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L'Atelier d'écriture de Villejean
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29 avril 2020

Consigne d'écriture 1920-28 du 28 avril 2020 : Sei Shonagon encore et toujours !

Sei Shonagon encore et toujours

 

AEV 1920-28 Consigne Sei ShonagonEn vous limitant à trois exemples par catégorie, dressez la liste des choses

1 troublantes
2 poignantes
3 qui font rougir de honte
4 agaçantes
5 qui donnent un vertige d’émerveillement
6 qui égayent le coeur
7 peu rassurantes
8 qui provoquent l’enthousiasme
9 qui apaisent

Vous avez le droit d’écarter trois catégories (ou plus !)

Puis transformez quelques-unes de vos réponses en haïku ou en tankas

Rappel :

Le haïku est un poème de trois vers qui ne riment pas mais dont le mètre est imposé : cinq syllabes, puis sept puis cinq.

Le tanka est un haïku auquel on ajoute deux vers de sept syllabes.

Qui était Sei Shonagon ?

Exemples de listes.

 

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31 mars 2020

Mon vieux tapis / Marie-Thé

Tapis, mon vieux tapis, si tu pouvais parler !

AEV 1920-24 Marie-Thé pendule

Confiné dans la poussière, sur le sol du grenier,
abandonné de tous dans la pagaille,
entre la vieille pendule de ma grand’mère surmontée d’une statue,
des gros téléphones noirs à cadran,
une dizaine de boîtes de photos jaunies,
un miroir Louis XVI que je consulte en passant, riant de m’y voir si belle…

AEV 1920-24 Marie-Thé Miroir

Tapis, très cher vieux tapis, objet inanimé,
Aurais-tu donc une âme ?

Lorsque je te regarde, les souvenirs m’emportent vers mon enfance.

Toute petite on me posait sur toi. Je t’arrachais la laine,
mais toi, tu étais plein de douceur sous mes petits pieds nus.

Tapis, mon beau tapis persan,
Acheté par mon grand-père au cours d’une de ses escapades en Iran,
Tu en as vu des chaussures de toutes les couleurs,
des noires, des marron, des rouges à talons qui te blessaient,
d’autres pleines de boue qui laissaient des taches
que le lendemain il fallait brosser. Tu en perdais, des poils !

AEV 1920-24 Marie-Thé tapisTapis, mon vieil ami,
Pendant les repas des invités,
Avec ma sœur nous nous cachions sur toi, sous la table !

Avec toi mon tapis, nous étions les témoins des jeux d’adultes.

Des pieds se libéraient de chaussures trop serrées,
Ces pieds cherchaient d’autres pieds,
des mollets se rapprochaient,
des mains baladeuses caressaient des genoux.

Nous finissions par nous endormir sur toi,
qui étais si doux.

Tapis, mon merveilleux tapis,
Tu en as connu des galipettes,
Des roulades,
Tu en as entendu des mots d’amour,
Des mots de tous les jours !

Après toutes ces années, je t’ai redécouvert.

Tes couleurs sont passées,
Tu es râpé jusqu’à la trame,
Mais les souvenirs restent.

Pendant le confinement, je fais du rangement,
Je mets de côté ce qui est inutile, pour la décharge
Mais toi, mon tapis, mon vieux tapis, objet inanimé,
Tu as une âme, pas question de t’éliminer !

31 mars 2020

J'ai une poussière dans l'oeil ! / Maryvonne

En ces temps troublés, des grandes plumes, scientifiques, écrivains, cinéastes, chanteurs, s'expriment avec talent pour nous faire partager leur ressenti face à la crise sanitaire. Et moi pauvre plumette de niveau encrier d'école primaire quel récit puis-je vous proposer sur mon confinement ? Je regarde dans ma maison mes objets qui vont confiner avec moi et que vous dire ? Il y a bien mon lit qui me tend les bras, mais pas de ça, ma vieille, il faut lutter debout. Des tas de livres que j'avais boudés me font de l’œil. Dans ma véranda une lirette* commencée il y a un an et abandonnée cherche à retisser des liens avec moi. Je viens de laisser de côté un tapis de gym quand je me suis aperçue que je n'arrivais plus à faire la chandelle ni les roulades arrières !

AEV 1920-24 Maryvonne 9782092509937-475x500-1Il me faut de l'air, de l'aventure, Je fais fi de ma plumette et pars avec mon plumeau et plus si affinité : éponges, chiffons, vieille brosse à dent, détergent. Embarquement immédiat pour un voyage au fond de mes placards. Première escale dans ma cuisine, haut lieu stratégique du confinement. Ce que j'aime dans les voyages ce sont les rencontres : je viens de croiser mon vieux moule à baba au rhum qui m'est tombé dans les bras, ça me donne des idées. Cachés derrière le moule à gaufres, deux «covid-19» morts. Ah non, plutôt des toutes petites araignées. Araignée du matin chagrin ! Ce n'est pas de bon augure.

Dans le premier tiroir j'ai rencontré de plein fouet un couteau sournois qui m'a percuté le doigt. C'est le majeur gauche : comme les dégâts sont mineurs, nous avons fait un constat à l'amiable et après les soins d'usag, désinfection, pansement, gant de protection, j'ai pu reprendre ma route. Beaucoup de dénivelés avec les montées et descentes de l'escabeau pour atteindre le fond des plus hauts sites.

Les poignées que je croyais propres sont crasseuses dessous et là je croise le souvenir de mon père qui disait : « Ce sont souvent les plus coquettes qui n'ont pas les dessous propres ». Je ne sais pas d'où il tenait cette théorie mais ma mémoire fait de curieuses associations.

Armée jusqu’aux dents de ma vielle brosse à chicots je m’aperçois que mes charnières ont une hygiène dentaire qui laisse à désirer, l'ennemi est partout et retarde ma progression.

A genoux devant mes tiroirs les plus bas je revois les pénitentes qui traversaient ainsi la place devant Notre-Dame de Fatima au Portugal. Elles venaient implorer la sainte de leur accorder une grossesse. Qu'est-ce que je demanderais bien à la sainte ? 

AEV 1920-24 Maryvonne - ND de Fatima

- Je vous en prie, ne me faites pas mourir du coronavirus, ce serait idiot de ne pas profiter un peu de ma cuisine propre.

Plus haut je retrouve un paquet oublié, une préparation pour faire un cake au caramel.


Ce sera parfait pour le quatre-heures avec tous les sachets de thé divers et variés que je viens de redécouvrir. Ce sera parfait. Ce n'est pas très raisonnable, ce n'est pas comme ça que je vais pouvoir refaire la chandelle, tant pis ! Me voilà arrivée à mon étagère de recettes de cuisine et je suis en extase devant le monde entier. Des recettes qui font voyager, il y a même le cahier de recettes de maman et de belle-maman. Non, non, il ne faut pas prendre cette route, c'est « Voyage interdit dans les souvenirs ». Déjà, j'ai mis juste un doigt de pied au-delà de la frontière et c'est douloureux. Je pense aussi à la maman de mon amie Anne qui souffre isolée dans son EHPAD.


- Mais tu as la joue mouillée ?


- Non ! Avec tout ce remue-ménage j'ai juste une poussière dans l’œil !

7 avril 2020

X c'est l'inconnu / Adrienne

Classe de garçons de Guy Lecorne (M

Le jour de la photo, comme souvent, il manquait quelqu’un pour faire le onzième.

Le plus embêtant, c’est quand Tardy est absent, le gardien de but. Non pas qu’il soit si bon, ce n’est pas lui qui se fera recruter par le Racing Club de Lens, mais il est le plus grand et le plus patient.

Chaque fois qu’il doit aider son père au lieu de jouer au foot, personne n’a envie de le remplacer. Ce n’est pas chouette de rester entre les poteaux et de regarder les autres gambader et faire des passes et des shoots.

Tardy, c’est le seul qui ne se fasse jamais chahuter. Par personne.

C’est sûrement pour ça que l’entraîneur l’a mis en bonne place devant lui, au milieu de la photo.

***

Ce samedi-là, l’entraîneur avait demandé à un photographe de faire la photo de groupe.

Si je l’avais su, je me serais coiffé avant de venir! Evidemment, le seul qui était au courant, c’était son fils, qui avait mis de la brillantine et fait une belle raie. Même ses ongles étaient propres ! Mais ça, c’est inutile, ça ne se voit pas sur la photo.

L’entraîneur nous a mis sur deux rangs, cinq debout derrière, cinq accroupis devant, il a râlé parce qu’une fois de plus il manquait quelqu’un – mais qu’est-ce qu’on y peut si nos pères ont besoin de nous à la ferme ou au magasin – puis il a dit souriez et regardez bien l’objectif !

Nous on a fait comme on a pu, surtout moi qui ne supporte pas d’avoir le soleil dans les yeux… Mais sourire ? Ah ça non ! On était bien trop impatients de commencer à jouer !

21 avril 2020

En l’an 2019 / Josiane

AEV 1920-27 Josiane Covidjpg

En l’an 2019 survint un grand désastre. 
Venu de l’Orient l’ennemi invisible 
Nous laissa démunis, ignorants et stupides ;
Fauchant sur son passage vieillards et adultes,
Épargnant les enfants, ce qui est cause juste. 
On le nomma COVID et 19 pour l’an. 
Tous le redoutaient mais nul ne le voyait. 
Afin de l’éviter, on se claquemura 
Avec, pour seule armure, des bulles de savon 
Des masques de papier ou encore de chiffon.

On l’affrontait parfois pour mille bonnes raisons :
Pour se ravitailler, pour promener son chien
Ou bien, tout simplement, pour ses membres délier.
Une armée de savants tentèrent de le défier.
Aucun n’était d’accord sur l’arme à employer,
Mais chacun était sûr d’avoir le savoir-faire
Pendant que par milliers tombaient nos congénères
Et que les vrais soldats, les soignants, les sans grade
Se battaient avec peu, avec leur seul courage.
On les applaudissait, le soir, sur nos balcons,
On chantait des romances, on jouait du violon.


 

On s’était crus des dieux, on était misérables,
Des apprentis sorciers, des envoyés du diable,
À l’image de ceux que nous avions élus
Et qui contre COVID tentaient d’aller en guerre.
L’un disait « Sortez tous ! », l’autre « Confinez-vous ! »,
L’un disait « Pas de masque, le COVID il s’en fout »
Pour ne pas dire « Les masques ? On n’en a plus du tout ! »,
D’autres « Portez un masque, vous le fabriquerez,
Car ils viennent de Chine et à dos de tortue ;
Pour sauver votre peau, sortez tous vos tissus,
À vos machines à coudre, on a l’arme qu’on peut ! ». 

AEV 1920-27 Josiane écureuil

Mais comme à toute chose il y a son contraire,
On vit Paris désert révéler ses mystères,
On vit s’aventurer sur le seuil des chaumières
De petits écureuils profitant du bon air.
On vit des ciels plus bleus,
Sans avions en partance.

C’était aux premiers jours d’Avril,
On vit un printemps doux préparer ses atours,
Ses couleurs chatoyantes et ses pommiers en fleurs,
Nul quidam sur les plages, le seul vent et la mer.

A trop attendre de la vie, on ne regardait plus le ciel
Et voilà que COVID révélait l’essentiel.
« Tout peut recommencer !» disaient les optimistes.
« Les Français sont des veaux ! » leur répondaient les autres.
« Quand il disparaîtra nul ne s’en souviendra ! ».

AEV 1920-27 Josiane matin bleuDeux mois durant peut-être, enfin, je ne sais plus ,
Nous fûmes enfermés comme des malotrus.
Mais les petits soldats voient le jour qui se lève !
Que c’est long, sans baisers aux petites frimousses,
Sans s’asseoir quelquefois sur une verte mousse,
Sans regarder la mer et sans aucune trêve !

Alors, il faut me pardonner
Emporte-moi très loin, ai-je dit à ma mie.
On verra des matins bleus, et si ton coeur balance
Souviens toi :
Ce qu’il reste de notre vie, je veux le passer à t’aimer.

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4 avril 2017

Chère sirène de mon cœur / Maryvonne

                       Ma Lolotte

je ne vais pas noyer le poisson mais aller directement à ma déclaration.

Je t'aime en mi, en fa, en ré mais surtout en «sole». Depuis que je t'ai vue planter tes sardines au camping du Gardon frétillant avec ton mini-requin marteau je suis heureux comme un poisson dans l'eau.

Tu me trouves un peu congre et ton amour n'est encore qu'un alevin mais petit poisson deviendra grand, ça ne fait pas une plie.

AEV 1617-24 Maryvonne Poissons-1

Je deviendrai ton empereur et toi ma sirène sans queue de poisson. Quand tu as voulu me traiter de maquereau je n'aurais pas dû te traiter de morue. Si pour une fois nous nous sommes engueulés comme du poisson pourri il faut que l'on arrête.

Pour me réconcilier avec toi je suis prêt à boire la mer et les poissons.

En écaillant la dorade je me prends à chantonner : « Je t'aime un peu , beaucoup, à la folie... »

Comme le doigt de Dieu a marqué le Saint-Pierre ton doigt marquera mon existence pour toujours.

Je serai ton poisson pilote, pour te défendre je jouerai du sabre. Je te ferai voir l'arc-en-ciel de la truite de Schubert que tu entendras sur tous les thons.

Je serai ton grand loup jusqu'à ce que tu sois vieille. Ne crois pas que ce soient là des beaux bars ni des propos de poisson d'Avril. Je crierai dans tous les lieus que je t'aime.

                                                           Ton Colin

7 février 2017

Si le Bon Dieu l'avait hurli / Eliane

Si le Bon Dieu l'avait hurli
Lanturlette lanturlu
J'aurais flagi la Cléôpatre et je ne t'aurais pas flagie.
Sans ton amour que je scrafougne, las, que fussé-je devenu ?

AEV 1617-18 Eliane CLÉOPÂTRE-PLUS-INTELLIGENTE-QUE-BELLE

Si le Bon Dieu l'avait hurli, j'aurais flagi la Messaline
Agnès, Odette et Mélusine, et je ne t'aurais pas flagie.
J'aurais flagi la Pompadour, Noémie, Sarah, Rébecca,
La fille du Royal Tambour, et la Mogador et Clara.

AEV 1617-18 Eliane MogadorCeleste_de_Chabrillan_1854

Mais le Bon Dieu n'a pas hurli, que je connaisse leurs amours
Je t'ai flagie, tu m'as flagi
Gloire à Dieu au plus haut des cieux !

Las que fussé-je violoné, sans toi la nuit, sans toi le jour
Je t'ai flagie, tu m'as flagi
Gloire à Dieu au plus haut des nues !

21 avril 2020

La Guerre des retranchés / Maryvonne

AE1920-27 Maryvonne héraut

Oyez ! Oyez, braves gens, la complainte de la guerre contre un ennemi mal connu et sournois !

Nous avons tout de suite su qu'aucune épée, aucune arbalète, ni fusil ni kalachnikov n'en viendrait à bout. Mais des seringues et des respirateurs !

Fallait-il appeler l'infanterie, l'artillerie, la marine ? Le génie ? Oui seulement si c'est celui des médecins et soignants. Quelle armure, quel uniforme sinon des blouses ? Quel grade appeler et utiliser ?

Vous voyez cette fois les militaires ne peuvent pas prendre la route. L'Etat-major est aux arrêts, le train patine et l'aviation ne décolle plus. Mon pays, armé jusqu'aux dents est à la soupe claire. Ses dents ne lui servent à rien.

- Vous allez faire comment alors ?

Nous, les simples, les sans-grade, nous allons être les soldats en restant chez nous et en respectant des gestes simples. On lui fera la guerre des nerfs à l'ennemi.

Pour une fois, cher Brassens, je ne serai pas de votre avis quand vous déclarez : « Moi mon colon celle que je préfère c'est la guerre de 14-18 ». Moi ce que je dis, juste en passant, c'est que la nôtre est plus douce, c'est la guerre des retranchés chez eux avec de la nourriture, du confort, des moyens de communication modernes.

Ça a commencé par un serment dans la salle du jeu de paume : celui de se laver les mains fréquemment. C'est donc la guerre des mains propres, ce que j'essaie de faire le plus souvent possible, je me passe donc un savon toute seule, sorte d'autoflagellation.

Si je sors en plein midi c’est munie d'un heaume en tissu qui me protège, moi et les autres belligérants. Et puis j'éternue dans mon coude. C'est bien moi ça, je ne rate pas une occasion de me pousser du coude pour faire la maline.

Très tôt souvent je me lève pour profiter des matins bleus sans pollution pour quérir la gazette dans ma boite. Ce que je crains c'est d'y découvrir la mort d'un ami parti au front. Ce qu'il y a de commun avec toutes les guerres c'est qu'une personne peut dire à une autre chaque matin : « Si tu ne revenais pas » ? Alors je trouverais la maison vide.

Certains par contre trouvent la maison trop pleine. Les enfants en grappe qui tournent et virent dans un petit espace. « Que c'est long ! » disent certains parents !

Pendant que nous, mains lavées, nez mouché, bouche cousue, nous profitons du temps qui nous est donné, bien que nous soyons les grognards de la consigne, nous attendons avec impatience que notre généralissime Joe Krapov* nous envoie notre feuille de route. Quand nous aurons gagné la guerre et que nous relirons ces quelques mots nous dirons c'était aux premiers jours d'avril 2020 nous avons vaincu car nous avons su rester confinés.

* Général d'une bande armée de stylos. Revenu de la retraite de Russie avec le goût de la vodka qu'il partage virtuellement avec un certain capitaine Haddock en s'échangeant des insultes littéraires.

21 avril 2020

Lettre au Président / Raymonde

Lettre au Président

CORONA MACRON RAOULT

C'    est quoi le finementcon ?
O    n doit rester à la zonmai ?
N    TM !
F    aisons pas iéche
I     nterdit de tirsor qu’y zon dit
N    on mais n'importe nawak !
E    coute moi et mes tepos
M   anu ! "Un homme s' est pendu !
E    splique nous c’est ouac le rusvi
N    e nous raconte pas des craques :
T'    en sais rien du oute !

Réponse :

C    hère jeune génération
O    n ne doit point se leurrer
N    e nous méprenons pas !
F    aisons amende honorable,
I     ntervenons de façon responsable
N   e nous écartons pas du droit chemin
E    t restons à l' écoute de tous ceux qui ont faim
M   ais ne jetons pas la pierre aux autres…
E    uh ! Je m'égare, je fatigue ! Ma joie est tombée dans l'herbe
N'   arrive plus à maitriser mes nerfs et tout le reste
T    rop, c'est trop , je jette l'éponge !


- Qu'est-ce qu’y raconte l'aut ' bouffon ?
On n’y entrave que dalle !
- Que c'est long ! »
- C'est qui qui a faim ?
La petite fille qui pleurait ?
Y dit qu'il fume de l’herbe avec sa joie ?
Et pourquoi qu’y jette l'éponge ?
Y veut qu'on fasse la vaisselle ou quoi ?


Gestes barrière de ces petits jeunes :
- Désinfecter les poignées de la mobylette que l’on "emprunte" et qu’on brûle après par mesure d’hygiène : la forte chaleur tue le virus ;
- Mettre un masque pour ne pas être reconnu ....non c'est pour le virus ! ;
- Refermer les portes à grands coups de pieds pour éviter d’y toucher, geste adopté bien avant le virus ;
- Serrer la main du petit vieux qu' on n’aime pas !
- T' es bien gentil mon petit, d' habitude tu dis jamais bonjour !

24 mars 2020

W comme wafel ! / Adrienne

AEV 1920-23 Adrienne gaufresDans la grande famille du grand-père maternel, celle où grand-mère Adrienne est entrée par son mariage - elle qui était fille unique - il n'y avait qu'une seule bonne recette de gaufres, détenue par une seule personne: la Mater Familias, Marie-Angélie.

Seules deux de ses belles-filles ont réussi à devenir les dépositaires de la fameuse recette - et vous imaginez avec quelles papilles critiques leurs gaufres étaient goûtées et évaluées à l'échelle de celles de la Mamma, jamais égalées, évidemment, toujours approchant, toujours manquant ce petit je ne sais quoi...

Gaufre, en néerlandais wafel, dans le dialecte de grand-mère Adrienne, woefo.

Mais quand elle disait "kgoe a ne woefo geiven!" ("je vais te donner une gaufre", c'est-à-dire une baffe) il fallait se tenir à carreaux.

Même si elle ne mettait jamais sa menace à exécution - elle était bonne comme le bon pain - le menacé savait qu'il ne devait pas lui courir sur le haricot, que la coupe était pleine.

 

 

14 avril 2020

Road trip / Célestine T.

Toute ressemblance avec la vraie vie est parfaitement plausible.

visite-estivale-en-bugatti-tropedo

En ces temps troublés comme une anisette par de l'eau d'Evian, où le mot d'ordre est de rester chez soi, on en est réduit à voyager par procuration, en s'inventant des roads trips de calebasse. 

En un sens, c'est pas plus mal : on a l'hydrocarburogramme plat, ça nous coûte peanuts, et les piafs nous disent merci. Les voilà qui réinvestissent les parcs, faisant frétiller les frondaisons de leurs trilles guillerettes. Tu m'étonnes ! Cinquante ans au moins que le ciel n'avait pas été si bleu.

Guillerette, je le suis tout autant quand, profitant d'un petit zeph printanier, je décide de troquer mes pelures d'hiver contre la seule chose qui tourne sur terre : une robe légère version Souchon. J'ai un rencard de première, à ne pas louper. La lumière du soir est plus rasante qu'un discours électoral.

Soudain apparaît en pétaradant comme de juste, une splendide torpedo Panhard et Levassor, magnifiquement surmontée d'un bel homme tirant sur le blond et sur une cibiche qui volute comme dans les films des années 50. Je reconnais Bleck.

- Allons boire le dernier de la journée, je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule ! lui dis-je en souriant.

- Attends, ma libellule, attends, j’ai des projets plus ambidextres pour toi, qu'il me répond.

Et nous voilà embarqués sur la route de Madison, via le boulevard du Rhum.


- Il me faut faire Allemande honorable, dit-il en souriant. Ça fait cinq ans que je te dois un resto, alors cette fois, je me suis dit ne reculons plus, sautons. Enfin si je puis me permettre cette expression hardie autant qu'osée... Ça fait cinq ans que je me dis que je vais franchir des Himalayas de réprobation, et annapurniser dans le désenchantement... Alors aujourd'hui : alinéa jacte à l'aise ! Je t'emmène chez Eugène manger des frites.

Au carrefour des Etoiles, deux clampins traversent devant lui sans regarder. Il pile.

- Toujours pareil, quand on algarade en ville, les badauds pullulent comme cellules en tumeur ! s'écrie-t-il.

Et je vois bien que ça le met furinx. Il émet quelques bouts de râle, il ferre de lance, il abordage... puis reprend son sourire ultra brite. Tout en gouaillant, je fais gaffe parce que si cet olibrius prenait la fantaisie de m’aligner un taquet, sûr et certain que ça ferait travailler mon dentiste.

Je pourrais avoir peur, s'il s'agissait de Jojo la Défouraille, un loustic pas fréquentable, condamné à mort par accoutumance qu’on m’avait dit espadrillé en Amérique latoche.

Mais là, il s'agit du type le plus réglo de la blogosphère. Un chic type du genre de mon oncle Joe Krapov, qui dit toujours que « quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin.»

Et c'est ainsi que, de fil en conversation, nous sommes arrivés chez Eugène, après une cinquantaine de bornes de décoiffage décapoté (contrairement aux films des années 50 où pas un cheveu ne bouge malgré la vitesse).
 

Il passe ses mains sur ma chevelure, blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint-Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.

- Bon on se le fait ce resto ? demande-t-il d'une voix gris clair.

- Vamos, amigo ! réponds-je, le palpitant en capilotade. Et je franchis le seuil de la caverne alibabesque, en pensant au pont de Noirmoutier.

24 mars 2020

Le Hareng à la japonaise / Jean-Paul

Léon le pêcheur 01 réduit

A la maison, en ce temps-là, il n’y avait que le grand-père pour manger du poisson.

C’est peut-être parce qu’il était lui-même un grand pêcheur devant l’éternel. A revoir les albums et les boîtes de photos que j’ai récupérés récemment on pourrait croire qu’il a passé sa vie à accrocher des vers au bout de son hameçon, à monter des lignes avec des petits plombs, à amorcer, à surveiller son bouchon, à se faire photographier avec de jolies prises.

C’est peut-être cela, le secret du bonheur : être pêcheur au bord de l’eau.

Tout ça pour dire que Maman, qui faisait les courses des deux familles, s’arrêtait parfois « au Saumon d’or », chez Jules Turbiez, le poissonnier de la grand’rue, et qu’elle ramenait des rollmops ou des harengs saurs qu’on appelait des saurets. Je n’ai pas souvenir qu’elle ou grand-mère aient jamais cuisiné du cabillaud, du thon, du lieu ou du sabre comme je le fais très souvent maintenant. 

Poissonnerie Jules Turbiez 
Photo d'un "mariach' à sabots" extraite du calendrier 2017 de la ville de L.

Alors vous pensez bien, le hareng à la japonaise, ça a été un grand moment de drôlerie dans notre histoire commune !

C’était en 1980, à Cracovie, je crois. Il nous avait emmenés, ma grand-mère, mon frère et moi, passer des vacances en Pologne et en Tchécoslovaquie où il avait des connaissances et des points de chute pour le logement.

Vous-ai-je déjà dit qu'il était un espion du KGB ? Oui, je l'ai dit et ceci explique cela.

Ce jour-là, on était entrés, tous les quatre, sans accompagnateur autochtone, dans un restaurant.

On a regardé la liste des plats sur le menu mais tout était écrit en polonais et uniquement en polonais. Pour demander des explications en allemand ou en russe, les deux langues dans lesquelles, avant même d’être devenu Breton, je pouvais baragouiner quelque peu, c’était compliqué : les Polonais, pour des raisons d’envahissements intempestifs de leur territoire que l’on sait, détestent entendre le sabir de leurs voisins de droite comme de gauche. Tout ce qu’on savait c’est que les knedliky, ces boulettes de farine qu’on vous servait trempées dans une espèce de soupe, c’était pas top.

Alors on s’est lancés au hasard et moi, comme entrée, j’ai pris « Śledź po japońsku ». C’était d’autant plus gonflé qu’à l’époque on avait encore moins idée de ce que pouvait être la cuisine japonaise mais on ne se faisait pas de sushi pour si peu. On verrait bien !

Eh bien figurez-vous que c’est très bon, « Śledź po japońsku » ! C’est du hareng fumé mélangé avec des pommes, des cornichons et de la crème fraîche !J’ai fait goûter le plat à mon grand-père. Tout le restant de sa vie il a regretté de ne pas avoir fait le même choix que moi !

Finalement, la cuisine, c’est comme le jeu d’échecs ! Ce n’est pas vous qui gagnez, c’est l’autre qui fait le premier une erreur dans son choix !

En voici la recette qui est devenu un plat traditionnel de la maison Krapov :

Vous prenez un paquet de filets de harengs fumés doux. Vous les passez sous le robinet histoire de les dessaler un peu, même si, en argot, le hareng est toujours dessalé.
Vous coupez les filets en morceaux d’un centimètres.
Vous les mettez dans un grand saladier.
Vous épluchez un oignon et le coupez en fines lamelles.
Vous ajoutez trois ou quatre petits cornichons coupés en tronçons.
Puis deux cuillères à café de câpres.
Un piment de Cayenne séché que vous découpez très (con)finement.
Puis trois pommes fruit que vous pelez, épépinez et coupez en demi-quartiers.
Vous versez là-dessus deux cuillères à café de jus de citron, une cuillère d’huile d'olive, du poivre et un pot de dix centilitres de crème fraîche.
Vous mélangez et servez frais.

Bon appétit !

Pardon : Smacznego !

22 janvier 2019

Le Petit Poucet / Anne-Françoise

Quoi ?! Comment ?! Moi qui devais porter une belle robe de bal, des pantoufles de vair, un joli capuchon rouge ou un maillot de bain, moi qui devais dévorer des cochons ou manger une galette avec un petit pot de beurre, je me retrouve va-nu-pieds, le ventre vide avec à peine un crouton de pain sec ?!

Je ne passe pas mon temps à dormir dans un beau lit à baldaquin ! Je n’ai pas le loisir de faire des longueurs dans une piscine, de faire de la pâtisserie, de chanter «Un jour mon prince viendra» ou de courir après des cochons, des chevreaux ou des moutons !

Evidemment que ça a mis un peu de temps à venir !

Mais j’ai des cailloux dans les poches et ça, ça a été définitif !

AEV 1819-16 Petit poucet

 

14 avril 2020

Psychose sur la voie ferrée / Jean-Paul

psychose-sur-la-voie-ferree

Ce matin-là, Manu M. avait la figure en coin de rue sinistrée. Ses paupières étaient gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique et avec la couche de mélancolie qui lui couvrait le visage, on aurait pu regoudronner la Nationale 7.

Bref pas très en train, le bonhomme, du genre tombé du wagon ou assommé par le résultat du match de la veille : Toulouse-Lautrec, score final 42-0 ! On l’a alpagué au pied des rails, de l’autre côté de la maison Lawton, et il avait les stigmates qui avaient coûté cher à Gaston :  ceux du gars qu’a perdu l’esprit !

- Vous avez votre attestation dérogatoire de déplacement ? que lui a demandé Thompson.

Il semblait s’affaisser des méninges, le ziguche. Se débattre dans le yaourt.

- Ma quoi ?

- On peut voir vos papiers, citizen Ken ? Vous avez eu un accident de luge ?

- Ils sont restés dans le compartiment du train, je retourne les chercher.

- Où est-ce que vous voyez un train, M’sieu ? Et qu’est-ce que vous faites en robe de chambre dans ce coin paumé de l’Iowa ?

- Iowa ? Iowa ? Mais on m’attend à Paris ! J’ai une allocution à faire à la télévision ! Je n’ai rien à faire en Iowa !

- Mon cher Thomson, je crois qu’on est encore tombé sur un chtarbé de première ! Vous vous appelez comment, M’sieu ?

- Je vais faire Allemande honorable, messieurs les policiers : d’habitude je réponds Oscar de Tours à cette question mais là, j’ai un méchant blème : je ne sais plus comment j’m’appelle. Peut-être qu’on m’a filé un coup sur la cafetière pour me piquer mon larfeuille ?

- Il porte une cravate de soie, Thompson, c’est pas forcément un rolling stone. Vous avez quoi sous votre robe de chambre, M’sieu, un pige-moi-ça en chachlik mercerisé ?

Le gars écarte les pans de sa robe de chambre, tout surprisi de voir qu’il n’est pas à loilpé dessous.

- Ah ben non, je suis descendu avec mon veston, dites donc. J’ai juste le bas de mon pyjama. Tiens il est là mon portefeuille. Tenez, les voilà mes papelards !

- Paul…Deschanel. Vous êtes parent avec Coco, la gagneuse du numéro 5 ?

- C’est drôle : ce nom ne me dit rien du tout !

- En plus vous trimballez un vrai faux passeport ? Et en attendant, l’attestation de déplacement dérogatoire n’y est pas. Alinéa jacte à l’aise, M’sieu ! C’est pas que vot’ trogne de rubicond nous revienne pas mais on va vous emmener au poste, histoire de débrouiller les œufs de tout ça !

- Attendez, ça me revient ! Je suis le président de la République française. Je m’appelle Emmanuel Macron ! Il y a trente-sept millions de Français qui m’attendent comme le messie. D’ailleurs je suis le Messie, aussi ! Et Jupiter en même temps !

- C’est celaaaaaa, oui, a rétorqué Thompson en lui passant les menottes.

Il est sympa Thompson avec ses imitations d’acteurs français mais son répertoire n’est pas très étendu : Depardieu, Thierry Lhermitte, De Funès, Bourvil, Stop. Il manque juste Lucchini en fait mais ici, aux Zuhesses, ce gugusse nous fait le même effet que Woody Allen. On préfère ignorer.

- On va vous dresser contravention, allez, allez ! Pas d’discussion, allez allez ! J’connais l’ métier !

- Encore une journée faste, collègue. Un frappadingue dès le petit déj’, ca va donner, je sens, aujourd’hui ! Et qu’est-ce que ça serait si on exigeait que l’attestation soit tamponnée !

- Mets ton masque !

- J’ai mon masque !

- Mets ta ceinture ! Et toi derrière, le Frenchie, boucle-la aussi !

*** 

AEV 1920-26 JK Jours heureux

Dans sa cellule de dégrisement, Manu M. déprimait sévère.

Maintenant, il savait ce qu'elle valait, la gloire ! Un piédestal de sable, voilà ce que c'était ! Rien de plus ! Les hommes juchés sur ce promontoire se croyaient des élus éternels mais au premier coup de vent, ils s'écroulaient !

En regardant au-dehors par la petite lucarne de sa cellule, il vit que la lumière de l’été était plus rasante qu’un discours électoral. Il ne savait pas du tout, mais alors pas du tout comment se terminerait ce cauchemar. Y aurait-il seulement encore des jours heureux ?

P.S. Et comme disait la môme Jeannine, ami lecteur, amie lectrice, «Et en plus, c’est vrai» ! Tu peux vérifier ici de tes propres châsses la véracité du pitch :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Chute_du_train_de_Paul_Deschanel

Enfonce-toi bien ça dans le caberlinche, mon pote : Quand des gens passablement évolués te donnent pour vérité des abracadabrances, c’est que ces abracadabrances se sont bel et bien produites !

15 avril 2020

Consigne d'écriture 1920-26 du 14 avril 2020 : Hergé Hopper San Antonio

Hergé Hopper San Antonio

 

Grâces soient rendues à Xavier Marabout ! Sa réinterprétation des tableaux d'Edward Hopper dans lesquels il fait figurer les personnages d'Hergé est un régal. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas adjoindre à ces tableaux quelques mots de San Antonio (Frédéric Dard) ? C'est ce que l'animateur propose cette semaine.

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1) Vous choisissez un tableau dans la galerie "Hergé-Hopper" de Xavier Marabout

2) Vous écrivez un texte à partir de cette image. Attention : vous ne devez pas utiliser les noms des personnages d'Hergé même s'ils sont représentés sur le tableau. Le jeune homme à toupet sera rebaptisé Félix, Antoine Manaudou, Théodore Chassériau ou ce que vous voudrez mais surtout pas T*nt*n !.

3) Vous insérez dans votre texte deux ou trois citations choisies dans la liste ci-dessous ou ici.

Il émet quelques bouts de râle et se fout aux abonnés absents.

Il périlie en force, mon cher valeureux mammouth. Il ferre de lance. Il abordage.

Quand des gens passablement évolués te donnent pour vérité des abracadabrances, c’est que ces abracadabrances se sont bel et bien produites.

Il s’agit de Jojo la défouraille, un loustic pas fréquentable, condamné à mort par accoutumance je crois bien et qu’on m’avait dit espadrillé en Amérique latoche.

Mes forces ont mis les adjas. J’ai du carat et mes muscles ressemblent à des souvenirs.

Les anciens pétomanes ! Les anciens musiciens ! Toujours nouveaux cons, quoi qu’il advalsedevienne.

Il semble s’affaisser des méninges, le birbe. Se débattre dans le yaourt.

Lorsque tu es de nature marginale, tu trouves toujours un petit turbin pour affurer ton minimum vital.

Allons boire le dernier de la journée, je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule.

Il ressort son flacon de corrosif pour s’en téléphoner deux décilitres dans l’alambic.

Toujours pareil quand on algarade en ville ! les badauds pullulent comme des cellules en tumeur.

Prof et King viennent de franchir le seuil de la caverne alibabesque.

Tout en gouaillant, je fais gaffe parce que si cet olibrius prenait la fantaisie de m’aligner un taquet, sûr et certain que ça ferait travailler mon dentiste.

Alinéa jacte à l’aise !

Faire Allemande honorable.

Et que je te sabre au clair, et que je t’allon-z’enfance pour un oui, un niet, une allocution, une allocation !

Attends, ma libellule, attends, j’ai des projets plus ambidextres pour toi.

Je franchis des Himalaya de réprobation, j’annapurnise dans le désenchantement.

Le canari que j’ai acheté à Toinet pour son annif piaille à gorge d’employé.

Le ziguche qui fermait la marche me reçoit plein cadre car j’ai à-piedjointé sur sa poitrine.

Lormont blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint-Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.

Les temps ont changé, se sont durcis. Tu tolérerais jamais ce genre de pirouette arnaqueuse.

D’emblée je m’assure qu’elle n’est pas trop craignos. Ces arpenteuses de nationales ont souvent tendance à négliger leur service entretien et ma pomme, si une gerce n’est pas rigoureusement clean de partout, je préfère abstiner

Je me disais que je ne devais pas compter aller loin mais seulement m’arracher de la zone dangereuse.

Et ça vous hypnotise depuis les crins jusqu’aux orteils en passant par la membrane médiane, le gros côlon (Christophe pour les dames) et l’artère iliaque interne.

Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève.

Mesdames, vaut mieux une chiée de types qui posent leur pantalon en votre honneur, qu'un seul qui vous le fait repasser

Ce matin-là, il avait la figure en coin de rue sinistrée. Ses paupières étaient gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique et avec la couche de mélancolie qui lui couvrait le visage, on aurait pu regoudronner la Nationale 7.

L’an dernier j’étais encore un peu prétentieuse, l’an prochain je serai parfaite.

Toulouse-Lautrec (score final 0-0)

Maintenant, je savais ce qu'elle valait, la gloire ! Un piédestal de sable, voilà ce que c'était ! Rien de plus ! Les hommes juchés sur ce promontoire se croyaient des élus éternels mais au premier coup de vent, ils s'écroulaient !

Quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin, mes fils.

La lumière de l’été est plus rasante qu’un discours électoral.

7 avril 2020

L comme lettre / Adrienne

La lectrice (copie restaurée)

Elle s’est installée dans la pièce qui lui est réservée pour ses travaux de couture.
Là, personne ne vient la déranger.

Sur ses genoux, elle a posé la souple mallette en tissu à carreaux, une sorte de grande sacoche avec une longue lanière. C’est là-dedans qu’elle conserve ses lettres.

Chaque lettre est encore dans son enveloppe d’origine. Certaines sont de ce léger papier bleuté avec les bords tricolores : elles ont voyagé en avion.

Elle non. Jamais elle n’a pris l’avion.

Elle aurait bien aimé, pourtant. Voyager.

Mais pour Félix, son mari, il n’est pas question de quitter la maison.
Félix et son jardin potager.
Félix et son pigeonnier avec ses bêtes à concours.
Félix et ses amis qui attendent fébrilement le lâcher de pigeons à Lens.

Alors quand l’envie d’ailleurs devient trop forte, elle se retire dans cette pièce.
Avec ses travaux de couture.
Et la sacoche aux lettres.

Elle a toujours ce doux sourire en les relisant.

***

Je suis prête.

J’ai fait ma mise en plis. J’ai mis mon joli collier. Ma montre en or. Ma robe en soie. Mon rouge à lèvres.

Je suis prête.

Je rassemble les lettres, les photos qu’il m’a envoyées de là-bas.

Il est toujours aussi grand et mince, aussi beau dans son long tablier blanc, les bras fièrement croisés, devant l’entrée de sa boucherie.

Il m’attend et moi je n’attends plus.

J’y vais.

Félix a eu un bel enterrement.

Personne ne s’est douté de rien.

25 septembre 2018

Les Baskets du Berry / Anne-Françoise

AEV 1819-03a basketIl est désordonné ! Regardez-moi ces chaussures qui traînent !

Il est tout comme son aïeul, le gros Berry. Il habite d’ailleurs sa maison : une maison rouge sang dans le quartier de Villejean.

Il y a quelques siècles, Villejean n’était pas construit ainsi. C’était la campagne, et même plus : la forêt. Il y avait, en lisière, quelques pauvres masures où habitaient des familles, souvent nombreuses (il faut dire que la contraception n’existait pas !). Elles peinaient à nourrir leurs enfants et en étaient parfois réduites à des stratagèmes inimaginables pour s’en débarrasser. Et ces enfants pouvaient faire de drôles de rencontres, seuls, dans cette forêt. Enfin bref. Mais je m’égare, moi aussi. Où en étais-je ? Ah oui, le gros Berry aimait beaucoup les enfants, et même, il adorait ça, les enfants.

Il avait des bottes magiques pour leur courir après plus facilement. Evidemment, de telles bottes, en cuir de mammouth et dinosaure, n’existent plus, et leur fabricant, Monsieur Septlieues, est décédé depuis bien longtemps. Quelques siècles se sont écoulés puis messieurs Nike, Puma et Adidas ont repris le marché. Ils ont décidé de redonner une forme plus aérodynamique et plus moderne à la botte de Septlieues et ont ainsi créé la basket. La botte de Septlieues, élitiste autrefois, s’est démocratisée : aujourd’hui, tout le monde a sa paire de baskets. 

AEV 1819-03a dévorer-un-livre

Elle n’a toutefois pas gardé les mêmes pouvoirs magiques. Alors notre ami s’entraîne dans le parc du Berry, son ancêtre. Et, tout comme cet ancêtre qui avait réussi à dévorer ses 7 filles, il ne sait pas ranger ses affaires, et ça traîne !

Après quoi court-il ? Il cherche la Maison de quartier de Villejean. Il voudrait rejoindre l’atelier d’écriture du mardi pour écrire et écouter de belles histoires. Son aïeul n’avait jamais écrit ni même entendu de contes, ça l’avait rendu agressif, cruel, sanglant. On a dit à notre ami qu’il y avait souvent des rires le mardi soir en salle Mandoline. Il voudrait goûter ça, savourer les mots et aller jusqu’à dévorer des livres, c’est plus digeste que les enfants.

7 avril 2020

Photo de famille / Eliane

La mère aux trois enfants dont un qui pleure)Je me suis portée volontaire, avec quelques cousins, pour vider la maison du vieil oncle qui vient d'entrer en Ehpad.

Je tombe sur un album photos, je le mets de côté pour le lui apporter. Il sera certainement heureux de replonger dans ses souvenirs. Et puis je découvre une boite à chaussures remplie de photos qui n'ont pas été triées. Elles sont toutes ratées, floues, mal cadrées. Pourquoi les a-t-il conservées ?

Je m'attarde sur l'une d'elle. Sa famille, femme et enfants. Même s'il y a peu de détails au niveau paysage, je pense qu'elle a été prise en Auvergne. Ils habitaient alors une vieille ferme, élevaient des chèvres et faisaient des fromages.

Je retrouve difficilement les traits de la vieille dame que j'ai connue dans ceux de cette femme dans la force de l'âge. Quant aux enfants, des cousins, je ne les ai connus qu'adultes.

Pourquoi mon oncle s'est-il précipité pour actionner le déclic ? Les protagonistes ne sont manifestement pas prêts !

Le but de la manœuvre devait être une photo bien mise en place, où chacun aurait été bien posé et souriant. Mais rien ne semble s'être passé comme prévu. Le bébé hurle et le fait d'être solidement maintenu par sa sœur aînée n'arrange rien.

La mère, toujours dans sa blouse de ménage, est dans une position peu gracieuse, ni à genoux, ni assise. De plus elle parle et semble en colère. Elle est bien loin de sourire.

Résultat de tant de précipitation, la photo est floue. Seuls les deux aînés des enfants semblent tirer leur épingle du jeu en affichant un franc sourire.

Cela ne suffit manifestement pas à sauver le cliché.

Mais à quoi pouvait penser Célestine, ma tante, à ce moment-là ?

***

Oh, là, là ! Têtu comme lui il n'y en a pas deux ! Je lui ai dit d'attendre, mais pas moyen. Monsieur est pressé ! Pressé de quoi ? On se demande !

J'aurais voulu mettre une jolie robe et le dernier collier qu'il m'a offert. Une photo de famille sera regardée par nos enfants plus tard et nos petits-enfants. Je ne voudrais pas qu'ils pensent que j'étais laide et négligée. Et puis Arsène pleure et se débat. Ce n'est pas facile pour un petit garçon de trois ans plein de vie, de garder la pose.

Allez ! J'essaie encore de convaincre le photographe :

- Attends un peu, rien ne presse. Je vais calmer notre gamin. Laisse-nous le temps de mieux nous préparer ! »

Rien à faire, il ne veut rien savoir. Je m'énerve, il s'obstine. Il dit qu'une photo c'est mieux si elle est prise sur le vif. Je bougonne : quelle piètre image cela va donner de notre famille !

 

AEV 1920-25 Eliane - chèvres

Pourtant il aurait pu faire une belle prise de vue, devant l'ancien corps de ferme joliment fleuri que nous habitons, avec pour fond les jolies montagnes arrondies sur lesquelles on aurait vu notre troupeau de chèvres !

Une fidèle représentation de ce qui constitue notre vie. Nous sommes heureux, même si nous travaillons beaucoup, Les chèvres il faut les garder, les traire, faire les fromages, les vendre. En plus, avec trois enfants, nous ne chômons pas.

Mais Clic, c'est dans la boîte.

Emile ramasse son matériel, replie son trépied. Je me demande à quoi il a bien pu lui servir ce trépied.

Arsène enfin lâché court rejoindre ses chères biquettes. Nous nous relevons..

Emile semble satisfait. Il le sera sans doute moins quand il verra la photo développée.

17 mars 2020

Fin du monde ? / Eliane

Un vilain virus décime la population. Ce n'est pas comme la peste ou le choléra, on n'en meurt pas forcément. Quoique de la peste et du choléra je crois qu'on ne mourrait pas forcément non plus.

Alors pour éviter que les uns ne contaminent les autres, devant cette épidémie galopante, le gouvernement a pris des mesures drastiques. « Restez chez vous ! » est le mot d'ordre. Et c'est le confinement général. Eh bien, quand on habite en appartement, mieux vaut ne pas souffrir de claustrophobie.

Je suis ces consignes à la lettre. J'ai 87 ans et si cette bébête m'attaquait les dégâts pourraient être violents, je pourrais en mourir. Même si j'ai peut-être atteint la date de péremption, mourir ne fait pas partie de mes objectifs immédiats.

Alors je reste bien sagement à la maison. Mais il y a parfois des cas de force majeure. Comme acheter de la nourriture pour ne pas mourir d'inanition à défaut de mourir du coronavirus.

Donc lundi après-midi me voici partie pour la supérette voisine. Je pensais naïvement qu’en plein milieu de l'après-midi il y aurait fort peu de monde. Que nenni, le petit magasin était rempli comme un œuf par des gens qui, craignant des ruptures de stock, faisaient des réserves.

Impossible de respecter la distance d’un mètre préconisée. Encore plus avec cette petite vieille (au moins autant que moi) qui me collait.

Comble de contrariété, le rayon des viandes avait été dévalisé. Pour avoir une dose minimum de protéines je me suis rabattue sur des produits préparés, ce que je n'achète jamais d'habitude.

Je suis quand même sortie indemne de cette aventure. Reste une petite inquiétude, je crois qu'il y a une période d'incubation.

A partir du mardi le confinement est devenu plus rigoureux, dorénavant il faudra se munir d'une sorte de «laisser circuler» avec motif qui tienne la route.

AE1920-22 Eliane ob_343ea2_vieux-et-moderne

Me voici donc chez moi avec des provisions pour une bonne dizaine de jours. Les premiers jours ça va, je trouve de quoi m'occuper. Faire des bricoles que l'on remet toujours au lendemain car cela peut attendre. Et puis je lis, j'ai la chance d'avoir encore de suffisamment bons yeux pour m'adonner à ce vice. Je regarde la télé, je finis par m'attacher aux personnages que je vois. Et je surfe sur internet. Quoi, cela vous étonne ? Que croyez-vous ? Je me sens encore jeune dans ma tête chenue et toute ridée.

Dans cette pauvre carcasse il y a un petit cœur qui bat et qui sait s'émouvoir. Il y a aussi un cerveau encore en état de marche, alors je reste curieuse, je m''informe.

Bon, ce n'est pas le tout, il va falloir que je me ravitaille et donc que je me rende au supermarché.
J'aurai peut-être la chance de trouver des rayons approvisionnés.
Que me faut-il pour être autorisée à me déplacer ? Il faut une attestation de déplacement dérogatoire, à remplir sur l'honneur. Alors voyons :

AEV 1920-22 Eliane La Queue en brieMme Adélaïde de Chincholle
Née le 29 février 1933
Demeurant 2 impasse des Glaïeuls
94510 La Queue en Brie

Je coche la case indiquant «déplacement pour effectuer des achats de première nécessité» et me voici pourvue du précieux laisser-passer.

Et même si cela comporte des risques, cette sortie sera une bouffée d'oxygène, car cette assignation à résidence devient un peu pesante.

17 mars 2020

Le virus Covid-19 a fait une première victime dans notre ville / Adrienne

Le virus Covid-19 a fait une première victime dans notre ville.

Jeudi matin, Mme Germaine-Pélagie-Thérèse Uncable a quitté précipitamment son domicile pour se rendre à l’appartement où vit sa mère, âgée de 86 ans. Elle y a sonné à la porte de la voisine de sa maman afin de lui défoncer le crâne à coups de marteau.

Sur son attestation de déplacement dérogatoire, elle avait coché la case “déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables”. Selon ses premières déclarations à la police après son arrestation, il semblerait qu’elle ne voyait plus que cette ultime solution pour protéger sa mère, la voisine la mettant en danger par des visites quotidiennes alors qu’elle voyait aussi de nombreuses autres personnes de tout âge.

On craint que d’autres cas similaires ne se présentent : tous les psychologues s’accordent à dire que le confinement rend extrêmement susceptible, voire irascible.

AEV 1920-22 Adrienne pj91210051908

7 avril 2020

Le Rêve de Léontine / Marie-Thé

Louise, Françoise et Edmund

Dans la maison de retraite de son village, elle a sorti sa boîte à souvenirs. Ses mains tremblantes cherchent et trouvent une photo prise un dimanche matin par son père. Elle y figure avec son petit frère et sa mère.

Elle avait alors 17 ans et se promettait d’être une hôtesse de l’air, d’avoir des talons hauts et de voir le bas d’en haut.

Nostalgie, c’est le mot qui lui vient à l’esprit en regardant la photo, avec le regret de n’avoir pas réalisé son rêve.

A l’époque, pleine de vie et d’insouciance, elle est tombée sous le charme de Félix, le plus beau gars du village, disaient ses amies.

C’était la fin de la guerre. Les bals du dimanche après-midi attiraient les jeunes, heureux de se défouler après tant d’années difficiles pour tous. Elle n’aurait pour rien au monde raté une pareille occasion de se distraire.

C’est précisément le jour où a été prise la photo qu’a débuté son idylle avec Félix. Lorsqu’au son de l’accordéon a commencé le bal, ses yeux noirs se sont posés sur elle.

Elle se souvient des frémissements de son corps quand il s’est approché, l’a prise dans ses bras, l’entraînant dans une java exaltante.

Le soir, ils se retrouvaient derrière le château. « Je vais chercher des champignons » disait-elle à sa mère, qui la mettait en garde contre les garçons trop entreprenants.

Lorsqu’elle a attendu un enfant, pas question pour sa famille qu’elle soit fille-mère. Elle a épousé Félix à la hâte. Adieu son rêve de devenir hôtesse de l’air et de regarder le bas d’en haut !




Pendant 8 ans, elle a mis au monde un enfant chaque année, jusqu’au jour où elle a dit à Félix : "Stop ! Des enfants j’en ai eu tout mon saoûl ! ".

Puis, comme elle, son bel amoureux est devenu bien vieux et « il a ciré ses bottes pour se présenter devant Dieu » comme ils disaient au village.

Devenue veuve, elle est entrée à la maison de retraite, et là elle s’invente une vie d’hôtesse de l’air, pleine de péripéties dans lesquelles elle est l’héroïne.

Les pensionnaires sont tous admiratifs de Léontine qui les fait rêver en racontant sa vie hors du commun.

***

Léontine, aux Hortensias :

AEV 1920-25 Marie-Thé Natacha

Ouf, je suis revenue dans ma chambre. La maison de retraite des «Hortensias», entre nous c’est un beau nom pour un endroit un peu sinistre ! Ici il n’y a que des vieux !

Moi, ils me prennent pour quelqu’un de très important parce que je leur raconte l’histoire d’une vie qui aurait pu être la mienne. Il y a un pensionnaire qui m’admire, qui me trouve à son goût ! Toujours à me suivre, à vouloir être à ma table, à m’interroger sur mes voyages. Je me méfie, s’il découvre le pot aux roses, c’en est fini de ma vie d’hôtesse de l’air.
Qui les fera rêver, tous ces pensionnaires qui me prennent pour une vedette ?

Bon, je me couche, il faut que je réfléchisse à l’histoire que je vais raconter demain. Bah, je peux redire plusieurs fois la même chose, ils ont la mémoire qui flanche !

7 avril 2020

La Mère et ses trois enfants / Jean-Paul

 

La mère aux trois enfants dont un qui pleure)

Il n’a pas le sens de l’humour, ce gamin ! Par contre il a du coffre quand il fait ce genre de grosse colère !

Il n’a pas le sens du décor, le père qui prend la photo ! Ce tas de pierres devant ce champ à l’abandon envahi d’herbes folles ! Peut-être qu’elle est jolie la forêt à l’horizon mais elle est loin et les deux poteaux télégraphiques, devant, franchement, c’est trop tout moche !

Il aurait mieux valu montrer la maison en briques neuves, ses volets à l’encadrement blanc. S’approcher plus. Choisir entre les gens et le paysage. D’ailleurs, c’est peut-être ça qu’il éructe, le môme ?

- T’es trop loin ! Elle va être ratée, ta tof ! Quand on photographie des enfants on s’accroupit pour être à leur hauteur !

La mère semble excédée elle aussi. Pourquoi l’a-t-il fait mettre à genoux ? Pourquoi la pose dure-t-elle si longtemps ?

Il n’y a que le grand frère et la grande sœur qui s’amusent de la farce, de la situation ou de la colère du cadet.

- La chance qu’on a ! semblent-ils penser. Grâce à la photo bonus découpable on va pouvoir montrer à quelqu’un d’autre que l’album comme on a passé des bonnes vacances à… en…

A vrai dire, on ne le saura jamais, où et quand ni qui c’était. Rien n’est écrit au dos de la photo. Elle a juste été prise à une époque où on achetait les mêmes fringues aux deux frangins.

Est-ce que c’est cette similitude dans la vêture qui a fait chanter au père « Bzz ! Bzz ! Bzz ! Les abeilles » et provoqué l’ire du blondinet ?

Non, c’est sûrement autre chose !

La mère aux trois enfants dont un qui pleure (détail)

- Je ne suis pas colérique ni coléreux ! T’es qu’un méchant, papa ! Et pis d’aboreuh, je sais même pas qui c’est ou ce que c’est qu’un Jodaltonne !

7 avril 2020

H comme Henryk / Adrienne

L'inconnu par Hauchard de Lens

A la fin de la guerre, Henryk a décidé de ne pas rentrer en Pologne. Sa ville avait été ravagée deux fois, par les Allemands et par les Russes. Plus rien ne l’appelait là-bas.

Pas une vieille maman.
Pas une petite amie.

Il resterait en France. Il travaillerait. Comme maçon ou comme mineur, tout ce qu’on voudrait, tout ce qu’il trouverait.

Mais rien n’est simple en ce pays.

Ses derniers sous, il a dû les consacrer à de la paperasserie administrative et à des photos d’identité.

Au numéro 13 du boulevard des Ecoles, il est entré chez Hauchard. Ça lui a crevé le cœur de ne même pas avoir de chemise blanche et de cravate à mettre pour la photo. Il a vérifié sa raie, s’est recoiffé et a pris la pose.

Sans sourire.

Avec cet air déterminé qui ne le quittera plus.

***

J’étais devant le type du guichet, nom et prénom, qu’il m’a dit, alors évidemment quand je lui ai répondu Wieczorek Henryk, ça l’a fait flipper, je commence à avoir l’habitude, je peux m’estimer heureux si on reste poli, vous pouvez épeler ? il a dit en soupirant, alors j’ai épelé du mieux que j’ai pu, j’aurais pu lui expliquer qu’on n’a pas le même alphabet, en polonais, mais je me suis retenu, ça aurait encore tout compliqué, ce qui fait que quand il m’a remis le papier à signer, j’ai vu que désormais je m’appellerais Henry Vizorek, et je me suis dit qu’aucun compatriote ne me retrouverait plus dans ce pays, si l’un d’entre eux en éprouvait l’envie un jour.

6 janvier 2015

Bamboula sous le baobab à Lambaréné / Jean-Paul

150102 002 BSous le grand baobab, on entend l’ovation qu’envoie aux baladins la foule rassemblée. Les oreilles sont encore pleines du solo de basson de l’ophtalmo. L’artiste rigole dans sa barbe d’avoir volé la vedette à l’oto-rhino – ça, c’est rosse ! – dont la prestation bafouillante à l’ocarina a ressemblé par trop au barrissement d’un olifant, au babillage horriblement bateau d’une baleine d’origine occitane qui ne connaîtrait pas plus le contrepoint que l’ornement.

La prestation de l’autruche sur sa balancelle haut-perchée a fichu le bazar chez les spectateurs pris en otage et mis en haleine. C’est qu’elle a mené d’une baguette magistrale l’orchestre des babouins autistes. Dans des bananes sans orifice, à s’en rompre l’occipitus ils ont baratté de l’Offenbach, du Bach et même du Louis Armstrong à s’en faire péter les ovaires !

Et puis l’okapi Baladeur et Barbie, l’otarie obèse ont fait l’Auguste et le clown blanc. Ce fut l’alpha et l’oméga de la rencontre baroque entre le flanqueur d’horions à baluchon de la place de l’obélisque et l’odalisque grasse dont ostensiblement l’aura baltimorienne en appelle dès l’aurore aux métamorphoses d’Ovide, à la bagatelle et au jet de bonnet par-dessus le bastingage.

Quel barouf ils ont fait ! Pas besoin de haut-parleur pour que chacun entende le bruit des baffes, des onomatopées, de la bagarre au bazooka. Quelle baston haute en couleur ! Barillet et Grédy sans nul besoin de claque au Théâtre ce soir ! C’est tout juste si, barbouillée d’ordures et de barbe à papa l’otarie Barbie n’a pas fini en tas d’os sur le barbecue, accompagnée d’osso-buco et de batavia !

D’ailleurs tout cela nous a donné faim. Tout le monde s’en retourne à la cantine de l’hopital.
Madame Aubrée, la cuisinière, pour que l’on reste dans la note folle de cette fête, a barbouillé sur le tableau noir du menu :

- Auriculaires de missionnaires
- Babouches ottomanes dans leur sauce au Banania
- Darnes de Chevalier Bayard sans beurre et sans brioche

Après il y aura bal costumé dans la chapelle. Le docteur Schweitzer jouera du piano au moins jusqu’à minuit.

A l’horizon, le soleil se couche. Sans ostracisme aucun, un vent léger balaie les restes de la mousse à raser qui garnissait les tartes à la crème des clowns. Puis l’ombre du grand baobab se confond avec celle de la nuit. 

7 avril 2015

Quand on traîne sur le port de Saint-Malo / Jean-Paul

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Quand le volcan incandescent brûle sous tes pieds, prends la résolution de danser !

(ou de célébrer, un an après, l'anniversaire de la Bataille de Marignan)

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 Quand le souci du qu'en-dira-t-on déserte le canton, quand tout Cannes cancane, plus question de rester sur son quant-à soi, prends des vacances et tire-toi !

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 Quant Dieu jouera à la belote avec l'archange, la coccinelle comptera les points.

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 Quand le pithécanthrope s'adresse à la cantonade pour réclamer un juge ou une ancêtre, tous ceux qui connaissent les chansons de Georges Brassens piquent des deux fuseaux !

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 Quand les cimenteries voleront au-dessus de la sidérurgie lorraine il pleuvra du silex et des tuiles sur la city !

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 Quand Ulysse entend le chant des sirènes, il sait qu'on est le premier mercredi du mois.

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 Quand les espadrilles voleront, tu seras chef des andouilles.

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 Quant Emmanuel décante, l'oraison est plus pure, sans vouloir critiquer Bossuet !

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 Quand les poules auront des dents elles auront l'air moins con en trouvant un couteau mais elles n'aimeront pas plus l'omelette pour autant.

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Quand la mer monte et noie le camping du bord de plage, j'ai honte d'habiter la villa somptueuse en haut de la falaise.

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