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L'Atelier d'écriture de Villejean
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2 avril 2019

Listes de Sei Shonagon et autres / Jean-Paul

1 Liste des choses claires et propres

Les draps du lit depuis hier
L’eau qui coule de la fontaine sur la place du village provençal
L’eau du lagon ou celle du lac de barrage sur la carte postale de vacances

AEV 1819-24 Cabasse 19166912


2 Liste des choses qui surprennent

L’âge des célébrités de notre enfance dans la rubrique nécrologie : « Il vivait encore, lui ? Ca conserve de chanter (ou raconter)des conneries ! ».
Qu’on vote pour des vieux crabes ou pour des jeunes crabes, c’est toujours pareil !
Une proposition familiale d’aller visiter Le Puy-du-Fou


3 Liste des choses qui font battre le cœur

Un jogging de six kilomètres
N’avoir que sept minutes pour jouer une partie d’échecs contre un « tueur » de même pas seize ans
Une victoire de Florent Manaudou quand c’est le cœur de Laure


4 Liste des choses mélancoliques

La tombe d’Arthur Rimbaud au cimetière de Charleville-Mézières
Le portrait d’Isaure Chassériau au Musée des Beaux-Arts de Rennes
Un roman de Patrick Modiano

AEV 1819-24 De-si-braves-garcons


5 Liste des choses peu rassurantes

La circulation automobile à Paris
On a longtemps chanté la chanson des Beatles « When i’m sixty four » et puis un jour on a 64 ans.
Le copain qui parle tellement avec les mains qu’il lâche le volant quand il conduit (rappelons que vous êtes assis sur le « siège du mort »).


6 Liste des choses fugitives

Le fait de comptabiliser son âge en printemps
L’été au bord de la mer
Pour les dames, une visite de Rocco Siffredi


7 Liste des choses qui donnent un très grand plaisir

Pour les dames, une visite de Rocco Siffredi
Isabelle Huppert qui se trompe de chambre et vient s’allonger à côté de vous dans votre lit à l’hôtel sans se rendre compte de son erreur
Percevoir que les gens qu’on accompagne à la guitare chantent bien et rient des bêtises que vous leur faites chanter


8 Liste des choses qui gagnent à être peintes

Mes impressions au soleil levant
Tout ce que vous voulez mais pas la viande de Francis Bacon
Les places d’Italie de Giorgio De Chirico

AEV 1819-24 1913-place-ditalie-chirico


9 Liste des choses qui ne peuvent être comparées

Une montagne de toute éternité et une souris dans une maternité
La princesse au petit pois et Lady Di
Les insomnies de Marcel Proust et le sommeil de la Belle au bois dormant.

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23 avril 2019

Rimes insanes ou anodines / Jean-Paul

Si l’on se cantonne
A une comptine
Mettons nos mitaines
Et cherchons fortune
Auprès des sirènes :

1, 2, 3 baleine
4, 5, 6 sardines
7, 8 9 Neptune
10, 11 12 huîtres de Marennes

190418 Nikon 030

Elton John :
Il noie dans le gin
Sa peine de n’avoir pas pondu
L’« Imagine » de John Lennon !

***

Les mandarines
De la patronne,
La poitrine
D’Hélène,
Mylène
La libertine,
Et les tétons de Valentine
Tout ce béton qu’on maniait à la tonne
Tu ne peux plus en parler à personne
Maintenant sans qu’on t’assassine
A coups de hashtags anxiogènes
Du genre de #balance ton échine
Ou de # me too j’te fumigène ! 

***

Si tu bois la liqueur de prune
De dame Eliane
Par-dessus les bières des Ardennes
Qu’elle t’a servies par douzaines
Tu finiras au Doliprane !

AEV 1819-25 prune


***

Les infortunes de Justine,
Le Vicomte de Bragelonne,
Les splendeurs et misères des belles courtisanes,
Le terrible chant des sirènes,
Ce qui se passe à l’Est d’Eden,
Du côté de chez Swann
Ou bien dans les Lettres persanes,
Toute cette littérature est vaine !
Remballez-moi toutes ces tartines :
Je ne suis qu’une paysanne !

AEV 1819-25 bragelonne 

***

Si tu veux toujours rester zen,
Fiche-t-en, de la couche d’ozone,
Du Cameroun,
Des gilets jaunes,
Des fortunes et des infortunes
De toutes ces têtes à couronnes !

Ces très sinistres figurines
Laisse-les dévider leur peine
Sur Youtube et Dailymotion !

Au bord de la jolie Vilaine
Sors tes tartines
Et saucissonne !

Puis déchire à pleines canines
Le gâteau à la frangipane
Confectionné par ta marraine,
Jolie Peau d’âne !

1819-25 peau d'âne arton7993-1450x800-c

***

Caroline Quine !
Caroline Quine !
Non mais quelle conne !
Des aventures d’Alice par tonnes,
Jamais sélectionnée à Cannes
Alors que toujours s’y dandinent
Woody Allen
Sharon Stone
Et les frères Dardenne !

1819-25 Alice chez les stars_
***

Si tu laves ton deltaplane
Dans la machine
Pense à mettre de la Soupline !

***

LE STYLITE

Dieu m’a dit d’aller siffler là-haut sur la colonne
De l’attendre avec un petit bouquet d’anémones
J’ai cueilli des fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu
J’ai attendu, attendu, il n’est jamais venu

Zaï zaï zaï zaï…

1819-25 Joe Dassin en stylite

20 novembre 2018

Petit escargot / Marie-Thé

AEV 1819-09 escargot 81NT3gbeCDL

Petit escargot ne se sent pas dans son assiette, pardon, dans sa coquille.

C’est le printemps, les nuages sont rouges,
Le sol est sec comme un buvard tout neuf.

Il devra baver, baver, baver, pour se déplacer.


Les oiseaux chantent à qui mieux mieux.


"Ils se croient à l’Opéra ceux-là !", pense Petit escargot.


Marcel sort de chez lui avec son écharpe.


Il s’arrête pour lacer ses bottines.


Petit escargot en profite pour grimper le long de son pantalon.


Pas vu, pas pris. C’est bien chaud là-dessous

La vie est belle dans le pantalon de Marcel.

Il entend chanter la table de multiplication par des enfants,

Puis le marteau de Joseph résonner sur la forge.

Le facteur apostrophe Marcel.

Tiens, il a déjà trié son courrier celui-ci.


Petit escargot doit prendre une option :

Continuer de grimper le long du pantalon,
Ou bien redescendre au risque de dégringoler sur la route.

Petit escargot grimpe, grimpe, grimpe et se met à renifler !

"Drôle d’odeur par ici !
Vaut mieux redescendre doucement, mais pas question de se mettre la pression.
Il pourrait être découvert.

A ce moment, Marcel s’arrête, sentant quelque chose de bizarre.
Il déniche l’escargot « espèce de petit prétentieux, qu’est-ce que tu fais là »
Et il le jette dans la Seine.

Pauvre petit escargot,

Il ne pourra même pas raconter son voyage à ses compères !

16 octobre 2018

Millésime cinquante-quatre / Jean-Paul

AEV 1819(06 classe-institut-rossat-640x430Ah ! Mille-huit-cent-cinquante-quatre !
La fabuleuse année que c’est
Pour les vins rouges de Bordeaux
Et les poètes des Ardennes !

Il est né le divin enfant,
Le troisième du capitaine !
C’est, de nouveau, un beau garçon
Et il sera à son image,
Ne tenant jamais bien en place,
Allant vers d’autres garnisons,
Toujours en quête d’évasion.

Sur son berceau de bois
S’est penchée une fée.

Mère ! Te voilà prévenue !
Voici ce que la folle a dit :

« Quand tu atteindras dix-sept ans,
Tu cesseras d’être sérieux,
Tu t’échapperas à Paris,
Tu seras la reine du bal
Dans ce carnaval noir de jais
De mille-huit-cent-soixante et onze
Mais cela ne te plaira pas !

La vraie vie est ailleurs, toujours
Tu courras après l’or du diable !

Le génie ou le mal, en fait,
Il n’y a rien d’autre sur la Terre.

Tu es bien promis à la gloire
Mais il y a une ombre au tableau :
Méfie-toi des balles perdues !

Après cela, voyage au loin !
C’est un monde à portée de main
Que tu voulais et tu l’auras !

Dans les angles morts du destin
Je vois juste qu’un jour funeste
Il te faudra aussi trancher ! » 

L’enfant, prénommé Jean-Arthur
A grandi. Il a étudié,
Il a écrit, appris des langues,
Eu bien des illuminations,
Fait la somme de nos folies,
Passé des saisons en enfer.

Lui et son compagnon Lélian
Ont déconné ! Les sales gosses !

Un jour d’ivresse dans Bruxelles
Verlaine lui a tiré dessus.

AEV 1819-06 boite à lettres rimbaudOui mais mourir n’est pas de mise.
A l’image d’un funambule
Le poète a suivi le fil
Et il a disparu au loin
Dans un halo de cirque mort

***

J’adore les fausses nouvelles !
On dit qu’il est toujours vivant !

Au cimetière de Charleville
Il y a même une boîte aux lettres
A son nom ! On peut lui écrire !

J’en connais qui ne se privent pas
D’envoyer des lettres à Rimbaud !

Ils font ça pour paraître fous
Et pour amuser leurs copines !

Je vous les lirais bien ces lettres
Mais je n’ai droit qu’à une page !

14 mai 2019

Quatre textes à la façon de Philippe Delerm / jean-Paul

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 JE VAIS PASSER POUR UN VIEUX CON !

- Je vais passer pour un vieux con mais je n’ai vraiment pas envie d’y aller dans votre EHPAD !

On croit rêver. Il ne s’est pas rasé ce matin, il traîne encore dans son vieux survêtement informe. Pourtant on vient de lui livrer son repas, commandé chez un traiteur très sélect. Il ne sort plus de chez lui à cause du bracelet électronique et il s’est accommodé fort bien avec le temps de ce studio sans confort. On n’y voit ni télé, ni ordinateur, ni téléphone, ni livres ni rien.

Son statut lui interdit toute communication avec l’extérieur. Ca fait des années qu’il crèche là, tout seul, et, pour un peu, on l’aurait presque oublié. Mais l’année dernière un gouvernement gauchisto-écologique a été porté au pouvoir. Une loi a été votée pour que les prisonniers âgés puissent bénéficier d’un placement-déplacement en établissement hospitalier pour personnes âgées dépendantes. Mais lui ne veut pas.

- Enfin, Monsieur Ghosn, lui explique-t-on, ce sera un peu comme si vous recouvriez la liberté !

- Pas dans ces conditions-là. Si c’est pour devoir se farcir des après-midi karaoké et des visites de chorales approximatives ou d’accordéonistes….

- Vous n’aimez pas l’accordéon ?

- Pas quand l’accordéoniste chante faux !
 

 

QUAND ON EST DEDANS ELLE EST BONNE !

180721 Nikon 073- Quand on est dedans, elle est bonne ! Le tout c’est de s’y mettre !

On l’a trouvé par hasard ce bord de mer idyllique. Parce qu’on en a soupé des campings avec animations le soir (concours de pétanque, soirée moules frites, karaoké, soirée disco à la piscine) on a cherché sur Internet et trouvé en vrai le camping idéal.

C’est à Poulennou dans le Finistère. Loin de tout mais on a pris les vélos pour aller au marché à Cléder ou Plouescat. Le port est à deux cents mètres au bout du camping et la plage à un kilomètre mais on est de bons marcheurs. Il y a même une anse naturelle dans laquelle on peut se baigner sans être bousculé par les vagues.

Elle, elle se baigne tous les jours mais lui n’a réussi à y entrer les épaules que le dernier jour. Il a eu l’impression de se faire cryogéniser par les transhumanistes de Google !

Ca, c’était l’année dernière. Depuis, tout au long de l’année, elle va se retremper le lundi après-midi dans la manche mais plus à l’Est : elle fait du longe-côtes à Saint-Malo, même l’hiver, même s’il pleut. Ui joue aux échecs au chaud.

Et puis récemment on a décidé d’aller faire un tour à Sète. Voir ce qui reste de Georges Brassens là-bas, découvrir la fameuse plage de la Corniche où il aurait voulu être enterré. Revoir la grande bleue.

La météo promet du beau temps alors, par plaisanterie, au moment de boucler les valises on demande :
- Tu emmènes ta combinaison de longe-côte ? Ton maillot de bain ?
- Ah surtout pas, répond-elle avec véhémence. Je ne me baigne pas dans la Méditerranée. Je me souviens encore du bain à la Napoule dont je suis ressortie toute poisseuse. Et puis maintenant, avec tous ces cadavres !

On éclate de rire parce qu’on s’attendait à tout sauf à cette réponse-là. Et puis on se retient d’ajouter cyniquement :

- Quand on est dedans elle est bonne ! Il suffit de s’y mettre !

190501 Nikon 251

 

ON N'EST PAS OBLIGÉ DE TOUT BOIRE !

190210 265 003On n’est pas obligé de tout boire !

Mais ce serait du gâchis d’en laisser.

C’est qu’il est excellent ce champagne de Philippe Doury, négociant en pays rémois. On nous explique qu’il va vers le bio et que ce dernier arrivage dont on nous a servi une bouteille tient déjà compte de cette évolution.

- C’est vrai, il est encore meilleur que d’habitude !

Nous on vit encore sur la dernière livraison mais cette été on organise une grande cousinade alors on va descendre les cartons qui nous restent et celui qu’on va commander à On.

On n’est pas obligés de finir les gressins au pesto, ni les amandes et noix de cajou aux raisins secs.

On n’est pas obligé de reprendre un deuxième café et de l’accompagner d’un deuxième loukoum.

On n’est pas obligé de parler à l’accordéoniste qui nous reçoit de Maria Candido mais une fois qu’on lui a dit le titre de la chanson, il va dans sa bibliothèque et il trouve aussi vite que s’il avait fait une recherche sur Internet la partition imprimée de cette rengaine : Je te le le.

On n’est pas obligé… mais ce serait du gâchis de ne pas jouer et chanter avec lui :

Je te le le
L’avais lélé
Bien dit lili
Que tu lulu
Serais lélé
Bientôt lolo
Ma femme

Je te le le
L’avais lélé
Bien dit lili
Que tu lulu
Serais lélé
Bientôt lolo
Ma mie 

ET CE SOIR ?

Et ce soir, il leur arrive quoi aux Bouley et aux Lepic ?

On n’a pas la télé mais on a des collègues de bureau avec qui on finit par aller prendre une pause. Ils vous parlent parfois de ce qu’ils ont vu la veille sur leur téléviseur. C’est comme ça qu’on fait connaissance avec les deux familles de « Fais pas ci, fais pas ça », les psychorigides de droite, les Lepicovsky ou Lepic, et la famille recomposée bobo de gauche, les Bouley.

On a commencé à regarder ça sur l’ordinateur au milieu de la saison 6. On a tenu jusqu’à la neuvière et dernière saison de cette « Famille Duraton » revisitée.

Après, de la même façon que certains vous disent « Je vais relire Proust » on trouve des saisons anciennes chez les soldeurs ou dans les braderies et on achète ainsi la un et la cinq. Il y a aussi les bibliothèques municipales qui prêtent les dévédés de cette série.

Alors un jour on regarde la saison 5 et lui remonterait bien dans le sens inverse : 5, 4, 3, 2, 1. Mais elle a demandé à revoir la 6 puis la 7 et les autres. Alors on a revu la 6 et en ce moment on est sur la 7. A chaque fois elle dit qu’elle ne les avait pas vus, ces épisodes-là.

Comment a-t-elle pu oublier Médusor et Tatiana Lenoir ? Frédérique Bel ne ferait de l’effet qu’aux spectateurs de sexe masculin ?

190515 fais-pas-ci-fais-pas-ca05-03

Mais lui, sait-il bien encore ce qui se passe dans l’épisode 6 de la saison 7 où les Bouley ont failli divorcer à cause d’un chien perdu et d’un danseur de country ?

Et ce soir ? Il leur arrive quoi aux Bouley et aux Lepic ? 

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28 mai 2019

Le savant au fauteuil sombre / Marie-France

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 012Je suis le savant au fauteuil sombre,
Sur ma terrasse au clair de lune,
Je contemple la féerie d'un éternel soleil.

Lorsque l'angélus a sonné à l'horloge de la cathédrale,
La lune et le soleil se sont donné rendez-vous.

Il lui a déclaré sa flamme avant le couchant,
Elle lui a promis de l'aimer jusqu'à l'éternité.

J'ai contemplé la parade.

Du verger voisin bourdonnaient des fleurs magiques,
Des fleurs de cerisier, de pommier.

Puis le ciel s'est assombri,
Je me suis alors souvenu de l'été de mes 12 ans où je fus enfermé dans un grenier.

Un orage venait d'éclater,
Des éclairs zébraient le ciel.

Je n'étais encore qu'un enfant, et j'ai eu si peur, je me suis réfugié dans le grenier.

J'ai bien fermé toutes les issues, je ne voulais rien entendre, rien voir.

Tapi au fond de la pièce, j'attendais la fin du déluge,
Quand j'ai aperçu cette malle.

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 026Curieux, j'ai voulu l'ouvrir.

Je la croyais fermée à clé tellement le fermoir était rouillé.

J'ai forcé et après bien des efforts, victoire, elle s'est ouverte.

J'ai alors découvert des cahiers, des compas, des cartes, 
J'ai vu un monde que je ne connaissais pas.

A travers tous ces documents, j'ai parcouru les terres et les mers.

J'ai étudié la vie des indigènes, leurs us et coutumes, j'ai voyagé dans le monde entier.

J'ai écrit des livres pour apprendre aux enfants et aussi aux grands ce que j'avais découvert.

J'avais envie de partager tout l'univers.

En ce soir d'été, je contemple cet éternel soleil, moi le savant au fauteuil sombre.

Demain l'automne !

Aurais-je des regrets ?

Là-bas derrière les rosiers, elle fait la morte
Mais je l'ai reconnue, je sais que lorsque le soleil aura complètement disparu, elle se dressera sur le couchant blanc,
La sorcière au clair de lune.

8 mai 2019

Consigne d'écriture 1819-27 du 7 mai 2019 : Inventaire-contraire

Inventaire - contraire

 

1)

Dressez la liste des objets que vous n’avez jamais possédés et que vous n’envisagez pas d’acquérir ;
Dressez la liste des objets que vous possédez mais dont vous ne vous servez que très peu ;
Dressez la liste des vêtements surprenants que vous avez déjà enfilés ou portés ne serait-ce qu’une fois. ;
Dressez la liste des vêtements que vous n’avez jamais achetés ni portés ;
Dressez la liste des choses que vous avez faites et dont vous avez un peu honte;
Dressez la liste des choses que vous n’avez jamais faites et que vous ne ferez jamais

2)

A partir de ces éléments faites le portrait et racontez l’histoire d’un personnage qui est tout le contraire : ce que vous n’avez jamais possédé, il rêve de l’acquérir ; il n’a pas de honte et serait capable de faire ce que vous vous interdisez. Etc.

AEV 1819-27 Mme Contraire

2 avril 2019

Haïkus et tankas d'après Sei Shonagon / Anne-Françoise

Lessive de printemps
Les draps du lit de l’hiver
Tout salis de nuit,
De froid, de triste et de sombre
Ont été lavés hier.

AEV 1819-24 AF 1


Il vivait encore ?
Je le croyais déjà mort !
Quel âge avait-il ?
Les idoles de notre enfance
Partent avec nos souvenirs.

AEV 1819-24 AF BODOIN2161


Elle l’a vu gagner
Son grand petit frère chéri.
Son cœur a bondi,
Elle a sauté la barrière
Encore plus heureuse que lui.
Tous deux ont flotté
Dans un bonheur partagé.
L’or il a gagné
Laure a exulté.

AEV 1819-24 AF Laure Manaudou

Charleville-Mézières
Il est là, au cimetière,
Arthur, dans la terre.
La poésie dans la nuit
Pour nous la mélancolie.

AEV 1819-24 AF Rimbaud

Dans la capitale
Des bouchons et des bouchons
Plein d’autos partout !
La circulation, que c’est difficile !
Vaut mieux rouler à vélo
C’est c’que disait Dassin Jo !

AEV 1819-24 AF Joe Dassin

Notre âge en printemps
Ça va fugitivement !
Ça change tout le temps
C’est un peu déprimant
Ça tourne trop vite, les ans !
Et vous, croyez-vous
Que si l’on comptait en étés
Le passage des années
On serait moins vieux ?

AEV 1819-24 AF Fuji

29 janvier 2018

Salut la compagnie créole ! / Jean-Paul

170708 Nikon 131Famille décomposée, famille recomposée… va, je ne te hais point !

- Célimène ! C’est l’hymen ! » hurlait la foule en liesse.

Au mariage de ma femme, j’ai un peu forcé sur le ti-punch ! Comme on dit aux Antilles « A fos makak karésé ich li, i tjwé li ! ». A trop vouloir bien faire, à trop vouloir caresser la famille dans le sens du poil, le singe qui est en nous en arrive à faire des conneries irrémédiables ! Vaste kouyonad !

De fait, ça m’a fait chaud au cœur de revoir Simone, la jolie cousine de ma femme.

- Invite-la à zouker ! m’a dit celle-ci. Elle sort d’un tourment d’amour. Danser, c’est bon pour le moral !

- Allez, en voiture, Simone ! ai-je dit à la cousine en engouffrant mon sixième planteur. Ne restons pas plantés là, viens pleurer contre mon épaule, on va danser collé-collé !

- Kolé séré, on dit, Arthur ! T’as raison ! Amba latè pa ni pléji. Sous terre il n’y a pas de plaisir ! Je ne vais pas me laisser abattre par la maladie d’amour !

Je me suis mis en position, j’ai posé mes mains sur son pétard et j’ai tout de suite senti que sous cette robe de satin il y avait le 14 juillet garanti, du feu d’artifice pour toute la nuit, la machine à danser au top dans le Ghetto  du Gotha !

- Il y a le diable dans la maison ! m’a glissé Simone à l’oreille.

- Ca veut dire quoi, ce proverbe-là ?

- Ce n’est pas un proverbe. Ca veut dire que je sens ton revolver !

- Ce n’est pas un revolver, c’est une banane !

- Ca s’épluche pareil !

 

170708 Nikon 127

Oui, ça m’a fait chaud au cœur de revoir Simone d’aussi près mais on était au mariage de ma femme et je n’allais pas entrer à nouveau dans la famille quand même, qui plus est à la mode de Bretagne ! Sauf qu’en Bretagne ce n’est pas une banane, c’est une andouille de Guémené. Heureusement la musique s’est arrêtée.

- Depuis le temps qu’il tape sur des bambous le musicien n'est pas loin d'en attraper un coup ! Donne-lui tout de même à boire, dit mon beau-père en me tapant sur l’épaule. Alors je suis allé au bar avec les musiciens.

Leur chanteuse s’appelait Amélia.

- Viens donc prendre le frais dehors, beau blond ! m’a-t-elle susurré en me prenant par le bras.

Je ne suis pas ce qu’on peut appeler le tombeur de ces dames mais à ce moment-là, avec le rhum que j’avais rajouté au bar avec les musicos, j’étais prêt à « fè an pat chat mawon » ! (faire un pas de chat sauvage).

- Je connais de bons baisers de Fort-de-France, m’a-t-elle dit en me caressant l’arrière de la nuque dans un coin d’ombre. Viens donc un peu sous les palétuviers !

Heureusement pour moi, avant que je n’aie vu les laitues et l’évier, ma belle-mère est venue battre le rappel des musiciens. La fiesta a repris de plus belle.

J’aurais pu garder de très bons souvenirs du mariage de ma femme mais j’ai encore bu du rhum avec Brigitte qui m’a proposé une soca-party sur la plage. J’aurais pu accepter le marché de Marie-Galante (Shala shala, Arthur ?) mais j’ai prié pour rester intègre, pour que toute la désirade qui montait dans cette ambiance débridée s’éteigne dans le trémoussement des corps sur la musique. Bien sûr c’était dur parce qu’il ne faut pas laisser l’amour s’enfuir mais j’étais quand même au mariage de ma femme ! Yaka danser, comme on dit, pour évacuer l’énergie, fût-elle sexuelle, de ces jolies filles de couleur café.

Quelques ti-punchs encore et voilà que m’alpague la tante Rosalie. Bon ça va avec elle j’étais à l’abri ! Merci, Seigneur, de ne pas m’induire perpétuellement en tentation !

- Arthur, m’a-t-elle demandé, toi qui as été commissaire-priseur à Pointe-à-Pitre, est-ce que tu veux bien venir voir là-haut ? Il y a là une toile de petit maître que j’aime à la folie, j’aimerais avoir ton avis sur son origine.

Enfin un peu de sérieux dans ce monde en chaleur animale ! J’ai suivi la tante Rosalie au grenier. Elle m’a montré le tableau. Aïe ! Quelle vieillerie ! J’ai soufflé sur la poussière, déniché la signature. Instant de stupeur. Incrédulité. Oh la bonne aventure, ô gué ! Petit maître, petit maître ? Attends Rosalie, c’est le bal masqué ici ! Henri Rousseau ! Henri Rousseau !

J’ai voulu révéler la chose à la tante mais c’était trop tard ! Elle m’avait déjà poussé sur un vieux matelas et s’activait sur ma canne à sucre. Au secours, Alice ! Ca glisse au pays des merveilles ! Sans que j’aie rien vu venir je me suis retrouvé sans chemise, sans pantalon, chevauché sauvagement comme un petit maître-étalon, fruit de la passion ravageuse et ravagée de la tantine Rosalie ! Je peux vous dire que dans ce genre de situation, si ça fait rire les oiseaux de passage, ça ne détend pas le perchoir où elle est juchée pour autant !

Là-dessus ma femme est arrivée avec toute la noce derrière elle ! Bonjour le scandale dans la famille !


170708 Nikon 148

Après fèt se graté tèt : après la fête on se gratte la tête. Le lendemain je me suis souvenu que ce n’était pas le remariage de ma femme mais son premier mariage et que j’étais moi-même le marié, l’heureux élu. Et l’élu ramassait une veste, sa veste.

- Tout est rompu, mon gendre !

On m’a demandé de divorcer, de prendre mes cliques et mes claques et de retourner en métropole, ce que j’ai fait sans barguigner.

J’ai bien sûr emporté dans ma valise le cadeau du ciel. Mais non, pas la tante Rosalie, la toile de petit-maître ! Je l’ai revendue et j’en ai tiré quelques millions de francs. Pendant quelques temps ma vie a ressemblé à celle des rois de Byzance à Belle-île-en-Mer.

Vive Souchon et Voulzy ! Vive le douanier Rousseau !

(Extrait des « Souvenirs d’un explorateur heureux » d’Arthur Rimbaine
à paraître aux éditions Paul Verlaud en mars 2018).

 

28 mai 2019

Trois poèmes en prose sur des mots de Rimbaud / Anne-Françoise

Des fleurs magiques bourdonnaient au clair de lune
Des abeilles éclairaient la nuit de la flamme de leurs ailes
Des ronces dressaient leurs épines de glace irisée
Le sable bâtissait monts et merveilles éphémères avant la marée
Les arbres du verger écoutaient de toutes leurs feuilles un oiseau chanter
Une cascade musicale délivrait des éclairs argentés
Des palmes chuchotaient des secrets au vent d’été
Des vagues légères faisaient scintiller des pierreries qui disparaissaient dans l’écume
L’éternité fut ce court moment-là.

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 021

 

L’horloge implacable donne le départ
Elle prend son grand tambour noir
Elle envoie un essaim assourdissant de secondes
Elle crible le ciment de minutes assassinées
Elle frappe les heures de sa masse en acier
Elle fait pleuvoir ses coups sur les jours perdus
C’est le déluge des années trop pressées
Le sentier, le chemin, la route, tout est inondé
Le château, le palais et la cathédrale n’y pourront rien changer
L’horloge implacable poursuit son travail de sape
Ses aiguilles géantes martèlent le sol et creusent un tombeau aux enfants qui ne sont déjà plus.

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Le petit cirque sur le sable s’est posé
Il a dressé son chapiteau rouge et blanc sous la lune
Une vieille, un bœuf, un piéton, une grenouille, une auto et une dame culottée sont entrés
Ils se sont installés dans les gradins, intimidés et impatients
Un tambour et une trompette ont annoncé le début du spectacle
Sur la terrasse de sable, de sciure et de pierreries, au milieu de la piste,
Un essaim de lapins a défilé à la queue leu leu
Une coccinelle a fait apparaître un éléphant dans son chapeau
Une horde de tortues a sauté dans des cerceaux en flammes
Un escargot funambule a traversé le ciel du chapiteau avec son ombrelle rouge sang
Une araignée aux grands yeux noirs a dansé un tango mélancolique
Une sorcière s’est dressée sur un couchant blanc
La parade des artistes a clôturé la soirée
Puis le petit cirque s’est envolé entre la mer et le ciel.

3 avril 2019

Consigne d'écriture 1819-24 du 2 avril 2019 : Sei Shonagon encore et toujours

Sei Shonagon encore et toujours

En vous limitant à trois exemples par catégorie, dressez la liste des choses

1 claires et propres
2 qui surprennent
3 qui font battre le cœur
4 mélancoliques
5 peu rassurantes
6 fugitives
7 qui donnent un très grand plaisir
8 qui gagnent à être peintes
9 qui ne peuvent être comparées

Passez votre feuille à votre voisin.e de droite.
Transformez quelques-unes des réponses de votre voisin.e de gauche en haïku ou en tankas


Rappel :

Le haïku est un poème de trois vers qui ne riment pas
mais dont le mètre est imposé : cinq syllabes, puis sept puis cinq.

Le tanka est un haïku auquel on ajoute deux vers de sept syllabes.


N.B. Si vous voulez  en savoir plus sur Sei Shonagon, cliquez sur l'image ci-dessous

AEV 1819-24 Sei Shonagon

24 avril 2019

Consigne d'écriture 1819-25 du 23 avril 2019 : Rimes à mandoline et trombone

Rimes à "mandoline" et "trombone"

 

On collecte des rimes aux mots qui se terminent par une voyelle suivie du son « ne » :

Sarbacane - Bécane - Banane - Doliprane - Pavane - Eliane - Vanne - Persane - Paysanne - Caravane - Canne - Tatane - Ane - Courtisane - Deltaplane - Frangipane - Dame-Jeanne - Crâne - Manne - Tramontane -

Vilaine - Madame Sans-Gêne - Marylène - Marraine - Baleine - Hydrogène - Anxiogène - Vaine - Veine - Hélène - Eden - Alène - Laine - Pêne - Peine - Sirène - Sereine - Douzaine - Scène - Seine - Haleine - Persienne - Fumigène - Hyène - Gégène - Sélène -

Caroline - Enquiquine - Gabardine - Imagine - Echine - Capucine - Bonne mine - Nectarine - Coquine - Ballerine - Figurine - Colline - Divine - Câline - Tartine - Canine - Dandine - Maline - Célestine - Clémentine - Justine - Bruine - Atrazine - Sardine - Marine - Misogyne -

Kit Carson - Stve Warson - John Lennon - Elton John - Gilet jaune - Babylone - Carcassonne - Bonne - Al Capone - Trublionne - Anémone - Cochonne - Mignonne - Chiffonne - Griffonne - Colonne - Trombone - Bonbonne - Lionne - Tonne - Donne - Saucissonne - Sonne - Conne - Téléphone - Smartphone - Personne - Pardonne - Ozone - Couronne - Drone -
Lune - Importune - Fortune - Pampelune - Dune - Thune - Brune - Commune - Prune - Infortune - Lagune - Lagune -

Scoumoune - Dany Boon - Cameroun - Pitchoune - Doudoune - Guitoune - Saloon - Secte Moon –

Il est demandé ensuite d’écrire un ou plusieurs textes, pas forcément des poèmes, dans lesquels on fera figurer certains de ces mots.

190119 Nikon 166

15 mai 2019

Consigne d'écriture 1819-28 du 14 mai 2019 : Ecrire comme Philippe Delerm dans "Je vais passer pour un vieux con"

Ecrire comme Philippe Delerm dans "Je vais passer pour un vieux con"

 

Chaque texte de cet auteur ne contient pas plus de quarante lignes. Il écrit au présent et use et abuse du pronom « on » et de phrases courtes pour raconter des événements de la vie quotidienne. Dans ce style-là vous écrirez de deux à cinq petits textes dont le titre sera choisi dans cette liste : 

Je vais passer pour un vieux con - Vous n’avez aucun message - La maison n’accepte plus les chèques - C’est moi ! - Tout d’abord, bonjour ! - J’ai habité trois ans rue Commines ! - Et puis je vais vous faire une confidence - Comment il l’a cassé ! - Quand on est dedans elle est bonne - Les mots sont dérisoires - J’en parle dans le livre - Nous vous invitons à vous rapprocher - C’est du triplex ! - C’est presque de mauvais goût - J’étais pas né - Alleeez - Je garde mon maître - C’est à voir - J’ai fait cinq ans de piano - Joli chapeau madame - Sinon moi je peux vous emmener - On ne vous voit pas assez souvent - Et là, c’en était pas une ? - Je préfère Le Havre à Rouen - C’est peut-être mieux comme ça - C’est très bien fait - Oh lui, rien ne l’inquiète - Ca passe trop tard - Il y a longtemps que vous attendez ? - A l’aile bon Dieu ! - Et ce soir ? - Attention l’assiette est très chaude - Ils l’avaient dit - Je vais relire Proust - Mets ta cagoule - On n’est pas obligé de tout boire ! - Vous n’aimez pas l’accordéon ? - Je vais chez Mentec - C’est vraiment par gourmandise - Il n’y a que moi qui passe chez moi ! - On va laisser descendre les gens - Je ne m’en servirai plus maintenant.

190415 Delerm

29 mai 2019

Consigne d'écriture 1819-29 du 28 mai 2019 : Atelier Rimbaud

Atelier Rimbaud

 

Voici quelques mots de Rimbaud :

Palmes – idole – éclairs – sang – cascade – féerie – cirque – déluge – ronces – les haleines – verger – lune – les pierreries – la route – la mer et le ciel –yeux noirs – sable – les géantes – oiseau – essaim – couchant - ciment – enfant – tombeau – terrasse – piéton – horloge – palais – cathédrale – parade – départ – éternité – tambour – flamme – glace

1) Il vous est demandé d’écrire un ou plusieurs poèmes en prose incluant dix de ces mots.

2) Vous pouvez aussi écrire quelque chose de plus informel mais – toujours en incluant dix mots – en utilisant un des incipits suivants :

L’automne déjà ! Mais pourquoi regretter un éternel soleil…
Des fleurs magiques bourdonnaient…
C’est elle, la petite morte, derrière les rosiers…
Je suis le savant au fauteuil sombre…
Dans un grenier où je fus enfermé à douze ans, j’ai connu le monde.
L’hiver nous irons dans un petit wagon rose.
Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc

Cette consigne est sortie du Nouveau magasin d'écriture d'Hubert Haddad. Remercions-le à nouveau.

170216 - LE MONDE HS - Arthur RIMBAUD, Le génial réfractaire - 011

 

N.B. Les illustrations des billets sont tirées du numéro hors série du "Monde" sur Rimbaud :
on peut le retrouver en ligne ici

8 septembre 2015

Conte de fée / Jean-Paul

 

150520 020 recUne bonne fée s’est penchée sur mon berceau. Elle a dit à Maman et Papa que je serais un être chétif, contemplatif et maladif. Maman et Papa ont commencé à faire la gueule et à regarder la bonne fée d’un sale œil. Ils se sont demandé ce qu’elle fichait là, cette non-invitée à mon non-baptême qui, plutôt qu’à une sorcière en robe rose et chapeau pointu avec une baguette ridicule, ressemblait à l’Amélie Nothomb qui du reste n’était même pas encore née.

La bonne fée s’est empressée d’ajouter « …Mais que… ». Donc, « que je serais un être maladif, contemplatif et maladif mais que, étant natif du cancer et ayant l’ascendant en scorpion, j’étais assimilable à un saturnien et que donc je me réaliserais très tard.

- Qu’est-ce que ça veut dire, en clair ?, a demandé Papa.
- Ca veut dire qu’il va chercher, toute sa vie durant, une maison abandonnée dans laquelle il y a un trésor.

Papa et Maman ont oublié de me raconter cette scène ou ils me l’ont racontée autrement mais dès qu’ils ont su que je serais un jour propriétaire d’un trésor, ils se sont un peu plus intéressés à moi. Et moi, je n’aime pas trop qu’on me regarde comme ça.

Pour la première partie du diagnostic, la bonne fée a eu raison tout de suite ! Je ne sais si c’est d’avoir atterri là entre Papa et Maman, je ne sais si c’est parce que je suis un saturnien sans les anneaux mais pratiquement dès ma venue au monde j’ai asthma-tiqué.

jpi jpa au bassin de la bourboule

Du coup on a passé toutes nos vacances à La Bourboule. La Bourboule, en Auvergne, bien des citoyens n’en ont cure mais moi si. Tous les matins. Bains de vapeur, inhalations, et pour finir tu bois un grand verre d’eau chaude et dégueulasse, on te met une écharpe autour du nez alors qu’il fait 32° dehors, tu remontes dans la voiture surchauffée et tu es balloté pendant vingt kilomètres sur la route en virages pour rejoindre toute la famille qui fait du camping sauvage dans une prairie à vaches.

Après la sieste obligatoire, on fait des excursions en noir et blanc, la tournée des lacs en noir et blanc, on se photographie devant la maison abandonnée en noir et blanc… Oui, parce qu’à cette époque-là, mes enfants, au siècle dernier, la vie était encore en noir et blanc. La tour Eiffel en noir et blanc, le château de Val en noir et blanc…

Je ne sais pas où est passée la photo de la vieille maison auvergnate à l’abandon. Y avait-il un trésor dedans ? 

Bon, je ne suis pas là pour vous raconter ma vie. Mais c’est vrai que plus j’avance en âge et plus j’ai l’impression de me réaliser. J’ai été guéri de mon asthme assez vite et je suis monté à Paris où j’ai commencé à chercher le trésor promis par la fée.

jojo mémé jpa jpi et vieille maison

Au début, comme j’étais un peu niais, j’ai cru que je l’avais trouvé. C’est vrai, quoi ! J’avais un boulot, je n’avais plus Papa et Maman sur le dos, je gagnais un peu d’argent et j’habitais à Paris où il y avait plein de cinémas, de salles de spectacle, de librairies et de disquaires. Alors, comme être riche se dit parfois « avoir de la galette », j’ai commencé à les collectionner. A l’époque les galettes étaient des objets ronds et noirs, d’un diamètre de trente centimètres, percés d’un trou en leur milieu, garnis d’une étiquette, emballés dans une enveloppe de papier blanc ou de cellophane et mis dans une pochette en carton illustrée de photos ou de dessins plus ou moins psychédéliques. Pour jouir de ces trésors-là il fallait disposer d’un tourne-disque ou d’une chaîne hi-fi.

DDS 367 vivaldi-risi-bisi-finediningloversComme l’obsolescence programmée n’avait pas encore été inventée, je possède toujours cette chaîne hi-fi d’il y a un siècle et comme je suis un saturnien soigneux et conservateur, j’ai gardé aussi en très bon état tous mes disques vinyles et mes nombreux livres. Par contre j’ai perdu tous les amis auxquels j’ai fait appel pour m’aider à déménager. Je ne sais pas si vous avez déjà eu à porter les œuvres complètes de certains écrivains ou l’intégrale de Vivaldi mais je peux vous dire que quatre saisons et quatre cent concertos, même si c’est toujours le même, comme disait Stravinsky, ça pèse.

Le problème dans ma vie, c’est que je n’ai pas déménagé qu’une fois.

J’ai eu le bonheur d’épouser une femme-bélier. C’est très bien une femme-bélier. La femme-bélier est à elle toute seule un trésor incommensurable, incomMarsurable, même. L’ennui, c’est que ça bouge tout le temps et que ça a toujours une longueur d’avance dans le calendrier, une femme-bélier. Quand vous n’avez pas de téléphone portable, elle vous appelle sur le téléphone de votre copine pendant que vous êtes à l’atelier d’écriture pour vous faire dire que vous avez oublié ce soir d’aller au Conseil d’administration de l’association R. et C. alors que celui-ci n’a lieu que la semaine suivante.

La femme-bélier décroche aussi des armoires du mur pour accrocher une nouvelle armoire plus grande et plus lourde et elle vous demande de la décrocher le lendemain parce qu’elle a l’impression que c’est mal accroché et en fait on s’aperçoit que c’est inaccrochable et donc on raccroche les anciennes armoires et on revend la nouvelle sur le Bon Coin.
Bref, si vous comptez épouser une femme-bélier ces jours-ci, sachez qu’elle changera la plce de la poubelle tous les mois et qu’elle vous fera déménager tous les cinq ans.

Heureusement, un jour, j’ai fait preuve d’autorité. Oui, je sais, un jour dans toute une vie, ce n’est pas beaucoup. J’ai dit : «OK. T’as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul, tu as voulu qu’on vive à Rennes et on y est. Mais maintenant qu’on est tombés sur la case «appartement au deuxième étage avec jardin et garage qu’on n’a même pas besoin de monter la voiture dans l’escalier » alors maintenant, ça suffit, on ne bouge plus !».

J’ai obtenu gain de cause. En partie.


Jacques Brel - Vesoul par Wazoo

 Parce que ma femme-bélier est toujours partie par monts et par vaux et parce que tous les étés, pour les vacances, c’est transhumance. Je me demande même si Maman ne lui a pas raconté l’histoire du trésor dans la maison abandonnée, à ma Dulcinée à cornes ! Peut-être qu’elle la cherche sans me le dire et que c’est pour ça qu’on bat la campagne ? C’est bien simple, on a six boîtes pleines de cartes d’état-major et des topo-guides à ne plus savoir qu’en faire.

150807 N 011

Cet été on a marché du lac de Guéry à la Banne d’Ordanche, d’Annoville-sur-Mer à Hauteville-sur-Mer-Plage, de Saint-Martin de Bréhal à Granville, on a fait le grand tour du lac Pavin, celui du lac Chauvet, on a longé les cascades de Chiloza, on a pris le bateau pour aller aux îles Chausey, on a longé le lac de Paladru, on a visité le château de Chantilly et son parc immense, on a tourné dans Chambéry, Vendôme, Rouen, Lille et Rennes et j’en oublie et j’en oublie. On est passés à Foupoule, à Village Chou, à Bogros-les-Chiens, à Besse-Saint-Anastaise, à Domessin, à Pont-de-Beauvoisin, à Aiguebelette…

 

 

 

150723 B 004Moi j’ai ramassé des coquillages et pris des photos de tous ces endroits. C’est ma chasse au trésor qui continue. Je suis très heureux comme ça. Pas besoin de plus. Je ne cherche plus vraiment pour ma part la maison abandonnée.

Mais cette nuit, peut-être parce que c’est dur de reprendre un boulot sédentaire après des vacances aussi mouvementées, peut-être parce que je me couche trop tard le soir, j’ai fait un drôle de rêve. Il y avait une maison abandonnée et pour une fois j’entrais dedans. Au milieu des gravats, il y avait une vieille femme dans un fauteuil roulant. Je l’ai reconnue tout de suite. C’était la bonne fée qui s’était penchée sur mon berceau mais elle avait beaucoup vieilli. Elle aussi m’a reconnu. Elle m’a dit :

- Alors, lou ravi de la crèche ? As-tu trouvé ton trésor, finalement ?
- Je pense que oui, Madame, mais je ne sais pas ce que c’est.
- J’ai trois réponses à te donner. Laquelle veux-tu entendre ?
- Les trois ?
- Va pour les trois ! La maison abandonnée, c’est celle de tes parents et le trésor, c’est ton enfance. La maison abandonnée, c’est le monde, et le trésor, ce sont tes jambes. La maison abandonnée, c’est ton cerveau à la capacité limitée et le trésor, c’est ton seul et unique neurone.

Ca m’a bien plu, ce rêve, alors du coup, je me suis réveillé et pour une fois, je suis allé travailler gaiement !

Publié sur le Défi du samedi n° 367 d'après cette consigne

8 décembre 2015

Chronique pour celles et ceux qui aiment la musique et la vie / Jean-Paul

DD Soleil bleu 1971 02 réduit

Je ne sais où ont disparu nos si beaux rêves de jeunesse. En avions-nous du reste ? Si oui, en sommes-nous sortis ? Qu’est-ce qui a changé ? Après les cours du lycée, on allait chez l’un chez l’autre écouter des musiques venues d’Angleterre et des Etats-Unis. Les jeunes musiciens de l’époque sont devenus les gros dinosaures d’aujourd’hui, oui, mais ce n’est pas grave.

On se souciait très peu alors du fait qu’Alzheimer se prénommât Alois. Aujourd’hui, on s’efforce de se rappeler son prénom chaque matin ! Et au sortir du travail, pour ceux qui ont la chance d’en avoir un encore par ces temps glaciaires de l’économie, nous rentrons chez nous écouter la musique de ces mêmes dinosaures ou d’autres ou « Les Bourgeois » de Brel !

JP soleil bleu 1971 réduit

Si tout ce qui est solide se dissout dans l’air, l’état de jeunesse n’est pas concerné. On ne peut pas toucher du doigt l’amour que l’on éprouve pour sa première guitare, la mélodie qu’on joue à son premier amour et si l’une est partie l’autre est toujours là. On la prend quelquefois entre les bras. On caresse ses courbes, ses cordes, on chante doucement et dans ce cœur changeant, ou pas, qui est le nôtre, la jeunesse bat sur le même rythme. L’émoi, émoi, émoi d’autrefois, lorsque les branches étaient les promesses du tronc et qu’on faisait le Jacques avec Pierre et Paul !

DD James Bond 1971 réduit

Vous pouvez chercher sur Internet : aucun de nous n’est devenu un mauvais garçon. Proviseur de lycée, chef de service en préfecture, chargée de communication à la région, bibliothécaire, nous sommes allés soutenir les « nozélites » - nos élites en langage « EducNat » – d’aujourd’hui. Sachez pourtant, chers anciens condisciples, que j’ai conservé les photos compromettantes, celles où vous n’étiez pas encore des messieurs chauves et replets mais où nous agitions nos cheveux longs et nos idées encore courtes. Alors que nous pensions n’appartenir qu’à une époque opaque, celle du « Concombre masqué », nous faisions les andouilles avec un vieux képi, nous jouions les James Bond avec un séchoir à cheveux, nous enregistrions les premières fausses notes d’un hypothétique et hypnotique groupe pop baptisé « Soleil bleu » !

J’ai tout gardé de cela et ma mémoire est comme neuve car j’ai conservé toujours par-devers moi la septième fonction du langage, celle qui consiste à rire et faire rire des autres et surtout de soi-même. Cette fonction, nous la cultivions en lisant le journal « Pilote », les bédés de Gotlib, Reiser, Cabu. Cabu ? J’ai dit Cabu ?

Cabu passe ton bac

Au fil des ans, la brigade du rire s’est hélas éteinte et l’an dernier un homme dangereux, armé de son seul crayon, de son amour de la liberté, un potache toujours souriant, chantant Trénet en douce France, a été abattu avec d’autres de ses semblables qui nous servaient des petits plats de résistance, des insolences, des vérités et de l’humanité.

On s’est retrouvés, soudain, seuls mais en même temps si nombreux à battre le pavé dans les rues de janvier que nous avons repris, plus forts de cela, la route vers demain. Nous étions, nous sommes encore dans un monde sans boussole, comme au temps de nos années folles, mais nous restons résolus à croire à des maisons bleues, adossées à des collines, peuplées de musiques et peuplées de fous, qui resteront debout.

Car c’est cela qu’il faut faire : rire et chanter ! Jeunes gens, jeunes gens de tous âges, quoi qu’il advienne, n’arrêtez pas la musique ! Vivez, envers et contre tout !

JBB soleil bleu 1971 réduite

29 mars 2016

Proverbes bantous made in Breizh / Jean-Paul

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 Les promesses faites en plein Sahara n’engagent que les tempêtes du désert qui y croient.

 

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 Les crocodiles dévorent tout mais ils digèrent mal le rhinocéros. Surtout les cornes. 

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 Les gazelles murmurent contre le lion, mais de loin.

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 Le cri de Tarzan commence la journée – Ahouahouhaaaah -.
Celui de Jane hurlant « A table, le puma aux betteraves est servi ! » la termine. 

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 Soulever des hippopotames est le lot quotidien de l’haltérophile mauritanien. 

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 La vie des baobabs est une succession de palabres mystiques auxquelles leur feuillage n’entrave que tchi. (Mais cela lui importe peu : le baobab, de toute façon, est dur de la feuille et ne se casse jamais le tronc).

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 Faire du charivari dans un bar-tabac est le remède à tous les maux du marabout qui vient de passer quarante jours seul dans la savane. 

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 Le rôle du kama-soutra est de se rendre indispensable aux missionnaires de l’Oubangui qui abusent du pili-pili. Car le maître de l’homme, c’est son slip. 

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Le grand bonobo doit aider le petit ibis perdu qui cherche la route de Biribi.

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 L’éléphant rêve d’un régime amaigrissant, la girafe rêve d’un restaurant gastronomique.

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 Le flatteur ressemble à la hyène qui vient pleurer à l’enterrement et bouffe le cadavre en ricanant une fois que la cérémonie est finie.

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 Qui n’aime que le missionnaire anglais bouilli avec des feuilles de menthe est détesté de tous les gastronomes chez les cannibales du Kenya amateurs de viande en sauce.

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 Qui ne regarde pas l’horaire avant de sauter risque de rater la liane de 8 h 47.

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Qui a été saisi par l’oreille et entraîné dans un maquis ne doit pas s’attendre à ce que le gorille lui fasse écouter là des disques de Georges Brassens.

19 avril 2016

Huit résumés d'oeuvres diverses en quatre phrases / Jean-Paul

Cher Monsieur Emile Euro

Veuillez trouver ci-joint huit énigmes pour votre jeu radiophonique de 13 h 45.
Il s’agit de faire deviner à vos candidats, à partir d’un résumé en quatre phrases commençant par « Bon, Mais, Alors, Et » le titre d’une œuvre de fiction (roman, film, chanson, poème) et son auteur.

Bonne continuation à vous et mes amitiés à Monsieur Emile Franc dont nous sommes sans nouvelles depuis un certain temps.

1

Bon, c’est l’histoire d’un type qui habite dans un jardin magnifique, immense, avec des fleurs partout, des arbres fruitiers, des jets d’eau, un endroit idéal où tout est prévu pour subvenir au moindre de ses besoins.

Mais une fois passés les premiers instants de joie de se trouver là à n’avoir rien à faire que se tourner les pouces, le gars commence à s’emmerder sévère.

Alors il va trouver le docteur D., « chirurgien esthétique et plus si affinités », et il lui dit que ce serait mieux s’il avait un peu de compagnie, ne serait-ce que pour jouer à la bataille navale.

Et le docteur D. lui répond que ça va lui coûter bonbon, pas les yeux de la tête, non, mais au moins une côte de la cage thoracique et Adam accepte et c’est depuis ce temps-là que les hommes et les femmes vivent ensemble en s’engueulant plus ou moins à propos de la place du gant de toilette dans la salle de bain, de la propriété de la télécommande ou sur « c’est à qui de descendre la poubelle aujourd’hui ? Moi j’ai fait la vaisselle, etc ».


2

Bon, c’est un gars qui travaille dans une banque, il est marié, sa femme est adorable bien qu’un peu féministe et plus si affinités et ils ont deux enfants agités comme le sont tous les enfants.

Mais justement la dernière nurse vient de rendre son tablier parce qu’on est dans le cadre un peu trop répandu de parents absents car surinvestis dans le boulot et le militantisme et on se demande bien pourquoi des gens pareils font des mômes.

Alors, comme on est en Angleterre, la famille passe une petite annonce dans le « Times » et, coup de bol inimaginable ailleurs qu’au cinéma ou dans la littérature, la nounou idéale leur tombe du ciel.

Et comme celle-ci est complètement gaucho-brindezingue-conte à dormir la nuit debout et adepte des méthodes d’éducation Freinet-Montessori-Dolto avant l’heure, elle fiche un bordel monstre dans la baraque en emmenant les enfants danser la java sur le toit, boire le thé des fous au plafond, détraquer le manège de chevaux de bois du parc et en provoquant, au prétexte de nourrir des pigeons, les prémices de la crise boursière de 1929 dans la banque où travaille le père qui devra se reconvertir à la fin du film dans la fabrication de « feel good » cerfs-volants .


3

Bon, c’est un type qui est né dans le Pas-de-Calais.

Mais ce n’est pas l’ami Bidasse pour autant.

Alors, malgré le charme tout bucolique et aligné des corons chers à Pierre Bachelet, malgré le climat enchanteur du bassin minier, malgré la beauté unique du clair de lune à Maubeuge, il monte à Paris pour y trouver du travail et il y fait la connaissance d’une Bretonne qu’il épouse.

Et bien évidemment, vingt ans après, on les retrouve au pays de la belle, à Rennes précisément, où le gars se fait, assez rapidement, une réputation d’amuseur public un peu trop intello mais à qui on pardonne tout parce que lui au moins, il a le courage de se lancer périodiquement dans la confection de ce fameux kouign-amann que tout le monde aime mais que tout le monde à la flemme de fabriquer et comment s’étonner après que tous les noms de bistrots, de coiffeurs et même les articles de « Télérama » et « 20 minutes » soient écrits en anglais plutôt qu’en breton ?


4

Bon, c’est un type qui a commis un crime abominable.

Mais même si l’histoire se passe il y a très longtemps, en des temps de loi de la jungle et de règlement de compte à OK Corral - le monde a-t-il vraiment changé depuis ? – il a mauvaise conscience d’avoir fait ça.

Alors il va à la Samaritaine, il achète des peaux de bêtes à sa femme et à ses enfants puis il déménage à l’autre bout du monde mais plus il s’éloigne, plus le souvenir de son meurtre le poursuit, à se demander si ça n’est pas déjà diffusé en boucle sur BFMTV et retweeté à l’ensemble de la planète voire plus si affinités !

Et ça prend des proportions telles que ça aboutit à des hallucinations auditives et à des visions épouvantables, si bien qu’à la fin le type en meurt et que, une fois qu’on l’a eu enterré, l’œil éclaire dans la tombe et regarde Caïn.


5

Bon, c’est l’histoire d’un gars qui va acheter son pain à la boulangerie tous les matins.

Mais il est un peu myope sans le savoir et il ne s’aperçoit pas que la jolie boulangère, séduite par sa beauté solaire et sa démarche lunaire est prête à lui donner son 06 et plus si affinités, il n’y aqua’à demander.

Alors, comme la situation perdure et que le quarante-cinq tours ne doit pas dépasser 2 mn 45, elle lui prend un rendez-vous chez un ophtalmo et le docteur Zigmund – car c’est lui qui a raconté l’histoire dans un billet qui pour une fois parle de croissants et non pas de baguette de nantis – lui prescrit de porter des lunettes.

Et donc, le lendemain de leur achat, il retourne à la boulangerie et en un éclair il s’aperçoit que la vendeuse est vraiment très chou, il lui déclare sa flamme toute religieuse, il l’épouse et ils font fortune en lançant une chaîne de pâtisseries bio pour bobos sans gluten décroissants mais au beurre.


6

Bon, c’est une dentellière de Lille qui est mariée et qui a son premier enfant.

Mais le bébé est un peu chiant vu qu’il ne veut jamais s’endormir le soir et qu’il hurle comme un malade.

Alors comme à chaque fois les hurlements du môme l’empêchent d’entendre ce qui se dit dans l’épisode du jour de « Plus belle la vie » et de comprendre où on est dans la saison 23 de « Game of thrones », elle lui chante une chanson mais plus elle chante plus le bébé crie et plus elle s’énerve.

Et à la fin, comme elle en a plus qu’assez et qu’elle habite au deuxième étage d’un gourbi à Wazemmes, « alle jette euch tchiot par el ferniète », ce qui signifie « elle balance le bébé dans l’indifférence générale et la cour par la fenêtre ouverte ».


7

Bon, c’est un oiseau qui a trouvé une proie intéressante et qui est allé se percher sur un arbre pour essayer de la becqueter tranquille.

Mais il y a un autre animal avec un museau pointu et une queue touffue qui l’a repéré et qui vient glapir des insanités au pied de son arbre.

Alors, comme le volatile a bien du mal à rester concentré pour désincarcérer sa bectance du papier alu qui l’entoure et que le baragouin de l’empanaché à propos de son taux de cholestérol commence à lui énerver un poil les plumes, il laisse tomber sa proie sur laquelle l’autre saute tout en continuant de jacasser dans sa langue de rastaquouère à laquelle le corbaque, qui n’a pas fait langues o, n’entrave que tchi.

Et on se demande bien comment le renard va faire pour bouffer sa « Vache qui rit » ® parce que nous qui sommes plus intelligents, qui avons un pouce opposable aux autres doigts et vivons dans un monde globalisé, on a toujours du bien mal avec la petite languette rouge !

8

Bon, c’est un type qui est parti faire la guerre avec ses potes du côté de la Méditerranée en laissant une femme et un mioche au logis sans un radis.

Mais voilà, sur la route du retour, le bateau perd son gouvernail et du coup l’équipage dérive d’île en île et le gars passe du lit de Circé à celui de Nausicaa, un peu comme on tombe de Charybde en Scylla, mais en plus agréable parce que Polyphème n’y trouve rien à redire, au machisme méridional et à la polygamie non-japonaise bien pliée.

Alors comme ça dure dix années et qu’on a autre chose à faire que de répondre à la question « Odyssée loin, l’Homérique ? » « Tais-toi et drachme ! » le gars finit par retourner chez lui.

Et là, à peine rentré, d’Ithaque au tac, il commence par engueuler sa femme parce qu’elle n’a pas terminé sa tapisserie et qu’elle a laissé mourir le chien « qui aurait pu lui servir de balise et du coup il serait rentré plus tôt, non mais, dis donc ! » et si vous voulez mon avis, Mesdames, des héros comme ça, il faut les envoyer se faire voir chez les Grecs !

 

P.S. Pour lire la solution, retournez l’écran de votre ordinateur, SVP.

 

DDS 399 solution

 

Ecrit a l'Atelier d'écriture de Villejean et publié sur le Défi du samedi n° 399 d'après cette consigne doublée de celle du résumé en quatre phrases énoncée au début du texte.

24 janvier 2017

Je me souviens de sport, de sportifs et sportives / Jean-Paul

AEV 1617-16 allez france

Je me souviens de Roger Couderc qui commentait les matches de rugby en criant « Allez les petits ! » à des mastards de deux mètres de haut et de plus de cent kilos de poids.

Je me souviens qu’Eva Longoria connaissait son Tony Parker.

Je me souviens d’"Allez France !", un film de Robert Dhéry avec ses Branquignols. Cela racontait la virée d’une bande de supporters de rugby du Sud-Ouest qui se rendaient à Londres pour le tournoi des cinq nations. Ils avaient emmené leur mascotte, un coq nommé Popaul, et il y avait une scène chez un dentiste. Jean Lefebvre et son air de chien battu étaient de la bande.

AEV 1617-16 Nadia ComaneciJe me souviens de Nadia Comaneci. Certains à l’époque avaient encore une poutre dans l’œil qui les empêchait de percevoir la vraie réalité des démocraties populaires. A leur décharge, dans nos pays à nous où tout volcan aussi, il faut signaler que nous avons aussi de jolies pailles qui nous troublent la vision des populismes de nos cratères. (Peut-être me Trumpé-je mais j’ai du mal à le croire).

Je me souviens de l’équipe de foot du Brésil emmenée par Pelé. A chaque fois qu’ils affrontaient les Grecs de Tsipras Tuladanlos sur une pelouse bien tondue, le score était de 3 à 2 pour le Brésil. Pourquoi ? Parce deux Pelé, trois Tondue.

Je me souviens des duels Anquetil-Poulidor. La Normandie contre le Limousin. A quoi carburaient-ils ?

Je me souviens que le jeu d’échecs est considéré comme un sport. Je me souviens de Fischer contre Spassky, de Kortchnoï contre Karpov, de Karpov contre Kasparov et de Kasparov contre Deep Blue qui était le nom d’un ordinateur (des pompes funèbres : victoire de la machine sur l’homme en 1997).

Je me souviens de la légende de l’invention du jeu d’échecs :
- Que veux-tu en récompense ? demande le roi à l’inventeur du jeu.
- Pas grand-chose. Dispose un grain de blé sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième et ainsi de suite en doublant le nombre de grains à chaque fois.
Quand on arrive à la 64e case il n’y a plus assez d’argent sur les 17 comptes du monarque au Crédit agricole ni assez de blé dans les réserves du royaume pour tenir la promesse faite à l’inventeur farceur.

Je me souviens de Trentin et Morelon, champions olympiques de quousque tandem aux jeux olympiques de Mexico en 1968. A cette époque bénie, quand deux hommes avaient des compétences dans le domaine de la pédale, il n’y avait pas le lendemain sous leur fenêtre une foule de pékins plus ou moins frigides et plus ou moins barjots qui venait manifester afin de protester contre le démarrage pour tous ! 

AEV 1617-16 vincent-larcher-tome-2-11-gauchers-pour-mexicoJe me souviens de Michel Jazy, natif d’Oignies, dans le Pas-de-Calais, à côté de chez moi, et de Michel Bernard (surnommé M’Pompon ?) qui rivalisaient à la course sur 1500 mètres.

Je me souviens du Chaudron de Saint-Etienne, du Parc des princes, du Stade Bollaert, du Roudourou et du stade de la Route de Lorient devenu le Roazhon park. J’ai beau habiter Rennes depuis 20 ans je ne sais toujours pas où est-ce qu’on colle le h dans « Roazhon » : à ce stade, j’ai encore écrit Rhoazon dans mon cahier !

Je me souviens de Michel Vaillant et Steve Warson, pilotes de course imaginaires dont les aventures étaient dessinées par Jean Graton et paraissaient dans le journal Tintin. On pouvait aussi y lire les aventures d’un footballeur nommé Vincent Larcher et je me souviens d’avoir possédé l’album « 11 gauchers pour Mexico ».

 

31 janvier 2017

La mythique page Facebook de Bichette Seguin / Jean-Paul

La chèvre de Monsieur Seguin vient d’ouvrir un journal sur Facebook.
Elle imagine qu’il s’agit d’un site de rencontre;
Rédigez son premier billet

Bonjour

Je m’appelle Bichette Seguin et je suis célibataire. J’habite à la montagne et j’aime à batifoler dans les prairies fleuries des alentours. Je cherche un compagnon de jeux avec qui je pourrais partager mes moments de liberté et d’éclate liée à mon amour de l’herbe. Je ne suis pas difficile comme fille mais il faut quand même savoir que j’ai un peu de poil sous le menton et que les mecs trop machos, les relous et les coureurs de marathon me broutent un max. J’ai une préférence très marquée pour les porteurs de bouc et les légionnaires grands et beaux qui sentent bon le sable chaud.

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 Ecrit d'après la proposition d'écriture n° 320 de Pascal Perrat énoncée ci-dessus.

21 mars 2017

Suite allitérative en car (et en encart) / Jean-Paul

Dans mon quartier, il n’y a rien que des toquards. Ils sont tous encartés au cartel des adorateurs de la Lune des Caraïbes et du coup ils ne racontent que des carabistouilles.

Leur grand jeu c’est d’inventer des devinettes stupides et des questions idiotes. En voici une cargaison :

- Quand on pousse Paulette sur l’escarpolette, qu’est-ce que Fragonard peint ? Ses jambes écartées, ses jarretelles carmin ou ses blancs escarpins ? Son carpaccio de dentelles ou son cari de paupiettes ?

- Si Carla Bruni fait cadeau d’un costume Cardin ou d’un cardigan de luxe à François Fillon, qui faut-il passer au Kärcher ?

- Quand on trouve un sceptre dans un autocar, doit-on l’offrir à Emmanuel Macron ou lui dire «Tintin ! C’est pas bon pour ton karma !» ?

- Faut-il s’étonner de finir sur un brancard avec un trocard quelque part quand on a avalé quinze quatre-quarts, quarante kilos de carambars, une crème caramel et quatre caramboles par-dessus sa ration de pâtes carbonara et que le bicarbonate n’a fait aucun effet ?

- Comment faire pour aller au carnaval de Carvin déguisé en infarctus du myocarde ?

- Pourquoi ne voit-on jamais de caribou sur les carrousels de Khartoum ? Cet animal est pourtant assez orignal !

- Quand on loge dans une suite au Carlton ou dans une chambre au Sofitel de New-York, peut-on demander à la femme de chambre d’arborer une cocarde et de danser la carmagnole sous prétexte qu’on est soi-même sans culotte dans la salle de bains ?

- La tortue Caroline se carapaterait-elle plus vite si sa carapace était en carton ?

- Monsieur l’instituteur, pourriez-vous dispenser ce jour notre fils René Descartes de géographie ? Ca le et vous changerait des dispenses d’EPS.

- Si Carthage doit être détruite, si l’épanouissement du monde est en carafe, n’est-il pas l’heure de prescrire ou souhaiter l’équarrissage pour tous ?

- Si Ricardo boit trop de Ricard avant de reprendre le volant de son camping-car, arrivera-t-il à l’heure de l’apéro du soir à l’opéra de Carpentras ou, paraît-il, Carmen cartonne ?

- Peut-on utiliser le carbone 14 pour dater les titres de noblesses de Valéry Giscard d’Estaing ou les parties d’échecs d’Anatoly Karpov ?

- Qu’un cardinal caresse l’espoir d’un rencard érotique avec une carmélite, c’est dans l’ordre religieux des choses. Qu’il glisse des cartes postales représentant Carcassonne ou des images pieuses dans le cartable du lascar Babacar, il est normal dès lors qu’on le brocarde.

- Pour aller à Caracas vénérer la zarzuela et la danser vaut-il mieux emprunter un cargo, une caravelle, un drakkar ou les ballerines écarlates de Carolyn Carlson ?

- Si le cardiologue te dit que ta tuyauterie est carrément carbonisée, appelle un plombier, pas un carreleur !

- Est-ce que j’te d’mande si les vampires des Carpathes passent leurs vacances en Picardie ?

- Qui vole un œuf vole un bœuf. Qui carotte un carrosse peut se voir transformer en citrouille par la fée Carabosse. Si les carlins qui aboient cassent trop les pieds des fidèles est-ce que la caravane passera carillonner à Cuba ?

 

Dans mon quartier, il n’y a rien que des toquards. Moi je les boude ! Quand je croise un de ces bouffons ou un marabout en boubou sur le boulevard Edmont About, je mets les bouts !

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22 mars 2016

Revisiter Tintin / Jean-Paul

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- Est-ce que le texte peut être déconnecté des aventures de Tintin ?

- Absolument ! C’est d’ailleurs pour ma part ce que je compte faire maintenant, agissant en cela comme un vidangeur malodorant. Je m’en vais séparer le sémiotique du méphitique !

Bien malin qui pourrait nous dire déjà de quel album est tiré cette vignette sur laquelle on voit trois exocets chevaucher le Zéphyr à la surface de l’océan. Mais abordons effectivement cette image sous l’angle de la sémiologie, qui est, je vous le rappelle, l’étude des signes linguistiques verbaux et non verbaux et même verbeux et non verbeux.

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Première remarque sur les formes présentes : si le cadre est rectangulaire, si le rectangle a les proportions d’une des deux illustrations d’un atout au jeu de tarot, la représentation des poissons volants s’inscrit dans une figure géométrique plus particulière : il s’agit de deux cercles qui se chevauchent. A l’exception du phylactère, c’est-à-dire, pour les non-spécialistes, de la bulle où est inscrit le texte, le reste de l’image est noir.








 

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Si, telle une décalcomanie, on faisait glisser cette image en dehors de la page de la bande dessinée, comprendrait-on de façon aussi évidente que les poissons sont observés à la jumelle ? En ces premiers jours de printemps ou je me sens primesautier, j’ai très envie de faire ensuite l’expérience suivante dans Photoshop : en évidant la surface des lentilles, en remplaçant les trois poissons par la Naissance de Vénus de Botticelli ou le portrait d’Isaure Chassériau par Eugène Amaury-Duval, déduirait-on réellement que je suis assez fou pour me promener dans un musée avec une paire de jumelles ?  

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Et si, pour Isaure Chassériau, à la place du huit renversé, l’image était un ovale horizontal, penserait-on que je suis entré au Musée des Beaux-arts de Rennes avec un masque de plongée ?

-Sahib gardien ! Sahib gardien ! hurleraient les Hindous un peu cafardeurs de la « Chasse au tigre » de Rubens, il y a un homme-grenouille qui danse la java et met de la flotte partout sur le parquet verni ! ».

 

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On me courserait derrière pour m’éjecter de l’institution. Je ne vous raconte pas le rodéo que ça ferait en ce dimanche après-midi jusque-là paisible. Et pourtant, même si ce n’est pas « Tintin en Amérique » on est bien dans une aventure du petit reporter belge et non dans un album de Lucky Luke.

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Mais revenons à nos moutons ou plutôt à nos pigeons. La manutention de phrases digressives étant mon fort, la deuxième idée qui me vient à l’esprit est bien celle du jeu de con qui s’appelle « pigeon vole ». En effet, la place naturelle des poissons est dans l’eau. Or on voit sur notre image des poissons qui flottent dans l'air. Ils sont pour ainsi dire de drôles de cosmonautes, sans scaphandre, sans tuyau et bien sûr sans semelle de plomb. On n’est donc pas dans « Le Trésor de Rackham le rouge » ni non plus dans « On a marché sur la Lune ». Les « petites flèches d’argent » dont parle Tintin dans la case précédente sont observées en légère plongée. On voit leur profil droit, elles se dirigent vers la droite. Leur déplacement est indiqué par deux traits parallèles derrière leur queue, un court et un long, suivi de trois autres traits si raccourcis qu’on pourrait les assimiler à des points. 

AEV 1516-23 Tintin 01Tout le fond de l’image est d’un bleu uni et le fait qu’il s’agit de la mer et non du ciel est signifié par les représentations d’écume (des jours ?) ici et là. En plissant les yeux on compte deux (nouvelles ?) vagues couvertes de petits îlots blancs, allongés, biscornus. Ils pourraient être Chypre, la Crète, le Chili détaché pour un temps de son entreprise sud-américaine « Cordillère des Andes SA ».

Les ailes violettes des exocets forment toutes des angles de valeur différente. Aucun signe graphique ne nous signifie qu’elles sont en mouvement. N’étant pas doté d’ailes moi-même et n’ayant pas mon encyclopédie de Madame Wikipe sous la main, je ne puis dire ici si le poisson volant, à l’instar de l’Albatros, du goéland ou de Plastic Bertrand, a la possibilité de planer sans remuer les ailes lorsqu’il a acquis suffisamment de vitesse.

Force est de constater : quelques traits de crayons nous ont tout dit sur la situation : un type, sur une plage ou sur un bateau, observe des poissons volants avec une paire de jumelles.

Maintenant le phylactère : le gars (ce pourrait être une fille aussi, mais il y en a peu dans Tintin) commente le spectacle qu’il observe et il dit : « … jaillissent des vagues et qui… Hop ! En voilà deux… Et là, trois autres…" 

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Je pourrais arrêter ici l’analyse et vous rappeler notre petit jeu du début : de quel album est extraite cette vignette ? Ca m’étonnerait beaucoup qu’il y ait des poissons volants dans « Tintin au Tibet » mais est-on jamais sûr de quoi que ce soit avec Hergé qui, paraît-il, fumait quelquefois de la moquette ?

Au dos du livre, là où figurent les 22 couvertures des albums du jeune belge à houppette, il en reste quatre sur lesquelles on voit la mer : « L’Île noire », « L’Etoile mystérieuse », « Le secret de la Licorne » et « Coke en stock ».

Avant de vous livrer la réponse, il me reste une dernière remarque à faire à propos du phylactère. Avez-vous remarqué l’utilisation abondante des points de suspension ? Pour une image où des poissons hors de l’eau semblent mystérieusement retenus dans les airs par un fil transparent, c’en est presque redondant !

Mais à feuilleter vers le début – on était page 53 – l’aventure en question, je note un peu partout ce point de graphie que je n’avais jamais décelé jusqu’à ce jour : Hergé colle des points de suspension partout, jusques et y compris derrière les points d’exclamation !

Bizarre, non ? Je dirai même plus : bizarroïde !

Et donc la réponse : même si vous aurez du mal à croire que je n’en sniffe jamais, on est dans « Coke en stock ». Tout à l’heure, en sortant de l’atelier, j’irai le relire car j’ai encore oublié ce qu’il racontait celui-là. Mais il faut comprendre aussi : si je décortique toutes les cases de mes BD comme je viens de le faire ici, je ne suis pas près de venir à bout du « Crabe aux pinces d’or » !

23 mai 2017

Limericks à la va comme je te pousse / Jean-Paul

A la va comme je te pousse
J’ai planté du pamplemousse.
Qu’eût-il fallu que je misse
Pour ne pas qu’ici s’immisce
Une endive sur la mousse ?

190417 01 endive

 

La bestiole à carapace
La voilà ! Elle dépasse
Cet imbécile d’Hermès,
Le lièvre à bêtise épaisse !
Sûr, il va faire la grimace !

190417 lièvre

 

Eût-il fallu que je m’émusse
Des prédictions Nostradamus ?
De son incroyable promesse
Que l’on aurait une passe ?
Eussé-je dû les revendre aux puces ?

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Ton jardin, tu l’ensemences
Et par infinie clémence
Tu verses pour la limace
De la bière dans une tasse
De la mort par contumace

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A la va comme je te pousse
Elles arrivent les vacances !
On va pouvoir crier « pouce ! ».
Ca commence ! On décompense…
Zut ! Septembre ! On recommence.

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Au restaurant, des épices…
La nuit qui fait des promesses…
Elle acquiesce la petite miss…
Et à l’issue de la messe
Te refile une chaude-pisse
Ou un herpès !

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C’est vrai : à la Sainte-Luce
Les jours font un saut de puce.
Un dompteur un peu rapace
Les assomme, les ramasse,
Les revend au cirque Grüss.

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Mince !
J’en pince
Pour Clémence !

C’est vraiment de la démence
Tout l’argent que je dépense
Pour que cet amour immense
Nous mène jusqu’à la transe :

J’habite Lens
Elle Saint-Gaudens

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Une tortue un peu hommasse
Habitait dans une impasse
Une étrange carapace :
Un vieux lit super maousse,
Un doux matelas de mousse

 

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Les jours de kermesse
Dans sa panse épaisse
Qu’ingurgite
Brigitte ?
Des tonnes de frites !

Quand la lune est rousse
Le bal se trémousse
A quoi pense Hortense
Dans les Hauts-de-France ?

A vampiriser
Les Champs-Elysées

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LA RÉVOLTE DU COMMISSAIRE

Au fond d’une impasse
V’la qu’je me ramasse !
J’ai bu trop de mousses,
L’estomac crie pouce :
Je vomis sur ma limace.

A même l’humus
Parmi quelques détritus
Le cadavre d’une gonzesse !
Etranglée vraiment nénesse
Avec son carré Hermès !

Zut ! Voilà qu’ça recommence !
C’est la panique des sens !
Faut qu’je calte à Caracas
Hors de ce roman salace
Où m’a collé Fred Vargas !

Cette romancière à la masse
Me condamne par contumace
A des tas d’extravagances !
Fi du délirium tremens !
Adamsberg veut des vacances ! 

24 novembre 2015

Consigne d'écriture 1516-10 du 24 novembre 2019 : Expressions alimentaires

Expressions alimentaire

 

L'animatrice distribue des listes d'expressions française dans lesquelles on utilise l'alimentation, par exemple "faire tout un fromage", "casser du sucre sur le dos de quelqu'un", etc.

Elle demande d'en insérer une dizaine dans le texte.

La liste des "idiotismes gastronomiques" de Wikipédia est ici.

AEV 1516-10 Tomber dans les pommes

 

21 mars 2017

Préparatifs de voyages / Eliane

 

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Karpov balaya d'un geste rageur ses pièces et celles de son vis-à-vis.

- J'en ai marre de jouer aux échecs, mon cerveau a besoin de vacances !

Il se laissa aller sur le dossier de son siège.

- Je voudrais partir au soleil, dans les Caraïbes ou au pays des Cariocas. Je vais aller consulter le site de BlablaCar, voir ce qui est proposé en covoiturage vers ces destinations.

- Tu rêves, l'ami ! Avec un covoiturage tu pourras, tout au plus, aller jusqu'à Carpentras. Pour aller aux Caraïbes ou au Brésil il te faudra emprunter soit une Caravelle, soit un drakkar !

Cardin, satisfait d'avoir cloué le bec à ce fat de Karpov, continua de mâchouiller son carambar, les mains croisées sur le ventre.

Karpov écarquillait les yeux.

- Vraiment, c'est si loin que ça ?

- Oui mon ami. Comme il faut traverser la mer, il te faudra rejoindre un aéroport ou un port. Pour aller sur l'un de ces deux points tu peux prendre un autocar. Cela risque de ne pas être très direct et d'être un peu long, mais je peux aussi t'emmener dans ma vieille carriole à la carrosserie rouillée et aux cardans un peu fatigués.

Karpov restait rêveur, aucune de ces solutions ne le satisfaisant pleinement.

- Je vais demander à Caroline ou à Carmen si l'une des deux veut bien venir avec moi et donc me servir de guide et de chauffeur.

- Karpov tu es un sacré lascar, mais si ton karma est bon peut-être as-tu une chance ! Cependant ça m'étonnerait que, après ta dernière incartade, Caroline accepte de te rendre ce service. Et en attendant ton grand départ, que dirais-tu d'un petit Ricard ? Ensuite on pourrait aller dans ce petit resto italien qui fait de si bons spaghetti a la carbonara. A moins d'opter pour plus exotique avec un plat indien relevé au curry ? Il y a une couchette de libre dans ma caravane, je t'invite et demain tu pourras mettre au point les détails de ton voyage. Avec qui partir, quand, comment ? Tracer un itinéraire… Pour cela j'ai de nombreuses cartes IGN, elles te permettront de mieux te repérer.

AEV 1617-22 jeu d'échecs illusionKarpov acquiesça à ce programme, ils rangèrent le jeu d'échecs et partirent pour le bar voisin.
Un carillon retentit quand ils poussèrent la porte, le patron qui essuyait les verres leva la tête.

- Salut mes lascars ! Alors qui a gagné ? Karpov, comme d'habitude ?

- Euh, à vrai dire, personne. Une puissante envie d'ailleurs nous a fait abandonner en route.

Le carillon retentit à nouveau et entra un homme au teint écarlate, un méchant cocard à l'oeil, qui demanda un alcool fort.

- Comment vous êtes-vous fait cela ? demanda le patron.

- Une espèce de tocard, pas content que je lui sois rentré dedans avec mon kart !

- Et, il est parti ? » demandèrent en choeur Cardin et Krapov.

- Oui, sur un brancard.

Nos amis, estimant qu'ils n'avaient sans doute pas la carapace assez solide pour ce genre de lascar, préférèrent ne pas s'attarder, espérant que le resto serait mieux fréquenté.

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