En attendant que Béatrice le rejoigne clandestinement, Félix, pour se calmer et faire passer le temps, entreprend d'écrire une chanson de geste en décasyllabes à Emmanuel « Charlemagne », comme au temps de Rolland. Assez bizarrement, les époques se mélangent, et Alain Barrière s'incruste dans le texte par le biais de 16 titres de ses chansons (en caractères gras dans le texte).
***
Lettre au président
Quand je fais les cinq gestes barrières Je pense à moi et à mes congénères. Quand je me lave les mains au savon, Chantant jusqu'à la fin une chanson, Selon de bonnes recommandations, Je pense autant à Gaston qu'à Raymond. Mon mouchoir en papier à la poubelle C'est à vous que je pense, mes toutes belles. Je suis un citoyen très responsable Que vous réduisez à un incapable.
Quand je vais faire mes courses essentielles, La dérogation dans mon escarcelle, Je fais la queue avec mon double mètre, Soucieux tant de la distance, du bien être Que du respect des autres confineurs. Quand je sors pour la toute petite heure Dans le périmètre règlementaire J'écoute les oiseaux et je m'aère Les neurones autant que les alvéoles Je n'ai pas envie de devenir folle
Mon masque-maison anti-postillons A été fait avant vos injonctions Bien tardives et surtout contradictoires ! Le doute ne va pas avec le pouvoir. Surtout vous ne nous avez pas tout dit, Vous nous avez caché la pénurie. Vous avez avoué un peu trop tard Que vous aviez inventé des bobards, Qu'en réalité vous n'en saviez pas Plus que nous autres citoyens lambda.
Enfin vous avez joué profil bas, Espérant nous remettre dans vos pas. Vous me lassez, j'en ai vraiment assez, Matin, midi et soir vous jacassez, Vous me serinez que je suis fragile, Mais ne me prenez pas pour un débile. Vous voulez m'ôter ma vitalité, Me faire perdre ma lucidité, Me faire croire que je suis inconscient, Que je n'entends rien au confinement.
Mais je fais attention d'éternuer Dans mon coude pour ne pas contaminer. Heureusement, j'ai des dérivatifs Plus réconfortants et récréatifs. Tout en respectant le confinement Je vais m'autoriser dorénavant A repenser à la vie, à l'amour, Enfin revoir le monde sous un beau jour. Ce soir je retrouve ma fiancée A la barbe de la maréchaussée !
Ce sont des retrouvailles clandestines Elles en seront encore plus coquines ! C'est aussi un acte de résistance Pour re-décider de notre existence, Et lâcher la chanson trop monotone Pour danser le rock et le charleston Enfin jouer les amants de l'espace S'amuser et oublier le temps qui passe ; Rire et jouir, écarter le marasme, Cesser de vivre comme un ectoplasme.
Aimer c'est la vie et j'aime la vie, Le bel amour, les matins bleus. Petite fée, Princesse lointaine, l'avenir sans toi M'attriste, je ne sais pas trop pourquoi. Mais je vous dis, mon amour qui viendra M'embrassera et me réjouira. Et après notre dîner d'amoureux, Les mots bleus que l'on dit avec les yeux, Ce sera la balade des amours Nos corps se retrouveront sans détours.
Nous allons au moins une fois par an emprunter des consignes au blog-atelier d'écriture "Entre2lettres" de Pascal Perrat.
C'est le cas cette semaine. Vous avez le choix entre écrire plusieurs petits textes courts ou un long en partant de ces cinq propositions. Vous avez aussi le droit de tout mixer !
493 Cure de jouvence
La cure de jouvence à laquelle il ne croyait pas,dépassa toutes ses espérances. Il rajeunit de dix ans. S’il avait été raisonnable il en serait resté là…
Inventez la suite, sachant qu’il peut s’agir de quelqu’un : homme, femme ou tout autre chose.
492 La forêt domaniale
C’est une forêt domaniale, Lulu en a hérité. Chaque arbre porte le surnom du membre de la famille qui l’a planté. Aujourd’hui, Lulu a décidé d’éclaircir quelque chose avec Féfé, un vieux châtaignier qui en sait plus qu’il n’en dit sur Lolo.
491 Le sourire de la fleur
Sur l’étal d’un fleuriste une fleur lui avait souri. Croyant avoir rêvé elle revint sur ses pas pour s’en assurer. À son grand étonnement…
490 Salut Vélin !
– Salut Vélin ! Comment vas-tu depuis que t’es recyclé ? – Un peu chiffon, parfois, et toi ?
Continuez le dialogue.
488 Lettre à mon « ostéopote »
Cher ami, toi qui est « ostéopote », quel est ton avis ? Depuis que le printemps est là j’ai comme un pré dans le cerveau. Dès l’aurore, j’entends tintinnabuler les clochettes d’un troupeau broutant dans ma tête.
Lorsque Félix a parlé de sortir la caravane pour aller «faire le plein d’iode au bord de la mer», Marie a sauté de joie. Elle se voyait déjà sur la Côte d’Azur.
Les deux mois de confinement passés au 4e étage de leur appartement de Maurepas à Rennes ont été longs et ennuyeux. Félix avait des sautes d’humeur, buvait de la bière vautré dans le fauteuil et ne sortait même pas une heure pour promener Pompon. Quant à Marie elle a passé beaucoup de temps à cuisiner et à regarder la télé et maintenant elle a 5 kilos en trop.
Marie propose de descendre à Saint-Tropez où elle rêve de rencontrer André Dussolier mais Félix veut aller chez les Ch’tis revoir Petit-Fort-Philippe où, quand il était jeune, il a fait un camp de Scouts.
Marie trouve que le Nord, c’est froid, il pleut et les gens ne parlent pas comme nous. Félix a pris sa décision. C’est là… ou nulle part ailleurs ! « Macho !» murmure-t-elle entre ses dents.
De bon matin, le lendemain, la caravane chargée, les voilà sur la route. Tennis blancs, bermuda et tee-shirt bien propres, polaire sur le siège arrière. Marie a prévu les cassettes de Renaud et Christophe pour elle et de Pierre Perret pour Félix qui trouve que c’est un grand poète.
Quand en fin d’après-midi ils arrivent sur le terrain de camping municipal, ils n’ont pas de mal à trouver une place. Le soleil brille et ils ont hâte de voir la mer.
Sacs sur le dos, main dans la main, Pompon au bout de la laisse, ils s’en vont à la plage. Marée basse ! Qu’importe, ils enfilent les maillots. La mer est loin, très loin. Un quart d’heure plus tard ils ont de l’eau jusqu’aux genoux. Seul Pompon peut nager. Marie est un peu énervée mais elle essaye de rester cool. Demain ils visiteront les environs.
***
Vers 10 heures ils sont prêts. La pluie se met à tomber. Pas grave, ils ont des cirés. Ils vont aller au phare de Gravelines.
La mer est haute. Un rayon de soleil blanc perce la brume. Les vagues s’écrasent avec fracas laissant sur le sable une écume blanche qui vole dans tous les sens. Marie et Félix avancent contre le vent et se serrent l’un contre l’autre en riant, Pompon aboie, effrayé par le vacarme.
Le phare de Gravelines domine la mer. Ils vont monter toutes les marches. "Je vais perdre au moins 1 kg" se dit Marie. Félix se souvient qu’il les a grimpées en courant trente ans auparavant.
Déçus, ils constatent que le phare ne sera ouvert au public que dans un mois. Ils flânent dans le bourg et dégustent du Maroilles. C’est bon mais ils n’aiment pas beaucoup l’odeur.
"L’après-midi, repos au lit !" dit Félix en serrant Marie dans ses bras.
Le soir Félix joue aux boules avec des Ch’tis sur le terrain de camping. Ils boivent des apéros pendant que Marie prépare le repas. Félix revient complètement ivre. Il se couche directement et ronfle bruyamment toute la nuit.
Marie, furieuse, décide de plier bagage dès le lendemain. Ils iront voir la petite chapelle des marins qu’elle a vue sur un dépliant et après ils décamperont. Sur la route ils se sont réconciliés et s’arrêtent en Normandie pour terminer les vacances. Revenus à l’appartement chacun reprend sa routine. Marie rêve de Saint-Trop’ pendant que Félix projette un retour à Petit-Fort-Philippe pour revoir ses nouveaux copains.
Ecrire un texte dans lequel on retrouvera entre dix et quinze (pas plus) de ces titres de romans récents :
Blond cendré - Chant furieux - Dans la remise - Dans le grand cercle du monde - Il est de retour - Je n'ai pas toujours été un vieux con - Joseph Lafon, - Joyland - La maison de Schéhérazade - La malédiction du bandit moustachu - La mémoire au cœur - La route sombre - Le bonheur national brut - Le cargo assassiné - Le cercle des femmes - Le liseur du 6h27 - Le ravissement des innocents - Le règne du vivant - Le Royaume - L'emprise - L'enfant des marges - Les indomptées - Les singuliers - Les Suprêmes - L'exception - L'homme de la montagne - Madame - Mr. Gwyn - Nos disparus - Pas pleurer - Peine perdue - Pour quelques milliards et une roupie - Price - Prières pour celles qui furent volées - Retour à Little Wing - Trente-six chandelles - Tristesse de la terre - Trois mille chevaux-vapeur - Une éducation catholique - Vieux, râleur et suicidaire.
Il y a déjà deux semaines que vous avez confié à mon cabinet la mission de surveiller votre épouse lors de ses vacances à Petit Fort Philippe où celle-ci s’est rendue pour la troisième année consécutive. Vous vous étonniez de son obstination à se rendre dans cette station balnéaire peu connue et peu fréquentée et m’avez fait part de votre suspicion à son égard.
J’ai donc effectué cette mission avec tout le soin que vous attendiez de moi. Madame votre épouse a longuement arpenté la plage du chenal lors du premier jour et y a pris un coup de soleil sur le nez qui lui laissera des traces car elle avait omis de prendre son ombrelle. Le dimanche suivant elle s’est rendue à l’église pour la messe du dimanche et s’est brûlé le bras avec la cire de son cierge. Lors de sa promenade pour visiter la chapelle des marins elle s’est foulé la cheville gauche ; il faut dire qu’elle a fait la balade avec des bottines à talons. Le jour où elle s’est rendue sur la jetée il faisait grand soleil et un vent à décorner les bœufs ; elle s’est donc levée le lendemain avec une conjonctivite qui l’a empêchée de faire la promenade en mer qu’elle avait prévue, ce qui était audacieux car elle souffre du mal de mer.
Elle a donc dû prendre rendez-vous chez le vieux médecin de la rue de l’Eglise qui lui a prescrit le nécessaire à prendre chez le pharmacien. Ce sont les seuls hommes qu’elle a rencontrés à ma connaissance jusqu’à aujourd’hui.
Mais depuis elle passe ses journées sur le banc devant la mer, près de ce vieux marin que vous voyez sur la photo ci-dessous, et elle se livre avec lui à d’interminables parties d’échecs qu’elle perd toujours.
Sans doute le goût pour ce jeu et un certain masochisme à ramasser des raclées expliquent son attirance pour Petit-Fort-Philippe.
Je puis en tout cas vous rassurer totalement sur sa moralité.
Le célèbre rappeur Kiflip Va tourner un clip À Petit - Fort - Philippe !
C'est quoi cette cité balnéaire Où on n'voit l'Angleterre Que par temps clair ? Et pis est-ce qu'y a la mer ?
Nick ta m... ! L' eau est gelée ! Mets ton col roulé ! Les gonzesses Vont pas avoir chaud aux fesses ! Prends ton K-way Ou ton ciré !
Pis quoi encore ? On va avoir l'air de pécores !
Le vent souffle fort Même au moins d'août ! Y' a pas de doute, Frère, t'es sur la Mer du Nord, C'est pas la Côte d'azur, Ça c'est sûr !
Ici, ils parlent bizarre, Y m'appellent « Biloute » ou « Min tchiot pouchin » ; J'y comprinds rin In est dans l' brun !
Mais finalement on est bien Les gens chont chympas Y te jugent pas Toujours eul sourire Cha fait plaisir ! J' veux pus rintrer à Paris J' veux rechter ichi ! J'ai pris l' accent ch'ti À Paris, y vont rin comprinde à ce que j' dis !
L'animatrice distribue à chacun(e) le texte d'une fable de Jean de La Fontaine choisie dans cette liste-ci :
1 Le Cerf se voyant dans l'eau 2 Le Corbeau et le renard 3 La Puce et le boeuf 4 L’Aigle et la tortue 5 Le Loup et l'agneau 6 La Chèvre et l'âne 7 La Poule aux oeufs d'or 8 La Chauve-souris et les deux belettes 9 Le Chevrier et les chèvres sauvages 10 Le Lièvre et la tortue 11 Le Loup et le héron 12 Le Rat de ville et le rat des champs 13 Le Lion et le rat 14 La Cigale et la fourmi
Elle demande ensuite qu'on l'adapte en chansons sur un air déjà existant.
Une telle équipe ne risquait pas de passer inaperçue.
Il s'agissait, je crois, d'un concours de photographies de fratries.
Je ne sais qui a eu l'idée de fixer sur la pellicule cette rangée de jeunes chiens. La consigne était respectée puisqu'ils étaient tous issus de la même mère et donc frères et sœurs.
La maman se reposait à l'ombre pendant que le photographe et le dresseur déployaient des trésors de patience et de persévérance pour maintenir alignée cette bande de jeunes fous.
Imaginez le travail que cela avait demandé. Faire entrer huit paires de pattes avant dans des bottes de couleurs différentes. Ce qui avait exigé qu'ils soient déjà en place et immobiles. Cela avait déjà exigé de gros efforts. Puis quand cela avait été obtenu, obtenir qu'ils ne bougent plus pendant qu'on leur octroyait une magnifique barbe blanche et des lunettes de soleil. Ce qui exigeait de capter leur attention par quelques mimiques, contorsions et promesse de friandises.
La récompense était là. L'effet était saisissant. Le photographe s'empressa. Clic,une première vue. Puis une deuxième et une troisième pour assurer.Puis on enlevait les déguisement, donnait les friandises et on lâchait les fauves qui n'attendaient que cela et qui avaient bien mérité quelques instants de liberté.
Pour la petite histoire, cette photo a remporté le premier prix.
J’ai entendu leurs voix dans la cuisine. J’étais dans une petite rue à l’arrière de l’auberge et la porte était ouverte pour laisser s’échapper dans la ruelle les vapeurs de cuisson, les fumées et les fumets.
Je n’avais rien mangé depuis trois jours et je n’avais pas un liard sur moi. J’ai frappé à la porte ouverte.
- Qu’est-ce que tu veux, étranger ? a demandé le vieux barbu au front dégarni. Nous sommes en plein taf, c’est les cuisines ici. L’entrée de l’établissement est de l’autre côté si tu veux consommer.
- N’y a-t-il pas parmi vous un dénommé Rampo ?
- Oui, c’est moi, a répondu celui des trois qui portait une kippa sur le sommet du crâne.
- On m’a parlé de ta force exceptionnelle au jeu de 421. Je suis moi-même joueur d’un assez bon niveau. Accepterais-tu que je t’affronte sur le tapis vert ?
- Te mesurer à moi ? Qui t’a rendu si vain, toi qu’on n’a jamais vu au cabaret du coin ?
- Je n’ai pas grand-chose à miser mais si par hasard je gagnais, je veux bien être payé avec cette poulette rôtie, là, sur la table. Si je perds je ferai toute la vaisselle de votre restaurant cet après-midi et ce soir.
C’était un très bon stratagème. Je les connaissais tous et je savais que le gars Rampo ne résisterait pas à un pareil défi.
- On n’a pas de piste ni de tapis mais si on pousse au bord de la table la corbeille de fruits, la poule et les morceaux de pain on a une petite place pour lancer les dés. Les voilà. A toi l’honneur.
- Pas de gobelet, non plus ?
- Et puis quoi encore ? Monsieur a peur d’attraper le Covid 19 ? On a les mains propres, ici ! C’est pas le Majestic mais le Gasthaus est de bonne tenue, les cuisiniers ont de l’hygiène et les dés ne servent qu’à nous !
J’ai souri, j’ai tourné les dés dans le creux de mes deux mains jointes, j’ai soufflé sur mes doigts et j’ai sorti mon premier 421.
- La chance du débutant ! a commenté le barbu en noir.
Rampo a lancé les dés à son tour et il a fait rampeau. C’est-à-dire qu’il a sorti lui aussi un 421.
J’ai recommencé la même gestuelle et sorti mon deuxième 421. Cette fois-ci lui a fait nénette, c’est-à-dire 2+2+1, c’est-à-dire le plus petit score qu’on puisse obtenir à ce jeu. J’ai hérité d’un premier paquet de jetons en pain azyme.
Ca a été à son tour de jouer. Il a sorti trois as d’entrée de jeu. J’ai refait 421 et gagné la première manche.
***
En deux manches, c’était plié. Je m’apprêtais à mettre la poulette rôtie dans mon panier et à leur serrer la main pour prendre congé.
- Pas de ça, Lisette ! a dit Rampo. Nous on a les mains propres mais toi on ne sait pas d’où tu viens ! Et avant de te barrer, explique-nous. Il y a un truc ?
- Oui, il y a un truc, ai-je répondu. Je suis Dieu descendu sur la Terre !
- Arrête tes conneries ! Ou alors donne-nous d’autres preuves de tes grands pouvoirs !
- Vous ne me croyez pas ? Regardez cette volaille : je vais lui rendre la vie !
Sous le regard ébahi et batyscapholé des trois commandants cuistots, j’ai balancé ma main ouverte au-dessus du plat comme si je lançais à nouveau les dés magiques.
La poule s’est remplumée, a ouvert un œil, étonné d’être couchée sur le dos dans la cuisine d’une maison bourgeoise.
- C’est bon, le métèque ! Casse-toi, avec ta poule ! Tu nous as fait perdre assez de temps comme ça. On a du boulot, nous !
J’ai fait un grand sourire, j’ai ramassé mon lot et je suis sorti dans la ruelle.
***
Une fois que je suis arrivé sur la place du village je me suis assis au soleil sur la margelle de la fontaine. J’ai fermé les paupières et j’ai savouré la douceur du jour. C’était l’heure de la sieste, il n’y avait plus un bruit, personne ne disait rien.
Puis je me suis frappé le front et j’ai crié :
- Quel con ! J’en ai encore trop fait, comme d’habitude et ce failli trophée, si je veux le déguster, il va falloir que je le tue, que je le plume et que je le fasse cuire alors qu’il était tout prêt à consommer tout à l’heure !
A l’intérieur de mon cabas la poule qui m’avait entendu me plaindre a gloussé de rire. Je l’ai extirpée du panier et je l’ai prise entre mes mains. Je l’ai serrée précieusement.
P.S. Cet épisode a également fait l'objet d’un collage de Jean-Emile Rabatjoie (Musée Iconoclaste Rennais, Série Les chiens aboient, Le Caravage passe) reproduit ici :
- Tu, tu es sûre que je n'ai pas grossi pendant le confinement? J'ai le tutu boudiné.
Tu, tu 2
- Maman, maman, pourquoi tu m'as amené en Camargue ? - Mais enfin, tu sais bien que nous sommes à Glaglavostok ! - Ben pourquoi il y a des gros flamants roses qui ont du mal à tenir sur une patte ? - Ils sont punis par où ils ont péché, ils ont trop mangé pendant le confinement !
Montgolfières
Devant ce ciel "montgolfiérisé", elle n'en croit pas ses yeux !
- Nan, mais allô quoi ? On n'a pas le droit d'aller à plus d'un kilomètre et eux ils vont dans le ciel ?! - Ah ! Ah ! Ah ! J'espère au moins qu'ils ne vont pas voir des culottes de gendarmes ! dit le moins ignare de la troupe. - Ah ben ! Parce qu'en plus, les gendarmes, ils se promènent en culotte dans le ciel ? répond la poupée siliconée dans la vallée.
C’est entendu, nous sommes en guerre ! C’est pourquoi nous allons écrire aujourd’hui une chanson de geste(s). Qu’est-ce ? Madame Wikipe-Hérédia nous dit :
Écrites en langue d'oïl par les trouvères, en langue d'oc par les troubadours et en langue franco-vénitienne en Italie, elles chantent la valeur martiale des chevaliers (vous !), héros de l'ère de Charles Martel (Emmanuel Macron !) et de Charlemagne (Edouard Philippe), et leurs batailles contre les Maures (le coronavirus).
À ces légendes historiques s'est ajoutée une forte touche de merveilleux : des géants, de la magie et des monstres apparaissent parmi les ennemis avec les Sarrasins (le gendarme Longtarin, le revendeur de gel hydroalcoolique de contrebande, le trafiquant de chloroquine, Super-Pangolin, Bat-Woman, etc.).
En théorie une chanson de geste est composée de vers de dix pieds avec des assonances intérieures mais nous allons laisser tomber cela, sauf si vous y tenez vraiment.
Vous allez lister d’abord trois à cinq gestes que vous effectuez chaque jour depuis que vous êtes confiné chez vous, donc sur le front de la lutte contre le méchant roi Machin XIX.
Puis vous allez raconter ce que vous voulez comme vous voulez mais - En évoquant trois de ces gestes ; - En respectant l’unité de lieu : chez vous ou dans l’environnement d’un kilomètre autour de chez vous, chez Dame Béatrice, dans une grotte, dans votre résidence secondaire à Perros, bref là où vous êtes ou rêvez d’être confiné.e ; - En insérant dans votre texte au moins dix titres de chansons d’Alain Barrière (trop fastoches, les titres !) issus de la liste ci-dessous :
A coup de nuit - A nos amours - A regarder la mer - A trop attendre de la vie - Adieu la belle - Aime-moi - Aimer - Alors adieu - Angela - Antinéa - Attends - Automne - Ave maria - Avion, béton, camion - Bon anniversaire - Bornéo - C'est la vie - C'était aux premiers jours d'avril - Ca fait aimer la vie - Cathy - Ce qu'il reste dans ta vie - Ce que je crains - Ces quelques mots - Chanson trop monotone - Chante la vie avec moi - Comme un vieux morceau de bois - Complainte du roi et de la reine - Cucugnan - Depuis septembre - Dessus ma porte - Dis papa - Ecoute bien c'est un tango - Elle était si jolie - Elle va chanter - Emporte-moi - En plein midi - Enfance - Entre Québec et Montréal - Et j'aime la vie - Et ma route est solitaire - Et puis après - Et si c'était l'amour - Et tu fermes les yeux - Et tu retrouveras ta vie - Galilée la terra - Hiver - Tu seras un homme mon fils - Il faut danser Marie - Il ne faut pas partir déjà - J'ai des p'tites fleurs bleues - J'ai perdu - J'aurais voulu - Je danse - Je ne sais pas trop pourquoi - Je ne sais plus - Je regrette ce temps - Je reviendrai d'Al Cantara - Je t'aime anyway - Je t'attendais - Jeanne et ses rêves - Juste en passant - L'algue - L'amour inca - L'avenir sans toi - L'aveugle du pont du change - L'ombre d'un baiser - La ballade des amours - La chamade - La complainte de l'oiseau - La foire aux coeurs - La maison vide - La mer est là - La petite légende - La plus belle chanson - La ronde autour du monde - La route - La terre tournera sans nous - Lamento - Le bel amour - Le chemin de croix - Le début et la fin - Le jour qui lève - Le père Noël et moi - Le temps d'une valse - Le temps qui passe - Le voyage - Les amants de l'espace - Les baleines - Les feuilles mortes - Les gens qui vont - Les guinguettes - Les matins bleus - Les petits soldats - Les sabots - Lettre au président - Lisbonne - Lolita - Lorsque j'ai pris ses lèvres - Ma joie est tombée dans l'herbe - Ma vie - Mais je vous dis - Mandoline - Marie Joconde - Marie-couche-toi-là - Me pardonner - Me recroqueviller - Mon amour qui viendra - Mon cerisier - Mon coeur - Mon île de Saba - Mon improbable amour - Mon pauvre amour - Mon pays - Mon vieux Joe - Notre monde un jour - Notre rue de Paris - Nous partirons ensemble - Oh redevenir un enfant - On m'a battu - Partir - Pauvre François - Petite fée - Plus je t'entends - Pour la dernière fois - Princesse lointaine - Qu'elle disait - Qu'importe - Qu'on s'aimait - Quand le vieil arbre sera mort - Que c'est long - Que se passe-t-il dans ma tête ? - Rêve et réalité - Rien qu'un homme - S'il fallait que sur terre - Si c'est la fête - Si je rêve de toi, Maria - Si ton cœur balance - Si tu ne me revenais pas - Si tu te rappelles ma vie - Si tu te souviens - Soleil d'oiseau - Sur ma route - Sur notre histoire - Sur qu'il m'aurait dit - Sur ton visage - Toi tu me lâches - Tout peut recommencer - Tout s'en va déjà - Tu me reviendras - Tu t'en vas - Tu vois - Un été - Un homme s'est pendu - Un peu de sang breton - Un poète - Un printemps - Une autre vie - Une chanson - Une fille pleurait - Une petite plage - Vous allez faire comment ? -
Le commandant Lormont et son acolyte Jules Lemoux rentrent d'une mission hasardeuse où, une fois de plus, ils ont fait chou blanc. Quand tout à coup !
- Eh ! Commandant ! Dans le rade, là, derrière la baie vitrée, ce serait-y point notre olibrius que l'on recherche depuis des mois ?
- Qui ? Quoi ? De qui tu causes ?
- Là, prenez les jumelles ! Visez un peu cette paire...euh ! Cet individu assis de dos, bien propre sur lui !
Lormont blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.
- Nom d'un ver à soie déplumé ! Il s'agit bien de John la Défouraille, un joystick peu fréquentable, condamné à mort par accoutumance je crois bien et qu'on m'avait dit espadrillé en Amérique latoche. Bon, pas de panique ! A bâbord, matelot !
- Ne brûlons pas la chandelle par les bouts, c'est un coriace, ce John la Défouraille !
- Et puis il faut attendre l'arrivée de notre nouveau chefaillon qui doit débouler de Paname en grandes pompes
- Il a des grands panards ?
- Mais que t'es inculturé ! En grandes pompes ça veut dire avec tout le tintouin, fanfare et compagnie !
- En attendant qu'est-ce qu'on fait ?
- Repasse-moi les jumelles ! J'ai la braguette qui me démange !
- Eh ! Oh ! Quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin, mes fils ! Alors remets-toi les idées d'aplomb et tout le reste ! Et prenons des initiatives, faisons un coup d'éclat, montrons notre talent !
- Ce John la Défouraille ! On dirait qu'il a maigri et puis… cette couleur de cheveux ! Il s'est teinturé le capillaire avec du jus de carotte ? Tout ça pour pas qu'on reconnaisse sa bobine ! Mais on est des fins limiers !
- Toi, Lemoux, tu vas passer par devant comme un client lambda, ordinaire quoi ! T'auras pas de mal à passer pour quelqu'un d'ordinaire, de banal ! Et moi, je passe par le fond de la boutique et c'est plié ! On le neutralise, l'anéantit et à nous les honneurs et les promotions !
- Et les jolies gonzesses !
- Défouraille pas trop vite, il faut qu'on l’ait vivant !
- Tu regardes trop les ouaisternes !!
Lemoux s'avance nonchalamment vers la porte du troquet pendant que Lormont longe le bâtiment en catimini.
- Haut les mains, John la Défouraille, t'es fait comme un rat !
- Que ! Quoi ! Qu'est-ce qu'il vous prend ?
La serveuse pousse des cris de souris piégée, renverse son plateau et va se réfugier derrière le bar, elle a vu ça dans le film avec Blier, Constantin et Ventura !
- Commandant Lormont et mon sous-fifre Jules Lemoux !
- Enchanté messieurs ! Je suis votre nouveau chef arrivé discrètement hier soir par le train de 23 h d'où un abruti est tombé en voulant prendre l'air ! Je prends mes fonctions dès ce matin, vous passerez à mon bureau !
Adieu veaux, vaches, cochons, couvées ! Ils se sont retrouvés à traquer le braconnier au fin fond de la Lozère !
P.S. Scoop sur BFM TV, le fleuron de l’info livrée avec intelligence par les plus grands spécialistes : Joël Dubois dit Joe la Défouraille aurait été vu en Lozère accompagné de Ducon de Ligonnès. Nos deux fins limiers vont reprendre du service !
Il était bien tôt dans ta vie pour te raconter cela, mon petit bonhomme, mais c'est ton histoire. Le premier janvier 2020 c'était la première fois que nous te disions : « Bonne Année ! ». Nous nous sommes embrassés avec ta maman et toute la famille et même les amis.
Nous quittions une année perturbée par les gilets jaunes et de ton côté tu avais réussi à combattre la jaunisse des nourrissons. Comme je n'avais pas voulu manifester sur les ronds-points mes collègues m'avaient traité de «jaune». J'étais assez furieux, mon équipe préférée, les canaris nantais, avait fait une année de foot assez moyenne. Pour l'anniversaire de ta maman j'avais acheté un bouquet de roses jaunes. Elle me l'a flanqué à la figure. Je ne savais pas que les fleurs jaunes étaient symbole d'infidélité. Par contre pour me faire pardonner je lui ai acheté une bague en or jaune et là elle a sauté de joie. Moi, vu le prix de l'objet, je souriais jaune. Même le jaune moutarde s'était invité dans la mode.
Avec tout ça j'étais content de quitter ce 2019 et qu'est-ce que nous avons pu blaguer avec ce chiffre 2020. Ce serait l'année parfaite comme la bonne note 20/20, l'année du vin... Tout cela est une posture. Je n'ai jamais cru que les vœux puissent influencer favorablement notre vie pas plus que le muguet ne nous offre le bonheur. Mais nous avons ces fausses espérances. La preuve, cette année a elle aussi viré au jaune, c'est ce que je viens te raconter dans ce champ de colza.
A cause d'un virus nous avons dû nous confiner et la nature en a profité pour nous envahir de jaune : boutons d'or, pissenlits, luzerne lupuline et autres fleurs sauvages. Sauvages comme la maladie qui nous sépare de toute ta famille.
Dans ta tunique qui se termine comme une petite corolle jaune tu souris, tu t'es adapté et déjà tu domines le monde. Au-dessus de ce champ tout jaune, le regard fier, le corps droit , tu sembles dire : « nous gagnerons et nous ferons alliance avec la nature sauvage ».
Si elle se rappelle à nous c'est peut-être un signe, mon petit Jonathan.
Le jour d' après, Ils sont venus Ils sont tous là Au chevet de Notre-Dame !
Dépités, sidérés.
Quand Paris A réalisé, Tout Paris a pleuré, Le monde entier a été touché.
Vite, vite, Il faut un souvenir acheter ! Notre-Dame d'avant, Notre-Dame la rayonnante, Notre-Dame la flamboyante, En boule à neige, En taille-crayons, En mug, en set de table, Sur un tee-shirt imprimé.
Bravo ! Vous allez faire travailler L'artisanat français !
Pas du tout : En Chine ou à Taïwan C'est fabriqué !
Après ça, il y eut d’autres indices, D’autres avertissements.
Ils avaient l’oeil sur nous, et même les deux, Nous n’avons pas voulu les voir.
Les nôtres étaient aveuglés, Par notre suffisance.
Au printemps ils sont revenus.
Le jour d’après, On vit la foule se presser aux « Cadeaux de Notre Dame ». Là où on vendait à prix d’or Une pauvre amulette Censée les éloigner. Pauvres petits Terriens, Prêts à tout acheter!
C’est l’heure, petits microbes, Vous étiez prévenus. Nous allons écraser tous les contaminés. Vos masques ne servent à rien Sous nos pieds de géants. Et vous les biens portants, Les rescapés des temps d’avant. Savez-vous ce qui vous attend ?
Hein! se dit notre président Un matin sortant de sa douche. Je portais beau hier Et me voilà tout moche. En commençant par lui Ils faisaient bonne pioche. Nous fûmes désemparés D’avoir pour guide un phoque. Quoique !
Devant ce ciel limpide Au bout du bout du monde, Nous pauvres rescapés Crûmes quelques secondes Leur avoir échappé. D’autant que des ballons Par milliers envolés Semblaient signer la fin Du cauchemar qui rôdait.
La belle équipe que voilà, De nous il ne reste que ça. À droite c’est moi. Une équipe de chiens Gouvernée par un phoque Ça vous semble loufoque? Après tout pourquoi pas. Nous voilà, droits dans nos bottes Prêts à procéder au vote.
Quant à vous, Ne négligez pas Les signes qu’ils vous envoient. Où que vous soyez dans l’espace, Ils trouveront votre trace. Mais de parler je me lasse, Je me lance, allez, j’aboie.
Eh ! Tonton ! Tu voulais te planquer pour aller ramasser tes champignons un peu spéciaux qui te faisaient voir la vie en kaléidoscope !
Je me souviens, tu partais de bon matin, à bicyclette ! En catimini !
Tu ne voulais pas nous emmener, nous les bambins que tu aimais bien, avec qui tu jouais beaucoup, à qui tu apprenais à fumer ou à boire un petit coup en cachette des parents !
Tu partais de bon matin, à bicyclette ! Ton vieux biclou avec ton panier accroché sur le porte-bagages .
Mais ce n'est pas là que tu mettais tes champignons à consommer avec modération ! Toi, la modération, ce n'était pas ta qualité première ! Tu disais toujours : « Les excès, y'a que ça de vrai ! »
Tu mettais dans ton panier des champignons sans intérêt ! Et les précieux, ceux qui te faisaient planer, tu les planquais dans un sac sous ta veste !
Tu revenais toujours un peu déçu !
- Ah! Y' avait pas grand chose, t' en a qu' ont dû passer avant moi !
Mais nous les gamins, on savait ! Tu descendais à la cave et là tu étalais ta précieuse récolte pour qu'elle sèche ! On le savait car le plus petit de la bande avait réussi à se glisser par le soupirail et à découvrir le secret de tonton Eugène !
Il y avait aussi des livres un peu bizarres où les dames elles n'avaient pas d'habits, les pauvres ! Et puis aussi des bouteilles où c'était écrit "60". Ça ressemblait à de l'eau mais ça sentait fort ! Ça piquait le nez ! Mémé disait qu'on pouvait déboucher les cabinets avec !
Bref ! Quand tu jugeais qu'ils étaient assez secs, tu les réduisais en poudre à la moulinette et tu mélangeais avec du tabac et tu te roulais des cigarettes avec ce mélange. Celles là, tu ne voulais pas qu'on y goûte !
Et après, tu étais tout bizarre ! Tu disais n' importe quoi ! Tu disais que Mémé avait une tête de sanglier, que Ginette avait le feu aux fesses, tu voyais les flammes ! Et que Pépé se lavait à la gnôle ! C'est pour ça qu'il sentait tout le temps l'alcool ! Tu rigolais beaucoup et nous aussi !
Mémé disait :
- Il fait encore une crise de delirium tremens (Très mince ? Il est gros, Tonton !), c'est le docteur qui l'a dit, il faut qu'il arrête la gnôle !
Nous, on savait que ce n'était pas que la gnôle! Mais on ne pipait mot ! On l'aimait bien, Tonton Eugène ! Et ses champignons hallucinogènes !
Mais le plus drôle, ou le plus triste, je ne sais pas, c'est qu'il est mort intoxiqué par une omelette aux champignons ramassés par Tonton Lucien !
En ta mémoire, Tonton Eugène, j'ai précieusement gardé cette photo prise par Jojo avec son appareil qu'il avait eu à sa communion ! On était bien planqués ! Tu ne nous avais pas vus te suivre ! À moins que ...
PS : Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé relève de la stricte (triste !) vérité. Par souci de respect pour ma famille, les prénoms ont été changés.
Bon, se dit le mur de la chambre, rester planté là depuis des lustres à regarder passer toujours les mêmes bobines ou presque, c’est un peu monotone. Pour être tout à fait honnête il y a bien quelquefois un peu de cinéma et même des scènes torrides, mais… de moins en moins.
C’est ainsi qu’un matin, le susdit mur décida d’aller faire un tour. Alors que je me tournais sur le côté gauche, côté mur, là où se trouvent mes charentaises pour démarrer une belle journée activement confinée, il partit en balade. Et hop le plafond, et hop le mur de droite pour aller admirer le tableau de Dirosa.
Hop, hop, hop un petit tour vers la couette, puis retour au point de départ et hop on repart, nouveau tour de manège pour moi, puis deux, puis trois. Comme je ne savais pas que le confinement venait de rendre fou un mur centenaire, je me dis :
- Voyons, ton dernier apéro, il date bien au moins d’une semaine…
C’est vrai, je le confesse, en ce moment mon co-confiné et moi nous nous réconfortons un peu plus souvent que d’habitude avec une larme de whisky, enfin deux, peut-être même trois. Mais les effets de ce breuvage ne durent tout de même pas une semaine !
Sauter du manège en marche, pas question ! C’est qu’il est rapide, le centenaire !
Voyons voir :
- Solution un, je me recouche et je profite du spectacle ; solution deux, j’appelle à l’aide pour calmer le fugitif ; Solution trois, je ferme les yeux.
J’opte pour la dernière puis attends un peu. J’ouvre un oeil, courageuse mais pas téméraire. Le centenaire semble fatigué. J’ouvre le deuxième : il doit être essoufflé après cette épopée. Il bouge juste un peu, entraînant avec lui l’armoire et la bibliothèque. Vont-ils partir en voyage eux aussi ? Après tout ils ont bien le droit d’aller faire un petit tour, mais une heure, une heure seulement et avec un mot d’excuse. Non mais, il ne manquerait plus qu’ils partent comme ça sans rien dire !
Surtout la bibliothèque, c’est qu’elle est précieuse en ce moment car si je ne me trompe pas, les librairies ne contiennent pas de denrées de première nécessité.
Tout ça pour vous dire que prendre un stylo pour écrire sur une toupie en pleine action, c’est chaud, comme ils disent les jeunes.
Cette semaine le mur a repris sa place ainsi que l’armoire et la bibliothèque. J’ai pu reprendre mon stylo sans risquer un tour de manège gratuit. Vertiges vestibulaires ça s’appelle.
Le supplément hebdomadaire du journal "La Croix" propose depuis la fin de l'année dernière un atelier d'écriture à ses lecteurs. Il est demandé, à partir de la contemplation d'une photographie, d'écrire un texte de cinq lignes dont l'incipit est imposé.
Ici sont recueillis les ateliers du début de l'année 2020. L'incipit figure sous la photo. Par contre nous ne mettrons pas de contrainte de longueur. Vous pouvez donc écrire un texte long ou plusieurs textes courts.
Ite missa est !
N.B. Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir.
L’oeuf dur qui éclate à la cuisson. Les gens qui marchent derrière ta voiture alors que tu recules et que tu es le seul sur le parking. La personne qui assoit son sac dans un bus bondé. Le conducteur qui roule tout le temps sur la file de gauche.
Choses qui égayent le coeur
La première rose fleurie au jardin. La première fois qu’un enfant dit mamie. Les premiers oiseaux annonçant le printemps.
Choses qui apaisent
Marcher sur le sable mouillé. Toucher le bois poli par la main du sculpteur. Traverser une rivière pieds nus.
Choses qui provoquent l’enthousiasme
Retrouver un ami perdu de vue depuis longtemps. Un bon roman.
Choses qui donnent un vertige d’émerveillement
Une oeuvre d’art. Un morceau de musique.
Choses peu rassurantes
Une ruelle coupe-gorge. Une fête où l’on ne connait personne. Une salle d’attente vide ( que vaut le médecin ?). La rencontre avec une vipère.
Rayon de soleil La rose au balcon fleurit Printemps sublimé.
***
Petits bras tendus Première fois dit « mamie » L’enfant adoré.
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L’oiseau voyageur Porté par les ailes du vent Venue du printemps.
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Fleur pistil offert Ouvre sa crinoline Au petit matin.
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Dernière marée Empreinte sur le sable A peine mouillé.
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Clapotis de l’eau Sur la pierre chaude Mon pied hésitant.
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Je la vois de loin Chevelure de feu au vent Comme un oriflamme
Il y avait si longtemps Que nous nous étions perdues
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A la première page Phrase qui vous emporte Désir de poursuivre.
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Couleurs éclatantes Comme tracées à la hâte De la main du Maître.
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L’instrument vibre Il me prend et m’emporte Monde merveilleux.
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Sac assis près d’elle Ecouteurs vissés aux oreilles Deux places elle prend.
7 ème semaine de confinement : le temps de l'amour est revenu.
Béatrice vient d'arriver pour enfin confiner clandestinement chez Félix, histoire d'agrémenter son ordinaire et de l'empêcher de sombrer dans la déprime. Les amants se sont facilement autorisé ces retrouvailles interdites bien qu'elles ne mettent pas en péril leurs congénères.
Cette semaine c'est Béatrice qui va écrire et reprendre la main. C'est ce qu'elle avait déjà fait la deuxième semaine de confinement quand elle avait envoyé à Félix son texte sur les « recettes confinées ». Depuis, elle n'a pas perdu son temps et a continué à écrire des miscellanées de petits textes divers et variés. Justement depuis quelques jours elle a entrepris de mettre de l'ordre dans son écriture confinée et les a rassemblés sous le titre :
« Listes de haikus et autres tankas confinés » à la façon de Dame Sei Shonagon.
Elle a eu plaisir à les imprimer, à les relier amoureusement et en faire un carnet- cadeau pour Félix, sachant que le temps viendrait qu'ils se rejoignent. Elle n'attendait que ça depuis la troisième semaine de confinement, qu'il craque pour elle et qu'il le lui déclare. Le confinement a imposé un cadre rigide à leurs amours alternées, une contrainte insupportable. Pourtant, par le passé, ils ont connu des périodes de célibat bien plus longues mais à la différence du confinement, elles étaient consenties ou du moins les contraintes étaient de leur fait.
Félix, après avoir écrit sa lettre au Président sur les gestes barrières, avait dû encore patienter que la nuit tombe avant d'entendre enfin le bruit reconnaissable entre tous de la Kangoo de Béatrice se garant devant sa maison. Félix s'est empressé d'aider Béatrice à porter ses bagages et, une fois la porte de la maison refermée, ils se sont longuement enlacés, le temps de laisser Jeanne Moreau terminer « Jules et Jim », leur chanson fétiche et une de leurs mises en scène préférées. Mais Félix avait d'autres urgences. D'abord l'heure était tardive et il avait faim. Après un rapide apéritif dinatoire réduit au chorizo piquant arrosé de leur vin blanc favori, ce Prairie fruité du Lubéron, enfin leurs corps « qui s'étaient perdus de vue » se sont reconnus le plus naturellement du monde.
Ce qu'ils apprécient autant l'un que l'autre dans leur amour en pointillé, c'est particulièrement ce temps des retrouvailles. Bien sûr, de temps en temps, Félix se demande si Béatrice a un autre Jules et peut-être même un Jim ? Il n'a plus besoin de le savoir, avec le temps leur pacte de préférence est devenu un pacte de confiance partagée et ils en restent sagement à leurs fiançailles prolongées.
Ce n'est que le lendemain matin que Félix a trouvé le cadeau joliment enrubanné de sa belle. Après le petit déjeuner, il s'est installé confortablement dans un fauteuil dans son coin favori du jardin, sous le grand chêne, à l'abri des regards, pour lire lentement les haïkus et les tankas de Béatrice. Les oiseaux chantent et la vie confinée à deux c'est tellement mieux !
Miscellanées confinées de haïku et de tankas à la manière des Listes de Sei Shonagon
faire un tour dans le jardin bouquiner sur la terrasse faire de la poésie cuisiner avec amour me brosser les cheveux appliquer un onguent écouter les oiseaux la sieste l'après midi te donner la main au cinéma me promener avec toi chanter le soir danser toute seule chanter en me lavant les mains l'inattendu découvrir de jolis mots inconnus aller à la mare aux grenouiles dans le relax, la tête à l'ombre les pieds au soleil guetter le bourgeon qui verdit marcher à marée basse
Choses troublantes
troublant : qui rend perplexe en inquiétant
La mélancolie vague lui envahit l'âme cerveau englué quelles sont ses priorités ? grand désarroi solitaire.
Tempête du siècle, le vent souffle et la pluie cingle, la maison résiste.
Le confinement nous interroge et nous trouble la planète crie et nous alerte ! Comprenons ce que nous devons changer.
Les branches s'agitent, les roseaux sont à la gîte, le thé est servi.
Choses poignantes
poignant : qui donne une impression vive et pénible ; déchirant
le confinement l'a privée de son travail de ses revenus elle est seule et elle a faim c'est un malheur absolu
Incompréhension d'une dame confinée, privée de parler à sa copine de palier au nom du confinement !
Choses agaçantes agaçant : énervant, irritant.
Que la pie m'agace ! Sa robe au satin noir-bleu laisse espérer mieux qu'un jacassement criard qui déchire les oreilles.
Le moustique vibre et m'agace les tympans, mon geste le chasse.
Le Pouvoir s'étend l'oeil vertical de leurs drones veille et nous surveille plus moyen de faire pipi tranquille sur les pissenlits
Choses qui donnent un vertige d'émerveillement : émerveillement : admiration, éblouissement
Emerveillement face au ballet aquatique et au chatoiement des poissons multicolores qui caressent les coraux
Banc de maquereaux, sublime chorégraphie, énergie fluide, belle harmonie efficace, sans besoin de hiérarchie !
Choses qui égaient le cœur :
les oiseaux, le jardin, la sieste, l'amour
La rouge-gorge familière se rapproche, elle a vu un ver.
Respirer les roses, la clématite s'est ouverte, belle violine.
Charmant roitelet, tu m'a montré tes bandeaux, tu m'as répondu.
L'iris porte fier, de haut, sa fleur bleue contemple la pensée discrète.
Deux mésanges bleues du camélia au nichoir vont vers leurs petits qui réclament la becquée, joli couple parental.
Terrasse mouillée, les nuages ont pleuré, ciel bleu purifié.
Vert moucharabieh, filtre élégant de la prêle, ma pensée s'aère et ce rideau naturel m'oxygène les neurones.
Douce oisiveté, l'idée des caresses renaît, les corps se réveillent.
Les heures d'amour sont revenues aux beaux jours, délices toujours.
Passent les années, se fanent les peaux, tant pis, nous jouons au lit.
Harmonie du soir, dans la lumière adoucie, flâner avec toi.
Temps de la lenteur, des onguents et des parfums, douceur de la peau.
Terrasse au soleil, alanguie dans le relax, je lâche mon livre.
A « fare niente » la pensée musarde et vole, un nuage passe.
Dans le petit bois derrière chez moi, dix-huit pins droits touchent le ciel.
Soleil du matin, tour de jardin à la fraîche le pigeon roucoule.
Un léger frisson dans la ramure du chêne, promesse de brise.
Majesté des chênes Discrétion de l'aubépine, mon joli talus.
Choses qui provoquent l'enthousiasme :
la musique et les chansons
se laver les mains en chantant une comptine consciencieusement un, deux, trois, je vais au bois, quatre, cinq, six, jolies cerises...
Un, deux, trois, savon ! Matin, midi et soir, souvent, temps d'une chanson.
Merveilleux piano ambulant sur un camion, envolées de notes qui réveillent les balcons des quartiers populaires !
Confinés confits sortent à vingt heures pour chanter gaieté retrouvée la musique les anime et leurs corps se réaniment
Joli cliquetis de la pluie qui tambourine sur le toit la nuit, bien au chaud sous la couette, plongée dans un bon roman.
Choses qui apaisent :
ma mère et les mers ou les eaux chaudes
Watsu extatique, souvenir amniotique, temps d'apesanteur, relâchement inédit, inattendu nirvana.
Plaisir de l'apnée, de la caresse des algues, le son est coupé, jolie balade aquatique, puis, expirer doucement..
Ma douce Maman, quel bonheur de t'appeler, d'entendre ta paix. Tu n'es pas contaminée par l'agitation virale.
C'est une consigne inventée par l'Oulipo. On collecte des mots qui contiennent le son "haut" et des mots qui contiennent le son "bas" (O et Ba, quelle que soit l'orthographe de ce son).
Il est demandé de les inclure ensuite dans un texte en pratiquant si possible l'alternance des sons ba et o.
La carmélite du couvent de Carpentras a acheté des carottes pour se caresser en pensant à Ricardo le carreleur. Elle les a cachées sous son cardigan.
Le cardinal qui passait dans le quartier du carmel a écarté le cardigan et vu les carottes.
- Sœur Caroline, cette cargaison serait-elle propice à une incartade de votre part ?
Sœur Caroline devint écarlate devant le cardinal qui écarquillait les yeux de malice.
- Je sais, dit-il avec sa bonne trogne de Picard, que le carotène est bon pour le teint et aussi pour la vue. Alors écartez bien vos yeux et voyez la belle carrosserie que vous avez devant vous, pas une pièce de rechange et un myocarde en pleine forme. Choisissez- moi à la place de vos carottes, ça va cartonner nous deux !
Mais quel lascar ce Cardinal !
Sœur Caroline se carapate en criant :
- Ce n'est pas ce que vous croyez, Cardinal, je les porte à sœur Carmen pour cuisiner son cari-saucisse !».
Le cardinal mécontent de rester en carafe fit sonner le carillon à six heures un quart pour réunir les carmélites.
Sœur Carla dont le karma du jour était plus propice à l'escarpolette qu'à la prière se planta devant le cardinal et lui dit :
- Mangerez-vous avec nous ce soir cardinal ? Nous aurons des spaghettis carbonara, un carpaccio de bœuf, un quatre quart au caramel et en entrée des carottes... mais râpées !!
Le Cardinal qui était un vieux briscard comprit le rencart, il écarta les bras en signe d'assentiment.
Quant à sœur Caroline elle resta muette comme une carpe. Ce soir dans sa carrée, pas de carottes c'est carrément raté !