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L'Atelier d'écriture de Villejean
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22 septembre 2020

Le sale gosse a encore désobéi ! / Jean-Paul

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Longtemps je me suis privé du bonheur de farfouiller dans les boîtes de photos que ma grand-mère, puis ma mère, avait conservées dans le buffet, celui du couloir du 73 de la rue C.Q. qui avait déménagé avec elles dans la rue des Bleuets et s’était retrouvé, là-bas, dans le séjour au sol à damiers et à la tapisserie mauve. Il y en avait aussi, des photos, des albums et des cartes postales, dans la vitrine aux mignonnettes et aux poupées, elle aussi ramenée du 73 mais repositionnée rue des Bleuets dans le vestibule de l’entrée, à gauche.

A vrai dire, le mot bonheur est un peu excessif ici et quand on parle de photographie, les lieux de stockage n’ont pas d’importance ; cependant il faut bien, à un moment donné, qu’un archiviste vienne mettre de l’ordre et de l’information dans ce paquet de temps arrêté sur des petits carrés de papier glacé, aux bords dentelés, entourés de grandes marges blanches ou pas, un bloc de temps figé dans du sépia pour les plus anciennes, du noir et blanc pour la plupart et, quand il y a des couleurs, ce sont celles des photos prises au Polaroïd ou avec un Instamatic Kodak de qualité moyenne, certains tirages de format carré d’après des négatifs 4x4 ou 6x6 ayant même été agrémentés d’une photo bonus, cadeau fait à l’acheteur pour ne pas gâcher le papier qui se commercialisait au format rectangulaire de 8,9 x 12,7 centimètres.

Bien sûr, de par ma profession, ce rôle d’archiviste était taillé sur mesure pour moi, je n’ai pas rechigné à l’accepter, bien qu’on ne me demandât pas de le tenir et, à chaque fois que je le pouvais, j’interrogeais ma mère pour qu’elle cherchât dans sa très bonne mémoire qui étaient ces hommes et ces femmes immortalisés le jour de leur mariage ou posant dans un studio de photographe professionnel devant des décors peints ou des corbeilles de fleurs, ce qu’étaient devenues ces jeunes filles du groupe de danse, ces jeunes communiants, les gens qui se trouvaient avec la famille aux bains de mers à Bray-Dunes ou dans le camping de Berck-Plage et ces personnages sortis d’un roman de Modiano sur l’esplanade du Trocadéro à Paris avec la tour Eiffel en arrière-plan.

Je m’empressais de noter au dos des photos et au crayon de bois des prénoms et des noms et je peste aujourd’hui contre le manque de méthode, de sérieux, de volonté familiale de transmettre une histoire mise au propre de ces mêlages de clans : aucune de ces photos n’est datée, aucun négatif n’a été conservé, il n’y a pas de pochette du photographe et pas plus de récit de voyage pour ce qui est de ces albums dans lesquels on voit le métro de Moscou, le croiseur Aurore à Saint-Pétersbourg ou plutôt, vu la date supposée antérieure à 1989, Léningrad, on ne saura jamais rien de cette jeune interprète longiligne dont je me souviens juste qu’elle se prénommait Irina et avait accompagné mes grands-parents lors de leur séjour à Sotchi sur les bords de la mer Noire.

J’en viens à croire, et c’est une sensation qui m’emmène à la limite de la paranoïa, que mon grand-père a peut-être été, réellement, un espion du K.G.B. et que, si ces photos étaient restées muettes, enfouies, comme cachées au monde, c’est que toutes ces réminiscences de vie politique, syndicale et familiale étaient volontairement vouées à une nuit salvatrice. Procéder à leur publication demande peut-être de la hardiesse ou de l’inconscience ? Du plus profond des enveloppes dans lesquelles j’ai mis ces photos après les avoir rassemblées et classées par branche de la famille, par lieu, par période, toutes ces personnes semblent me rappeler à l’ordre :

« Ne nous oublie pas mais oublie-nous quand même ! N’écris pas sur nous ! Nous étions des gens simples, nos vies ne furent pas drôles, nous n’avions pas beaucoup d’argent mais nous avons veillé à ce que ton enfance soit heureuse malgré ton asthme ; tu n’as pas connu comme nous la cruauté de ces époques de la guerre et de son après, tu as reçu en suffisance des nourritures terrestres et intellectuelles qui t’ont permis d’avoir un métier correct, te voilà grand maintenant, tu trouves ton bonheur dans la musique, l’écriture et la photographie alors… laisse-nous en paix ! Publie tes aquarelles de Venise ou tes « Elucubrations d’un poète » sur internet si tu veux mais laisse dormir nos photos ; les publier relèverait de l’exhibitionnisme à peu de frais, nous avons droit au repos et au silence, prétendre le contraire relèverait de la cruauté. Et ne crois pas t’en tirer, pour contourner notre demande, avec cette phrase de Brassens extraite d’une chanson que tu n’as même pas mise dans ta guitare : énoncer que « les morts sont tous des braves types » ça sous-entendrait que nous ne l’étions pas, non ? Allez ! Pose ton stylo, sale gosse ! Ca fait une heure que tu joues à parodier Proust en faisant de trop longues phrases et le temps imparti aux écrivant·e·s de ton atelier d’écriture est écoulé ! ».

Vacances à Bray-Dunes 1955 02 réduite

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22 septembre 2020

Chère Albertine / Adrienne

Chère Albertine, mon cher amour,

AEV 2021-02 Adrienne Albertine disparue 2

j’ai peur de manquer d’argent, d’abord parce que, comme tu le sais, mon art ne paie pas, mon travail sur Ruskin m’a coûté plus qu’il ne m’a rapporté, je suis le bouc émissaire de cet incompétent de Gaston Gallimard qui ne me fait signer que des contrats masochistes et prétend ne pas s’y retrouver dans mes paperoles – et je ne parle même pas de mes articulets d’une page dans le Figaro ou pour la Nouvelle Revue Française qui ne me valent que la compassion hautaine du Faubourg Saint-Germain – et d’autre part mon asthme me coûte fort cher, presque autant que mes sorties en automobile avec Agostinelli et mes bains de mer à Combourg ou Balbec, ce qui est d’autant plus absurde que je préfère de loin rester dans ma chambre et me faire soigner par Céleste Albaret et son fameux bœuf mode, avec de temps en temps une petite sortie sur les Champs-Élysées où je ne manque jamais de rencontrer Charlus en route vers une maison de passe ou quelqu’un du clan Verdurin pour m’entretenir de musique, de peintres italiens à la mode, de politique, de Dreyfus ou de philosophie, avec plus de snobisme que les domestiques de la famille de Guermantes – ce qui n’est pas peu dire, comme tu le sais – ou voir Georges Clemenceau s’essayer à la bicyclette, alors qu’il a trente ans de plus que moi, et je ne peux que regretter la cruauté du sort qui me donne un corps aussi peu fait pour les hardiesses sportives, les sensations fortes ou les prouesses que demandent la galanterie, les plaisirs et l’ivresse du libertinage, ce corps me donne au contraire des éternels sentiments de culpabilité, des ennuis avec les demoiselles du téléphone quand j’ai besoin de l’aide de la médecine, sans compter les drames du coucher que je vis chaque nuit depuis l’enfance, depuis mon petit lit de Combray chez ma tante Léonie dont les seules réminiscences positives sont celles de l’heure du goûter et de la petite madeleine, ce qui – ô ironie ! - va tout de même m’offrir la matière, le travail de mémoire, les noms de lieux et de personnages d’une œuvre à laquelle je réfléchis actuellement, dans le train qui m’emmène à Venise, pour me remettre de cet affreux duel sur le pré derrière l’église et des mensonges colportés à mon égard – m’accuser d’exhibitionnisme, moi qui n’ôte même pas mes vêtements pour dormir ou pour prendre un bain ! - c’est en de pareilles occasions que je me dis qu’il vaut mieux pour ma mère de n’être plus de ce monde, quel mal lui feraient ces phrases inspirées par la jalousie et ses tristes lois humaines, à Paris peut-être plus encore qu’ailleurs, selon mon impression… mais voilà que je te parle un langage qu’on n’utilise d’ordinaire pas avec les jeunes filles et je me promets de ne plus t’entretenir que de fleurs, de rendez-vous au Ritz et de ce petit voyage pour aller admirer le Vermeer de Delft – vision de rêve qu’il faut observer en vrai et pas en photographie - …

Remets mon bonjour à notre ami Charles Swann et dis-lui que ma prochaine publication est en route, dans laquelle j’espère faire mieux que mon Jean Santeuil ou Contre Sainte-Beuve, mieux que mes maîtres Flaubert et Dostoïevski, mille baisers de ton Marcel, futur prix Goncourt.

22 septembre 2020

Consigne d'écriture 2021-02 du 22 septembre 2020 : Les 100 mots de Proust et les phrases de Fabcaro

Les 100 mots de Proust et les phrases de Fabcaro


Voici une liste de cent mots qui se rapportent à Marcel Proust. Il vous est demandé d’en inclure un certain nombre dans un texte dont les verbes seront à l’imparfait ou au présent et où les phrases auront une longueur certaine, à l’exemple des deux phrases ci-dessous extraites de « Broadway » de Fabrice Caro

AEV 2021-02 Consigne 100 mots de Proust

Albertine - Amour - Argent - Art - Asthme - Automobile - Bains de mer - Baiser - Beauté féminine - Bicyclette - Bouc émissaire - Bœuf mode - Cabourg-Balbec - Céleste Albaret - Chambre - Champs-Élysées - Charlus - Clan - Clemenceau (Georges) - Combray - Compassion - Contrat masochiste - Corps - Cruauté - Culpabilité - Demoiselles du téléphone - Domestiques - Dostoïevski (Fiodor) - Drame du coucher - Dreyfus (affaire) - Duel - Église - Enfance - Exhibitionnisme - Faire catleya - Faubourg Saint-Germain - Féminité - Fétichisme - Figaro (Le) - Flaubert - Fleurs - Francité - Galanterie - Goûter - Guermantes (les) - Guerre de 1914-1918 - Hardiesse - Homme-femme - Homosexualité - Impression - Impressionnisme - Incorporation - Instruments d’optique - Ivresse - Ironie - Jalousie - Je - Jean Santeuil - Jeunes filles - Langage - Léonie (tante) - Libertinage - Lieux - Lois humaines - Madeleine (Petite) - Maison de passe - Mal - Médecine - Mémoire - Mensonge - Mère - Métaphore - Moyen Âge - Musique - Noms - Nourritures - Nouvelle revue française - Nuit - Odorat - Paperoles - Paris - Pastiches - Peintres italiens - Personnages - Philosophie - Photographie - Phrase - Plaisir - Plaisirs et les Jours (Les) - Politique - Prix Goncourt - Publication - Réminiscence - Rêve - Ritz (hôtel) - Rivière (Jacques) - Ruskin (John) - Sainte-Beuve - Saphisme - Sensation - Sexualité - Signes obscurs - Snobisme - « Suave mari magno » - Swann (Charles) - Temps - Train - Venise - Verdurin (les) - Vermeer de Delft - Vision - Voyeurisme - 

Sa femme Christine l’a quitté il y a deux ans pour un chiropracteur, et je remarque qu’on nomme toujours par sa fonction celui pour qui l’on est quitté, comme si la fonction était déterminante dans la séparation, comme si le fait qu’il soit chiropracteur avait son importance, un chiropracteur, ben voilà, ça m’étonne pas, ça, ils en ratent pas une ceux-là.

Plutôt que de s’effondrer, plutôt que d’aller voir Notre-Dame d’Espérance et allumer un cierge pour que le chiropracteur perde un œil comme l’aurait fait n’importe qui, il l’avait admis, intégré, digéré, même si je ne doute pas qu’il en avait été meurtri et l’avait couvé dans son ventre comme un poison brûlant, mais il s’était aussitôt remis en selle, fût-ce une selle provisoire, dans un réflexe de méthode Coué, comme s’il s’agissait d’un cycle tout à fait normal, comme si tout ça était dans l’ordre des choses : on est deux, puis un jour on est un, alors il faut être deux à nouveau, en route pour de nouvelles aventures. 

15 septembre 2020

D'art d'art. 3 / Jean-Paul

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Même si notre émission s’appelle « D’art d’art » et qu’on eût pu aussi la baptiser « Grouille, grouille, barbouille !», nous nous attardons aujourd’hui sur le tableau « Conde, my name is Conde » d’Arcimboldo de Loc-Envel, toile de 1503 conservée au Musée du Louvre à Paris.

C’est en effectuant un stage de survie ordinaire dans les réserves du Musée des Beaux-Arts de Rennes que la critique d’art Adèle Van Reetha-Kouchovski a découvert un lot de vingt-sept portraits absolument surprenants réalisés par Arcimboldo de Loc-Envel (1451-1515). Sur un fond de paysage verdâtre où figurent des étendues d’eau diverses (de la rigole d’Hilvern au Lac de Guerlédan en passant par la Vilaine avec des sabots), des sentiers des douaniers sans douaniers et des ponts d’Avignon sans coupure publicitaire au milieu, des seigneurs de la noblesse bretonne ont été «portraicturés» déguisés en femme ! Ils ont tous adopté la même pose, les mains croisées, le regard un peu absent, et arborent un petit sourire très énigmatique.

Celui-ci représente Georges Condottière, seigneur châtelain de Belle-Isle-en-Terre, ayant enfilé des hauts et des bas et un porte-jarretelles appartenant à son épouse Raymonde. Au dos de toutes ces toiles était encollé un parchemin manuscrit portant à chaque fois le même message qu’Adèle a fait traduire du breton par sa collègue Riwanon Gaffiot : «Nous aussi sommes capables d’écrire quinze pages d’affilée sur la douleur causée par nos coliques néphrétiques, notre amputation rimbaldienne de la jambe droite ou l’extraction d’une dent de sagesse à la tenaille. Mais, heureusement pour vous, l’autofiction n’a pas encore été inventée à notre époque. Par contre les drag-queens, si. On n’est pas bien, là ?».

Les recherches de Madame Van Reetha-Kouchovski sur ce personnage, Georges Condottière dit «Conde», lui ont permis de découvrir que, à l’instar de Georges Moustaki qu’Edith Piaf appelait ainsi, son prénom « Georges » était souvent abrégé en « Jo ». D’où le titre donné par le peintre au tableau : «Conde, my name is Conde. Jo Conde».

9 juin 2020

Pierre est bien loti ! / Jean-Paul

AEV 1920-34 Jean-Paul - Niche de La Croix

Demain, si cette caravane repasse, promis, je lui aboie dessus. Mais je suis à peu près sûr que ces bohémiens-là n’ont pas volé les bijoux de la cantatrice. Demain j’irai leur parler des opéras de Rossini. En attendant, laissez-moi cultiver mon côté fleur bleue et rêver de fumeries d’opium au pays des lotus.

murmure_temps 0037 réduite

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3 juin 2020

Consigne d'écriture 1920-33 du 2 juin 2020 : Histoire de listes

Histoire de listes

 

AEV 1920-33 Consigne 537

Ecrivez donc de simples listes, des petits poèmes ou un texte plus long dans lequel la formule ci-dessous est utilisée en anaphore : elle est au début de chaque phrase ou de chaque paragraphe.
Vous n’êtes pas obligé.e d’utiliser le je et de parler de vous.

Ex. : Isaure Chassériau aime la couleur rose ; Béatrice n'aime pas être confinée ; etc.

- J’aime / je n’aime pas
- J’ai peur de
- Je suis heureux(se) quand
- Il y a
- Ne pas oublier
- Il y a des monstres
- Je ne voudrais pas mourir sans qu’on ait inventé
- Maintenant je demande et de toute mon âme

Ou dressez

- l’inventaire heureux de vos saisons
- L’inventaire de vos poches ou de votre sac
- La liste de vos petites manies
- La liste de vos fantasmes
- La liste de vos mensonges
- La liste de vos vantardises
- La liste de vos trésors
- La liste des petits riens qui vous font plaisir


Toutes ces consignes et formules sont extraites du chapitre 1 du livre de Faly Stachak (Ecrire, un plaisir à la portée de tous. – Eyrolles, 2004.

9 juin 2020

Le Murmure du temps / Dominique H.

Murmure du temps 10

Après avoir pondu son délire de gros canard sur les bords du lac Léman et après une nuit de gros câlins revigorants avec Béatrice, Félix a enfourché avec ardeur sa bicyclette et repris le chemin de halage en sens inverse. Béatrice, qui n'en finit pas de patauger dans sa mélancolie post-virale a bien tenté de le retenir mais Félix avait d'autres chattes à fouetter, il fallait qu'il aille fêter Louise, sa mère.

Maintenant que c'est fait, il est libre mais seul dans sa grande maison. Une grosse pluie tambourine sur les Vélux, c'est le déluge, une ambiance de Toussaint ; la pièce est sombre, il allume une lampe. Sur une petite table l'album « Le Murmure du temps » qu'il a emprunté à Béatrice lui tend ses pages. Il contemple la couverture, un sous-bois avec des rais de lumière. Rapidement il sombre dans le rêve éveillé de leur bel été helvétique de 2011.

Ils étaient partis tous les deux avec « Gaston » leur fidèle camion- cocon. Ils avaient traversé la France, avaient dormi au camping de l'Ermitage à Vézelay, une de leurs ville-étapes favorite. Cette année-là, ils avaient prévu d'y être fin juin, peu après le solstice d'été, pour pouvoir observer à midi le phénomène d'alignement des points lumineux dans l'allée de la nef de l'Eglise de Madeleine, un témoin du génie des Compagnons du douzième siècle.

 

AEV 1920-34 Dominique - Ange protecteurPuis ils avaient gagné le nord de la Suisse en passant par Zurich avec leur visite incontournable au bel ange protecteur des voyageurs de Niki de Saint-Phalle : une voluptueuse nana bleue aux ailes d'or et aux seins généreux dont la tonne virgule deux suspendue sous la voûte de la gare de Zurich veille sur les voyageurs. Chaque fois qu'ils venaient rendre visite à Clémence, la fille de Béatrice à Winterthur, Félix et Béatrice passaient toujours à la gare faire leurs salutations à la belle ange bleu et or. Ils avaient retrouvé avec plaisir Clémence et son mari Lucas et, deux jours durant, ils avaient pédalé au soleil, traversant les vignobles, le long des rives du Rhin, du lac de Constance aux chutes de Schaffhouse. Ils avaient découvert ce fleuve magnifique. Après leur voyage Félix avait plongé dans le magnifique carnet de voyage de Victor Hugo :

« Le Rhin réunit tout. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie. » Victor Hugo « Le Rhin, lettres à un ami », lettre XIV.

Ensuite, Gaston s'est mis aux sauts de puces jusqu'au pays de la Gruyère, le clou de leur voyage étant le festival de jazz de Montreux sur la Riviera suisse où les attendait le meilleur guitariste du monde : Santana. Moment suspendu, extatique, inoubliable quand Santana entama « Europa » : Félix et Béatrice, en fusion totale, s'écrasaient mutuellement les doigts tandis que les cordes de la guitare prolongeaient leurs vibrations au creux de leur plexus solaire. La suite se passa dans le cocon de Gaston et le soleil était bien haut quand ils reprirent la route.

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Leur chemin du retour passait près d’un gros bourg peuplé de « Chats », c'est le gentilé des habitants de Chexbres. Mais surtout, à Chexbres, il y a la Maison des Arts et la galerie Plexus. Béatrice, qui fait partie de la grande communauté des tintinophiles et avait eu vent du dernier album de Richard Aeschlimann, « Le Murmure du temps », voulait faire un détour au pays des Chats, espérant se faire dédicacer l'album par son auteur. La chose dite fut faite, Barbara les accueillit très aimablement, leur vendit le dernier album de son mari. Elle les invita à vagabonder dans la galerie, le temps qu'elle demande au dessinateur de venir accorder une dédicace à Béatrice. Richard Aeschlimann est venu les voir quelques minutes et a écrit : «Pour Béatrice à qui le temps murmure les souvenirs du passé. L'ambiance perdure mais s'est transformée ». Quel cadeau et quel album !

Il leur restait une dernière chose à faire avant de quitter Chexbres : s'arrêter dans une cave. Gaston stoppa devant l'une d'elle qui offrait à l'oeil le paysage des terrasses du vignoble de Chasselas descendant jusqu'au lac. Souvenir d'une pause délicieuse dans un fauteuil au soleil, la montagne en face, le lac en bas, et dégustation lente en pleine conscience d'un verre de Larmes de Vénus, un moelleux divin aux notes de coing confit.

A peine remontée sur le siège passager de Gaston, Béatrice dévora en silence les cinquante-trois pages, les unes après les autres, s'arrêtant longuement sur certaines, y revenant souvent.

AEV 1920-34 Dominique jura-road-etang-de-la-gruere_800

Félix se fit la conversation tout seul et quitta dès qu'il put les rives du lac Léman, trop urbanisées et aseptisées à son goût pour retrouver l'oxygène de la montagne, regagner le Jura, offrir à Gaston une nuit au Creux du Van et à leurs kayaks une partie de glisse sur le lac de Gruère. Ce fut le terme de leur périple suisse, ayant renoncé finalement à partir à la recherche du mythique canard géant des facétieux frères Plonk et Replonk. Ils craignaient un peu de faire des kilomètres pour des prunes et d'être en quelque sorte les dindons de la farce.

murmure_temps 0002 réduiteLe souvenir du passage de la frontière ramène alors Félix au moment présent et il se met à feuilleter une nouvelle fois cet album qu'il connaît. Est- ce l'effet du confinement ? Il s'arrête à la page 2 comme s'il la voyait pour la première fois. Il la détaille très attentivement, ressent physiquement son atmosphère et subitement son sens caché lui apparaît comme une évidence. Cette page le glace, ses couleurs sont tristes. Seule, entre deux bas d'immeubles à l'architecture d'allure stalinienne, une petite trouée de ciel bleutée et, à contre-jour, la silhouette noire de bulbes d'églises de style orthodoxe. Scène de rue morte, sans passants. Murs fissurés, traces de bombes, scène de guerre ? Gravats, détritus, tuyaux de poêle rouillés jonchent le sol. Seul un réverbère tordu tient encore debout, avec deux semblants de moignons. De l'un d'eux pend une sorte de fouet ou de laisse. Dans la lanterne la caricature grimaçante d'un visage ? Ce coin de trottoir est celui d'un monde mort. Les églises sont la trace d'une vie antérieure qui laissait une place à l'art.

Voici que Félix, contaminé comme Béatrice par la rumination intellectuelle du confinement, se met à penser à sa jeunesse militante marxiste-léniniste et maoïste. Leur jeunesse plus précisément, puisque c'est dans cette mouvance d’extrême gauche qu'il a connu Béatrice et plus précisément lors de la manifestation contre la loi anti-casseurs le neuf novembre 1970. Elle lui plaisait bien, elle était différente des filles qui étaient en droit, elle affichait fièrement son féminisme. Mais elle était militante trotskiste, et donc peu fréquentable par un maoïste. Contre le ministre de l'intérieur de l'époque, Marcellin, les différents groupes d’extrême gauche avaient su faire un front uni… qui s'avéra très fugace.

Félix était en droit et Béatrice avait le charme des étudiantes en lettres. Comme lui, elle roulait en solex et préférait déjà les jupes qui volent à l'uniforme unisexe de l'époque, jean velours, pull marin bleu marine et Clarks. Elle était un peu excentrique et osait certains jours une grande capeline à fleurs. Elle avait un côté « peace and love » qui faisait rêver Félix. Béatrice fréquentait les bistrots mais Félix était beaucoup plus coincé par sa charge de travail universitaire et la discipline de fer de son organisation politique. Il avait peu de loisirs, était boursier et se devait donc de réussir ses examens. Il habitait encore chez sa mère, rue d'Antrain. Louise, alors infirmière-puéricultrice, qui avait été elle-même mère à dix-neuf ans. Louise avait l'esprit avait l'esprit ouvert mais se trouvait trop jeune à quarante-huit ans pour devenir grand-mère. Félix ne se serait pas risqué à ramener une fille dans sa chambre. Après le temps fort des manifestations de 70, Félix perdit de vue Béatrice assez rapidement. Ce n'est que trente ans plus tard qu'il la retrouva par hasard, ou peut-être non, à l’Arvor, à la sortie d'un film de Ken Loach. Il l'invita à prendre un pot, elle était disponible, ils se reparlèrent de cette époque héroïque pendant des heures et la barmaid dut les mettre à la porte. Chacun rentra chez soi ce soir-là… Au rendez-vous suivant, il lui apporta un texte humoristique sur les stratégies de liaison aux masses des marxistes-léninistes maoïstes.*

Félix repense à l'idéologie qui l'avait séduit dans sa jeunesse, au monde dont il avait rêvé : la fin de l'exploitation de l'homme par l'homme et donc du capitalisme, la fin des inégalités, l'accès pour tous à l'éducation, la santé, la culture. Les moyens pour y parvenir passaient par l'incontournable dictature du prolétariat. Heureusement, les pratiques terroristes de l'Allemagne et de l'Italie ne figuraient pas dans le petit livre rouge et « le gauchisme, maladie infantile du communisme » de Lénine faisait partie des classiques qu'ils étudiaient. Le dévouement à la cause anticapitaliste était très exigeant, la discipline consentie intransigeante et l'autocritique de rigueur.

Les militants acceptaient cette vie austère. Et les filles qu'ils rencontraient aussi ; elles étaient souvent elles-mêmes militantes ou sympathisantes de leur organisation politique. Félix se maria assez rapidement comme beaucoup de ses acolytes pour régler cette préoccupation du sexe. Il fallait bien s'en libérer et l'organisation transmettait tacitement que le mariage était finalement le moyen le plus efficace pour canaliser la sexualité de ses jeunes militants. Alors Félix se maria avec Fanny, une sympathisante, étudiante en médecine. C'était pour les deux un mariage d'amour, sincère, et ils partageaient beaucoup de valeurs. Ils aimèrent avoir assez vite deux filles, Céline et Julie, puis la vie étudiante cessa, la vie professionnelle commença et l'énergie de l'extrême gauche déclina. En outre, la paternité modifia le regard de Félix sur la vie. Ils divorcèrent sans histoire au bout de dix ans de mariage, Fanny étant tombée amoureuse d'un autre homme. Ils restèrent tous habiter à Rennes et en bons termes, Céline et Julie gardèrent la même école et Félix assura la garde conjointe de leurs deux filles avec amour paternel et savoir-faire certains. Il faut dire que Louise aima prendre sa place de grand-mère et Françoise, sa soeur, celle de tata, même si c'était en pointillé entre deux missions humanitaires.

Dans le monde, par contre, le chaos gagnait du terrain. Pol Pot ébranla sérieusement les consciences, l'évolution de la Chine vers le capitalisme d'état posait problème, la question de la liberté à Cuba aussi malgré l'injustice de l'embargo américain. Puis il y a eu l'arrivée de Gorbatchev, l'effondrement du mur de Berlin en octobre 89, et bientôt la dislocation du bloc soviétique. Actuellement, c'est la désolation du peuple russe qui attriste le plus Félix et encore davantage sa soumission à un homme fort : c'est ce que lui évoque le triste trottoir de la page 2 de l'album, le désastre post-soviétique, pas une couleur, pas un arbre, pas une fleur, pas un être vivant, l'homme fort a fait table rase de l'âme russe.

AEV 1920-34 Dominique tchekhov

Bien sûr, il sait que la Grande Russie des tsars et des serfs était profondément injuste, mais elle pouvait être quand même créatrice : Dostoïevski, Tolstoï, et surtout Tchekhov, le préféré de Félix. Les ombres chinoises des églises sont la trace de ce vieux monde inégalitaire mais quand même vivant. Et plus il vieillit, plus il pense que l'art et la culture sont les bouée de sauvetage suprêmes dans le naufrage d'une société.

Félix se dit qu'il a cependant réussi à survivre à ce chaos politique du vingtième siècle. Il n'est pas mentalement mort, il continue à espérer et à s'engager pour la justice sociale. Face à l'émergence du terrorisme, il s'est résolu à penser que la démocratie est la moins mauvaise solution. Alors, il continue à s'intéresser à la politique, à voter, à signer des pétitions, à manifester pour la culture, la santé, l'éducation, la planète, à résister à sa façon.

Trêve de ruminations, voici une éclaircie ! Epuisé et attristé pas la deuxième page de l'album, Félix décide de cesser de mariner dans son vieux jus et de s'offrir une virée en vélo pour s'oxygéner les neurones. Et peut-être que son vélo va prendre le chemin du halage vers Betton ? Ou peut-être pas ? Ca dépendra d'où vient le vent.

* en annexe, le texte sur le noyautage de la Maison de quartier de Villejean par les maos des années 70.

26 mai 2020

La Cave / Raymonde

Nous avions notre souffre-douleur, Jojo, petit dodu qui avait un épi sur le devant de la tête et que nous avions surnommé Riquet-à-la-houppe. 

Il tombait beaucoup plus souvent que la moyenne dans les orties, allez savoir pourquoi !

J'avais décidé de lui cacher son cartable, aucune raison rationnelle, aucun compte à régler, juste un défi ! Je lui subtilisai sur le chemin du retour de l'école, quand nous nous arrêtâmes pour jouer. Et je le jetai par le premier soupirail de cave venu, chez Gégène.
Ni vu, ni connu ! 

Fin des jeux. Chacun reprend son cartable et, mystère, il en manque un ! Je cherche activement comme tout le monde. Le cartable reste introuvable !
Le coupable doit se dénoncer sinon ! Sinon quoi ?  Les garnements sont les premiers suspectés mais pas les filles ! Une fille ne ferait pas ça ! Et moins encore moi. Pensez donc, une petite fille si sage qui travaille bien à l'école, même pas un soupçon de soupçon !

Le comble est que Jojo a pris un sacré savon par ses parents :

- Tu pourrais faire attention à tes affaires !
- Tu crois qu'on a les moyens de... !
- T’as rien dans le ciboulot !

J'avais à la fois un peu honte et un sentiment de fierté de mobiliser quasi tout le village à la recherche de ce cartable. Je n'ai pas menti : on ne m' a rien demandé ! Le cartable a été retrouvé bien longtemps après quand Gégène a fait un peu de rangement dans sa cave. L'affaire n'a toujours pas été élucidée ! Cold case ! Je compte sur votre discrétion.

Je croise chaque été Jojo quand nous allons en vacances dans mon village natal.

AEV 1920-32 Raymonde B Plonk Bottetrain

19 mai 2020

Rêve de fleurs / Maryvonne

200518 Nikon 101

Voilà qu'à l'étal du fleuriste
Ma vie devient surréaliste :
J'ai vu un sourire mutin
Sous le chapeau d'un grand lupin.
 
L’œillet me bat cils et paupières
Et m'oblige à faire marche arrière.
Voulez-vous donc, fleurs en folie,
Me faire entrer au paradis ?
 
Le muguet me sonne l'entrée
Dans une ronde de giroflées
Pendant que m'attrapent par le bras
Tous les dahlias et gerberas.
 
Révérence de la pervenche :
Sa tête doucement se penche,
Elle met la grâce dans son salut
Corolle légère comme un tutu.
 
Le premier à me dire « Je t'aime »
C'est le mythique chrysanthème :
Il a cédé au fameux rite
De l'effeuillage de marguerite.
 
200518 Nikon 087Je me balance les pieds hors sol
Sur un énorme tournesol.
De cette curieuse escarpolette
Je saute sur un lit de violettes.
 
Soudain mon iris bleu perçoit
Des murs tout blancs autour de moi
Puis survient une  respiration
Avec une machine en action
 
Un doux visage masqué se penche
Tout comme la petite pervenche ;
Il dit : «  Faut que tu te reposes !
Demain tu reverras les roses !».
 
Des beaux yeux couleur hortensia
Derrière des lunettes en mica
M'encouragent à me relever
Telle une fleur sous la rosée.
 
Demain je garderai au cœur
Des fleurs de toutes les couleurs
Pour tous ceux-là qui nous guérissent
Derrière leurs murs couleur de lys. 

24 mars 2020

Recluse / Marie-Thé

Dans la maison imprégnée de silence,
je regarde par la fenêtre
ce matin de printemps,
le prunier, le cognassier, le poirier,
fleuris,
véritable décor à ciel ouvert,
imaginant les fruits juteux
mûris dans quelques semaines,
les confitures colorées
qui décoreront mes étagères.

AEV 1920-23 marie-Thé confitures


Confinée,
C’est quand même pas la fin des haricots !
S’occuper, cuisiner, se régaler,
Respirer des effluves de rôti aux petits oignons,
J’en ai l’eau à la bouche !
A midi pile les carottes sont cuites,
Je sucre les fraises.

Petite sieste :
Rêver de s’enfuir à la mer, à la montagne,
Qu’importe, s’échapper…

Je me réveille,
refrène mes envies d’évasion,
remplis une attestation
et sors de chez moi.

Par-dessus la clôture
Je taille une bavette avec le voisin
et je m’en vais… autour du pâté de maison.

Soirée :
Informations - Coronavirus – Confinement –
Fragilité de la vie
Combien de temps ?
Combien de temps encore avant de gagner la guerre ?

La nuit s’installe :
Je repense à cette journée de recluse,
Aux jours passés et à venir :
Tous pareils ?

Non, demain je cuisinerais un baba au rhum !
Je commence déjà à rêver. 

5 mai 2020

La Croix et la manière / Marie-Thé

Atelier La Croix 02-14 visuelarticle6-768x508

Hein… qu’est-ce qu’il fait celui-là, il se moque de moi ?

Qu’est-ce qu’il a à m’regarder comme si j’étais un chimpanzé ?
Qui c’est celui-là qui fait tout comme moi ?
Il me fait la cour ? Il veut faire l’amour ?

Je n’le connais pas, il repassera.

Je n’dis jamais oui à un inconnu, sauf si c’est un roi.



Atelier La Croix 02-07 visuelarticle6-768x508Elle a hésité… L’Ecosse… Comme par hasard !

Le dernier morceau de son puzzle fait surgir des souvenirs.
20 ans auparavant, il pleuvait sous le ciel écossais
Elle l’avait rencontré dans un vieux château hanté.
Ils se sont mariés… puis le bonheur s’en est allé.
Elle est repartie à Paris, lui s’est enfui en Italie.
Elle a toujours en mémoire une chanson des Chats Sauvages qui raconte l’Ecosse si jolie et qu’ensemble ils fredonnaient.



Atelier La Croix 01-24 visuelarticle6-768x508C’est décidé ! Je veux la revoir, la créature qui m’a souri 
quand je pêchais la sardine au large de Belle-Ile. 

Elle se laissait bercer par les vagues, son sourire m’a bouleversé.
Sa chevelure se déployait comme des fils d’or dans l’eau translucide.
Les écailles de sa queue brillaient comme des éclats de soleil.
Comme Ulysse dans l’Odyssée son chant m’a envoûté.
Je me suis tenu au bastingage pour ne pas sauter la rejoindre.

Etait-ce une chimère ? Je pars, je vais m’en assurer.

 

Atelier La Croix 04-03 visuelarticle6-768x508
Devant ce ciel d’Anatolie rempli de montgolfières i
ls découvrent la Cappadoce, splendeur de la Turquie.

Et clic et clic, les photos se déclenchent, qui raviveront les souvenirs dans la tête des touristes en mal de dépaysement.

 

Atelier La Croix 02-28 visuelarticle6-768x508Il était bien tôt ce matin d’été quand le père est revenu de son voyage.

Heureux de revoir son fils, dans ses bras il l’a porté jusqu’au champ de navette.

Et là, en riant, il l’a élevé très haut, jusqu’à la limite de la brume pour lui faire découvrir la magnificence de la nature. 


Atelier La Croix 04-10 visuelarticle6-768x508

Dans cette foule joyeuse, je chante à tue-tête l’amitié, l’amour, la joie, pour fêter la victoire de la guerre menée pendant des mois contre le Coronavirus.

Nous allons, sur la place, lancer les ballons qui s’en iront comme un nuage multicolore au-dessus de la ville.

 

  

5 mai 2020

Une belle équipe / Raymonde

Atelier La Croix 05-01 visuelarticle6-768x508

Une belle équipe qui ne passe pas inaperçue !

J'en fais partie ; je me présente : Sergent-chef Mordicus Caninus, chef de la brigade de surveillance de la plage de Gouville-sur-Mer où ces humains toujours en mal d'idées ont peinturluré la toiture de leur cabane de toutes les couleurs les plus vives.

Et, idée saugrenue, chaque propriétaire doit équiper son chien de la couleur de sa cabane.
Ils sont très fiers de leur trouvaille.
Mais de quoi on a l'air, ma pauvre Mirza ?!
Remarque, ils ne sont pas mal non plus déguisés en pêcheurs de l'extrême avec leur marinière, leur ciré et leurs bottes en caoutchouc !
Garde à vous pour la photo !
Le ridicule ne tue pas, ils seraient morts depuis longtemps !

2 juin 2020

Je suis heureux quand... / Jean-Paul

Je suis heureux quand 

- j’éteins le bouton de la radio parce que quelqu’un·e dans le poste parle de coronavirus ;

- je plie le "Canard enchaîné" soigneusement pour pouvoir lire la page 2 à la suite de la 1 dans le canapé. Plus tard je lirai la 8, puis la 7, la 6, la 5)dont je n'ai regardé que les dessins. La lecture de la 3 et de la 4 attendront mon passage aux toilettes mais je ne serai pas très heureux de les lire car elles sont moins drôles que les autres ;

- je prends le café du midi après l’avoir confectionné à l’ancienne, avec même désormais une cuillère à café de chicorée par-dessus le café moulu ;

- je savoure la tarte aux pommes maison faite par la conteuse avec laquelle je vis ;

- je reçois des amis qu'on n'a pas vus depuis trois mois et je découvre le nouveau chien qu’ils ont avec eux : ouf, ça n’est pas un doberman ! ;

200607 Nikon 056

- je laisse tomber mes réticences vis-à-vis de Windows 10 ;

- j’entame une partie d'échecs sur un des nouveaux logiciels gratuits du "Microsoft store" ;

AEV 1920-33 Jean-Paul - Les échecs LV100

- je trouve des formules à l’emporte-pièce pour critiquer le langage journalistique : Personne âgée ! Personne âgée ! Appelez-moi « vieux », je préfère. Un vieux con c’est un vieux con, ça n’est pas "une personne âgée avec un entendement diminué" ! ;

- je trouve la bonne réponse à la question Superbanco du jeu des mille euros. 

- je chante "Ca vaut mieux que d'attraper la scarlatine" et "Je m'voyais déjà" en plein air au square du Berry.

5 mai 2020

Le puzzle / Raymonde

Elle a hésité à choisir la destination de son ultime voyage.
85 ans !
Les voyages forment la jeunesse, certes, mais fatiguent les vieux.
Mais elle aime toujours ça !
Partir !

Elle a retrouvé au fin fond du coffre à jouets de sa fille aînée partie depuis bien longtemps à l'autre bout du monde, un puzzle 200 pièces d'un planisphère, en une langue qui lui est inconnue mais peu importe, elle parvient à identifier les pays.
Elle ira où elle placera la dernière pièce.

Atelier La Croix 02-07 visuelarticle6-768x508

Le sort en a décidé ainsi, elle finalise son puzzle par l 'Angleterre.
Mince, il faut traverser la mer ! Et pas la plus calme !
Il y a bien le shuttle mais se retrouver sous l'eau dans un wagon ne l'enchante pas non plus !
L'avion, trop compliqué !
D' abord prendre le bus puis le métro puis le train, puis l'avion, les contrôles, l'attente !
Non ! Pas envie !
Le bateau, c'est plus tentant, il suffit d' aller à St Malo et d'embarquer. Mais si la mer est démontée ?
Pourtant, elle a souvent été tentée, elle aime Benny Hill, la Reine Mère, la pauvre Diana qui s'est pris un poteau à 200 à l'heure, les Beatles, et l'envie de rouler à gauche sans se faire klaxonner !

- Allo, Paulette, tu serais prête à venir en Angleterre ?

- Hein ! Bénir un hamster ? Quelle drôle d'idée ! Tu perds la tête ?

- Non, non ! Venir en Angleterre !

- Finir le munster, si tu veux, j'arrive !

Paulette est arrivée dans sa 4L, elles se sont attablées et ont rêvé en évoquant tous leurs souvenirs de voyages.
Envolée l'idée de partir, la vieillesse les a rattrapées !
Les pièces du puzzle ont été de nouveau mélangées et le puzzle est retourné au fin fond du coffre à jouets.

2 juin 2020

J’aime, je déteste / Anne J.

J'aime les commencements :

ouvrir un livre et commencer la première page ;
mettre de l'huile dans la poêle et l'écouter grésiller ;
voir la lumière s'éteindre au cinéma et s’installer dans son fauteuil ;
sortir les affaires du placard et les entasser dans sa valise ;
avoir rendez-vous avec une nouvelle personne ;
aller boire un verre avec un ami pour la première fois ;
couper un tissu pour créer une nouvelle chemise ;
déchiffrer un morceau au piano et chantonner la mélodie ;
planter des graines ;
me glisser dans des draps propres ;
découvrir la première fraise.

 

AEV 1920-33 Anne J Première fraise


je déteste :

l'odeur des bananes et des œufs durs dans le train ;
les mamies qui ne savent pas éteindre la sonnerie de leur portable ;
attendre un train qui n'arrive pas ;
voir partir un ami ;
être en bout de table dans un repas de famille ;
lire le mot fin dans un bon film ;
fermer un livre qui m'a passionnée.

AEV 1920-33 Anne J The end

2 juin 2020

Ce que j'aime... ou pas / Eliane

J'aime me plonger dans un livre. A condition que l'histoire soit belle ou palpitante et que le style soit magnifique.

Double avantage de la lecture : partir loin de son quotidien, mais aussi se retrouver dans ce qui est écrit et nous amène à réfléchir.

J'aime, ou du moins j'aimais, rester tard sur la plage quand presque tout le monde est parti et que la mer est montante. Ecouter le doux ressac de l'eau sur le sable. Regarder les mouettes qui fondent en piqué sur les restes des goûters des enfants et laisser son esprit vagabonder.

J'aime le bruit du vent dans les feuilles. Marcher dans la forêt en automne et faire crisser les feuilles mortes sous mes pas.

J'aime m'assoir sur les bords d'une eau dormante, un étang, un lac. C'est si calme, si apaisant.

J'aime chanter, sous la douche, en voiture, entre amis, en famille, dans une chorale.

AEV 1920-33 Eliane - 191214 Nikon 013

J'aime quand ma grande petite-fille vient passer quelques jours chez moi et que nous faisons impunément « la moule » dans le canapé déplié.

Je n'aime pas cette période de la mi-saison quand, dans la maison, il ne fait pas assez froid pour allumer le chauffage, mais pas assez chaud pour se sentir bien

Je n'aime pas quand ma voisine du dessus marche avec ses talons et fait bruyamment le ménage vers 23h30 ou minuit.

Je n'aime pas mes insomnies.

Je suis heureuse quand je me sens bien là où je suis. Quand les échanges avec mes proches sont chaleureux. Quand j'ai réussi à faire ce que je voulais ou ce que j'aimais. Quand j'ai le sentiment d'une journée bien remplie

***

Ne pas oublier
Tellement de choses.
Renouveler ma carte Sortir
Renouveler ma demande d'ACS
M'inscrire à la gym (en espérant qu'il y aura une réduction, l'année a été amputée de quelques mois)
Essayer de sauver mon ficus
Nettoyer mon balcon
Et encore plein de choses que j'oublie ici (rire)

AEV 1920-33 Eliane ob_7b5c62_j-ai-oublie

***

Je ne suis pas peureuse, mais tout de même ces infos sur cette épidémie galopante, c'était plutôt anxiogène.

***

C'est très indiscret de demander à une dame ce qu'il y a dans son sac, mais je vais vous le dire.

AEV 1920-33 Eliane sac


Dans mon sac on peut trouver :

Un portefeuille avec ses innombrables cartes :
Carte bancaire
Carte de sécu
Carte d’abonnement à la bibliothèque
Carte d’identité
Carte grise
Carte Korrigo
Cartes de fidélité

Un porte-monnaie (en vacances actuellement où il est recommandé de payer par carte)

Un téléphone

Un chéquier

Un agenda

Des lunettes de soleil ou de vue suivant ce que j'ai sur le nez

Des clés

Des mouchoirs

Un stylo

Du baume à lèvre.

Et je m'étonne ensuite que ce sac soit si lourd !

2 juin 2020

Les petits riens qui me font du bien / Anne J.

une aspirine quand j’ai mal à la tête ;

caresser le chat ;

prendre une douche brûlante ;

aller contempler la mer ;

manger un carré de chocolat noir ;

refaire le monde au petit déjeuner ;

regarder les gens passer en sirotant à une terrasse ;

m'endormir avec le chat qui ronronne contre moi ;

écrire des cartes postales à mes amis ;

traîner dans une librairie et finir par acheter des livres.

AEV 1920-33 Anne - Chouchen

11 juin 2019

Dansez, Madame Cigale ! / Jean-Paul

AEV 1819-31 Mercano

Lorsqu’on met en place le processus du mambo italiano et qu’on découvre le prix à la fin de la séance on se dit que le professeur est du genre « Tout pour l’oseille ».

Mais c’est un gars sûr. Il ne parlera jamais. Et pourtant, il le sait très bien : les petits meurtres d’Amérique dans l’école en campagne sont souvent commis par Mercano le Martien, tout à fait en osmose avec son costard de sœur Alice

Et s’il ne dit rien de ceci, c’est surtout parce qu’il ne connaît pas la réponse : Mon chien, ce héros, sera-t-il encore en vie là-haut dans la bodega de nuit du Paradis ?

2 juin 2020

Je n'aime pas... / Raymonde

Je n’aime pas le c...
Qui démarre à fond
Pour s’arrêter 100 mètres plus loin
Au feu prochain.

Je n’aime pas les mobylettes
Qui pétaradent et qui pètent.

Je n’aime pas le c... qui klaxonne
Alors qu'il n’y a personne.

Je n’aime pas les plats à l’encre de calmar :
Cette assiette noire me donne le cafard.

Je n’aime pas les rituels immuables
Où l’on se retrouve tous à table 
Pour écouter tonton Ferdinand
Déblatérer que c’était mieux avant 
Et qu'une bonne guerre 
Remettrait tout le monde d’équerre !

AEV 1920-33 Raymonde Duduche

Je n’aime pas les volets électriques
Qui rendent les façades toutes identiques.

Je n’aime pas les réseaux sociaux
Qui peuvent rendre idiot.

Mais comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis,
peut-être qu’un jour j’échangerai sur Facebook avec le c... qui roule trop vite
sur l’esthétique des volets électriques.

AEV 1920-33 Raymonde volet roulant

5 mai 2020

La Croix et la manière / Anne J.

Atelier La Croix 01-24 visuelarticle6-768x508

Ça fait des heures que j'attends et toujours personne. Pourtant j'ai mis ma plus belle queue de poisson, taillé ma barbe et je me suis aspergé d'eau de toilette pour ne pas sentit la marée. Et pas une baigneuse à l'horizon ? Malgré le temps superbe, la plage est déserte, on ne voit même pas ces femmes vêtues de combinaison orange qui font des allers retours d'un bord à l'autre le long de la grève.

Ah, voilà enfin deux hommes vêtus de bleu, sur leurs vestes on peut lire «Police Municipale».

– Pardon Messieurs , vous pouvez me dire ce qui se passe et pourquoi, malgré ce beau ciel bleu, il n'y a personne sur ma plage ?
– Qu'est ce que c'est que cet énergumène ? Qu'est ce que vous faites là ? Vous avez votre attestation de sortie ?
– Ma quoi ? Une attestation de sortie ? Vous savez qui je suis ?
– Ca vous fera 135 euros !!

***

Atelier La Croix 04-24 visuelarticle6-768x508


Comme tous les ans, Petit-Louis les attendait.

Il regardait par la fenêtre pour être le premier à les voir arriver et se poser sur l'étang, comme des pétales de rose, légers, gracieux. Ensuite il les observait, perchés sur une patte, marchant à petits pas dans l'eau pour trouver leur nourriture ou la tête enfouie dans les plumes.

Mais ce matin là, ce que vit Petit-Louis ne ressemblait pas aux oiseaux habituels.

- Je rêve ? J'hallucine ! Est ce un effet du nouveau virus dont tout le monde parle et qui m 'oblige à rester à la maison ?

Petit-Louis comptait bien, dès demain, aller voir de plus près ces étranges volatiles.

Il les trouvait très beaux avec leurs tutus roses.

***

Atelier La Croix 05-01 visuelarticle6-768x508

- Une telle équipe devrait vous inspirer et nous permettre d'avancer dans notre enquête. Suivez-moi et ne craignez rien, ils ne vous voient pas. Dites-moi si vous reconnaissez votre agresseur : nous ne leur avons pas mis de numéros mais des bottes de couleurs différentes. Alors brun, châtain, roux ? Avec des lunettes de quelle couleur ? Plutôt grand ou petit, maigre ou gros ? 

– C'est difficile à dire, c'est arrivé si vite . Peut être le quatrième en partant de la gauche, à cause de son poil roux, celui avec les bottes vertes, mais les lunettes vertes, je ne suis pas sûre... ou les bottes violet foncé ou les bottes jaunes ? Vraiment je ne voudrais pas accuser un innocent...

– Essayez de vous concentrer, réfléchissez bien !

– Celui avec les bottes jaunes, je reconnais ses lunettes et son air faux jeton, c'est lui . Il est entré par la cuisine, il ne portait pas de masque et il a éternué. C'est un assassin !

– Parfait, son compte est bon !

2 juin 2020

Pensées de Petite taupe qui a élu domicile au fond de notre jardin / Raymonde

Petite taupe aime l’obscurité.
Petite taupe n’aime pas les journées ensoleillées.
Petite taupe aime creuser des galeries.

Petite taupe n’aimerait pas habiter Paris :
Le métro a pris toute la place,
Que voulez-vous qu’elle fasse ?

Petite taupe aime se dissimuler.
Petite taupe n’aime pas se montrer :
Un gros monstre botté
L’attend avec son trident
Pour la faire trépasser.

Petite taupe était là avant,
C’est son territoire !
Qu’il aille se faire voir !

Elle est rusée,
Elle ne va pas se faire attraper.

Il n’a pas fini d’être contrarié !

AEV 1920-33 Raymonde taupe

31 mars 2020

Bonjour / Eliane

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Bonjour

Je voudrais écrire une petite bafouille de solidarité à tous ces objets inanimés qui passent le temps comme ils peuvent dans tous les foyers de mes compatriotes, sans pouvoir s'en échapper.

Qu'ils sachent que je suis de tout cœur avec eux, je suis un des leurs.

Je me présente, je suis le vieux canapé défoncé de Dame Eliane. Depuis le jour de mon acquisition je l'ai suivie dans divers logis.

J'étais magnifique, grand, moelleux, profond, infiniment confortable. D'une belle couleur anthracite pratiquement noire. Mais pas triste puisque la Dame m'avait égayé avec des coussins clairs, très féminins, en patchwork rose et bleu, garni de volants. Je les avais tout de suite adoptés. Je les aimais beaucoup, d'un amour un peu incestueux.

Il me fallait un angle pour me loger et je prenais énormément de place. Alors, au cours des deux déménagements qui ont suivi, Dame Eliane s'était assurée que le séjour offrait bien cette place en coin qui me convenait afin que je puisse y prendre mes aises.

Les années passant j'ai perdu de ma superbe. Mon beau noir de jais a passé, virant au gris sale. Le tissu de mes assises s'est usé puis déchiré. J'ai subi les outrages de l'âge. Les coussins non plus n'ont pas échappé à l'usure, ils se sont décousus.

parodie-couverture-bd-tintin-confinement-2Pour pallier cette catastrophe, j'ai vu apparaître une grande toile de jean noir avec laquelle j'ai dû apprendre à cohabiter, vu qu'elle me recouvre.

Dans le dernier appartement en date que nous occupons actuellement, impossible de me caser dans un angle. La dame a dû me séparer en deux morceaux. Vous imaginez le déchirement ! Mes chers coussins aussi ont disparu, remplacés par d'autres d'un beige fade que je ne puis faire autrement que tolérer.

Habituellement dans cet appartement nous, objets inanimés, sommes là en permanence, fidèles au poste. La Dame elle, va, vient, s'absente.

Quand elle n'est pas là, tout est figé, calme, sans un mouvement, sans un bruit hormis celui des voisins et des voitures à l'extérieur. Quand elle revient tout s'anime, redevient enfin vivant.

Mais voilà qu'une pandémie s'est déclarée, obligeant les gens à rester chez eux. Et nous ne pouvons plus souffler une minute. Les fenêtres s'ouvrent, l'aspirateur fait un bruit d'enfer, ce qui n'est pas nouveau. La télévision est très sollicitée, je ne sais pas ce qu'elle en pense, nous ne communiquons pas beaucoup.

Dame Eliane est maintenant plus souvent présente tout contre moi. Elle se cale comme elle peut sur les ressorts usés de la partie canapé-lit pour regarder la télé. En pestant parce que, dit-elle, ils lui ruinent le dos.

parodie-couverture-bd-tintin-confinement-3Sur la télé alternent les images de divertissements et les infos plutôt glaçantes. Moi je n'y comprends rien.

Quand elle se pose, avec un soupir de bien-être, sur la partie fixe de mon anatomie, c'est pour lire, faire des mots croisés, écouter de la musique.

Alors je la regarde avec tendresse. Je suis tellement habitué à elle ! Bien sûr, bien d'autres sont venus poser leurs fesses sur mes assises, enfants, petits-enfants, amis, mais jamais avec cette permanence.

Je ne sais pas très bien ce que j'éprouve. J'alterne entre le plaisir de l'avoir près de moi et la hâte de la voir reprendre ses activités pour pouvoir respirer un peu.

Voilà chers camarades inanimés. Peut-être éprouvez-vous de semblables sentiments, peut-être multipliés par le fait que, chez vous, il y a plusieurs personnes. Je serais ravi de les connaître.

2 juin 2020

Liste des petits riens qui me font plaisir / Raymonde

- Un joli petit galet trouvé sur la plage 

- Un signe de ma voisine âgée

- Une carte postale dans la boite aux lettres

- Un dessin d'enfant

- Une fleur toute écrabouillée offerte par un enfant qui dit : " C'est pour toi "

- Un carré de chocolat avec mon café

- Un moment passé à rêvasser

- Un film avec Bernard Blier



- Une lecture qui m'emporte

- Une promenade improvisée

- Un Martini

- Un Campari...

AEV 1920-33 Raymonde campari

2 juin 2020

Je ne voudrais pas mourir... / Raymonde

Je ne voudrais pas mourir avant qu'on ait inventé

- La machine à remonter le temps pour voir la bobine de ma mère quand elle m'a vue pour la première fois ;

- La même machine pour voir la bobine de mon frère jumeau quand il m'a vue la première fois à l'air libre ;

- L'antidote de la mémoire qui flanche ;

- La poudre de perlimpinpin pour avoir l'illusion que je me soigne.
Je souffre de quoi déjà ? Je ne me souviens plus très bien ! 

- Une baguette magique pour teindre les cheveux de Trump en noir corbeau et ceux de Kim Jong Un en blond platine et les envoyer en orbite dans l'espace.

- L'application "CON VID" : chaque fois que tu croises un con dans le secteur tu as une alerte (impossible, ton téléphone va imploser en quelques minutes !!!)

- La poudre d'escampette pour pouvoir la prendre avant que la folie du monde ne me rattrape !

AEV 1920-33 Raymonde poudre d'escampette

2 juin 2020

Les Rêves de Marie / Marie-Thé

Marie n’aime pas être seule dans l’ascenseur le matin.

Elle aimerait que celui-ci tombe en panne lorsqu’elle se trouve en compagnie de l’homme du 5e étage.

Hier il lui a murmuré à l’oreille en sortant de l’ascenseur « Tu ressembles à Mylène Farmer ». C’était la première fois qu’il la tutoyait. Elle était heureuse, flattée, et s’est mise à marcher dans la rue avec nonchalance, comme une star, sourire aux lèvres, bien dans ses baskets. Elle est passée près de sa meilleure copine sans la voir. Ebahie, Josette s’est dit que le beau brun du 5e étage lui avait encore tourné la tête. Elle allait téléphoner à Marie le soir même.

Depuis qu’elle l’a vu dans le feuilleton « J’ai 2 amours », Marie aime bien François Vicentelli. Il est plus jeune qu’André Dussollier et il est beau comme un dieu. Elle pense qu’elle aussi pourrait bien avoir deux amours. C’est son jardin secret, son fantasme. Certaines nuits, dans un demi-sommeil, elle est dans les bras de François Vicentelli qui lui chuchote des mots d’amour avec la voix d’André Dussolier. 

Le grand amour de sa vie c’est quand même Félix. Bien sûr il est plein de petites manies. Il laisse traîner ses chaussettes et ses slips, ne ferme jamais le tube dentifrice, oublie son anniversaire, met ses chaussures sur le tapis du salon…

Elle pourrait en ajouter toute une liste. Quand il est jaloux, soupçonneux, il énerve Marie avec des questions au moindre de ses retards. Elle répond par un petit mensonge « Je finissais un travail ». En réalité elle a pris un pot avec des collègues à la terrasse d’un café ou bien magasiné avec des copines. Pas question d’être contrôlée.

 

AEV 1920-33 Marie-Thé Dark Vador

En revanche, Marie est heureuse lorsque Félix la fait rire avec des histoires à dormir debout, qu’il lui prépare son petit déjeuner, cuisine un couscous le dimanche matin afin qu’elle puisse se promener avec sa copine Josette. Marie aime que Félix lui parle des monstres des BD qu’il feuillette le soir au lit. Il lui fait peur en imitant Dark Vador et tous les deux éclatent de rire avant de s’endormir dans les bras l’un de l’autre. Marie aime bien aller au cinéma. Félix connaît ses goûts et ne manque pas une occasion de choisir des films où elle verra ses acteurs préférés.

Ce sont les petits riens de leur vie ordinaire et Marie n’échangerait pas Félix pour un autre homme.

Depuis qu’elle a vu un reportage le mois dernier à la télé, Marie ne voudrait pas mourir sans avoir visité le Kirghizistan avec Félix. C’est un pays qui l’attire par sa culture bien différente de la sienne, par des paysages fantastiques et une population qui semble bien accueillante. Ce n’est sans doute pas la réalité mais pour Marie c’est l’image de ses rêves.

 

AEV 1920-33 Marie-Thé Kirghizistan

 

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