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L'Atelier d'écriture de Villejean

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15 octobre 2024

Les Maths / Anne J.

 

- Annie n’a pas compris ? 

 

Avant le collège, je n’aimais pas les maths mais je m’en sortais à peu près. Le calvaire a commencé en 6ème et en 5ème la prof n’a pas compris de toute l’année que je m’appelais Anne et non pas Annie et elle finissait ses démonstrations brillantes par cette funeste question :

 

- Annie n’a pas compris ?

 

 

Non je n’avais pas compris car il me fallait bien plus de temps pour comprendre quelque chose aux obscurs gribouillis du tableau que je peinais à lire

 

La 5ème était l’heure de la découverte de la géométrie et ce fut un désastre. Je ne pouvais déjà pas dessiner en relief, les lignes de fuite et autres perspectives me laissant de glace, alors démontrer que l’angle est droit ou que la droite AB passe forcément par le milieu de CD , vous m’en direz des nouvelles ! Ne parlons pas des sinus et autres cosinus, pour moi ça n’évoquait rien d’autre qu’un rhume de cerveau tenace qui fait que vous dormez la bouche ouverte avec la bouteille d’eau et une boite de mouchoirs (en papier, on ne connaissait pas encore le zéro déchet).

 

- Annie n’a pas compris ?

 

Je résistais à la fureur de lui hurler : « Je m’appelle Anne, pas Annie » ; je plongeais le nez dans mon pupitre avec une lueur de rage et de découragement et je décidais de l’ignorer, je restais dans mon domaine.

 

Au conseil de classe, il fut décidé que mon cyber-horizon futur serait les lettres classiques et c’est comme ça que j’ai démarré une année de grec.

 

Pied de nez aux maths qui devenaient une matière minoritaire, dont tout le monde se fichait puisque nous étions dans cette classe de seconde « des littéraires », un peu méprisées.

 

Et là, miracle , la prof de maths qui enseigne à des esprits attardés des rudiments d’algèbre, est une vieille dame à cheveux blancs, à quelques années de la retraite, toute douce, et qui m’appelle Anne !

 

« Anne aura compris pour la semaine prochaine ? » était le nouveau mantra.

 

Elle le pensait, elle ne le clamait pas à toute la classe pour me faire rougir de honte, elle le disait avec ses yeux et j’absorbais sa confiance qui faisait que oui, Anne a compris pour le devoir de la semaine suivante.

 

Pas la géométrie, là c’était peine perdue. Il a fallu attendre que je sois une vieille adulte faisant du patchwork pour que je comprenne le principe de la translation mais les équations, oui un peu, les exponentielles simples aussi.

 

Hélas les probabilités sont restées pour moi, du chinois, voire pire que du chinois car je pense que j’aurais aimé apprendre la logique du chinois qui est très différente de nos langues sans idéogrammes.

 

 

J’ai donc rejoint le club select des scientifiques en 1ère. Après des cours d’été donnés par la vieille dame douce qui habitait l’immeuble à coté de la maison de mes parents et l’examen de passage, j’ai sauvé l’honneur au baccalauréat avec une note à peine au dessus de la moyenne et je suis entrée à la Fac de pharmacie.

 

Il y avait une épreuve de maths en 1ère année, je n’ai rien fait des problèmes posés, je n’ai même pas compris les questions, j’ai eu une note éliminatoire et j’ai été repêchée par le président du jury, qui était aussi le prof de maths, car j’avais des super notes dans les autres matières.

 

Et voila comment s’écrit le destin sur la toile de nos vies.  Mais le destin des mots finit toujours par rattraper sa victime. Aujourd’hui, je rends dans ce texte d’un atelier d’écriture hommage à ceux de mes profs de maths qui m’ont donné ma chance.

 

Je me régale dans deux ateliers d’écriture et j’enseigne avec délices les arcanes de la langue française et le plaisir de la lecture à des personnes qui en sont encore aux balbutiements. Et j’ai enfin compris que je n’ai pas besoin d’aimer les maths ni que les maths m’aiment !

 

 

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15 octobre 2024

Musique / Marie-Thé

 

Dans un film sans musique,

 

Comment décrire la fureur sans les pulsations violentes des instruments ?

 

Comment évoquer le bruit des flocons de neige tombant sur le sol sans les notes légères d’une harpe ?

 

Comment accompagner une scène de dévoilement sans le doux chant d’une soprano ?

 

Comment faire passer les émotions – le rire, la tristesse, la douleur – sans un support musical ?

 

Les films ne deviendraient-t-ils pas si ennuyeux que les salles de cinéma seraient rapidement désertées ?

 

Impossible de concevoir une vie sans musique.

 

Plus de bals musette, ni de tangos, de slow, de rock-and-roll,

 

Plus de menuets dans les châteaux,

 

Plus de concerts, d’ensembles musicaux qui nous réjouissent,

 

Finies les émotions qui nous submergent en entendant Serge Reggiani, Jacques Brel, Léni Escudero ou Julos Beaucarne.

 

On dit que la musique adoucit les mœurs. Alors, plutôt que de lancer des drones, des bombes ou tirer à la mitraillette pour s’accaparer des pays voisins, ne serait-t-il pas merveilleux de lancer des salves de musique et de créer des journées et des soirées musicales lorsque les tensions sont trop fortes ?

 

Les plus belliqueux ne se calmeraient-ils pas en écoutant les soldats chanter « l’Hymne à la Joie » ou bien « Si tous les gars du monde devenaient de bons copains… » ?

 

On peut toujours rêver qu’un jour les musiques transformeront le monde.

 

15 octobre 2024

Question mathématique / Adrienne

 


 

Mais qu’est-ce que c’est que ce charabia mathématique ? se demande l’Adrienne en voyant la dernière consigne de l’Atelier de Villejean.

 

Par bonheur, il se trouvait parmi les photos celle d’une constellation en forme d’arbre.

 

Enfin quelque chose de joli et de vraiment utile ! s’est-elle exclamée.

 

Ce n’est pas de sa faute : à quinze ans, elle voulait étudier les maths et les sciences mais son père a eu le malheur d’en toucher un mot à l’entretien parents-professeurs.

 

Quoi ! a dit la prof, véhémente. Je le lui déconseille vivement ! Elle va le regretter toute sa vie !

 

Et pour cause : c’était la prof de grec.

 

Alors l’Adrienne a continué à étudier le grec.


 

***


 

Mercredi elle a participé à une enquête en ligne et la dernière question était : si c’était à refaire, que feriez-vous différemment ?

 

J’essaierais de faire mes propres choix, a répondu l’Adrienne.

 

15 octobre 2024

Danser le Menuet

 

Je ne comprends pas pourquoi les mathématiques ont tellement changé. J'en étais resté à ce pauvre escargot qui grimpe 30 cm le jour et en redescend 20 la nuit. On nous demandait alors : « Quand donc est à quelle heure le bestiau à cornes atteindra a-t-il le sommet du panneau stop sachant que celui-ci se trouve à 1,56 m de son point de départ.

 

Je ne comprends pas pourquoi personne n'a jamais eu l'idée d'appeler l'animal « Pénélope ».

 

Je ne comprends pas pourquoi Pénélope et François F. sont allés à l'enterrement d'une feuille morte nommée « RPR UMP LR de 2017 » pour rendre hommage à Jacques Prévert et je pense que la fureur doit les étouffer désormais de voir que Michel Barnier et l'équipe de campagne des deux plus célèbres hermaphrodites de Sablé-sur-Sarthe sont désormais à Matignon en charge de l'État en faillite que monsieur F avait déjà signalé à son collaborateur d'avant 2012 sans même que ça lui en touche une sans faire bouger l'autre - je parle ici des talonnettes de Nicolas S. -

 

Les mathématiques ont bien changé, c'est vrai. Voici qu'à l'époque du cyber-horizon elles fricotent avec la musique, une discipline pour laquelle j'ai un peu plus d'appétence mais où je suis tout aussi nul.

 

Je ne comprends pas à quoi sert la clé de fa, par exemple. Enfin si, je sais comment elle est née. Un beau jour L’AMI Mozart en a eu plein le DOs (de sa clarinette) d’écrire des notes basses en sous-SOL de la portée et ce FAt a inventé la clé du même nom; là où je bute vraiment c'est sur l'endroit où on peut et doit situer une note si on la remet dans une partition en clé de sol.

 

Je ne comprends pas pourquoi j'ai l'impression que parfois ma comprenette se barre en Si 7.

 

Je ne comprends pas pourquoi on dit « dièse me too » et jamais « bémol moi aussi ».

 

Je comprends que la musique c'est aussi compliqué à écrire que les mathématiques. C'est pour ça que je ne l'écris pas et que je la joue - où que je joue avec - parce que, de toute façon, je ne sais pas lire les partitions ni les tablatures.

 

Mais, je ne le comprends pas plus, il m'arrive d’écrire des portées musicales avec des notes et des signes tordus pour mes comparses le violoniste et l'accordéoniste de ma chorale que nous appellerons respectivement monsieur Cidpla et Monsieur Zomu. Elles ne sont pas aussi jolies que le flocon de Monsieur Menuet, ce mathématicien compositeur dont le nom est un aptonyme charmant, mais je comprends qu'elles fonctionnent bien quand même parce que Cidpla et Zomu qui lisent la musique, eux, arrivent à jouer quelque chose de similaire ou de complémentaire à ce que je joue sur ma guitare.

 

 

Je comprends bien que tout cela, même les valses qui se jouent sur un rythme ternaire, je parviens à le faire grâce au système binaire des suites de 0 et de 1 qui permettent de faire tourner les ordinateurs et les logiciels MuseScore et Noteworthy grâce auxquels j'écris de la musique sans le savoir en mode Monsieur Jourdain.

 

Je ne comprends pas par contre pourquoi l'informatique permet d'aller télécharger sur la toile des virus qui foutent le disque dur de votre ordinateur par terre. Cela devait faire partie du domaine des probabilités et j'étais sans doute absent le jour où on a fait le cours de maths sur cette notion là. Ou alors j’avais piscine le jour du cours sur la loi de Murphy !

 

Bref, je ne comprends pas pourquoi je préfère les sciences humaines aux sciences dures mais je ne suis pas obtus comme l'angle pour autant.

 

Quand je rentre chez moi où que je sors le nez de mon ordi sur le coup de seize heures j'allume la radio un moment et j'écoute l'émission scientifique de France culture, "La Science CQFD".

 

Le ton des chercheurs est enthousiaste, posé, rassérénant et j'éprouve une profonde zénitude à les écouter parler des virus, des constellations ou d'autres choses très pointues auxquelles, tel Tino Rossi, je n'entends que tchi. Que tchi tchi même.

 

Cet après-midi c'était un tel bonheur d'écouter parler des manifestations volcaniques sur les planètes du système solaire que j'ai failli m'endormir.

 

Pas plus tard que dimanche j'ai été ravi d'apprendre de la bouche de mon ami Christophe le mandoliniste ce qu’était une tierce picarde. C'est le fait de terminer sur un accord majeur un morceau qui est écrit en mode mineur. Les Picards sont les derniers à avoir appris ou compris cela. Le dévoilement, ça prend du temps parfois.

 

En tant qu’ancien habitant du Pas-de-Calais, tout comme l'ami Bidasse natif d'Arras, j’ai été locuteur de cette langue nommée le Picard et je serai sans doute moi aussi le dernier à comprendre les énigmes de Monsieur Menuet. Pour ce qui est de leur solution, n’en rêvons même pas !

 

 

Mais à la lueur de ma sensibilité, à l'écoute de mes pulsations internes, je me suis senti obligé de procéder à la propagation de ces dix images au sein de l'atelier d'écriture de Villejean et même, au-delà, dans le village mondial. Celui-ci est pétri désormais d'intelligence artificielle mais, - Dieu merci ! - cette construction mathématique ne saura jamais comprendre ou expliquer elle non plus pourquoi je trouve ces images très belles.

 

 


 

8 octobre 2024

Consigne d'écriture 2425-05 du 8 octobre 2024 : Caillebotte et ses dix-sept mots

 

Caillebotte et ses dix-sept mots

 

 

Le matériel proposé cette semaine est, pour chaque écrivant·e,  un tableau de Gustave Caillebotte accompagné de dix-sept mots collectés en cinq étapes, un peu à la façon du cadavre exquis mais toujours en référence à l'image.

 

Il est demandé d'écrire à partir d'un des tableaux en insérant dans son texte le nombre de mots que l'on voudra à condition qu'ils fassent bien partie de la liste collectée qui figure dessous pour chaque oeuvre.

 

 

 

Parapluie – dimanche – passant – pluie – couple
– 
repos – marcher – morose – paisible – promenade – digestive – calme – lentement – rose morte – larmes – lune – rêve

Café – chapeau – miroir – amitié
– rencontrer – melon – reflet – confidence
– échange – narcisse – mort – Charlot– Avignon – droit – club – regard – détente

 

 

Pont – coule – Haussmann – redingote -croisées –
Seine – boulevard – abîmée – feux – méditer – promenade – chien – couple – Paris – collier –
ombre – métallique

Voiliers – mât – ancre – coque – îles – voile
– mer – Vierges – course – reflets – ponton
– rivage – affaler – promontoire – voguer
– lumière – pont

 

 

Canotier – reflets – rame – chapeau de paille
– muscles – barque – hommes – étang – effort
– bois – souquant – forts – ruban – glisser – eau
– soleil - canotage

Oranger - chapeau – lecture – chaises
– femme – guéridon – priant – journal – paille
– parc – glaces – sieste – allées – été – soif
– recueillement – lettre

 

 

Portrait – conversation – tricot – dames – café
– muette – concentration – lecture – tranquillité – Thabor – Dimanche – ennui – famille – calme
– rêver – paix – s’assoupir

Jardin – allée – cultiver – Eden
– printanier – légumes – lapin
– terre – jardiner – panier
– racine – petit – vert – ver de terre
– horizon – courbé – récolter

 

 

Balcon – Paris – costumes – hommes
– contempler – estival – rouflaquettes
– hommes – contempler – bourgeois – curieux – curiosité – rambarde – soleil – ombre – terrasses – Haussmann – arbres – verdoyants

Fruits – tomates – pommes
– myrtilles – poires – étal
– marché – couleurs – desserts
– Provence – bio – marchande
– charrette – compote – toile
– été – régalade

 

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8 octobre 2024

Une Missive tardive / Maryvonne

 

 

Voilà l'été, il est temps de sortir le chapeau de paille, de se retrouver dans les allées du parc et de profiter de la quiétude jusqu'à plus soif. A l'ombre d'un oranger, Jules s'est retiré, choisissant une chaise éloignée de sa femme. Avec un certain recueillement il est plongé dans la lecture d'une lettre, priant que Berthe ne cherche pas à savoir le contenu de cette missive. Elle le croit en train de dévorer son journal.

 

En fait c'est une étrange histoire qui date de plusieurs années. Un ami, nommons le par exemple JP, avait pour mission de lui remettre une certaine lettre qu'une très jeune femme lui avait adressée. Mais JP n'en fit rien. Pourquoi ? On n'en sait rien, on ne sait plus, de nombreuses siestes étaient passées par là. Sauf qu'un jour la lettre était réapparue et JP, soucieux de bien faire, retrouva l'adresse du destinataire et la fit parvenir quelques 30 ou 40 ans après. De quoi vous bouleverser une vie puisqu'il s'agissait d'amour.

 

Jules était blême. Berthe s'en aperçut et lui dit :

 

- Tu es bien sombre, mon ami !

 

- Au contraire je me réjouis des nouvelles du jour.

 

- Eh bien, dit-elle, si tu es gai, ris donc ! Et va nous chercher des glaces. C'est la période du renouveau et des gourmandises.

 

Jules ressassait ces mots « renouveau » et « gourmandises ». A côté de quelle vie était-il passé ?

 

En voulait-il à JP ? Pas vraiment. Si le destin avait été opiniâtre il aurait reçu d'autres lettres de cette jeunette.

 

Ça lui permet toutefois de rêver avec nostalgie à cette période de sa jeunesse, au bon temps qu'il avait passé avec JP, ce couillon d'étourdi. Finalement il se leva, contourna le petit guéridon et en frôlant la taille de Berthe lui demanda :

 

- Pour ta glace, tu veux combien de boules ?

 

 

8 octobre 2024

P comme Parapluie / Adrienne

 

 

Prends le parapluie, je pense qu’il pleut…


– …

 

Contemple le couple calme et paisible passant lentement pour sa promenade digestive du dimanche…


– …

 

Jour de repos morose, rose morte, rêve de lune et larmes salées…

 

Mais arrête ! Arrête ! Tu m’énerves avec tes allitérations !


Soupir.


Pauvre petite, peu passionnée par la poésie…

8 octobre 2024

Je vous parle d'un temps / Anne J.

 

 

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître ».

 

Un temps où l’homme lisait son journal tranquillement assis sur une chaise au lieu de faire défiler des pages sur son smartphone pendant des heures.

 

Une époque où il levait les yeux de temps en temps pour contempler le paysage, ce que ne fait jamais l’homme qui joue à un jeu vidéo où des centaines d’aliens lui arrivent de tous les côtés, alors qu’il doit les pulvériser avant que la machine n’émette un son strident annonçant «  Game over ».

 

Cet homme au chapeau relit peut-être pour la dixième fois une lettre le priant de "venir au rendez-vous dans le parc demain vers 16 h". Il imagine, sur l’une des chaises vides près de lui, cette femme délicieuse qui hante désormais ses rêves la nuit ou pendant la petite sieste qu’il s’accorde chaque jour après un repas sans doute un peu trop copieux ou trop arrosé. Encore une chose qui a disparu depuis que l’homme doit pointer chaque jour de 8 h à 18 h dans un bureau sinistre ou dans d’insipides réunions de technocrates européens.

 

Notre homme est là, en plein recueillement, plongé dans sa lecture et il ne voit pas la charmante personne et son chapeau de paille qui arrose juste devant lui le bel oranger. Il ne voit pas les regards langoureux et timides de la belle au tablier qui attend en secret qu’il lève enfin les yeux sur elle.

 

Non, la seule chose qu’il dira, c’est : « Quel été torride ! Je crève de soif, pourriez vous m’apporter une glace à la pistache ? ».

 

Elle délaissera l’oranger et prendra les allées qui mènent à la cuisine.

 

Elle reviendra avec une coupe toute embuée, emplie d’une belle boule verte et la posera sur le guéridon avec une petite révérence.

 

Finalement l’homme de 2024 est semblable à celui du siècle dernier sur ce point, il est gourmand, un peu fainéant et surtout aveugle de ce qui est sous son nez, préférant rêver à un monde parfait, que ce soit en politique ou en amour !

 

Pourrait-on peindre exactement le contraire, une femme qui lit, pendant que l’homme fait semblant de jardiner pour mieux l’admirer ?

 

Sans doute mais, chacun le sait, «  les femmes qui lisent sont dangereuses ! » jadis et aujourd’hui.

 

 

8 octobre 2024

Matin de juillet / Josiane

 


J’ai quitté la Bretagne humide, battue par les vents, pour poser ma valise en
Provence.


Bon sang qu’il y fait chaud !!!


Ne pas bouger, juste envie de faire une sieste à l’ombre d’un olivier, de douce somnolence, de rêves ébauchés aux couleurs de l’été.


Envie de fruits, de pommes, de poires, de belles tomates joufflues comme celles entrevues sur la charrette de la marchande au marché bio du village.


Rêves de desserts gourmands, de tartes aux myrtilles, de compotes fleurant bon la cannelle, de menthe à l’eau.


Rêves de régalades avec marmots barbouillés de confiture, d’étals bigarrés et de fous-rires.


Je tends la main, il est là, mon compagnon de route, le roman entamé au lever du jour avec le rituel du café qui accompagne mes lectures du petit matin.


Il fait trop chaud pour bouger, juste tourner les pages !!!

 

 

8 octobre 2024

La Guinguette n'a pas fermé ses volets / Jean-Paul

 

 

Avec son canotier sur le côté Maurice Chevalier dansait le twist. Il assurait ainsi la transition entre Renoir et son moulin de la galette et ces années de fin des « trente glorieuses ». C’était en 1962.

 

Mais si l'on fait l'effort d'y songer deux minutes rien n'est jamais fini. Les hommes recommencent toujours, ils suivent le ruban d'une route fleurie, ils mènent leur barque comme ils peuvent et s’il y a du nouveau sous le soleil, eux sont toujours faits du même bois, celui des rames, celui dont on se chauffe, celui qui fait les flammes et les femmes amoureuses.

 

 

Qu'importe si le chapeau de paille est ridicule, le canotage permet au canotier de montrer pattes blanches, muscles puissants, air bravache.

 

- Avez-vous vu comme nous sommes forts, Delphine et Marinette ? semblent-ils demander aux spectatrices de la rive.

 

C'est la belle chanson de la séduction, c'est le chant d'été au bord de l'étang, du lac, des rivières, c'est le rêve d'amour qui glisse à la surface de l'eau.

 

Pourquoi ne seraient-elles pas glorieuses, elles aussi, nos trente dernières années ? Les gens font-ils moins d'enfants ? Voyagent-ils moins ? N'ont-ils plus accès au progrès technologique qui simplifie la vie ? N’ont-ils pas toutes et tous un smartphone ?

 

Est-ce en souquant toujours plus fort que Roméo séduit Juliette de nos jours ?

Bien sûr que non ! Il fait le kéké en jet-ski autour du fort de Brégançon ! Sinon tout est pareil. Le seul truc qui a disparu c’est le huit-reflets du bonhomme au parapluie sur le tableau d'à côté. Tout le monde porte désormais la casquette de Jean Gabin et tout le monde pense que si on n'avait pas ces faillis présidents de la République et leurs discours, il ne pleuvrait jamais sur l'île de Sein ni sur les cérémonies des J.O. et on pourrait aller boire du vin blanc sous les tonnelles à Nogent le dimanche. Ça fait tellement de bien quand on se promène au bord de l'eau ! Ou sur l'eau !

 

 

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