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L'Atelier d'écriture de Villejean
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4 novembre 2020

Consigne d'écriture 2021-06 du 3 novembre 2020 : Le Jacquot de Monsieur Hulot

Le Jacquot de Monsieur Hulot

 

Il s'agit d'un livre magnifique signé de David Merveille, un artiste bruxellois. Il emprunte à Jacques Tati le personnage de Monsieur Hulot et le repositionne dans une histoire en onze tableaux. Chaque tableau pourrait être lui-même considéré comme un gag en deux images puisque la partie droite du livre se déplie et découvre ainsi une nouvelle double page.

Voici cinq de ces diptyques. 

Vous en choisissez un et vous racontez les souvenirs que vous avez de votre oncle, Monsieur Hulot (il n'a pas de prénom), en utilisant au maximum les éléments des deux images. Dites-vous que votre lecteur ne verra pas les deux images.

Votre texte doit débuter par "Mon oncle" ou par "Je me souviens".

Vous pouvez cliquer sur l'image pour l'agrandir et voir tous les détails.

1) Le réveil de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 01 A Le Réveil de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 01 B Le Réveil de mon oncle
2) La maison de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 02 A la Maison de mon oncle

Réduit Hulot et son jacquot 02 B La Maison de mon oncle
3) Mon oncle traverse la fête

Réduit Hulot et son jacquot 03 A La Fête foraine

Réduit Hulot et son jacquot 03 B La Fête foraine
4) Mon oncle est perdu dans la ville

Réduit Hulot et son jacquot 04 A Perdu dans la ville

Réduit Hulot et son jacquot 04 B Perdu dans la ville
5) Jacquot s'est envolé !

Réduit Hulot et son jacquot 05 A Le perroquet envolé

Réduit Hulot et son jacquot 05 B Le perroquet envolé

 P.S. Un conseil d'ami : dès que possible, allez acheter ce livre
dans une librairie et offrez-le pour la Noël !

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9 juin 2020

Amérique / Maryvonne

murmure_temps 0004 réduite



Dans mes vertes années, ça fait déjà des lunes,

Quand pour communiquer je prenais ma belle plume
C'était celle du condor, volée à un indien,
Et son vocabulaire devenait tout le mien.

Messages de fumée, calumets enflammés,
Squaw, tomahawk et bisons bien fumés,
J'avais vite tout appris, les coutumes, leur beauté,
Le tannage des peaux et les perles enfilées.

L'art du vrai mocassin qui effaçait les traces
D'une queue ajoutée, tout à fait efficace.
Les rythmes saccadés, les danses endiablées,
Leurs chants rauques déchiraient la plaine empoussiérée.

J'ai transmis aux petits tous ces récits charmants,
Affirmant haut et fort qui étaient les méchants.
Trop loin de leurs totems dans de pauvres réserves
Ils boivent leurs souvenirs et se perdent dans leurs rêves.

L'Amérique triomphante ose vous mettre à la une
Vous qui comptiez pour elle, bien souvent, pour des prunes
Elle se souvient soudain qu'elle pousse sur vos terres
Sans vous considérer comme les propriétaires.

Vous qui portiez fièrement des noms si poétiques
Vous avez toutes raisons pour être sarcastiques
Devant les « Jeff » « Bob » « Dan » et autre raretés
Tous ces prénoms tronqués tellement vous êtes pressés.

Américains d'ailleurs, de l'Irlande ou du Maine,
De la belle Hollande ou autres terres lointaines
Rappelez-vous alors que, sur cette terre d'exil,
Vous avez mis un peuple dans un très grand péril.

Ils étaient autonomes, ils étaient fiers et dignes,
Ils vivaient autrement dans leur monde de signes ;
Soudain pour une affiche, vous vous êtes souvenus
Qu'ils étaient là avant, sur un continent nu.

Signé : Plume bleue ou Œil de biche, comme vous voulez

6 octobre 2020

Souvenirs d'enfance / Eliane

AEV 2021-04 Eliane affiche de Dakar

Je me souviens de moi petite fille
A la jupe de coton chamarré,
Au corsage de mousseline blanche,
Jouant gaiement autour 
De notre voisin le baobab
En compagnie de mes petits camarades.

Maman m'appelle.
Je m'hydrate avec une orangeade.

Le jour décline.
La nuit arrive tôt sous les tropiques.
Le soleil se couche à l'horison
Dans de savantes arabesques
Allant du rose candi à l'aubergine.
Je veux encore profiter des dernières lueurs.
Il fait plus frais,
J'enfile ma veste de mohair.

Les cafards, recherchant la chaleur,
Se proposent d'envahir la cuisine.
Maman fait entrer le vieux crapaud
Presque apprivoisé
Qui ne fera qu'une bouchée des premiers,
Chassant les autres qui prennent peur.
Je kiffe de regarder
Ce gros lascar à l'oeuvre.

La méhari de papa se gare au bout du jardin
Et déjà il faut allumer les lumières ;
C'est le moment de baisser les moustiquaires
Et de passer un coup de Fly-Tox
Pour une nuit sereine sans moustiques.

Mes parents chaussés de leurs savates
Dégustent du caoua dans des mazagrans ;
Je pioche dans le paquet de loukoums.

Demain nous irons au marché dans la médina
Où les étals colorés offrent
Des merguez et de la moussaka,
Des potirons et des aubergines,
Des épinards, des abricots
Et de l'estragon.
Autour de la place du marché
On trouve un hammam, un kébab,
Voisins d'une banque et d'un coiffeur.

AEV 2021-04 Eliane marché de Dakar

Nous déambulons parmi tous ces étals
Accompagnés par le chant lancinant du muezzin
Là-haut dans le minaret.

Dimanche le comité des fêtes de notre société
Organise un tournoi de pétanque
Autour d'un gigantesque méchoui
Avec radio-crochet.

Je prépare mes petites chansons.

9 juin 2020

La lettre de Josette / Marie-Thé

murmure_temps 0004 réduite

Dear Marie,


Comment aurais-je pu imaginer que je serais un jour sur les traces du célèbre reporter dont nous lisions les péripéties quand nous avions 12 ans ?

Quand le mois dernier j’ai décacheté la grande enveloppe remise par le facteur, j’étais stupéfaite ! J’avais gagné le 1er prix de la semaine commerciale : un voyage en Amérique.

Te souviens-tu combien nous avons dansé de slows sur la chanson de Joe Dassin « L’Amérique, je veux l’avoir, et je l’aurais » en rêvant dans les bras de nos copains de chevaucher dans de grands espaces derrière un cowboy fringant ?

Voilà, je suis à New-York avec les 3 autres gagnants. Une grande voiture verte nous attend à l’aéroport et l’aventure commence.

Je me sens toute petite au pied des immenses buildings. Manhattan est une véritable mosaïque de quartiers de toutes nationalités où nous choisissons de manger dans des petits restos chinois, africain, libanais… J’ai même vu une crêperie bretonne !

Au Metropolitan Museum, j’ai été émerveillée dans les immenses salles qui contiennent des peintures extraordinaires.

Hier nous étions dans une réserve d’indiens. Quelle aventure ! De vrais peaux-rouges avec des plumes, j’en ai vus. Nous avons mangé sur des tapis, assis en tailleurs, des plats tellement épicés que j’en pleurais.

Tous les 4, nous n’arrêtons pas de rire le soir au motel. J’ai un faible pour un garçon un peu plus jeune que moi. Je te raconterais la suite…

Je me surprends quelquefois à regarder les gens qui passent en essayant de retrouver des ressemblances avec des personnages des fameuses BD de notre enfance, mais ça, c’est du domaine du rêve.

See you later. I kiss you

Josette 

26 mai 2020

Futur métier / Adrienne

– Tu as déjà une idée de ce que tu veux faire quand tu seras grande ? demande Madame – jamais en panne de questions idiotes – à Hourya, 7 ans.

– Je ne suis pas encore sûre, fait Hourya avec le plus grand sérieux, mais je pense maîtresse d’école.

– Ah ! fait Madame. Et tu t’entraînes avec ta petite sœur ?

Regard de commisération chez Hourya :

– Non, fait-elle en haussant les épaules. Avec mes poupées !

AEV 1920-32 Adrienne Plonk et Replonk peigneuse

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6 octobre 2020

Cendrillon et le djinn / Anne J.

AEV 2021-04 Anne baboucheCendrillon en s’enfuyant a laissé tomber sa babouche en vair. Mais ce n’est pas le prince charmant qui l’a ramassée, c’est un djinn en djellaba.

Il s’éloigne dans sa felouque.

 - Je vais la porter au caïd camé en caftan qui dessine des arabesques sur son almanach, ensuite j’aurai un bakchich et la baraka. Mon ancien divan ne vaut pas un dinar et je vais m’offrir un lit à baldaquin ; j’y passerai la nuit  avec la princesse !

Le djinn mit la pantoufle dans son cabas et s’en alla trouver le vizir.

- Grand Vizir, j’ai trouvé le talisman ou la timbale et le tarif c’est la main de la princesse !

Le vizir est furieux, il s’éloigne en marmonnant :

- Pour me calmer les nerfs, il me faut un massage ou bien me mettre au macramé, pour moi c’est kif-kif.

Le djinn s’interroge :

- Quel charabia parle le cheik en promenant son clebs ? Qu’importe, ce soir, pour mon mariage avec la princesse ce sera ramdam et nouba, on se gavera de sirop et de sorbets et elle sera la perle de mon harem !

AEV 2021-04 Anne harem

14 octobre 2020

Consigne d'écriture 2021-05 du 13 octobre 2020 : Mots en toc et formules en tic

Mots en toc et formules en tic

 

AEV 2021-05 Consigne Frédéric Pommier

"Mots en toc et formules en tic" est un livre de Frédéric Pommier consacré à des tics de langage ou expressions toutes faites qu'on entend beaucoup ces derniers temps. La liste des entrées de ce "dictionnaire médical" figure ci-dessous.

Utilisez un maximum des mots ou expressions, sinon tous, et répétez les plusieurs fois s’il le faut, dans un texte qui pourra prendre la forme d’un discours officiel ou d’une interview radio-télévisée.

N.B Il est interdit d’utiliser les mots « coronavirus » ou « covid-19 » dans votre texte (mais pas d’en parler !).


Une foule d’anonymes - Sous haute surveillance - Bras de fer - Monter au créneau - C’est clair - Comme vous le savez - Revoir sa copie - Un couac - Décalé - Au chevet - Du coup - Dans l’entourage - Fameux - Faut-il avoir peur - C’est frais - ADN - Du grand n’importe quoi - Grogne - J’hallucine - Que du bonheur - Improbable - Incontournable - Juste - Jeune femme - J’ai envie de rebondir - A la maison - Reprendre la main - Perdre la vie - Le dernier des grands - C’est énorme - Ou pas - Ne bougez pas - Vous êtes en train de me dire - Plutôt - Le Quotidien - Revisiter - J’ai le sentiment - Et en même temps - Surréaliste - J’ai envie de vous demander - En effet - Tout à fait - C’est pas faux - Très attendu - Merci infiniment - On vient de l’apprendre - J’adore - Vrai - Voilà - Jeune loup - Cocher toutes les cases.

Vous pouvez utiliser aussi les métaphores musicales suivantes :

Pianissimo - Crescendo - Battre son plein - Trouver son point d’orgue - Un jeu de chaises musicales - Un concert de protestations - Une précision de métronome - Jouer du pipeau - Jouer sur la corde sensible - Donner de la voix - Donner le la - Accorder nos violons - Pisser dans un violon - Fausses notes - Tirer la sonnette d’alarme - En fanfare - Un autre son de cloche - S’entendre comme larrons en foire - Siffler la fin de la récréation - Une monstrueuse cacophonie - Etre le chef d’orchestre de - Jouer sa partition - Une totale improvisation - Un ténor - Mettre un bémol - Aller plus vite que la musique.

6 octobre 2020

Les Rendez-vous du sultan / Anne

Quel fourbi dans mon gourbi !

- Ma gazelle, as-tu vu ma gabardine ou mon burnous ? ».

Dans quelle tenue dois-je aller rencontrer le gabelou qui doit m’échanger un kilo de sel contre une girafe ?
Dois-je mettre un gilet ?
Mais celui-ci est plein de goudron et la gerboise a grignoté mon saroual et ma gandoura !
Ah, je sais, je vais prendre ma guitare et mon luth et lui faire des salamalecs.
Allez et retrouvons nous ce soir sur le divan cramoisi, dans ma guitoune !
Nous retirerons nos hardes et nos babouches et nous délecterons de loukoums.

AEV 2021-04 Anne loukoums

2 juin 2020

Louise aime encore grimper aux arbres : Compliment de Félix à sa mère / Dominique H.

Félix, 71 ans, aime sa mère, Louise, 
et Louise, à 97 ans, n'aime pas faire d'histoires, 
du moins c'est ce qu'elle veut lui faire croire.

Félix, lui, aime écrire des histoires…
Béatrice aime dé-confiner lentement
Félix aime Béatrice patiemment...
Félix aime aussi aller voir Louise sa maman
et Félix a aimé lui écrire ce compliment :

Louise aime grimper aux arbres depuis qu'elle est toute petite.
Normal, elle est née à la campagne en Centre-Bretagne
où son père, Alain, était cultivateur, marchand de bois, et menuisier.

AEV 1920-33 Dominique H Arbre 2 arbre celtique NetB

Louise aime étonner sans en avoir l'air,
elle est née après la guerre, la grande guerre,
onze après son frère, quinze ans après sa sœur
et, comme le divin enfant, elle naquit le soir de Noël 1922
alors que dans le ciel une bonne étoile brillait.

Louise aime l'arbre de sa vie qui bientôt sera centenaire,
comme les arbres de son père.

Louise aime encore s'accrocher aux branches,
mais seulement de la main gauche en ce moment
puisque la main droite est dans le plâtre actuellement.

Alain, son père, aimait Louise.
Alain aimait planter des arbres, les regarder grandir, puis choisir les essences,
pour enfin les couper et en faire commerce.
Alain aimait travailler le bois, en faire de beaux meubles solides.
Alain aimait aussi la marqueterie et le travail bien fini.
Alain aimait sa petite entreprise et savait conduire ses affaires qui étaient prospères.
Alain aimait sa commune et devint maire.
Alain n'aimait pas les curés,
il était radical-socialiste, un peu sectaire.
Alain aimait la vie, mais elle fut écourtée,
et à onze ans Louise devint orpheline.

Louise aima se faire consoler et, à l'adolescence, quitta l'école
pour se reposer dans son arbre, sur une grosse branche confortable.
Louise aima grandir en se la coulant douce,
dans le confort de l'épicerie de sa mère et de sa grande sœur.
Louise fut un jour fatiguée d'être une enfant gâtée
Louise aima alors se réveiller de sa torpeur
et grimpa subitement sur la grosse branche suivante
pour intégrer HEC (la Haute Ecole de Coupe et Couture de Saint-Brieuc).
Louise aima, comme son père Alain, monter son affaire,
C'était pendant la guerre.
Louise aima se mettre à son compte,
Elle aima grimper d'une branche encore.

AEV 1920-33 Dominique arbre 3

Louise aima Antoine, le fils du boulanger,
ils se fiancèrent puis trois ans après se marièrent
et de couturière elle devint boulangère.
Louise aima ensuite devenir mère
et elle grimpa trois-quatre branches plus haut.

Louise n'aima pas se plaindre quand les soucis arrivèrent :
la maladie de son mari
l'obligea à quitter la boulangerie.
Louise n'aima pas la pauvreté, mais elle fit face
Louise aima trouver des solutions à tous ses problèmes,
elle avait en elle des ressources,
Louise aima montrer qu'elle savait se débrouiller dans la vie.
Louise aima s'accrocher aux branches de sa famille,
son grand frère et sa grande sœur qui l'aimaient beaucoup.
Louise aima son travail à l'hôpital,
et elle grimpa de branches en branches pour faire carrière.

Louise aima retrouver une vie plus douce
mais c'est alors qu'arriva le premier cancer.
Louise aima se battre contre lui dans la discrétion
et, en s'accrochant aux branches de son arbre avec obstination,
elle neutralisa le crabe et grimpa encore un peu plus haut.
Louise aima faire les bons choix et quand l'arbre se ramifia,
son instinct de survie à chaque fois la conseilla.

Louise aime faire court au téléphone,
mais dans la vraie vie, elle fait long,
elle grimpe toujours plus haut
et on dirait même qu'elle aimerait
devenir extraordinaire !

Alors, à 96 ans, elle s'offre un deuxième cancer.
Louise arrive à s'accrocher aux branches de la chimiothérapie,
elle se déplume un peu mais garde l'appétit
et une fois de plus survit.

AEV 1920-33 Dominique arbre 1

Louise depuis le dernier cancer,
aime à continuer les extravagances
et se met à aimer les ambulances.
Louise aime devenir une vedette aux urgences
en grimpant à chaque fois une branche plus haut :
une quatrième occlusion presque fatale cette fois
puis une fracture du poignet droit
avec un, deux, trois puis quatre
plâtres.

Louise aime bien, Félix l'en soupçonne, quoi qu'elle en dise,
qu'on s'occupe d'elle et qu'on dise
« Elle est vraiment incroyable ! »

Félix.

Les illustrations de Maïck la conteuse ont été empruntées sur son blog "Les Contes de Babalune

7 avril 2020

Le Communiant / Jean-Paul

Le premier communiant inconnu

Qu’est-ce qu’il ne fallait pas faire pour l’obtenir, cette montre !

Ce jour-là, passe encore ! On l’avait habillé en dimanche, chemise blanche, cravate, pochette et jolie veste. Il avait fait comme si c’était le carnaval, qu’on avait décidé de déguiser les enfants en hommes, un peu comme, autrefois, on habillait les mômes en costume de marin. Ca viendrait assez vite, d’ailleurs, qu’on leur fasse endosser le costume de soldat. Il était trop jeune pour ça pendant la guerre de 39-45 mais il aurait pile-poil l’âge pendant « les événements ». Mais on n’en savait rien encore de l’Algérie en ce temps-là dans ce coin-là.

La cravate lui serrait un peu le kiki, les gants blancs étaient un peu trop grands et ce chapelet, franchement, comment le tenir, qu’en faire… Le pire c’était ce brassard énorme dont Cédric Villani dont on ne parle plus beaucoup se serait volontiers servi comme d’une lavallière.

Voilà, le petit chrétien angélique avait été immortalisé par P. Martin, photographe à Carvin (Pas-de-Calais). Il y avait de l’innocence dans le portrait, toute une porte ouverte dans le regard sur un avenir aux normes, bien encadré par les rites de passage, la communion, la première clope, la conscription, le premier bal, les fiançailles, le mariage à l’église, le «Croissez et multipliez», l’épouse, les enfants, le travail, la messe, les enterrements…

La montre mesurerait tous ces temps-là. Il faudrait juste oublier qu’avant de l’obtenir on s’était déguisé en fille, on avait enfilé une robe ! La honte de sa vie !

- On appelle cela une aube, Guillaume ! avait dit l’abbé Mouret comme s’il avait entendu ce que le petit garçon taciturne pensait dans sa caboche de Ch’ti.

***

Oui, je vais l’avoir, la montre. On va tous en avoir une, même les cousins Hervé et Pierre, dont le père est pourtant syndiqué à gauche, mais moi j’ai prévenu papa :

- Ce sera une Rolex ! Ou sinon…
- Sinon quoi, espèce de petit « trop de gueule » ?
- Sinon je vous explique pourquoi je suis toujours le dernier à sortir du catéchisme !
- Eh bien dis-le pourquoi tu arrives toujours en retard !
- Et j’aurai une Rolex ?
- Abats ton jeu et je te dirai si ton coq a les pattes cassées ou pas !
- L’entraîneur, au foot, Monsieur Zola, il nous a dit de faire sanctionner toutes les fautes. Carton jaune, carton rouge, coup franc, penalty.
-  Je ne vois pas le rapport entre le football et l’abbé Mouret ?
- Quand il y a faute, moi je fais comme monsieur Zola, j’accuse !
- Ca veut dire quoi, ça, Guillaume ?

***

Je l’ai eue, ma Rolex !

L’abbé Mouret va être muté à Aix-en-Provence. En attendant il ne me caresse plus les cheveux. J’ai horreur qu’on me décoiffe quand je suis bien peigné.

31 mars 2020

Adrienne parle aux objets / Adrienne

Vous l’aurez remarqué, ce qui fleurit le mieux, c’est l’humour au temps du corona et c’est très bien.

Une des petites phrases rencontrées au tout début du confinement disait que parler aux objets, quand on est seul à être confiné, c’est tout à fait normal.

Que ça ne devient inquiétant que si les objets vous répondent.

L’Adrienne parle aux objets depuis toujours. Ça commence même dès le matin, comme dans ce poème de Paul Van Ostaijen, Marc groet ‘s morgens de dingen (Le matin, Marc dit bonjour aux choses) que tous les petits enfants apprennent par cœur à l’école.

En tout cas les petits enfants du temps où l’Adrienne l’était 😉

Dag ventje met de fiets op de vaas met de bloem

ploem ploem
dag stoel naast de tafel
dag brood op de tafel
dag visserke-vis met de pijp
en
dag visserke-vis met de pet
pet en pijp
van het visserke-vis
goeiendag
Daa-ag vis
dag lieve vis
dag klein visselijn mijn

Par bonheur, jusqu’à présent, aucun objet ne lui a répondu ;-)

***
Source de l’image ici et des vidéos d’humour belge au temps du corona à voir ici :

 https://www.rtbf.be/embed/m?id=2617291&autoplay=0
6 octobre 2020

Zouave ! / Marie-Thé

AEV 2021-04 Marie-Thé - zouave 2

En rangeant mon grenier pendant le confinement, j’ai retrouvé une photo datant de 1928 sur laquelle figure mon père lors de son service militaire en Algérie. Allure fringante, barbe frisottante, culotte bouffante, chechia avec pompon. Il est vraiment beau mon père dans son habit de zouave ! Pas étonnant que ma mère ait succombé à ses charmes. Je l’ai souvent entendu dire : « Viens te reposer sur le divan, ma gazelle ! ».

Elle répondait du tac au tac qu’elle s’appelait Jeanette, qu’il n’était plus dans le désert avec ses fatmas. Elle était jalouse de ses aventures amoureuses qu’elle imaginait extraordinaires. Des algarades de ce genre, il y en avait souvent entre eux.

La vue de cette photo a fait ressurgir les souvenirs de ce qu’il racontait quand j’étais petite. Il aimait parler de ses randonnées à dos de chameau dans le Sahara, des nuits glaciales dans les dunes, des thés ou des caouas, avec un chouia d’alcool sorti on ne sait d’où, de couscous, de moussakas, de tagines, de tous ces mets exotiques aux senteurs de carvi, de cumin ou de curcuma, préparés au harem derrière les moucharabiehs.

Chaque repas de famille était l’occasion pour lui de raconter des aventures que nous, ses enfants, connaissions par cœur. Avec le temps, elles s’étaient transformées. Il était devenu un zouave sauvant un homme assoiffé perdu au milieu des sables ou bien il galopait dans le désert, au hasard, sur un alezan, pendant des heures et revenait épuisé à la caserne où les autres zouaves enviaient son audace.

Mon père a espéré toute sa vie revoir l’Algérie. Il a disparu avant de pouvoir réaliser son rêve.

6 octobre 2020

Le Journal de Nazim le fou / Jean-Paul

Derrière le moucharabieh je regarde sans être vu :

- celle qui boit son caoua sans y mettre de sucre ;
- celle qui rêve d’une cange pour aller aux sources du Nil ;
- celle qui met dans son cabas des aubergines ;
- celle dont la jupe est trop courte ;
- celle dont la nuque est envoûtante ;
- celle qui connaît l’arithmétique et sait la fièvre de l’algèbre ;
- celle qui croit que la Terre est bleue comme une orange.

Derrière le moucharabieh je regarde sans être vu
Et de toutes ces belles je me fais un harem
Pour toutes les nuits sans lune où je dormirai seul.

moucharabieh-iv

***

C’est l’Hiver qui arrive pour geler nos glaouis,
Pour semer la jachère.

Peau de zob au jardin !
Pénurie d’épinards !
Macache d’estragon !

Sans tambour ni trompette
Il nique le safran,
Fait pourrir les pastèques
Et, gabelou furieux,
Jette sur tout cela la neige artificielle
Des nuits de satin blanc
Dont je maudis le bues
Pour que les caïds de Dubaï
Se voient en nababs du climat
Qui ont décroché la timbale.

***

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Calfeutré dans mon souk
Je chante sur mon luth
Mes sourates de fanfaron.

Je sors de ma guitare
Le navire amiral de mes chansons maboules.

Je suis Nazim le fou au coffret de santal,
Aux notes de jasmin,
L’assassin du sultan
Qui préfère au calibre P 38
Le goudron du barouf
Et la plume d’albatros
A la sauce Baudelaire
Pour moquer ces vizirs mesquins.

***

1098-moucharabieh1

J’ai assez d’alcool dans mon alambic
Pour provoquer des algarades
A la limite de l’abracadabrantesque.

J’ai assez de café dans mon grand mazagran
Pour Balzacer des nuits entières
Un almanach de gilet jaune.

J’ai assez de haschich dans ma jarre
Pour fumer des naseaux
En alezan superbe
Et tendre mes madragues
Sur l’échine des bardots.

Mais je n’ai pas l’âme d’un cador
Et n’infligerais pas aux raïs d’un quintal
L’échec et mat funeste.
Tant pis pour eux s’ils ont roqué côté cimetière !

Ces fakirs ne valent pas un clou !
Ces momies qu’un toubib conserve dans le talc
Ne sont que moussaka moisie
Abricots secs, brêles, zéro, camelote.

Moi
Sur une feuille de nénuphar géant
Je chevauche le sirocco.

Par le truchement du rêve et de la poésie
Je remplis le zénith de mes « Wali-walou ».

Je plante un baobab au sommet chamarré
D’un Everest divin.

Je peins en zinzolin
La nouba des girafes
Et fais pleuvoir la limonade et l’orangeade
Sur les ayatollah traîne-savates.

J’envoie par sarbacane
Une mousson de loukoums
Engluer les émirs
Et, en baroud d’honneur digne d’une Odyssée,
Je fais razzia totale sur l’arsenal de toutes bougies
Pour qu’on ne puisse plus connaître
L’âge du capitaine
Quand je mange le moka
Sans en laisser bésef.

C’est vrai je suis comme ça, moi, lorsque j’ai forcé
Sur l’alchimie des mots et mon péché mignon,
L’eau de fleur d’oranger.

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Calligraphie de Lassaad Métoui

***

Ai-je bien raconté ma vie de patachon ?
Ai-je bien massicoté au cimeterre d’argent
Votre cafard de confiné·e·s ?

Voyez-vous bien l’azur par le moucharabieh ?
Ne l’oubliez jamais :
Le ciel vous appartient !

29 septembre 2020

Sur un arbre perché / Anne J.

AEV 2021-03 2020-08-28 Sur un arbre perché-6-768x533

Sur un arbre perchée, cette étrange chauve-souris rouge me regardait de ses yeux aveugles.

Quand je l'ai vu apparaître sous mon microscope, j'ai eu un sursaut et j'ai laissé échapper un petit cri de surprise et de peur.

A l’œil nu, c'était juste une petite boule rouge, comme celles qu'on voit dans les houx à Noël mais ce que je voyais maintenant était une espèce de chauve-souris inconnue, accrochée à une brindille, avec d’énigmatiques caractères inscrits sur son torse et d'immenses pieds curieusement affublés de lacets. J'ai scruté son regard aveugle et inquiétant, il n’annonçait rien de bon

Ce que je ne vous ai pas encore dit, c'est que j'ai trouvé cette boule rouge sur le pelage d'un pangolin acheté à Wuhan, lors de mon dernier voyage en Chine et que j'ai offert à ma fille pour son cadeau d'anniversaire.

Finalement ce n'était peut-être pas une si bonne idée !

29 septembre 2020

L'Ange bleu / Anne J.

AEV 2021-03 La Croix 2020-09-18 Discrètement-Atelier-768x512

Discrètement, je me suis approchée ; ce n’était pas saint Pierre qui m’attendait à la porte du paradis mais cet étrange ange bleu et pensif. Après mon malaise dans l’aéroport, je n’avais pas eu le temps de me changer et j’avais encore à la main la clef de ma valise attachée à son cordon pour le mettre autour de mon cou.

J’ai salué l’ange bleu et lui ai demandé où était celui qui tient d’habitude les clefs du Paradis.
Il m’a répondu qu’on sous-traitait désormais avec les Chinois pour réduire les frais de personnel, que saint Pierre avait été remercié et qu’il était le nouveau remplaçant.

- Que voulez-vous, a-t-il ajouté, en Chine la main d’œuvre est moins chère et il n’y a jamais de revendications salariales».

Puis il a sorti sa balance pour soupeser mon âme et m’a laissé entrer.

29 septembre 2020

Les Pingouins / Jean-Paul

AEV 2021-03 La Croix 2020-09-25 En marche

- En marche ! On est bientôt arrivés, les gars ! Une fois dans la station il n’y aura plus qu’à suivre les rails !

- N’empêche, il fait une chaleur à crever, chef !

- T’as voulu voir Paris et on a vu Paris ! Chauffe, Nestor !

- Il fera plus frais dans le métro. C’est fou quand même que ce réchauffement climatique ait eu la peau des humains !

- En marche, les gars ! Ne discutez pas tant ! A force de parler vous allez vous dessécher !

- Comment vous dites qu’elle s’appelle, l’oasis de fraicheur vers laquelle on va ? C’est quel arrêt public ?

- En marche ! C’est la station « Glacière ».

29 septembre 2020

Le Match / Jean-Paul

AEV 2021-03 La Croix 2020-07-17 Tous ces fans 768x500

- Tous ces fans en carton, moi, ça me déprime ! J’ai l’impression de traverser un village Potemkine !

- Tu préfères peut-être qu’il y ait cinq cents vraies personnes dans le stade comme pendant le second confinement. Ou tu as la nostalgie des cinquante du troisième.

- J’ai surtout des courbatures et mal au épaules avec cette longue barre de fer qu’on nous a passées dans les manches ! J’ai l’impression d’être un danseur de sirtaki !

- C’est bon pour le respect des distances entre nous ! Ce sont les nouvelles règles de la FIFA.

- Et puis le fait de ne pas courir mais de faire des pas de côté comme les crabes, je ne m’y fais pas !

- Arrête de parler et fais attention, la balle arrive sur toi !

- Soyez synchros, les gars, je tente un retourné !

- BUUUUUUUUT ! Tu l’as mis ! En plein dans la lucarne ! Tu vois que ça a du bon, quand même, le baby-foot géant !

- Il n’empêche, tous ces spectateurs en carton-pâte, ça me déprime !

- Il y en a quand même un vrai dans le tas. Mais il n’a pas applaudi ton but.

- Il doit être déprimé, lui aussi !

29 septembre 2020

Tour du monde / Jean-Paul

AEV 2021-03 La Croix 2020-05-29 En passant 768x512

- En passant apr la Lorraine, j’aimerais assez qu’on se recueille sur la tombe du général de Gaulle à Colombey-les-Deux-églises.

- Colombey ? Colombey ? C’est pas là qu’il y a eu un bal tragique ?

- En passant par la Lorraine, ce serait bien aussi qu’on se recueille sur la tombe de Jeanne d’Arc à Domrémy.

- Ah mais le guide Michelin ne parle pas de ça ! Il paraît qu’elle a été incinérée à Rouen.

- Si on va se recueillir à Rouen, on pourra peut-être admirer le nuage de Lubrizol ?

- Il a disparu après dissipation des brumes matinales.

- Si vous voulez mon avis, chef…

- Oui, bonze Gong ? Exprime-toi ! Exprime le !

- En passant par la Lorraine, ce serait pas mal qu’on s’achète des sabots !

29 septembre 2020

Défense d’y voir / Jean-Paul

AEV 2021-03 La Croix 2020-07-10 Entre les lignes 768x512

Entre les lignes et en clignant des yeux, je retrouve mes années de vie à Sablé-sur-Sarthe ! J’exerçais alors de manière plus intense qu’aujourd’hui le métier de père de famille.

« Ca n’est pas un métier facile » disions-nous avec mes collègues mais nous avions la chance d’habiter tout près du parc du château. Et dans ces petites villes où il ne se passe pas grand-chose, tout comme dans les autres, du reste, la bibliothèque municipale est d’un intérêt certain pour les enfants comme pour les grands. Sans compter que, grands lecteurs nous-mêmes, on en achetait aussi tant et plus des albums à ces petits loupiots emplis de curiosité.

Entre les lignes et en clignant des yeux, je retrouve Elmer l’éléphant qui était exactement de la même couleur quadrillée et bariolée que ce tableau d’Yves Le Mondriant intitulé, c’est drôle, « La Défense au carré ».

Elmer l'éléphant

29 septembre 2020

Sur un arbre perché / Marie-Thé

AEV 2021-03 2020-08-28 Sur un arbre perché-6-768x533

Sur un arbre perché, tenant dans ses mains une grosse branche, Maître Kanter se prend pour Spiderman.

Corps à l’envers, baskets aux pieds, comme tous les matins, il entreprend son exercice de méditation.

10 minutes de réflexion et le voilà en forme pour la journée.

En mangeant mon sandwich au fromage, je l’espionne.

Mais qui est-il ? Un homme courageux ? Un fou ? Un grand sage ?

Telle est la question !

2 juin 2020

Il y a / Raymonde

Il y a des éléphants en Alaska !

Il y a des phoques au Kenya !

Il y a des tigres en Antarctique !

Il y a des pingouins en Centrafrique !

Il y a des ours polaires en Bretagne !

AEV 1920-33 Raymonde ours polaire

Il y a des girafes dans la montagne !

Il y a des oiseaux au fond de l'océan !

Il y a des poissons au firmament !

Mais que s'est-il passé 
Pour que tout soit si chamboulé ?

La terre a mal tourné
Et tout s'est mélangé !

29 septembre 2020

Peinard ! / Raymonde

AEV 2021-03 La Croix 2020-06-12 Peinard 600x403

Peinard !
J'ai pris la place du clébard pendant que la bourgeoise l' a emmené se faire une beauté (mission impossible !) au salon " C' est au poil ".
Ce roquet détestable a tous les égards de la vieille rombière.
Je suis à son (à leur !) service depuis bien longtemps et je ne peux toujours pas les encadrer.
Ils sont aussi gras et frisés l'un que l'autre.
Monsieur les a quittés pour... la jeune toiletteuse de " C'est au poil ". 
C'est lui qui s'est chargé de la dernière coupe de Gastounet le roquet. 
Il ne l'a pas loupé, il est tout rasé.
Madame a beaucoup pleuré et par solidarité a la tête rasée.
Deux horreurs à faire peur aux voleurs et aux cambrioleurs !

29 septembre 2020

Consigne d'écriture 2021-03 du 29 septembre 2020 : Les Ateliers d'écriture de La Croix

Les Ateliers d'écriture de La Croix

 

Voici une vingtaine de photos qui ont servi de base à l'atelier d'écriture
du magazine hebdomaire du journal "La Croix".
Chacune est accompagnée d'un incipit obligatoire.
Choisissez en trois ou plus.
Votre texte relatif à chaque photo ne doit pas dépasser une dizaine de lignes. 

(Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir ou les voir sous forme d'un diaporama)

AEV 2021-03 2020-08-28 Sur un arbre perché-6-768x533

 AEV 2021-03 La Croix 2020 07 31 Je prends mal ma respiration-768x512

Sur un arbre perché
Je prends mal ma respiration

 AEV 2021-03 La Croix 2020-05-08 Elle comptait 768x512

 AEV 2021-03 La Croix 2020-05-15 Derrière son masque 768x512

Elle comptait
Derrière son masque

AEV 2021-03 La Croix 2020-05-22 Seule sa main 768x512 

 AEV 2021-03 La Croix 2020-05-29 En passant 768x512

Seule sa main
En passant

 AEV 2021-03 La Croix 2020-06-05 Au calme 768x511

 AEV 2021-03 La Croix 2020-06-12 Peinard 600x403

Au calme
Peinard

 AEV 2021-03 La Croix 2020-06-19 Et au milieu 768x512 

 AEV 2021-03 La Croix 2020-06-26 Dans la courbe 768x512

Et au milieu
Dans la courbe

 AEV 2021-03 La Croix 2020-07-03 Sur la berge 768x506

 AEV 2021-03 La Croix 2020-07-10 Entre les lignes 768x512

Sur la berge
Entre les lignes

 AEV 2021-03 La Croix 2020-07-17 Tous ces fans 768x500

 AEV 2021-03 La Croix 2020-07-24 S'éklançant-768x563

Tous ces fans
S'élançant

 AEV 2021-03 La Croix 2020-08-07 Regarde grand-mère 768x497 2

 AEV 2021-03 La Croix 2020-08-21 C'est la fin des vacances 768x584

Regarde grand-mère

C'est la fin des vacances 

 AEV 2021-03 La Croix 2020-09-04 Surpris -atelier-768x512

 AEV 2021-03 La Croix 2020-09-11 Toutes ces couleurs

Surpris
Toutes ces couleurs 

 AEV 2021-03 La Croix 2020-09-18 Discrètement-Atelier-768x512

 AEV 2021-03 La Croix 2020-09-25 En marche

Discrètement
En marche
15 septembre 2020

Les trois soeurs

Très cher ami

Je réponds avec plaisir à votre lettre de janvier où vous me parliez du désir de votre fils de trouver une épouse et de votre souhait de faire un peu plus connaissance avec mes trois filles pour envisager d’unir nos deux familles par un mariage. Ce serait avec grand plaisir que j’accorderais la main de l’une d’elles à monsieur votre fils au cas où il trouverait chaussure à son pied.
 
J’ai donc fait faire par un de mes amis qui est peintre trois portraits de mes filles qui vous donneront une idée de ce qu’elles sont : il faut dire que je suis un père très fier de ce qu’elles sont devenues.

AEV 2021-01 Anne 01 vermeerL’ainée de mes filles ressemble beaucoup à mon épouse par son physique mais elle a hérité de mes dons pour la musique, elle joue à l’oreille de n’importe quel instrument. Elle a pris quelques leçons de musique mais cela l’ennuie profondément de suivre une méthode et une partition. C’est absolument écœurant car, en quelques heures, elle peut vous charmer d’une délicieuse mélodie sur un instrument qu’elle ignorait le jour d’avant. 

Elle est gracieuse et son cou délicat met en valeur les bijoux et particulièrement les perles ; qui résisterait à l'envie d'embrasser ses joues roses et rondes comme des pêches ?

Son défaut ? Elle aime trop la bonne cuisine et vous devrez surveiller sa ligne. Par contre, ne comptez pas sur elle pour faire la cuisine, elle ne saurait même pas cuire un œuf.

2021-01 Anne 02 Lady_Writing_by_Johannes_Vermeer,_1665-6La cadette porte sur son visage toute son intelligence, regardez comme elle a un grand front. Avec elle c’est sûr, vos livres de comptes seront impeccablement tenus à jour, votre correspondance écrite sans fautes, d’une très belle écriture soignée car elle n’ignore rien de l’art des pleins et des déliés. Mais surtout elle écrit de délicieux poèmes et textes en prose qui vous charmeront. Elle ne vous ruinera pas en bijoux mais sera heureuse dans une maison bien chauffée car elle a toujours un peu froid.

 Et si vous voulez lui faire plaisir, il faudra lui construire une immense bibliothèque et la remplir de tous les livres et encyclopédies qui existent dans notre monde. 

AEV 2021-01 Anne 03 vermeer dentellièreEt voici ma petite dernière, ma perle, mon chef d’œuvre, à peine sortie de l’enfance et qui a, je vous l’avoue, toute ma préférence. Elle a gardé une allure enfantine mais c’est déjà une femme accomplie Elle excelle dans les travaux d’aiguille et ses doigts de fée font merveille. La broderie, la tapisserie la dentelle , tout lui réussit . Nous devons, ma femme et moi, freiner ses ardeurs en lui interdisant le travail le soir pour protéger ses yeux qui sont mis à rude épreuve. Vous ne serez pas ennuyé par son bavardage car elle est plutôt taiseuse mais quand elle parle ses propos sont toujours plein de sagesse.
Et, vous le voyez sur ce portrait, elle est encore bien timide.

J’attends avec impatience le verdict de monsieur votre fils pour que nous décidions d’une prochaine rencontre entre les deux fiancés et commencions à préparer la noce qui sera une fête mémorable, je l’espère pour nos deux familles.

Au plaisir de vous lire très bientôt , recevez , cher ami, 

Et patati et patata …

22 septembre 2020

Jean Santeuil / Raymonde

Nous avons entendu pendant des années nos professeurs de français nous rabâcher : faites des phrases courtes, concises, ne vous éparpillez pas, soyez clairs, évitez les longueurs, les lourdeurs, les répétitions, utilisez la ponctuation, allez à la ligne, aérez votre discours, si vous saviez comme c'est pesant, ennuyeux, casse-pieds, rabat-joie, soporifique de corriger vos torchons..., euh… vos productions écrites !

Et là oh ! Merveille on va pouvoir se lâcher, lire en apnée, ne plus utiliser un seul signe de ponctuation ! C'est parti !

AEV 2021-02 Raymonde Jean Santeuil

Albertine la libertine aime l' argent les bains de mer et le boeuf mode quelle idée le boeuf mode un boeuf à la mode il porte des jeans troués la barbichette et se pavane au faubourg Saint Germain à Saint Germain des prés ou sur les Champs Élysées où il a rencontré Céleste Albaret plutôt mal barré celui-là traine toujours du côté de chez Swann où se dandine un blondinet nordique qui pousse la chansonnette qui cherche toujours son premier amour je crois qu'il le cherche encore ma pauvre Albertine .

Pastiches ou postiches tout ça n'est que tromperie pour masquer sa médiocrité son manque d' imagination ou sa défaillance capillaire le défi étant de dissimuler au mieux ses faiblesses pour ne pas devenir le bouc émissaire de tous ces domestiques plus caustiques les uns que les autres qui passent leur temps pendant qu'ils astiquent à coup d' encaustique à nous debiner nous singer et nous cirer les pompes dès qu'ils voient pointer le bout de notre nez Monsieur a t il passé une bonne journée Monsieur a t il bien dîné Monsieur est fatigué un bon bain de mer lui serait salutaire et blablabli et blablabla bassesses de la jalousie du petit peuple pour moi Jean Santeuil marquis d'Auteuil et de Bolbec je n' éprouve aucune culpabilité à les mépriser

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L'Atelier d'écriture de Villejean
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