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L'Atelier d'écriture de Villejean

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19 novembre 2024

Mise en vitrine d'enseignes de magasins / Maryvonne

 

Juste à côté, il y avait l'Acropole, pas celui qui au fil du temps était devenu le Prince d’Athènes, le nombril de la Grèce, non c'était beaucoup plus tendance. Imaginez derrière une rangée d'eucalyptus et, devant la ligne bleue de la mer, un établissement genre club, un peu dancing, un peu boîte de nuit. On venait y voir la vie en couleurs jusqu'à l'heure mauve du petit matin.

 

 

Le nom, accroché sous des étoiles clignotantes avait souvent changé. Il y avait eu : Le Vert galant, Sortilèges, Le Cheval rouge ou encore plus simplement Le Hibou. Mais à chaque fois c'était le terrier des bobos noctambules, jeunes gens au poil fou ou snobs genre docteur Silly. Les nanas du 12ième s'y rendaient pour la chasse aux belles moustaches particulièrement en novembre où pile-poil les hommes participaient à « Movember » une activité mondiale qui vise sensibiliser aux cancers masculins.

 

Un jour ma copine Paulette, employée au Hibou, m’a demandé de la remplacer à ce qu'elle appelait « Mon dressing enchanté », là où chacun déposait ses vêtements. C'est là que j'ai pu observer le méli-mélo des clients. Mes binocles n'en revenaient pas.

 

J'avais vue sur les dessous d'Emma, les quatre gilets de tonton Renard, les grandes bottes toutes vernies de Brigitte. J'en ai vu du beau monde. Si j'avais eu un peu la plume de Ronsard je vous aurais tricoté un poème sur ces drôles de trolls. Sur le loup perché d'Eulalie qui se croyait incognito derrière son petit masque noir. On l'avait vue souvent distribuer son cœur et son triangle blanc à la rose des vents. Des méchants disaient qu'elle avait comme un grain. Elle racontait ses légendes en les tordant un peu. « Regarde-moi dans les yeux, me disait-elle, je t'assure que c'est Saint-George qui a terrassé la licorne ».

 

 

En vrai personnellement je préférais « Chez Laurette ». C'était plus simple, du genre Tricotine et Bobinette, des gens qui venaient pour un instant à soi, des demoiselles au cœur de fleurs qui venaient juste de quitter leur corset avec pas un brin de malice. Elle acceptaient vin et fruits de mer. Why not ? me direz-vous. C'était pour elles un jour de fête et, fraîchement sorties de la Maison du cheveu, la choucroute laquée à donf, elles ne craignaient pas les mains baladeuses.

 

Voyez, il y a plusieurs façons de fréquenter le monde de la nuit.

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19 novembre 2024

Paulette / Anne J.

 

 

Paulette caressait ses deux nouveaux chats, Tricotine et Bobinette. Elle venait de poser son tricot, un pull vert avec des torsades. C'était un instant à soi, les mains en pause pour se regarder le nombril, un combat anachronique dans une vie toujours trépidante.

 

Elle adorait ses nouveaux matous mais rêvait en secret d'un animal plus original : un hibou qui viendrait se poser sur la tête de son lit et apporterait des messages d'amoureux éconduits ou une chouette qui s'appellerait Edwige et lui dirait : « Regarde-moi dans les yeux !».

 

Paulette n'avait jamais essayé l'équitation mais pourquoi pas galoper dans les landes bretonnes sur un cheval rouge, la crinière au vent, jusque chez Laurette, son amie d'enfance avec qui elle irait boire un chocolat au Vert Galant ou au St Georges, à moins que leurs pas ne les mènent dans le petit salon de thé de la place de l’Acropole, « A la plume de Ronsard » pour y écrire des sombres histoires de Trolls.

 

 

Au fil du temps, elle se mit à imaginer un loup perché sur la ligne bleue des collines, un loup apprivoisé qui inclinerait la tête pour lui lécher les mains avec sa langue mauve.

 

Et pourquoi pas une licorne, cet étrange animal des romans moyenâgeux, imaginez ! Why not ?

 

Paulette a des étoiles dans les yeux et voit la vie en couleurs, c’est décidé ce soir elle délaissera la tambouille collective et se fera un petit vin et fruits de mer car c’est jour de fête : demain Paulette a 100 ans, elle va arroser ça avec sa copine Eulalie.

 

Avant ce rendez vous festif Paulette ira se refaire une beauté à la Maison du cheveu, à moins que ce ne soit fermé. Elle ira alors « Au poil fou » ; elle dédaignera le «  Pile poil » car le patron lui fait toujours une tête impossible parce qu il la regarde sans cesse dans la glace quand il lui coupe les cheveux. Paulette pense qu il est un peu amoureux d’elle, quel malheur à son âge ! Les dessous affriolants de « Sortilèges » ne sont plus mettables , elle se contente des corsets rose chair des « Dessous d’Emma », pour elle c’est toujours tendance.

 

 

Paulette ferme sa porte, jette un œil à ses belles chaussures noires toutes vernies, elle a toujours eu un faible pour les chaussures vernies noires avec une petite bride sur le dessus. Elle prendra par le chemin de la promenade du poète plutôt que le chemin du triangle blanc et s’arrêtera sous l’eucalyptus, espérant apercevoir la moustache de Tonton Renard, un autre pensionnaire qui porte beau une tignasse rousse qui cache presque ses binocles. Elle lui fera une petite causette sans un grain de malice, de toute façon il n’entendra rien car il aura laissé son appareil dans son méli-mélo sur la table ou au fond de son dressing enchanté.

 

Paulette est une des nanas du 12, la maison de retraite du quartier et elle savoure ce petit supplément de vie que lui a promis le docteur Silly ; il est bien gentil ce petit docteur mais les vieilles dames lui sont un monde étranger malgré toutes ses études.

 

Paulette le sait, il faut profiter du moment présent et oublier le passé ; quant à rêver du futur ? Tentacule et libellule et basta ! Vive la vie tant que faire se peut !

19 novembre 2024

Les Nains aussi ont commencé tout petits ! / Jean-Paul

Regarde-moi dans les yeux !

C'est quoi ce sang sur les mains ?

 

On fait tout ce que l'on peut

Pour pas qu' tu soyes assassin !

 

Tu nous déçois, Barbe-bleue !

Allez zou ! Puni ! Au coin !

 

 

19 novembre 2024

Que fait voir Grand-Maman sur son beau téléphone ? / Jean-Paul

Tricotine et Bobinette,

Belles bottines, jolie layette

 

Est-ce Delphine ou Marinette ?

Est-ce Kevin ? Vraiment, c’est bête !

 

On ne voit que sa bobine

Sur l'échographie pas nette !

 

 

19 novembre 2024

Dans mon dressing enchanté / Jean-Paul

 

cop. Araghorn

 

Dans mon dressing enchanté

J'ai des pantoufles de vair

Pour attirer les galants

 

Dans mon dressing enchanté

J'ai des robes montre-nombril

Pour défriser les moustaches

 

Dans mon dressing enchanté

J'ai des habits de Licorne

Pour que joue à loup perché

Le prince du jour de fête

 

Dans mon dressing enchanté

J'ai des bottines trop coquettes :

Elles sont toutes vernies

Elles ont des lacets mauves

 

Dans mon dressing enchanté

J'ai un soutien-gorge à triangles blancs

Avec des étoiles qui clignotent

Et jettent des sortilèges avec mon dévolu

Pile-poil à celui que je me suis choisi !

 

Imaginez mes corsets, Majesté !

Rêvez des dessous d’Emma !

Non ! On n’y met pas les mains !

 

Car pour le méli-mélo,

Le combat anachronique de Saint Georges et du Dragon,

Regarde-moi dans les yeux :

Ce sera quand JE le veux !

 

D'ici là, mon levreau,

Reste dans ton terrier

Le temps que je répare

L'acropole à ma tunique

Grecque !

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19 novembre 2024

L'Agro-alimentaire n'est plus ce qu'il était / Jean-Paul

 

 

 

Il n'a plus un instant à soi

Tonton Renard !

 

Plus d’ poulailler comme autrefois,

Plus de razzia à faire,

Plus d'élevage en plein air

 

La batterie est en danger

Et la biodiversité

Aussi !

 

Où va-t-il trouver

A bouffer

Si ça continue ainsi ?

19 novembre 2024

S'abriter derrière l'Angleterre / Jean-Paul

 

Dans le méli-mélo des papelards éparpillés entre les feuilles de mon cahier les listes de mots de l'Ouest de la France se catapultent sur les images de Paris.

 

Le vert galant s'en va redevenir statue à la pointe de l'île de la Cité. Équestre, la statue, et le cheval est rouge.

 

La ligne bleue prend place sur la place des Vosges où le 21 juin devient un jour de fête pour les jeunes mélomanes.

 

 

La promenade du poète marque une pause sur le quai Montebello où les mains jointes des amoureux ignorent encore qu’au fil du temps Notre Dame de Paris livrera contre les flammes un combat anachronique.

 

 

Pile poil devant le 10 de la rue Brise-miche les nanas du 12, les filles d'à côté, profitent d’un instant à soi et trempent leurs mollets dans la Fontaine Stravinsky.

 

 

Pour tous ces voisinages entre les photos de Willy Ronis, le titre d'un tableau de Picasso - le Hibou - Paulette et Eulalie attablées chez Laurette pour déguster vin et fruits de mer, pour tous ces noms de magasins lus pendant les vacances à Aubusson et à Vendôme, pour toutes ces tentacules et libellules, ces tentations et libertés, je n'ai qu'une seule justification, suggérée par les mots de la perfide Albion : « Why not ? ».

 

 

12 novembre 2024

Consigne d'écriture 2425-08 du 12 novembre 2024 : Willy Ronis, idéel et réel

 

Willy Ronis, idéel et réel

 

 

 

 

Fontaine

Rivière

 

 

Bateau

Musique

 

Cliquez dessus pour agrandir chaque image

 

Choisissez une des quatre photos de Willy Ronis qui vous sont proposées. Le mot qui est inscrit dessous va obligatoirement avec elle et avec elle seule.

 

Intéressons-nous à ce mot, d’abord sur un plan idéel. Associez une dizaine d’autres mots ou plus (noms, verbe, adjectifs) qui lui sont immédiatement liés selon vous. Notez-les sur votre feuille.

 

Intéressons-nous ensuite à la sonorité du mot.

 

1ère syllabe : Notez dix mots qui commencent comme lui ou contiennent cette syllabe de départ.

 

2e syllabe : Cherchez des mots qui riment avec ce mot ou se terminent approximativement comme lui.

 

Vous disposez maintenant d’une trentaine de mots et d’une image. Partez en voyage dans vos souvenirs ou dans l’imaginaire, écrivez un poème, un texte, ce que vous voulez avec ce matériel.

 

N.B. La Consigne "Idéel et réel" a été empruntée à Monique Janvier - 80 pratiques d'atelier d'écriture, 8-2 Écriture effervescente (qui appartient en fait à Karyne Wattiaux).

12 novembre 2024

Fontaine / Maryvonne

 

 

De tous mes souvenirs de vacances, je crois que les plus beaux sont mes premières échappées avec des copines.

 

Après une enfance dans un petit bourg sans horizon suivie de huit années d'internat, se retrouver loin de chez moi me procure un bien être nouveau. Ce sentiment de légèreté, tellement aéré, est totalement jouissif. C'est une vague de chaleur au cœur et au corps. Plaisir simple des petits petons qui s'agitent dans l'eau d'une fontaine, promesse de jeux d'eau, réparation après une longue marche sur des trottoirs ou dans des musées. Des jambes qui se désaltèrent jusqu'à plus soif et tout autour la vie qui vibre. Elle est où, ma rivière ? La Vilaine qui se traîne avec ses rives dépressives, ses ponts déserts, ses atouts de pacotille, ses pêches d'où l'on revient bredouille.

 

Ici tout est neuf même les vieux bâtiments ont rajeuni sous la lumière estivale.

 

Pour l'instant ça ne ressemble pas à une grande aventure mais elle est là, peut-être sous le parasol ou derrière le tronc d'arbre, le cinéma se déroule sur l'écran des lunettes de soleil.

 

Chacun savoure sa jeunesse dans un ailleurs qui vous habille bien, qui vous rend plus souriant, plus beau.

 

Un jour, dans un atelier d'écriture, peut-être que vous vous souviendrez de cette sensation disparue en confettis soufflés par le vent de la vie. Mais vous vous direz : « Cet instant a existé, je l'ai vécu ».

12 novembre 2024

Dans l'eau de la claire fontaine / Anne J.

 

 

J'ai écrit depuis quelques années

des dizaines de textes pour cet atelier

parfois légèrement

parfois avec peine

 

Ce matin le flot des mots

coule paresseusement

à la fontaine imaginaire

Les mots sont taris

secs

 

Souvent je raconte

des petites scènes

de la vie quotidienne

J'imagine des capitaines

sur de vaillants navires

fendant les océans

 

Je vois de belles inconnues

courant la prétentaine

des matelots pêchant à la traîne

des petits mousses tirant

la chaîne de l'ancre

du tréfonds de la mer

et des bas fonds herbus

 

Je raconte la vie

des aïeules filant la laine

tricotant des mitaines

ou triant des graines

de petits pois

 

Je fais provision

de ces gouttelettes d'existence

qui ne seront plus

Des vivres pour mes dernières dizaines

qui s'en viennent

sournoisement

 

Ainsi font font font …

Dans l’eau de la claire fontaine

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