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L'Atelier d'écriture de Villejean

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10 septembre 2024

Un carnet bleu / Anne J.

 


A ma filleule (et aux autres)

 

Tu ouvrirais ce carnet, celui-là même que tu m’as toujours vu. C'est un carnet ordinaire, de la taille d'un agenda avec un élastique pour tenir les pages fermées. Sa couverture jadis bleue vif est délavée à force de subir les assauts du soleil et constellée de petites taches faites par la pluie. Les pages gondolent un peu, il se déforme tant il a été mis dans les poches, dans les sacs, dans les cabas depuis tant d’années.
   

Tu aimerais tant ouvrir ce carnet bleu pour savoir qui était vraiment cette femme que tu as tant admirée, tant aimée. Tu sais qu'elle y écrit chaque jour ses pensées les plus banales et les plus secrètes et cela depuis toujours, tous ces mots qu'elle ne parvient pas à dire, soit parce qu’ ils sont trop intimes ou trop douloureux, soit parce qu'aucune oreille n'est assez sensible et aimante pour qu’elle les chuchote dans leur creux ou  qu’elle ne les murmure qu'au coin du feu quand la nuit fait reposer le monde, tous les mots qu'elle ne peut plus hurler dans les tempêtes ou crier dans les trous de la terre comme dans les contes qu'elle aime tant raconter.

 

Mais quand viendra ce jour où elle n'écrira plus dans ce fameux carnet, tu ne pourras pas l’ouvrir car il est écrit sur la page de garde :  "Merci de détruire ce carnet sans l'ouvrir pour respecter la personne a qui il appartient ».

 

 

« Ecrire c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l’ouvrir. » dit le poète et je partage cet avis, mais qui décide d'ouvrir la porte pour faire entendre ses mots ?  Évidemment celui qui les écrit ! Et personne d'autre.

 

Je n'aimerais pas partir pour l'autre monde en laissant derrière moi ces cahiers d’écriture, ces pensées, ces carnets remplis de petites choses qui n'appartiennent qu'à moi. Que ceux qui videront ma maison aient l'obligeance de tout jeter sans rien ouvrir car tout cela c'est ma vie et cela ne les concerne pas ; d'ailleurs j'aimerais, si cela m'est possible pouvoir moi-même mettre tout cela au rebut. Si le temps m'est donné, j'aimerais distribuer les objets auxquels je tiens pour qu'ils trouvent un endroit où reposer et servir ailleurs, j'aimerais que l'ordinaire des choses aille peupler une autre maison ordinaire et qu’ainsi tout soit à nouveau utile. Mais mes mots périront avec moi, je n'ai nulle envie qu'ils aillent dormir dans un grenier, une bibliothèque ou un ordinateur. Que les flammes d'un feu qui réchauffe les cœurs froids se nourrissent de tout cela, des photos et autres albums de ma maison et que le grand néant engloutisse le contenu de mon ordinateur, que s'envolent les mots stockés dans les gourmands et lointains data centers !
 

Et puis, quand mon corps et tous ces mots auront rejoint la stratosphère et les gros nuages blancs d'un grand ciel bleu, je t’invite à prendre la route et à marcher sur un petit chemin de campagne au bord d'une rivière ou sur un sentier côtier en bord de mer ; dans ces forêts, près de cet étang, sur ces routes, sur ces terres que nos pas en les mesurant portaient à l’infini, appelle-moi, je ne serai sûrement pas très loin et je te dirai les mots du carnet bleu, si tu peux les entendre alors.   

 

 

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10 septembre 2024

L'Homme-joie / Marie-Thé

 

Parlons de la couleur bleue, si vous le voulez bien.
Le bleu de vos yeux me trouble, Maria.
Il est foncé lorsque vous êtes en colère,
Clair quand vous êtes lasse,
Azur lorsque votre regard se pose sur votre enfant
Et même quelquefois sur moi.

 

 

Parlons d’un autre bleu,
Le bleu de la mer,
Lumineux sous le soleil,
Bleu-vert selon l’heure de la journée,
Bleu marine à la tombée du jour.

 

 

Tous ces bleus changeants, je les aime.
Ils me font rêver, m’inspirent.
Cette beauté me rend heureux.
Vous comprenez, Maria ?

 

10 septembre 2024

Un carnet bleu / Marie-Thé

 

Tu ouvriras ce carnet bleu
lorsque je serai loin de toi.

 

Tu comprendras pourquoi
je ne peux rester dans cette ville
où tu te sens si bien.

 

En lisant ce carnet bleu,
Tu verras que je ne t’oublie pas.

 

 

Je retournerai dans ces forêts,
près de cet étang, sur ces routes,
sur ces terres que nos pas,
en les mesurant, portaient à l’infini.

 

Là-bas je t’appellerai.

 

Viendras-tu, Maria ?
 

10 septembre 2024

Un Prince / Marie-Thé

 

 

Un prince à la chemise bouffante perlée d’or, m’attendait dans la chambre.


Quand ils voient un miracle, la plupart des gens ferment les yeux.
Moi, j’ai sorti mon appareil photo, le prince m’a souri, j’ai pris le cliché.

 

Est-ce un rêve ou la réalité ? Un souvenir lointain ?
Je ne sais plus.

 

J’ai enlevé ma robe blanche,
Le prince a ôté sa chemise bouffante perlée d’or.
Il m’a rejointe dans le lit à baldaquin.


C’est à ce moment-là que je me suis réveillée.
J’en suis encore toute chamboulée.

 

10 septembre 2024

Soulages / Jean-Paul

 

"S'il y a un sale passage après la mort, ce doit être l'entrée du musée de Montpellier", nous prévient Christian Bobin. De ce fait, je suis bien content d'habiter à Rennes.

 

De toute façon, j'y suis interdite de séjour dans les entrées de musée. Celui de Rennes se trouve au bord de la Vilaine, sur le quai Émile Zola. C'est un musée des beaux-arts. On y trouve des peintures et des sculptures.

 

Quelquefois je vais boire place de Coëtquen dans la Fontaine de Parmiggiani. Ma copine, Mimi Pinson, qui est très souvent tête en l'air mais sait néanmoins pas mal de choses sur notre ville m'a montré un jour,sur le pignon d'un mur proche, des oiseaux peints et m'a appris qu'ils sont représentés également sur une toile du musée.

 

 

- Comment tu sais ça, toi, Mimi ? Tu es morte et tu as résurrecté ? Tu y es entrée dans le musée ?

 

 - Certainement pas, Madame Picassiette ! Mais un jour que j'étais perchée...

 

 - T'es toujours perchée, comme fille, Mimi !

 

 - ...Que j'étais perchée sur la branche d'un arbre au parc du Thabor, j'ai regardé par-dessus l'épaule d'un touriste qui lisait le guide du musée et j'ai reconnu le tableau. Quelques pages plus loin, il y avait le portrait d'Isaure Chassériau que j'avais vue au même endroit un été.

 

 

Ma copine Mimi, je ne sais pas pourquoi elle s'intéresse autant aux affaires des hommes. En même temps, elle n'a rien dans le crâne, c'te piaf, toujours à chanter des ritournelles, des roucoulades, des trilles, à prendre des airs de Rossignol milanais.

 

Si on était des insectes, elle serait la cigale et moi, la fourmi ! C'est que je bosse moi ! Je prolifère, je dézingue ! Quand j'entends du Wagner, j'envahis la Pologne ! Tout en chantant "Le Dénicheur" sur deux notes, je déniche les endroits où les autres ont fait leur nid et je remplace leurs œufs par les miens.

 

Voilà une autre raison pour laquelle il vaut mieux habiter Rennes que Montpelllier : ici j'ai l'alibi en béton. Chaque fois qu'un volatile se rend compte de la substitution, il met ça sur le compte de la poule Coucou de Rennes ! Ca me soulage qu' on me croie innocente et qu'il y ait plus noir que moi en matière d'âme aux yeux des gens !

 

Alors à la fin de la journée, je vais retrouver mon Julot la conscience tranquille. Je rentre dans mon horloge suisse et m'endors en pensant comme chaque soir que le plus beau est à venir.

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10 septembre 2024

L'Homme-joie / Jean-Paul

 

 

 

 

Partons de ce bleu si vous le voulez bien. C'est le bleu de la Méditerranée, l'écrin de velours qui sert de décor au cimetière marin où gisent, pas très loin l'un de l'autre, Jean Vilar et Paul Valéry.


Oui, nous sommes à Sète  mais nous ne sommes pas ascètes. Dans la ville populeuse les chats se prélassent au soleil. Les humains, eux, travaillent mais ils ont la consolation de recevoir du pain, du vin, des femmes et des chansons dans ces années d'entre 1930 et 1940. 


Le jeune homme dont nous parlons s'en donne à cœur joie. Il se vaccine avec des aiguilles de phonographe. Il écoute des disques de jazz. Il admire Charles Trénet et se régale de la bonne humeur de  Ray Ventura et ses collégiens. Il s'appelle Georges Brassens. 


Bien sûr il fera des bêtises, comme tous les gens de son âge, au grand dam de sa mère. Pour une bonne catholique d'origine italienne une réputation ne doit pas être mauvaise. Si Mozart c'est trop de notes, Brassens c'est bien trop de gros mots et ce petit côté porno-phonographe aura pour conséquence que ses parents, même après avoir pardonné le vol des bijoux, n'iront jamais le voir jouer en scène de son corps de gorille, de sa chaise repose-pied pour joueur de guitare ignorant de la bandoulière, ni surtout de son œil qui pétille et de son sourire caché derrière sa moustache quand il sort une gauloiserie dont on a l'impression qu'il  l'entend lui-même, à chaque fois, pour la première fois. 


Écrire, c'est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l'ouvrir. Brassens, c'est l'homme-joie qui tire le portrait des Ninon, des Mimi, des Suzette, des amoureux transis puis trompés, des rendez-vous avec vous, des chasses aux papillons, des rencontres sous la pluie. Et puis, quand s'en vient le succès dans les années 50, il raconte le temps qui passe (Saturne !), la bêtise humaine, cette imbécile heureuse qui est née quelque part de ses autorités, l'armée, l'église, la connerie des hommes. Et c'est bientôt aussi la maladie contre laquelle même le rut, le rut, le rut ne peut rien, la camarde qui ne pardonne jamais, l'adieu au vieux Léon, la plainte du fossoyeur, les funérailles d'antan. Et puis c'est le départ et même pas, comme demandé voire supplié,  pour la plage de la Corniche ! C'était en 1981, il y a plus de quarante ans déjà !


Il nous reste la chanson. Les chansons. Et on ne remerciera jamais assez le Myosotis trio qui nous a ressuscité des morts certains de ses textes restés orphelins de musique. Les trois musiciens les ont agrémentés de notes et sont venus nous les chanter ce week-end à Rennes.


Comme l'a dit lui -même le poète sétois "les morts sont tous des braves types". Je suis bien content pour ma part d'en connaître aussi des qui sont vivants. Avec tous ces gens-là on est heureux de faire partie d'une même humanité. Vous comprenez cela ? Vous comprenez ?

11 juin 2024

Consigne d'écriture 2324-32 du 11 juin 2024 : Bon, mais, alors, et brestois

 

Bon, Mais, Alors, Et brestois

 

Attention ! Vous laisserez une ligne vide en-dessous de chacune des phrases que vous écrirez ! Vous essaierez aussi de placer le complément d’objet direct avant le verbe en tête des phrases. Exemple : Des brenniques en pagaïe que y’avait de contr’ les rochers !

 

Ecrivez des histoires, évoquez des personnages ou des événements ou dressez des portraits en quatre phrases. La première commence par Bon, la deuxième par Mais, la troisième par Alors et la dernière par Et.

 

Insérez dans vos histoires un maximum des termes ou expressions suivantes avec le n° qui les précède.

 

Lorsque nous aurons fini, les expressions placées seront remplacées par leur équivalent brestois.

 

Compliqué, hein ? ;-)

 

1

mourir

1

appareiller pour la grande traversée

2

à toute vitesse

2

a toute berzingue

3

être chagriné

3

avoir le coeur embrumé

4

avoir un pantalon trop court

4

avoir un froc à courir après l’tram 

5

pris sur le fait

5

baisé comme un tacaud

6

être à l’aise

6

bien dans son linge

7

clochard

7

bon qu’à tenir les halles

8

cette fille m’aime bien

8

Celle-là est sotte avec moi

9

C’est une belle fille

9

C’est une belle goélette

10

Je suis allé chez le docteur

10

Chez le docteur que je suis allé

11

donner un coup de tête

11

donner un coup de boule bresto

12

se plaindre

12

faire le marin malheureux

13

concevoir un enfant avant le mariage

13

fêter Pâques avant les rameaux

14

Partons vite

14

feusons d’la voile !

15

Fier comme Artaban

15

Fier comme un caban

16

arrogant

16

fier comme un goéland sur la pomme du grand mât

17

personne pistonnée

17

fils d’archevêque

18

méfions-nous !

18

gentil n’a qu’un œil

19

Attention !

19

hopala

20

Bavard

20

il a pas sa lank dans sa poche

21

Pas habitué au grand monde

21

il a pas l’habilitude de met’ son sac dans les salons

22

il apprécie la dive bouteille

22

il a pas une tronche à sucer de la glace

23

je suis tombé

23

je suis été sur mon dos

24

le corps vieillit

24

La coque commence à fatiguer

25

où va-t-on ?

25

où qu’on va ?

26

partir

26

lever l’ancre

27

une fille sèche et maigre

27

un mât de cocagne

28

meilleur

28

plus mieux

29

j’irai au repas de fête

29

sûr que j’irai au friko !

30

il n’y a pas de doute

30

sûr et certain que c’est

31

faire la fête

31

tirer une bordée

32

marcher

32

prendre le train 11

33

oui, bien sûr

33

voui dam’

34

il ne fait que mentir

34

y fait rien qu’à raconter des crac !

35

vous aurez du café

35

du café vous aurez

36

tu m’en as trop fait voir

36

trop que tu m’as fait

37

une faiseuse de manières

37

Une toulcamembré

38

vélo

38

Un treuil

39

une fessée

39

Une taraudée

40

gourmand

40

morfal

 

11 juin 2024

Eden blues / Jean-Paul

 

I

 

Bon, il n’y a pas de doute que le Paradis sur Terre, il aime bien ça, Adam.

Mais il est quand même embêté comme un qui aurait un froc à courir après le tram au milieu d’un champ d’orties que ça lui démange quelque chose quelque part.

Alors il est allé chez le docteur Dieu lui dire qu’une bonne copine pour tirer une bordée il aimerait bien avoir.

Et le docteur Dieu a prévenu : «Pour avoir un mât de cocagne ou une toulcamembré, le même risque et le même tarif vous aurez : une côte que je vous enlèverai ! ».

 

 

II

 

Bon Adam a le coeur embrumé de devoir repasser sur le billard.

Mais il réfléchit à toute berzingue que le docteur Dieu est un bon chir’ et qu’il ne risque rien vu qu’il est encore jeune, que sa coque ne commence pas à fatiguer, qu’il n’a pas été sur le dos et que les côtes il se les fendra sans doute plus avec sa compagne, quelle qu’elle soit, que tout seul.

Alors le docteur Dieu opère, fier comme un caban d’arborer son badge « CHU Pontchaillou » et de faire naître, d’un bout de côtelette, une poupée mignonne avec tout ce qu’il faut là où il faut pour qu’on puisse dire d’elle « C’est une belle goélette ! ».

Et lorsqu’il aperçoit Eve Adam a encore envie de faire le marin malheureux auprès du Ferblantier suprême parce qu’à côté de la divine maouesse qu’il vient de lui créer, voui dam, lui a l’air d’un clodo, d’un bon qu’à tenir les halles !

 

 

III

 

Bon, qu’il esplique Dieu aux deux premiers amoureux de la Terre, ici c’est plus mieux que partout ailleurs.

Mais hopala : je vous interdis de fêter Pâques avant les Rameaux et d’empiffer les pommes sur l’arbre de la Connaissance.

Alors du temps passe, Adam et Eve s’apprivoisent et s’amusent comme des fils d’archevêques, font des balades sur leur treuil, ils sont bien à l’aise vu qu’ils vivent au Paradis.

Et celle qui n’a pas sa lank dans sa poche et le grand mât pignou se poilent, se donnent des poks et remplissent leur bourette avec leur bonheur.

 

 

IV

 

Bon, on le sait, la femme, souvent, une morfale qu’elle est et une tronche à sucer la glace, l’homme il a pas.

Mais un interdit est un interdit et comme Eve a pas l’habilitude de mett’ son sac dans les salons elle dit à Adam : « Sûre que j’irai au friko si je veux : croquons la pomme et faisons un enfant de Marie ! ».

Alors Adam, choqué par tant d’audace, va trouver Dieu et lui dit : «  Regarde pour voir, donc ! Celle-là est sotte avec moi mais je ne voudrais pas être baisé comme un tacaud en désobéissant à tes ordres. ».

Et Dieu lui donne un coup de boule bresto façon Zidane à Materazzi en disant : « Allez appareiller pour la grande traversée ! Je dissous cet univers-là et j’en fabrique un autre où il n’y aura que des homosexuels polonais qui détestent la France ! ».

 

 

P.S. Ce texte a l'air de finir en queue de poisson mais il a été écrit deux jours après la dissolution de l'Assemblée nationale et après le retour de notre amie Maryvonne d'un voyage en Pologne au cours duquel le guide, un sosie de Michel Serrault dans "La Cage aux folles", n'a pas cessé de vitupérer la France et les Français !

 

4 juin 2024

Consigne d'écriture 2324-31 du 4 juin 2024 : Apocopes

 

Apocopes

 

 

 

Parlez-vous tronqué ? nous demande Bernard Cerquiglini.

 

Depuis le début du XIXe siècle on a pris l’habitude d’abréger les mots du français. Ce procédé nommé "troncation" a donné les mots cinéma, kilo, météo, métro, photo, radio, taxi, vélo. Mais pas que !

 

A partir de la liste ci-dessous, en utilisant un maximum des mots qui s’y trouvent, dressez le portrait d’un groupe de gens réunis dans un même endroit (atelier d’écriture, chorale, réunion politique, classe d’école, stade de foot, voyage en bus, train ou métro, manif...)

 

à c’taprèm - à_tout’ - abdo - accro - ado - agreg - agro - amphé - amphi - anar - appart’ - appli – artiche - blaire - aspi - asso - auto ciné - bac - barbeuc - barge – bat’ d’Af - beauf - bédé - bénèf - beur - bide - blanc-cass - blase - blenno - bolcho - Boul’ Mich - bourge - branque - broc - burlingue - caf’_conc’ - cafète - calecif - calva - came - cap - cas_soc’ - casse - Casto - certif - champ - charre - clandé - clim - Club_Med - coeff - colon - combine - comme d’hab - compète - compil - config - congélo - Contrex - convalo -craspec - d’ac - déca - dèche - dégueu - demi-pens’ - dermato - der - deuche - diams – dirlo - facho – gaucho - socialo - disserte - doc - emmerdes - ex - exam - exhibi - expat - expo - fac - faf – Fig Mag - flingue - foot – formid - lerch - fortif - frappe - fric - frigo - frusque - gardave - gogue – grasse mat’ - gratos - gym - gynéco - hallu - hasch - héro - imper - incruste - indic - info - instit - intello - intox - Jèze - keuf - kilo - langues o - lège - mac - macchab – mag - manif - maths - matos - maxi - McDo - météo - métro - meuf - micro - Monop - morfal - Mouffe - nib – nœud pap - Nouvel_Obs - occase – paf - pardeuss - pattes d’èph - pédé - périph - perm - perpète - petit dèj - photo - plouc - pneu - pop - postère - pote - prem - Prisu - prof - prolo - promo - provoc - pull - queude - rab - racho - rade - radio - réac - rédac’chef - redif - rencard - répète - restau_bio - ringue - rital - rom’pol’ - Saint-Barth - Saint-Trop - Samar - Sarko - sauciflard - sax - Sébasto - sécu - Ségo - self - sensass - showbiz - snack - soluce - sous-off - Steph - suppo - surex - surgé - survête - sympa - taxi - télécom - toxico - tradi - travelo - trouduc - vape - variète - Vél_d’hiv - vélo - zèfe

4 juin 2024

Surveillance du bolcho / Jean-Paul

 

 

 

C’est quoi sa came à l’animateur d’atelier d’écriture ? Il carbure au calva ou au blanc cass’, ce naze ? Il bouffe des amphés, l’intello ?

 

Sa meuf ose prétendre qu’il a un agenda de ministre alors que le bonhomme passe tout son temps dans son burlingue, accro à son ordi. Elle dit que le couple ne consomme ni crack ni hasch ni héro à part peut-être ceux des bédés ! On va leur coller une perquise à ces drôles de toxicos, retourner leur appart’ de fond en comble et on trouvera bien de quoi les mettre en gardave, ce mec à tête de socialo et cette mamie anar !

 

Il y a forcément une combine. Ce groupe de nanas qui se réunit tous les mardis à la cafète de la Maison de quartier de Villejean, c’est vraiment trop chelou.

 

Preum, ils ne sont même pas déclarés en asso. C’est juste un club. Ça veut dire que tu n’as même pas besoin d’être un bourge plein de fric pour entrer dans leur bande. C’est gratos si t’es adhérent à rencontre et Culture et ça ne coûte que dix balles pour l’année : tu peux aussi faire de la rando, voir des expos, des projos de diapos, travailler tes abdos au dojo et danser le tango. Valabe, non ?

 

On a envoyé l’agent Contrex taper l’incruste un jour dans leur salle Mandoline. C’était peut-être pas le bon choix parce que l’agent Contrex , si on lui a donné ce blase, c’est parce qu’il ne boit pas que de l’eau. Il est bien plus souvent dans les vapes d’avoir abusé du pastaga qu’à faire la queue à la fontaine pour y puiser l’info en même temps que l’eau claire.

 

- C’est comme une réunion d’instits, qu’il a écrit dans son rapport, sauf que celle qui bosse encore dans l’Éduc Nat arrive toujours la dernière. Le prof qui anime la séance, il a du faire langues o parce que j’ai entravé queude à ce qu’ils appellent la consigne d’écriture. Il a posé le problème genre sujet de rédac comme à l’époque où on passait le certif sauf qu’il fallait inclure dans la disserte toute une liste de mots complètement branques !

 

Les dames ont demandé un rab d’expliques au rédac’chef et puis elles ont écrit en silence comme pendant un exam. Enfin, j’imagine, parce que moi j’en ai passé aucun d’exam, même pas le bac, à part celui pour entrer chez les keufs.

 

Après, sur le coup de vingt heures, chacune a lu sa copie et l’autre zig aussi. J’ai entendu des histoires assez barges : « Comment je me suis trouvée enfermée dans le métro » par une ancienne libraire de Bécherel ; « Laure Manaudou qui fait ses courses au Monop et rencontre le prince charmant au rayon impers et pardeuss » par l’instite retardataire. La secrétaire médicale élégante a sorti un air de caf’conc’ pour chanter, complètement exhibi et décomplex’ les louanges du Kamasûtra au Club Med. La gynéco a parlé de sa scolarité chez les sœurs en centre Bretagne où elle était demi-pens’. On m’a tout expliqué sur Isaure Chassériau que le suspect replace dans ses textes à la moindre occase. Je crois qu’on dit « leitmotiv » ou « running gag ». Il en a fait, paraît-il, un rom’pol’ formid mais ça m’étonnerait que le Fig Mag ou le Nouvel Obs en parlent parce que le gugusse publie uniquement sur un blog sur le web ! Un blog, à l’heure de Tiktok ! Trop ringue, l’autre, eh !

 

Bon, j’ai fait semblant de rire et de trouver ça sensass et quand est venu mon tour de lire j’ai joué les modestes, disant que côté inspire, ça avait été la dèche.

 

 

Bref je suis remonté bredouille dans ma deuche. Côté activité illégale, là-dedans, c’est zéro, nib de nib. Pas la peine de leur chercher des Papous dans la tête à ces bobos ! Si vous croyez qu’ils planquent du macchab’ dans la cheminée en mode Landru, qu’ils cachent un clandé à l’étage ou traficotent dans le ballet rose, vous vous mettez le doigt dans l’anus jusqu’au coude de l’intestin grêle !

 

Là-dessus Contrex a ajusté son nœud pap’, remis son galure et s’est barré au rade pour boire un perniflard parce que c’était l’heure de la sortie de midi.

 

- A c’t’aprème ! qu’il a dit en sortant.

 

***

 

N’empêche. On les a à l’oeil. Vingt-deux ans de rigolade en salle Mandoline avec de la fidélité hebdomadaire, des dames qui viennent à vélo de La Bellangerais par tous les temps, d’autres depuis Cesson ou La Chapelle des Fous en prenant le périph’ saturé, sans compter celles qui, à distance, écrivent en ligne pour publier leurs élucubres, c’est un casse quelque part. Un hold-up commis aux dépense de la tristitude ambiante. On ne comprend pas comment ça peut marcher. 

 

Il y a forcément une soluce, quelque part, à ce prob’ ! On la trouvera !

 

 

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