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L'Atelier d'écriture de Villejean
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10 janvier 2018

Consigne d'écriture 1718-14 du 9 janvier 2018 : "Bon mais alors et" des couples célèbres

"Bon mais alors et" des couples célèbres

 

Vous allez écrire plusieurs petites histoires en quatre phrases.

La première commencera par Bon, la deuxième par Mais,
la troisième par Alors et la quatrième par Et.

On vous demande de raconter l’histoire des couples célèbres suivants :

Adam et Eve – Astérix et Obélix – L’Auguste et le clown blanc – Bonnie and Clyde – Bouvard et Pécuchet – Don Camillo et Peppone – Dagobert et saint-Eloi - David et Goliath – Dupond et Dupont – Eros et Thanatos – Gault et Millau – Saint-Georges et le dragon – Sherlock Holmes et le docteur Watson – Dr Jekyll et Mr Hyde – Lagarde et Michard – laurel et hardy – Lefèvre et Utile – les frères Lumière – Malet et Isaac – Marx et Engels – Moët et Chandon – Orphée et Eurydice – la grande Ourse et la petite Ourse – Don Quichotte et Sancho Pança – Robinson et vendredi – Roméo et Juliette – Samson et Dalila - Sodome et Gomorre - Stanley et Livingstone – Tarzan et Jane – Tintin et Milou – Tristan et Yseut - Ulysse et Pénélope – Verlaine et Rimbaud – Villeroy et Boch – Voltaire et Rousseau

Bouvard et Pécuchet

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9 janvier 2018

Six couples célèbres / Jean-Paul

Adam et Eve

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Bon, ce mec, on l’a posé dans un grand jardin genre le parc du Thabor à Rennes. Il y a plein d’arbres fruitiers, de fontaines pures, de soleil et de ciel bleu par-dessus tous les jours, bref, ça pourrait être le Paradis sur Terre.

Mais seulement, au bout d’un moment il est comme le gardien de phare de la chanson et il n’arrête pas de chanter «C’qui manque ici, c’est une négresse !».

Alors il va trouver le jardinier en chef et il lui expose son problème, ce à quoi le créateur du monde répond : «D’accord, mais ça va te coûter bonbon : une côte.».

Et comme le mec est iatrophobe, plus douillet que David, plus près de ses pièces jaunes que Bernadette C. et qu’il n’a pas envie de passer sur le billard parce que ça rime avec « corbillard », il refuse le marché et retourne faire des sudokus dans son transat, ce qui pose bien des questions à l’arbre généalogique de celui qui vient d’écrire ces lignes.


Verlaine et Rimbaud

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Bon, c’est un gars un peu bizarre, un jeune poète doué qui vient d’épouser une jeune fille comme il faut, jolie, tout juste sortie du pensionnat, il vient de la mettre enceinte donc il pense que tout lui sourit et qu’il va devenir le plus grand poète de sa génération.

Mais un jour Paul Verlaine reçoit une lettre des Ardennes et accepte de recevoir à Paris un jeune provincial qui écrit aussi et qui s’appelle Arthur Rimbaud.

Alors ils se rencontrent et on assiste médusés à un coup de foudre à sens unique, le gars Rimbaud imposant ses quatre volontés délétères au pauvre Lélian – c’est l’anagramme de Paul Verlaine – qui tourne et vire comme un bateau ivre ou comme un bébé vilbrequin et je m’excuse de cette allusion pas très fine à une chanson de France Gall qui vient de mettre tragiquement un terme à sa dépendance aux sucettes à l’anis.

Et comme de bien entendu ça finit très mal parce que Verlaine, un mauvais jour où il s’est soûlé toute la nuit et se retrouve matin blanc comme un cierge de Pâques, raide comme une saillie dans une chambre d’hôtel à Bruxelles avec son mauvais génie, sort son révolver, descend Rimbaud et se fait enfermer pour ce crime dans les prisons de Mons d’où, contrairement à celles de Nantes, on ne peut jamais s’échapper.


Robinson et Vendredi

 

1718-14 robinson

Bon, c’est un type qui s’appelle Robinson Crusoé et il a entrepris de voyager sur un bateau un peu ivre qui s’appelle « Le Titanic » et est piloté par le capitaine Rimbaud, Léonardo de son petit nom.

Mais un jour qu’il secoue un peu trop fort les glaçons de son Martini on the rocks sur le pont de première classe voici que le bateau subit une avarie de première bourre et on assiste alors à un affreux naufrage dont il est le seul rescapé à s’échouer sur ce qu’il croit être une île déserte.

Alors le gars fait le tour de l’île, il se construit une cahute, s’aperçoit qu’il n’est pas plus mal là que devant son poste de télé bloqué sur TF1, enfin la première chaîne vu que l’histoire se passe au temps de l’ORTF.

Et le jour où il entend un type un peu noir qui chante « C’qui manque ici c’est une négresse » il a cette parole mémorable qui va nous obliger à reconsidérer de fond en comble la légende d’Adam et Eve : « Le vendredi ,c’est raviolis ».


Sodome et Gomorre

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Bon, c’est un médecin-explorateur qui s’appelle David Gomorre et qui part à la recherche des sources du Nil, du côté de l’Afrique équatoriale.

Mais le gars a été scout dans sa jeunesse et du coup il n’a pas trop le sens de l’orientation et il se paume dans la brousse.

Alors, comme ni Facebook ni Google Maps n’ont été inventés à l’époque où ça se passe, on envoie pour le retrouver une autre expédition dirigée par le Professeur Henry Sodome (ne cherchez pas, il n’y a pas plus de jeu de mot ici que six lignes au-dessus !).

Et quand le professeur Sodome retrouve le docteur Gomorre il lui pose la question « Doctor Gomorre, i presume ? » et l’autre lui répond : « Vous tombez bien, mon vieux car avec Adam et Robinson on avait besoin d’un quatrième pour enfin pouvoir faire une petite belote ! ».


Saint-Georges et le dragon

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Bon, c’est un dragon qui vient d’envahir un pays prospère où il peut boulotter les brebis des paysans du coin.

Mais comme on est encore à peu près au Moyen-Age les serfs demandent à leur seigneur qui leur doit protection d’intervenir mais malheureusement pour eux celui-ci ne peut rien faire vu qu’il est entouré de chevaliers pleutres et incapables.

Alors la fille du roi lance une pétition sur les réseaux sociaux de l’époque, crée le hashtag #balancetonmachonul sur Twitter et surtout paye en ligne via Paypal sur le site Bobdenard.com la location d’un mercenaire ad hoc pour soûler au whisky le monstre du Loch Ness qui a débarqué chez eux.

Et c’est ainsi que Saint-Georges Rémi invente le chevalier de Hadoque dont cette aventure inédite me permet ce jour de pondre l’épisode 40, en style expéditif, de « 99 dragons : exercices de style ».


Ulysse et Pénélope

1718-14 homere

Bon, c’est un petit gars nommé Ulysse qui veut montrer qu’il en a autant qu’Hemingway et qui s’en va faire la guerre contre les Hollandais ou contre n’importe qui, juste pour montrer qu’il n’est pas un simple collaborateur mais qu’il veut et peut devenir calife à la place du calife.

Mais ça, ce sont des plans qui n’arrivent jamais aussi simplement qu’on le croit et surtout pas dans les bandes dessinées de Goscinny et Tabary.

Alors quand on découvre qu’il a pioché dans le trésor de guerre de quoi acheter des croquettes à son chien Argos et du matériel de chez Ecolaine pour que son épouse Pénélope puisse faire tapisserie en brodant une jolie tapisserie il est dégradé et la flotte grecque embarque sans lui en direction de l’ennemi avec escales dans les îles de Syrisa, Varouflakis et Tsipras où Adam, Robinson, Sodome et Gomorre entament leur 245 681e partie de belote.

Et cette version des fait qui correspond pourtant à la réalité historique le romancier Homère ne nous l’a pas racontée comme ça dans son livre « Odyssée loin, l’Elysée ? » ce qui prouve bien qu’on peut lui décrire un éléphant de cinquante façons, un aveugle ne verra jamais la même chose que nous !

6 décembre 2017

Consigne d'écriture 1718-11 du 5 décembre 2017 : Redoubler d'efforts 2

AEV 1718-11 Redoubler d’efforts


AEV 1718-11 Mimi Cracra71tgWCnCU0LChaque membre de l’atelier est chargé d’établir une liste de mots commençant par (ou contenant) deux syllabes données au départ. Par exemple Do et Ron, Ca et Po, Né et Lo, etc. On écrit ensuite une histoire intégrant le maximum de mots de sa liste en alternant les deux syllabes.

TRES IMPORTANT : on laisse une ligne vierge entre les lignes qu’on écrit.

Lorsque le texte est terminé, il est demandé de réécrire les mots contenant les syllabes de départ en doublant cette ci (exemple : gynécologue devient gynénécologue)

 

Do Ron    Histoire de sommeil
Ca Po        Histoire de constipation
Né Lo        Histoire de poitrine féminine
Pan Zi       Histoire érotique
Cra Mi       Histoire de propreté et de saleté
Ba Bo        Histoire d’évolution des mœurs de mai 68 à mai 2017
Na Tou      Histoire d’une fille et de son chien
Dou Tin     Portrait d’un vilain garnement prénommé Augustin
Jo Cri         Histoire de Georges et de Christine
Nou Bé       Histoire de baby sitting

5 décembre 2017

Education sexuelle / Jean-Paul

C’est marrant : ce soir personne n’a opté pour l’écriture d’une histoire érotique pariZIZIenne !

Je vais donc devoir m’y coller, sans léZIZIner sur la déPANPANse, afin de détendre vos ZIZIgomatiques avec de PANPANtagruéliques gauloiseries, je sens ça ! Ce n’est pourtant pas difficile de parler d’un ZIZIgomar et d’une pin-up plutôt pimPANPANte qui conviennent de passer un bon moment ensemble.

Ca fait un bout de temps en effet qu’AspaZIZIe – les vieux prénoms reviennent à la mode – a un penchant certain pour la fantaiZIZIe et les beaux yeux de PANPANgloss – nommons le ainsi puisqu’ils vont jouer au jeu du docteur à main chaude dans un jardin ouvert aux candides. Ca fait le même bout de temps que PANPANgloss anesthéZIZIe plus ou moins son irrépressible déZIZIr de toucher aux PANPANplemousses d’ AspaZIZIe de PANPANtruche !

Ils se ZIZIeutaient, PANPANsifs, ils faisaient des ZIZIgzags autour de la PANPANdule, buvaient de l’ambroiZIZIe en se tendant des guet-aPANPANs plutôt gentils.

Et puis voilà que le grand moment est arrivé, celui où on oublie la poéZIZI et le PANPANtoum, celui où, dans un coin coZIZI deux êtres PANPANtelants vont s’adonner à des plaiZIZIrs de chenaPANPANs.

AEV 171205_monty

Rappelons-le sans héZIZIter : à ce genre de doux combat plus d’un y alla en se tromPANPANt !

Il y a pluZIZIeurs types d’obstacles dans ce PANPANcrace !

Le ZIZIp des fermetures éclair laisse PANPANtois les maladroits !

Certains vêtements en ZIZIbeline comme le PANPANty ne s’enlèvent pas facilement ! Ces fantaiZIZIes-là sont crisPANPANtes !

Ce qui met la ZIZIzanie aussi et qui est bien flipPANPANt c’est de coincer sa ZIZIgounette dans la braguette du PANPANtalon.

Et les manquements au garde-à-vous font péter un fuZIZIble a plus d’un fantassin dans le PANPANdémonium !

Cet effet de paralyZIZIe, avoir le sexe qui PANPANdouille, incite plus d’un inquiet à recourir aux aphrodiZIZIaques, au Viagra ou au dégripPANPANt.

Allez, admettons qu’AspaZIZIe et PANPANgloss n’ont pas connu ces aléas.

Les voici donc en pleine action au pays d’Alice où ça glisse. L’oiZIZIllon est entré au PANPANthéon. Il ne va pas tarder à baigner dans le bonheur et lors d’un phénomène appelé éjacuzZIZIlation il va éPANPANdre sa bonne et liquide parole, AspaZIZIe l’entrecouPANPANt de râles et de soupirs plus ou moins origasmiques et l’affaire sera pliée. Jusqu’à la prochaine fois.

Laissons-les donc à la muZIZIque érotique dont l’avenir de l’humanité déPANPANd.

Car c’est bien de cette frénéZIZIe-là, d’un peu de liquide qui se réPANPANd au son du "Ah que je t'aime" de Johnny H. que vous êtes issus – ô héréZIZIe !, bande de petits sacriPANPANts !

5 décembre 2017

Une histoire de bébéby-sitting / Jean-Paul

AEV 1718-11 Baby sitting

- Le BEBEby-sitting, NOUNOUs dit AnNOUNOUchka, est un sport de combat. Au début, BEBEtement, on croit qu’on va tomber en extase devant un NOUNOUveau-né tellement mignon qu’on va BEBEgayer d’admiration devant sa perfection. Il sera tout bleu ou tout rose dans sa greNOUNOUillère et il suffira de le BEBErcer tranquillement tout en regardant des BEBEtises sur la télévision de ses parents. Genre « Les Feux de l’amour à NOUNOUméa » ou « Meurtre à ColomBEBEy-Les-Deux Eglises » avec AnNOUNOUk Grimberg et Jean-Paul BEBElmondo. Mais le NOUNOUrrisson a vite fait de vous interrompre avec des BEBElements si NOUNOUrris que les voisins éBEBErlués par ce vacarme iNOUNOUï sont prêts à hurler « Bourreau d’enfant ! » dans la cage d’escalier, voire, si vous n’interrompez pas rapidement la NOUNOUBA du BEBEjaune, à appeler Police-Secours !

« Mais qu’est-ce que t’as, BEBEbert, à NOUNOUs seriner comme BEBEethoven, le Saint-BEBErnard qui suait le burNOUNOUs au cinéma dans les années 80, un air comme quoi tu serais tellement sourd que tu crois faire de la peinture et gueuler ton appartenance au mouvement des fauves ? Tu veux faire concurrence à Joséphine BEBEker ? A Céline Dion ? Ah ? C’est du NOUNOUgaro que tu NOUNOUs BEBEles ? Le gaz et la java !

Mais t’as peut-être faim, comme t’es là ? T’en voudrais-t-y de ce restant de NOUNOUilles à la sauce BEBEchamel ? Quelle NOUNOUrriture donne-t-on à un BEBEBEBE qui NOUNOUs brise les NOUNOUgats avec un hashtag #Balanceton BEBEmol ?

Tiens, regarde, c’est NOUNOUNOUNOUrs à la télévision ! Ca ne te calme pas, Nicolas et Pimprenelle qui se BEBEcotent ? T’es déjà rendu à snoBEBEr le marchand de sable sur son NOUNOUage ? Tu préfèrerais NOUNOU-York Police Department ou BEBEnny Hill ? T’es BEBEgueule ou quoi ? T’as un abonnement à Netflix ?

Mais dis-moi, mon cochoNOUNOU ? T’as renversé le BEBEnitier ? C’est quoi ce débordement de liquide sur tes geNOUNOUx ? Et cette odeur de tout ce que tu veux sauf de la NOUNOUgatine que tu NOUNOUs liBEBEres d’un seul coup ?

Ah l’abominable ! C’est la BEBErézina ! » constate AnNOUNOUchka héBEBEtée en déNOUNOUant la couche. Quel boulot il ne faut pas faire ! ».

Une fois que le BEBEBEBE a les fesses bien au propre elle le repose dans son berceau et c’est à NOUNOUveau le silence. Elle le savoure en s’envoyant le BEBEtisier de « Scènes de ménages » sur M6.

Le déNOUNOUement de cette histoire est savoureux :

- C’est depuis cette séance-là que j’ai monté la barre de mes exigences en matière de BEBEby-sitting. Je ne garde plus que des garçons de plus de dix-sept ans !

Sacrée AnNOUNOUchka !

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6 juin 2017

Oh ! La Vilaine ! / Maryvonne

 

AEV 1617-29 Vilaine

Une rivière en avait marre de vivre sous les ponts, de refléter le soleil puis la lune et quelques pêcheurs à la ligne. Elle décida de sortir de son lit. Il était temps, elle approchait des 50 berges.

Elle était née du ventre de la terre fécondée par un amont terrible. Ça coulait de source que son nom de bébé fut Ru puis elle fut baptisée très vite à l'eau sauvage de la première cascade d'un joli nom qui aurait pu être la Loire, la Seine, la Meuse, mais non, elle, ce fut : La Vilaine.

Elle aurait tellement aimé qu'on la nomme, par exemple, la Gironde : ses courbes, ses sinuosités lui auraient paru plus sexy. Vilaine elle se demande qui est le con influent qui lui a trouvé ce nom stupide.

Elle a tant de chagrin que pour le noyer elle écluse l'eau de vie. Elle est grise, elle a la vase triste, elle dit qu'elle va se jeter à la mer.

Ceux à qui elle rendait service autrefois et qui égayaient ses rives lui ont tourné le dos. Les laveuses, les bouilleurs de cru, les bouchers qui venaient se tordre les boyaux  c'était gai à l'époque.

Alors elle se dit avant le baiser à la mer avec son embouchure qu'elle sent que son chagrin va déborder.

Ses flots de larmes sautent les barrières, envahissent les champs, baignent les villages."Tant pis pour eux ! C'est un peu de leur faute aussi. Autrefois les racines des arbres, les haies me prenaient dans leurs bras, se dit-elle. Avec le « démembrement » plus de câlins, plus de chemin creux. Je fais des poutous partout en dehors de mon lit  je les cocufie , je les inonde d'un chagrin amer.

Je déversoir(e) , je m'infiltre , je catastrophe mais au moins je passe à la télé, je fais la Une de Ouest-France. 

- La Vilaine est sortie de son lit !»  disait mon père quand je me levais mal coiffée le matin. Voyez comment on me traite? Comment on parle mal de moi ?

Elle est au courant que l'on se moque d'elle.

AEV 1617-29 Vilaine2Mais non La Vilaine n'est pas moche, elle est bien chahutée avec son nom mais elle se dit pour se consoler qu'il y a pire : ce sont les candidates qui prétendent au titre de Miss Ille-et-Vilaine. Il faut oser ce titre même si elles n'ont que 18 ou 20 berges et que leur jeunesse leur sert d'écrin. Il faut avoir la ligne et la pêche pour se jeter dans le grand bain médiatique.

Mais avec l'aval de leurs parents elles peuvent gravir « l'amont-agne » et ça les fait rêver.

La Vilaine, elle, a fini de rêver, elle s'est noyée et pendue au fil de l'eau. Elle aurait aimé finir en delta , elle n'a même pas eu cette chance. Ça ne rigole pas beaucoup du côté de l'estuaire.

Alors elle s'étend alanguie sur le banc de sable attendant la fin. Mais elle arrive surprise au paradis bleu, là où la vie a le goût du sel, elle prend la vague, elle va danser, elle va voir du pays, elle se marie avec l'océan , elle prend son nom. Fini la miss Vilaine , elle est Madame Atlantique.

A elle les escales de port en port, à elle l'immensité, le tour de la Terre. Au revoir la petite Bretagne riquiqui qui lui serrait les courbes et les méandres.
Les voyages, voilà ce qui la rend jolie, La Vilaine !

6 juin 2017

Equivoque la galère ! / Jean-Paul

L’invitation était sans équivoque : « Rejoignez notre bacchanale à pied et déguisés en arbres ! ». Ils s’y rendirent. Ce n’était vraiment pas une bonne idée : déguisés en bouleaux, ils avaient l’impression d'y aller et tous les dalmatiens du quartier, attirés par le noir et blanc flambant neuf de leurs costumes, s’en venaient uriner sur leurs racines, enfin sur leurs pieds.

AEV 1617-29 Cabaret-neant-enfer

C’est d’ailleurs ce qui les sauva. La fête avait lieu dans une grotte dont l’entrée était gardée par un diablotin cornu, barbichu, vêtu d’une grande cape rouge et doté d’une impressionnante fourche à trois dents.

- Comment est l’ambiance à l’intérieur ? demanda Bouleau premier.

- Y hêtre ou ne pas y hêtre, là n’est pas la question, répondit le vigile. Elle est du feu de Dieu, si je puis dire, l’ambiance. Mais je ne laisse entrer que les grands secs.

- Mais ce n’est pas de notre faute si on a les pieds mouillés ! protesta Bouleau deuxième. Des dalmatiens nous ont épicéa dessus. Allez, M’sieu, S’iouplaît !

- N’insistez pas, il y a peu de chances que je tremble même devant des menaces ! Arrêtez de me faire du charme, je ne cèdrerai pas. De toute façon, vous pourrez remercier les dalmatiens au retour. C’est d’enfer là-dedans ! Il y a une atmosphère à couper à la hache ! Tous les beaux messieurs de Bois doré ont été très vite abattus par les briseurs de chênes qui ne se sont pas cassé le tronc pour les transformer en rondins. Mais désolé, vieilles branches, on refoule le bois humide. Surtout quand il refoule des nougats.

- Mais quand même ! On a fait tout comme il était dit sur l’invitation : sans équivoque. Vous pouvez nous fouiller : on n’a pas d’équivoque sur nous !

- J’ai bien vu ! Rentrez chez vous, je vous dis ! Ils sont d’un con, ces damnés de la terre, aujourd’hui ! Comment ils croient qu’on l’alimente, la boule de feu qui est à l’intérieur de la planète ? Ils coupent à tous les tissus de mensonges, les coups de pub et à trèfle, ces idiots !

Alors, plus pleureurs que des saules, plus dépités que des Gaulois en Halésia, un peu pliés, beaucoup voûtés, déçus d’avoir échoué cyprès du but, Bouleau 1 et Bouleau 2 reprirent sans équivoque le chemin du retour.

Ils firent même ce que leur avait conseillé le virgilier : ils dirent merci aux dalmatiens. Lesquels se marrèrent franchement, sans aucune équivoque.

6 décembre 2016

Quelques néologismes / Eliane

INSENCOPE : personne qui, insensible au froid, à la chaleur, à la douleur, tombe néanmoins perpétuellement en syncope.
« Les belles poudrées du XIIIème siècle, n'étant pas insensibles, tombaient fréquemment en syncope, nécessitant d'aller chercher des « sels » pour les ranimer ». in « La vie intime des dames de la cour » de Françoise Chandernagor

ENATIBLE : Les énarques doués pour la politique et ayant brillamment réussi en tant que hauts fonctionnaires se virent éligibles et ne se privèrent pas de faire acte de candidature aux plus hauts postes de l'état, avec plus ou moins de réussite.
Les exemples sont trop nombreux pour les citer. Cf « De l'Ena au pouvoir » par D Foenkinos.

MASTURDISIAQUE : Pratique sexuelle individuelle qui, si elle est pratiquée avec art, tact et sensualité, permet d'atteindre un niveau aphrodisiaque n'ayant rien à envier aux pratiques élaborées et longuement étudiées du Kama Sutra.
Vous comprendrez que le respect de la sphère intime de chacun interdit de citer des exemples. Nous pouvons toutefois recommander le très bon ouvrage de Baudelaire « Sexualités ».

COLIRAGE : Etat de celui qui, ayant eu des coliques toute la nuit, enrage de ne pouvoir mener à bien les activités de la journée. Elles seront au mieux reportées et au pire annulées tant il est las.
Je n'ai jamais rien lu concernant ce cas de figure.

PIZZACESCENT : Se dit d’un pizzaiolo d'une telle adresse, d'une telle grâce, d'une telle vélocité, que la pâte semble friser la perfection sous ses mains tant elle est fine et d'une rondeur parfaite. « C'est un vrai magicien qui ne semble pas toucher terre, être évanescent, à peine perceptible dans l'air d'une tremblante chaleur émanant du four » in « Pizzaiolo » d’Umberto Ecco.

COVOITINAL : Pour les petits budgets le covoiturage est une solution économique et conviviale pour les trajets assez longs. Il est logique que ces voyages à plusieurs démarrent tôt le matin. C'est pourquoi les conducteurs proposant des places dans leur véhicule passent leur annonce dans la rubrique « Covoitinal ». Les personnes intéressées savent ainsi à quoi s'attendre, étant conscientes par ailleurs que cette formule les fera arriver plus tôt ou, tout du moins, moins tard.

AEV 1617-11 castafioreCANTAGEADE : Femme qui pousse la chansonnette dès le matin, en pressant son orange. Les cantageades chantent plus ou moins juste et quand elles n'ont pas une voix de rossignol - mais qui a une telle voix au réveil ? - agacent prodigieusement les voisins. Cf « La Castafiore : mémoires » du capitaine Haddock.

6 décembre 2016

Sept néologismes quadrisyllabiques / Jean-Paul

EFFERTERIE n.f.

Etat d’excitation partagé par un groupe d’individus qui a préparé une surprise collective pour fêter l’anniversaire d’un ami commun.

« Notre ami Marcel P. habitait au rez-de-chaussée d’un immeuble collectif. A notre intention, sa gouvernante, la bonne Céleste A., avait laissé ouverte la fenêtre de la cuisine. Avec une efferterie certaine nous entrâmes dans l’appartement, déposâmes victuailles, bouteilles, gâteaux et cadeaux sur la table puis nous allâmes ouvrir la porte de sa chambre où nous pensions qu’il était en train d’écrire.
- Surprise ! » hurlâmes-nous.

Mais nous fûmes surtout étonnés : Le petit Marcel se livrait à des ébats sexuels particulièrement acrobatiques en la compagnie du vicomte de F. »

Maniffe-Pourtousse, Pierre-Henry Aymeric de - Splendeur et misère des petits fours sans tisane. - Rennes : Ouest-France, 2010.



SINCÉGOMMABLE adjectif

Goût relativement fluctuant voire complètement incertain pour la sincérité et la fidélité dans les relations sociales, amicales ou amoureuses

« Lorsque nous fûmes repartis, emportant cadeaux et boustifaille pour les aller partager en un endroit moralement plus sain, Marcel P. se rhabilla. Il tança vertement Céleste à qui il reprocha d’avoir ouvert l’accès de son home sweet home à des carnavaleux particulièrement sincégommables. C’est tout juste s’il ne la renvoya pas ce jour-là. »

idem



PERFECTATION n.f.

Art de confectionner des pâtisseries si savoureuses que l’on prend des mines affectées en les dégustant.

« Mais Céleste était quand même la perle des cuisinières. Sa perfectation dans la confection des petites madeleines chères à Marcel, le côté aphromalier, stimulant, hallucinatoire qui déoculait de leur consommation a fait dire à Marceline Desbordes-Virenque dans sa thèse de troisième cycle de l’Université de Besse-en-Chandesse « Comment va Proust ? Commercy, commerça ! : Prolégomènes de l’empoisonnement de l’existence du commun des mortels par l’orgasme antestylistique des salonneuses du XXe siècle» que « pour écrire sa « Recherche du temps perdu » Marcel P. n’avait pas hésité à prendre des drogues dures à l’insubité de son plein gré ni à les tremper dans des boissons nostalgisantes».

idem



INSUBITÉ n.f. Choses que l’on fait en cachette de soi-même ou que l’on a faites en éprouvant de la honte et qu’on essaie d’oublier en pratiquant le mensonge par omission

« Lorsque, beaucoup plus tard, Céleste vint nous voir et nous demanda si elle pouvait raconter dans son livre de mémoires l’histoire de cet anniversaire, celui où notre efferterie s’était écroulée d’un seul coup d’un seul, nous fîmes preuve d’une grande insubité et déclarâmes qu’elle devait confondre, que nous n’avions pu nous y rendre, étant retenus au lit par la gastro-entérite du siècle. Il est vrai que longtemps encore après cet épisode, nous étions restés d’incorrigibles sincégommables »

idem



APHROMALIER
adjectif

Caractère de toute nourriture ayant des effets secondaire sublimatoires, masturbatoires ou ostentatoires.

« Manger des carottes rend aimable, consommer des pois chiches c’est comme fumer du haschich. Cuire en cocotte vous donne la cote, racler le fond de la marmite est très bon pour la réussite, manger des frites donne la patate, manger des pêches donne la banane… »

Juppé, Alain. - Pour une identité heureuse, votez Aphromalier ! - Bordeaux : Ed. du Gros rouge qui tache, 2016



DROMALOQUENT
adjectif

Se dit des écrivains qui pissent de la copie stylée sous forme de phrases interminables dont la lecture est si difficile à suivre qu’on a l’impression d’écouter les blatérationss, borborygmes et déblatérations d’un chameau à une bosse là où le clapotis de l’oasis où le silence du désert vous rempliraient d’aise

« La définition du mot « dromaloquent » dans le Dictionnaire des mots que y’a que moi qui les connais de Joe Krapov est particulièrement dromaloquente ! »

Krapov (Joe). - Parlez-moi d’moi, y’a qu’ça qui m’intéresse !. - Sablé-sur-Sarthe, Editions du Petit port et de la Haute Folie, 1995. 



EMERRICORDE
n.f.

Corde à nœuds entourée de papier de verre en vue de rendre plus difficile encore la montée au paradis des animateurs d’ateliers d’écriture qui osent se moquer dans une seule et même séance de Marcel Proust, d’Alain Juppé et d’eux-mêmes.

« - Tu ne l’emporteras pas au paradis, Joe Krapov ! Déjà que t’es acrophobe, en plus, pour que tu y montes on t’a préparé une émerricorde ! Et ne te plains pas, on aurait pu te pendre avec ! »

Fouettard, Révérend Père (1957 -.... ; moine pécurancunier de l’abbaye de Solesmes). - J’ai les noms de ceux qui n’ont pas voté pour François Fillon ! . - Solesmes : Ed. du Nonsense commun, 2017.

 

Petillon - Les Electeurs de Fillon CE 161207

Dessin de René Pétillon extrait du "Canard enchaîné" du 7 décembre 2016

22 mars 2017

Consigne d'écriture 1617-22 du 21 mars 2017 : Suite allitérative en car

 Suite allitérative en car

 

On collecte du vocabulaire. le but est d'obtenir une liste de mots contenant le son car (Kar ou quar marchent aussi) et d'en insérer le plus possible dans son texte.

Anatoly Karpov - Autocar - Babacar - Bécarre - Bicarbonate - Blablacar - Brancard - Brocarder - Camping-car - Car - Carabistouilles - Carabosse - Caracoler - Caractère - Carafe - Caraïbes - Carambar - Carambole - Caramel - Carapace - Carapate - Caravane - Caravansérail - Caravelle - Carbonara - Carbone - Carcinome - Cardamome - Cardan - Carder - Cardigan - Cardin - Cardinal - Cardiologie - Cardiologue - Cardon - Caresser - Cargaison - Cari - Caribou - Carillon - Carioca - Carla Bruni - Carlingue - Carmagnole - Carmélite - Carmen - Carmin - Carnaval - Carnivore - Caroline - Carotte - Carpaccio - Carpathes - Carpentras - Carreleur - Carrément - Carrière - Carriériste - Carriole - Carrosse - Carrosserie - Carrousel - Carsat - Cartable - Carte postale - Carterie - Cartésien - Carthage - Cartilage - Cartographie - Carton - Cartonner - Cocard - Cocarde - Drakkar - Ecarlate - Ecarquiller - Ecarté - Ecartelé - Encart - Encarté - Equarrissage - Escarpins - Escarpolette - Incartade - Karcher - Karma - Karting - Khartoum - Lascar - Myocarde - Picardie - Quartier - Quatre quarts - Rencard - Ricard - Ricardo - Side-car - Smicard - Toquard - Trocart - 

AEV 1617-22 Karpov

11 mai 2016

Consigne d'écriture 1516-28 du 10 mai 2016 : Le jeu n° 17 de Filigrane

Le jeu n° 17 de Filigrane

La consigne et les photos distribuées sont ici.

On écrit d'après une ou plusieurs photos et en incluant des titres de chansons de Jacques Brel :

A deux - A jeun - Amsterdam - Au printemps - Au suivant - Avec élégance - Ballade - Bruxelles - Bruxelles (Texte) - Ce qu'il vous faut - Ces gens-là - C'est comme ça - Chanson sans paroles - Clara - Comment tuer l'amant de sa femme… - De deux vieilles notes - Demain l'on se marie - Départs - Dis-moi tambour - Dites, si c'était vrai - Dors ma mie - Fernand - Fils de - Grand Jacques (C'est trop facile) - Grand-mère - Hé ! M'man - Heureux - Histoire française - Il neige sur Liège - Il nous faut regarder (Par delà) - Il peut pleuvoir - Il pleut (Les carreaux de l'Usine) - Il y a - Isabelle - J'aimais - J'arrive - Jaurès - Je m'en remets à toi - Je ne sais pas - Je prendrai - Je suis bien - Je suis l'ombre des chansons - Je suis un soir d'été - Je t'aime - Jef - J'en appelle - Jojo - Knokke-le-Zoute Tango - La Bastille - La bière - La bourrée du célibataire - La cathédrale - La chanson de Jacky - La chanson des vieux amants - La colombe - La dame patronnesse - La Fanette - La foire - La haine - La lumière jaillira - La mort - La parlote - La statue - La tendresse - La Toison d'Or - La valse à mille temps - La ville s'endormait - La…la…la - L'accordéon de la vie - L'âge idiot - L'air de la bêtise - L'amour est mort - L'ange déchu - L'aventure - Le Bon Dieu - Le caporal Casse-Pompon - Le cheval - Le colonel - Le dernier repas - Le diable (Ça va) - Le docteur - Le fou du roi - Le gaz - Le lion - Le moribond - Le pendu - Le plat pays - Le prochain amour - Le tango funèbre - Le temps s'en va - Le troubadour - L'éclusier - Les amants de cœur (The Lovers) - Les bergers - Les biches - Les bigotes - Les blés - Les bonbons - Les bonbons 67 - Les bourgeois - Les crocodiles - Les désespérés - Les deux fauteuils - Les enfants du roi - Les F… - Les fenêtres - Les filles et les chiens - Les Flamandes - Les gens - Les jardins du Casino - Les Marquises - Les moutons - Les paumés du petit matin - Les pavés - Les pieds dans le ruisseau - Les prénoms de Paris - Les remparts de Varsovie - Les singes - Les timides - Les toros - Les vieux - L'homme dans la cité - Litanies pour un retour - L'ivrogne - L'orage - L'ostendaise (Une ostendaise) - Madeleine - Mai 40 - Manon - Marieke - Mathilde - Mon enfance - Mon père disait - Ne me quitte pas - Ne pensez pas - On n'oublie rien - Orly - Pardons - Prière païenne - Quand maman reviendra - Quand on n'a que l'amour - Qu'avons-nous fait bonnes gens - Regarde bien petit - Rosa - Saint Pierre - Sans exigences - Sans toi - Seul - Si tu revenais - S'il te faut - Sur la place - Titine - Un enfant - Une île (L'île) - Va toi qui t'en vas - (La voix du cœur)-(Le cœur qui bat) - Vesoul - Vieille - Vieillir - Vivre debout - Voici - Voir - Voir un ami pleurer - Zangra .

AEV 1516-28 Brel

3 janvier 2017

Des anges au grenier ? / Jean-Paul

Qu’ai-je fait de ma vie privée ?
Je l’ai gardée pour moi, pour nous.

Une partie est au grenier,
Tout le reste aujourd’hui se joue

Car nous n’avons rien achevé :
Nous continuons d’être fous !

Chaque jour, c’est à l’encrier
Que je trempais ma plume d’oie ;

Sur le déclencheur, j’appuyais :
Je n'eus jamais d'ampoule au doigt !

Ah j’en ai rempli, des cahiers !
J’en ai pris, des photographies !

Avoir la passion du passé
A ce point, c’est de la folie !

Sous ce toit pentu, bleu ardoise,
Le grenier des anges fourmille

Des couleurs du Temps qui nous toise
Mais que malgré tout j’entortille

Dans mon lasso. Je les capture,
Je les enferme dans des boîtes.

De cette vie grandeur nature
J’ai fait une planète coite :

Tout est en ordre, bien rangé,
Pas de bordel – je suis trop prude ! -.

Traces d’étrange voyager :
Rien n’y vient d’hémisphère Sud,

Rien d’Irlandais, pas d’oranger
- Le climat là-bas est trop rude –

Ce sont des trésors tempérés :
Rien qui mérite qu’on le brûle,

Rien qui vaille d’être publié.
C’est notre vie, dans notre bulle :

Jamais nous n’avons habité
De maison bleue peuplée de fous ;

Une vie simple, en vérité,
Un « toi », un « moi » et voilà « nous ».

Ces morceaux de réalité,
A vous confiés, qu’en feriez-vous ?

Que vous dirait-il, ce viager,
Qui ne soit déjà obsolète ?

Ce sont des moments partagés
D’un bonheur tranquille et honnête,

Du théâtre jamais joué
Et nombre d’images de fêtes,

Des mots écrits en atelier :
Avec ça, on joue au poète !

On l’est peut-être bien, qui sait ?
Personne ne vient le dénier !

D’ailleurs, les anges archivistes
Qui farfouillent dans nos cartons

Si nous n’étions un peu artistes
Que feraient-ils à la maison ?

Et pourquoi sèmeraient-ils donc
Sur mes rimes, et ce, sans raison,

Ces Pénélopes sans galons,
Ces innombrables araignées

Qui tissent des toiles à foison
Par-dessus nos jeunes années ?

DDS 436 enseignes poétiques rennaises

13 décembre 2016

Petite boule d'énergie / Eliane

Une fois endodormie, elle était adodorable. Je ne me lassais pas de contempler la rondeur veloutée de ses joues. Elle avait gardé un pouce dans sa bouche et elle émettait un léger ronflement.

La contempler si sage délivrait en moi une bonne dodose d'endodorphines, mais avant d'en arriver là il m'avait fallu beaucoup de maitrise pour ne pas exploser.

Nous ne savions plus quoi faire pour fatiguer cette petite boule d'énergie qui nous épuisait.

Hier Alfredodo l'avait emmenée sur le tatami où un judodoka l'avait initiée à son art. Elle avait beaucoup aimé, voulait recommencer le soir même. J’avais répondu que c'était d'accord mais plus tard. Mécontente, elle était allée ronchonner dans son coin en dodonnant quelques coups de pied rageurs dans ses jouets. Je feignis l'indifférence et j’allai préparer une soupe au potiron que, habituellement, elle adodorait. Mais bien sûr, ce soir-là elle n'en voulait pas, affirmant qu'elle n'en avait jamais goûté et réclamait des rondelles de saucisson en tapant du pied. Je lui fis la promesse de lui en dodonner sitôt le potage avalé, mais elle ne décolérait pas.

AEV 1617-12 Lucy Van Pelt

Je soupirais. Que faire pour qu'elle se montre un peu plus dodocile ? Alfredodo et moi étions déjà allés consulter le dodocteur Dodolori, cette enfant ne souffrait-elle pas d'une hyperactivité qu'il faudrait soigner ?

Le gentil dodocteur nous avait ri au nez, affirmant qu'il ne s'agissait nullement de pathologie.

- Amenez-la moi quand elle aura une bronchite et je vous promets que je pourrai faire quelque-chose !

Bon, il semblait que nous devions prendre notre mal en patience. Je la regardais de nouveau, ses longs cils faisaient des ombres sur ses yeux vairons qui lançaient si souvent des éclairs. J’éteignis la petite lampe d'ambiance et me retirai sur la pointe des pieds, il ne s'agissait pas de la réveiller. Il fallait savourer cette trêve qui nous permettait de recharger nos batteries.

Le lendemain, la tempête serait à nouveau déchaînée. A quoi se dodopait-elle pendant son sommeil ?
Nous aurions perdu ce rôle de deux dodominants permettant d'éduquer un enfant, il nous faudrait faire ses quatre volontés. Il nous faudrait accepter d'être les parents d'un petit être dodoué d'une belle énergie et d'une volonté inébranlable.

Je ferais ma rombière, exigerais qu'elle s'assoie correctement pour prendre son petit déjeuner, qu'elle accepte les vêtements que je lui propose ; tout cela, je le savais déjà, en pure perte.

Dès le matin je serais usée, usée. C'était comme ça chaque jour, il fallait proposer des activités physiques, petite randodonné, aviron, piscine ou autre. Le but étant qu'en fin de journée elle soit un peu fatiguée. On lui proposerait alors un jeu de dodominos, un petit air de mandodoline ou d’aider à la préparation du repas.

Quelquefois ça marchait, et quand, enfin posée devant un dessin animé, elle suçait son pouce et commençait à dododeliner ses boucles blondes, nous savions alors que nous étions sauvés, du moins pour cette journée-là , avant le grand chambardement du lendemain.

14 décembre 2016

Consigne d'écriture 1617-12 du 13-12-2016 : Redoubler d'efforts

Redoubler d'efforts

 

Chaque membre de l’atelier est chargé d’établir une liste de mots commençant par ou contenant deux syllabes données au départ (exemple : Do et Ron, Ca et Po, Né et Lo, etc.). On écrit ensuite une histoire intégrant le maximum de mots de sa liste. Lorsque le texte est terminé, il est demandé de réécrire les mots contenant les syllabes de départ en doublant celle-ci (exemple : gynécologue devient gynénécologue)


AEV 1617-12 ronronnement-chat-995x480

Do ron      Histoire de sommeil
Ca po        Histoire de constipation
Né Lo        Histoire de poitrine féminine
Pan Zi       Histoire érotique
Cra Mi      Histoire de propreté et de saleté
Ba Bo        Histoire d’évolution des mœurs de mai 68 à mai 2017
Na Tou     Histoire d’une fille et de son chien
Dou Tin    Portrait d’un vilain garnement prénommé Augustin
Jo Cri        Histoire de Georges et de Christine
Nou Bé     Histoire de baby sitting

15 mars 2017

Consigne d'écriture 1617-21 du 14-03-2017 : Les mots du scrabble

Les Mots du scrabble

 

L'animateur arrive avec un  jeu de scrabble. Chacun tire sept lettres et écrit le mot le plus long qu'il peut avec son tirage. On note les mots obtenus.

On recommence l'opération avec un autre tirage. Chacun fournit ainsi deux mots. Ils sont mis en commun.

Il est demandé ensuite d'écrire un texte en incluant au moins cinq de ces mots du scrabble.

AEV 1617-21 scrabble 116328035


Les mots mis en commun lors de cette séance ont été :

vertu - dit - thaïe - ski - nodale - ligne - rang - Louisa - relise

arène - coi - média - gaies - soûler - visa - boxa - sisale - eau

 

14 mars 2017

Louisa / Eliane

AEV 1617-21 116328035

Louisa termina son rang et posa son tricot sur ses genoux. Elle leva les yeux vers la fenêtre et contempla son mari qui taillait la haie. Il avait mis son casque sur les oreilles car il disait que le bruit de l'engin le soûlait. Elle voulait bien le croire et, comme il s'approchait de la maison, elle alla fermer la fenêtre.

Le « vroum-vroum » du moteur était maintenant assourdi, elle se demanda ce qu'elle allait faire. Sur ses genoux, son ouvrage ne l'inspirait plus. Elle se leva. Pieds nus sur le tapis de sisal elle rangea le tout dans le panier destiné à cet effet.

De nouveau son regard se porta sur le jardin. Elle le trouva beau, ce mari bruni par le soleil, ses jambes musclées apparentes sous le bermuda et elle se contempla tristement dans la glace de l'armoire ancienne. Aucun doute, il lui faudrait faire des efforts pour rester à la hauteur. Elle se laissait aller, son corps s'avachissait déjà faiblement, elle avait le teint terne.

Elle se redressa, se dit qu'il n'était sans doute pas trop tard, elle allait se concocter des menus diététiques, prendre un abonnement au club de gym, aller régulièrement faire un petit footing du côté des arènes romaines si jolies, surtout en cette saison. Elle boirait régulièrement son litre et demi d'eau et, quand elle se sentirait assez forte, proposerait à ce bel époux un petit séjour au ski. Elle avait été initiée dans sa jeunesse, il devait bien y avoir quelques restes.

Ce décisions prises elle se redressa. Elle se sentait plus forte, elle serait de taille à rivaliser avec ces jeunes beautés qui gravitaient autour d'eux et faisaient les yeux doux à Hubert. Elle avait bien remarqué leur manège, l'une d'elle travaillait même pour un média, elle ne savait plus lequel. Nul doute qu'elle ait déjà fait une proposition alléchante à ce mari si sage.

Louise pensait qu'il n'avait pas craqué mais en pensant cela le doute s'installait et elle n'était plus sûre de rien. Avait-il vraiment toujours été ce modèle de fidélité et, si oui, n'était-il pas déjà trop tard pour se présenter à lui telle une belle sirène ?

Il lui faudrait des semaines, voire des mois, avant de retrouver une silhouette de rêve et le teint frais, légèrement hâlé de sa jeunesse. Le découragement la guettait. Vite, se remotiver, redevenir la jeune femme gaie, pétillante, qui l'avait séduit.

Rien à faire, l'angoisse la taraudait, elle sentait une crispation nodale au creux de l'estomac.

Un nouveau coup d'oeil dans le jardin et elle prit son élan, boxa quelques coussins, alla prendre une douche, enfila une jolie robe d'intérieur. Un nuage de parfum, un trait de crayon noir sur les yeux, ce n'était pas si mal.

Elle gagna la cuisine.

Hubert entra : « C'est fini, je ne suis pas mécontent. Mais...tu es bien jolie ma Louisa ! ». Il paraissait rêveur tout à coup.

- Que dirais-tu d'aller passer quelques jours loin d'ici ? Oublier ce décor trop familier, ajouter un visa sur nos passeports ? 

Elle le regarda, ébaucha un sourire enjôleur.

- Il va falloir que je relise quelques brochures de l'agence de voyage. 

11 janvier 2017

Consigne d'écriture 1617-14 du 10 janvier 2017 : Logorallye livresque

Le logorallye livresque

AEV 1617-14 Snoopy

L’animateur distribue à chacun un livre dans lequel il est demandé de choisir :

- une phrase qui pourrait être une phrase de début d’un roman ou d’une nouvelle (ex. : C’était par une nuit sombre et orageuse)

- une phrase qui pourrait apparaître dans le milieu d’un texte pour faire rebondir l’intrigue
(ex. : Soudain le loup sortit du bois)

- Une phrase qui pourrait être une phrase de conclusion.

Il est demandé à l’écrivant de prolonger la première phrase qu’il a choisie en écrivant trois autres phrases à la suite pour commencer une histoire.

Lorsque cela est fait, l’écrivant n° 1 dicte à tout le monde la deuxième phrase qu’il a choisie. On doit alors écrire quatre autres phrases : une d’entre elles sera la phrase dictée.

Ensuite l’écrivant n° 2 donne sa phrase intermédiaire que chacun inclut dans son texte.

Etc.

A la fin, si on peut, on termine par la phrase de fin qu’on avait choisie au départ. Cette étape est facultative.

28 novembre 2017

L'apprentie-sorcière au Saint-Nectaire / Jean-Paul

Aujourd’hui le cabinet du docteur Pinterest, l’acupuncteur de Vezet-le Coquin (Ille-et-Vilaine) est fermé. On a épinglé sur la porte : «Clos pour cause de Closer».

Et c’est vrai que le docteur Pinterest est en train de lire le journal qui vous mène au plus près de la vie des stars dans la salle d’attente du « Venus Beauté Institute » de Vezet. Mais c’est bientôt son tour. Il se dessape derrière un paravent puis se confie aux bons soins de Madame Debord, la directrice du salon de beauté. Seulement il s’aperçoit qu’il a mis pour venir ici le caleçon offert par ses collègues de l’AFA (Association Française des Acupuncteurs). C’était pour son anniversaire qui tombe en même temps que le congrès et ça se passait au restaurant du château de Chantilly où l’on célèbre le duc d’Aumale.

Sur la face arrière du caleçon est écrit « Suivez la flèche !». Sur la face avant est représentée une horloge où la petite et la grande aiguille se chevauchent sous le nombre douze. Pour insister à peine lourdement sur la symbolique il est aussi écrit «Toujours sur midi !».

- C’est un peu gênant, Madame Elvire. J’espère que vous n’y verrez pas malice ? s’excuse-t-il avant de s’allonger sur le dos et sur la table.

- Oh vous savez, j’en ai vu d’autres ! répond Madame Debord, l’esthéticienne, en le décorant de rondelles de concombre avant de l’enfourner sous la chaleur des lampes à UV.

- Elle est un peu curieuse, votre spécialité locale, vous ne trouvez pas ? Qu’est-ce qui se passe quand le concombre est cuit ?

- Les carottes le sont aussi et on arrête le légume coupable ! D’ailleurs, je ne sais pas si vous avez vu mais la gendarmerie est sur la piste !

- Sur la piste du concombre masqué ?

- Hier le brigadier Pandore est venu nous interroger à propos de l’affaire.

- L’affaire ?

- Vous n’êtes pas au courant ? L’affaire des caleçons qui rétrécissent ! Depuis une semaine tous les caleçons des gendarmes rétrécissent.

- Au lavage ?

- Pas plus au lavage qu’à l’essorage ! Pendant que les gendarmes les portent ! Pandore n’y comprend rien. Il pense qu’on a jeté un sort à la brigade. Du coup il oriente l’enquête vers les sectes du secteur.

- Il y aurait des sectes vaudoues à Vezet-le-Coquin ? En Ille-et-Vilaine ?

- Moi ce que j’en dis, hein, c’est ce que j’en sais ! Et ça m’a mise en colère, d’ailleurs. J’ai été suspectée ! Il paraît qu’ils ont reçu un coup de fil anonyme.

- Ca disait quoi ? Une demande de rançon pour que les caleçons retrouvent leur taille normale et que ça ne leur serre plus le kiki ?

- Non ça disait « le vaudou est toujours Debord ».

- Debord avec un d, comme Guy Debord, la société du spectacle et… comme vous ?

- Ben oui ! Vous vous rendez compte ? Elvire Debord soupçonnée d’envoûtement, de hashtag #balancetonsort, de sorcellerie, de planter des aiguilles… Mais où va-t-on ? Mais où va-t-on ?

Là-dessus elle se tait, car elle vient de se rendre compte qu’il n’y a pas mieux qu’un acupuncteur désorganisé pour transpercer une statuette maléfique.

***

Voilà. Je me suis arrêté là. Si j’avais mis la suite, ça aurait été trop long, j’aurais encore fait fuir tout le monde ! Parce que ce n’est pas le tout d’installer un mystère, après il faut procéder à sa résolution. Et dans les polars d’aujourd’hui, plus c’est compliqué, plus c’est long, plus ça plaît. Sauf à moi qui ai d’autres choses à écrire et à vous qui avez autre chose à faire !

Voici quand même mes pistes de développement de ce scénario :

150718 N 059

De retour à son cabinet le docteur Pinterest reçoit la visite du gendarme Pandore. On a en effet retrouvé des aiguilles dans une botte de foin à l’entrée de son cabinet. Le docteur explique qu’il plante en effet dans la paille ses aiguilles usagées afin que les employés du Centre de tri des déchets ne se piquent pas par mégarde.

On suit alors le brigadier Pandore qui rentre chez lui. On découvre qu’il est célibataire, qu’il est auvergnat et que pour résoudre les mystères de Vezet-le-Coquin il s’installe dans son fauteuil et visionne des dévédés de films de cape et d’épée tout en réfléchissant au problème posé. Ce soir-là il s’envoie « Le Capitan » avec Jean Marais. Et pendant la scène où l’acteur escalade la muraille du château de Val – ah, les paysages de sa jeunesse ! – il a une illumination rimbaldienne ! « Le vaudou est toujours Debord » ? Non ! « Le vaudou est toujours de Bort !». Bort les Orgues. C’est la ville importante la plus proche du château de Val ! Sa ville natale ! 

Le lendemain matin il entre dans la boutique dont l’enseigne est « Papa pique et maman coud ». La patronne de la boutique de couture est nouvellement arrivée dans le village. Une dame d’à peu près le même âge que lui qui rougit, confuse, devant son uniforme et son prestige. Et soudain, il la reconnaît ! Céline Lapiquouse ! Son ancienne voisine de pupitre à l’école de Bort-les-Orgues ! Ils se tombent dans les bras l’un.e de l’autre et dans la mode de l’écriture inclusive en même temps.

D’habitude les histoires d’amour finissent mal en général mais pas chez moi. Même si Céline doit lui avouer que c’est bien elle la coupable. En effet elle est venue s’installer ici pour le retrouver car elle l’aime depuis toujours mais est timide et n’a jamais oser lui avouer et patati et patata comme dans Closer. Alors quand elle a reçu dans sa boîte aux lettres le prospectus de Monsieur Hamidou elle est allée le consulter pour obtenir un retour de flamme.

De retour chez elle, elle a suivi les conseils du marabout. Elle a confectionné dans du Saint-Nectaire fermier une poupée représentant un gendarme. Elle a habillé la figurine d’un caleçon bleu marine et l’a coiffée d’un képi Playmobil. Puis elle a planté une aiguille à coudre dans les fesses de la poupée. Pas très fort pour ne pas lui faire mal.

- Mais dis-moi, Céline, a demandé Hugues – Pandore se prénomme Hugues, ne cherchez pas, il n’y a pas de jeu de mots au frais pour une fois – T’es toujours aussi bête ou quoi ? C’est pas là qu’il faut piquer ! C’est de l’autre côté ! Regarde, c’est écrit : Suivez la flèche !
- Ah oui ! J’avais pas vu ! Alors c’est ici ?
- Oui, vas-y. Et pique fort !

150716 N 030

Elle plante son aiguille à l’endroit idoine.

Aussitôt tous les caleçons de la gendarmerie française se dilatent, les pantalons eux-mêmes tombent, le retour de flamme a lieu et pas qu’un peu. Si bien qu’aujourd’hui « Papa pique et maman coud » est fermé. On a épinglé sur la porte : « Clos pour cause de Closer ».

Quelques semaines plus tard tout le village de Vezet-le-Coquin est invité à un mariage auvergnat avec marquisette et tripoux à volonté, chabrot obligatoire et Saint-Nectaire en roue libre au dessert. Bien sûr le docteur Pinterest a cru rigolo d’offrir comme cadeau de mariage un service à fondue bourguignonne avec douze piques. Elvire Debord, pas rancunière a offert un bon pour une croisière sur le lac Chambon et une cure thermale à La Bourboule.

Elle n'est pas belle, la vie, par chez nous ?

P.S. OK, pour le coup de fil anonyme, j’avoue, c’est moi. Ben quoi, il faut bien un deus ex machina aussi, non, avec une consigne d’écriture aussi tordue ?

28 novembre 2017

Causerie légumière / Jean-Paul

caravage01judith

Un jour, on ne sait plus trop quand, il y a eu, dans l’histoire de la peinture, un type qui a voulu faire son petit effet et qui a décidé de partir en éclaireur dans une voie jamais encore explorée. Jusque-là chaque peintre avait l’excellent projet d’édifier les foules en lui présentant, au sein de grands bâtiments appelés «églises», l’explication en images de scènes et de personnages de l’Histoire sainte.

La Sainte Vierge était vêtue de soierie bleue ; le Christ, bien que natif du Moyen-Orient où le soleil ne manque pourtant pas, avait tout à fait la tête pâlichonne de Jean-Paul Rouve, l’acteur qui joue le rôle du photographe dans le film «Le sens de la fête». Le gars ne peut dominer son appétit immodéré pour les petits fours du mariage et la belle-mère qui s’encanaille. Je parle de Jean-Paul Rouve, pas du Christ.

Notre peintre novateur n’était sans doute pas hostile à cette école picturale ancienne au sein de laquelle on ne craignait pas de représenter des scènes d’une violence effroyable. On voit ainsi sur un tableau du Caravage une nommée Judith user du tranchant d’une épée pour éliminer un nommé Holopherne en lui entamant largement la gorge. Le sang gicle, l’homme a les yeux exorbités et sur d’autres tableaux consacrés à ce sujet on voit même la tête du gars posée sur un plateau et arborée fièrement par la décapiteuse en chef.

Le harcèlement n’était pas dans le même camp à l’époque ! Ou alors, si c’était du féminisme, il ne s’embarrassait pas de mots ou de gestes inutiles. «Le sexe, c’est tout dans la tête» ? On coupe !

Lakévio 86 Catherine Rey 118042300 réduite

Notre peintre novateur a choisi ce jour-là d’inventer la nature morte. Il est allé dans son jardin, il a cueilli ce légume à la saveur douceâtre qu’on appelle carotte, il a composé un bouquet de treize carottes, a choisi l’exposition à la lumière et a peint la Cène. Pardon, j’ai fait une faute : « cène » ne s’écrit pas CENE mais «scène» SCENE.

Je ne sais pas pourquoi il a fait ça. Peut-être n’avait-il plus que de l’orange et du vert sur sa palette ? Peut-être que si, au fond, qu’il en avait marre de toute cette cruauté humaine envers les animaux, les hommes, les femmes, les légumes, la planète et Holopherne ?

Toujours est-il que depuis ce jour la peinture profane (de radis ?) et la nature morte ont proliféré. Des peintres belges ont portraituré des messieurs à chapeau melon au visage caché par une pomme et des pipes qui n’en sont pas. Des peintres espagnols ont peint des vues du bordel de la rue d’Avignon à Barcelone avant que les indépendantistes catalans n’y installent le leur en réclamant leur indépendance et dame Catherine Rey a peint des carottes.

Lors de notre prochaine causerie, j’évoquerai pour vous la naissance du navet au cinéma.

29 novembre 2017

Consigne d'écriture 1718-10 du 28-11-2017 : L'acupuncteur ou les carottes

L'acupuncteur ou les carottes

La consigne principale est celle de l'atelier n° 86 de Lakévio :

 

Lakévio 86 Catherine Rey 118042300 réduite

A partir du tableau de Catherine Rey proposé, écrire un texte en prose ou un poème en plaçant judicieusement les dix mots de la liste suivante que vous mettrez en gras dans votre texte.

Soierie – excellent – éliminer – explication – tranchant – éclaireur – douceâtre – dominer – effet - hostile

Il n'est pas permis de changer l'orthographe des mots. Impossible donc de les accorder ou de conjuguer les verbes.

 

Il y a une consigne alternative qui est celle des 
Impromptus littéraires du 27-11-2017 : L'acupuncteur


Vous allez vous retrouver dans une histoire abracadabrantesque qui mêlera :

- un personnage : un acupuncteur ou acupunctrice désorganisé(e)
- un lieu : dans un salon de beauté
- un objet : un caleçon

- un moment : après la venue d'un gendarme dans le quartier

- un problème : un coup de fil anonyme

Vous nous raconterez vos aventures en prose, en vers, ou les deux.

On peut mêler les deux consignes si on le souhaite.             

28 novembre 2017

Douze femmes en colère / Dominique H

AEV 1718-10 acupuncteurL'esthéticienne de mon quartier est quelque peu farfelue. Sa dernière trouvaille a été de s'accoquiner avec un acupuncteur tout aussi déjanté qu'elle. C'est une association loufoque mais pas du tout désorganisée, bien au contraire.

Que vient faire un acupuncteur dans un salon de beauté ? Et quel acupuncteur ! C'est un petit homme asiatique grassouillet qui sourit en permanence. Il n'est vêtu que d'un caleçon en soie rouge, assorti au kimono de l'esthéticienne et de son employée. L'homme est à moitié chauve, seule une maigre natte noire lui caresse le dos.

L'ambiance du salon de beauté est raffinée comme il se doit : musique planante, lumière douce de lampes orientales, volutes de bâtons d'encens, bougies, thé vert au miel, sofas et méridiennes accueillantes.

AEV 1718-10 concombreCe binôme de choc sait prendre ses clientes en main : la séance commence classiquement par un massage doux du visage pour activer la circulation, puis un masque au concombre pour relaxer, puis un rinçage à la glace pilée pour raffermir les chairs.

Notre duo a le sens des affaires et c'est alors sur une cliente déjà détendue que leur concept révolutionnaire va s'appliquer.

Notre petit homme s'approche du visage de la première cliente et de ses doigts boudinés mais néanmoins agiles, en un geste précis et transfixiant, il enfonce délicatement sa fine aiguille dans le lobe de l'oreille gauche. Pas de réaction, l'intervention est parfaitement indolore. Il glisse silencieusement, tout sourire, d'une femme à l'autre et renouvelle le miracle.

Il s'agit bien d'un miracle : l'aiguille magique paralyse les muscles superficiels de la face, comme le ferait la toxine botulique : les traits se lissent, l'ovale du visage devient net, les rides disparaissent, l'expression est zen, et la cliente rajeunie est ravie.

Elle ressort de la cabine rhabillée et radieuse et rejoint à la caisse l'esthéticienne qui lui a préparé un coffret de produits de beauté « d'entretien » : crème de jour aux nanoparticules de collagène et huile magique à l'acide hyaluronique pour la nuit. Tout en flattant la cliente sur l'éclat de sa beauté, la patronne des lieux glisse avec délectation la carte bancaire dans la machine. La patiente, sur un petit nuage, fait son code sans réfléchir à l'addition, elle fera ses comptes plus tard.

L'esthéticienne a elle son tiroir-caisse bien en tête. Les affaires marchent, la clientèle est en pleine expansion et le banquier l'a récemment félicitée.

Justement, encore un appel, certainement pour une prise de rendez-vous. Tout sourire elle décroche, mais après quelques secondes ses traits se figent et elle raccroche brusquement. Les clientes alanguies ne semblent pas réaliser son trouble. Elle se ressaisit et revêt immédiatement son masque souriant.

L'acupuncteur, tout en ayant perçu le malaise, a poursuivi, imperturbable, son ballet silencieux et la ronde de ses aiguilles. Mais ils se sentent tous les deux en sursis, et pour cause !

La supercherie des deux acolytes fonctionne encore mais pour combien de temps ?

Eh oui, contrairement à la promesse de résultat durable, la cure de jouvence est de courte durée : une petite semaine, juste le temps d'y croire. Petit à petit, l'effet de la séance d'acupuncture s'estompe et malgré l'application soigneuse et docile des onguents miraculeux, de nouveau les rides se creusent, les traits se flétrissent. Bien sûr l'idée ruineuse d'une séance hebdomadaire vient à l'esprit de quelques clientes, les plus riches. Les autres partagent leur amertume de s'être fait avoir et petit à petit fomentent leur revanche.

 

AEV 1718-10 gendarme

Soudain, un gendarme pénètre dans le salon de beauté, probablement pour demander un renseignement... Des clientes, un peu étonnées, se redressent en réajustant soigneusement leur peignoir, le gendarme leur sourit et d'un geste apaisant les invite à se rallonger.

Le motif de son irruption est tout autre : « Madame, Monsieur, je vais vous demander de me suivre au commissariat. Vous venez de recevoir un coup de téléphone anonyme. Il a été envoyé du poste de police par la meneuse d'un groupe de douze femmes en colère qui portent plainte contre vous deux pour escroquerie ».

Veuillez me suivre s'il vous plait. »

23 novembre 2017

U comme Ukulélé / Jean-Paul

UpDuck-18-11-17

Forcément, une invitation comme celle-ci ne se décline pas, même en latin ! Cela s’appelle «Up duke», cela pourrait signifier «Levez-vous, Monsieur le duc !» mais c’est traduit par «Un poil d’uke», uke étant l’abréviation d’ukulélé.

Ca se passe dans un café associatif rennais, l’Ubuntu, rue de la Bascule. J’ai raté la première session mais j’y suis allé samedi pour la deuxième avec mon ukulélé de couleur rose. Il y avait là Louise, Iza, Marianne, David, Cécile, Carl et Mickaël venu spécialement de Brest. On a joué beaucoup de morceaux anglais du genre improbable : « Ain’t she sweeet », « Rainbow connection » (de Kermit la grenouille !), « What’s up » de Four non blondes, « Harvest moon » de Neil Young, « On a coconut island » de Louis Armstrong.

J’avais amené « Couleur café » de Gainsbourg pour ses quatre accords simples. J’ai entendu « Il en faut peu pour être heureux » du Livre de la Jungle, « Belle des champs » de Richard Gotainer. J’ai chanté « Salade de fruits » et « Le petit bal » de Bourvil et je me suis taillé un franc succès de rigolade avec mon « Vieux geek toi-même !» un pas de sept dont j’ai réécrit les paroles.

Ca me fait plein de morceaux à répéter pour le prochain rendez-vous de janvier mais quel pied c’était, ce moment de surréalisme musical rennais !

« On a coconut island »! Moi, vous me connaissez, il m’en faut peu pour être heureux. De savoir qu’une telle proposition existe, ça me met du baume au cœur pour 117 années supplémentaires !

23 novembre 2017

O comme odalisque / Jean-Paul

171122 jeringres17C’est dingue, quand même, l’évolution des moeurs, des hashtags et de l’art occidental ! Prenez les odalisques par exemple. Madame Wikipe, la pédiatre, nous apprend plein de choses à leur sujet.

On en a peint des tonnes au XIXe siècle. Des tas de dames toutes nues qu’on exposait au salon. Par exemple « La grande odalisque » d’Ingres, un peintre qui était tellement miraud qu’il a cru toute sa vie qu’il jouait du violon alors qu’il faisait de la peinture !

171122 jeringres16«L’Olympia» de Manet c’est une odalisque. Ce n’est pas, comme certains le croient, Rika Zaraï qui se repose dans sa loge avant son tour de chant dans le music-hall de Bruno Coquatrix. Et il y a «le bain turc», d’Ingres encore, plus fort de café que le café du même endroit.

Tous ces tableaux représentent en fait l’intérieur d’un harem. Vous vous rendez compte ? Voilà un mec, appelons-le le sultan, il ne nous répondra pas, il a droit à une favorite différente chaque soir dans son lit. Et ce n’est même pas une odalisque : les odalisques sont les femmes de chambre des concubines.

OK pour la polygamie ! Les Japonais plient leurs feuilles de papier comme ils veulent mais toutes ces dames au salon sont en fait des esclaves. Des esclaves sexuelles ! Bonjour les mœurs des étrangers et celles, sous couvert d’orientalisme, de la bonne bourgeoisie française !

Aussi m’étonné-je, en cette période de décochage de flèches féministes sur la toile et ailleurs : pas un seul décrochage de toile au musée, pas une dénonciation, pas un mot de repentance, pas un seul hashtag #balancetonpeintredodalisque !

Mieux que ça, des provocateurs belges – j’ai les noms ! – nous lancent le défi d’écrire à la fois sur les odalisques et sur les obélisques à partir d’une photo de celui de la Concorde recouvert d’un préservatif géant !

De deux choses l’une : soit je ne comprends rien à l’art, soit je comprends tout à la Belgique !

171122 obélisque 118177775

23 novembre 2017

Consigne d'écriture 1718-09 du 21-11-2017 : Le blog en forme d'abécédaire

Le blog en forme d'abécédaire

AEV 1718-09 alphabet

 

Vous rédigez plusieurs billets pour un blog de forme « abécédaire ».

Le titre de chaque billet est bâti sur le modèle suivant : A comme..., B comme....
Le billet ne fait pas plus de quinze ou vingt lignes.
Choisissez parmi les thèmes proposés ci-dessous ou ceux qui vous viennent à l’esprit.

A comme Arthur
B comme brumes matinales
C comme coulisses
D comme dés
E comme édification
F comme Finlande, fête ou fainéant
L comme Léon, Lagaffe ou lumière
M comme maison de poupée, montagne ou mec
N comme notaire, nationalité, Nathalie
O comme océan, or ou onze
P comme père, parapluie ou patrimoine
Q comme questions existentielles
R comme rouge, retard ou regrets
S comme stupeur et tremblement
T comme temps, traduction ou théâtre
U comme une vie, une semaine ou universel
V comme vertige, voyage, vieux ou vandale
W comme wagon de train

29 septembre 2015

A tes souhaits / Jean-Paul

Tous les souhaits d’amour
Parcourent
Le réseau de nos veines.

Parfois un ange passe,
Semant l’amour rapace,
Faisant naître nos peines.

151004 265 159

C’est l’âge adolescent,
Métal incandescent
Qui ronge

Et accroche au linteau
De la porte le couteau
Du songe.

151004 265 164

C’est un temps de chenilles :
Pour des fruits en guenilles
On tente le démon.

Des étoiles ont surgi
Au pays du Fuji
Pour entourer le mont.

151004 265 166

151004 265 169

- Hatsue ! cria le garçon.
- Saute par-dessus le feu ! Si tu sautes par-dessus… » dit la fille d’une voix claire et forte.

Le garçon n’hésita pas. Le corps nu que la flamme illuminait, il prit son élan sur la pointe des pieds et bondit au travers du feu. En un clin d’œil il se trouva face à la fille. Sa poitrine toucha légèrement les seins de Hatsue…

Et elle disparut
En un éternuement
Dans les nuées célestes.

Comme une étoile au nid
Pour l’oiseau ferrailleur
On ramène chez soi

Une âme désunie,
Une pointe à frayeur
Une échelle de soie.

151004 265 175

 On l’accroche au nuage,
On franchit un barreau,
On s’agrippe aux montants.

A quoi bon s’évertuer ?
Les glaces prostituées
Fondent sur le printemps

Car le nuage est l’ange,
La flamme est le fouet
Et la souillure est vaine.

151004 265 176

Ils sont loin désormais
Tous ces jeux de folie.
La nuit les cicatrise

Les anciennes brûlures,
Les émois de jadis
Le temps les électrise.

151004 265 177

Sur la chaise, au jardin,
Sous les grands pruniers roses
Un vieillard se souvient

Et la lampe, inondée
Des jeunes papillons
Naufragés de minuit,

S’éteint avec le feu
Qui brûlait sous ses pieds
Et sous son torse nu.

151004 265 178

 

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