Dieu est mort et moi-même je ne me sens pas très bien.
Dieu est mort et Marine Le Pen est au second tour de la présidentielle.
Dieu est mort et François Fillon a ramassé sa veste. « Non mais dis donc, Dieu ! » a-t-il lancé après avoir regardé la doublure. Où est-ce que c’est-y que tu t’habillais ? C’est pour un va-nu-pieds comme toi que je me suis allié avec les intégristes de Sens commun ? Je leur ai même promis des ministères et toi, le tien, tu y mets un terme sans prévenir, tu tombes la veste et tu t’en vas marcher sur l’eau sans chemise et sans pantalon, comme Rika Zaraï ? Tu retournes faire le mariole parmi les âmes du paradis en nous laissant les juges d’instruction et Nadine Morano aux fesses ? Merci bien ! ».
Dieu est mort et nous, il y a cinq ans, on a entendu le discours de François Hollande au Bourget. On aurait mieux fait de réécouter Gilbert Bécaud chanter « Je m’en vais dimanche à Orly » Lui au moins, il y allait, il tenait ses promesses.
Dieu est mort et on a dû voter Chirac au deuxième tour en 2002. On a connu Berlusconi et Sarkozy, on a Trump et Poutine et Marine au second tour. Je le sais que les promesses n’engagent que ceux qui y croient (Charles Pasqua) et c’est pour ça ou plutôt contre ça que je vais voter Macron dimanche prochain.
Mais bon ! Je n’en suis pas encore à me retourner dans ma tombe mais je crois quand même que depuis que Dieu est mort, je ne suis pas encore vraiment remis de tout !
- Parce que… c’est quoi, ta boutique, Platon-Daignant ? C’est un atelier dans lequel on travaille à la chaîne d’arpenteur ? C’est une droite qui passe par deux poings dans la gueule et d’un seul coup d’un seul se retrouve chaos ? C’est un point de passage vers un univers parallèle ? Un endroit où l’on peut jouer au petit rapporteur parce que tout est black et rien d’équerre ? Un lieu où il faut respecter les règles et faire dans la demi-mesure ? C’est le pavillon de Sèvres ? On y conserve Nicolas Sarkozy dans du formol et dans cette vitrine attenante, là, ce sont les talons du maître ? C’est la salle Hubert Circurien ? On y donne des circonférences pour nous expliquer pourquoi le monde tourne de moins en moins rond ?
- Ca va changer. A partir de dimanche soir vous n’aurez plus le droit d’écrire vos insanités et d’interroger le pouvoir. La bête qui vit dans cette caverne connaît votre amour des Lumières et votre habitude de demander des comptes. Elle les connaît et elle ne les aime pas. Ces usages seront abolis. Nous n’acceptons pas que l’écriture signifie le questionnement.
Le paradis terrestre… La Corée du Nord ! La Corée du Nord… La Corée du Nord… La Corée du Nord… La Corée du Nord… La Corée du Nord…
La chicorée du Nord ! Quelques grains par-dessus Le café qu’on a moulu Le bonheur d’ « eun’ goutt’ ed jus » En famille, porte ouverte Avec le soleil dehors, Le carrelage lavé tous les jours, Le rire de l’oncle plombier L’amour des parents et des grands-parents… Le paradis terrestre !
Le paradis terrestre… La Corée du Nord… Il suffit d’un missile Pour qu’elle en fasse du Plâtre de terrassier !
Dans le livre « Anagrammes pour lire dans les pensées », Jacques Perry-Salkow a relevé des phrases philosophiques dont les lettres mélangées peuvent reformer d’autres mots et donc d’autres phrases.
Il a demandé à Raphaël Enthoven d’écrire un texte qui mène d’une formule à son anagramme. A titre d’exemple ce texte nous explique pourquoi « Critique de la raison pure » devient « paradis onirique et cruel » ou divague plus ou moins logiquement entre les deux formules.
Il est demandé d’écrire plusieurs textes d’une quinzaine de lignes pour aller d’une anagramme à l’autre. Tous les styles sont admis.
Voici la liste des anagrammes proposées dans lesquelles chacun(e) pouvait choisir :
Empruntons la route et rions
Et la mort n’est rien pour nous
Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre
L’écriture signe le questionnement
On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve
la vague sans fin modifiée emmène nos jeux de sable
Le travail, la famille, la patrie
La villa, le mari parfait, la télé
Mouvement des Femen
Vénus, femme et démon
La crise de l’autorité
Le droit à la sécurité
Liberté égalité fraternité
ébriété, flirt et galanterie
Intouchable
chant oublié
De la démocratie
art de la comédie
Monseigneur Bossuet, l’aigle de Meaux
Diable ! les goûteux sermons ! Une magie !
Et si le ciel était vide ?
Ta vie, elle est dite ici !
Monsieur Tout le monde
Tu es le mouton endormi
La révolution d’octobre
robinet d’alcool ouvert
La fonction crée l’organe
Le forgeron connaît cela
L’ancien régime et la révolution
Le roi guillotiné creva net. Amen
La propriété, source de l’égalité
origine de la prospérité actuelle
Dieu est mort
Remis de tout
Le journal d’un séducteur
jeu cruel d’un sale tordu
La beauté est dans l’œil de celui qui regarde
et Dieu créa la laideur dans le geste oblique
Le misanthrope
l’atmosphérien
On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux
Saint-Exupéry veut, noble visée, que l’être conçoive bien les illusions
On se suicide toujours trop tard
Discutera-t-on toujours d’espoir ?
Le paradis terrestre
plâtre de terrassier
La vieillesse est un naufrage
vigne austère sans la feuille
Le rêve américain
La vie mercenaire
Qu’est-ce que le moi
c’est quelque émoi
L’inconscient est un lac obscur
blanc inconnu sous clé stricte
Entre la solitude et la vulgarité
une voile leste, l’attrait du large
La grande muraille de Chine
Le daim regarde la chenille
La vraie vie est ailleurs
La rivière suit sa vallée
Le nombril du monde
l’immonde rond bleu
La morale a toujours le dernier mot
Alors l’amour rend Juliette à Roméo
La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix
Le gueux radine, l’étendard palpite, le ciel bouge
- Dans quelles autres villes que votre lieu de résidence avez-vous dormi cette année ?
- Vacances non-stop, camping-car toujours ! Toulon, Porto-Vecchio, Saint Martin Vésubie, Montalivet, Chambord…
Nous avons l’extrême privilège des escargots, celui de voyager dans notre maison qui roule, grandes distances ou petits week-ends, nous traversons pays, villes et sites et nous arrêtons au gré d’aires d’accueil plus ou moins charmantes.
21 juin 2018, la cloche de nos occupations favorites a sonné et nous partons le cœur léger vers d’autres horizons. Après une aire d’autoroute sans grand charme nous touchons notre port d’embarquement : Toulon. On aperçoit dans la rade le toit d’un sous-marin, il fait chaud, nous nous posons au ras d’une plage, aucun policier ne vient nous déloger.
Traversée calme, nous approchons de Bastia et déjà l’air lourd et humide exhale ce parfum si caractéristique du maquis corse. Jamais dans mon souvenir il n’a été aussi enivrant que cette année de retour vers cette île qui me touche tant. Porto-Vecchio nichée au fond du golfe, les aiguilles de Bavelle au loin, il fait beau, il fait chaud. Les touristes ne sont pas encore arrivés, nous sillonnons les routes tortueuses, nous nous perdons dans le maquis avant de plonger dans une mer transparente. J’ai retrouvé la Corse.
Montagne, mer, montagne, St Martin Vésubie [Alpes-Maritimes], finale de la coupe du monde sur une place, lisse finale, bleu, blanc, rouge affichés partout. Randonnées tôt le matin, ça grimpe, il fait chaud et cette envie de toujours plus haut, toujours plus beau. Reflet des montagnes sur le lac, au détour d’un chemin pas moins de neuf couleurs pour ce lac de l’Ubaye.
Quelques aires sans intérêt, passage éclair à Cesson, sans intérêt. La mer toujours, encore, moins transparente, plus furieuse sur cette plage interminable de Soulac à Biarritz, Montalivet, baïnes et courants violents cantonnent les baigneurs dans des petits carrés étroits attentivement surveillés par des MNS (maîtres-nageurs sauveteurs) bronzés plutôt bien gaulés. Petites zones surpeuplées dans cette mer à l’infini. Les vagues, les pins, le vélo qu’aucune côte ne vient ralentir, senteur de pin mêlée de bruyère exacerbée par une chaleur caniculaire, c’est l’été. Le soleil caresse ma peau sans aucune pudeur, les vagues thalassent sans fin ma cellulite ! Bien-être et farniente, vivent les vacances ! Petit défi sportif pour parachever ce circuit camping-caresque. Tours-Orléans à vélo, en empruntant les chemins de la «Loire à vélo». Le fleuve royal semble paresser le long de ses bancs de sable dorés. La pierre de tuffeau des villages le long du chemin reflète les chauds rayons du soleil.
Tout est beau, calme, serein. Perspective stupéfiante. Chambord splendeur de la Renaissance… Les vacances se terminent…
Leur plaisir c'était de se balader le long de la rivière. Le paysage était époustouflant à admirer sous la légère brume si fréquente à cet endroit.
Le premier, Aladin, avec sa verrue sur la joue n'avait pas le physique d'un jeune premier et ne faisait rien pour s'arranger. Du 1er janvier au 31 décembre il traînait son vieux pantalon élimé. On racontait que dans sa jeunesse il avait séduit une mineure. L'affaire avait fait grand bruit et il avait fait un peu de prison. Cette histoire était loin et actuellement on ne lui connaissait aucune attache. Il se sentait libre et vivait à sa guise. Il aimait quand même bien son pote Madelain et passait beaucoup de temps avec lui.
Madelain présentait un meilleur aspect que son ami mais son cerveau ne dépassait pas la taille d'une petite amande. Son vocabulaire était succinct et il appelait tout et n'importe quoi « bidule », ce qui obligeait les neurones d'Aladin à une certaine gymnastique pour saisir le sens de ce que son compagnon voulait dire.
« Tu entends le bidule dans les bidules ? » pouvait vouloir dire : « Tu entends le merle dans les arbres ? ».
Bref, on les voyait très souvent et toujours par paire. Ils pouvaient être indifféremment concentrés au-dessus d'un nid de fourmis ou faisant les fous dans le vieux lavoir mimant le battoir du plat de leur main. Ils en repartaient trempés jusqu'aux os, riant comme des baleines.
Un jour qu'ils contemplaient de pauvres petites bêtes en cage dans une animalerie, Madelain se mit en tête de libérer un cochon d'Inde. Comme ce dernier, affolé, refusait de sortir, Madelain voulut l'attraper, il plongea sa main dans la litière et en ressortit...un pouce !
- Aladin, tu as vu ce bidule ? ».
Aladin effaré courut avertir le vendeur qui s'empressa d'aller prévenir le patron, propriétaire des lieux. Ce dernier portait un pansement en forme de grosse poupée à la main gauche. Il s'écria : « Ah, mon pouce ! Je me demandais bien où je l'avais perdu ! ». Madelain roulait de gros yeux incompréhensifs. Aladin dit : « Je crois qu'il est un peu tard pour le recoller, mais tentons quand même. Avez-vous de la glace pour l'emballer ? Allons vite à l'hôpital ! ».
Dans la voiture le propriétaire de l'animalerie et du pouce vagabond ainsi que son vendeur tentèrent de raconter la mésaventure en se coupant la parole abondamment et en parlant en même temps. Il en ressortit que la main se trouva malencontreusement sous la scie circulaire découpant de petits rondins pour la fabrication d'une nouvelle cage.
L'homme n'avait pas eu mal tout de suite, étant très occupé par les soins à donner aux animaux. Son vendeur affolé par tout le sang qui coulait de la blessure l'alerta. A ce moment l'homme ne savait plus ce qu'était devenu son pouce. Ils avaient donc fait un pansement de fortune et ils s'en étaient tenus là. Il était un peu tard pour une greffe mais le chirurgien fit des merveilles et le pouce fut remis à sa place.
Lorsque Madelain vit ce pouce recollé à sa place sur la belle main ferme, il s'exclama la mine réjouie : « Ah, monsieur, votre bidule ! ».
Des petits dinosaures pondaient des œufs bleus. Ils vivaient dans le sud de la Chine. Mais des poissons sont tombés du ciel. Ils ont troublé l'eau, remué fortement le sable et ont semé la panique parmi les œufs.
On peut se demander comment ces œufs colorés, censés éclore dans cette mer de Chine et donner de frétillants bébés dinosaures pouvaient faiblir et se laisser emporter quand la trombe aspira l'eau. Leur mère aurait dû enfouir ses œufs plus profondément dans le sable. La tempête est fréquente dans cette région. La survie de l'espèce nécessitait davantage de soins.
Pourtant elle l'avait fait, mais ces œufs fripons et indisciplinés sont remontés à la surface et ont ainsi pu être emportés. Cela s'explique : la couleur bleue de ces œufs rares provenait de la biliverdine, substance agissant fortement sur l'air contenu dans la coquille, le secouant en tous sens.
Cette espèce de dinosaures n'était pas la seule à pondre des œufs bleus. Dans d'autres contrées, par exemple la Forêt équatoriale, certains oiseaux pondent également des œufs bleus. Ces derniers ont l'avantage d'être moins visibles que les blancs. C'est un précieux camouflage parmi les différents tons de verts des arbres et les couleurs chatoyantes des multiples fleurs de la jungle. Ils échappent ainsi plus facilement à leurs prédateurs qui ne souhaitent que les avaler.
Mimimimi-Cracracracra était devenue amimie avec un aristocracrate prénommé Emimile. Ce dernier avait beau être de la haute, il ressemblait à un vilain cracrapaud.
Un jour il lui avait demandé s'il pouvait venir chez elle. Elle n'avait pas su refuser. Cela la mimit dans tous ses états. Son logis était miminable, comment pourrait-il plaire à son Prince Charmant ?
Elle employa beaucoup d'énergie pour le décracrasser à l'aide de son Mimini-Mimir mimiracle. Elle s'efforça aussi d'enlever les poils de Mimistigri de son canapé mimiteux. A mimidi elle avait termiminé. Son intérieur était plus rutilant qu'il ne l'avait jamais été et Mimimimi-Cracracracra était cracramoisie par l'effort fourni.
Pour séduire son aristocracrate préféré, notre mimidinette enfila une miminijupe en lycracra qui épousait bien ses formes.
Lui, il arriva propre comme un sou neuf, parfumé, chemimise blanche et cracravate. Il tenait un bouquet de mymyosotis. Elle se sentait miminable.
Avec un peu de honte elle déboucha une bouteille de picracrate. Il sourit, alors elle lui proposa une partie de domiminos.
Ca devenait insupportable, ils n'en faisaient qu'à leur tête.
Ils s'étaient mis à sortir le soir. Ils trouvaient que depuis ma naissance ils m'avaient consacré suffisamment de temps et qu'ils avaient maintenant le droit de vivre leur vie. Je n'avais que 10 ans !!!
Ils n'avaient donc jamais appris que lorsqu'on met un enfant au monde on en prend pour perpète ? Ils estimaient être dans leur droit et me laissaient seule devant une pizza surgelée que je devais moi-même réchauffer au micro-onde pendant qu'ils allaient dîner en amoureux dans un bon petit restaurant.
Et s'il y avait eu un incendie ? Et si un voleur s'était introduit dans la maison ? Et si j'avais été kidnappée contre une rançon ? Ou enlevée par un pédophile ? Quand j'étais petite je n'avais aucune défense, je faisais confiance à tout le monde. Alors, dans ces cas-là, ils auraient eu bonne mine, mes parents, hein !
Je m'acquittais de ma dînette sur un coin de table de la cuisine car bien sûr je n'avais pas le droit de regarder la télé ; d'ailleurs je ne savais pas la mettre en marche et je me réfugiais bien vite sous ma couette. Je n'étais pas rassurée, le moindre bruit me paraissait suspect.
Le lendemain matin, à l'heure de me préparer pour l'école, je me retrouvais encore toute seule car bien sûr ils dormaient encore. Je n'ai jamais bien su à quels moments ils se rendaient au travail. Et croyez-moi j'ai échafaudé des tas de scénarios. C'étaient peut-être de sombres trafiquants qui revendaient des marchandises volées ou, pire, qui dealaient de la drogue ? Peut-être étaient-ils des rentiers qui avaient fraudé le fisc et amassé un pécule confortable ?
Mais qui étaient donc mes parents ? Le week-end je ne les voyais pas non plus. Ils partaient avec une bande d'amis pour de longues randonnées, des pique-niques géants ou de longues balades à vélo. Et bien sûr je n'étais jamais conviée à ces sympathiques escapades.
Plusieurs années ont passé sur ce rythme monotone. J'ai eu quatorze ans, quinze ans. Je les voyais à peine, en coup de vent, ne leur parlais pratiquement pas. Heureusement j'avais des copines et des copains pour un semblant de vie sociale.
Quand soudain, en pleine année scolaire, ils me déclarèrent qu'ils partaient pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois en Australie.
J'aurais pu m'accommoder de cette situation, j'avais l'habitude de gérer seule ma vie quotidienne mais ce soir-là je décidai que la coupe était pleine. Je leur dis simplement : « Fort bien ! » et les laissai partir sans plus de cérémonie. Mais ce n’'est pas si grave, pensais-je, qu'ils aillent au bout du monde, je réserve une belle surprise pour leur retour.
J'ai été très occupée pendant toutes les semaines de leur absence. J'ai commencé par porter tous leurs vêtements au Secours Catholique. J'ai effacé le disque dur de leur ordinateur. J'ai lacéré les rideaux, maculé le canapé et les fauteuils avec de l'huile de vidange. Emporté les tapis anciens à la décharge. Brisé les verres en cristal et la vaisselle de porcelaine. Fait de subtiles arabesques sur les papiers peints et peint les vitres en noir. J'aurais pu tout simplement mettre le feu à la maison, mais je préférais qu'ils constatent les dégâts.
Comme par magie ma rancoeur se dissipait pendant tous ces travaux et je me sentais étonnamment sereine. Je restai encore quelques jours dans ce domicile saccagé, n'occupant que la cuisine. Puis je peignis les vitres de cette dernière en noir, me préparai une valise, pris tous les bijoux de ma mère et me réfugiai chez une amie.
J'attendais avec impatience. Je jubilais de ce bon tour que je leur avais joué. Je regrettais simplement de ne pas être une petite souris cachée dans un trou pour jouir de la tête qu'ils allaient faire à leur retour. C'était une juste punition pour leur négligence, leur manque d'amour et d'attention qu'ils avaient eu pour moi durant toutes ces années.
La vie est la farce à mener par tous. Alors nous nous obstinons à la trouver sérieuse Pour trouver un but et ne pas patauger dans la mousse.
Le monde a soif d'amour. Tu viendras l'apaiser. Tes yeux pleins de tendresse sauront le consoler
Le chant des cieux, la marche des peuples : Esclaves ne maudissons pas la vie ! Nous trouverons peut-être de quoi assouvir nos envies !
Je me crois en enfer, donc j'y suis. J'ai beau écarquiller les yeux Je ne vois que ce que je crois dans le brouillard assis.
C'est un trou de verdure où chante une rivière Ceux qui passent par-là ne voient que la lumière.
Les inventions d'inconnus réclament des formes nouvelles Car tout déjà a été vu, dit, déjà est éternel.J'écrivais des silences, des nuits. J'exprimais l'inexprimable. Je ne sais d'où me venait cette certitude Que les mots jamais ne pourraient suffire A dire l'instable, l'insondable, l'insoutenable.
Oh la la ! Que d'amours splendides j'ai rêvées, Etre deux à se porter vers les nues, Dans ses yeux se sentir Dieu Et toujours rebondir vers l'inachevé. Sur un lit d'étoiles les enlacements nus Transportant en d'autres temps, d'autres lieux.
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir. Ne pas se méprendre, tout comprendre dans la nuit noire.
C'est faux de dire : je pense. On devrait dire : on me pense. Personne n'existe seul Chacun est l'élément d'un tout Qui gravite dans un magma immense.
Il faut être absolument moderne L'homme ne saurait piétiner sur le passé, sur des valeurs sures Il faut qu'il avance jusqu'à son terme.
J'ai avalé une fameuse gorgée de poison Le savais-je ? Je ne sais plus Je me tords dans un trou noir sans fond.
Elle est retrouvée. Quoi ? L'éternité : c'est la mer allée avec le soleil Patiemment ils ont fait le chemin Jusqu'à se retrouver entre monts et merveilles.
Je m'entête affreusement à adorer la liberté libre La parole s'envole, personne ne la dicte Les actes sont insoumis Je ne serai jamais celui qui rentre dans le rang.
Ô saisons ! Ô châteaux ! Quelle âme est sans défaut ? Où sont les vices inavouables des cœurs purs Ceux qui font des accrocs peuvent-ils jeter la première pierre ?
Oisive jeunesse à tout asservie ! Par délicatesse j'ai perdu ma vie Déjà tout vu, tout fait Plus de saveur pour le reste du chemin. Ne vaut-il pas mieux partir riche, déjà, de sa propre vie ?
La fée Morgane était apparue au milieu des grandes tours du quartier de Maurepas.
Sur la place du Gast, elle avait posé sa harpe aux cordes fines et fragiles.
A travers les mots elle nous invitait au voyage. Un voyage dans le temps. Un voyage où les korrigans, chaque soir, apparaissaient et, pour les amadouer, elle leur jouait un air de musique douce.
Ce soir-là, du côté du levant, Une bise s'est levée, Une bise légère qui à travers les cordes a entonnée un air.
Mais cette bouffée d’air S'est vite transformée en rafale, Un vent marin aussi violent que le Mistral.
On n'entendait plus guère la voix de Morgane, Les korrigans avaient envahi l'espace.
Les vents violents ont fini par briser les cordes de la harpe si délicate, Et la fée s'est transformée en une sorcière indélicate.
Depuis peu je fréquente un cours de permaculture. J'ai sur le compostage un point de vue presque philosophique : ne pas gaspiller, transformer ou, comme dirait Ernest, un des élèves du cours, « manger en hachis les restes du gigot ».
Ernest est très sympathique mais encore plus atypique et pas du tout conforme. Son physique déjà est pour le moins singulier avec sa bouille assez ravagée, mi-Gainsbourg mi-Pierre Perret et surtout ses tatouages à faire cascader la vertu . Et que dire de son langage fleuri ! Il prend un malin plaisir à effaroucher Isabelle et Bénédicte, deux bobos-écolos b.c.b.g. La permaculture est très tendance...
Dans l'appentis de jardin où nous déposons notre tenue de ville pour revêtir nos fripes de travail, il s'amuse à provoquer, à les provoquer :
- Ah Isabelle, ce n'est pas encore aujourd'hui que tu verras mon scoubidou de sous-officier de réserve !
La semaine dernière c'était Bénédicte qui était sur le grill :
- Si tu veux , ma belle, en rentrant par le petit chemin, je pourrai te faire résonner ma petite guitare cachée !
Entre ces trois-là c'est vraiment un choc permanent de culture ! Elles essaient de ne pas perdre contenance, parfois de faire leurs yeux de carpes pâmées ou, le plus souvent, de jouer les indifférentes. Mais je les soupçonne de n'en perdre aucune miette et d'aller consulter le dictionnaire en rentrant pour découvrir le sens caché de certains mots.
Quand il s'est présenté au premier cours, Ernest nous a mis d'emblée au parfum. Pour expliquer son attrait pour la permaculture, il nous a dit que sa vraie motivation était d'améliorer sa santé. Il prenait de l'âge et avait décidé de se ressaisir et de mener désormais une vie saine. Il était inquiet pour sa santé :
- Dimanche dernier, comme d'habitude, avec Lulu, ma régulière, nous avons pris le café du pauvre et je me suis endormi sur le rôti. Un vrai choc au réveil, c'était la première fois que je passais du B dur au bémol avec Lulu, la honte ! Alors j'ai décidé de passer du sport en chambre au vélo et au jardinage pour faire de nouveau voler mon dragon.
Nous sommes six au cours de permaculture et Ernest nous fait bien rigoler, mes deux copines et moi. Mais certains jours c'est un peu trop, il faudrait l'arrêter, et puis on est là pour jardiner.
Aujourd'hui c'est décidé nous allons le couper, je veux dire l'interrompre, pour prendre nous aussi la main ! Il commence son numéro comme de coutume :
- Je n'ai pas dormi de la nuit ! Hier soir Lulu avait un frelon dans le module je ne vous dis pas ! Et...
- Pause, Ernest ! Ca suffit tes expressions à la mords-moi le nœud ! Tu vas nous faire une explication de texte, s'il te plaît !
- OK, alors, autrement dit, comme Lulu avait le feu aux fesses, je lui ai déballé le Mon chéri, puis elle a commencé à chanter Ramona pour finir en criant "Maman !". Voilà, c'est plus clair ?
Incorrigible Ernest ! Nous en avons eu pour notre argent. Pendant ce temps Bénédicte et Isabelle désherbaient frénétiquement sans oser lever les yeux.
« Mariage : pendant des années, nous nous sommes aimés. Je veux dire, ce me semble puisque nous avons regardé ensemble dans la même direction. Celle de la télévision .» Cette référence à Antoine de Saint-Exupéry est signée Jean-Pierre Collet. Elle est extraite de « Chant du naïf ». C’est une carte postale éditée par Dossiers d’Aquitaine, 5, impasse Bardos à 33800 Bordeaux. Mes enfants la trouveront peut-être un jour, bon ou mauvais, dans mon grenier. Les jeunes gens ont toujours eu de drôles d’idées de farfouille ne serait-ce que pour dénicher du « vintage ». Moi-même qui le suis beaucoup resté aussi, jeune farfouilleur, j’ai bien eu l’œil attiré par un bloc-éphéméride Yvon de 1952 ! Qu’en ai-je fait ? Que feront-ils de cette carte ? Pourquoi l’ai-je gardée ? Elle ne s’applique pas à notre couple : nous n’avons jamais possédé de téléviseur !
Cocorico ! On change de carte !
D’ailleurs la carte suivante représente notre fils en train de pester contre cet héritage plutôt pourrave. Il a l’air d’un petit vieux mais c’est normal, docteur ! Je n’ai pas prévu de décéder avant d’avoir atteint l’âge de 117 ans, c’est pourquoi il a quelque chose comme 88 ans sur cette image dessinée par Sven Nordqvist. Je tiens à lui signaler par avance ici que « les pots de peinture, ce n’est pas moi ! ». C’est sa mère avec son souci de vivre toujours dans un endroit propre et nickel chrome. Si je l’avais écoutée, on aurait déménagé tous les cinq ans, juste pour le plaisir de remettre un logement à neuf ! D’ailleurs, c’est ce qu’on a fait au début ! Je considère même comme un miracle d’avoir réussi à stabiliser l’affaire à partir de 2002. La boîte à outils, c’est elle aussi. Moi je sais tout juste changer une ampoule. Comme Tarzan, qui doit appeler sa compagne quand son lampadaire s’éteint : « Allô, Jane ? » Passons. On voit aussi sur l’image tout le barda qu’on a récupéré dans la cave de ma belle-mère et dont on n’a jamais réussi à se débarrasser. Excepté l’éphéméride de 1952 quand même !
Cocorico ! On change de carte !
Je plaide coupable, en revanche pour la série d’aquarelles de Venise ! Elles n’ont certes pas la finesse des tableaux de Canaletto, le toucher génial et impressionniste de Guardi mais j’ai toujours tout fait en amateur dans ma vie. Et ça aussi, la peinturlure j’ai arrêté avant 2002. Peut-être bien qu’elles ont souffert, ces peintures vénitiennes et que le papier se gondole ? Warf Warf ! Mais je me souviens que certaines personnes les aimaient bien. Bien sûr ça n’a rien à voir avec « du James Koons » mais il n’a jamais été question de vendre mes productions. Même si à une certaine époque j’ai été auto-éditeur à Sablé-sur-Sarthe, chez l’inénarrable François Fillon. Ça m’a suffi !
Cocorico !
Pour ce qui est des photos, ça devrait aller ! Avec un peu de chance, j’aurai tout numérisé. Il faut dire que j’ai fait mon miel de tout ce que j’ai vu dans ma vie. Cela donne des petits tas de sel qui ne servent à rien, des brassages d’air à la Don Quichotte, une palanquée de siestes imaginatives sur les plages de Bretagne. Le temps passe et un jour vous avez cent ans et des brouettes ! Tournent les ailes du moulin de Guérande, comme chantait Gilles Servat ! Ca ne manque pas de sel de se croire immortel. Marais salant, ça l’est, marrant !
Cocorico ! dit le téléphone qui rythme ce logorallye !
Veuillez agréer, mes chers enfants, avec ces désagréments que nous vous laissons (une maison à vider, pas de pognon à en tirer puisque tout est dévalué avec le temps) cette impression de vieux gréements en bout de course. Mais moi, vous le savez bien, je n’ai jamais eu l’intention de quitter le navire, de mettre les voiles ! J’ai mené ma barque comme j’ai pu, prudemment, en essayant de ne pas trop ramer et j’ai fait en sorte que ma coque ne s’abime pas sur les rochers.
Coque ? Cocorico !
Je n’ai jamais eu à répondre à cette question : « Que faire ? Vivre à Rennes ou partir ? » Ma star préférée c’est le réseau métro et bus de cette ville. Maintenant qu’on ne trouve plus dans les métropoles de voitures individuelles et que les transports en commun sont gratuits, avouez que c’est quand même bien pratique la ligne C du métro pour aller balancer tout notre grenier à la déchetterie de Villejean, non ? « Chez lui, dit la carte, rien ne se jette, tout se trie, se recycle, il est très attaché à la préservation de l’environnement ». Ca se recyle vraiment, soixante-dix ans de krapoveries ?
Cocorico ! Atchoum ! Ah la poussière qu’on remue !
L’avant-dernière carte du paquet est un bon résumé. Il était une fois un mec qui avait des lunettes et qui écrivait dans des cahiers à petits carreaux des choses comme : « Toutes les cinq minutes, le téléphone de Brigitte sonnait. Elle avait choisi comme sonnerie pour cet engin le cri de cet ineffable jeune coq gaulois qui chante clair et fier sur un tas de fumier, se pavane à l’Académie française, ne fréquente que les premiers de cordée et pérore sur les gares où, d’après lui ceux qui ont réussi croisent ceux qui ne sont rien.
Cocorico final !
« Le rapport du Club de Rome « Halte à la croissance » (1972) pointait déjà les conséquences négatives du développement sans limite. Décroissance : utopie d’aujourd’hui ou contrainte de demain ??? » François Deck et Francis Voisin [[[[[
Le projet du Générateur de problèmes[[[[[ est de révéler des écritures prenant en compte le travail, thème des Ateliers de Rennes, Biennale d’art contemporain.
Bon ben voilà, c’est fait ! J’ai assez travaillé pour aujourd’hui ! Je suis mort ! Qui qui dit mieux ? Demain sera un autre jour ! Va te coucher, le coq !
ADAM – C’est pas pour dire mais je préfère Gand à Bruges. Mais bon… j’dis ça, j’dis rien !
EVE – Alors ferme la ! Tais-toi, oui ! Tais-toi, tu vas dire des bêtises. A croire que tu ne sais faire que ça !
ADAM – Pour être tout à fait honnête avec vous, on était bien sous la couette, tout à l’heure ! Je pense que vous êtes un type dans mon genre. Avec quelques petites différences, bien sûr !
EVE – Abruti, va ! C’est juste insupportable ! Vos bêtises, il faudrait les noter !
ADAM – On peut peut-être se tutoyer ? Vu qu’on va passer pas mal de temps ensemble ?
EVE – Ah non, mon pote ! Compte là-dessus et bois de l’eau ! L’amour popote, ce n’est pas pour moi. Tu vas faire ceinture !
ADAM – En même temps je peux comprendre. Vous n’êtes effectivement pas du genre à prodiguer des conseils affectueux comme « Ne rentre pas trop tard ! » « Ne prends pas froid ! » ou à vous inquiéter : « Où sont les enfants ? ». Là on est davantage sur « Je suis une intello rebelle et toi tu n’as pas lu « Au-dessous du volcan » ! ».
EVE – Vous me flattez, Adam ! Un jour peut-être vous jouerez là, vous aussi, dans la cour des grands. Mais pour l’instant vous avez l’air du type qui a été renvoyé de partout !
ADAM – J’y peux rien ! C’est le dirlo ! Il n‘a pas fait son deuil d’une planète harmonieuse où les hommes et les femmes vivraient, croisseraient ou coasseraient et multiplieraient…
EVE – Vous devriez lire le Bescherelle ! Moi je le lis chez ma coiffeuse, ça aide pour faire des phrases qui tiennent debout. Nous allons vous laisser, mon vieux ! Le monde est vaste, vous trouverez peut-être une compagne à votre mesure ici ou là !
(Elle s’en va).
ADAM – Je sais pas ce qu’on leur a fait aux jeunes mais ils n’articulent plus, maintenant ! Eh oui, mon brave Milou, je me suis pris le premier râteau de l’humanité, aujourd’hui !
LE SERPENT – Je vous prie de cesser de m’appeler Milou. Je suis un serpent, pas un chien ! N’oubliez pas que cette île fait neuf kilomètres carrés et que vous êtes seul.e.s dessus. Elle reviendra vers vous, ne vous inquiétez pas !
ADAM – Oh, je ne m’inquiète pas de cette fille nommée Eve ! C’est juste le dirlo qui me rappelle quelqu’un mais je ne sais plus qui. Un acteur de cinéma ? Un mec à la télé ? On l’a vu dans quoi déjà ?
J’te joue d’l’harmonica où tu veux, quand tu veux !
Il n’y a pas plus vintage, comme instrument ! Plus personne n’en joue aujourd’hui. Les vieux fourneaux de votre connaissance vous déclareront avec la fierté de ceux qui peuvent encore citer Aznavour :
- On a connu Albert Raisner qui en jouait dans l’émission « Age tendre et tête de bois » ! Et je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître !
- Plus tard on a eu droit aux chemises à fleurs et aux élucubrations d’Antoine, le chanteur opticien. Lui ne savait jouer que deux notes sur cet instrument à bouche que les Québécois appellent « ruine-babines ». Après quoi il lançait « Oh yeah ! » et, précurseur en matière de « name dropping », il parlait d’Yvette Horner et de Johnny Hallyday qu’il souhaitait voir enfermé en cage à Médrano. Quel cirque c’était, ces années 60 !
Pour mon collègue René, l’harmonica c’est Bob Dylan. Pour moi c’est plutôt Neil Young. Pour d’autres c’est Jean-Jacques Milteau.
Non, plus personne n’en joue. Je suis le dernier à souffler-aspirer dedans par-dessus mon ukulélé. J’te joue d’l’harmonica où tu veux, quand tu veux ! C’est plus facile à transporter qu’une contrebasse !
De la guimbarde ? Non. Je n’ai jamais appris comment ça marchait. De l’Anna Karina ? Non plus. Jean-Luc Godard interdisait que l’on soufflât dedans. Je crois d’ailleurs qu’on dit « ocarina » plutôt qu’"Anna Karina".
J’ai passé une excellente soirée mais ce n’était pas celle-ci. Et pour cause !
Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Je vais vous dire : c’était que du bonheur ! C’était comme de gagner un match à la maison. En effet, parfois, à peine ma bougie éteinte, - merci infiniment, Mââm Bougie ! - mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de rebondir et de me dire : « On vient de l’apprendre, les paupières du petit Marcel étaient lourdes, j’ai le sentiment que ça vient de tomber et même que, trop fort, ne bougez pas, le voilà qui s’endort ! ».
Et, une demi-heure après, vraiment du grand n’importe quoi, la pensée improbable qu'il était temps de chercher le sommeil, ou pas, m'éveillait. Surréaliste de chez surréaliste.
Je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et j’étais plutôt d’accord pour souffler ma lumière. Voilà, quoi. Mais c’était énorme comme je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, trop de la balle, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier, tout à fait même. Enfin un vrai couac, le fameux truc décalé qui permet de revisiter grave le difficile quotidien, ou pas.
J’hallucinais. Il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : le très attendu jeune loup de la politique qui viendrait à bout du vieux lion, ou pas, l’église incontournable qui nécessitait l’arrêt sur la route des vacances car c’est dans l’ADN du photographe, c’est clair, de ne pas respecter la moyenne, le dernier des grands quatuors d’Arnold Schönberg, la rivalité au bras de fer de François Ier et de Charles-Quint. Fallait-il avoir peur de ce coup de calcaire ?
Cette croyance improbable survivait pendant quelques secondes à mon réveil. Elle était comme une jeune femme pleine de fraîcheur qui donnait le la aux musiciens et au chef d’orchestre du très attendu sommeil. Elle ne choquait pas ma raison, mais voilà, quoi : elle pesait comme des écailles sur mes yeux. C’était trop too much. Elle les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n'était plus allumé. Puis dans l’entourage du metteur en scène de « Revoir sa copie » elle commençait à me devenir tout à fait inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d'une existence antérieure se posent là où j’ai mon doigt, ou pas.
Au chevet de Bouddha où une foule anonyme, on vient de l’apprendre, se pressait, le sujet du livre se détachait de moi, j'étais libre de m'y appliquer ou non, ou pas. J’adorais ce côté décalé et en même temps je sentais monter la grogne au créneau. Aussitôt je recouvrais la vue et j'étais bien étonné de trouver autour de moi la fameuse obscurité qui reprenait la main, douce et reposante, c’est clair, pour mes yeux, mais voilà quoi, peut-être plus encore, j’ai envie de vous demander si vous vous en doutiez, pour mon esprit.
Faut-il avoir peur de l’écrire ? L’obscurité apparaissait pianissimo comme une chose sans cause, incompréhensible, surréaliste, du grand n’importe quoi, voilà, en effet, comme une chose vraiment obscure. Bref, un vrai no man’s land.
Je me demandais quelle heure il pouvait être, ou pas. J'entendais grave le sifflement des trains – Merci infiniment, le sifflement ! - qui, plus ou moins éloigné, - c’est dans son ADN, ne bougez pas ! - comme le chant d'un oiseau dans une forêt tout à fait revisitée à la maison, relevant les distances, me décrivait l'étendue incontournable de la campagne trop déserte de chez Yapersonne où le très attendu voyageur se hâte comme le dernier des grands explorateurs vers la station prochaine, pleine de fraîcheur et le petit chemin qu'il suit va être gravé grave dans son souvenir par l'excitation qu'il doit, comme vous le savez, à des lieux nouveaux – enfin un vrai endroit qui me botte depuis Sète !- , à des actes, voilà quoi, c’est clair, inaccoutumés, j’ai envie de dire aussi à la causerie récente et aux adieux trop glauques sous la fameuse lampe étrangère qui le suivent encore dans l’entourage de la lune et dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du très attendu retour qui, on vient de l’apprendre, est éternel, ou pas.
J'appuyais tendrement mes joues incontournables contre les belles joues improbables de l'oreiller qui, pleines et fraîches, que du bonheur, sont comme les joues de notre enfance, c’est énorme, à la maison. J’avais envie de demander l’heure, mais j’avais le sentiment que vous n’étiez pas là alors voilà quoi, je frottais une allumette pour reprendre la main et regarder ma montre.
Ne bougez-pas ! Trop nul ! Gravosse de chez gravosse ! J’hallucinais béton ! C’était bientôt juste minuit.
C'était l'instant où le dernier des grands malades, qui a été tout à fait obligé de partir en voyage sur un coup de tête et a dû coucher dans un hôtel inconnu de New-York, réveillé par une crise, se réjouit en apercevant sous la porte une raie de jour. C’est trop de la balle ! Que du bonheur ! C'est déjà, merci infiniment, énorme, le matin !
Dans un moment les domestiques seront levés, c’est clair et il a le sentiment qu’il pourra sonner, et qu’une jeune femme noire viendra lui porter secours. L'espérance d'être soulagé fait qu’il va reprendre la main, lui sauter dessus, ce sera du grand n’importe quoi mais c’est dans son ADN, un coup de sang incontournable.
Faut-il avoir peur de l’improbable ? Bien sûr que non sinon on reverrait tout le temps sa copie et on ne monterait jamais au créneau, c’est clair. Après que j’ai eu rêvé, ou pas, cela, les flics m’ont arrêté à l’aéroport. Trop énorme !
J’ai passé une excellente soirée mais ce n’était pas celle-ci. Là c’est trop un cauchemar sur toute la ligne, foi de Marcel Stroskane ! Proust alors !
Il fait pieds nus dans les sandales, Il fait collier fin sur haut de poitrine
Il fait bras nus pour tout le monde Il fait petit vent dans les branches au soir qui tombe.
Il fait mai, bientôt juin, Temps de poème en nos journaux Il fait dictionnaire de rimes
Il fait guitare sur le dos Et retour chemise trempée : Sueur à ne plus travailler
Marche vers l’été inconnu Il fait incertain de périples
Il fait retour des festivals Il fait retour des estivants Il fait musique pour vivants : Régénérer l’octogénaire Avec des rythmes neufs… d’hier !
Il fait de l’endormissement Dans les ateliers d’écriture
Bientôt du temps de 24 heures Et trous de vrillettes indûment Par où s’échappent des ciels blancs Et des nuits à compter étoiles, A dormir fenêtres ouvertes Et gonfler, par ses ronflements, Les ailes du moulin du temps.
N.B. Les photos qui illustrent ces poèmes ont été prises au Musée des porcelaines du château de Nymphenburg (Allemagne) le 3 mai 2018.
Si tu entendais mes soupirs, Saurais-tu combien je silence, Combien je te pause sur un piédestal ?
J’ai double-croché ton portrait Sur tous les murs-murs de ma chambre, Je te gainsbarre de reprise, Je te pointdorgue sans mesure.
Comme je voudrais que tu m’arpèges, Que tu me dièses, Que tu me crescendotes Au bécarre de tour De tout ton amour, Que tu me blanches, Que tu me rondes Que tu m’anicroches Que tu me clédesoles
Oui j’aimerais tant que tu me hautboives, Que tu me tires l’ut, Que tu me libidores la pilule, Que tu me sérénaïades, Que tu me symphonymphonies, Que tu me concertisses Des diamants de ta musique !
Ecris ! Ecris ! Ecris les mots du cœur ! Ecris les mots moqueurs !
Qu’on tique à ton cantique ! Qu’on s’écrie à tes cris ! Qu’on proteste à tous crins, Qu’on conteste tes écrits, Qu’on tempête face à leur écrin ! Qu’on critique ta poétique !
Ecris ! Ecris ! Et crie ! Sois preste à devenir peste !
Aie la rage ! Sois l’orage ! Noie les aèdes Dans leur eau tiède ! Tire parti du tapage, Prends parti pour le partage ! Jette-toi dans les rapides ! Ecris-nous des mots limpides Sans te préoccuper des modes Camarade !
- ôter, paraît-il, pellicule - épousseter revers de col - avoir une relation intime - être le gorille dominant - épouiller un Emmanuel - bientôt échanger des beignes - tambouriner sur le poitrail - être président-singe
Et, côté lecteurs du journal : Ne plus savoir quoi chimpanzer !
La langue d’Eole est bien pendue. Le dieu s’accompagne à la harpe Et chante à qui veut l’écouter La ritournelle des quatre vents
La harpe du souffleur connaît la ritournelle. Elle peut la jouer dans quantités de langues En latin, en grec, en rap ou en slang, La mélodie des quatre vents.
Quand les quatre vents ont pris langue Avec les axes de la terre La ritournelle aux doigts d’Eole Est venue chatouiller la harpe.
La langue a frappé sur les dents Pour envoyer la ritournelle ; Les doigts ont caressé la harpe Et raconté les quatre vents
Harpe de Mistral et d’Autan, Langue de Zéphyr, Sirocco… Quatre vents sont sortis d’une bouche divine Et puis la Tramontane a volé la chanson ! Partie, la ritournelle !
Ma langue est empesée, les dieux ont disparu : Pas de magnétophone pour cette ritournelle. Tout ce folklore est dispersé aux quatre vents La harpe est démontée tout autant que la mer
Il pleut des cordes de misère Par-dessus la flûte de Pan. Effet du glyphosate ? Plus de mite au logis !