Marie la Bayadère / Marie-Thé
J’avais 10 ans et j’étais à a peine haute comme trois pommes que déjà, le jeudi, je sortais la jument de l’écurie afin que mon père puisse l’atteler à la carriole. La photo ne date pas d’hier. Je me souviens que c’est ma copine Maryvonne qui l’a prise avec un appareil photo qu’elle avait chipé à sa grande sœur.
Mon frère Alain l’aimait bien, ma copine Maryvonne. Il l’appelait "la blonde aux yeux bleus". A l’école, elle avait toujours des bonnes notes en Français. Lorsque la maîtresse lui demandait de lire sa rédaction, elle faisait rire toute la classe avec des histoires abracadabrantes.
Maryvonne me parlait souvent de sa tante, une ancienne danseuse qu’elle surnommait Marie la bayadère Quelquefois, le dimanche après-midi elle m’invitait à l’accompagner. J’étais subjuguée. Habillée d’étoffes en soies et de froufrous multicolores, elle ressemblait à une princesse hindoue.
Elle nous servait des mille-feuilles. Aujourd’hui encore, je ne peux manger ce gâteau sans penser à mes visites chez la bayadère. Tout l’après-midi elle nous racontait les histoires de sa vie tumultueuse et nous enseignait quelques rudiments du yoga qu’elle avait pratiqué à New Delhi.
Elle était partie en Inde sur un coup de tête à 20 ans et avait vécu avec un vieux prince Maharajah. Là-bas, au printemps, elle dansait lors de la fête des couleurs. Quand son prince est mort dix années plus tard elle est rentrée au pays. Elle a créé une école zen et enseigné la méditation et le yoga.
Restée fidèle à son Maharajah, elle ne s’est jamais mariée. Lorsqu’elle est partie pour son ultime voyage, dans notre petite ville les langues se sont déliées. Il s’est dit que des hommes la visitaient en catimini. C’est la raison pour laquelle elle vivait richement alors que son école zen n’a jamais eu beaucoup d’élèves.
Ma copine a dit que c’était des ragots de personnes frustrées et jalouses. Et puis après tout, si Marie la bayadère a bien profité de la vie, tant mieux pour elle.
Philomène la sorcière / Maïck conteuse
Philomène est une sorcière comme les autres mais dans le brouillard d'automne, elle se désole :
« Je suis une vieille dame, très gentille et désespérée. C’est toujours l'éternelle histoire. Les années qui cognent, Les pierres dans mon jardin. Si je ne parle pas, l'année prochaine sera un enfer. Il ne me restera plus qu’un mur pour pleurer.
Alors, voilà, C’était, ce soir-là, ce merveilleux été plein de coïncidences, un petit bonhomme sur le chemin. Il s'appelait Richard, le fils de Madame ma voisine.
Je me préparais à rôtir un de mes douze petits cochons. Sur le chemin, une chanson : « V'la l'printemps gnan-gnan ». Ce jour-là, j'ai le cœur à l'ombre, ça m’a énervé, je l’ai chopé, le garnement. Pourtant, je n'suis pas si bête ! Mais bon, vous savez, la colère… Bref, il est passé à la casserole, à la place du goret. Ah, L'enfant qui pleure ! Ah les regrets d'une punaise !
Bon voilà, c’est dit, avoué, maintenant laissez-moi tranquille ! Dans la vie en vrai, je ne sais plus comment je m'appelle, je m’en vais à La Rochelle par la mer. Ah ! Rien qu'une fois faire des vagues, c’est pas difficile quand même ! L'année prochaine, je danserai la Valse-marine, ça va m'faire drôle.
Alors, lâchez-moi ! C’est de l’histoire ancienne ! ».
Photos de belle-famille / Laura
Avec ma belle-mère – elle est décédée le 31 décembre 2020 après des années de maladie d’Alzheimer - et mon beau-père, nous regardions, un soir du séjour que nous passions chez eux l'été, les photos de la famille de mon mari. Il y avait des photos de vacances et de pique-niques que je n'avais pas dans ma famille : des baignades, des pédalos, des femmes assises dans l'herbe, ton père qui s'éloigne de ta mère... comme la semaine dernière... à l'envers.
Tu avais des cheveux et je ne t'ai pas connu avec. Tes cousins et toi souriiez. Tu passais beaucoup de temps avec eux. Moi, je ne connaissais presque pas les miens. Il y avait aussi ta première usine, celle où ton père était chef, des photos de son équipe, de la tienne avec des gens que j'ai rencontrés bien plus tard. Grâce à ta mère qui était garde-barrière, tu as tout de suite été passionné de gares, trains et autres transports en commun.

Un après-midi de chaleur comme il y en a dans l'che Nord, j'allai me baigner dans l'étang d'Isle. Il y avait des groupes qui s'amusaient, riaient et faisaient du pédalo. Pour moi, toi qui n'aimais pas trop l'eau, tu étais là avec la serviette et mes vêtements, à me regarder et ça me suffisait plus que largement. Mouillée, je t'enlaçais et m'asseyais dans l'herbe.
Nous allions aussi visiter autour de Saint-Quentin: la campagne picarde, le canal, des musées etc. Nous mangions souvent trop (pour moi) : ta mère tous les biscuits et les gâteaux. Toi, c'était le mille-feuilles et le baba au rhum.
Photos retrouvées sous le pied d'un cheval ou d'un verre à vin / Maryvonne
Ben ça alors ! Par quel hasard as-tu retrouvé mes photos perdues ? Tu vois, la petite fille en sarrau à carreaux, c'est moi. Je tiens le cheval par la longe. Je ne suis pas très fière car je sais que parfois même un gentil cheval peut perdre patience. Je le sais parce que mon père est le maréchal-ferrant.
Des hues et des dias et même des «Mille charretées de wagonnées de bon dieu !» claquaient souvent quand la bête ne se laissait pas faire. J'avais l'ordre de toujours passer loin derrière l'animal.
Je sais tout sur la cérémonie du ferrage.
En premier, pour enlever le vieux fer, mon père prenait son marteau, appelé brochoir, côté fendu, pour arracher les vieilles caboches et enlever le vieux fer qui pouvait alors partir à la ferraille ou comme porte-bonheur pour les superstitieux. Il prenait ensuite les mesures comme chez le cordonnier. Il taillait et limait la corne pour un ongle plus régulier. Pour adapter le fer au mieux, il l'envoyait rougeoyer dans les braises de la forge et le posait chaud sur le sabot dans un festival de fumée à l'odeur de corne brûlée. Venait alors le fixage avec de nouvelles caboches frappées bien en biais avec l'autre bout du brochoir.
Il restait à couper la pointe qui dépassait du sabot, et donner un coup de pinceau enduit d'une sorte de vernis à ongle pour une finition impeccable noire et luisante.
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A la baignade à l'étang de Boulet j'y étais aussi, les pieds timides dans la vase et soudain les premières brasses dans l'eau douce. Plus tard c'est le canoë kayak que j'ai inauguré à cet endroit même avec mon cousin Jean-Marie.
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Maintenant tes inconnu-e-s du café ne le sont pas pour moi. Devant l'affiche «Midi/7 heures, l'heure du Berger» je les reconnais les François, Jean, Clément qui se prenaient pour les papes de la belote. Ma chambre était au-dessus de la salle du café. Avec François ils m'empêchaient de m'endormir en tapant du poing sur la table. Belote et re et dix de der ! Quand ils ne tapaient pas dessous la table trois coups, non pas pour appeler un esprit mais une rentrée d'atout.
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Au bar c'était plutôt les joueurs de palets, non pas les palets bretons que l'on mange. Ils appelaient ça les pièces qu'ils lançaient sur une planche située à 5,50 mètres. Ceux-là ce n'était pas de la tarte de les servir : ils tiraient sur le nœud de notre tablier pensant être les premiers à faire la blague.
Tous ces clients c'était notre monde ; quand maman faisait des crêpes ou un far il y en avait aussi pour eux. J'en ai entendu, des histoires ! Nous étions sur la route du cimetière ; au retour des enterrements les gens s’engouffraient chez nous, surtout l'hiver, pour un petit café arrosé ou un grog. Parfois la famille offrait des biscuits à la cuiller ou des gaufrettes. C'était une vie de bistrot quoi !
Il manquait juste cette photo de la fille au sarrau :
Le Jeu des sept différences / Jean-Paul
Ces deux photographies semblent identiques à première vue. Saurez-vous déceler cependant les sept différences qu'il y a entre elles ?
Solution du jeu :
1 Augustin Caron, celui qui imite Napoléon avec sa main dans son gilet, ne sourit plus ;
2 L’érection un poil gênante de Georges Manaudou, à ses côtés, est enfin terminée ;
3 Christine Caron dite Kiki, casaque noire, cheveux au vent, s’est mise en position pour participer au match de water-polo à cheval sur le dos d’Emma Chassériau, casaque bleue, toque jaune ;
4 Georgette Manaudou a cessé de prendre la pose de la Vénus d’Urbin du Titien. Elle s’est assise sur le ponton et regarde le slip de Napoléon-Augustin ;
5 Adolphe Chassériau s’est rapproché de sa femme Emma et lui prodigue des conseils stratégiques pour le match de water-polo à venir ;
6 Amandine Manaudou est allée noyer sa petite soeur Laure qui criait vraiment trop fort ;
7. La petite Isaure Chassériau a encore disparu.
Entre les trous de la mémoire / Jean-Paul
T’en souviens–tu, la Seine ? Ou plutôt vous en souvenez-vous de mes virées le long de vos quais ?
Oui, je sais, c’est de l’histoire ancienne et ce n’est pas vous que je regardais. Je farfouillais dans les bacs verts des bouquinistes où je trouvais quelquefois, tel le pêcheur de perles, des trésors de papier.
C’est drôle comme avec les années qui cognent mes dix ans à Paris sont devenus quelque chose de flou. J’étais à l’époque un drôle de petit bonhomme, discret comme un personnage de Sempé, qui allait écouter en concert des gens comme Higelin, Steve Hackett ou Neil Young, fréquentait assidûment le cinéma Olympic, le Studio 28 ou ceux du Quartier latin, lisait énormément et c’est sans doute chez Gilbert jeune, sur le boulevard Saint-Michel, que j’ai trouvé ce poster de Dominique Appia.
Il ne fut pas difficile d’ajouter une image aussi bizarre à mon mystère ambiant et à mon studio d’intello miteux. Pour une solitude comme la mienne la science-fiction, l’imaginaire, le rêve étaient le carburant dont j’avais besoin pour être bien dans ma fusée.
Je m’étonne, aujourd’hui que je suis devenu un dinosaure, de n’avoir jamais éprouvé d’inquiétude devant les tableaux d’Appia, de Magritte ou de Delvaux. Famille pour famille, les beaux enfants des peintres surréaliste m’ont accompagné pendant quarante-quatre saisons et si j’écrivais de la poésie douce-amère à l’époque, je n’ai jamais pensé qu’il fallait écrire pour ne pas mourir. J’avais la légèreté du flocon papillon et l’ai sans doute encore.
Le centre du motif, ce tas de livres qui brûle à même le plancher dans un appartement ouvert aux quatre vents ne m’a jamais semblé un symbole oppressant. La glaciation du temps à gauche, le buste de géant dans la pièce plus sombre et le miroir vide ne m’ont jamais mis le cœur à l’ombre. Je ne me suis jamais vraiment demandé ce que ça fera le jour où ça craquera. Peut-être que je suis au fond aussi inconsistant que les deux enfants du tableau qui n’ont ni ventre ni sexe et rêvent de prendre un bateau demain pour arriver à La Rochelle par la mer, de visiter les cathédrale de Gulliverte, d’entendre l’histoire des douze petits cochons ou de redresser la tour penchée de Pise.
Et pourtant, Madame la Seine, je ne suis pas qu’un rêveur Lennonien. J’ai toujours fait la vaisselle chez moi, toujours bossé sans à-coups et il aura fallu, pour qu’on m’apprivoise, qu’une sorcière comme les autres - ou pas ! - vienne me faire l’honneur d’une valse marine. On s’est connu, on s’est reconnu et on ne s’est pas séparés. J’ai suivi la femme du vent dans son pays bleu de western breton. L’éternelle histoire !
Voilà pourquoi je ne connais plus personne à Paris, à part vous. J’aurai tant de choses à vous dire si un jour je reviens mais si je ne parle pas ne vous inquiétez pas. Je sais que vous êtes une porteuse d’eau, que votre temps est précieux et que vous avez à faire par les champs inondés. L’Apollinaire enfant qui pleure sur le pont Mirabeau ou l’adepte de la java d’autre chose qui arrive avec ses « Me v’là ! J’ai une lettre ouverte pour Madame Elise LaSeine que c’est même pas grave si c’est Thérèse dans la vie en vrai», je comprends très bien que ça vous glisse dessus.
Je prends mal ma respiration / Marie-Thé
Je prends mal ma respiration dans les villes polluées par les covids de toutes sortes.
Quelquefois mon esprit s’évade sur le pic de la Grande lune.
En haut de la tour métallique, je rêve de voler comme les oiseaux, d’aller au-dessus des montagnes, de m’imprégner de paysages idylliques et de respirer l’air pur des altitudes.
Après cette rêverie, je redescends sur terre, sur le plancher des vaches,et je respire à pleins poumons.
Réunion à Bruxelles / Anne J.
C'est Emmanuel, le coq, qui est arrivé le premier, ce matin-là. Il faisait un froid de canard et le coq gaulois, fièrement campé sur ses ergots, secouait ses plumes pour tenter de se réchauffer. Il faisait le pied de grue dans ce hall désert, lui semblait-il, depuis le chant du coq et même avant
La poule anglaise est arrivée alors en se dandinant, une poule de luxe bien sûr, qui portait une superbe tenue rose fuchsia avec un chapeau assorti et un collier de perles.
- Mes hommages, chère Maggy, fit le coq, fier comme un paon. C'est vous qui remplacez Boris à cette importante réunion ? Quelle chance nous avons !
- Salut beau mâle ! Quel temps de chien ici, j'en ai la chair de poule ! Eh oui, ce pauvre Boris, depuis qu'il a attrapé la Covid, a une araignée dans le plafond. Je crois bien que ces dernières semaines avant le Brexit vont être son chant du cygne. Ca ne me fait pas vraiment peur, cette affaire-là, je ne suis pas une poule mouillée, moi. On attend Angela ?
Angela fit alors son apparition, vêtue comme à son habitude d'un pantalon noir et d'une veste qui masquait à grand peine son embonpoint. La veste était turquoise, ce qui allait plutôt bien au teint de cette oie dodue. Personne n'aurait osé traiter la chancelière qui régnait sur l'Allemagne depuis 15 ans d'oie blanche, ce qu'elle n'avait jamais été d'ailleurs
- Bien, fit elle, puisque tout le monde est là, cessons de bayer aux corneilles, nous n'avons pas beaucoup de temps et le sujet à l'ordre du jour mérite toute notre attention : il nous faut réglementer l'espace dédié à chaque animal dans les élevages de volailles.
- Tout à fait, répliqua le coq et comme vous le savez, de nouvelles normes doivent être appliquées au sortir de ce 2ème confinement. En France, désormais, c'est 4 m2 par habitant, applicable également aux poules et aux coqs.
- Parfaitement. Pas question que nous soyons les dindons de la farce, reprit Maggy, mais sans vouloir être un oiseau de mauvaise augure, je crains que le fait que nous ne contractions point la Covid, nous porte préjudice et que cette norme ne s’applique qu'aux humains. Au Royaume-Uni, les mesures seront adoucies au 1er décembre, chez nous Christmas, c'est la dinde de Noël, avec ou sans espace, on s'en fiche.
- C'est à prendre ou à laisser ! Si vous n'admettez pas que ces mesures sont indispensables à tous pour faire descendre nos statistiques désastreuses, je ferme vos commerces, je romps les négociations et adieu la volaille de Noël !
- Les importations ! reprit Angela. Voyons, ne tuons pas la poule aux œufs d'or !
- Grosse dinde ! murmura Maggy, à voix basse.
- Vous-même ! reprit Angela. Je ne vous permets pas ! Gardez vos noms d'oiseaux pour vous !
La discussion se poursuivit sur ce ton pendant encore une vingtaine de minutes et petit à petit l'oiseau fit son nid, on parvint à un accord acceptable : les poules et les coqs auraient droit à 4 m2 d'espace vital, en échange le coq reverrait sa législation sur la pêche et les poissons d’élevage, eux aussi auraient droit à 4 m2 dans le bac où on les gavait pour qu'ils atteignent des tailles incroyables.
- A propos de gavage, dit Angela, je suggère qu'on mette à l'ordre du jour de la prochaine réunion la fabrication du foie gras et l'ignoble gavage des oies. Les écologistes et les végétariens font le siège de mon gouvernement sur cette question et je suis d'accord avec eux. Non aux oies gavées !
- Accordé ! fit le coq. En attendant, prenons donc un verre de Beaujolais nouveau !
Maggy, espiègle, suggéra une partie de « pigeon vole » et la réunion se termina dans les rires et l'ivresse.
N.B. Les caricatures choisies pour illustrer ce billet sont de :
1. Stéphane Lemarchand
2. Gary Barker
3. Perrico
4. ???
Un Noël 100% marron / Raymonde
En attendant ce foutu Noël, après un réveillon bien arrosé au champagne - à la tienne, à la mienne, à la re-tienne... Tu ne vas pas partir sur une patte ?!!! - j'ai eu une illumination.
Au lieu d’aller coincer la bulle, je suis allée éteindre la lumière et, en essayant de ne pas me prendre une bûche, très possible vu l’excès de champagne et autres alcools forts ingurgités tout au long de la soirée, je suis allée m’installer tout près du sapin enguirlandé, étoilé comme un chef, et attendre l’insupportable inconnu de Noël.
Pas celui que l’on croise à tous les coins de rue, la barbe de travers, en baskets, pas le père Noël de pacotille, celui qui n’existe pas ! Non, je voulais enfin voir le vrai, le plus beau, l’inaccessible, l’intemporel qui arrive sur son traîneau en faisant tintinnabuler ses grelots ! Ceux du traîneau bien sûr !
Je l’entendais, beaucoup de tintinnabulis dans ma tête, il était aux alentours, distribuant des cadeaux chez mes voisins.
Mais le temps aidant, me voilà somnolente, toujours la tête pleine de cloches qui sonnent à toute volée.
C’est bizarre, je pensais que c’était un bruit plus doux, plus feutré, le tintinnabulis du traîneau.
Je le trouve un peu bruyant ce père Noël et il a l’air perdu dans la maison. De plus j’ai l’impression qu'il a ramené des petits lutins pour l’aider.
Mais surtout ne pas bouger, ne pas le surprendre, il se volatiliserait aussitôt et pas de cadeaux. Alors, je reste de marbre (Difficile ! J’ai la tête qui tourne). Je glisse petit à petit dans un sommeil cotonneux, je l’entends toujours qui tourne, qui vire, les lutins l’appellent :
- Léon ! Eh ! Léon ! Viens voir, il reste de la bûche, par contre plus de champagne. Ils ne se sont pas privés !
Une lumière sur moi :
- Elle en tient une bonne ! Joyeux Noël, Madame !
- Joyeux Noël et laisse-moi tranquille !
J’ai l’impression qu’ils ricanent. Puis plus rien, hormis un bruit de moteur !
Ils sont venus en voiture ??? Il faut vraiment que j’arrête de boire !
Et je sombre dans un sommeil agité où le père Noël me dit : « Et si je vous offrais des coups de pelle pour Noël ? » .
Réveil en sursaut, j’ai froid. La porte d’entrée est grande ouverte. Un peu goujat, le père Noël, et pas très soucieux des économies d’énergie !
Dégrisée, je mesure l’étendue des dégâts !
La maison a été fouillée de fond en comble, plus un bijou, pas un tiroir qui n’ait été ouvert, les placards vidés, les matelas éventrés et un petit mot dans la cuisine :
« Mersi Madame pour ce charman rêveyon »
Le poulet au maron était très bon mais un peut sec car y a pu de champagne pour la rosé.
Signé : le gang de Noël, flingues et chocolats
PS : l 'ex c'est d 'alcool vous fait bocou ronflé ».
Ils n’ont même pas embarqué mes "Bescherelle" !
Soudain dans sa vie il fit moche. 1 / Jean-Paul
Soudain dans sa vie il fit moche.
Elle avait commandé un prince pour Noël. Il n’était venu personne. Elle avait réveillonné seule chez elle comme beaucoup de gens cette année-là.
Le lendemain elle avait quand même trouvé un cadeau au pied du sapin. Elle s’était empressée d’ouvrir le paquet et y avait trouvé une pantoufle de vair. Une seule pantoufle de vair.
Qu’allait-elle pouvoir en faire ?
Elle la mit en vente sur "Le Bon coin".
Une unijambiste de Charleville-Mézières en fit l'acquisition.
Soudain dans sa vie il fit moche. 2 / Jean-Paul
Soudain dans sa vie il fit moche.
Le 22 décembre il avait neigé abondamment : 50 centimètres de poudreuse ! Un gars de la voirie était passé et lui avait proposé de balayer l’allée qui menait de chez elle à la rue.
- Ne vous inquiétez pas, c’est gratuit, ma petite dame !
Le 23 décembre il était retombé 50 centimètres de neige par-dessus l’allée déblayée. Le même gars était repassé, avait prononcé la même phrase et fait un travail propre et net. Comme les nains de Blanche-Neige il sifflait en travaillant et à elle ça lui mettait du baume au cœur pour la journée.
Le 24 décembre, elle avait même été très contente de constater qu’encore une fois 50 centimètres de neige avaient recouvert le travail de la veille. Et ça n’arrêtait plus de floconner. Même chanson, même manège de l’employé.
La nuit du 24 au 25 ça avait continué de tomber mais cette fois, en accompagnant ses invitées sur le seuil à l’issue du réveillon, elle avait bien senti la différence de température. Ca allait geler par-dessus.
Le matin du 25, sur le coup d’onze heures, alors qu’elle émergeait des brumes du sommeil et prenait son petit-déjeuner, on avait sonné à la porte.
Bien que Noël fût un jour férié le gars était là, tout sourire dehors.
- 70 centimètres de neige bien tassée ! avait-il claironné. Et si je vous offrais des coups de pelle pour Noël ?
- Mais très volontiers, cher Monsieur !
Il s’exécuta. Un premier coup de pelle à la tempe, un autre sur le sommet du crâne et elle tomba dans les vapes aussitôt après le troisième.
- C’est toujours gratuit, ajouta-t-il, mais un petit cadeau de remerciement n’est jamais refusé par la maison.
Il alla chercher sa grande hotte dans le traîneau garé un peu plus loin et il l’emplit de tous les objets de valeur qu’il trouva dans la maison. Puis il fouetta ses rennes et disparut.
Variante :
Le serial-killer à la pelle fit une encoche supplémentaire sur le manche de son instrument. La police n’a toujours pas mis la main sur cet étrange bonhomme qui n’opère que le jour de Noël et ce depuis des lustres.
Un coup de rouge / Maryvonne
Lu dans la presse : « Depuis que j'ai su que le père Noël n'existait pas, je n'ai cessé de l'attendre en bas de la cheminée pour régler mes comptes avec lui ».
Non, moi, depuis ce jour, j'ai été tellement soulagée. Tellement émue de comprendre que c'était ma mère et mes sœurs qui fabriquaient en cachette des vêtements pour mon cher baigneur. Celui-là même que j'avais tant rêvé de promener dans un landau qui n'est jamais venu ni par la cheminée ni par la porte. Alors j'ai compris que Noël et moi ça fait deux. J'ai découvert le mensonge, le chantage à coup de « Si tu es sage » et « Si tu travailles bien à l'école » pour recevoir un cadeau que tu n'avais peut-être pas souhaité.
Comment survivre à Noël quand tu es introvertie et hyper sensible ? Tu dois en plus simuler le contentement. « Allez mon petit, va t'endormir avec tes rêves sous l'oreiller, tu as fait des efforts pour rien. » Je vais te soulager en disant pis que pendre de cette vieille baderne en loques rouges. (Demande-lui donc un glossaire de vieilles expressions pour comprendre la vieille dame qui te cause).
Écoute-moi bien : Noël, c'est, un mois avant, un lavage de cerveau, ou un bourrage de crâne, comme tu veux, un plan de déception annuel, une promesse qui n'engage que celui qui la reçoit, une arme de destruction massive du bonheur que tu pourrais avoir, un passage obligatoire.
2020 : cette année maudite aurait pu être une année sans Noël, non ? Combien de petits virus au pied de sapin ? On ne va pas louper ça quand même ! Tout ça pour fêter l'anniversaire d'un bébé né sur la paille dont la date de naissance est contestée. On risque de faire mourir des vieux qui ne savent même plus ce qu'est Noël puisque quand ils étaient enfants c'était le petit Jésus qui apportait les cadeaux. Enfin par cadeau j'entends l'orange enveloppée dans du papier récupéré de la tablette de chocolat.
En attendant ce foutu Noël, puisque c'est obligatoire comme le pinard chez les bidasses, j'ai fait la course aux cadeaux comme tout le monde. Enfin surtout j'ai acheté ces cartes magiques pleines de sous où tu vas toi-même choisir ton présent. On en a tellement marre de chercher l'idée originale que l'on devient des fainéants du cadeau. Des ramollis de la bonne idée. Parfois on s'excuse presque de la pauvreté de notre imagination.
Je déteste Noël mais toi je t'aime bien alors je t'ai bricolé un cadeau : ce petit texte revanchard. Vivement que l'on boive ensemble un bon coup de rouge ! Noyeux Joël, Soyeux Jimonne et merveilleuse Yvonne, mes trois mères Noëlle de mon enfance !
Blanche-Neige / Eliane
La reine, devant son miroir aux alouettes, s'admire et veut une confirmation.
- Miroir, mon beau miroir, suis-je la plus belle de tout le royaume ?
Le miroir, dont c'est pourtant la vocation, ne veut pas mentir.
- Vous êtes belle, Reine, mais Blanche-Neige, la fille du roi, a grandi. Elle est maintenant encore plus belle que vous.
La reine prend la mouche et monte sur ses grands chevaux.
- Ce n'est pas possible ! dit-elle avec haine.
- Pourtant si, répond le miroir imperturbable.
La reine convoque alors son valet.
- Au premier chant du coq, emmène la princesse au fond du bois. Fais en sorte que ce soit son chant du cygne et apporte-moi son cœur dans ce coffret pour me prouver que le travail est bien fait.
Le valet tempête : il ne peut pas faire ça. Alors la reine brandit les conséquences d'un refus d'autorité et le valet obtempère.
Le lendemain donc, le valet emmène la jeune fille dans les bois sous prétexte d'une cueillette de champignons.
Mais le valet freine des quatre fers devant la tâche à accomplir. Il contemple Blanche Neige, jolie et insouciante, qui sautille en chantant.
Alors le valet, malin comme un singe, a une idée. Il va noyer le poisson. Il emmène la princesse encore plus loin au fond des bois, assurant que c'est par là qu'il y a le plus de champignons. Il attend que la jeune fille se soit un peu éloignée et disparaît.
I
l tue une biche, pose son cœur dans le coffret et s'en retourne au château rassurer la reine. Blanche Neige appelle le valet, le cherche en vain. Elle est donc seule, perdue. La nuit tombe elle est effrayée par tout, le moindre craquement de branche, le moindre frôlement d'un animal regagnant son gîte. A bout de forces et d'émotions, découragée, elle se laisse tomber au pied d'un arbre et finit par s'endormir.
A son réveil, il fait grand jour, le soleil brille, la nature lui semble moins hostile et elle n'a pas vu le loup. Elle se met en route se guidant au soleil. Elle finit par trouver des traces de pas et décide de les suivre. Les pas la mènent à une jolie maisonnette basse de plafond.
Elle entre. C'est un fouillis indescriptible et le ménage ne semble pas avoir été fait depuis plusieurs années. Elle trouve que c'est dommage, retrousse ses manches, cherche un balai, quelques éponges et chiffons et se met au travail avec ardeur en chantant : «Un jour mon prince viendra... » puis elle rit : il est peu probable qu'un prince passe par ici.
Quand enfin la maison est rutilante elle est épuisée. Elle cherche un lit pour s'étendre et en trouve sept ! Elle s'allonge et s'endort.
Dans la forêt la nuit tombe, on est entre chien et loup. Les nains ont fini leur travail. Ils rangent leurs outils et, en file indienne, prennent le chemin du retour en chantant :
« Hey, oh ! Hey oh !on rentre du boulot... ».
Au seuil de leur maison, ils s'arrêtent médusés.
- Que s'est-il passé ici ? Qui a fait ce travail ?
Prof, lunettes sur le bout du nez, prend la direction des opérations. Ils entrent précautionneusement et trouvent une belle jeune fille endormie sur le lit de Simplet. Qui est-elle ? Ils l'entourent silencieusement en attendant qu'elle se réveille.
En ouvrant les yeux Blanche Neige découvre sept petits bonhommes, barbus pour la plupart.
- Bonjour, ainsi c'est vous qui habitez cette maison ? Enchantée, je suis la princesse Blanche-Neige.
Ils refusèrent de la croire mais consentirent à l'accueillir en leur demeure. La vie s'organisa. Elle leur faisait la cuisine, ils avaient avoué être nuls dans cette discipline affirmant :
-A chacun son métier et les vaches seront bien gardées.
Elle avait obtenu que chacun range ses affaires. Les nains s'occupaient de l'approvisionnement. Au fur et à mesure, la jeune fille apprenait à mieux connaître ses petits compagnons. Simplet était muet come une carpe mais recherchait les câlins. Prof, le vieux sage, était pourtant rusé comme un renard. Indéniablement il était le chef. Joyeux se mettait à rire comme une baleine pour un rien. Dormeur, jamais vraiment réveillé, ronflait la nuit en dormant comme un loir. Grincheux râlait tout le temps, pinaillait sur le vocabulaire, voulait que l'on appelle un chat un chat. Atchoum était perpétuellement en quête d'un mouchoir. Timide devenait rouge comme une écrevisse au moindre émoi. Et tout ce petit monde était copain comme cochon.
Un jour la reine, le moral un peu en berne, cherchait des compliments.
- Miroir, dis-moi, suis-je la plus belle de toutes les femmes du royaume ?
Le miroir ne cherchant pas à mériter son appellation de miroir aux alouettes, répondit :
- Tu es très belle ma Reine, mais Blanche Neige, ta belle-fille, est encore plus belle.
- Ne raconte pas de bêtises. Blanche Neige est morte. Son cœur est dans ce coffret.
- C'est le cœur d'une biche qui est dans ce coffret.
La reine hurla, tempêta.
- Ce sinistre valet m'a fait avaler des couleuvres ! Qu'on l'enferme dans un cachot jusqu'à la fin de ses jours !
Alors elle échafauda un plan, Elle tuerait elle-même la jeune fille.
Elle alla voir sa vieille amie la sorcière. lui demanda de lui concocter un poison violent et de l'insérer dans une belle pomme bien rouge, appétissante. Elle lui demanda de lui prêter une de ses tenues et se grima le visage de façon à apparaître plus vieille et laide à faire peur. Elle demanda qu'on lui apporte un plein panier de pommes et glissa la pomme empoisonnée parmi elles et, telle un oiseau de mauvais augure, s'en fut vers la maison des nains pour en finir avec cette péronnelle, cette oie blanche.
Voûtée, chevrotante, elle frappa à la porte. Blanche Neige méfiante - les nains lui avaient recommandé de n'ouvrir à personne - parut à la fenêtre. La reine proposa ses pommes. La jeune fille refusa. La reine lui proposa au moins d'en goûter une.
- Elles sont si délicieuses vous verrez.
Blanche Neige se laissa convaincre. Mais à peine avait-elle croqué dans le fruit qu'elle tomba en catalepsie. La reine s'enfuit.
A leur retour, les nains affolés se précipitèrent autour de la jeune fille. Elle était morte ! Ils pleurèrent abondamment des larmes de crocodile. Puis Prof proposa de lui fabriquer un joli cercueil avec paroi supérieure en verre pour pouvoir continuer à la contempler.
Le prince chevauchait allégrement dans le froid de canard de ce matin d'hiver. Il arriva à la maison des nains. Il la connaissait, était déjà parvenu jusqu'à cet endroit. Mais ce cercueil avec une belle jeune fille dedans, ça, c'était nouveau. Il s'approcha. Elle semblait dormir, à moins qu'elle ne soit morte. Il se demandait si c'était du lard ou du cochon. Il s'approcha encore, souleva le couvercle pour sentir son souffle. Il ne sentit rien. Il approcha ses lèvres, les posa délicatement sur celles de la belle inconnue.
Blanche-Neige ouvrit les yeux, sembla se réveiller. Elle se redressa, prit la main du jeune homme abasourdi.
- Heureusement que vous êtes venu, beau prince ! Je commançais à m'ennuyer comme un rat mort dans ce cercueil !
Le jeune prince la contemplait, éperdu, chaud comme un lapin. La sorcière, fine mouche, avait fabriqué un poison dont le sortilège pouvait être annulé par l'amour d'un oiseau rare.
Les nains, aidés de la veille femme, organisèrent une merveilleuse fête pour le mariage des jeunes gens. Le roi, ayant appris ce qui s'était passé, répudia la reine.
Niclau Yoff . - Séduite / Eliane
4ème de Couverture
Noémie, jeune femme fraîche et un peu naïve, tombe sous le charme d'un inconnu rencontré dans un supermarché.
Les débuts sont prometteurs mais elle ne sait pas dans quel piège elle s'est engagée. C'est une lente descente aux enfers qui tient le lecteur en haleine.
On voudrait l'aider la prévenir, la retenir…
Début du livre
Elle le remarqua tout de suite. Grand, élancé, évoluant entre les rayons de ce supermarché avec une grâce féline.
Quelques jours plus tard, alors que Noémie revenait pour quelques courses dans ce même supermarché, il était là à nouveau, indifférent à ce qui l'entourait.
Noémie, troublée plus qu'elle ne n'aurait voulu, ne savait plus ce dont elle avait besoin. Lui ne semblait pas l'avoir remarquée. Elle en était un peu déstabilisée. Elle se savait pourtant mignonne, elle attirait de nombreux regards masculins.
La fois suivante, en approchant du magasin, Noémie ne put s'empêcher d'être en attente. Sera-t-il là ? Les deux fois précédentes n'étaient peut-être que des coïncidences.
Il était là, semblable à lui-même.
A la caisse il arriva derrière elle. Avec sa démarche silencieuse de chat elle ne l'entendit pas. Pourtant elle sentit un regard peser sur elle. En se retournant instinctivement elle reçut de plein fouet l'éclat de ses yeux verts. Elle était perdue, à sa merci.
La relation fut vite intense. Un tourbillon de joies, de plaisir et de sensualité.
Tout à son bonheur, elle ne remarqua pas qu'insidieusement l'attitude de son Roméo changeait.
Lettre à M. Ronald Searle / Anne J.
Cher monsieur
Je me permets de vous écrire, ce soir, pour vous faire part de mon désaccord à propos de vos dessins sur la gent féline que vous publiez par centaines dans divers livres et journaux. Je les ai découverts sur l'ordinateur de mon « humaine » pendant qu'elle s'absentait pour touiller le risotto (car elle a la fâcheuse habitude de faire trois choses en même temps) et je les ai trouvés vraiment laids , même si, je l'avoue, certaines situations sont plutôt bien vues .
J'avais certes un air ébahi avec mes grands yeux bleus quand ma maîtresse m'a découvert dans le carton où j'avais été recueilli mais j'étais cependant beaucoup plus mince et bien moins ébouriffé, en un mot beaucoup moins moche que sur ce dessin :
Pourquoi nous faire en forme de poire informe alors que nous avons une silhouette élégante, svelte et longiligne, à de rares exceptions près. Certains finissent en tonneaux, par manque d'exercice et abus de croquettes, mais ce n'est pas la majorité. J'en connais un dans la maison en face, son ventre traîne sur le plancher malgré son régime à base de courgettes, beurk !
Soyez un peu indulgent, monsieur ! Chez les humains aussi il y a des petits gros avec un ventre de buveur de bière et en plus ils ont le mauvais goût de porter des pantalons à bretelles et de roter, ce que nous ne faisons jamais, un peu de classe que diable !
C'est sûr, ce qu’il y a dans la gamelle, ca compte dans nos vies. Moi, le plus souvent c'est régime croquettes, même si, en ce moment, ma maîtresse me sert au moins une ou deux fois par jour un peu de thon. Je la soupçonne d'avoir des intentions malhonnêtes d'ailleurs : elle doit y cacher je ne sais quel médicament recommandé par le vétérinaire. Je le mange pour lui faire plaisir , mais je ne suis pas dupe.
Par contre il manque le bruitage, les miaulements aigus si je n'ai pas ce que je veux et les mouvements, coups de tête dans les jambes, frottements contre les mollets nus, voire attaques sur les orteils avec ou sans chaussettes si on ne m’écoute pas : il a l'air bien cool votre chat devant son assiette vide !
Ah ça, par contre, c'est bien vu ! Mon endroit préféré, mon petit domaine à moi, là où je passe l'essentiel de mes jours ! Malheureusement la nuit je dois le partager avec mon « humaine » et je me fais même virer si je lui grignote les oreilles et surtout lui saute à pieds joints sur l'estomac pour lui manifester mes besoins d'espace ou de câlins ou mon envie de sortir prendre l'air à 4 heures du matin.
Par contre , cher Ronald ce lit est beaucoup trop haut pour moi, mes vieilles pattes ne me permettraient pas d'y monter, alors prévoyez une petite table de nuit ou une malle plus basse à coté pour faire marchepied. Et puis des roulettes ! Voyons c'est dangereux !
Par contre l'air ravi, c'est tout à fait moi.
Depuis un mois je souffre des rotules et le vétérinaire (quel sale type !) a conseillé l'exercice pour renforcer mes muscles. Je suis donc encouragé à aller dehors autant que je veux pour marcher.
J'aurais peut être aimé la bicyclette mais on ne me l'a pas proposé
La prescription du docteur c'était le rameur 15 minutes et 3 fois par jour mais j'ai carrément refusé.
Quant à l'exercice proposé sur ce dessin c'est hors de question, un chat distingué comme moi ne se suspend pas par les bras pour faire des pompes.
Voilà, cher Ronald, l'avis éclairé d'un vrai chat que vous auriez dû consulter avant de publier vos dessins intéressants mais totalement inexacts sur la vie privés des chats.
Je reste à votre disposition pour tout supplément d'information et vous prie de croire...
Chouchen , chat trégorrois et bien aimé, dit Le CATCAT.
Le Chat de la maison / Josiane
Le chat de la maison
Nous l’appelons Ernest
Il a de longs frissons
A l‘heure de la sieste
Car
Le chat de la maison
Aime les longues siestes
Et rêve de poisson
Quand on lui sert des restes.
Le chat de la maison
Est plutôt difficile
Il est un peu bougon
C’est un chat très viril.
Le chat de la maison 
Fait de la balançoire
Sur un croissant de lune
Dès que tombe le soir.
Le chat de la maison
Est un aventurier.
Il part pour de longs jours
Poursuivant ses amours.
Le chat de la maison
Fait de la bicyclette,
Parfois, derrière mon dos
Grimpe même aux rideaux.
Près de la cheminée
Quand les jours se font courts
Le chat de la maison
Fait patte de velours.
Et, lorsqu’au chant du coq
Il descend l’escalier
Le chat de la maison
Ne le fait pas grincer.
Les chats de la maison
Partent un jour pour toujours.
Ils se sont endormis
Paisibles et sans un bruit.
Les chats de la maison
N’ont pas peur de la nuit.
L'Alezan / Anne-Françoise
Sur l’azur se détache le pur-sang alezan du sultan
Azur et alezan
Une palette poète
Des couleurs qui se complètent
L’alliance parfaite
Le sable et la mer
L’ambre et le lapis-lazuli
La merveilleuse alchimie
L’alezan se cabre et se cambre
Albatros et gazelle
Derviche et djinn
Folles voltes et arabes arabesques
Puis sans bruit
Dans le désert
Il s’enfuit
Faisant voler le sable
Tandis que tombe la nuit
Dans mon mazagran bleu
Ma cuillère galope, tourne et tourne, envoûtée
Dans les volutes chaudes de mon café
Elle crée et recrée le spectacle et son étrangeté.
Je m’appelle Shéhérazade.
Je suis un dinosaure / Anne J.
- Je suis un dinosaure
Un de ceux qui ont connu
Jean d'Ormesson , Giscard,
Simone Weil, Pierre Desproges
Et tant d'autres
- Comment tu t'appelles ?
- J'ai failli m'appeler Maryvonne
Mais grâce à ma mère
Ce fut Anne, heureusement.
Depuis tout ce temps
J'attends mon prince charmant,
Berceuse pour un ouragan
Ou chansonnette franco québécoise,
L’éternelle histoire douce-amère
Du « Faites-moi la cour »
Pour qu’on m'apprivoise,
Un cœur sur les bras
Ou un mur pour pleurer
Mais avec les années
Je suis une vieille dame
Très gentille et désespérée
Et dans la vie en vrai
J'ai encore tant de choses à vous dire !
J'ai le cœur à l'ombre,
Je cherche mon chemin
Dans le brouillard d'automne,
J'ai les années qui cognent
- Pas encore, pas déjà ! -
Rien qu’une fois faire des vagues !
Je veux rejoindre les gens qui doutent
Ecrire pour ne pas mourir.
Le jour où ça craquera,
Partie simple,
A vous qui m'avez tant aimée
Je dirai : « Merci oh merci ! ».
Regrets d'une punaise ?
Mais il est trop tard
Pour être une star !
Portraits. 2, Xavier / Eliane
Je l'avais rencontré au cours de ce merveilleux été.
Nous étions une bande d'amis et nous avions cuisiné des nouilles.
Je m'étais dit : « Il est parfait ! ».
Depuis que je l'attendais, mon prince charmant !
Une gentille sorcière pas comme les autres
M'avait appris quelques trucs pour envoûter mon amoureux
Comme se vêtir de moire et de satin.
Cela n'a pas suffi
Il n'a été qu'un de ces amours d'été.
Quand il est parti, je sanglotais :
Pas encore, pas déjà ?
Ô Xavier, ça va faire drôle
De ne plus sentir tes bras qui m'étreignent
Ni la douceur de tes baisers !
Et puis un jour,
Dans le brouillard de l'automne,
Par les champs inondés,
Alors que je progressais difficilement
Deux mains se sont posées sur mes yeux :
- Devine comment je m'appelle !
- Xavier, je te cherchais déjà !
- Me V'la !
Nous avons repris nos confidences et nos étreintes
Dans la chambre d'or.
J'avais eu tort de faire partie des gens qui doutent.
Portraits. 3, Clémence / Eliane
Je m'appelle Clémence comme ma grand-mère.
J'étais la femme du vent
Maintenant je suis une vieille dame.
Il me revient en mémoire
Une histoire ancienne, douce-amère.
Quand on s'est connu
Ce n'était même pas un coup de cœur.
J'étais sage
Mais j'ai eu envie, rien qu'une fois,
De faire des vagues
Alors nous nous sommes mariés
Contre l'avis de nos familles.
C'était joyeux, comme un jeu.
Mais dans la vie en vrai, tout n'était pas si rose.
Mon mari est parti.
J'avais le cœur à l'ombre,
Il ne me restait qu'un mur pour pleurer
Avec le cœur sur les bras.
C'est une triste histoire
Mais le temps a passé.
Même s'il est trop tard pour être une star
J'occupe une maison pleine de fenêtres
Et de rires d'enfants.
Consigne d'écriture 1920-30 du 12 mai 2020 : Petit-Fort-Philippe
Petit-Fort-Philippe
En vous inspirants des nombreux diaporamas disponibles sur cette page, racontez votre séjour dans cette ville du Nord de la France située entre Calais et Dunkerque. Qu'êtes-vous venue.e y faire ou y chercher ? Avec qui avez vous rendez-vous ici ? Félix ? Béatrice ? Laure Manaudou ? Jean-Claude Van Damme ? Mimi Crincrin et Justin Chicon ? Est-ce un retour ? S'agit-il d'une ville que vous avez inventée de toutes pièces, une ville de rêve, de désir, de questionnements ou de cauchemars ?
Consigne inspirée par celle de la page 245 du livre "Ecrire" de Faly Stachak aux éditions Eyrolles.
Anne et Maryvonne / Maryvonne
«Pleure, pleure Maryvonne
Ton ami je te l'ai pris ;
Ça n'a étonné personne,
Le village en a bien ri.
Comme il n'était pas malin
N'en suis pas du tout chagrin !
V'là que dans « Petit Bonhomme »
Mon mari devient ton homme.
«Le mari de Maryvonne était mon amant.»
Décidément !
De nouveau c'est un échec !
Tu as du mal avec mes mecs !
Je pourrais t'en vouloir
De peindre ma vie en noir :
Du cidre j'ai bu toute la bouteille
Je n'sais plus comment j'm'appelle.
Anne, ce qui me fait chagrin
C'est la nouvelle d'un matin
Quelque chose de bien moche
Qui dit qu't'as fait ta valoche.
Fini notre contentieux
Tu chanteras depuis les cieux.
Nous avons été si proches
Autour des chansons pour mioches
Fabuleuses Fabulettes
Et chansons pour les minettes.
Pour beaucoup de féministes
Tu nous as ouvert des pistes.
Fini le bal des champignons
A l'école qui porte ton nom !
C'est dans un tout petit bourg
Tout près du fameux Combourg ;
A Dingé où je suis née
On ne t'a pas oubliée.
La vieille école aux murs tout gris
Lecture, écriture elle m'a appris ;
C'est de l'histoire ancienne
Mais voilà, juste la mienne.
La nouvelle école est moderne.
Plus colorée moins terne,
Claire et pleine de fenêtres
Et s'appelle « Anne Sylvestre ».
Mon oncle se réveille / Eliane
Ouf, voilà, cette journée est terminée ! Après un dernier regard par la fenêtre sur la ville endormie, mon oncle éteint le plafonnier.
Il a laissé sur la petite table ronde les reliefs de son premier repas de célibataire. C'est vrai qu'il n'est guère habitué à faire la vaisselle. Il s'apprête à se mettre au lit dans l'étroite couche de la pièce.
Il est vraiment las, mais il n'arrive pas à dormir. C'est tellement confus dans sa tête. Comment peut-il se retrouver seul dans ce minuscule studio où il ne peut faire plus de trois pas dans un sens et trois pas dans l'autre ?
Il a dû quitter son beau pavillon de banlieue avec jardin, chien et femme.
Sa femme justement, ma tante, qui l'a tout simplement fichu dehors, pourquoi ? Elle a dit qu'elle n'en pouvait plus de le voir affalé dans le canapé, fumant sa pipe devant la télévision en jogging et charentaises. Tout de même il aurait pu l'aider !
A cause du confinement et autres mesures de restriction, la boîte où travaillait mon oncle avait dû licencier une grande partie de son personnel. Mon oncle en faisait partie.Depuis qu'il ne travaillait plus, il ne faisait plus rien. Même ses balades à bicyclette ne le tentaient plus.
Ma tante fulminait, rageait. Elle, elle travaillait à l'hôpital du matin au soir pendant de longues heures. Et quand elle rentrait c'était pour constater que son époux n'avait même pas vidé le lave-vaisselle.
Elle ne demandait pourtant pas la lune mais un coup d'aspirateur aurait été le bienvenu. Alors ouste, dehors ! Va traîner ta flemme ailleurs !
Mon oncle cherchant le sommeil ne comprenait pas vraiment. Il ne se sentait pas coupable, plutôt incompris et injustement puni.
***
Après une nuit agitée mon oncle se réveille juste au moment où l'astre du jour apparaît au-dessus des toits. Son minuscule studio est vraiment très haut perché. Une longue journée s'ouvre devant lui dont il ne sait que faire.
Il arrose ses deux plantes vertes et réfléchit en prenant son petit-déjeuner. Le plus urgent serait de prendre une douche. Il ne va tout de même pas traîner toute la journée en pyjama ?! Et puis faire enfin la vaisselle car sinon il risque assez vite de manquer d'ustensiles. Il aurait bien été au restaurant pour éviter cette corvée, malheureusement ils sont tous fermés afin d'éviter la propagation du virus.
Mais ensuite ? Son tuba, sur le rebord de la fenêtre l'appelle. Un peu de musique lui ferait du bien. Mais à cette heure encore matinale les voisins risquent de lui tomber dessus.
Alors, faire un tour à pied. Vu de la fenêtre, en contrebas, ce n'est guère encourageant. Des trottoirs, encore des trottoirs, Pas un espace vert, pas une seule vitrine pour arrêter le regard. Même sous le soleil tout paraît uniformément gris. Et puis un kilomètre, cela ne permet pas les longues escapades pour tenter de trouver mieux.
Un coup d'oeil à son vélo sur le mur près de la porte d'entrée. Une balade à vélo ?
Nouveau coup d'oeil vers les rues en bas de l'immeuble. Il y a des pistes cyclables, mais les voitures roulent très près, frôlent les cycliste téméraires. Mon oncle hésite. Il ne va tout de même pas baisser les bras, lui qui, un jour, pour épater une copine, a roulé sur un fil à linge étendu entre deux derniers étages d'immeubles.
Il envisage donc le vélo. Un kilomètre autour de chez lui, il va lui falloir faire des tours et des tours. Non-familier des lieux, il va sûrement se perdre, il est coutumier du fait. Il se raisonne : cela lui permettra de connaître le quartier.
Il allume sa pipe. Il se sent seul. Jacquot lui manque. Jacquot qui s'est enfui. Là non plus il ne comprend pas pourquoi Ils étaient si bien ensemble. Il était bien traité, même dorloté.
Jacquot lui manque et ce n'est pas le crocodile vert sous son lit qui risque de le remplacer. Ce n'est qu'une peluche.
Songeur mon oncle tire sur sa pipe. Ça y est sa décision est prise. Il va prendre l'air, à vélo. Outre la bicyclette il lui faut un masque, une attestation. Et vogue la galère !
B comme baromètre / Adrienne
La première chose qu’il fait le matin en pénétrant dans la cuisine-pièce à vivre-et-à tout faire, là où il y a aussi les deux bergères en skaï bleu, le poêle à charbon et la télé, c’est un léger toc-toc au baromètre.
Mini-Adrienne n’a jamais compris cette passion pour le temps qu’il a fait, qu’il fait et qu’il fera, quatre saisons sur quatre, qu’on ait à sortir ou pas, et même les jours où ce n’est pas difficile à constater à l’œil nu, juste en regardant dehors. Mais grand-père y met un point d’honneur, chaque matin au lever, chaque soir au coucher, un toc-toc au baromètre.
Douce maison du côté heureux de l’enfance, quand grand-père enlaçait grand-mère, l’arrachant à sa vaisselle, pour danser "La vie en rose".
Douce maison des moments heureux où mini-Adrienne se disait que ça existait donc dans la vie en vrai, des gens qui s’aiment.
Merci, oh merci d’avoir été là. Tant de choses encore à vous dire…
N.B. Les titres de chansons insérés dans ce texte :
– Bergère – Bleu – Dans la vie en vrai –– Douce maison – Grand’ mère –– La vaisselle –– Le baromètre –– L’honneur –– Merci, oh merci –– Pas difficile –– Quand on dansait la vie en rose – Quatre saisons –Tant de choses à vous dire –
Le tableau de Norman Rockwell a été emprunté sur le site-atelier de Lakévio que nous remercions et saluons au passage.












































