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L'Atelier d'écriture de Villejean

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4 juin 2024

Retraités en errance / Marie-Thé

 

Ils étaient bien une trentaine de marcheurs partant en rando sur la côte bretonne. Une véritable société qui vit ensemble du matin au soir pendant une semaine.


Le programme des journées est établi par un animateur, aussitôt contesté par les anars qui essayent d’entraîner les autres pour aller dans un autre endroit que celui proposé.

 

Dans le groupe, il y a des beaufs, des meufs dragueuses en tee-shirt serré et pantalon pat d’èph, deux timorés qui ne se quittent pas d’une semelle, un trouduc qui arrive toujours en retard et fait attendre tout le monde… et les autres, intellos ou pas, venus pour marcher, parce que c’est bon pour la santé de s’aérer et bon pour le moral de vivre en groupe.

 

Sac sur le dos, bouteille de contrex dans une poche extérieure pour ceux qui veulent garder la ligne, chaussures bouclées, k-ways zippés, bâtons dans les mains, le groupe s’élance sur la côte.


Il pleut. Arrêt pour enfiler les capes.
Un petit malin a pris son parapluie, le zef le retourne. Arrêt !
Un autre met sa gapette qui s’envole aussitôt dans la mer. Arrêt.
Et c’est reparti sous le ciel nuageux. La mer se déchaîne. Les vagues viennent s’écraser avec fracas sur les rochers. Le vent n’arrête pas les marcheurs qui, affublés de  capes aux différentes couleurs ressemblent à groupe de pèlerins échappés d’un monastère.

A midi, rayon de soleil. C’est l’heure de la bouffe. 

 

 

Assis sur l’herbe humide on déballe le sauciflard ou le pâté Hénaff ou bien des sandwiches plein de mayo. Les plus raffinés sortent une boîte de salade.
Au retour, en fin d’après-midi, les plus courageux se retrouvent sur la plage. Et là, plus de gros ni de maigrichons ni de classes sociales.
Qu’on ait passé l’agreg, qu’on ait fait l’agro, qu’on soit ingé, beauf, dermato, gynéco, bourge ou instit’, tous en calcif pour bronzer ou se baigner alors que cet endroit est un véritable frigo… mais c’est bon pour la peau !

 

Les soirées ne sont pas tristes. Les décibels atteignent les degrés d’une cour de récré.
Certains se demandent pourquoi ils sont venus alors qu’ils sont si bien chez eux.

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4 juin 2024

Boomer-rang / La Licorne

- Dis, tu t'sens "boomer", toi ?

 

 - Boum...quoi ?

 

- "Boomer" ! Tu sais, les jeunes, ils n'ont que ce mot à la bouche. Maintenant, si t'as plus de soixante piges, si t'es né entre 1945 et 1965, ils te traitent de "boomer", et dans leur bouche, c'est pas un compliment...crois-moi ! En gros, ça veut dire que t'es un beauf, un mec ringue, réac, tradi...qui a connu les pattes d'eph, les deudeuches, les yéyés et puis qui a viré bourge...Un mec au gros bide qui a vécu les trente glorieuses, qui a eu toutes les facilités, qui fait la grasse mat' et qui nage dans le fric pendant que les jeunes générations galèrent...

 

- Ah oui ? Et c'est moi, ça ? Franchement, je ne me reconnais pas. Ado, j'étais habillé en vieux survêt, je mangeais du sauciflard et j'écoutais de la musique sur un minuscule poste de radio acheté en promo ! J'ai travaillé dur pour réussir mes exams (le bac n'était pas "donné" à l'époque), j'étais dans la dèche totale, je travaillais dans un resto dégueu pour payer mes tickets de métro et avec mon vieil imper troué, je faisais peur aux meufs. Tu parles d'une jeunesse dorée !

 

- Pareil pour moi ! Comme mes parents n'avaient pas les moyens, je cherchais toutes les combines pour manger gratos, je demandais du rab au resto U et j'avais l'air d'un plouc avec mes frusques d'occase. Pas d'appart', bien sûr, juste une chambre de CROUS de 9 mètres carrés... Un miracle que j'aie pu finir la fac  ! Tout ça pour finir avec un petit salaire de prof, à corriger des dissertes tout le week-end et à partir en vacances en bus pendant que les autres prennent l'avion...Non, ce n'est pas moi que tu verras à Saint-Trop ou à Saint-Barth...ça c'est bon pour les vedettes du show-biz, du foot...bref, les potes à Sarko...

 

- De quoi te plains-tu, mon vieux ? :-)) T'as des réducs dans les musées et les expos...un abonnement au ciné-club du quartier...des loisirs d'intello...gaucho-socialo-anarcho...sans compter ta place réservée dans toutes les manifs ! 

Aïe ! ne me gifle pas, c'était juste de la provoc... J'aime bien te taquiner, vieux frère... Allez, tu me rejoins tout à l'heure à la salle de gym ? Ça fera du bien à nos abdos... de vieux boomers !

 

- Ouais, et après, je te file un rancard au self de la cafète... comme d'hab. On n'ira pas chez moi : mon frigo est vide ! :-)

 

- D'acc !  A tout' !

4 juin 2024

E comme ellipse / Adrienne

 

 

– Bin t’es où, Steph ? Tu fais ta grasse mat’ ? T’es encore au petit dèj ? T’as oublié le rancard, comme d’hab ? Le bus va partir, là ! Comment ça, tu viens pas ? Ah bin c’est sympa ! Tous les potes sont là et tu rates une belle occase de voir le prof de gym des garçons… Ouais, celui qui se promène en calcif de foot et fait admirer ses abdos… Bon là il est en pull et pattes d’èph, LOL, non, pas en survête.
Sinon ? Bin sinon il y a aussi ce beauf de prof de maths et la grande bourge qui donne des dissertes pourries… Ouais grave barge… Enfin, y a pas ce trouduc facho qu’on a eu en Première !


– …

 

– Comment ça, le métro ? Prends le vélo, tant que tu y es ! Là on est déjà sur le périph’, pour nous rejoindre à l’expo il te faudrait au moins un taxi ! Ou un hélico LOL, y a pas encore d’appli pour ça, non.

 

– …

 

– Non, moi chsais pas trop quoi après le bac, quelle fac, tout ça… tout ce que je sais c’est que j’aurai un appart et que je serai la reine des amphis et de la cafète LOL. Plus d’emmerdes avec le dirlo, plus besoin de demander la perm aux darons, me la jouer intello et aller aux manifs…

 

– …

 

– Quoi ! Moi passer l’agreg et faire l’instit à perpète ? Ça va pas, la tête ! C’est pas trop mon trip les cas soc’, les p’tites frappes surex des cours de récré et les nains dégueu, non c’est pas ma came ! Sauf à Saint-Barth ou à Saint-Trop, peut-être LOL…
Pff j’hallu ! Y a même pas la clim dans ce bus pourri ! Météo pour Club Med mais bus de ploucs !

 

– …

 

– Ouais ! LOL ! On n’est pas faites pour la dèche et la vie de prolo, à nous les diams et le champ! Meuf de dermato, ouais, ça gagne bien ! Gynéco ? Non ! Mauvaise combine ! Du fric, oui, mais trop de compète ! Y a pas photo !…
Ah ! Formid ! On arrive enfin !

 

– …

 

– Ouais, d’ac, à c’taprèm, cette fois c’est toi qui offres le Macdo !

28 mai 2024

Consigne d'écriture 2324-30 du 28 mai 2024 : Titres de Barbara et cartes de La Bonne pioche

 

Titres de Barbara et cartes de La Bonne pioche

 

 

 

Saurez-vous associer les mots de la chanteuse Barbara et les cartes postales presque monochromes éditées en sérigraphie par le collectif artistique "La Bonne pioche" ?

 

Envoyez de la correspondance, écrivez une chanson, un poème, voyagez, rêvez : vous serez bientôt en vacances !

 

À chaque fois - À force de - A mourir pour mourir - À peine - À Saint-Lazare – L’Aigle noir - L’Amoureuse - Attendez que ma joie revienne - Au bois de Saint-Amand - Au coeur de la nuit – Les Boutons dorés - C'est trop tard - Ce matin-là - Chapeau bas – La Dame brune - Dis, quand reviendras-tu ? - Drouot - Du bout des lèvres - Églantine - Elle vendait des p'tits gâteaux - L’Enfant laboureur - Göttingen - L’Homme en habit rouge - Il automne - L’Île aux mimosas – Les Insomnies - J'ai tué l'amour – La Joconde - Joyeux Noël - Là-bas – La Louve - Ma plus belle histoire d'amour - Madame – Le Mal de vivre - Marienbad – Les Mignons – Le Minotaure - Moi je me balance - Mon enfance – La Mort – La Musique - Nantes - Parce que je t'aime - Perlimpinpin - Pierre - Rémusat - Sans bagages - Septembre (quel joli temps) - Si la photo est bonne - Le Soleil noir – La Solitude - Tais-toi Marseille – Le Temps du lilas - Toi l'homme - Toi - Une petite cantate - Vienne - Vivant poème - Vol de nuit - Les Voyages - Y aura du monde

 

Cliquez sur les images pour les agrandir

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

28 mai 2024

Un beau jour ou peut-être une nuit / La Licorne


 
Un beau jour, ou peut-être une nuit,
Près d'un lac, nous étions endormis
Quand soudain venu de nulle part
Surgit un soleil noir...
Et depuis, sévit le Mal de vivre
La solitude, les insomnies
En plein coeur de la nuit
L'enfant labouré crie
Il crie afin qu'on le délivre
Dis, quand reviendras-tu ?
Dis, me sauveras-tu ?

 

Ce matin-là,
Là-bas
On a tué l'amour...
On a tué la vie
On a tué l'enfance
On peut dire : 
Moi, j'm'en balance...
Et continuer sa route
Mais la mort rôde :
De vol de nuit
En vol de nuit,
Le Minotaure dévore 
Et la folie se répand
Au Bois de Saint-Amand
A Nantes et puis à Vienne


En attendant que la joie revienne
Plus d'île aux Mimosas
Plus de temps des lilas
Plus de joyeux noël
Plus d'oeil qui étincelle
C'est trop tard :
L'Amoureuse de Saint-Lazare
Est partie sans bagages
Pour de très longs voyages
En pays d'amnésie 

 

 

A force de terreur
A force de noirceur
Nous survivons 
A peine
Tais-toi Marseille !
Tais-toi soleil !


A chaque fois c'est pareil
Ils vous parlent d'amour
Mais ils mentent toujours
Devant la triste Joconde 
Y'aura du monde
Et il y aura toi, l'homme,
L'homme en habit rouge
L'homme aux habits de sang
Et les Mignons Enfants
Hurleront leur chagrin
Cracheront leur venin
Sur le Perlimpinpin


A mourir pour mourir
Autant mourir de rire
Une longue Dame brune
De sa faucille de lune
Fauche tous les salauds

 

Elle vend ses mots gâteaux,
ses vérités couteaux
Elle chante du bout des lèvres
Elle répète avec fièvre
Une petite cantate
Et ce vivant poème
Cette musique blasphème
Est pour les psychopathes
Pour tous les sociopathes
Pour tous les Ponce Pilate
La Musique de leur fin

 

Chapeau bas Madame !
Pour les mots en balade
Pour les folles aubades
La Louve de l'enfance
Vit-elle à Göttingen,
En Allemagne ou en France ?


Ça n'a pas d'importance :  
Sous le masque qui tremble
Les histoires se ressemblent 
Mais un jour en septembre 
Ou peut-être en décembre, 
Un matin ou peut-être une nuit,
Se lèveront les enfants endormis
Et venu de nulle part
Surgira l'aigle Espoir...

 

 

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28 mai 2024

Un Éternel printemps pour Barbara / Maryvonne

 

A chaque fois que le printemps revient, moi je redeviens très « fleur bleue ». Je laisse de côté le mal de vivre. Dans les rues je sais qu'il y aura du monde. Adieu la solitude hivernale, il est revenu le temps du lilas. Les boutons dorés fleurissent dans les pelouses. Là-bas dans le grand champ, l'enfant laboureur récite sa petite cantate au premier soleil.

 

     Soleil, boule de feu sans pareil dans les cieux
     De qui es-tu le ballon ?
     De quelle petite fille ?
     De quel petit garçon ?
     La petite fille est-elle gentille ?
     Le petit garçon est-il mignon ?
     Soleil dis-moi oui
     Soleil dis-moi non

 

Ce matin-là, à peine l'aube disparue, il éclaboussait l'arbre de sa poudre de perlimpinpin rouge offrant un grand feu d’artifice. Bien avant cela, au cœur de la nuit, régnait un soleil noir. C'est sans doute là, au pied de cet arbre que la dame brune s'était endormie après ses insomnies peuplées de l'aigle noir qui tournoyait en la mettant à la peine. Elle rêvait de Nantes, de la mort de son père, de Göttingen et des mignons qu'elle avait rencontrés là-bas.

 

- Enfants, fredonne-t-elle, attendez que ma joie revienne !

 


Madame, revenez de ce vol de nuit ! Il y a partout de l'églantine, à l’île aux mimosas les petits pompons jaunes éclatent. Du bout des lèvres, buvez la rosée sur les œillets  bleus !Tout le printemps est un vivant poème. Quel joli temps pour se dire je t'aime, pour partir sans bagages, le nez au vent, partir revisiter l'enfance, jouer à cache-cache au bois de saint-Amand, se perdre dans les labyrinthes de maïs comme le fit le Minotaure, rêver à la musique de Barbara ! Regardez une dernière fois le printemps qui s'effiloche et qu'à la fin vienne l'été avec sa musique baroque !

28 mai 2024

D comme dialogues / Adrienne

 

Les boutons dorés de l’homme en habit rouge luisent doucement au cœur de la nuit.

 

A chaque fois qu’il accompagne un client jusqu’à l’ascenseur, chapeau bas, il essaie de deviner quelle bribe de chanson il y entendrait : à force de les entendre tourner en boucle, il sait qu’après Göttingen ce sera Le temps du lilas, même si on est déjà fin septembre.

 

– Quel joli temps pour la saison ! s’exclame la dame brune qui se tient agrippée au bras de Pierre Rémusat comme s’il allait chercher à s’enfuir.

 

– Madame a bien raison, répond-il en se pliant un peu plus en deux.

 

A peine est-il revenu à sa place que voilà les mignons jeunes mariés en voyage de noces, refaisant l’amoureuse conversation des ‘ô toi’ et ‘parce que je t’aime’, vivant poème d’amour qui se chuchote du bout des lèvres.

 

Pour eux seuls il ébauche un petit sourire, qu’ils ne voient pas : qu’on soit à Vienne ou à Saint-Lazare, à Nantes ou à Marienbad, la musique de l’amour est partout la même, une petite cantate à la vie, à la mort.

28 mai 2024

La Complainte d’Igor Wagner / Jean-Paul

 

 

Si la photo est bonne,
S’il symphonie de rouge et jaune,
S’il orange dans les feuillages,
Nous sommes en septembre
- Quel joli temps ! - 
Et il automne.

 

On serait mieux dedans sa chambre
Qu’à rouler au coeur de la nuit
Mais parce que je t’aime, 
Ô argent qui fais le bonheur,
J’accompagne la cantatrice,
Je conduis la voiture,
Je porte les valises
Et je rêve des voyages
Où l’on part sans bagages
Vers l’île aux mimosas,
Le bois de Saint-Amand
Ou l’éléphant de Nantes.

 

 

Moi je me balance bien
De savoir, à chaque fois,
S’il y aura du monde ou pas
Au récital de La Bianca,
S’il faut serrer la main 
De l’homme en habit rouge
Qui baise les doigts de Castafiore
Ou s’il faut lui clamer
« Joyeux Noël, mon père ! »

 

Je m’en moque des boutons dorés
Du capitaine Craddock
Et des jolis manchons
Dont à la charge Irma.

 

 

Dans ces salons d’après-concert
Il verdurine,
Il pince-fesse,
Il monstre sacré,
Il minotaure ;
C’est chapeau bas pour la Bianca
Et l’enfant laboureur,
Le pianiste
Reste sur la touche.

 

 

Le faiseur de musique ?
A peine une attention !
Renvoyé à son mal de vivre, 
Au remballage des partitions :
Il amertume,
Il solitude,
Il soleilnoire à Périgueux
Pour le père Igor !

 

C’est de ma faute aussi sans doute
Et maintenant
Il c’estroptarde :
J’ai tué l’amour de ma vie
Jadis dans le temps du lilas.
C’était dans le printemps de Vienne
Où elle vendait des p’tits gâteaux.
Elle m’y serinait une petite cantate,
Un très vivant poème,
Une promesse d’amoureuse ;
Il y Sachertortait, 
Concertdenouvellannait,
Soundofmusiquait
Et je n’ai pas entendu
Que derrière sa routine
La petite Eglantine
Me promettait l’air enchanteur
Et tiendrait toujours haut la note
De la mélodie du bonheur !

 

***

 

Il pleut,
Il vente et il automne,
Il peste et il fatalerreure
Puis il panneauindicateure :
Cheverny, trois kilomètres.

A force de conduire dans le noir
A force de fatigue et de ruminations
Et de ronfle-à-l’arrière
Voilà qu’il saint-exupérise,
Genre « vol de nuit la panne est porche »
Et toi l’homme du seul solfège
Il n’est pas à ta portée
De dessiner un mouton !

 

 

Mais bon, déjà on n’entend plus
Comme il airdesbijoute,
Comme il sibêle en ce miroir,
Comme rime si bien miroir avec mouroir.

 

Mourir ?
A mourir pour mourir
N’est-ce pas le moment
De terminer l’année dernière à Marienbad
Autrement que dans ses tatanes,
De mettre un terme à ces promenades
Si maussades
En se payant un bon platane ?

 

- MAIS QU’EST-CE QUE VOUS FOUTEZ, IGOR !
Roulez droit, mon garçon !
Réveillez-vous, vous nous emmenez dans le décor !

C’est Madame la camérière 
Qui gueule depuis la plage arrière.

 

Zut ! L’aller pour le paradis
N’est pas encore pour aujourd’hui !

 

J’ai oublié les insomnies 
D’Irma la douce à la dent dure !

21 mai 2024

Consigne d'écriture 2324-29 du 21 mai 2024 : Madame Le Lapin Blanc

 

Madame Le Lapin Blanc

 

Voici la liste des personnages d’« Alice au pays des merveilles » et de « De l’autre côté du miroir » de Lewis Carroll :

 

Le lapin blanc – La souris – La chenille qui fume un narguilé assise sur un champignon – Le lièvre de Mars, le chapelier fou et le loir qui prennent le thé – Le chat du Cheshire qui disparaît en laissant son sourire derrière lui – La tortue à tête de veau – Les fleurs vivantes – La reine rouge – Tweedledum et Tweedledee – Le morse – Le charpentier – Le quadrille des homards – Le dodo – Humpty Dumpty (personnage en forme d'oeuf) – Le lion – La licorne – Le cavalier blanc – La duchesse – Le bébé qui se transforme en cochon – Les cartes à jouer qui peignent des roses blanches en rouge - Le griffon – Bill le lézard.

 

Voici une image extraite de l’album pour enfants « Madame le Lapin blanc » de Gilles Bachelet.

 

On y voit l’arrivée de Betty, fille de Madame Le Lapin Blanc, dans la classe de Madame Lelièvre.

 

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

 

Voici le début de Madame Bovary, de Flaubert :

 

Nous étions à l’étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

 

Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :

Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera dans les grands, où l’appelle son âge.

 

Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.

 

Mélangez le tout et faites parler l’image ou un personnage de l’image. Ou partez d’un détail pour nous emmener dans votre propre pays des merveilles.

21 mai 2024

Le Loir qui écrivait comme un cochon / Anne J.


Vous le voyez, ce petit loir qui fait des lignes, le dernier pupitre du premier rang à gauche ? Eh bien c'est moi !
 

Comment je suis devenue une Madame Loir ? C'est une longue histoire que je m'en vais vous conter et que je tente d'écrire pour la postérité.  


J'étais une petite fille très ordinaire dans une classe très ordinaire avec une maîtresse très ordinaire et je passais de longues journées à l'école de mon quartier ; sur le chemin de l 'école, j'achetais des roudoudous et des rouleaux de réglisse et j'inventais des histoires, des merveilleuses histoires dont j'étais l’héroïne. Je me fabriquais des vies extraordinaires comme dans les romans que je dévorais dans la bibliothèque de la rue de la Borderie et personne n'en savait rien.
 

J'adorais écrire des histoires et faire des rédactions mais j'avais des notes déplorables : la maîtresse écrivait invariablement dans la marge :  « Écriture illisible, écrivez plus grand, mettez des barres aux "t" et des points sur les "i" et formez vos lettres !»   et concluait par un 10/20 ou parfois, un jour de mauvaise humeur, par un zéro ! Hélas on n'avait pas encore inventé l'ordinateur et on n'avait pas de machine à écrire à l'école élémentaire. 


Ce jour-là je pensais à mon prochain personnage. Je marchais sans regarder où j'allais ; j'ai trébuché, raté le trottoir et je suis tombée dans le grand trou que je n'avais pas vu au bord de la pelouse du carré Duguesclin dans le jardin du Thabor : je faisais la route presque les yeux fermés tant je la connaissais et traversais ce jardin tous les jours pour arriver à mon école.
 

Et là, j'ai glissé dans un tunnel, dévalé dans un trou noir, traversé comme sur un toboggan la grotte de l'enfer et atterri la tête la première dans un terrier. Éberluée j'ai découvert un lapin blanc, un chapelier fou, un quadrille de homards et un chat roux avec un sinistre sourire dévoilant ses dents.
Au fond, assise sur un champignon, il y avait une grosse chenille verte et poilue qui fumait un narguilé odorant sans rien dire . Elle m'a souri entre deux bouffées, alors je lui ai demandé :


- Quel est cet endroit ?  
 

Elle ne m'a rien répondu mais m'a tendu l’extrémité de son long tuyau à fumer. Je l'ai regardée, elle a hoché la tête et j'ai aspiré une bouffée. En un clin d’œil tout s'est mis a tournoyer autour de moi et quand je me suis relevée de mon étourdissement, j'avais des petites oreilles, une longue queue touffue et un magnifique pelage gris : j'étais devenue une madame loir. Tout au fond du terrier, il y avait une école en tout point semblable pour le décor à la mienne. Mais les élèves  n'avaient rien à voir avec les ternes écoliers habituels : il n'y avait que des êtres extraordinaires dont j'ai compris qu'ils avaient tous tenté l'aventure du toboggan et du terrier. La dernière arrivée était une adorable lapine aux douces oreilles et à l'air timide dénommée Betty.
 

Madame Lelièvre, la maîtresse m'a installée au pupitre à gauche au premier rang mais j'étais bien trop petite, alors on m'a donné une théière pour me mettre à la hauteur. J'ai reçu un cahier avec un double interligne et la mission de réapprendre à faire des lettres de la bonne taille et de la bonne forme et ceci pour couvrir tout le cahier, puis j'ai eu un cahier neuf et la consigne d'écrire les histoires les plus farfelues et spéciales de toute ma vie. C’était bien mieux que les rédactions de l'école, je pouvais les lire à haute voix à tous mes camarades le samedi à l'heure de la lecture , un calvaire pour la timide d'alors qui s'est ensuite transformé en bonheur. Je venais de découvrir mon premier atelier d'écriture ! 


Depuis les années ont passé, mon pelage de petit loir gris a viré au blanc, je porte des lunettes pour voir les lignes de mon cahier et j'ai du mal a m'extirper de ma théière. J'ai ré-appris à faire des lettres lisibles mais ça ne me sert plus à grand chose puisque le clavier le fait très bien pour moi. J'écris toujours des histoires, les plus invraisemblables possibles, pour un atelier d'écriture, et avec d'étranges personnages, un lapin crétin, une chenille verte et poilue, un chat noir caractériel  et autre quadrille de crabes...       
 
Elle n'est pas belle, la vie ?! 

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