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L'Atelier d'écriture de Villejean

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26 novembre 2024

Appelez ça comme vous voulez / Adrienne

 

 

Appelez ça comme vous voulez, mais ne dites pas « conditions climatiques » alors qu’il n’y a pas trois centimètres de neige et qu’il fait -1°C !

 

Et avouez que « tempête » n’est pas le meilleur choix de vocabulaire quand le vent atteint un maximum de 40 km/h !

 

Ah ! Misère ! L’Adrienne a eu besoin d’un jour entier pour se remettre du stress et des émotions liées à un voyage avec la SNCF…

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26 novembre 2024

Une Tante centenaire / Anne J.

 

 

Oyez, braves gens ! Je suis, que voulez vous,

La nièce d’une centenaire

Et s’il se trouve que c’est héréditaire

- Ou pas ! -.

Vous devrez et je m’en excuse

Toujours me supporter dans 30 ans !

 

Ma tante est née en 1924, soit six ans après la fin de la première guerre mondiale ; son père qui était aussi mon grand-père a échappé de justesse aux tranchées où est mort son frère Joseph. Elle avait quinze ans quand a éclaté la deuxième guerre mondiale et a donc vécu la fin de son adolescence et ses débuts d’étudiante sous la botte de Hitler et les bombardements. Elle en parle peu sauf pour évoquer le fiancé de sa sœur qui est mort à son retour de déportation et les imprécations de mon grand père quand elle a voulu prendre un appartement et quitter la maison familiale pour y vivre seule.

 

Cette enfance, normale à l’époque, lui a forgé un certain caractère, pour ne pas dire un caractère affirmé, voire un caractère de chien…

 

Quel parcours pour les personnes de cette génération et combien les nouvelles technologies doivent leur paraître bizarres !

 

Un autre de mes vieux amis nous a quitté cette semaine. Lui avait vécu la guerre sur l’Île aux Moines dans le golfe du Morbihan où sa famille était réfugiée : pas de téléphone, pas d’école, pas de courrier et un ravitaillement aléatoire soumis aux tracas de la météo… Et pour lui la peur, sans cesse la peur car la proximité de la base des sous-marins de Lorient lui faisait craindre le pire à chaque instant.

 

Il avait hérité de ce parcours un goût de l’espérance et un optimisme qui lui faisaient encore dire 8 jours avant de mourir : « Si on me propose un traitement, je veux bien l’essayer, on ne sait jamais, ça peut marcher. ».

 

Et j’en connais bien d’autres dont une petite mamie allemande qui a quitté sa Silésie natale devant les troupes russes à l’âge de 3 ans pour finir réfugiée dans une île de la Baltique battue par les vents, seule et prise en charge par son village.

 

Moi qui me tracasse pour une grève de trains, une panne d’eau ou d’électricité, ou pour l’aventure toute relative d’un voyage bien organisé dans lequel il y aura forcément quelques imprévus, je fais pâle figure.

 

Ce qui me rassure c’est que ma tatie de 100 ans est désormais au-dessus de tout ça, ne veut plus savoir comment on paie ses factures, qui remplit sa feuille d’impôts, ne se tracasse plus que de la météo, de la mise en route de son chauffage ou de la vie de mon chat dont elle a oublié qu’il est mort il y a un mois.

 

Un ou deux sujets de conversation suffisent. De toute façon elle a oublié la réponse à ses questions deux minutes après. On peut donc lire toute une après-midi le Ouest- France qui annonce la mort de Badinter car à chaque fois qu’elle croise du regard la première page du journal, elle s’exclame : « Oh ! Robert Badinter est mort ! C’était un grand homme quand même .. » et vous n’avez plus qu’à acquiescer en hochant la tête et à vous dépêcher de manger une bouchée d’éclair au chocolat avant qu’elle ne mange tout sans vous en laisser une miette.

 

L’idée qu’un jour ce soit moi dont les idées finissent dans la débine me met un peu mal à l’aise mais si je me mets en tête de battre le record familial, je devrai en passer par là sans doute : ma tante centenaire n’est pas encore la gagnante car ses deux cousines sont parties, une a 102 ans et l’autre à 103, et moi, j’ai du chemin à faire avant de devenir une vieille schnock.

 

Eh oui, les aminches, j’y suis, j’y reste !

26 novembre 2024

Plein le cornet ! / Jean-Paul

 

 

Plaignez moi les aminches ! La société est bien barrée et c'est dur d'être un homme aujourd'hui !

 

Les souris deviennent vertes dès que tu poses ton coquillard sur l'herbe tendre et qu'il y a un mot de travers qui dépasse de ton vocabulaire !

 

Là, ce soir, avec le mot "gonzesse" au milieu de ma liste j'ai encore une fois tout fait pour que les poules me volent dans les plumes ! Ah quelle bath idée j'ai eu, les poteaux, d'aller piocher mes mots dans une chanson de Momo, l’ineffable Maurice Chevalier, le gars qui s'est fourré plein de picaillons dans les poches et qui est devenu prospère en chantant « Yop la boum ! ». Il a tout pour plaire à ces dames d'aujourd'hui, l’hagiographe des releveurs de compteurs, des harengs, des maquereaux, des désormais insoutenables souteneurs.

 

Pour être honnête avec vous mézigue qui avais du goût pour ce répertoire de chansons des années 30 à 40 je pense quand même que celle-ci, « Prosper » est réellement bien crade et que je peux coller à la baille la moitié de mes partoches parce que du « Mauvais garçon » à « La Tonkinoise », de « Comme de bien entendu » à « Fais-moi mal, Johnny ! », toutes ces histoires de malabars, de durs de durs qui chipent leur braise aux mômes et les traitent comme si elles étaient les der des ders, je suis bien d'accord, c'est pas des manières !

 

Mais je les vois venir, les musaraignes ! Même si je leur chante le « Ma gonzesse » de Renaud, même si je leur explique que je mets tous les jours les petits plats dans les grands pour « ma princesse, celle que je vis avec », elles ramèneront quand même leur fraise vu que la cause est adoptée, installée profond dans leurs fouilles et que la litanie ressort toujours, balancée à chacun quoi qu'il ait fait ou pas : « Tous les mecs sont des salauds ! »

 

Oui, c'est vrai, en ce moment il y a du choix, il y en a plein des costards à tailler ! Entre les violeurs, les harceleurs, les zigomars, les pas classes, les proxos, les envahisseurs, ça devient difficile, avouez-le, de vendre l'homme honnête, le mari chouette, le copain drôle.

 

Elles sont toutes à se demander toujours : « Où sont les trous dans la raquette ? Sur quoi met-il le voile, ce mec ? Combien de victimes à l’actif de ce Barbe-bleue de banlieue ? » Franchement vous me soupçonnez réellement de danser le joyeux tango des bouchers de la Villette une fois que je suis sorti de l'atelier d'écriture ? Alors que les rares fois où je vais au fest-noz je garde les sacs de mes copines !

 

Quand je suis trop groggy de ce procès permanent, quand ce très Léonard Cohenien « There is a war between the man and the woman » m’esquinte le vase alors je trisse, je calte, je me calfeutre, je traîne en tatanes dans ma piaule, je mets la viande dans le torchon et une fois au pajot, pour un peu, je relirais bien du San Antonio mais je crois bien qu'avec l'âge le goût m'en est passé ou alors ce sont les voix de Greta Thunberg et de Judith Godrèche qui commentent « Les vieux schnocks parlent aux vieux schnocks » et ça, avouez le, ce jeunisme écologique servi en cerise sur le gâteau, ça prend le chou quelque part !

 

26 novembre 2024

Atout, rat'atout et dix de der ! / Maryvonne

 

 

Vous savez, ou pas, que je suis née dans un bistrot et que, d'une certaine manière, j'ai becqueté grâce à l'alcool.

 

J'ai fait mes classes en regardant les gens taper la belote. C'était une animation qu’il me plaisait de voir pour deux raisons : primo mon père se trouvait occupé, ainsi l'heure n'était ni à la surveillance ni aux reproches ; deuzio j'appréciais cette clientèle, souvent des aminches qui n'étaient pas de la débine mais plutôt l'aristocratie des petits bourgs de campagne, c'est à dire l'instituteur, les artisans, les commerçants, un agent d'assurances de passage... Les agriculteurs ne sortaient pas le soir.

 

Il y avait quand même une hiérarchie. Les bons joueurs se regroupaient entre eux, avaient les mêmes codes. A Dingé on tournait dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, on comptait les annonces mais on ne jouait pas à tout atout ni à sans atout.

 

Le soir c'était pour moi l'occasion de rester un peu plus tard et quand venait l'heure, c'est à reculons que j'allais au pajot, au plume ou au pucier, comme vous voulez.

 

Ma chambre se trouvait au-dessus de la salle du café et je bénéficiais des bruits d'ambiance. Coups de poing sur la table quand un joueur réalisait un coup de maître et aussi le toc toc toc sous la table censé appeler une rentrée d'atout.

 

Je les entendais rarement gueuler, c'était plutôt discuter et rire. Comme ce n'était pas des cinéphiles je n'entendais jamais : « Tu me fends le cœur !».

 

En partie grâce à ça le flouze rentrait en liquide dans la caisse car à chaque partie une tournée s'imposait.

 

Cependant les meilleures rentrées se faisaient les jours d'enterrements. Notre troquet se trouvait sur la route du cimetière et c'était l'arrêt réconfortant sur le retour. Après avoir confié le mort à la terre, chacun buvait un peu de son chagrin, se remémorait le disparu autrement qu'à l'église, souvent de façon plus franche, plus drôle, plus sympathique.

 

 

C'était pour moi très formateur. J'y ai appris du vocabulaire, une deuxième langue, le gallo, et aussi le goût de l'alcool en finissant les fonds de verre pompés en douce et si vous trouvez cela honteux je m'en tape le coquillard !

 

26 novembre 2024

Les Animaux et leur nouveau chef / Marie Sylvie

 

 

Ah, chacun avait un rôle important dans la forêt magique. 

 

Les animaux vivaient toujours en harmonie mais le vieux lion, leur chef, sentait ses forces faiblir et décida qu'il était temps de passer le flambeau à un nouveau leader. 

 

Il convoqua tous les animaux pour une grande réunion. Le lion annonça qu'ils devraient choisir un nouveau chef parmi eux. Tous les animaux, du plus grand au plus petit, étaient excités mais aussi inquiets. Qui pourrait bien adopter ce rôle si crucial ? 


Le renard, connu pour sa ruse,  se proposa le premier .

 

-" Je suis rapide et malin, je saurais vous guider,  " déclara-t-il 

 

Mais le hibou, sage et réfléchi, rétorqua :

 

-" La sagesse est plus précieuse que la ruse ! Choisissez-moi  et je veillerai sur vous avec sagesse. "

 

Le cerf, élégant et fier, fit valoir sa force et sa grâce. 

 

-" Je suis fort et courageux, je protégerai notre forêt, " dit-il. 

 

Mais le lapin, humble et diligent, murmura :

 

-" Parfois, la douceur et l'humilité sont les plus grandes forces . Écoutez mon appel ." 


Les débats étaient  animés, chacun argumentait avec passion, jusqu'à ce que la vieille tortue, respectée pour sa longue vie et son expérience, prenne la parole :

 

-" Peu importe qui sera choisi, nous devons apprendre à vivre et à travailler ensemble. C'est notre union qui fait notre force ." 


Finalement, les animaux décidèrent d'adopter une approche collective. Chaque animal apporterait son talent unique pour le bien de tous. 

 

Ils élurent un conseil où chaque espèce serait représentée, garantissant que toutes les voix seraient entendues. Ainsi, la forêt resta unie et prospère sous cette nouvelle organisation et le vieux lion put enfin se reposer, tranquille et satisfait. 

 

Avec tous les animaux à appeler, la forêt trouva la paix et la prospérité éternelles car en fin de compte, l'unité et la coopération étaient ce qui faisait la véritable force de leur société communautaire. 

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19 novembre 2024

Consigne d'écriture 2425-09 du 19 novembre 2024 : Lectures de vacances

 

Lectures de vacances

 

Que représentent ces cinquante-cinq mots ou groupes de mots ci-dessous ? Sont-ce des titres de poèmes, de comptines ou de chapitres de romans qu’il vous convient de réécrire ? Sont-ce les étapes d’un itinéraire que vous parcourez et nous racontez ? S’il s’agit des mots d’un logorallye imposé, combien arriverez-vous à en mettre dans votre texte ?

 

- A côté - Acropole - Au fil du temps - Au poil fou - Ça va l’fer, j’repasse - Chez Laurette - Coeur de fleurs - Combat anachronique - Comme un grain - Corsets - Des étoiles - Docteur Silly - Eulalie - Globules and C° - Grain de malice - Imaginez - Jour de fête - L’Eucalyptus - La licorne - La Maison du cheveu - La plume de Ronsard - La Rose des vents - La vie en couleurs - Le cheval rouge - Le hibou - Le prince - Le Saint-Georges - Le terrier - Le Triangle blanc - Le Vert galant - Les Dessous d’Emma - Les mains - Méli mélo - Les nanas du 12 - Les Trolls - Ligne bleue - Loup perché - Mauve - Mes binocles - Mon dressing enchanté - Moustache - Nombril - Paulette - Pile poil - Promenade du poète - Regarde-moi dans les yeux - Sortilèges - Tendance - Tentacule et libellule - Tonton Renard - Toutes vernies - Tricotine et Bobinette - Un instant à soi - Vin et fruits de mer - Why not

 

 

19 novembre 2024

L'Acropole enchantée / Marie Sylvie

 

 

Dans l' Acropole enchantée,  non loin du village de tonton Renard, vivait une licorne majestueuse au poil fou. Chaque jour,  au fil du temps, elle parcourait la promenade du poète,  apportant avec elle la vie en couleurs.

 

À côté, le hibou sage observait les allées et venues tout en grignotant des Globules and C°.

 

Un jour de fête, le Prince du terrier de Paulette,  la petite souris des mains habiles , décidèrent d'organiser un grand banquet chez Laurette. 

 

Les nanas du 12, toujours prêtes à l'aventure, se joignirent à l'événement en portant leurs plus beaux corsets et en ornant leurs cheveux de la maison du cheveu. 

 

 Mais les trolls, jaloux de cette joie, décidèrent de lancer des sortilèges pour gâcher la fête. Ils firent appel à docteur Silly, le maître des tentacules et libellules. Ce dernier concocta un mélange étrange , espérant inverser la tendance. 

 

Cependant, un combat anachronique se préparait. La licorne avec son cœur de fleurs, rassembla ses amis pour affronter les méfaits des trolls. Le cheval rouge, célèbre pour ses courses légendaires, et le Saint-Georges, défenseur des faibles, se mirent en premier ligne,  prêts à défendre leur royaume. 

 

Les dessous d'Emma, la fée couturière, scintillaient sous la lumière des étoiles tandis qu'elle préparait des méli-mélos de sortilèges protecteurs. Eulalie, la sorcière bienveillante, fit appel à la Rose des vents et à la plume de Ronsard pour guider les héros dans la bataille. 

 

Le combat fut rude mais avec un grain de malice et beaucoup de courage, nos héros parvinrent à triompher. Les trolls furent défaits et retournèrent dans leur repaire du triangle blanc chassés par la bravoure des habitants de l' acropole. 


Après cette victoire éclatante, le banquet reprit de plus belle.

La licorne, le prince et Paulette et tous leurs amis, célébrèrent autour de vin et fruits de mer. Les chants résonnaient, les rires fusaient et L'eucalyptus diffusait son parfum apaisant. 

 

Ce jour-là, ils apprirent qu'avec la solidarité et un instant à soi pour réfléchir, il reste possible de surmonter les défis les plus terribles. Et chaque fois que le loup perché observait la lune, il se souvenait des héros de l'acropole enchantée et de leur victoire éclatante. 


MORALE DE CETTE FABLE :

 

La solidarité et le courage permettent de surmonter les plus grands défis, et l'unité dans la diversité est une force inébranlable. 

 

Cette morale souligne l'importance de l'entraide et du courage dans les moments difficiles, ainsi que la beauté et la puissance de la coopération entre des individus aux talents divers. 

 

 

19 novembre 2024

W comme Will était une fois… / Adrienne

 

Juste à côté de l’Acropole, on a pris l’habitude, au fil du temps, de les voir, lui et son chien au poil fou, avec devant lui son carton trilingue « Ça va l’fer, j’repasse », un jeu de mots qu’il avait entendu à l’époque chez Laurette mais qui ne se traduit pas bien en grec ni en anglais.

 

Ah ! Laurette ! Il lui offrait des cœurs de fleurs et ce combat anachronique entre la galanterie et la gauloiserie lui plaisait bien.

 

Ils avaient tous les deux comme un grain, elle avec ses corsets d’un autre temps, couleur chair et à lacets, lui avec sa tête dans les étoiles.

 

« Docteur Silly », elle l’appelait. Elle avait appris trois mots d’anglais à la Libération, la Laurette. D’ailleurs tous ceux qui passaient régulièrement dans son bar recevaient un surnom, comme Eulalie « Globules and C° » : sans un grain de malice, juste parce qu’Eulalie les bassinait avec ses « trop de globules rouges » et autres maladies imaginaires.

 

Il fallait voir tout ce petit monde, surtout aux jours de fêtes, comme le carnaval, par exemple, lui déguisé en eucalyptus, Laurette faisant la licorne. Sa copine coiffeuse à la Maison du cheveu les lui teignait en rose et bleu.

 

Ce qui fait que pendant les semaines qui suivaient le carnaval, à une époque où ce n’était pas encore du tout la mode, la Laurette était derrière son bar avec une toison arc-en-ciel.

19 novembre 2024

X comme Rixensart / Adrienne

 

Why not ? avait répondu Laurette quand Will lui avait dit qu’il voulait vin et fruits de mer pour Noël. Je vais voir ce que je peux faire !

 

Avoir un instant à soi, ce n’était pas dans son vocabulaire, à la Laurette.

 

Elle aidait Tricotine et Bobinette à tenir leur magasin les jours d’affluence et s’il avait ses chaises toutes vernies, Tonton Renard, c’était grâce à elle.

 

Pareil pour ses autres voisines, Tentacule et Libellule, dont elle gardait le gamin dès que nécessaire.

 

L’enfant était élevé dans la tendance du moment, bienveillance confondue avec laxisme total, et elle devait user de tous ses sortilèges pour se faire écouter.

 

Regarde-moi dans les yeux ! disait-elle et heureusement le petit n’était pas encore en âge de lire Sempé et Goscinny, sinon lui aussi aurait participé à sa mode des surnoms 😉

 

Par beau temps elle faisait avec lui la promenade du poète, comme elle l’appelait, elle lui récitait en marchant des petites rimes qui le faisaient rire, toujours les mêmes, c’était leur rituel, chaque fois leur parcours les menait pile poil chez Paulette pour y déguster une glace à la pistache et le gamin gourmand en sortait avec des moustaches vertes.

 

Ce gosse montrerait son nombril pour une glace à la pistache, répétait-elle à Laurette, sans penser que cette expression de sa grand-mère ostendaise (ie zoet er zien blote buuk voor tonen) était sûrement étrange pour Paulette, qui préférait ses ritournelles à elle, bien nostalgiques du temps passé :

 

Ah ! Quel dommage que ça n’ait pas marché, mon Dressing enchanté ! L’époque n’était pas prête pour la seconde main ! Hélas ! Être un précurseur, c’est difficile !

 

Ce que Paulette ne disait pas, c’est que son magasin était un fouillis pas possible et qu’elle passait son temps à chercher ses lunettes: « Où sont mes binocles ? » disait-elle, et les clientes poireautaient.


De plus, tout le monde ne partageait pas ses goûts pour les chemisiers mauves et les pantalons vert pomme.

 

On y va ! disait Laurette en frottant la frimousse du gamin moustachu de vert et ils rentraient joyeusement en jouant à loup perché, jusqu’à la ligne bleue dont le petit savait qu’il n’avait pas le droit de la dépasser, à cause du carrefour et des autos.

 

Je lui aurai au moins appris ça, pensait Laurette.

 

Qui lui en avait appris bien davantage, mais c’était une modeste.

19 novembre 2024

Y comme Y'a qu'à demander / Adrienne

 

C’est quoi, ces trolls ? a demandé Will aux nanas du 12.

 

Des gamins portant un méli mélo de pulls et de collants à rayures rouges et vertes, les mains et les pieds ornés de grelots, sautillaient entre les décorations de Noël. Et ça dérangeait Will, qui aimait profiter de la vue sur les dessous d’Emma.


Pas dupe, Emma 🙂

 

Comment vas-tu, mon vert galant ? lui fait-elle avec un clin d’œil coquin, par-dessus le triangle blanc laiteux de son décolleté.

 

A côté du grand sapin était aménagé une sorte de terrier, d’où sans doute étaient supposés sortir les trolls. Un ouvrier, armé d’une lance comme un Saint-Georges, tenait sous l’autre bras un personnage de la crèche. Alors Will a préféré quitter les lieux par la galerie du Prince.

 

Parfois tu es un vieil hibou grincheux, a ri Emma.

 

Mais il a haussé les épaules.

 

Je vais prendre un café au Cheval rouge. Qui m’aime me suive !

 

Bien sûr, Emma l’a suivi.


Ce n’est pas tous les jours que tu rencontres un homme qui te fait voir la vie en couleurs et qui arrive à te faire rire même quand il est de mauvaise humeur.
Emma le sait bien, elle qui a voyagé des huit côtés de la rose des vents : pas besoin d’avoir la plume de Ronsard pour bien parler d’amour !

 

Au contraire, même 😉

 

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