sans demander notre reste nous avons redescendu l’escalier quatre à quatre, encore haletants, les cheveux dressés sur la tête d’avoir ressenti un tel effroi.

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Pour donner le change à Tonton Nestor, une fois arrivés en bas, nous avons rectifié notre tenue et nous avons pris chacun un illustré dans sa collection de bandes dessinées. Puis nous nous sommes installés sagement sur le canapé du salon.

Tonton Nestor nous tournait le dos car il était en train de téléphoner. Nous l’avons écouté sans qu’il se rendît compte de notre présence :
- Non, Irma, disait-il à son interlocutrice. Je ne pourrai pas tout de suite. Quand je travaillais encore dans son château, Madame la marquise m’a collé des morpions. Ils ont grandi depuis et je suis en train d’en garder un. Quand j’aurai rendu Augustin à sa mère je viendrai te prouver que je n’ai jamais aimé que toi, ma Bibiche.

C’est donc ce jour-là que j’ai appris, tout à fait par hasard, à cause d’une momie nymphomane, que Tonton Nestor n’était pas mon oncle mais bel et bien mon père génétique ! Dès qu'il s'agit de cacher la poussière sous le tapis, les adultes sont décidément très forts !

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16 septembre 2014

Un anniversaire / Marie-France

Le soleil et moi étions levés depuis longtemps quand je me souvins que c’était le jour de mon anniversaire, et du melon acheté dans le dernier bazar traversé la veille au soir. Je m’en fis cadeau, le curai jusqu’à l’écorce et débarbouillai mon visage poisseux avec le fond de thé qui restait dans ma gourde.

Les jours précédents j’avais bien lancé quelques invitations, mais tous ces gens-là, les pseudo-amis, la famille, étaient occupés ici et là. Nous étions en septembre, le mois était doux et chaleureux, ce dernier mois de l’été qu’on appelait l’été indien.

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Le tourbillon de la vie était à peine commencé, mais tous s’y préparaient déjà : les fournitures de la rentrée, la course aux inscriptions d’activités pour l’année à venir, la dernière tenue de sport à trouver de préférence à la braderie du quartier, le dernier pique-nique de l’année, autant d’activités ne laissant guère de place au farniente ou aux repas de famille.

J’avais bien compris qu’ils avaient mieux à faire. J’allais donc m’organiser une belle journée en solitaire. Ce melon je l’avais mis au frais dans ma petite glacière, celle qui me servait autrefois au bureau. Je m’étais aussi préparé un thé vert. « Paul et Virginie » qu’il s’appelait : un thé très fruité et subtil que j’avais conservé dans mon grand thermos vert.

Ma destination serait ce parc verdoyant que j’avais découvert il y a deux ans déjà lors d’une ballade chantée. On m’en avait parlé d’ailleurs ces jours derniers, en me conseillant de m’y rendre, en me priant même. Je n’avais rien promis, j’avais d’autres préoccupations, ces invitations qui avaient tourné court. Je décidai toutefois d’y aller, n’ayant d’autre destination en vue.

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La balade à vélo était des plus agréables et quelle ne fut pas ma surprise en arrivant d’entendre de la musique, de sentir des odeurs de galettes-saucisses et de crêpes et de voir une foule de gens assis par terre ou sur des transats, écoutant du Brassens à toutes les sauces : du Brassens chanté, mimé, mis en scène, joué sur un orgue de barbarie…

Je me frayai un chemin au milieu de tous ces promeneurs du dimanche.
Là-bas, un peu plus loin, sous un grand chêne, une famille avait même installé des couvertures et mis le couvert, comme à la maison : la nappe à carreaux, les verres, les assiettes, ils étaient très affairés.

C’est en m’approchant de plus près que je reconnus tout d’abord ma sœur et son mari, puis les enfants, les petits enfants, ils étaient tous là, ils avaient réussi à bien garder le secret, même les petits. Ils m’accueillirent tout d’abord avec l’air étonné de me voir là, mais à la fin des embrassades, ils se mirent tous à chanter « Joyeux Anniversaire !».

J’étais très émue et je me suis sentie enveloppée d’une chaleur qui n’avait rien à voir avec l’air ambiant, mais qui m’enveloppait toute entière.

Mémorable « Ballade avec Brassens » et mémorable journée d’anniversaire !

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9 septembre 2014

Les saints bretons modernes / Marie-France

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En pèlerinage à Trégastel sur la côte de granit rose, Marie-Annick nous embarqua sur la Sainte « Deudeuche » pour la visite de la région. Depuis des décennies, Victor son mari vouait une dévotion sans faille à sa Sainte Patronne et la bichonnait, peut-être plus encore que sa femme.

Après un démarrage bien énergique, nous voilà parti vers l’Ile Grande. Notre Sainte s’époumona à plusieurs reprises en grimpant les raidillons et nous devions parfois descendre pour l’alléger et prier pour qu’elle ne nous laisse pas en rade. Brest était encore bien loin, mais l’exploration de la rade locale nous suffisait amplement.

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Les paysages se succédèrent tous plus beaux les uns que les autres. En fin de journée il nous fallut regagner le bercail dans notre véhicule sacré et c’est toutes voiles dehors que nous refîmes le chemin inverse. Notre chauffeur ne semblait pas connaître l’usage de tous les attributs de sa dévouée serviteuse et notamment la pédale de freins.

Nous arrivâmes toutefois à bon port, non sans quelques frayeurs et avec de bonnes courbatures, notre monture n’ayant guère d’amortisseurs.

Merci à cette madone pour ce moment de grande liberté.

Et maintenant une pause gastronomique.

Nous voilà tous attablés autour de Sainte Galette-saucisse et son comparse Saint-Cidre. Notre voyage au pays des Saintes Statues de granit rose nous avait bien aiguisé l’appétit et c’est notre Victor qui pendant tout ce temps avait grillé les Saintes-saucisses que nous étions en train de déguster.

Le grand air, les montées et descentes de la Sainte « Deudeuche », les courbatures, le Saint Cidre et autres victuailles eurent raison de notre fatigue et nous emmenèrent tout droit dans les bras de Morphée.

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Cela dura un moment, je ne saurais dire : une heure, deux heures ou plus encore, quand soudain une armée de Saints-Korrigans vint nous sortir de notre sommeil pour nous entraîner vers Saint Fest-Noz, frère de Saint Fest-Deiz, dans une danse endiablée qui dura jusqu’au petit jour.

Point besoin de partir au Qatar ou dans un autre pays lointain pour passer de bonnes vacances ! Vive notre Sainte Bretagne !

16 septembre 2014

Contre-portrait du printemps / Maryvonne

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Jamais je ne m’habituerai au printemps. Année après année il me surprend et m’émerveille. L’âge n’y peut rien, ni l’accumulation des doutes et des amertumes. Dès que le marronnier allume ses cierges et met ses oiseaux à chanter, mon cœur gonfle à l’image des bourgeons. Et me voilà de nouveau sûr que tout est juste et bien, que seul notre maladresse a provoqué l’hiver et que cette fois nous ne laisserons pas fuir l’avril et le mai.


A vrai dire dès le mois de mars la nature se met en émoi et chaque poème pour vieille institutrice un peu niaise exprime à sa façon cette préparation :

 

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Mars qui rit, malgré les averses
Prépare en secret le printemps
Pour les petites pâquerettes
Sournoisement lorsque tout dort
Il repasse les collerettes
Et cisèle les boutons d’or…
nia,nia,nia
(Th Gautier)

 

Je vous fais grâce de la suite, la poésie de Josiane étant autrement plus élaborée.

Les considérations générales et récurrentes sur les saisons ou autres événements annuels portent le nom de « marronnier » chez les journalistes. Ce marronnier est couvert de mille couleurs à l’automne, brillant de givre l’hiver, lourd de fruits à la fin de l’été mais voilà que pour Barjavel il allume ses cierges au printemps. Alléluia ! Il met ses oiseaux à chanter et gonfle son petit cœur à l’image des bourgeons. Platitude que cela !

Brel est autrement expressif et grave quand il chante : « C’est dur de mourir au printemps », même avec des cierges aux marronniers, et célèbre à sa façon le renouveau : « Je sais que tu prendras soin de ma femme ».

Mais le printemps est plus malin que tout cela, il peut se déguiser un soir de septembre en une douce nuit, il peut se draper dans une gangue de glace au mois d’avril, il peut siffler à vos oreilles en plein milieu du mois de mai. Il est instable, dépressif, bipolaire. Allez donc organiser une fête au printemps ! Vous n’êtes sûr de rien. Entre les giboulées de mars, les saints de glace et les ponts de mai qui n’enjambent que des files de voitures, le printemps vous nargue.

Les pays plus au Sud ont bien compris l’arnaque, ils passent directement de l’hiver à l’été jouant ainsi à saute-pollen. Car j’ai failli oublier les allergies, les rhumes des foins, les courbatures parce que les herbes repoussent au printemps et surtout les mauvaises.

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Et le fameux ménage de printemps ? Vous m’en direz des nouvelles !
A l’automne on va voir les morts, l’été on va voir la mer, l’hiver on ne va voir personne, il y a du verglas gla gla ! Mais au printemps pas d’excuse, il faut aller voir tante Suzette et tonton Marcel, faire le tour du jardin car le printemps est revenu. Mais c’est peu productif le printemps. Les tomates ne sont pas encore mûres, ni les fruits ni les bonnes petites rattes du tonton. On revient juste avec un bouquet de muguet et, avec un peu de chance, quelques roses en bouton.

Vous devez me trouver un peu ronchon. Pourtant j’ai failli partir sur un parallèle entre la préparation du printemps et celle du bal des débutants avec de jolies comparaisons : les filles en robe comme des pétales de fleur, les garçons en bouton. Les filles en bonbons pastel, les garçons en tiges poussées trop vite et ce beau petit monde valsant au son des chants d’oiseaux… Mais non j’ai préféré être ronchon !!! Allez parlez-moi de l’été !

16 avril 2013

Supplément gratuit / Jean-Paul

 

Observé peut-être par un vieillard impotent à sa fenêtre en haut de l’hôtel de la Noue, je me bats pour ouvrir le sachet de plastique dans lequel je mettrai quatre poires. Sous la halle Martenot j’ai acheté un filet mignon à Max qui ne quitte pas son bonnet rouge ni son air d’homme sage, débonnaire et bavard.

 

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Je photographie les araignées du poissonnier, j’achète une livre d’épinards et de la salade de mâche en bas de la place. Parfois, s’il n’y a pas trop de monde et si ma balance ne joue pas les accusatrices, j’achète des pâtisseries orientales à la dame du Maghreb qui a un beau chapeau et un bagou terrible.

 

Depuis quinze ans que je viens ici, je n’y ai jamais mangé une galette-saucisse. Ca ne m’empêche pas pour autant de penser que le samedi matin, à Rennes… Ah ! Quel (marché des) Lices !

 

 

28 mai 2013

Le Maton et le malfrat / Dominique

 

C'est l'histoire d'un type, un malfrat, qui tuait le temps tout seul dans une grande prison. Tout seul, non ! Il était gardé par l'unique gardien de cette grande prison. Peu à peu, tous les prisonniers avaient été libérés ou transférés, les gardiens mutés, mais, eux deux, avaient été oubliés.

 

Le malfrat regardait le bout de ciel au sommet de sa cellule. Le maton regardait le prisonnier par le trou de la serrure.( L'oeilleton peu à peu avait rouillé, s'était enrayé, et l'on n'avait pas trouvé de pièces pour le remplacer.)

 

 

Le truand aurait bien aimé travailler. Mais, il n'y avait rien à faire dans cette prison. Le travail du maton, c'était de mater le malfrat : à travers le trou de la serrure, il n'en voyait que de petites parcelles : la tête, les yeux, les mains, les fesses, les mollets. Parfois, il voyait même sa langue quand il léchait la marmelade des tartines du petit-déjeuner. A travers le trou de la serrure, tout paraissait en ordre. Chaque soir, le gardien faisait tranquillement un rapport.

 

Le truand s'ennuyait fort dans sa petite cellule. Pour résister à la misère de l'enfermement, de la solitude, pour résister à ce néant qui venait, il se racontait des histoires, il réinventait son passé. Non, il n'avait pas volé de perruque au coiffeur, non, le cadavre, il n'y était pour rien, c'est le marin qui avait tout fait. C'était la faute au chat noir, si on l'avait pris ! Un jour, il décida d'imaginer l'avenir. Soyons positif, soyons dans le futur, se dit-il. Le futur, ce serait une femme, forte en tête et forte en lutte qui surgirait sur une moto, énorme comme un mammouth, lui ouvrirait les portes, les grilles, les barrières. Avec des explosifs ! Une meuf, qui attacherait le maton avec une queue de marsupilami. Pas de macchabées, cette fois-ci ! Du travail bien propre !

 

Une femme qui l'emmènerait dans un pays de rêves avec mimosas et hammam ! Une mousmé sans marmaille, une môme que pour lui. Une meuf qui ne ferait pas le service minimum, capable de réciter Mallarmé, et de chanter la Thérèse, dans les Mamelles de Tirésias, avec une belle voix de soprano, une femme qui le réveillerait, le malmènerait un peu, pour qu'il cesse de moisir, qu'il mûrisse un peu, qu'il sorte du vertige du rien et de l'abandon. 

 

Le malfrat rêvait, il en avait les larmes aux yeux. Le maton, qui surveillait le truand qui pleurait, en avait le regard humide. Lui, pensait à sa femme qu'il ne voyait plus, depuis qu'il était devenu l'unique gardien chef, de l'unique prison de cette île déserte. Il pensait à sa marmaille, à ses mômes qu'il ne voyait plus grandir.

 

Les années passaient. Le malfrat blanchissait dans sa cellule. Le maton blanchissait derrière la porte de la cellule. Ils étaient devenus proches, très proches, comme deux jumeaux. Chacun savait, à la minute même, ce que pensait l'autre. D'ailleurs, ils pensaient la même chose au même moment. Le maton n'avait plus besoin de regarder par le trou de la serrure, il imaginait le malfrat, il l'entendait respirer, il le sentait. Le 31 décembre, il décida de réveillonner avec lui. La clef de la cellule, qui n'avait pas servi depuis si longtemps, tourna dans la serrure, comme dans du beurre. Derrière la porte, il trouva un mot : « Excusez-moi, j'étais pressé, je n'ai pas pu vous dire au-revoir. »

9 septembre 2014

Sainte Fraise de Plougastel / Jean-Paul

J’ai vérifié sur Pagesjaunes.fr : aucun dentiste à Plougastel ne s’appelle autrement que Le Goff ou Le Coz, noms bretons très courants par là-bas. Du coup aucun n’a de raison valable de ramener sa fraise plus qu’un autre, sauf s’il fait partie du cercle celtique local. Auquel cas, qu’il se soit rétamé ou pas aux dernières élections municipales, il ramassera sa belle veste rose/mauve et prendra le bras de sa douce en vert, bleu, rouge et blanc pour aller défiler au Saint-Pardon local pour lequel, rappelons-le, on n’a pas besoin de présenter de mot d’excuse. Présenter bien suffit.

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16 septembre 2014

Rendez-vous peu secret / Jean-Paul

Jamais je ne m’habituerai
Au fait que le printemps ait goût
Pour les travaux manuels de l’école primaire
Et la valse à mill’ temps de ses bourgeons qui gonflent !

Jamais ne m’acclimaterai
Au fait qu’au python familier
Les oncles d’Amérique accrochent leur melon
Avec accablement et parfois maladresse !

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Ne demandez jamais pardon
A quiconque ! Vous existez !
Le soleil s’est levé depuis déjà longtemps
Et vous avez gagné sa médaille de bronze !

Non jamais je ne m’y ferai
Au fait de poser nu ici
Année après année, surprendre, émerveiller
Comme si l’on était au concours d’invention.

Presque jamais soucieux du doute
Et rarement sujet aux poussées d’amertume,
Incertain d’éviter toute littérature,
J’écris dans un état second

Tout ce qui pardessue la tête,
Tout ce qui ouvre le cerveau,
Sans autre forme de procès, jetez-vous y !
Soyez le sujet vif qui allume les cierges !

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Les mots sont matière élastique,
La phrase patinaroulette,
Le manuscrit s’expose à d’infinis ennuis
Mais l’avril et le mai ne m’échapperont pas !

A la commissure des lèvres
Fume une comète musclée.
Vous êtes-vous accoutumées, ô vaporeuses,
A mes luminescences en forme d’aptéryx ?

1415-02 les rencontres naturelles

Je mets mes oiseaux à chanter,
Prêt à perturber bien des gens.
Vous voudrez écouter tous leurs égarements
Qui sonnent juste et bien sur la portée du temps

De ce caractère si doux,
Pourquoi ressort en bulles d’air
L’écriture en bazar, vierge de cicatrices,
A qui cet atelier évite la prison ?

Si course il y a dans cet emploi
D’héritier de l’Inattendu
Mes chaussures de saut m’épargneront la chute :
Je ne mourrai jamais d’ennui ou de tristesse !

A fabriquer de jolis mondes
A s’égarer sans nulle excuse
Loin des commandements de Dieu ou des cousins
J’aurai finalement bien provoqué l’Hiver !

1415-02 jockey perdu

Qu’il se fasse à l’idée que l’âge n’y peut rien !
Qu’il s’habitue au fait que le Printemps a goût
Des travaux manuels à l’école primaire
Et, dans nos cœurs gonflés, de valse à mille temps !

29 janvier 2013

Bref ! (2) / par Maryvonne (séance du 29 janvier 2013)

Bref j’aime bien cette photo.

 

Je ne me rappelais plus que j’avais été mince !


Mince alors ! Pourquoi, dans mon souvenir, je suis toujours ronde ?

 

Ronde des clichés dans ma tête, je regarde vite fait, à l’endroit, à l’envers, ils sont tous négatifs.


Négatifs qui n’ont pu être trafiqués car il n’y avait pas « Photoshop » à l’époque.
A l’époque où finalement j’étais beaucoup mieux que je ne croyais. Comment peut-on être si peu objectif ?


Objectif qui devait être tenu par quelqu’un qui m’aimait bien et qui me photographiait sous mon meilleur angle.


Angle, j’ai dit, pas grand angle puisque j’étais mince et mignonne.


Mignonne c’est peut-être exagéré il ne faut pas non plus tomber dans l’autosatisfaction.

 

L’autosatisfaction ? Pourquoi pas ? Au moins je suis souriante.


Souriante, ce n’est pas donné à tout le monde, moi ça me fait les yeux en amande.


Amende honorable : c’est quoi ce narcissisme ?


Bref j’aime bien cette photo.

 

N.B. Il s'agit ici d'une photo de Mylène Demongeot à qui Maryvonne ressemble effectivement... sur la photo de son permis de conduire !

19 mars 2013

Le roman de Monsieur Crépinet/Dominique

 

Tous les soirs Marcel Crépinet, écrivain sans grand renom, se mettait à sa table de travail et écrivait quelques pages de son grand roman qui, sûrement , allait le rendre célèbre et lui faire quitter la vie légèrement ennuyeuse de comptable dans l'entreprise « Salaisons et Hosties bio » de Bécon-les-Bruyères. Le début avait été laborieux. Monsieur Crépinet ne connaissait pas toutes les ficelles du métier : comment bâtir une intrigue, où situer l'action, comment enchaîner les chapitres. De jour en jour cependant, le personnage principal, Simon, prenait de la chair, de la réalité. Il le voyait parfaitement maintenant : joufflu, la cinquantaine, avec sa casquette et ses cigarettes, ancien champion régional de judo, mais déjà un peu essoufflé par le tabac.

 

 

Toutes les nuits il se couchait fatigué et fébrile et, dans ses rêves, Simon venait lui rendre visite. Au réveil, sur son calepin, il notait vite quelques idées nouvelles que ses rêves lui avaient suggérées et qu'il développerait le soir même. Puis, il partait en hâte rejoindre son entreprise « Salaisons et hosties bio ».

 

Il en était au quatrième chapitre, celui où le héros devait faire enfin la rencontre amoureuse qui bouleverserait son existence. Serait-ce dans l'autobus, dans un café, ou dans les couloirs de l'entreprise du héros ? L'entreprise du héros ressemblait fort à celle de M. Crépinet, en plus jolie, seul le nom changeait : « Semences de pommes de terre et produits anti-doryphores ».

 

Quand la nuit vint, le sommeil de Marcel Crépinet fut agité. Simon se révoltait contre le rôle de voyageur de commerce que Monsieur Crépinet lui faisait endosser. Il ne voulait pas, non plus, vendre des produits contre les doryphores. Le lendemain, Marcel Crépinet reprit une partie de l'histoire afin qu'elle convienne mieux à son héros.

 

 Mais les nuits suivantes, Simon se manifestait encore, et critiquait de plus en plus violemment son auteur. Monsieur Crépinet arrivait pâle et fatigué à son travail. Un jour, il fit une erreur. Pour un comptable, c'est impardonnable ! Il fut mis à pied une semaine. Son médecin lui conseilla de partir en voyage. Le changement d'air serait sûrement bénéfique à son travail d'écrivain. Effectivement, les premières nuits, il dormit mieux. Un nouveau personnage, Esmeralda, prenait corps dans le chapitre cinq et il se laissait guider par les douces extravagances de l'héroïne. 

 

La quatrième nuit, Simon se manifesta à nouveau. Il était jaloux d'Esmeralda, voulait avoir le premier rôle dans chaque chapitre et n'imaginait pas tomber amoureux de la dulcinée. Le chapitre six était donc sérieusement compromis.

 

Monsieur Crépinet envisagea toutes les issues, et bien que cela lui répugnât, décida qu'il fallait sacrifier le héros. Cette histoire devenait trop difficile et il fallait en finir maintenant. Une mort violente. Accident de voiture ? Empoisonnement à l'arséniate de chaux utilisé contre les doryphores ? Les idées ne lui manquaient pas, il fallait mettre cela en scène.

 

La dernière nuit avant son retour à Bécon-les-Bruyères, il dormit très sereinement et n'eut aucune visite dans ses rêves, ni d'Esmeralda, ni de Simon. Ces deux-là avaient peut-être réussi à se rencontrer et devaient régler leurs comptes. 

 

Il prit le train du matin pour Bécon-les-Bruyères. Finalement, il avait opté pour l'arséniate de chaux. Il se rendit directement au travail en sifflotant. Curieusement, il ne reconnaissait personne sur son chemin, ne rencontrait aucun collègue. L'usine de salaisons avait changé, la couleur rouge de la façade avait disparu, remplacée par deux teintes bistre et gris du plus bel effet. Le logo aussi avait changé. Quand il fut assez près, il put lire l'enseigne qui était bien étrange : « Semence des pommes de terre et produits anti-doryphores ». Je me suis peut-être trompé de rue ? Il était rue des Genêts. Tiens, pensa-t-il, comme dans mon roman !

 

Il voulut rentrer dans son bureau de comptable. Celui-ci était occupé par un homme – il le voyait de dos- qui écrivait allègrement sur de grandes feuilles de papier blanc. L'homme se retourna et le plaqua entre deux feuilles. Il eut à peine le temps de reconnaître Simon.

9 avril 2013

De ce qui se passe dans un atelier d'écriture / Jean-Paul

 

femme écrivain par Mathilda De Carpentry

23 lignes pour parler de ce qui se passe dans un atelier d’écriture ? Mais on nous demande l’impossible ! Car s’il y a bien une consigne au départ, il n’y a pas de règle générale à l’arrivée ! En tout cas de règle avec laquelle taper sur les doigts de celui qui ne l’a pas respectée ! Vous me direz « C’est bien la peine alors que l’animateur se décarcasse pour lire, en ses nuits d’insomnie, les bouquins d’Odile Pimet, les œuvres complètes de fRIGIDE Barjot ou l’intégrale des discours de Christine Boutin. Eh bien justement, la peine, tout le monde se la donne dans ce club sado-masochiste où des gens forcément différents se retrouvent chaque semaine, reçoivent une mission de pensum plus ou moins tordue et planchent pendant une heure pour pondre quelque chose qui ne ressemble à rien de ce qui était attendu.

 

- J’ai oublié de placer les mots ! » dit l’un
- Je n’ai rien compris ! »dit l’autre
- Ca va pas être terrible ! » dit la troisième avant de nous lire un texte réellement génial.

 

Et puis il y a les obsessionnels, celles et ceux qui prennent avec Jésus le chemin de la Passion pour décrocher le titre d’obsédé textuel de la bande. Nous avons donc eu droit par le passé à l’éloge hebdomadaire de l’usage de la sauge par Yannick, à la vie racontée en épisodes plus ou moins délirants de Mlle Isaure Chassériau, directrice de l’Agence de Flânerie Amoureuse de Rennes – c’était bien avant l’existence de Meetic ! – par votre serviteur, sans oublier le panégyrique à répétition de Laure Manaudou par Anne–Françoise.

 

 

Au-delà de la production littéraire hebdomadaire l’atelier est un lieu de rencontres assez invraisemblables. Entre Eugène qui, depuis qu’il nous a quittés, fait le tour du monde à bicyclette et Jeanine qui vivait en concubinage avec Bernard Tapie à l’époque des débuts désargentés de « La Vie claire » et qui mettait les slips d’icelui à sécher à l’arrière de leur Mercédès, entre la seule Africaine blanche de Villejean et sa voisine poétesse limousine, entre les Finistériens et les Ch’tis, les instits, les infirmières et les bibliothécaires, quel brassage de mots, de cultures, et surtout quel calme pendant cette heure d’écriture. C’est à se demander si le monde continue d’exister au-dehors, s’il est important que Jérôme ait planqué 600 000 euros ou quinze millions en Suisse ou à Singapour ou dans la tirelire à Nestor. On s’en fiche ! Nous, chaque semaine ici on est heureux !

 

Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, prenons notre (salle) Mandoline et chantons-le encore une fois : « Y’a d’la joie ! Bonjour, bonjour les hirondelles ! ».

 

« Personne ne se prend pour Arthur
Dans notre atelier d’écriture !
Verlaine, tu peux ranger ton flingue
On est heureux d’être un peu dingues,

On ne fait de mal à personne
Avec les bonheurs qu’on se donne
Et même, lorsque revient l’automne,
Nos écrits n’sont pas monotones ! 

Allez rang' ton Smith et Wesson !»

 

N.B. : Le copyright des illustrations est, pour la une, Mathilda De Carpentry et pour la deux Pietro Paolini

29 janvier 2013

Bref ! Je sais pas dire non / Dominique

 

Bref ! Je ne sais pas dire non.

 

La semaine dernière, c'était les soldes. Je cherchais un nouveau manteau noir. Je suis revenue avec un blouson rose.


Il plaisait à ma copine : ça change un peu tes couleurs.


Il plaisait à la vendeuse : il vous va vraiment très bien, c'est la mode des blousons moulants.


Moi, je ne l'aime pas. Mais, je ne sais pas dire non.

 

Au mois de novembre, près du musée ethnographique de Beyrouth, j'attendais le car pour Byblos. Celui pour Tripoli est arrivé.


Le chauffeur m'a dit :
- Vous montez, madame ?


Je sais pas dire non, je suis montée.

 

L'an dernier, j'emmène ma nièce au cinéma. Le film que l'on a choisi passe dans deux heures. Mais dans trois heures, elle doit retourner à l'internat. Celui qui passe en ce moment est interdit au mois de 16 ans. Ma nièce a 14 ans. Elle a fort envie de voir un film interdit. Je sais pas dire non.

 

A l'hôpital, le chirurgien me dit « Alors, madame, on vous enlève cette vilaine tumeur au pied ?». Il me sourit dans sa tunique bleue, il a des yeux assortis. J'ai souri aussi, j'ai dit oui. Pourtant, je n'ai pas de tumeur au pied.



Bref ! Je sais pas dire non.

25 novembre 2025

Tholomyès est si joyeux qu’il chante une chanson espagnole / Jean-Paul

 


Refrain

Venez donc, messieurs, goûter de nos fruits !

Prenez nos mandarines !

Goûtez nos abricots !

 

Vous vous lécherez, pour sûr, les babines !

Ouvrez vos appétits !

Goûtez ce bon fricot !

 

1

Le soir d’un jour de marche

Au long d’une rivière

Ainsi nous alpaguèrent

Quatre jolies douairières.

 

Quelquefois on échoue

Où l’on croit débarquer ;

La chanson pour le coup

Nous rendit alléchés.

 

2

Notre faim trouva là

Un tombeau convenable.

Aurore s’avéra

Cuisinière estimable !

 

On remplit quelques verres

Pour nos dalles en pente ;

Ces dames hospitalières

Avaient bonne descente !

 

3

Philosophes après boire,

Sages plus que de raison,

Nous parlâmes du ciel noir

Qui barrait l’horizon.

 

- Ce sont vagues éclairs !

- Ce sont lueurs qui passent !

- Reprenez du dessert !

- Montrez vous plus voraces !

 

4

Dernière palpitations

De la lampe sans huile ,

Attraction… 
                                                  Extinction !

Fuite vers le domicile !

 

Que faire dans l’abîme

A moins que l’on ne cause

Du quatuor ultime

Et de la longue pause ?

 

5

Comme on a de regrets

De n’avoir pas cherché

Pour la suprême Aurore

Un lieu où l’on s’adore !

 

Finesse ? Perfidie ?

Vautours devenus proies ?

Prisonniers de leurs fruits

Nous porterions nos croix

D’éternels maris,

Peut-être, aujourd’hui !

 

Refrain final

Opportunités du passé enfuies

Dames en crinolines,

Ombrelles et chapeaux,

 

Ces pas en arrière que l’on imagine

L’herbe les cache en rêve

Et la pluie les efface

 

Déchirant pan d’habit

Et nuit blanche à-vau-l’eau !

25 novembre 2025

La Situation s'aggrave / Maryvonne

 

 

- Pauvre maman ! Je t'apporte un bouillon clair puisque, avec ta rage de dents, tu ne peux rien avaler.

 

- Oui, répond la maman en geignant, j'ai aussi la rage dedans car je vais rater la manif de ce soir. Ô, rage ! Ô désespoir ! Elles iront défiler sans moi, les copines. C'était une bonne occasion de sortir ce soir et de déambuler dans le noir. Moi aussi j'ai mes revendications, il faut le savoir. Regardez-vous, mes trois enfants, tous conçus dans le noir, la bienséance... Il faut savoir jeter un voile noir sur une vie de plaisir. Si un grand poète du vingtième siècle a chanté « Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir », moi je veux croire qu'un jour tout s'arrangera. Là c'est juste un coup de poing de mon mari qui a déchaussé deux molaires et me voilà comme un œuf de Pâques, obligée de rester chez moi dans une situation douloureuse et honteuse.

 

La fille aînée compatit mais la cadette scrute la vie qui passe à la fenêtre.

 

- Tiens ! dit-elle, je vois notre amie Dominique qui part à la manifestation, je n'arrive pas à voir quelle revendication elle a écrite sur sa pancarte . Mais la phrase se termine par « féminicide ».

 

- Va donc voir, Mariette, dans le grand Larousse, ce que veut dire ce drôle de mot !

 

Un instant après :

 

- Je n'ai pas trouvé, Maman, ou peut-être que je n'ai pas envie de trouver ou bien encore que ce n'est pas si grave. Ça me fait peur.

 

- Si Dominique va à la manif, elle qui s'est occupée des femmes pendant toute sa carrière de médecin, c'est que l'affaire est sérieuse, très sérieuse parce que la situation s'aggrave sur toute la planète .

 

- C'est quoi, une planète, Maman ?

 

- C'est un endroit où la moitié de la population est du genre féminin et pourtant les femmes n'ont pas les mêmes droits que l'autre moitié. On croyait parfois que ça allait s'arranger mais chaque jour il arrive une déception.

 

- Allez, Maman, bois ton bouillon et demain tu iras dire à la maréchaussée que ton mari t'a battue.

 

- Et tu crois qu'ils me croiront, puisqu'il est un des leurs ?

 

- Justement, c'est encore plus important ! Si la maréchaussée déraille, c'est que vraiment la situation s'aggrave.

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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