Holà, ça me dit bien cette débauche de couleurs. Bleu, blanc, rouge dans la rue, foule en liesse, joie, folie, drapeaux. Mais quand ? Comment ? Pourquoi ? C'est beau, c'est fort, c'est la fête, ça vibre dans l'air. Des coups de pinceaux comme des millions de flammes... Des flammes, des flammes ? A quoi puis-je donc penser ? Mais oui, c'était hier ou avant-hier. Les jeux, les anneaux, les médailles, le sport, Tony machin, Anne truc, Léon, Léon, Léon et Laure qui ne nage plus. Les chants, les hymnes, la télé partout, tout le temps mais toujours pas de sous-chefs d’État nouveaux.
Le vélo, la gym, le saut en hauteur et en longueur, le tir, la nage, la danse, le judo, le basket, la boxe (beurk), le foot, le hand et toujours pas de sous-chefs d’État nouveaux.
Le lancer de ceci, de cela. Il est heureux que plusieurs sports aient trois syllabes, comme-ça on n'en parle pas. Parfois c'est le ras-le-bol. C'est bien, les gens qui chantent, qui dansent mais chez toi tout seul, tu ne brandis pas de drapeaux. Tu essaies de te faire ton petit podium médaille d'or perso, du petit four, de la crêpe Suzette, du ghoriba ou la médaille d'argent du gâteau aux noix. Mais pour fêter quoi ?
Puisque toujours pas de sous- chefs d’État.
A droite du tableau sur la partie blanche du drapeau on peut lire : Vive la Répu… Les gens savaient déjà la consigne : pas de mots de plus de deux syllabes.
De toute façon nous sommes tous les champions du mot court, du mot qui court dans la rue.
Et à l'instant où, enfin, nous avons des sous-chefs d’État on n’est même pas contents.
Il se peut que l'on agite bientôt d'autres drapeaux moins festifs et que l'on clame « Monet, Monet ».
Les couplets de cette chanson du groupe Indochine, « L’Aventurier », reproduits ci-dessous, ont huit vers. Chaque vers a huit, neuf ou dix syllabes. Les rimes sont approximatives. Cela vous laisse toute liberté pour écrire des couplets supplémentaires à partir des titres de romans de la série. Rappelons qu’il s’agit de récits d’aventures, d’espionnage, de science-fiction imaginés par l’auteur belge Henri Vernes.
1 Égaré dans la vallée infernale
Le héros s'appelle Bob Morane
À la recherche de l'Ombre Jaune
Le bandit s'appelle mister Kali Jones
Avec l'ami Bill Ballantine
Sauvé de justesse des crocodiles
Stop au trafic des Caraïbes
Escale dans l'opération Nadawieb
2 Le cœur tendre dans le lit de Miss Clark
Prisonnière du Sultan de Jarawak
En pleine terreur à Manicouagan
Isolé dans la jungle birmane
Emprisonnant les flibustiers
L'ennemi y est démasqué
On a volé le collier de Civa
Le Maharadjah en répondra
Refrain
Et soudain surgit face au vent
Le vrai héros de tous les temps
Bob Morane contre tout chacal
L'aventurier contre tout guerrier
Bob Morane contre tout chacal
L'aventurier contre tout guerrier
3 Dérivant à bord du Sampang
L'aventure au parfum d'Ylalang
Son surnom, Samouraï du Soleil
En démantelant le gang de l'Archipel
L'otage des guerriers du Doc Xhatan
Il s'en sortira toujours à temps
Tel L'aventurier solitaire
Bob Morane est le roi de la terre
1
Perdu au milieu du désert
Au sud de l’Amazonie
Avec Bob Morane mon ami
Nous allons chercher un trésor
Dans un souterrain rempli d’or
Gardé par un conquistador
Et une équipe de légionnaires
Haut perchés sur leurs dromadaires
Refrain
Notre héros de tous les temps
Bob Morane surgit face au vent
Pour libérer les opprimés
Et aux populaces distribuer
Le trésor du conquistador.
C’est bien Bob Morane le plus fort.
2
En cavalant dans ce désert
Bob Morane entend résonner
Des cris provenant d’Ananké
Une femme « au secours » a hurlé.
Oubliant sa chasse au trésor
Vociférant comme un ténor
Comme un sauveur libérateur
Il va à l’assaut du château
Libérer celle qui a crié.
3
Bob Morane roi de la terre
D’un coup d’épée il fait tomber
Conquistador et légionnaires.
Il rentre dans le château fort
Et supplie le Maharajah
De libérer la prisonnière.
Il promet qu’il l’épousera
Et loin d’ici l’emmènera.
Se chante sur l'air de "L'Aventurier", chanson du groupe Indochine
1
À l'assaut de tous les poncifs
Le manuscrit est explosif
Car Bob Morane va affronter
La mafia du clone d'Ash-Keh-Neh.
Par un beau dimanche à Bruxelles,
En suivant le circuit Jacques Brel,
Le voilà soudain qui dégomme
Les contrebandiers de l'atomium.
Godverdom !
2
Posté sur le sentier de la guerre.
Le Maneken pis est Vénère.
Il y a un étrange trio.
Qui s'abrite derrière son dos.
C'est la bande du monstre du métro
Qui balance des tas de pruneaux.
Mais Bob Morane réplique aussitôt
D'une balle mal placée, pile dans le robico.
D'la statue
Pont musical :
Ouille, Ouille, Ouille, Ouille, Ouille, Ouille, Ouille, Ouille.
Bougre d'andouille ! Purée ! Que je douille !
3
Le clone d'Ash Scanné s'est échappé.
Bill Ballantine, à sa poursuite.
Voilà que ce salaud s'est réfugié.
Derrière un tableau du musée Magritte.
Ceci n'est pas un yatagan.
C'est bien l'épée de d'Artagnan.
Le bandit s'enfuit dare-dare.
Par la porte du cauchemar.
Vers Bozar
4
On entend alors le cri de la Louve.
Et ça nous rappelle l'affaire du Louvre.
Devant le portrait de la Walkyrie.
Ça avait été une tuerie.
La bête hors des âges veut sauver sa peau.
Elle se cache dans l'entre du crapaud.
Aux origines de l'imaginaire.
Là où sont les chouettes filles du bord de mer.
D'Adamo.
5
Mais voilà que Bob traverse le miroir.
Pour l'Opération Chevalier noir.
C'est la guérilla à Tumbaga
Et fin des trafics à Paloma.
Faut vous dire, Monsieur que chez ces gens-là.
Les fourmis d' l'Ombre jaune ne rigolent pas.
Et lorsque la marabunta gronde
D'Ixelles aux Bermudes, c'est la fin du monde.
6
Entre les tours de Bruges et Gand.
Apparaît la tête du serpent.
Avec les cathédrales pour uniques montagnes.
C'est alors la fin de la castagne.
Celui qui a lu les deux-cents romans.
Peut bien s'allonger sur les berges du temps.
Pour se reposer d' ces poseurs de bombes
Il lui reste à lire... Amélie Nothomb
Qui est plus drôle !
Ce recueil de textes courts du poète Christian Bobin est entrecoupé de formules manuscrites pondues par lui et reproduites en fac-similé.
On vous donne ci-dessous le titre d'un texte, son incipit et sa dernière phrase. Plus bas, les formules manuscrites.
Il vous est demandé d'utiliser les données d'une seule et même ligne et d'insérer dans votre texte – mais cela est facultatif - une des formules. Vous pouvez faire plusieurs fois l'exercice mais vous ne devez pas mélanger les données des différentes lignes.
Titre
Incipit
Dernière phrase
L’Homme-joie
Partons de ce bleu si vous le voulez bien
Vous comprenez ?
C’est Maria
Elle dit “C’est Maria” puis elle se tait.
Les gitans, les chats errants et les roses trémières savent quelque chose sur l’éternel que nous ne savons pas.
Soulages
S’il y a un sale passage après la mort, ce doit être l’entrée du musée de Montpellier
Je rentre dans mon horloge suisse et m’endors en pensant comme chaque soir que le plus beau est à venir.
Un prince
Un prince à la chemise bouffante perlée d’or m’attendait dans la chambre
Tout ce qui est délicat a traversé le pays des morts avant de nous atteindre.
Un carnet bleu
Tu ouvrirais ce carnet
Dans ces forêts, près de cet étang, sur ces routes, sur ces terres que nos pas en les mesurant portaient à l’infini, je t’appelle.
La Gueule du lion
Mon idéal de vie c’est un livre et mon idéal de livre c’est une eau glacée comme celle qui sortait de la gueule du lion d’une fontaine sur une route du Jura en été.
J’ai payé pour le savoir : trois jours, trois nuits.
Des yeux d’or
Deux choses importantes sont arrivéesaujourd’hui.
Normale ?
Un trousseau de clés
Je lisais un philosophe quand la grande vague de rire m’a envahi
Ce bleu je le glisse dans ce livre pour vous.
Ecrire c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable et puis l’ouvrir.
En écrivant à la main je compte les moutons que je n’ai pas.
La douceur de ce poème était si grande qu’à la fin de ma lecture je n’avais plus de corps.
Ce qui me manquera dans l’éternité ce sont les livres et les lettres. Le reste ne sera que délices, dès aujourd’hui sensibles.
Quand ils voient un miracle la plupart ferment les yeux.
Les fleurs de cerisier condamnées à mort en rient de plus belle.
Le silence, ce cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir.
J’ai fait la course sur la terrasse avec une fourmi et j’ai été battu. Alors je me suis assis au soleil et j’ai pensé aux esclaves milliardaires de Wall Street.
J’ai pris la main du diable. Sous ses ongles noirs j’ai vu de la lumière.
Je lisais un philosophe quand la grande vague de rire m’a envahie : cette fois j’avais oublié mes clefs sur la porte d’entrée à l’extérieur !
Cette fois car la semaine dernière, quand j’ai pris le train pour aller voir ma tante, je suis partie sans mon portefeuille ! Je n’avais donc pas un centime en poche et pas ma carte de réduction de train non plus : j’ai prié fort pour que le contrôleur ne me la réclame pas car il m’aurait mis une amende salée que je n’aurais pas pu payer sur le champ. J’aurais donc fini à la gare de Rennes entre deux agents de sécurité pour m’expliquer avec la police des chemins de fer.
Rien de tout ça n’est arrivé mais comme les ennuis volent toujours en escadrille, le train avait 2 h 30 de retard et je n’avais rien pour m’acheter un sandwich ou, plus grave, un autre billet si je devais attendre le lendemain pour rentrer. Bon j’aurais pu mendier ou chanter mais là on aurait payé pour que je me taise.
Revenons au jour dit.
Mes amis vous le diront tous, j’ai un problème avec les clefs. Beaucoup de personnes ont un problème avec les clefs mais souvent ce n’est pas le même que le mien : j’ai plusieurs copines qui, lorsqu’elles quittent leur maison pour une réunion ou un spectacle ou une toute autre activité dehors, vérifient trois fois de suite qu’elles ont bien fermé leur maison, que leurs clefs sont bien dans leur poche ou leur sac et d’autres qui cherchent les clefs dans la cuisine, dans le salon, dans le couloir parce qu’elles ne savent jamais où elles les ont mises (on peut toujours mettre une alarme).
Mais moi, je n’ai jamais d’angoisse de ce type parce que je ne prends pas souvent la peine de fermer. L’idée, donc, d’avoir laissé mes clefs sur la porte fermée m’a fait rire aux éclats sous l’œil éberlué des autres voyageurs.
J’ai repris ma lecture savante et au bout d’un petit quart d’heure, le ronron du train aidant, je me suis endormie et me suis retrouvée devant la porte du paradis. Saint Pierre agitait un énorme trousseau de clefs d’un air las. Il m’a saluée d’un petit geste de la main.
- J’ai un service a vous demander.
- En contrepartie de quoi ?
- Voila, j’ai besoin de vacances, tous ces gens qui arrivent stressés à ma porte m’épuisent, j’ai pas mal de RTT à force de travailler le dimanche, je vais partir dans le sud chez des amis et je cherche un remplaçant ou une remplaçante. Il faut juste tenir la porte fermée et accueillir les personnes. Si vous acceptez, je vous confie mon trousseau, il ouvre toutes les portes nécessaires.
Je pouffai de rire.
- Vous ne savez pas à qui vous avez à faire ! Avec moi, c’est open bar !
- Vous allez très bien faire l’affaire et puis je n’ai pas d’autre candidat !
Saint Pierre quitta sa longue robe blanche qui tomba en bouchon à ses pieds et apparut en petit jean moulant et chemise hawaïenne : il avait déjà la tenue ! Puis il posa son trousseau à mes pieds et disparut.
Les premiers clients ne tardèrent pas à arriver et bientôt je ne savais plus où donner de la tête . Et c’est alors que je l’ai aperçu, avec son habit rouge, ses petites cornes et sa queue fourchue : le diable. Il m'a fait un clin d'oeil :
- Salut, beauté !
Alors là, je savais qu'il me tendait un piège, qu'il me savonnait la planche vers quelque chose de moche : personne ne m'appelle jamais "beauté" !
- J'ai tout un autobus venu de l'enfer, ce sont des participants à la fête de l’Huma, la plupart ne croient pas en ton Dieu, mais ils en ont assez de l'enfer, il y fait trop chaud et trop sombre , ils ne peuvent même pas lire de philosophie, tu peux leur faire une place ?
J'ai pris la main du diable. Sous ses ongles noirs, j'ai vu de la lumière car personne n'est tout à fait mauvais ou tout à fait bon.
- On passe un marché, OK ?
- OK !
- J’en laisse entrer dix et c'est moi qui les choisis. En plus tu vas chercher les clefs qui sont restées sur ma porte et tu me les ramènes, et puis va dans mon frigo, il y a une grosse part de bleu des Causses, bien crémeuse et bien moisie, reviens avec ! Ici on ne mange que du Babybel ou de la vache qui rit jaune.
Le diable a haussé les épaules.
- Fastoche !
J’ai laissé rentrer les dix qui me semblaient avoir l’air d'être les plus insignifiants, je les ai mis en salle d’attente et j’ai attendu le retour du diable.
Il est revenu quelques heures plus tard avec un gros morceau de fromage dans un papier. Déjà l’eau me venait à la bouche, je me suis fait sur le champ une belle tartine que j’ai envoyée gratiner au feu de l’enfer.
Le reste de ce bleu, je le glisse dans ce livre pour vous
Deux choses importantes sont arrivées aujourd’hui.
La première est une sorte de miracle.
Quand ils voient un miracle, la plupart ferment les yeux.
Mais pas moi.
Moi qui viens tout droit de l’enfer et qui suis noir comme Belzebuth, les miracles ne me font pas peur et je sais les reconnaître.
Bref, je l’ai vue.
Elle.
Elle et ses yeux d’or.
Oui : des yeux d’or pur.
Si vous trouvez la chose normale – normale ? – prouvez-le : j’attends de voir.
Je vous le dis, elle est unique.
J’ai failli en perdre le boire et le manger.
D’ailleurs, à propos de manger : la deuxième chose importante arrivée aujourd’hui, c’est que ma soi-disant patronne a enfin compris qu’elle devait changer de marque pour mes croquettes.
On ne sait jamais très bien combien de temps ça va prendre avant qu’un humain nous comprenne, donc oui, ça aussi c’est une sorte de miracle.