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L'Atelier d'écriture de Villejean
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5 juin 2015

Un conte gastronomique breton / Jean-Paul

AEV 1415-31 01 cuisinier

Il était une fois un petit cuisinier qui était laid, mais laid ! Alors là, non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point il était laid ! C’est bien simple, il était tellement laid qu’en l’apercevant le lait tournait, les poulets se carapataient, les carottes s’écriaient « On est cuites !», les haricots se lamentaient « C’est la fin, Jane », les betteraves partaient piailler dans les pumas et même les œufs se cassaient. Malgré tout cela, en dépit de cette laideur et de ces incidents, il était le plus brave des garçons du royaume et surtout c’était le meilleur des cuisiniers que la Terre jamais ne porta. Il s’appelait Ferdinand.

Il venait justement, ce jour-là, d’être engagé pour travailler au château dans les cuisines du roi. Il avait donné toute satisfaction lors de son entretien d’embauche.

Le roi et la reine de ce pays-là étaient heureux, mais heureux ! Alors là, non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point ils étaient heureux ! C’est bien simple, même le plus imbécile parmi les pauvres en esprit n’était pas aussi heureux qu’eux. Même le Dieu Rakatsaka qui est le dieu des imbéciles chinois qui regardent la lune en se mettant le doigt dans l’œil n’était pas aussi heureux que Lao-Tseu ni qu’eux.

AEV 1415-31 02 laid

C’est que le roi et la reine avaient une fille unique. C’était leur trésor, la prunelle de leurs yeux et ceux de la princesse étaient plus bleus encore que les eaux de la Méditerranée dans les calanques près de Marseille. Elle était belle, mais belle cette princesse ! Alors là non, jamais vous ne pourriez imaginer comme elle était belle. L’ennui, c’est qu’elle avait un QI de pétoncle.

Le roi et la reine éprouvaient certaines nuits de grands moments de mélancolie. Ils songeaient que tous les prétendants à la main de leur fille se rendaient vite compte, aux réponses inconvenantes qu’elle faisait à leurs discours, qu’elle avait un cerveau d’ornithorynque du Tonkin auquel auraient manqué le bec de canard, les pattes palmées et même le manche du couteau sans lame de M. Lichtenberg. Malgré la beauté physique de la demoiselle, tous se détournaient très vite du projet de l’épouser. Comme disait le proverbe branquignol très en vogue dans ce royaume-là : « Il n’y a pas que le sexe dans la vie, il y a aussi les chiffres et les lettres ».

AEV 1415-31 03 mendiant

Un beau jour donc – il était beau ce jour mais beau ! Alors là non, jamais vous ne pourriez imaginer à quel point c’était un beau jour de chez beau jour ! Un beau jour donc, un mendiant vint frapper à la porte du château. A l’époque on disait plutôt « heurter à l’huis ». Cela fit Plonk, Plonk, Plonk et Replonk. On amena le saltimbanque auprès de leurs majestés. Car le roi aimait à se divertir de la variété de ses sujets. Le couple royal recevait tout un chacun à demeure. A la table du banquet, ils laissaient toujours une place pour le pauvre de passage. Car voyez-vous les philistins adorent les oiseux de passage : leurs lamentations ponctuelles et perpétuelles sur leur sort et le bout du zinc ajoutaient au bonheur des royales personnes.

AEV 1415-31 04 effrayéMais le mendiant qui était entré ce jour-là ne se plaignit pas. Il avala sa pitance en silence, trinqua avec les dignitaires de cette haute assemblée. Qu’elle était haute, mais haute, cette assemblée ! Alors là non, jamais vous ne pourriez-vous imaginer à quel point elle culminait ! A la fin du repas, en vue de prendre congé et la direction de la sortie, le mendiant s’approcha du roi et de la reine. Ceux-ci, quelques peu inquiets d’un tel culot, effrayés même de cette initiative à la manque eurent un mouvement de recul instinctif mais ils furent tout ouïe dès que le drôle de bonhomme leur eut dit :


AEV 1415-31 05 anneau- Je sais quel est votre souci, vos altesses. Il vous faut marier votre fille et tout le monde se rend compte qu’elle est un peu quiche alors même qu’on n’a pas encore inventé la Lorraine. Je vous conseille juste de faire monter les enchères. Promettez aux chevaliers, seigneurs, nobliaux, hobereaux, parvenus, prétendus et prétendants de tout poil que vous donnerez en dot à votre fille l’Anneau papal et la ville d’Avignon. Il faudra pour cela quérir la réponse à cette énigme.".

Il sortit de sa besace un rouleau de parchemin qu’il remit au roi, il fit une révérence et il s’en alla.

 

AEV 1415-31 06 nuitLe roi et la reine réfléchirent cette nuit-là. L’anneau papal et la ville d’Avignon, ce n’était pas rien ! En même temps, le pont sur lequel les habitants dansaient était cassé en son milieu et la religion, ni le roi Richard ni la reine Séréna ne s’y étaient jamais vraiment intéressés, pour dire. C’était juste un pouvoir concurrent qui inquisitionnait bien un petit peu par-ci par-là, qui faisait ses petites affaires avec ses petits habits sacerdotaux, qui aimait bien avoir l’air, qui conquistadorait ramener des trésors du pays Inca mais grosso modo, bon an mal an, on vivait en bonne entente avec cette secte qui n’avait pas encore réussi.

Justement, le dernier pape était mort et un nouveau pape était appelé à régner.

 

AEV 1415-31 07 poursuite

Alors, le lendemain, tous les hérauts du royaume allèrent proclamer ici et là que celui qui trouverait la réponse à la devinette suivante épouserait la princesse et deviendrait pape :

« Monsieur et Madame Saint-Malo-Alanage-C’estcoton ont un fils. Comment s’appelle-t-il ?

Tous les preux du royaume se mirent en quête de la réponse. Certains partirent sur d’improbables jonques, traversèrent les mers, utilisèrent tous les moyens, y compris le prototype du vélo de Richard Virenque pour partir à la poursuite de la réponse. Ils allèrent partout, auprès du mage Carambar, de Maître Jacques de Vannes qui en sortait de bonnes, de la bonne à la Pythie de Delphes. Il faut dire qu’à cette époque, ni Victor Hugo, ni le calembour, la fiente de l’esprit qui vole, n’avaient encore été inventés. Il fallait consulter un spécialiste pour ce genre d’énigmes.  

AEV 1415-31 08 en merLe temps passa sans que personne ne revînt avec la bonne réponse. La vie heureuse reprit son cours. La reine avec mélancolie refit pousser ses ancolies. Le roi se désola que toutes ces andouilles fussent rentrées bredouilles.

Le temps passa sur les mémoires, on oublia l’événement. Un beau jour, cependant, le roi vint aux cuisines et annonça qu’il y aurait festin le lendemain car c’était le jour anniversaire de la naissance de la princesse.

C’est ici que nous retrouvons notre petit cuisinier, vous vous souvenez, le laid du début ?
Il avait tellement fait ses preuves dans la cuisine qu’il y était devenu maître pâtissier. On l’appelait Taupe Chiffe à cause de ses yeux de myope et de sa mollesse apparente mais son savoir-faire en matière de génoises, de savarins et de décorum laissait tout le monde baba. Ce fut lui, tout naturellement, qui prépara le gâteau d’anniversaire.

AEV 1415-31 09 épilogue

Il était bon, mais bon ce gâteau ! Alors là, non jamais vous ne pourriez imaginer à quel point il était bon ! C’est bien simple : quand la princesse en eut mangé, elle exigea qu’on lui présente l’auteur d’un tel prodige de gourmandise. On alla donc chercher notre héros dans la cuisine et on amena devant la famille royale le cuisinier boutonneux. La princesse sembla ne pas s’apercevoir de sa laideur.

- Comment t’appelles-tu, beau jeune homme et divin maître-queux ?

Et le pâtissier de répondre :

- Ferdinand !

- Bravo ! hurla le roi ! C’est la bonne réponse ! Monsieur et Madame Saint-Malo-Alanage-C’estcoton ont un fils. Comment s’appelle-t-il ? La bonne réponse est « Ferdinand » ! Je te donne la main de ma fille, l’anneau papal et la ville d’Avignon ! »

Alors l’énigme fut finalement résolue et c’est ainsi que Ferdinand devint pape. S’il s’était appelé Libellule ou Papillon, je n’aurais jamais pu écrire cette histoire-là !

 

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31 janvier 2017

Le Marathon de l'escargot / Jean-Paul

En souvenir du soldat de Marathon, rédigez une phrase de 42 mots synthétisant les pensées d’un escargot au cours de l’ascension d’une feuille de chou

Il y a des gens qui sont prêts à tout pour avoir leur nom dans une feuille de chou alors que, pour un escargot, c’est plus simple de passer par-dessus et de boire, derrière, la bière salvatrice dans le pot de yaourt.

AEV 1617-17 escargot copie

 Ecrit d'après la proposition d'écriture n° 318 de Pascal Perrat 

2 mars 2017

Deux oreillers, un polochon / Eliane

Deux oreillers s'aimaient d'amour tendre.

Les jeunes époux dont ils soutenaient les rêves dormaient enlacés, les oreillers se serraient donc l'un contre l'autre.

Cela dura quelques années, puis tout se brouilla, les amants enflammés d'hier se tenaient désormais chacun à un bord du lit en se tournant le dos. Les oreillers s'éloignèrent.

Ce n'était pas encore très grave, les mouvements involontaires des dormeurs les rapprochaient souvent.

Mais ils commencèrent à se quereller, chacun accusant l'autre d'être à la source de ce malaise. Le malaise laissait toutefois place à la tendresse quand il leur arrivait fortuitement d'être rapprochés, voire de se chevaucher.

La mésentente des époux gagna encore quelques degrés et, comme il n'y avait qu'un lit dans l'appartement, ils décidèrent de délimiter la place de chacun pour dormir à l'aide d'un polochon.

Ce polochon trônait royal au milieu du lit séparant les deux oreillers à tout jamais.

La frustation les fit devenir ennemis, chacun accusant l'autre de vouloir pactiser avec le nouveau venu.

Et, tandis que le polochon s'épanouissait à l'aise, chacun des oreillers se renfrognait, le froissait, se tirebouchonnait.

Bref, chaque matin le lit ne ressemblait plus à rien.

AEV 1617-29 Eliane 960x614_20mn-1432

11 février 2020

Doux rêve / Marie-France

chat_qui_venait_du_ciel-B1-copy_600

C'était un jour de printemps. Le Professeur Craig s'était installé sur sa terrasse face à la nature qui, généreusement, lui offrait son spectacle. Des arbres en fleurs, des bourgeons prêts à éclater.

Le petit chat blanc grimpait allègrement sur le tronc d'un lilas couleur lavande et s'enivrait de son odeur.

 Pour l'heure, le Professeur Craig appréciait cette trêve matinale : l'odeur du thé au jasmin qu'une légère bise venait refroidir, l'étoffe légère des rideaux qui lui caressait la nuque. Il aurait bien aimé, lui aussi, se hisser le long des arbres, courir après ce chat espiègle et malicieux. Les années l'avaient rendu moins leste. Maintenant il attendait le moment où son petit animal, fatigué, viendrait se blottir contre lui, lui raconter son escapade à travers des ronrons réguliers et chaleureux.

 Mr Craig avait lui aussi des histoires à lui raconter.

moon_fish-copy_670De plus il voulait le mettre en garde contre les animaux de la nuit qui rôdaient dans le jardin. Avec le printemps la température s'était adoucie et son minet aimait dormir à la belle étoile. Cette nuit-là le maître ne sait s’il avait rêvé ou si l'animation du dehors était bien réelle. Il avait cru apercevoir des petits animaux avec une queue touffue et un nez pointu jouer à la pêche à la ligne sous l’œil attentif d'une lune bien éveillée. Dans le ciel sombre il pleuvait des poissons argentés et les petits renards, du bout de leur canne à pêche, les attrapaient afin de se constituer un joyeux festin.

Le moment était venu, le chaton vint s'installer sur les genoux de son maître, fit une minutieuse toilette et après s'être étiré langoureusement, il se blottit près de son maitre. Celui-ci lui raconta sa nuit espérant que le minet n'irait pas s'aventurer le soir venu à l'extérieur.

Et pourtant, à l’écoute de cette histoire le chat aventurier se promit une belle virée nocturne. Quelle aubaine ! Des poissons venus du ciel ! Il n'en ferait qu'une bouchée mais avant tout il lui faudrait apprivoiser les renardeaux, s'en faire des amis et ainsi partager le festin.

 Le soir tombé, il se tapit dans un bosquet touffu en attendant la nuit sombre. Mais ce soir-là point de petites bêtes à la queue touffue et au nez pointu et dans le ciel seule une constellation d'étoiles lui envoyait des clins d’œil, la lune s'était endormie dans la nuit noire.

 Au loin on entendit des bruits bizarres, des motos pétaradantes, puis plus rien !

6 juin 2017

Deux oreillers, un polochon / Eliane

Deux oreillers s'aimaient d'amour tendre.

Les jeunes époux dont ils soutenaient les rêves dormaient enlacés, les oreillers se serraient donc l'un contre l'autre.

Cela dura quelques années, puis tout se brouilla, les amants enflammés d'hier se tenaient désormais chacun à un bord du lit en se tournant le dos. Les oreillers s'éloignèrent.

Ce n'était pas encore très grave, les mouvements involontaires des dormeurs les rapprochaient souvent.

Mais ils commencèrent à se quereller, chacun accusant l'autre d'être à la source de ce malaise. Le malaise laissait toutefois place à la tendresse quand il leur arrivait fortuitement d'être rapprochés, voire de se chevaucher.

La mésentente des époux gagna encore quelques degrés et, comme il n'y avait qu'un lit dans l'appartement, ils décidèrent de délimiter la place de chacun pour dormir à l'aide d'un polochon.

Ce polochon trônait royal au milieu du lit séparant les deux oreillers à tout jamais.

La frustation les fit devenir ennemis, chacun accusant l'autre de vouloir pactiser avec le nouveau venu.

Et, tandis que le polochon s'épanouissait à l'aise, chacun des oreillers se renfrognait, le froissait, se tirebouchonnait.

Bref, chaque matin le lit ne ressemblait plus à rien.

AEV 1617-29 Eliane 960x614_20mn-1432

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23 mai 2017

Jour de kermesse / Eliane

C 'était un beau dimanche ensoleillé,
D'une journée festive et amicale la promesse.
C'était, au village, le jour de la kermesse.
Les filles s'en réjouissaient depuis la veille.

Aujourd'hui, dans leurs sacs,
Juste de quoi assurer leurs dépenses,
Bonbons en vrac,
Pour un plaisir immense.

Un clown grimace,
Ramasse une limace
Puis la jette, la repousse ;
Elle atterrit dans la mousse.
Pauvre limace
Sans carapace !
Les filles font la grimace.

AEV 1617-27 Eliane Peter_Paul_Rubens_014

Plus loin, juste devant le précipice,
Un homme dresse un rapace,
L'envoie jusqu'au piton qui dépasse.
La foule s'agglutine
Pour, d'un beau spectacle, les prémisses.

Indifférente, une abeille butine
Et la foule s'éparpille.

Les filles sucent des glaces à la myrtille
Quelques danseuses se trémoussent
Devant un bambin suçant son pouce.
La maman, une jolie rousse
Portant un tailleur,
Regarde ailleurs.
Les danseuses assoiffées crient « Pouce ! ».

Plus loin encore, dans l'impasse,
Un magicien fait un tour de passe-passe.
La foule de nouveau fait masse.
Les filles s'immiscent,
Espérant que les éblouir il puisse.
Le tour est raté.
Le magicien implore la clémence
Ravageant leur désir immense.
Leur attention est déconnectée ;
Leurs achats elles ramassent
Et pendant qu'un attelage passe-passe
Vers la sortie elles se poussent.

Une vieille dame propose des pamplemousses :
Elle déclinent, elles ont un herpès,
Disent devoir aller à la messe
Ou alors faire la moisson.
Sur le paillasson
La vieille rigole,
Les filles se gondolent.

AEV 1617-27 Eliane kermesse

 

 

13 novembre 2018

Le Calendrier perpétuel : juin / Anne-Françoise

AEV 1819-08 Saint-Justin

JUSTIN

Dicton :

"En juin, 
Rentre ton foin, 
Sinon, tu n’n’auras point
Tagada tsoin tsoin !

A la Saint Justin,
Il n’en faut point vingt
Ni dix, ni cinq, ni deux : moins
L’en faut juste un !
Un tour dans son sac
Un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras »
Un coup d’bol
Un ticket d’loto gagnant
Un grand amour pour toujours
Un bon pied bon œil"

Illustration :

Un chirurgien opère la tête d’un homme. Bulle 1 : « Alors ? Y’a des fils qui se touchent là-dedans ? Bulle 2 : « Ca alors ! Jamais vu ça ! des neurones, y’en a juste un ! ». Bulle de l’infirmière à côté : « Ca fait pas un peu juste ? ».


Biographie : Saint Justin est le patron de tous ceux qui sont uniques.

Justin était un petit homme malin, mais qui n’avait pas qu’un tour dans son sac. Un de ses copains, pour son anniversaire, lui promit plein de tickets de loto. Il n’en avait qu’un sur lui. Justin le prit, se disant : un « tiens » vaut mieux que deux « tu l’auras ». Justin eut un coup de bol monstre. Ce seul ticket lui fit gagner le gros lot… Qui attira vers lui le grand amour, oui, Justine fut son amour de toujours. Aujourd’hui, Justin est unijambiste (à gauche) et aveugle (de l’œil droit). Malgré ses handicaps, il reste bon pied, bon œil…

***

AEV 1819-08 Sainte-BlandineBLANDINE

Dicton :

A la Sainte Blandine,

On se dandine
C’est l’anniversaire de Filou et de Pierrette
Vive la musique et la fête !
On danse, on s’remue l’popotin
Et comme les canards, on fait « Coin ! Coin ! » "

Illustration :

Une soirée dansante pour l’anniversaire de Filou et Pierrette. Des gens qui font la chenille avec des masques de canards sur le nez.

Biographie :

Sainte Blandine, patronne des danseurs

Elle avait commencé à danser la gigue et la bourrée dans le ventre de sa mère. Enfant, il lui était impossible de rester tranquille. Elle sautait en l’air, tourbillonnait… Adolescente, elle s’est mise au rock. Adulte, au travail, elle se trémoussait sur sa chaise en tapant du pied. Bref, elle n’arrêtait pas de danser et de faire « Coin coin ». Les Romains, exaspérés, l’ont attrapée, mise au centre de leur arène et, pour avoir la paix, l’ont attachée à un poteau. Des lions l’ont dévorée. Et c’est ce que la postérité en a gardé.

***

AEV 1819-08 saint-kevinKEVIN

Dicton :

A la Saint Kévin, (prononcer « vine »)
Pas de chose bien maligne,
Mais à la Saint Kévain (prononcer : « vin »)
On s’saoûle avec du vin.

Biographie :

Saint Kévin goûtait les choses fines, délicates, précieuses, subtiles, discrètes, douces.
Saint Kévain était plus bourrin. Il avait un penchant (qui penchait plus que bien) pour la bouteille. En matière de vin, il aimait tout ce qui se présentait, avec une préférence peut-être pour le Beaujolais, nouveau et ancien, du matin au soir et du soir au matin.

Le calendrier n’a gardé, on ne sait pourquoi, qu’un seul de ces 2 saints du 3 juin : Saint Kévin. Dommage, l’était bien sympa, Saint Kévain !

***

AEV 1819-08 sainte-clothilde-reine-de-franceCLOTILDE

Dicton :

A la Sainte Clotilde
Pas grand-chose à faire
Si on n’a pas de copine
Qui s’appelle Mathilde.

Biographie :

Sainte Clotilde et Sainte Mathilde, patronnes des menuisiers

Pas facile à prononcer, ces deux prénoms finissant par « tilde ». Les parents avaient décidé de les surnommer « Clo » et « Ma ». « Clo et Ma ! Clo et Ma ! », Saint Kévain, qu’avait un peu abusé d’la bouteille ce jour-là, comprit « Clouez-moi ». Il partit chercher un marteau et cloua jusqu’au soir tout ce qui se présenta, jusqu’à Clotilde et Mathilde qu’il fixa à des bouts de bois.

 

26 février 2019

Le Poisson Guerlain / Anne-Françoise

Un poisson,
Polisson,
Un matin,
Boit dans sa maison
Un bidon
De parfum.

Ce Guerlain,
Quelle boisson !

AEV 1819-19 instant-pour-homme-astrologie-homme-poisson

Il mord, pas malin, 
A l’hameçon
D’un requin.

Ce requin
Est un pêcheur pas fin
Qui bouffe du saucisson,
Des cornichons,
Du vin,
Et du boudin.

Il mange le poisson
Avec du thym et du romarin.

Beurk ! C’est pas bon !
Et les herbes, ça vaut rien !

Avec ce con, ce vilain,
Le poisson au Guerlain
Ça revient
A donner de la confiture aux cochons !

AEV 1819-19 AUTOAD-2015-105

18 juin 2019

Le livre des jamais contents / Anne-Françoise

Le prince Armand ne voulait pas être un prince charmant.

Il y avait des princesses :

AEV 1819-32 mécanicienne

Emillienne était mécanicienne. Elle portait invariablement son bleu de travail. Elle communiquait avec les moteurs à coups de marteau et de jurons. Elle avait toujours du cambouis sur les mains. Lorsqu’elle les lavait, rarement, il persistait une couche de noir sous ses ongles (ou du moins ce qu’il en restait).

Carole était joueuse de football. Elle portait un short large, des protège-tibias et des chaussures à crampons qui résonnaient sur les sols en vieux parquet du palais et le rayaient. Elle aimait tacler tout ce qui passait à portée : le conseiller du roi, la gouvernante, l’évêque de Machin truc, l’ambassadeur de Machin chose, les ducs, marquis, princes et tutti quanti…

AEV 1819-32 jardinièreCharlotte était jardineuse de carottes. Elle passait son temps dehors avec sa pelle, sa brouette, son arrosoir, son râteau… Elle transportait de la terre, posait des pièges à taupe, arrachait les mauvaises herbes, préparait son compost et chouchoutait ses vers de terre. Elle trainait dans son sillage un parfum de litière-fumier-crottin avec lesquels elle enrichissait son potager.

Le prince Armand les trouvait toutes charmantes mais, à la cour du roi, personne n’était de cet avis. On lui présenta une princesse charmante à qui il ne trouva rien de charmant : elle était pâle, habillée d’une longue robe rose, passait son temps à broder, baissait les yeux et battait des cils quand on la regardait. Le prince Armand dut se marier avec elle. Le prince Armand aurait voulu être un prince pas charmant.

3 janvier 2017

La Maison bleue / Eliane

AEV 1617-13 Eliane la-maison-bleue

Il avait hérité de cette maison bleue,
La maison de son enfance.

Il errait à travers les pièces
Ouvrant les volets
Faisant entrer la lumière
Dévoilant les lézardes, les toiles d'araignées,
Quelques fuites d'eau, des ardoises disjointes.

Il se laissait envahir par un flot d'émotion ;
Les souvenirs affluaient en masse
Dans un désordre qui le faisait chanceler.
Cette maison avait abrité tant d'êtres chers.
Il se dirigeait déjà vers le grenier
Que les enfants avaient complètement investi
Et que les adultes appelaient le Grenier des Anges.

Que d'histoires ici, lui, ses frères et ses cousins
Avaient inventé, avaient mimées,
Puisant dans les vieilles malles
Des habits de pirates, des habits de fées.
Leur imagination était sans borne.

Il était déjà en haut de l'échelle.
Rien n'avait changé.
Il s'affala dans le vieux fauteuil défoncé,
Faisant naître un nuage de poussière
Et contempla le paysage immobile.

AEV 1617-13 grenier eliane 86730945_oIl revit bientôt les yeux bleu-ardoise
De cette cousine brune si jolie.
Elle avait été son premier amour,
Les premiers émois de son jeune cœur.
Qu'était-elle devenue ?

Qu'allait-il faire ?
Garder cette maison ?
La retaper ?
En faire son lieu de vie ?
Lui qui avait rêvé partir pour l'hémisphère sud,
Habiter une maison coloniale entourée d'orangers,
Vivre une passion torride avec une belle métisse,
Allait-il renoncer à ce rêve ?

La maison bleue l'avait déjà capturé, annexé,
Elle ne le laisserait pas partir
Il était son prisonnier et le savait.

Il redescendit lourdement,
Referma les volets
Et, du jardin en friche, contempla longuement la bâtisse.
Grandeur nature,
Elle lui paraissait plus petite que dans ses souvenirs.
Elle avait une âme,
Elle pourrait être le nid de son intimité,
Elle cacherait si bien sa vie privée.

Il la contemplait
Les couleurs du temps étaient passées sur elle,
Dévoilant son histoire.
Il s'imaginait déjà,
Dans l'ancien bureau de son père,
Tremper une plume d'oie dans le vieil encrier
Pour écrire cette histoire.

26 janvier 2016

La Blonde envolée / Eliane

AEV 1516-17 Image de nuage québécois

A force de pelleter des nuages, ma blonde s'est envolée. Elle a décidé de quitter cette terre où tout lui paraît trop concret, lourd, fastidieux.

Ce soir-là le ciel était beau, d'un bleu sombre et profond. Les nuages étaient denses, épais, presque noirs au-dessous. D'autres, plus légers, s'étiraient langoureusement plus haut dans les nues. C'était tellement tentant, cet infini moutonneux.

Ma blonde a décidé de rejoindre cette liberté promise, cette beauté. Elle s'est accrochée à une grosse grappe de ballons, bleus et blancs, déjà une promesse.

Elle est allée se perdre si loin que je ne sais si je la reverrais jamais.

Alors je pleure, je n'ai pas su la retenir. J'ai l'impression d'être un deux de pique. Si elle a préféré ses rêves à ma compagnie aimante c'est que je suis un médiocre, un incompétent. Je ne peux m'empêcher de penser que si j'avais été plus intelligent, plus instruit, plus drôle, elle serait restée, intéressée par ce que j'aurais eu à lui offrir.

Son amie, sa confidente, apitoyée par mon chagrin, me propose, pour tenter de la rejoindre, de prendre place à ses côtés sur son livre d'images et de se faire tirer par les oiseaux qu'elle a si bien su apprivoiser tout en douceur.

J'hésite. Les oiseaux seront-ils assez forts ? Il leur fallait tout de même prendre en charge deux personnes !

Et puis son livre est pas mal abîmé, il a beaucoup vécu, ses pages ont été maintes fois tournées et contemplées. Elles ont subi le vent, la pluie, la neige, le gel. Des morceaux entiers manquent, il risque de se déliter en route, nous laissant lourdement retomber sur le sol, nous brisant en mille morceaux comme des morceaux de verre.

Elle m'accuse d'être couard, de ne pas mériter celle que j'aime, et qu'il n'est pas étonnant qu'elle soit partie.

- Tu n'es pas un vrai chum !» me crie-t-elle. Mais elle a tort sur ce point, je suis en amour par-dessus la tête.

Mais cette amie a raison sur un autre point : je ne suis pas téméraire. Je n'ose jamais sortir des sentiers battus, j'ai peur de l'aventure, peur de quitter mes repères, même si la perspective est infiniment séduisante, voire vitale.

Elle me crie de me remettre illico sur le piton, sinon elle partira sans moi.

AEV 1516-17 Le_Meilleur_de_Beau_Dommage_Compilation

Ce qu'elle veut, c'est attraper le train de bonheur qui la mènera vers la légèreté, loin de la pesanteur de la vie quotidienne sur terre et de tous ses tracas. Elle veut rejoindre son amie et piquer avec elle une jasette tranquillement assises sur un gros nuage joufflu.

Mais mes pieds sont en plomb et restent fermement collés au sol.

Je choisis la terre ferme plutôt que les nues. Je choisis de ne jamais rejoindre ma blonde dans son paradis. Je choisis ce que je connais déjà, ce qui ne me déstabilise pas

Mon magnifique rêve d'amour se transforme en une sourde nostalgie des moments heureux avec, chevillé au cœur, l'espoir fou qu'un jour elle reviendra.

20 janvier 2016

Consigne d'écriture 1516-16 du 19 janvier 2016 : Contes de Lannion à réécrire

Contes de Lannion à réécrire

 

L'animateur a participé à un stage de conte qui avait lieu à Lannion. Il a ramené sept enregistrements de contes qu'il a transcrits sur le papier. Il demande que chaque écrivant(e) réécrive le conte qu'il reçoit "à sa sauce" pour le restituer aux autres participant(e)s.

 

LA GRAND’MERE DU PAYS DE PLUIE

AEV 1516-16 grand-mère conteuse

Il était une fois une petite grand-mère qui vivait dans un pays de pluie fréquente.
Elle est bien tranquille chez elle à tricoter au coin du feu quand soudain on entend des coups à la porte. Elle va ouvrir et se trouve nez à nez avec un cheval tout trempé.

- Ma pauvre bête ! s’écrie-t-elle. Mais tu vas attraper la mort. Fais le tour de la maison ! Viens dans la grange, je vais te bouchonner et tu resteras-là le temps que la pluie cesse.

Elle fait ainsi puis va se réinstaller près de son foyer, reprend son ouvrage. Une maille, deux mailles, dix mailles. Toc toc toc ! Rebelote ! Cette fois c’est une chèvre. Même discours.
L’opération se renouvelle avec un chien, un chat, puis un pigeon qui tape au carreau.
A la fin elle va se rasseoir mais elle entend un remue-ménage pas possible dans la grange.
Elle va voir mais impossible de comprendre ce qu’ils veulent. Alors le vieux tracteur prend la parole et dit :

- Etre au sec c’est bien, mais recevoir de la chaleur et de l’amitié, c’est mieux !

Alors la petite vieille les fait entrer dans la maison et les animaux calmés se posent autour du feu.
Au lieu de reprendre son tricot elle leur dit : Je vais vous faire la lecture. Elle prend un grand livre et commence : « Il était une fois une petite grand-mère qui vivait dans un pays de pluie fréquente…


BÉBERT

AEV 1516-16 cantonnier

C’est Bébert. L’innocent du village, le cantonnier, le traîne-savates. Quand il a quelques sous il va rejoindre les autres au bistrot « On est mieux ici qu’en face ». Oui, celui qui est en face du cimetière. Quand il n’a plus de sous il chine le patron ou les autres clients pour avoir un verre gratis. Ce jour-là il dit au patron :

- Si tu me payes un verre, je te montrerai ce que j’ai dans ma poche gauche.

Le patron se doute bien qu’il va sortir un mouchoir crasseux ou une autre bêtise mais il cède.
Bébert sort alors de sa poche une minuscule cage à oiseau. Dedans un oiseau de paradis miniature se met à siffler une chanson tellement belle que tout le bistrot s’immobilise et vient écouter au comptoir.

Quand l’oiseau a fini, Bébert remet sa cage dans sa poche.

Le patron sidéré veut acheter l’oiseau mais Bébert refuse. Discussion à n’en plus finir, à la fin de laquelle Bébert dit :

- Si tu me payes encore un verre, je te montrerai ce que j’ai dans la poche droite.

Le patron offre un deuxième verre et Bébert sort une petite boîte d’allumettes. A l’intérieur il y a un piano minuscule et une petite souris qui se met à jouer et à chanter un rock endiablé. Tout le monde danse dans le bistrot. A la fin du morceau même discussion que précédemment. Même refus.

Puis Bébert s’en va. Sur la grand’ place du village il sort la boîte d’allumettes et dit à la souris.

- Moi, te vendre à ces ignares ? Jamais ! Ils n’ont même pas vu que tu étais ventriloque !

 

LE CHIEN

AEV 1516-16 toutouig

Ce conte-ci est rythmé par la berceuse bretonne Toutouig :

Toutouig la la va mabig
Toutouig la la

C’est une petite grand-mère qui vit toute seule dans la dernière maison au bout du village. Elle est veuve mais elle est heureuse parce qu’elle a un mignon petit chien. Il n’a pas le droit de monter sur son lit mais elle lui a installé un panier au pied de son lit et le soir après avoir fermé la lumière elle laisse pendre son bras et sur le bout de ses doigts le chien passe sa langue douce, chaude et humide et ça l’apaise, ça la rend benaise et elle s’endort heureuse.

Toutouig…

Parfois elle se réveille la nuit. Elle tend l’oreille mais ce n’est rien que le vent dans les volets ou une branche qui casse à cause du vent. Elle se rallonge laisse pendre son bras et sur le bout de ses doigts le chien… idem.

Toutouig…

Cette nuit-là elle se réveille et ce qu’elle entend c’est plic plic plic. Elle se dit : j’ai dû mal fermer le robinet de la salle de bains. Bon, je vais pas me lever pour ça, je vais essayer de me rendormir. Le bras, la langue du chien…
Toutouig.

Un peu plus tard rebelote. Tourne, retourne, bras langue du chien, Toutouig.

Et puis maintenant ce qu’on entend c’est ploc, ploc, ploc, plus fort, plus lentement.
Alors là elle se lève, contourne la corbeille pour ne pas réveiller le chien puis va à la salle de bain.
Là elle découvre que le robinet est fermé et ne goutte pas. Elle se dit « C’est peut-être la pomme de douche ? » Elle écarte le rideau et là, horreur » elle découvre son chien, pendu par les pattes de derrière, la gorge tranchée et ce qui fait ploc ploc ploc c’est le sang qui vient frapper le carrelage blanc de la douche.

Toutouig…

Et c’est alors qu’elle se demande : Mais… tout à l’heure… Quand j’ai laissé pendre mon bras, qui a léché le bout de mes doigts de sa langue douce, chaude et humide ?

Toutouig…

 

LE MEUNIER ET LE KORRIGAN

AEV 1516-16 korriganIci, près des ruines de ce moulin, j’ai rencontré un meunier en pleurs qui m’a raconté son histoire.

« Autrefois, j’étais meunier ici. J’avais une femme et sept enfants, on tirait le diable par la queue mais les choses se sont arrangées à la naissance de mon huitième. Très bizarrement. Je descendais au village pour aller chercher un parrain pour le nouveau-né quand sur le chemin j’ai rencontré un korrigan. Il ne faut jamais contrarier les korrigans. Il m’a demandé ce que j’allais faire et je lui ai dit. Il a répondu : je veux bien être le parrain de ton fils, moi ! J’ai été forcé d’accepter. Ma femme n’a pas été contente. Pensez, un korrigan pour parrain ! moment-là nos affaires ont prospéré, j’ai eu des clients jusqu’à Lannion, dans toute la presqu’île du Trégor. Le korrigan venait tous les ans rendre visite au filleul. Bref on était très heureux.
Et puis un jour que j’allais livrer ma farine, j’ai rencontré le korrigan sur la route. Il m’a dit :

- Ma femme vient d’avoir un bébé. On veut que ce soit toi le parrain. Viens voir ton filleul.
- Mais j’ai ma farine à livrer…
- Viens, je te dis !

Il ne faut pas contrarier les korrigans. Alors on est entrés dans l’allée couverte de l’Ile grande et au bout, il y a une petite trappe. Comme le lapin blanc d’Alice au pays des merveilles, le korrigan s’est engouffré dedans. Je l’ai suivi tant bien que mal et heureusement après avoir rampé cinq minutes la galerie c’est élargie et je suis entré dans un réseau de grottes. On a traversé une salle dans laquelle il y avait plein de coffres ouverts. Ils étaient emplis de bijoux, d’émeraudes, de rubis . Dans la salle suivante c’étaient des pépites d’or. Et puis enfin on est arrivés dans la salle du banquet où tous les korrigans bâfraient, bâfraient. On m’a présenté mon filleul. Qu’il était laid, mais laid ! J’ai dû l’embrasser. Je me suis mis à table avec eux, j’ai mangé, j’ai bu et puis comme ça s’éternisait, j’ai dit qu’il fallait que j’aille livrer ma farine.

- OK a dit le parrain de mon huitième, je ne te raccompagne pas parce que j’ai encore faim, tu connais le chemin. Donne le bonjour chez toi, embrasse mon filleul.

En partant j’ai traversé la salle avec les pépites d’or. Il y en avait tellement, une de plus une de moins. J'en ai fauché une. Dans la salle suivante il y avait des bijoux, des diamants, des rubis. Un de plus un de moins…
Et puis j’ai rampé et je me suis retrouvé sous l’allée couverte. Mais là, sur le chemin, ma charrette avait disparu ! Plus de cheval, plus de farine. Je suis quand même descendu au village mais je ne reconnaissais plus les maisons. Il y avait des grosses machines étranges avec quatre roues devant chacune d’elle et de drôles de machines de guerre sur les cheminées des maisons. J’ai fait demi-tour en courant et j’ai regagné mon moulin. Mais là, il n’en restait que des ruines. Depuis je suis assis et je pleure.

[On peut chanter « The fool on the hill » des Beatles ]”

Voilà, ce que m’a raconté le meunier. Aussi, si vous aussi un jour vous rencontrez un homme qui pleure devant les ruines de son entreprise en ruines (Bernard Tapie devant Adidas ?) avant de compatir, demandez-vous d’abord si cet homme-là n’a pas, une fois dans sa vie, contrarié un korrigan !

 

MAMADOU

AEV 1516-16 pêcheur africain

C’est un pêcheur africain. Il s’appelle Mamadou. Il mène une vie tranquille. Il aime sa femme, sa femme l’aime. Il a des amis, ses amis l’aiment bien. Le matin il se lève, il met sa barque à l’eau, il va pêcher une heure ou deux. Dès qu’il a pris assez de poisson pour assurer le repas de midi et celui du soir, il ramène sa barque sur le rivage, va donner les poissons à sa femme puis il l’aide à entretenir leur petit bout de jardin. L’après-midi, ils font la sieste – crapuleuse ou pas – puis ils vont écouter les palabres sur la place du village, ils rentrent manger le poisson avec les légumes du jardin, ils font ou ils refont l’amour et le lendemain c’est un autre jour tout pareil au précédent.

Un jour il y a un étranger qui arrive au village. Un Chinois. Il explique ceci à Mamadou.

- Mamadou, tu es doué pour la pêche. Tu ne reviens jamais bredouille, m’a-t-on dit. Tu connais tous les coins où le poisson pullule. Si nous nous associons, je peux te payer un bateau plus gros que le tien, avec un moteur et des filets plus grands. Tu pêcheras plus longtemps. Le poisson on le vendra aux gens du village. Avec ce que nous aurons gagné en un an, nous achèterons un deuxième bateau, nous embaucherons de la main d’œuvre à bas prix. Nous vendrons le poisson aux gens de la ville parce que nous aurons acheté une camionnette. Un an après nous achèterons un troisième bateau, un camion frigorifique et nous livrerons à la capitale. [Et ainsi de suite jusqu’à devenir une multinationale qui livrera dans le monde entier].

- Mais, demande Mamadou, qu’est-ce que je gagne dans cette histoire ?

- Eh bien tu seras riche et dans vingt ans tu pourras profiter de ta retraite avec ta femme, tes amis et l’argent que tu auras gagné. Tu feras la sieste quand tu voudras, tu ne seras plus obligé d’aller travailler pour gagner ta vie, tu feras la fête avec tes copains...

Mamadou a regardé le Chinois, l’air dépité et il lui a dit :

-Si je comprends bien tu as fait tous ces kilomètres pour venir me vendre la promesse de vivre dans vingt ans comme je vis déjà aujourd’hui ? Désolé, je ne marche pas.

Mamadou est retourné s’allonger dans son hamac. Le Chinois est reparti. Il paraît qu’il a trouvé d’autres gens, ailleurs, qui avaient moins d’aptitude que Mamadou au bonheur immédiat. Les gens qu’il a trouvés et à qui il a vendu son système, c’est peut-être nous ?

 
LE CHAUFFEUR DE CAR ET LE POPE

AEV 1516-16 kemerovo-city-architectureC’est Mikhail. Il est chauffeur de car à Kémérovo, de nos jours dans la Russie de Poutine. C’est un conducteur un peu brute dans sa conduite comme en tout mais il est apprécié de sa hiérarchie. Ce jour-là on l’appelle au téléphone. La compagnie, par Dieu sait quelle astuce ou pire encore, a acquis un nouveau car Mercedes tout neuf. Mais il faut d’abord que Mikhail aille faire un stage d’une journée pour maîtriser le nouveau véhicule. C’est aujourd’hui qu’il y va, à Novosibirsk, avec sa vieille Volga qui date de l’URSS.

Là bas, il y a Vladimir. Lui c’est un pope de l’église orthodoxe. Il n’y a plus grand monde à fréquenter son église, mais il faut bien entretenir les traditions et avoir la foi en un avenir meilleur, là-haut au paradis, et entretenir les ouailles dans cette idée. Lui il fait le chemin en sens inverse, de Novosibirsk à Kérémovo car il va au pot de départ en retraite du frère Pavel. Pour une fois, ils vont faire un peu bombance, bien manger, bien boire mais raisonnablement, hein.

Sur la route au moment où les deux vont se croiser, il y a un troisième personnage qui intervient. C’est Bambi, le chevreuil. Il a décidé de traverser la route juste au moment où les deux se croisent. Ouf, il est passé de justesse… parce que chaque véhicule a fait un écart sur la gauche et… ils se sont rentrés dedans.

Mikhail et Vladimir meurent sur le coup. Ils montent direct au Paradis. Là il y a Saint-Pietr. Il les fait entrer dans la salle d’attente. Enfin, non, il fait entrer le pope dans la salle d’attente et dit à Mikhail :

- Viens tu es attendu. Il veut faire ta connaissance

Une heure après, Saint Pietr vient rechercher Wladimir. Celui-ci est énervé et demande :
Enfin, je ne comprends pas ? C’est moi le pope, le serviteur du seigneur et Mikhail c’est un mécréant. Il boit, il jure et il a même sa carte au Parti communiste !

- Oui, c’est vrai, Vladimir. Mais toi… Il n’y a plus grand monde à venir dans ton église. Tandis que lui, chaque fois qu’il prend un virage ou conduit avec un verre dans le nez, tous les passagers du car se signent et invoquent le Seigneur ou la Vierge Marie. Ca mérite bien de passer en priorité, non ?

 

MARCEL ET LÉON

AEV 1516-16 magritte

Les conteurs sont-ils des passeurs de mots, des menteurs ou des guérisseurs de maux ?

Ca se passe dans une maison de retraite. Il y a deux vieux qui partagent la même chambre. Il y en a un qui peut encore marcher, il s’appelle Marcel et son lit est près de la fenêtre.

L’autre s’appelle Léon et il ne peut plus bouger. Il passe son temps près de la porte, on vient lui faire des soins, le nourrir, il ne peut regarder que le plafond. Toute la journée Marcel raconte à Léon ce qu’on voit par la fenêtre. La ronde des saisons, le temps jamais pareil qu’il fait chaque jour. Les travaux dans les champs, les travaux dans la rue, les gens qui passent, l’école d’en face [faire une description de tout cela à des jours différents]. Malgré ses misères, Léon le paralytique est heureux parce que tout ce que Marcel décrit, il le visualise au plafond et ça agrément ses journées.

Et puis un jour, Marcel ne dit rien. Plus rien.

Quand l’infirmière arrive Léon demande pourquoi Marcel se tait. Elle lui explique de Marcel est mort dans la nuit.

Bien sûr Léon est triste, il pleure, il passe la journée la plus sinistre de son existence. Le lendemain, il demande s’il peut déménager à la place de Marcel, plus près de la fenêtre. On lui accorde cela et on déplace le lit. Léon ne voit que le plafond mais le lendemain, titillé par le manque, il essaie de tourner la tête, de lever le cou. Il fait des efforts exceptionnels et il arrive même à s’asseoir sur le bord du lit, avec les pieds par terre. Et puis carrément, ça fait des années qu’il n’a pas fait ça, il se lève, il marche et il va à la fenêtre.

A ce moment l’infirmière entre et elle crie « Mon Dieu Léon, mais c’est un miracle, vous marchez ! »

Mais Léon l’entend à peine. Il est en larmes et n’arrête pas de marmonner :

- Mais c’est pas possible ? Pourquoi ont-ils fait ça ? Pourquoi ont-ils fait ça ?
- Quoi donc, Léon ?
- Pourquoi ont-ils construit ce grand mur devant l’école, les champs, la rue, les travaux ?
- Mais Léon, ce mur a toujours été là ? Avant même l’a construction de l’hôpital
- Mais Marcel me racontait tout ce qu’il voyait par la fenêtre, la voisine d’en face qui se déshabillait le soir, les bagarres des mômes à la récréation…
- Mais, Léon ? Marcel ne vous l’a jamais dit ?
- Quoi ? Qu’est-ce qu’il aurait dû me dire ?
- Qu’il était aveugle ?

Les conteurs sont-ils des passeurs de mots, des menteurs ou des guérisseurs de maux ?

A vous de voir !

15 janvier 2019

Gil et John / Anne-Françoise

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- Ah, dis-donc, mon vieux, je sors de chez le médecin et voilà qu’il m’a dit que j’avais du cholestérol !

- Non !

- Si ! Et alors, adieu fromage, charcuterie, gâteaux, viande… T’imagines ! Qu’est-ce que je vais manger ?


- Fais comme moi ! Pas la moindre miette de cholestérol depuis que je suis devenu reptivore !


- Reptivore ?


- Je mange des serpents.


- Ça alors ! A tous les repas ?


- Oui !


- Et tu avales combien de couleuvres par jour ?


- Chez nous, les reptivores, on calcule en mètres. Pour être en bonne santé, on dit qu’il faut manger au moins 5 mètres de reptiles par jour.


- Et des fruits et légumes, t’en manges ?


- Oui.


- Ben ils disent partout 5 fruits et légumes par jour.


- Mais moi, je donne un nom de fruit ou de légume à chaque reptile que je mange : le matin, orange ou banane ; à midi, brocoli ou haricot et le soir, fraise, pomme ou courgette. Pour être plus clair, je crois que je suis un imposteur et ça ne me dérange pas.


- Au fond de toi, es-tu marginal ?


- Non ! On est nombreux, adeptes du régime reptivore et je me moque pas mal de ceux que ça offusque. Je ne suis pas fait pour les relations calmes.


AEV 1819-15 serpent et souris
- C’est bon pour la santé, le régime reptivore ?


- Excellent, mon vieux. Pauvre en graisse et en sucre, riche en oméga et vitamine ABCDEFGH, oligo-éléments et tutti frutti. Le seul inconvénient, c’est que ça peut être piquant, euh, il peut y avoir quelques piqûres, des rougeurs.


- Et toi, tu rougis facilement ?


- Ça m’arrive, mais qu’aux bras, quand je manque d’attention et j’en suis tout python. Dans ces cas, je boas un grand verre de jus de crapaud qui nagea là une nuit pour ne pas la vie perdre.


- Eh ben moi, ce n’est pas un régime qui me fait envie !


- Mais si, ose l’avouer, rien de tel qu’un anaconda bien gouleyant dans le gosier !


- Ah, non ! Ça ne doit pas être bon pour le foie.


- Mais si ! J’aime ta mauvaise foi, c’est ce qu’il y a de mieux en toi.


- Dis-moi, où t’approvisionnes-tu ?


- Y’a pas mal de serpents en montagne. Je vais dans les Alpes ou les Pyrénées… Et puis, tu sais, je suis un peu aventurier, il m’arrive de changer de chaîne, parfois.


- D’où tous tes voyages…


AEV 1819-15 serpent et mollets
- Ben oui, ça m’envoie partout dans le monde. C’est chouette, non ? Bon, y’en a d’autres qui n’ont pas la chance de voyager comme ça, ils élèvent leurs reptiles dans leur appart, tu vois.


- Ça vaut pas les reptiles en liberté.


- Ça, c’est vrai. Ça n’est pas aussi goûtu… Mais bon…


- Et le bien-être animal, t’en fais quoi, du bien-être animal ?


- Oh, tu cherches tous les prétextes pour ne pas t’y mettre, c’est fou ! Accuser, c’est mentir un peu ! Au fond, tu es tenté !


- Non, pas du tout ! Mais je vois, tu as une langue bien acérée.


- Oui, depuis que je suis reptivore, j’ai la langue bien pendue. Ça m’a donné confiance en moi. Je sais mieux me défendre, me faufiler, mordre quand il le faut. Ça me donne des ailes ! Je me sens invincible, invisible, tu vois, comme le monstre du Loch Ness, je suis constrictor, le super héros du siècle !


- Et avec un peu de chance, tu l’auras, ton étoile, sur Hollywood…


- Mais bien sûr !

26 février 2019

La Lessiveuse et le dromadaire / Anne-Françoise

Une lessiveuse
Etait amoureuse
D’un dromadaire.

Elle n’était pas heureuse,
Restait cafardeuse :
Il l’ignorait, fier.

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Elle se réfugiait dans l’imaginaire
Et, dans sa vapeur rêveuse,
Il posait ses pattes sur ses poignées en fer.

Elle débordait de joie, baveuse,
Je t’aime, bullait-elle, beau dromadaire !

Lui voulait rouler sa bosse, être militaire
Et restait le plus souvent solitaire
Ignorant l’amoureuse.

Il rêvait de découvrir la terre,
De changer d’atmosphère,
De visiter la Creuse.

Il n’eut jamais conscience qu’une malheureuse
Se consumait d’amour, sens à l’air.

La lessiveuse n’était pas voyageuse,
Elle s’enferma dans un monastère
Et, dans un blanc immaculé, finit religieuse.

AEV 1819-19 monastère

12 mars 2019

Encyclopédie farfelue des personnages et objets des contes de notre enfance / Anne-Françoise

AEV 1819-21 princessePrincesse : héroïne de contes, avec un vocabulaire limité, pas toujours bien traitée (par sa belle-mère, en général).

Prince : accessoire de princesse, chose muette, maigrelette, désœuvrée et sans beaucoup de jugeote, invariablement juché sur un cheval blanc.

Bottes de 7 lieues : chaussures démodées depuis l’avènement du carrosse, du vélo, de la voiture, de la moto, du métro, du bateau, du train, de l’avion, du TGV et de la fusée.

Chaperon : accessoire vestimentaire tenant à la fois du chapeau, de la capuche et de la cape. Ancêtre probable du ciré et du K-way.

Bobinette et Chevillette : instruments obsolètes depuis l’invention du digicode, la disparition du verbe choir et de l’usage de la conjugaison dudit verbe au futur.

Maison en briques : construction autrefois réputée pour une prétendue solidité et résistance au vent (d’où son utilisation dans le Nord de la France)

Maison en paille et en bois : autrefois décriées pour le manque de noblesse de leurs matériaux et souvent construites par des ouvriers peu courageux, elles reviennent en force aujourd’hui pour leurs qualités écologiques.

Galette : ronde, blonde, elle roule sa bosse (qu’elle n’a pas !). Faite avec du blé ramassé dans le grenier. On l’a mise à refroidir mais elle aime mieux courir, jusqu’au panier d’une gamine assassine puisqu’elle l’offre, quelle horreur, avec un petit pot de beurre ( !) à une vieille qu’a pas d’bol et déjà trop de cholestérol.

AEV 1819-21 CarabosseCarabosse : fée qui sort d’on ne sait trop où… Elle porte toutefois un joli nom entre le carrosse, la cabosse de chocolat, la bosse de la sorcière et le marquis de Carabas.

Quenouille, Rouet : jolis mots, un peu désuets, obsolètes. Outils utilisés, avec les aiguilles, par des princesses maladroites ou des reines qui trompent un ennui mortel. Invariablement, toutes s’y piquent. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, les femmes les ont délaissés et que les grands couturiers sont des hommes. Objets aussi utilisés en pharmacologie par les reines et princesses  pour faire une prise de sang ou comme somnifère puissant. J’ai testé : je me suis piquée avec une aiguille, ça ne m’a pas fait dormir. Ne pas tirer de conclusion hâtive ça prouve d’abord que je ne suis pas une princesse.

AEV 1819-21 marchand de sableMarchand de sable, allumeur/extincteur de réverbères : métiers disparus, à réhabiliter d’urgence par la ministre de la santé. Les français ne dorment pas assez, moins de 7 heures par nuit en moyenne (c’est ce que les infos de ma radio m’ont dit aujourd’hui), la faute aux écrans, au stress, aux temps de trajets. Moi, je veux bien postuler pour marchande de sable. Je me vois sur un beau nuage au moment où la nuit tombe. Sur mon CV, j’écrirai « marchande de sable » ou « hôtesse de l’air ».

28 novembre 2017

Chaussez vos bottes de carottes ! / Anne-Françoise

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Il était vieux et commençait à souffrir de mille maux. Il s’en fut voir son médecin, une vieille chouette qu’il connaissait depuis longtemps sans qu’elle l’ait pourtant reçu tant de fois que ça en consultation. 

- Il va vous falloir à vous aussi, lui dit-elle, suivre les recommandations alimentaires prônées aujourd’hui, à savoir 5 fruits et légumes par jour. Et je peux vous garantir que ce régime sera excellent pour plusieurs de vos affections, cher loup. ».

La mine du carnassier qui lui faisait face gauchement se décomposa. Elle poursuivit :

- Les carottes, en particulier, ont plusieurs vertus. La carotte, en effet, renferme de la vitamine A qui est excellente pour la vision. Vous m’avez dit que vous ne faisiez plus la différence entre les jeunes agneaux tendres et les vieux boucs coriaces. La carotte devrait vous aider à y voir plus clair. »

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L’explication ne parut pas suffisante pour faire apparaître un sourire, tranchant, sur la tête du loup. Elle poursuivit encore :

- Cela dit, quand je parlais de boucs et d’agneaux, je vous interdis formellement de les consommer. Vous pouvez, par exemple, les compter sautant une barrière avant de vous endormir ou faire avec eux un peu d’exercice physique (ce que je vous recommande, en jouant à saute-mouton, pourquoi pas), mais, encore une fois, ne vous avisez pas de les manger ! Tenez-vous en au régime carottes, régime qui épurera votre système digestif et vous permettra d’éliminer les toxines d’une alimentation jusque là trop riche en protéines. Sans compter, cher ami, que vous avez déjà perdu beaucoup de dents. »

Le loup ouvrit la bouche.

- Ouh la la ! Il y a bien des manières de consommer les carottes : crues, râpées, cuites, en purée ou même en soupe ! »

Le loup se retrouvait dans un cauchemar qui ne semblait pas vouloir se terminer. Il était dégoûté à l’idée de manger une espèce de boisson orangeâtre, douceâtre, liquide et de dire adieu à des biftecks saignants et des côtes craquantes sous les dents avec du bon sang qui lui coulait dans le gosier.

Et la chouette continuait :

AEV 1718 28 nov carottes118042300- Vos rhumatismes ne vous permettent plus de courir comme autrefois après votre gibier. Mettez-vous au régime carottes, ce sera plus aisé. Et, dois-je vous le dire, vous y êtes déjà un peu, cher ami. Je vois votre moue dubitative mais écoutez plutôt ce raisonnement, éclaireur et éclairant : si les carottes sont bonnes pour les lapins et si les lapins sont bons pour les loups alors les carottes sont bonnes pour les loups, et en plus, on se passe ainsi d’intermédiaire ! Dois-je enfin vous le dire, la plupart des habitants de cette forêt vous est hostile, arguant que vous avez dévoré leurs frères, sœurs, cousins, parents, grands-parents, aïeux. En vous mettant au régime carottes, vous cesserez de dominer ainsi cette forêt et apprendrez à agir plus en collaboration et en solidarité. Vous verrez, ce sera beau, comme les mille fils d’une soierie qui composent un magnifique tableau ! Vous vous ferez des amis et, cher loup, les relations sociales sont excellentes pour gagner en longévité : vous vivrez ainsi longtemps et bien entouré. Cher ami, les carottes vapeur sont pour vous la clef du bonheur ! ».

16 octobre 2018

Couleur café / Maryvonne

Moi c'est Mimose, mon prénom est créole. Ce matin je suis contente. Je sautille gaiement sur le chemin de l'école. Je souris même à la femme à la fenêtre qui me regarde chaque jour avec ses yeux d'acras frits sans doute parce que ma peau est marron. J'ai une grande nouvelle à annoncer à mon amie Héléna. C'était un peu la révolte chez moi hier soir quand j'ai annoncé fermement à ma mère que je ne retournerais pas chez la coiffeuse antillaise pour la longue séance de tressage de mes cheveux. Si encore c'était la tresse unique comme certaines de mes amies ou même les deux tresses comme celles qui encadrent le doux visage d'Héléna. Mais non ! Ce sont de nombreuses petites tresses très serrées qui tirent sur le cuir chevelu et qui nécessitent de longues heures de pose sans bouger ni se dandiner quand j'ai a envie de faire pipi.


Voilà, j'ai été ferme, je ne veux plus être entre deux mondes. Je veux entrer de plain-pied dans celui de mon amie et pourquoi pas commencer par aller chez la même coiffeuse. Je sais bien que je ne serai jamais à son image. Les cheveux crépus c'est vraiment une ombre au tableau.


En sortant de l'école, Héléna va venir avec moi prendre rendez-vous. Ce sera peut-être mercredi et je sais déjà que je vais demander une coupe très courte.

La coiffeuse un peu maladroite dit à Héléna : «Elle est jolie ton amie pour une noire». J'ai bien entendu. D'abord je ne suis pas noire je suis marron. Je sais aussi que j'ai de grosses lèvres mais je sens qu'avec ma nouvelle coupe ça ira déjà mieux, j'aurai un nouveau look,comme disent les grandes.

AEV 1819-06 Tif Annie


Le mercredi quand je sors de chez «TIF' ANNIE» je me trouve légère et toute moderne et je sais que ce soir je n'aurai pas mal à ma tête sur l'oreiller. Voilà je suis la nouvelle Mimose.


Demain à l'école je vais épater les copains surtout Isidore et les autres qui m'aiment bien mais qui me chahutent tout le temps en me donnant des noms comme Bamboula ou La Noiraude. Je ne suis pas noire, je suis marron. Héléna proteste : «Dis plutôt Couleur café c'est plus sympa !».

Quand je rentre à la maison avec ma nouvelle coiffure ils sont tous très occupés dans une grande discussion. Ils parlent d'un monsieur qui a dit que pour être français il fallait avoir un prénom français. N'importe quoi ! Moi je sais que je viens d'un département français alors où est le problème? Tout le monde proteste sans oublier mon père qui en profite pour rappeler nos traditions. Bla, bla bla ! Du temps des maîtres et esclaves on baptisait les Antillais du nom du saint du jour de naissance, si bien que les filles pouvaient se retrouver avec un prénom de garçon et vice versa. Plus tard les Antillais mixaient les prénoms des deux parents, cela donnait des choses étranges comme Edouarlise ou Felixine. Je les laisse discuter entre adultes ; pour l'instant rien d'autre sur terre ne compte plus que ma nouvelle coupe de cheveux. Je file dans ma chambre. Je me sens tellement libre.

Le jeudi matin à l'école, les premiers à me voir sont les frères Lehman. Je ne les aime pas, ceux-là. Ils vont se moquer de moi et ça ne manque pas : « Alors c'est carnaval noir aujourd'hui?». Ah ! Les sales gosses ! D'abord je ne suis pas noire, je suis marron ! Euh ! Couleur café et ce qui compte c'est l'avis d'Héléna.

Elle me saute au cou et plonge ses mains dans ma tignasse afro. Quel plaisir ! Je vois dans ses yeux qu'elle me trouve jolie. Nous sautons de joie dans les bras l'une de l'autre. Encore et encore et badaboum, nous nous retrouvons au sol, les genoux écorchés. Même pas mal ! Nous nous regardons en riant: «Tiens, regarde, nos sangs ont la même couleur !». La maîtresse veut nous mettre un petit sparadrap. Celui d'Héléna est de la couleur de sa peau. Le mien se voit trop, comme le nez au milieu de la figure. La maîtresse est désolée, il n’y a pas de pansement noir à l'école. Ah ! Marron, j'ai dit marron. Alors Héléna sort son crayon feutre marron et colorie mon petit sparadrap. Je me dis que tant qu'il y aura des Héléna il y aura un monde à portée de main.

Un monde d'écoute et de partage.

23 mars 2016

Consigne d'écriture 1516-23 du 22 mars 2016 : Revisitons Tintin

Revisitons Tintin

 

Chaque écrivant(e) hérite d’un album des « Aventures de Tintin » d’Hergé. Il lui est demandé de choisir une image à partir de laquelle il écrira son histoire.

Il doit en outre écrire huit couples de lettres de l’alphabet, par exemple :
ME ; ST ; AZ ; TT ; LE ;BK ; RS ; HL
Il doit trouver ensuite un mot qui commence par la première lettre et qui se termine par la dernière, par exemple :
Mémoire, secret, assez, tarot, livre, bachi-bouzouk, rendez-vous, hôpital

Les huits mots ainsi trouvés doivent être intégés dans le texte illustrant l’image de l’album de Tintin

AEV 1516-23 Tintin

4 février 2020

La belle Angèle / Maryvonne

AEV 1920-18 Gauguin - La Belle Angèle

Au fond de sa chaumiHAIRe, la belle Angèle rêve en solitHAIRe. Un jour elle aimerait aller chez le «coupe-TIFs». Avant-hiHAIR et même hiHAIR encore les Bretonnes gardaient leurs cheveux longs pour pouvoir arrimer leurs coiffes. Leurs grands-mHAIRes, qu'elles appelaient du diminuTIF «mémHAIRe», leur avaient donné la tradition, ça devenait assez rébarbaTIF. Il faut dire que naguHAIRe il y avait peu de coiffeurs dans les villages. Aujourd'hui si vous êtes bien attenTIFs il fleurit des enseignes aux noms invenTIFs du genre : Diminu'TIF, Créa'TIF, Adult'HAIR, ABC d'HAIR.

J'en passe et des plus attracTIFs.

Angèle était de Pont-Aven. La coiffe avait une hauteur raisonnable mais chez les étrangHAIRes du côté du PoHAIR c'était les bigoudènes avec cette coiffe monte-en-l'HAIR. SapHAIRlipopette ça demandait un certain savoir-fHAIRe. Il fallait premiHAIRement tirer les cheveux en arriHAIRe pour fHAIRe un petit chignon que la prestatHAIRe logeait sous la coiffe. Ça tirait tellement les paupiHAIRes que la légende dit que c'est l'origine des yeux bridés chez ces FinistHAIRiennes. Moi je dis ça à titre indicaTIF, c'est peut-être tout à fait ficTIF. Une autre hypothèse existe. Cela viendrait du fait que les partenHAIRes de ces filles débonnHAIRes étaient parfois issus de quelques invasions étrangHAIRes.

Mais revenons à la belle Angèle. Quand elle sut qu'elle allait être la cavaliHAIRe du beau PiHAIRre pour danser l'avant-deux de travHAIRs, elle voulut pour la premiHAIRe fois aller se fHAIRe couper sa criniHAIRe.

- Mais ma chHAIRe, lui dit sa mHAIRe, où planteras-tu les épingles pour tenir ta coiffe ? Dans ta cHAIR ? Ça risque de te fHAIRe mal à la cafetiHAIRe je te préviens ! »..

Angèle ne céda pas. C'est vrai que sa coiffe prit un petit HAIR de travHAIRs après avoir sauté en l'HAIR.

Tout est relaTIF elle était quand même contente d'avoir l'HAIR plus moderne.

Elle pensait un peu amHAIRe aux pauvres bigoudènes qui devaient se plier en deux pour passer la portiHAIRe des voitures, c'est assez rébarbaTIF quand même.

Il fallait vraiment être naTIF du coin pour aimer être atTIFé de la sorte.

La tradition ça a du bon et son contrHAIRe.

AEV 1920-18 Alain Erhel pr texte Maryvonne

12 novembre 2019

Aplusbégalix ! / Jean-Paul

aplusbegalix

Aplusbégalix ! Ou, si vous préférez, a + b = x !

Je vous donne deux éléments, a et b. Vous ne pouvez pas véritablement en faire la somme puisqu’on ne peut pas ajouter des carottes et des choux-fleurs mais ils peuvent vous faire penser à un troisième élément nommé x.

X est donc l’inconnue de cette équation quelquefois capillotractée !

L’équation est parfois aussi de type 2a + 2b = x ou 4 a + b = x.

A vous de jouer :

 

1. Une maison en haut d’un arbre + un chanteur très ancien =

2. Une maison en haut d’un arbre + un slip en peau + un animal de compagnie =

3. Un fruit en haut d’un arbre + un animal en bas + deux innocents qui vont tout gâcher =

4. Un fromage en haut d’un arbre + deux animaux dont un en bas =

5. Un militaire à gros ventre + la dernière lettre de l’alphabet =

6. Une difficulté à s’endormir le soir + un faiseur de phrases qui ignore la brièveté =

7. Un appendice nasal important + un balcon =

8. Une moustache + un melon + une canne =

9. Deux moustaches + deux melons + deux cannes =

10. Quatre moustaches + quatre chapeaux hauts de forme + quatre collants =

11. Une bergère hyperacousique + un Lubrizol avant l’heure =

12. Une paire de jumelles + deux avions fous =

13. Un primate + un gratte-ciel + des avions =

14. Trois architectes au talent inégal + un prédateur au poil noir =

15. Un héros mythologique + un légume mal orthographié = (cette équation est anglo-belge)

16. Une pomme + une arbalète =

17. Quatre costumes rayés + un quadrupède =

18. Un bonnet de bain + des cris hystériques sur le bord d’une piscine =

19. Un porteur un peu enveloppé + une pierre bretonne =

20. Une robe rose + des fleurs dans les cheveux = (cette équation est spécifiquement rennaise)


Solutions en images ci-dessous :

DDS 585 Aplusbégalix solution
1. Assurancetourix 2. Tarzan 3. Adam et Eve 4. Le Corbeau et le renard 5. Le sergent Garcia 6. Marcel Proust (désolé, cher oncle !) 7. Cyrano de Bergerac 8. Charlot 9. Les Dupondt 10. Les Frères Jacques 11. Jeanne d'Arc au bûcher 12. King Kong 13. Le 11 septembre 2001 14. Les trois petits cochons et le grand méchant loup 15.Hercule Poirot 16. Guillaume Tell 17. Rantanplan et les Dalton 18. Laure Manaudou 19. Obélix 20. Isaure Chassériau.

Texte utilisé pour le Défi du samedi n° 585 d'après cette consigne : x, c'est l'inconnu

4 novembre 2019

Allons, traverse ! / Jean-Paul

Allons, traverse !
Le feu est rouge !
La forêt flambe !

Oui, c’est l’automne qui allume
Les vieilles feuilles du grand chêne ;
N’attends pas que tout passe au vert :
Entre les deux il y a l’hiver.

191026 265 003 B


Allons traverse
Deux chemins de fer
N’arrêtent pas tes pas d’humain.

Oui c’est l’atelier qui t’attend,
C’est là où sont mes camarades ;
On mettra les mots en salade,
On rira et c’est important.

Allons, traverse
Prends les chemins
Où nul ne va !

Un aller simple pour ailleurs,
Un pas de côté d’alouette,
La sieste à l’ombre des coquettes
Cerises sans merle moqueur.

191026 265 005


Allons, traverse
La muraille
Du quotidien fantomatique !

Derrière, dans un tonneau de vin
Résonne le violon du diable.
Allons, va faire un tour pendable
Jusqu’aux limites du divin !


Allons traverse
Ou sinon prie
Pour ton salut !

Il te faut voler les étoiles
Pour être fiancé de printemps.
Choisis : deviens un émigrant
Ou le dernier des éléphants.

N.B. Les photos ont été prises à Redon (Ille-et-Vilaine) le 26 octobre 2019

18 novembre 2019

O Cyrano nox / Jean-Paul

Monsieur Cyrano de Bergerac
A bord du paquebot RMS Titanic
ou plutôt sur les quelques planches qui en restent,
quelque part dans l’océan Atlantique.

Monsieur Lechat-Botté
Chez le Marquis de Carabas
Quelque part entre Mamers et Louailles dans la Sarthe

Sur un radeau de fortune le 15 avril 1912

AEV 1920-09 Cyrano et Chat botté

Cher Monsieur Lechat-Botté

Je vous passerais bien un sacré savon si je pouvais ! Je sais bien que vous et vos pareils n’aimez pas trop la flotte mais figurez-vous que moi non plus. Et pour l’heure pourtant sur mon îlot flottant j’ai la vague impression que j’en suis très entouré.

Hier soir, dans les salons de première classe, j’avais demandé au maître d’hôtel un whisky avec un cube de glace. Je ne m’attendais pas à ce que le glaçon fût si gros. Est-elle véritablement bien réglée la baguette de la fée Clochette que vous m’avez confiée lors de notre rencontre à Paris ?

C’était bien gentil à vous de la lui avoir chat-pardée et plus encore de me l’avoir offerte. "Avec cela, m’avez-vous dit, vous allez pouvoir réaliser vos désirs les plus fous. Vous pourrez même voyager à travers le temps !" Mais de fait, quand j’ai demandé à l’instrument de m'emporter jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique et de m’arrêter à la date du 21 juillet 1969, ça n’a pas marché sur la Lune, pas marché du tout. Je n’ai pas pu vérifier si un homme du futur marcherait un jour sur le sol de notre satellite et confirmerait la véracité de mes propres récits. Va te faire lanlère pour la Lune, Savinien ! Voyez comme c’est con : la baguette m’a déposé à Southampton, Angleterre, le 10 avril 1912.

Tant qu’à faire d’être là, plutôt que d’aller vous retrouver, vous et vos confrères, autour du Cabaret du Chat noir, je me suis offert ce dont je rêvais depuis longtemps aussi : une croisière ! La baguette de Clochette est un véritable agent de change : vous lui confiez un écu, elle le transforme en une valise pleine de livres sterling. Je menais donc la belle vie sur ce paquebot luxueux, me gavant de mille-feuilles à chaque fin de repas, pratiquant l’escrime avec de fiers bretteurs dans la salle de sports du pont n° 3, assistant à des conférences passionnantes comme celle d’avant-hier sur le pluriel des noms composés ou celle d’hier sur les soutiens-gorge de la Joconde.

Il y a celui qui soutient les faibles, maintient les forts ou ramène les égarés. Celui de Mona Lisa fait tout cela à la fois et c’est à dessein, sachant que vous êtes en période de chaleur et que vous maroulez toutes les nuits dans vos bottes, que je n’en dis pas plus sur cette échappée du musée du Louvre. M. Apollinaire qui contemple la Seine depuis le pont Mirabeau entre deux alcools a été disculpé du cambriolage mais la piste des Etats-Unis tient toujours. J’espère juste que le tableau n’était pas à bord du Titanic et qu’on le retrouvera ailleurs plutôt qu’au fond de l’océan où il aurait coulé sinon la nuit dernière.

Si la bouteille vide dans laquelle je glisse ce message en forme de SOS n’arrive pas très vite sur une plage, je crains fort de toucher le fond moi aussi dans les jours qui viennent. La baguette magique de la fée Clochette ne m’est plus d’aucun secours. Elle ne fonctionne plus. L’étoile qui en ornait l’extrémité a disparu et je ne vous remercie donc pas de ce cadeau empoisonné. Pour une fois, je l’avoue, j’ai manqué de nez.

J’espère simplement que je serai vengé un jour. J’ai fait télégraphier à ma cousine Roxane pour qu’elle vous mette la police aux fesses. Si l’’inspecteur Peter Pan vous met le grappin dessus et que vous aussi, tel le greffier de la Mère Michel, vous terminez votre vie en civet, je n’en serai pas plus marri que cela.

Mes amitiés au marquis et à la marquise de Carabas. 


25 novembre 2019

Encore eux ?! / Jean-Paul

04 Rimbaud en 1862 à l'insrtitut Rossat

La vivacité d’esprit, c’est ce qui fait le bon élève. Il sait, de manière inconsciente, le jeu de la tour de Babel et pour peu qu’il naisse à l’époque où l’on enseigne le latin, le grec et les langues étrangères, il fait passer d’un bord à l’autre des vocables du dictionnaire, il traduit tout. Il y aura donc version et thème, rédaction, assouplissement, remise de prix d’excellence et puis, puberté obligeant, rébellion envers le parcours tout tracé par la société.

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans et moins encore quand on n’a même pas cet âge. On accorde confiance aux proverbes : on croit que la fortune sourit aux audacieux. Arthur brûle le dur et se retrouve en taule plutôt qu’au mont Parnasse. Vous imaginez ce monde-là, kafkaïen avant l’heure, où chaque dévoiement, fût-il si innocent, mérite la prison ? Où tout soulèvement, comme celui de la Commune de Paris, appelle du pouvoir le massacre ou l’exil dans des bagnes lointains ?

Tout pour lui finira, de façon plus badine, dans les mains des sœurs Guinche. Elles chercheront des poux dans la tignasse du beatnik, lui fourniront tout le papier qu’il va noircir avec ses textes incendiaires. A Douai a atterri un élève doué dont il nous reste les cahiers qui ont failli être brûlés.

Mais la fugue est restée en travers du gosier de la mère. Vitalie le réclame, son fiston. Et quand le professeur-rimailleur-sauveteur ramène à Charleville l’adolescent fugueur il pleut. Il pleut des baffes sur Arthur et des noms d’oiseaux sur Georges Izambard. Dans la religion, c’est comme dans la chasse, on fait boire le calice jusqu’hallali. Izambard s’enfuit, piteux, déconvenu et en convient : la bigote n’aime pas Hugo(te) !

Verlaine et rimbaud à londres par regamey_220x256Après… Après on y verra, dans cette histoire, toutes sortes d’abominations. Je ne reconnais là qu’une forme d’adultère et encore, sans avoir aucune preuve de la consommation. On a tant bu, tant bu chez les Vilains bonshommes qu’on se retrouve soûl à monter à quatre pattes l’escalier de la chambre chez Verlaine, enfin chez de Fleurville, où la très jeune épouse, Mathilde, enceinte, dort.

Bientôt, de chambre en chambre, l’insupportable ado, le punk à chien sans chien sème les graines du scandale. Un jour deux hommes partent vers d’autres aventures, l’un laissant derrière lui femme et enfant à naître. C’est à Bruxelles puis à Londres qu’ils vont taquiner la bouteille, la Gueuze, la gueuse, le coup dans l’ale, d’autres drogues, haschisch, opium, prostituées, bibliothèque, jusqu’à ce qu’un jour de juillet 1873 un coup de revolver tranche le nœud gordien de cette cohabitation insensée, mette fin à la domination de celui qui préfère l’impair par celui qui préfère traiter de rinçures ce qui restera à jamais comme le plus bel héritage de la poésie française du XIXe siècle. Rimbaud entreprit ensuite, sans revenir jamais ni sur ces illuminations ni sur cette saison en enfer de devenir un simple, un misérable, un abracadabrantesque vagabond.

N.B. La première photo représente la classe d'Arthur Rimbaud à l'Institution Rossat en 1862. Il est le troisième élève assis au premier rang en partant de la gauche.

Le dessin qui représente Verlaine et Rimbaud à Londres vers 1873 est de Félix Régamey.

10 décembre 2019

La feuille et le stylo : saynète / jean-Paul

Le stylo – A votre avis ? Qu’est-ce qu’il y a après la vie ?

La feuille – C’est ton problème, mon vieux ! Cette question-là, c’est la bouteille à l’encre. Quand tu n’en auras plus on te balancera sans doute et on te remplacera par un autre ! Mais n’y pense-pas tant que tu peux te la couler douce ! Vivre, c’est donner tout ce qu’on a comme jus !

Le stylo - Justement, j’ai l’impression que mes lettres pâlissent ! 

La feuille - En tout cas, je suis ravi de t’avoir connu. T’es mignon à croquer, t'as un joli capuchon rouge ! Mais je me demande si tu me feras de bons souvenirs !

Le stylo - Ce n’est pas de mon fait. Tout dépend de celui qui me noircit. De celui qui écrit. Si on est dans un atelier d’écriture votre durée de vie avant de tomber dans l’oubli ne dépassera guère une semaine !

La feuille – J’aime bien les gens désabusés comme toi ! Tu tires toujours à la ligne ? Tu jettes encore l’encre, mon petit bateau ?

Le stylo – J’ai la lenteur dans le sang mais ça sent la panne d’inspiration là-haut ! Je crois que le gong va sonner pour l’écrivant. Vous reviendrez la semaine prochaine ?

La feuille – Va y Frankie, c’est bon ! On verra ! Peut-être bien que je vais finir à la poubelle dès ce soir ! Va savoir !

AEV 1920-12 plume

8 février 2017

Consigne d'écriture 1617-18 du 7 février 2017 : Chanson agrémentée de néologismes

Chanson agrémentée de néologismes

 

Choisir une chanson dans le recueil qui vous a été distribué. La recopier en remplaçant les verbes utilisés par ceux de cette liste :

crafouiller, vernifler, courouler, hurlir, cagnasser, berçoire, violoner, vichtailler, crascatuer, pirpurer, trochoire, loloyer, hurspender, sisselir, épurler, écriper, scrafougner, groudir, flagir

AEV 1617-18 boum-chansons-folles-9782020099158_0

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