Avant son arrivée à l'école, Lapin blanc avait eu une image sublimée par sa maman de sa vie scolaire.
- Tu verras ! A l'école tu vas te faire des amis. Tu vas pouvoir dessiner, peindre, chanter.
A première vue, rien de tout cela ne paraissait flagrant. Pas un pinceau ni un pot de peinture sur les étagères ni les fameuses flûtes traditionnelles pour découvrir le solfège.
Quant aux amis elle ne connaissait certains que par les fables. Pas question, par exemple, de copiner avec la tortue qui avait niqué son cousin le lièvre à la course.
Ce qu'elle n'aimait pas d'entrée c'est qu'on lui avait imposé l'uniforme. Cette cravate rayée façon club anglais, mais quelle horreur ! Et ce vacarme, ce désordre, ces allumés d'un conte idiot...
- C'est impossible ! Mère Lapin m'a menti ! Je rêve de retourner dans mon terrier, de batifoler dans mon carré de thym et de serpolet, de glaner quelques jeunes carottes. Si ça se trouve pendant que je suis là madame la belette va en profiter pour s'emparer de notre logis, crottes de lapin alors ! Moi, mon rêve c'est de vivre chez une dame anglaise qui s'appelle Béatrix Potter. Dans ses contes ses amis s'appellent Pierre et Jeannot. Ils vivent dans
des aquarelles. Un monde tout en teintes pastel. Ils font des petites bêtises et doivent se méfier de leur ennemi le jardinier, monsieur Mac Gregor. Il a mis leur père en pâté. Depuis Madame Lapin doit se débrouiller toute seule. Les grands appellent ça une famille monoparentale. Mais on se débrouille la nature nous fournit la nourriture, que du bio ! Notre mère est adorable, très pacifiste. Ce n'est pas elle qui irait prendre un fusil pour aller tuer un chasseur. L'image est ridicule d’ailleurs : comment s'y prendre avec ses petites pattes de lapin ? En plus on dit que la patte de lapin ça porte bonheur, ça ne sème pas la mort.
Un jour une maîtresse a pris mon modèle pour faire une marionnette dans sa classe et chaque matin elle disait cette comptine.
J'ai un tout petit lapin qui mange du pain
J'ai un tout petit lapin qui mange du thym
Mais un lapin ça fait des crottes
Un jour il a fait dans mes bottes
Maman dit que c'est un vilain
Moi je dis que c'est mon copain ;
Betty Lelapin-Blanc ouvre de grands yeux effarés. C’est ça, l’école ? On lui avait promis qu’elle serait avec des enfants de son âge, qu’elle jouerait à des jeux et se ferait plein de petits camarades et de grandes copines. Eh bien ça s’annonce mal ! Dans la classe de Madame Lelièvre, il n’y a que des étrangers. Et en plus ils ont tous l’air plus ou moins débile. Et c’est quoi, d’abord, ce désordre que laisse régner la maîtresse dans la classe ? Si tous les apprenants sont sagement assis aucun n’est concentré sur l’écoute de l’institutrice et personne n’a un regard pour la nouvelle arrivante.
Celui qui ne risque pas de s’intéresser à elle, c’est Barbery le hérisson. Déjà parce qu’il lui tourne le dos, ce qui n’est pas très élégant – on ne fait pas voir son cul à une nouvelle venue – et ensuite parce que lui aussi a l’air terrorisé. Les chenapans du premier rang l’ont bombardé de boulettes de papier, un avion lui a sifflé aux oreilles - c’était peut-être un Boeing dont la portière eût pu se détacher en plein vol – et enfin le bureau de la maîtresse a servi de cible pour un concours de lancer de fléchettes juste au-dessus de ses piquants. Cela n’en manquait d’ailleurs pas, de piquant, puisque les fléchettes étaient des porte-plumes.
- C’est bon, Betty, dit Madame Lelièvre, tu peux aller t’installer dans le fond à côté de Lachenille, mais surtout ne lui prête pas tes livres. Elle aime tellement les manuels scolaires qu’elle prend pour des romans qu’elle en dévore toute la journée.
Dans la rangée du fond, là où d’habitude les dents baignent, il y a, à la gauche de Lachenille Tweedledum et Tweedledee, des jumeaux qui se collent des beignes à propose de bugnes. Ils sont nés à Lyon, ce sont des gones malpolis et s’ils continuent comme ça à se bigner ils finiront au bagne.
Près de la fenêtre Rose et Réséda écrivent des poèmes. Betty ne savait pas qu’on apprenait aussi aux fleurs à parler, écrire et compter.
Devant elles c’est Dominique Ledronte que tout le monde appelle Dodo. Lui aussi appartient au cercle des poètes disparus. Il a l’air sympa mais c’est peut-être le fayot de la classe. Le gars qui est là pour apprendre les mille et un trucs qui vous permettent, plus tard, non seulement de ne pas disparaître dans la nature ou l’anonymat mais surtout de devenir le premier partout, comme Dodo Lasaumure ou Dodo Sofitel.
A sa droite il y a Jean-Claude Lemorse, un gros rigolo, celui-là, le genre qui raconte des histoires belges à la récré et lance des défis à tout le monde. En plus il connaît tout Lennon-McCartney par coeur. Son voisin de pupitre c’est Gilbert Charpentier. Avec quatre bouquins il te fabrique une maison et avec sa sœur, Marie-Thé, ils inventent des spectacles de variétés.
Le croirez-vous ? Hermione de Depique et Harry Sixdecoeur jouent aux cartes pendant les cours ! Et pour de l’argent en plus !
Les élèves du deuxième rang valent également le détour. Il y a Véronique Fantaisie, la tortue à tête de veau qui lit des bandes dessinées dans lesquelles on raconte qu’elle a battu le mari de Madame Lelièvre à la course. Elle partage son pupitre avec Legriffon, un gars qui a un long pif et la peau toute rouge. Il paraît sage, les bras croisés, le sourire aux lèvres mais peut-être qu’il n’écoute rien de ce que dit la maîtresse. Betty se demande s’il ne serait pas amoureux en fait d’Hermine Lablanche.
Hermine Lablanche, Betty l’apprendra plus tard, son surnom c’est la Duchesse. Il faut voir comme elle prend soin de son apparence ! En permanence elle se regarde dans son miroir, se recolle du vernis sur les ongles, se remet du rouge aux lèvres. Betty est sûre et certaine que le mot « pin-up » a été inventé spécialement pour elle.
A côté d’elle Lucette Lacarpe a l’air plus simple, plus sympa. Et de fait au bout de quelques jours dans cette classe de loups-phoques, c’est elle qui deviendra la meilleure amie de Betty Lelapin-Blanc. Lucette est assise à côté de William Lelézard. Tout le monde l’appelle Bill ou Pecos Bill parce que c’est un terrible, celui-là ! Il refile des coups de règle en bois à son voisin de devant, Coquillard dit Gros Coco. Un du genre crâne d’oeuf mais peut-être plus fragile qu’on ne croit.
Lagrenouille écrit proprement et religieusement tout ce que dit Madame Lelièvre. A croire qu’elle prend tout ça pour parole d’évangile et confond son encrier avec un bénitier.
Le Chapelier, lui, est vraiment fou. C’est lui qui fabrique des avions en papier alors que Clément Ader a juste vingt ans et que les frères Wright ne sont même pas encore nés. C’est lui qui lance des porte-plume dans le bureau de Madame Lelièvre. C’est lui qui a coincé les pattes arrière de Bazougesur le loir dans une théière
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A part son premier moment de frayeur, Betty est maintenant bien contente d’être là. Dans son dos il y a le cabinet des curiosités avec plein de choses bizarres qui servent à la leçon de sciences naturelles. Il y a au-dessus de l’armoire un squelette dont elle apprendra qu’il est celui du Jabberwocky, un animal aussi slictueux et tove qu’un borogove.
Il y a aussi à proximité le violon qu’on a confisqué à un ancien élève barge et fantasque lui aussi, un nommé Sherlock Holmes. Et surtout, au-dessus de la porte d’entrée, il y a un beau tableau de Mathurin Méheut qui représente des homards qui dansent le quadrille des lanciers du Bengale. Bety adore la musique et la danse. En apprenant cela Madame Lelièvre qui est très gentille lui a promis qu’elle lui donnerait des cours particuliers.
Quelle chance elle a ! Finalement, ils sont très bien, ces étrangers. Et puis, contrairement à ce qu’on lui avait annoncé les élèves ne portent pas d’uniforme ils ont juste des cravates rayées bleu turquoise et rouge vermillon. Du coup, pendant la dictée, Betty a demandé à Lachenille qui se prénomme Anne-Françoise et qui est bonne en orthographe où il fallait mettre les « s « du pluriel aux adjectifs de couleurs.
- Il n’y en a pas ! a répondu sa voisine. C’est comme toute cette classe, c’est un spectacle haut en couleur.
Là dessus Lachenille s’est envoyé une autre page de son Bled derrière la cravate.
On vous demande de remplacer au pied levé M. Bernard Pivot qui, victime d’un empêchement soudain, ne peut assurer cette semaine la dictée traditionnelle. A vous de la rédiger. Vous procéderez de la façon suivante :
1) Listez deux listes de dix mots français qui vous semblent présenter des difficultés orthographiques.
Une fois cela fait, prenez la première de vos listes et insérez tous les mots dans un seul texte qui pourra être aussi farfelu qu’une dictée loufoque de François Rollin (cf infra). Ajoutez toutes les difficultés que vous voudrez (assonances, homonymes, rimes, subjonctifs, accords de participes passés, mots de plus de quatre syllabes, etc.). Vous avez une demi-heure pour écrire cette dictée.
2) Puis confiez la deuxième liste à votre voisin·e de droite, recevez donc une deuxième liste de mots et composez une deuxième dictée sur le même principe avec les mots de votre voisin·e.
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Si vous êtes en panne de mots compliqués, vous pouvez piocher dans la célèbre dictée de Prosper Mérimée ci-dessous :
Pour parler sans ambiguïté, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisseaux de veau et les cuissots de chevreuil prodigués par l’amphitryon, fut un vrai guêpier.
Quelles que soient, et quelque exiguës qu’aient pu paraître, à côté de la somme due, les arrhes qu’étaient censés avoir données la douairière et le marguillier, il était infâme d’en vouloir pour cela à ces fusiliers jumeaux et mal bâtis, et de leur infliger une raclée, alors qu’ils ne songeaient qu’à prendre des rafraîchissements avec leurs coreligionnaires.
Quoi qu’il en soit, c’est bien à tort que la douairière, par un contresens exorbitant, s’est laissé entraîner à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper l’exigeant marguillier sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une dysenterie se déclara suivie d’une phtisie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut.
— Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce bélître.
À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »
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Dictée 35 Pas facile à dire / François Rollin
« L’abbé de Lattaignant avait raison : le mot est parfois pire que la chose. Ainsi, il est moins grave d’agir contrairement aux règles constitutionnelles que d’agir anticonstitutionnellement. Il est moins effrayant d’avoir peur de la constipation que d’être atteint d’apopathodiaphulatophobie. On peut vivre tranquillement avec la peur du nombre 666, mais pas avec l’hexakosioihexekontahexaphobie. Rien n’est perdu lorsque les spermatozoïdes sont un peu fatigués, mais tout est à craindre l’oligoasthénotératospermie, contre laquelle la vitamine B2 n’est d’aucune aide, même sous son nom de chlorure d’aminométhylpyrimidinylhydroxyéthylméthythiazolium. Un petit jet de gaz lacrymogène me fait pas peur, mais il en va autrement de l’orthochlorobenzalmalononitrile. Je n’aurais jamais utilisé de DDT si j’avais su qu’il s’agissait de dichlorodiphényltrichloroéthane. Bref. »
Dictée 21 Dictée pour les bébés / François Rollin
Montés sur leurs chevaux bais, l’abbé de Naples et le bey de Tunis restaient bouches bées devant la baie, de Tunis elle aussi. Nimbés dans leurs trabées, inhibés tels des macchabées burkinabés, , ils hésitaient à appliquer leur plan B.
Et depuis, le pauvre homme souffrait de triskaidékaphobie et d'anxiété chronique. Il maronnait et marmonnait du matin au soir, balbutiant des mots incompréhensibles et des phrases sibyllines.
Les villageois affligés et affamés, attendaient qu'il se remette à l'ouvrage, qu'il reprenne le chemin du four et du bon sens... ils venaient un à un le réconforter, mais rien n'y faisait. Il ne prêtait aucune attention à cette kyrielle de visiteurs et de badauds autochtones...il ne pensait qu'à sa belle callipyge et à sa fugue grand-guignolesque...avec un Don Juan de pacotille.
Noyant son chagrin dans l'alcool, frôlant la cirrhose, il émettait en continu une sorte de logorrhée incohérente, d'où émergeait parfois quelques exclamations misogynes...mais la plupart du temps, c'est le traître qu'il vouait aux gémonies, lui souhaitant une brusque et fatale épectase.
Si un jour, la belle venait à résipiscence, il lui ferait comprendre à quel point il avait souffert, à quel point ce qu'elle lui avait fait subir était injuste et immérité. Oh oui, il le lui ferait bien comprendre...
Il se susurre un peu partout désormais qu’il convient de séparer l’homme de l’oeuvre. Et même la femme de l’oeuvre comme l’a prétendu, l’autre jour et au feutre rouge, la performeuse qui a tagué le tableau « L’Origine du monde » de ce bon Gustave « Courbet tout sauf l’échine ! ».
Oui, certes, mais comment faire pour dénoncer le conchyliculteur grossier qui œuvre sous pseudonyme ?
Quelque plaisir qu’on ait – ou qu’on eut – à lire Maupassant, nous ne sommes pas obligés de connaître les turpitudes infâmes de Monsieur Joseph Prunier dont la concupiscence avait le débit du Mississippi - par chez nous le Désir n’est pas nommé Tramway mais Fleuve -.
Monsieur Prunier avait pour le sexe faible et surtout pour sa chair fraîche l’appétit strauss-kahnien d’un anthropophage en butte au rût et en proie – si l’on peut s’exprimer ainsi en cette occurrence – à la fringale de belles de nuit et ce même le jour. Aucun anesthésique n’endigua jamais les élans printaniers de cet étalon fou dont la jeunesse débuta par des calembredaines et des coquecigrues et dont la vit – quel plaisant lapsus linguae, quelle jolie faute de frappe ! - la vie, devais-je écrire, finit chez les apothicaires.
C’est ainsi : avec le temps le queutard prométhéen prend de l’embonpoint et si le feu au pantalon – pour rester poli – brûle encore ce n’est plus des lueurs flamboyantes des Champs-Elysées à la nuit : il lui faut hypothéquer la rue de la Paix et venir en cure à la Chaux-de-Fond en Suisse, tout près du précipice, guérir la syphilis qui fait qu’on se morfond loin des chaudes propices.
Qu’on s’appelle Joseph Prunier ou Guy de Maupassant ne change plus rien à l’affaire, surtout si c’est le même homme qui morfle, surtout si c’est la même andouille qui douille.
Messieurs, un peu de sérieux ! Calmez vos spaghettis ! Surveillez donc l’endroit où vous posez vos nouilles !
A cette époque-là les moutons – les moutonsses ! - et brebis que nous avions nourris, soignés et engraissés (nourri·e·s, soigné·e·s et engraissé·e·s ?) dans nos verts pâturages parurent si florissants et si appétissants à une espèce de phacochère géant, saltimbanque dégingandé mais gras du bide, du genre cracheur de flammes à écailles, que Sa Bedonnance – ainsi le surnommâmes-nous – s’en vint pour bouffer au moins cent-vingt de nos ovins et ce sans vin car la bête obscène et malsaine s’était tant abreuvée d’absinthe qu’elle avait la langue et la peau toutes vertes et ne buvait plus rien d’autre. Un bâfreur fin de siècle, voilà bien ce qui nous manquait !
Économiquement parlant, nous sombrâmes dans l’abîme, coulâmes dans les abysses et, à contempler la courbe qui dégringolait vers le niveau zéro de l’abscisse, il ne fallait pas être un grand crack pour voir se profiler le krach de notre petite entreprise.
Plus rapides que des coléoptères fuyant un incendie, nous traçâmes de belles arabesques dans le labyrinthe de l’administration et nous quérîmes – pardon, ça ne se conjugue pas ! - nous nous en fûmes quérir l’attention,la sollicitude et l’assistance de notre autorité compétente – en un seul mot, s’il vous plaît, « compétente » !-.
Quoique nous eussions toujours payé nos impôts avec une régularité métronomique nous fûmes estomaqués d’apprendre que Sa Ventripotence – ainsi surnommait-on Naq Oun Solflèch, notre monarque – ne pouvait lever contre l’envahissant dragon une armée valable.
- Quoi que j’ordonne, nous expliqua-t-il, et malgré mon désir d’envoyer des troupes sur le terrain, ma soldatesque ne veut plus que procéder au réarmement démographique du pays. Ils sont tous au garde-à-vous, à la queue leu leu et réclament, tout nus dans leur serviette, un bordel de campagne ! Des brêles, toujours à faire le Jacques ! Des Gaulois réfractaires !
Tout alla donc de mal en pis et nous faillîmes tous devenir chèvres. Après avoir boulotté tous les troupeaux de la contrée Sa Bedonnance réclama des jouvenceaux et des sylphides. Pas pour faire comme Joseph Prunier ou Harvey Weinstein, non. Pour les bouffer.
Heureusement pour nous un militaire romain aguerri passa par-là et nous guérit de ce malade. Qu’il fût chrétien, déserteur et voué à devenir martyr nous importa peu. Un certain palimpseste bien gratté, bien tapé et bien épais, écrit par un bibliothécaire resté anonyme, raconte de quatre-vingt-dix-neuf façons différentes que le soldat se fit fort, en échange d’une statuette en onyx représentant Taylor Swift, son idole, de nous débarrasser du monstre. Une tâche dont il s’acquitta avec maestria lors d’un combat épique dont les observateurs disent que ce fut un maelstrom d’une rare violence.
image aimablement communiquée par Dame Adrienne
Il se rapporte aussi que dans le sang de la bête disloquée une fleur poussa que les savants botanistes appelèrent « asphodèle » mais que nous baptisâmes du surnom de « Sa printanière ».
Mais j’arrête de vous embêter avec mes histoires. Nous vivons dans la paix et la prospérité, l’eau coule à nouveau dans les collines, la femme du boulanger est revenue au domicile conjugal, Pomponette aussi et plus personne ne fend le coeur à personne. Il faut juste, maintenant, que j’aille rentrer mes moutons.
Mes moutonsses, bordel ! Vous le faites èqueuseuprès ou quoi ?
Vous visitez une ville inconnue. Que vous dit-elle d’elle-même ou du monde ? Que pouvez-vous inventer à partir des mots de la langue française – ou franglaise ! - qui y sont affichés ?
Insérez entre cinq et dix de ces formules dans un texte relatif à une déambulation, une visite, une aventure dans une ville autre que celle où vous résidez.
Le Michelet – Ni Dieu ni maître – Aucun lien ne se tisse avec la crainte de faire des nœuds – Auprès de mon arbre – Passage Georges Brassens – Le piano bleu – Just do paint – Quand avez-vous fait contrôler votre audition pour la dernière fois ? – Impasse du Ha ha – Mademoiselle Bloom – Les Délices – Les Apprêtés – Au chat botté – La Belle époque – Légèrement sucré – Alchimie – En aparté – Parce que c’est toi – Piment – Le P’tit creux – Paul et Emilie – La Tête noire – Le Gendre idéal – Les Dessous d’Agathe – Un moment unique, hors du temps – Les cocottes papotent – Bazar – Rue de la Croix au lait – Rue de la Tour aux chouettes – Eglantine – La Çédille [sic] – Au Chat jaune – Rue du Grand boulevard – Rue du Père Ange Le Proust – Chemin des Palefreniers – Le Cool – Dr Fred Le Voyeur – Villedeneuneu – La Fée des crêpes – Chez Camille et Margaux – Noir sur la ville – Ne pas lire tue – Au coeur de la rencontre – L’Ere de l’homme – Le Petit écuyer – Madame Prunier – Le jardin secret – La Flûte enchantée – Connemara queen – Chastronaute cherche chatellite – Chez Simonne – La pire des princesses – De minuit à quatorze heures - Mademoiselle Piplette – Tadam ! - Jolies trouvailles – Bretonne – Ça pue d’épier ! - Le Pain des rêves – Au chat noir – A l’ondée – Le Chapitre – Soleil couchant – Le Cri de l’ormeau – Je ne brise pas que les coeurs – Sortie non salée – Marguerite – Quenotte – Mi-figue mi-raisin – Qui écoute trop la météo reste au bistrot – Zen – Si tu as envie de rêver, vas-y, exagère ! - Il fait un temps à s’aimer – Diaspora – Au bonheur des dames – Le sans soucis – Le sang d’encre – Brut – Ty Gavroche – Le Farfadet – L’Enfance est un paradis – L’Air du temps
Au cours de mes pérégrinations dans notre belle contrée j'aime tomber sur l'entrée d'une petite ville qui s'annonce « Petite cité de caractère ». Vous pourriez penser à « Ni Dieu ni maître » mais c'est plus subtil que ça. C'est : « Vous allez voir de l'originalité, de l'humour, de l'authentique aussi, loin des classiques noms d'hommes politiques ou de poètes oubliés ».
Dès notre arrivée il y avait une odeur de crêpe qui flottait dans l'air, c'est que la fée des crêpes y avait élu domicile. Nous étions bien en Bretagne.
Pour l'odorat j'allais vite déchanter car, le nez en l'air, je mis malencontreusement le pied dans le crottin. Étant fille de maréchal-ferrant, l'identification de l'odeur ne pouvait m'échapper . « Ça pue d'épier » dit mon mari qui avait remarqué mon œil fureteur. Car qui dit crottin dit cheval. En trouvant plus loin « Le chemin des palefreniers », « Le petit écuyer » et l'impasse des Haha, je tirai la conclusion qu'il devait y avoir ici-même un haras ou alors c'était bien imité.
Dans le jardin secret de madame Prunier la cuisine s'appelait « Le pain des rêves » et son secret était peut-être en rapport avec Louis Guilloux, l'écrivain costarmoricain. Une rencontre ? Une idylle ? Un moment unique hors du temps ?
Il est vrai que Louis Guilloux aimait sortir dans la rue pour parler. Il se rendait souvent autour du lycée de garçons « Anatole Le Braz » pour discuter avec les élèves.
Chacun d'eux serait peut-être le gendre idéal. C'est alors que me revint le souvenir d'avoir photographié une enseigne de magasin de prêt-à-porter pour homme du même nom. Photo que j'avais d'ailleurs envoyée à mon gendre du moment.
Étrange non, les coïncidences quand on furète le nez en l'air ? Au cœur de cette ville je vois un panneau « Le cri de l'ormeau ». Mais c'est bien sûr ! C'est le nom du petit fascicule qui relate les bonnes idées de sorties dans les Côtes d'Armor.
L'air du temps est doux et dans le passage Georges Brassens on se surprend à fredonner « Auprès de mon arbre ». C'est comme dans la promenade du même nom à Rennes. Info ou intox ? Les deux villes auraient-elles eu la même idée d'organiser un festival Brassens en ces lieux ?
De toute façon, au soleil couchant, les villes bretonnes ont toutes cette lumière qui redessine les monuments en les entourant finement d'un liseré doré, créant un moment unique hors du temps.
Auprès de mon arbre, qui est un érable, je vivais heureux, à gauche du passage Georges Brassens, mais le démon du voyage rôdait pas très loin et me glissait à l'oreille : « Si tu as envie de rêver, vas-y, exagère ! ».
Depuis mes 20 ans et c'était il y a longtemps j'ai toujours eu envie d'aller à Reykjavík. C'est comme un lieu magique mais à l'époque où l'on peut visiter les villes juste avec une souris sur internet je pourrais tuer la magie ! Et non, je m'interdis de voir à quoi ça ressemble vraiment !
Mr Google ne brise pas que les cœurs, il tue aussi les rêves.
Alors rêvons de cette ville où la boulangerie se nommerait « Le Pain des rêves », où le bistrot afficherait clairement « Il fait un temps à s'aimer » car il pleut beaucoup en Islande mais le proverbe le dit bien et ça vaut aussi pour la Bretagne « Qui écoute trop la météo, reste au bistrot ».
Samedi soir c'était le concours de l'Eurovision et France 2 a eu la bonne idée de nous faire visiter Malmö en compagnie de Stéphane Bern et ça m'a bien plu. Voilà peut-être ma prochaine destination. Une vieille ville avec des boutiques de fringues dont les enseignes en danois disent peut être « Les Dessous d'Agathe » ou « Les cocottes papotent », qui sait , je ne parle pas un mot de danois.
Un château médiéval sur une île qui rassemble des magnifiques musées et des galeries de peintres, des fabriques de sabots en tout genre et des boulangeries servant une pâtisserie beurre sucre cannelle absolument appétissante, au nom exotique de Kanelbullar, une variante bretonne de « la fée des crêpes » sans doute à déguster après avoir pris un bain dans une eau à 7 degrés, dans un bassin aménagé pour et où tout le monde se baigne nu comme un ver ! Et comme ne pas lire tue, je me réfugierai ensuite dans un café surchauffé pour y lire le dernier Camilla Lacksberg. Le café se nomme « Le P'tit creux » et la librairie juste à côté où l'on achète les livres d'occasion « Un moment unique, hors du temps » et comme c'est la même chose à Lannion avec « Le Flambard » et la librairie qui jouxte ce café, je me croirais revenue à la maison.
Je suggère à nos amis de l'atelier d'écriture que l'impasse du Ha Ha intriguerait d'aller faire un tour au bord d'un délicieux petit lac québécois qui porte ce nom, et qui est alimenté par une rivière bien réelle du même nom. Mais peut être le nom de cette impasse n'a t-il pas à voir avec ce bel endroit ?
J'ai cherché. S’agissait-il là d'une onomatopée imitant la moquerie ou le faux rire ?
Je trouve l'explication militaire bien plus appropriée : « Il est généralement reconnu par les historiens qu'il s'agit plutôt d'une dénomination descriptive. Ce mot spécifique dériverait du mot français haha signifiant «un obstacle inattendu sur un chemin ». Ce terme identifie un fossé au bout d'une allée qui barre un passage.
Mais ce terme de Ha Ha peut aussi venir du mot mot Háhattey, signifiant « chemin, voie ou adresse » en langue huronne. Rien que le nom de l'impasse et on est déjà parti dans un autre univers.
A vous de choisir votre prochaine destination : Reykjavík ? Malmö ou le lac du Ha Ha ?
Personnellement je profite d'un moment unique, hors du temps... dans mon jardin !
Aucun lien ne se tisse avec la crainte de faire des nœuds, dit le proverbe, et si je reste auprès de mon arbre à attendre les premières figues, ou devant mon piano bleu de froid, je ne ferai ni rencontres, ni découvertes.
Alors je suis allée au jardin des délices de Stockholm, c’était légèrement sucré, avec un peu de piment, un moment unique, hors du temps.
Derrière une façade de la Belle Époque se cachait un minuscule restaurant de maximum 20 places, et dans ce jardin secret, Tadam ! après les harengs de la Baltique, le sandre polaire, les produits de la ferme d’Onsberga et les légumes de Skilleby, on t’apporte en dessert…
… une spécialité bretonne !
Ne manquait plus que la fée des crêpes !☺
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Photo du kouign amann reçu en dessert à Stockholm. Comme on peut le voir, il avait la taille d’une bouchée ☺