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L'Atelier d'écriture de Villejean

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6 mai 2025

Cucendron ou le lipogramme en "a" / Lothar

 

Écrire sans ‘a’ est badin en français. Mais tout de même, j’ai décidé de tenter l’exercice. On est pas tous Georges Perec (tiens il y avait un atelier sur des Georges, il y a peu) mais bon… c’est enrichissant d’essayer.

À moi, petit conte de plus de deux mots sans un seul « a » !!!!

 

***

 

Cucendron

 

Un jour, une fois, un keum gentilhomme s’encoiffe tout en démesure et s’épouse en noces secondes une michetonne, le genre d’éhontée meuf top trop drôlesse, des plus fières et des plus bégueules qu’oncques nous eûmes vues. Ici. En cette contrée. Elle emmène en prime deux filles de son humeur, et qui lui kiffent durement en toutes choses. Et son Jules, le bougre d’homme, prend soin de son côté d’une jeune fille, sienne, qui inversement sémille en toute chose en une douceur et en une bonté hors ligne ; elle tient ceci de son ex exquise feue mère, qui fut l’une des meilleures et l’une des plus frisquettes femmes du monde.

 

Les noces ne sont plus tôt terminées que l’ignoble belle-mère explose de son humeur immonde ; délétère ; elle ne peut souffrir les bonnes dispositions de cette jeune donzelle qui rendent ses deux péronnelles encore plus merdeuses. Elle lui donne en servitude les besognes les plus viles du logement : c’est elle qui nettoie les plonges et les montées, qui frotte le dortoir de Super Belle-mère et ceux de mesdemoiselles ses filles. Elle couche sous les toits de l’inesthétique demeure en un joli brol d’un sordide grenier, sur le pire des pieus, une litière, une bordille, comme ses sœurs se reposent sur des bois cirés où elles ont des lits des plus mode et des miroirs où elles se voient et se mirent bellement tout entièrement.

 

L’indigente mendigote souffre tout droitement et n’ose rien seriner pour son drôle de père de peur d’être grondée, comme son ébouriffée de femme le goupille entièrement. Son indigne besogne une fois terminée, elle se prostre en coin de cheminée et se pose sur les cendres, ce qui donne qu’on l’interpelle communément en tout le logis comme « Cucendron ». Oui, Cucendron. Vous lûtes bien. Benji-minette, qui n’est point si infecte que son hérissonne Première-née de sœur, crie plutôt « Cendrillon » ; or Cendrillon, sous ses horribles frusques, ne concède point d’être cent fois plus belle que ses sœurs, quoique elles vêtues somptueusement.

 

Il vient un jour, une fois, que le fils du Roi donne une reve, et qu’il y invite confidemment toutes les personnes de prestige du Bourg – il l’exige et l’ordonne – ; nos deux demoiselles en sont bien sûr invitées, en effet elles font si belle figure pour les gens du bled. Du coup, elles sont bien cools et trop occupées pour choisir les fringues et les coiffures qui leur siéront le mieux ; nouvelle peine pour Cendrillon, en effet c’est trop elle qui défripe le linge de ses esbrouffeuses de sœurs et qui godronne leurs poignets : on tripe, on ne discute plus que du style choisi pour se mettre sur son trente et un.

 

– Moi, dit l’insolente Première-née, je mets mes vêtements de velours rouge et mes ornements norvégiens. »

 

- Moi, dit l’excessive Dernière-née, je ne porte qu’une jupe toute simplette ; sinon, en sus, nesciemment, je mets mon poncho de vison et de fleurs d’or, et mes ceintures de pierres précieuses qui ne seront point des plus indifférentes »

 

…/…

 

 

 

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6 mai 2025

Coulisses hilarantes du festival / Marie Sylvie

Cinq propositions de noms pour le festival :

 

▪︎ LES ÉCHAPPÉES BELLES DE RENNES 

▪︎ AU FIL DES CONTES RENNAIS 

▪︎ FESTIVAL DES RÊVEURS BLEUS 

▪︎ ÉCLOSIONS DES LÉGENDES 

▪︎ ÉCOUTEZ VOIR RENNES !

 

Voici une scène entre un âne placide et un cheval flamboyant

 

Barnabé, un âne au pelage gris poussiéreux et aux longues oreilles tombantes, mâchouille tranquillement une botte de foin. Achille,  un cheval alezan brillant aux crins soyeux et à la démarche bondissante, piaffe d'impatience en se regardant dans un seau d'eau :


 

ACHILLE 🐎 , d'une voix hilarante : - Barnabé, mon vieux ! Tu ne sens pas cette effervescence ? L'air crépite de magie, les projecteurs invisibles se braquent déjà sur nous ! C'est l'heure, c'est notre heure de gloire !


BARNABÉ 🫏 , mâchant lentement :- Mmm, non. Je sens surtout l'odeur agréable de ce foin fraîchement coupé. Et un léger courant d'air. La gloire, tu sais, ça fait souvent transpirer.


ACHILLE 🐎:- Transpirer de bonheur, mon ami ! Imagine-toi : Achille, la mascotte équestre du Festival des Contes de Rennes. On ferait des photographies avec les enfants, on mènerait le défilé d'ouverture, on inspirerait des histoires de chevaliers et de princesses.


BARNABÉ 🫏 , haussant légèrement les oreilles :- Des histoires de chevaliers ? Encore ? Il y a déjà assez de bruit de ferraille dans ces contes,  je trouve. Moi, je préférerais des histoires plus ... terre à terre. Avec des carottes, par exemple.


ACHILLE 🐎 :- Des carottes ? Barnabé, tu manque d'ambition ! Pense à l'ovation, aux applaudissements nourris, aux regards admiratifs ! On deviendrait des légendes, des symboles du festival !


BARNABÉ  🫏 , soufflant doucement :- Des symboles, oui. Un peu comme les panneaux  "Attention  âne têtu  ⚠️" qu'on trouve parfois sur les chemins. Pas sûr que ce soit la gloire que tu imagines. 


ACHILLE 🐎  : - Têtu ? Mais non, tu es .... réfléchi ! C'est ta force tranquille ! Imagine un numéro : moi, me cabrant et hennissant des vers de poésie, et toi, arrivant avec un air sage pour apporter la morale de l'histoire ! Le contraste serait saisissant ! 


BARNABÉ  🫏 , secouant la tête :- Moi, je me verrais plutôt apporter des coussins confortables pour que les spectateurs soient bien installés pendant les longues histoires. Et peut-être, distribuer des petites collations. C'est ça, une vraie contribution selon moi .


ACHILLE 🐎 :- Des collations ? Mais où est l'éclat, le panache ? Il faut en mettre plein la vue ! Pense à ma robe alezane sous les lumières, à ma crinière flottant au vent des applaudissements ! Je pourrais même apprendre quelques pas de danse !


BARNABÉ 🫏, fermant les yeux un instant,  visiblement las : - Tu sais, Achille, le vent des applaudissements,  ça soulève aussi beaucoup de poussière. Et les lumières, ça attire les mouches. Moi, je préfère l'ombre douce et le silence après une bonne histoire. 


ACHILLE 🐎 :- Mais Barnabé, c'est une occasion unique de montrer notre talent ! Toi, avec ton air mélancolique et tes " hi-han" philosophiques, tu pourrais incarner la sagesse des contes anciens ! 


BARNABÉ 🫏 , ouvrant un œil :- Mes  " hi-han " sont surtout une expression de mon contentement ou de mon léger ennui. Pas sûr que ça captive les foules. Et la sagesse, ça se murmure, ça ne se cabre pas.


ACHILLE 🐎  :- Enfin, Barnabé, imagine les éloges dans la presse locale ! " Le charisme équestre d'Achille a illuminé le festival ! " Et peut-être une petite mention pour toi : " L'âne Barnabé a apporté une touche de rusticité charmante !" . Tu vois ? Tout le monde y gagne !


BARNABÉ 🫏  , baillant discrètement : - La rusticité charmante .... Je crois que je vais retourner à mon foin charmant. Bonne chance pour tes cabrioles, Achille. J'espère que tu ne vas pas te fouler une cheville avant le grand jour ! 


Achille soupire bruyamment, puis se remet à admirer son reflet, rêvant déjà de sa gloire future. Barnabé continue de mâcher son foin, un air placide sur son visage .

6 mai 2025

Le Mystère des lucioles de la Vilaine / Marie Sylvie

 

 

Éloïse, une petite fille curieuse et rêveuse, habite au bord de la Vilaine. Elle aime observer la nature et écouter les histoires que lui raconte sa grand-mère. Elle apprécie de se promener le long de la Vilaine avec Mémé Augustine qui elle, conteuse talentueuse, connaît les secrets de la ville et de la rivière. 

 

Un soir d'été, alors que le soleil commençait à se coucher et que les premières étoiles scintillaient, Éloïse remarqua de minuscules lumières flottant au-dessus de l'eau. Elles n'étaient pas comme les lucioles ordinaires, elles avaient une douce lueur multicolore et semblaient danser en harmonie. 

 

- Mémé, regarde ! Qu'est-ce que c'est ? " demanda Éloïse, le yeux brillants de curiosité.

 

Mémé Augustine sourit mystérieusement.

 


- Ce sont les lucioles de la Vilaine, ma petite.  On dit qu'elles sont faites des rires des enfants, des doux secrets des amoureux, des rêves des artistes de la ville... Chaque fois qu'un moment de bonheur éclaire le cœur d'un Rennais, une nouvelle luciole apparaît. "

 

Depuis quelques temps, Éloïse avait remarqué que les lucioles devenaient moins nombreuses et leur éclat moins vif. Les rires des enfants lui semblaient moins joyeux, les musiques de rue moins entraînantes. Elle s'inquiétait :

 

- Mémé, pourquoi les lucioles sont-elles tristes ces temps-ci ? "

 

Mémé Augustine soupira lentement :

- Il arrive parfois que les soucis et la tristesse de la ville obscurcissent un peu leur lumière, ma puce. Mais même la plus petite étincelle peut raviver une grande flamme. "

 

Intriguée, Éloïse décida de percer le mystère des lucioles tristes. Une nuit, au clair de lune, elle retourna seule au bord de La Vilaine. Elle ferma les yeux et écouta attentivement le murmure de l'eau. C'est alors qu'elle entendit une voix douce et mélancolique :

 

- Les souvenirs s'estompent... la joie s'éloigne..." .

 

Éloïse ouvrit les yeux et aperçut une légère brume argentée au-dessus de l'eau. C'était Finn, l'esprit de la rivière, enfin visible pour elle grâce à la pureté de son cœur. Finn est gardien des petites lumières magiques qui illuminent parfois les berges la nuit. Ces lucioles sont les souvenirs joyeux des habitants de Rennes. 

 

Finn expliqua à Éloïse que les lucioles perdaient de leur éclat parce que les habitants de Rennes oubliaient de partager leurs joies et leurs espoirs. Ils étaient trop pris par leurs soucis quotidiens.

 

Ensemble, Éloïse et Finn imaginèrent un plan. Éloïse alla raconter aux enfants de son quartier de merveilleuses histoires, les faisant rire aux éclats. Elle encouragea les musiciens de rue à jouer des mélodies entraînantes et les artistes à peindre des couleurs vives sur les murs. Elle rappela aux amoureux l'importance des gestes tendres. 

 

Peu à peu, comme une douce contagion, la joie revint dans les rues de Rennes. Les rires des enfants résonnèrent, les musiques entrainèrent les passants et les couleurs égayèrent la ville. Et au fil des jours, les lucioles de La Vilaine se mirent à briller de plus en plus fort, illuminant les nuits de leur éclat magique.

 

Mémé Augustine sourit à Éloïse alors qu'elles admiraient ensemble la rivière scintillante.

 

- Tu vois, ma petite, le bonheur se partage et se multiplie. Même la plus petite action de joie peut illuminer le cœur de toute une ville. ".

 

MORALITÉ :

 

Nos émotions, qu'elles soient joyeuses ou tristes, ont un pouvoir. Cultivons la joie pour que la lumière de nos vies ne s'éteigne jamais. 

29 avril 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne

 

Pour ou contre la Bretagne ?

 

Que vous en soyez natif·ve ou pas, que vous y ayez passé des vacances, séjourné ou pas, que vous connaissiez ou pas les Ramoneurs de menhirs ou Théodore Botrel, vous avez forcément un avis sur la Bretagne, sur ses lieux emblématiques, ses spécialités, ses spécificités, sa culture ou ses débats.

 

Dressez la liste de vos « pour » et de vos « contre » à partir des éléments ci-dessous ou de tout ce que vous voudrez qui se rapporte aux porteurs de chapeaux ronds :

 

Les crêpes de blé noir ; le kouign-amann ; le far breton ; le caramel au beurre salé ; la galette-saucisse ; les fraises de Plougastel ; les huîtres de Cancale ; la cotriade ; le kig ha farz...

 

Le fest-noz ; le bagad ; Alan Stivell ; les Tri Yann ; Yann Tiersen ; Gilles Servat ; le Festival de chants de marins de Paimpol ; le Festival interceltique de Lorient ; les Transmusicales de Rennes ; le kan ha diskan ; les pardons ; le tro breizh ; Bécassine ; La Paimpolaise ; la coiffe bigoudène ; le gwenn ha du ; l’hermine ; le triskell ; le sigle BZH ; le macareux moine ; l’Ankou...

 

Le tonnerre de Brest ; le bruit dans Landerneau ; la forêt de Brocéliande ; la baie de Saint-Brieuc ; le Cap Fréhel ; la Pointe du Raz ; les fêtes médiévales de Dinan ; la Folle journée de Nantes (?) ; la foire teillouse de Redon ; le festival Quai des bulles et la route du rhum à Saint-Malo ; les îles bretonnes ; les menhirs de Carnac ; les monts d’Arrée ; la ville close de Concarneau ; les Vieilles charrues de Carhaix ; Douarnenez, Quimper, La Baule ; Saint-Nazaire ; l’En avant de Guingamp et l’avant-deux de Bazouges ; François-René de Chateaubriand ; Louison Bobet ; Bernard Hinault ; Olivier de Kersauzon (?)...

 

Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne
Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne
Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne
Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne
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Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne
Consigne d'écriture AEV 2425-26 du 29-04-2025 : Pour ou contre la Bretagne
29 avril 2025

Je ne connais pas la Bretagne / Lothar

 

 

Comment peut- on déjà avoir la Bretagne dans son coeur, au profond, quand on la connaît pas, ou si peu ? Je crois que c’est possible. Car j’ai eu une discussion un jour avec Pépitoune, fille jolie de la Ciotat, et on en a tiré ces quelques mots ensemble. Je vous les livre :


Je ne connais pas la Bretagne, tu ne connais pas la Provence. Montre-moi la marée, je t’offre tous les bleus, des plus sombres aux plus éclatants…  
 

T’as tout vu : la Tunisie, le Québec, la vie, les gens, les œuvres, t’as tout vu. Sauf la Provence.  
 

J’ai rien connu : j’ai peur de la hauteur, j’ai peur de me perdre, désorientée et sans boussole. C’est comment la Bretagne ? Je ne sais rien sinon le bleu. 


Celtique, Oc, des origines. Les rochers, bruns, blancs, le granit, le grès. Pour le tableau on les mélange. Les animaux marins, morue, daurade. La pâtisserie, crêpes de farine, la claire, la noire, crêpe des jupes et des jupons, navettes à l’orange on my space. Le cidre, le doux rosé. L’ivresse.
Un océan. Mare nostrum. Les gens réservés, l’empathie. 


La froidure mouillée, c’est l’hiver. Les printemps radieux.

 


Les accents différents mais on les reconnaît. La province romaine, tôt française, la sauvage qui se donna mais plus tard.  
 

C’est comment la Bretagne ? La marée et le Mont Saint Michel. Tu ramasses les coquillages quand l’eau se retire ? Je marche sur les oursins et je t’assure que ça pique et je pique tout le bleu qui existe pour garnir ma palette. 
 

C’est comment ta musique ? Ca fait quoi le chant celte quand tu le prends en plein ventre ? 
 

Mais comme toi, je connais la gifle du vent, le parfum du sel, l’horizon qui part
comme une flèche jusqu’où personne ne voit …  
 

 

Pépitoune et Lothar 
 
  __________________________ 


Tas de pois vs Porquerolles 

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29 avril 2025

Breizh ma bro / Anne J.

 

Il y a quelques années, mon journal local « Le Trégor » qui paraît tous les jeudis avait publié un début d'été une chronique que j'avais trouvée très drôle et très bien vue : elle aurait pu s'intituler : « Comment les Parisiens voient les Bretons ? ».

 

Cela faisait écho en moi à la célèbre comptine que nous clamions tous les étés sur la plage au club Mickey quand arrivaient les touristes et leurs marmots tout propres : «  Parisiens, têtes de chien , Parigots, têtes de veau ! ».

 

L'article du Trégor nous décrivait donc comme des personnes qui portent du 1er janvier au 31 décembre un maillot rayé bleu et blanc en coton sous un grand ciré jaune avec un chapeau de ciré ou une capuche et, aux pieds, les bottes Hutchinson bleues à liseré blanc à l'exclusion de tout autre chaussure en cuir.

 

Selon les Parisiens nous ne mangeons que des galettes de blé noir et des crêpes arrosées de cidre brut, à moins que ce ne soit de chouchen, tous les jours de l'année. Nous avons des vaches et des élevages de cochons qui polluent les campagnes, nous n'aimons que le beurre salé, les huîtres et les coquilles Saint-Jacques, nous sommes têtus et fiers et brandissons notre «  gwen ha du » dans toutes les manifestations parisiennes où nous allons parfois avec notre fameux bonnet rouge qui nous fait ressembler au commandant Cousteau !

 

Eh bien oui, je le confirme, la Bretagne c'est tout ça mais aussi bien d'autres choses. D’ailleurs comment peut-on dire « la » Bretagne ? Il faudrait plutôt dire les Bretagnes !

 

Moi, par exemple, j'habite en Bretagne du Nord et quand je traverse les monts d'Arrée pour aller en Bretagne Sud , ce qui fait moins de 200 kms, je pars en expédition : la route qui passe au pied de notre montagne où trône la petite chapelle de Saint-Michel de Brasparts à 340 m me conduit dans une lande brumeuse, hostile et peu habitée que j’hésite à prendre à la nuit tombée de peur de tomber en panne d'essence au pied de la centrale de Brennilis heureusement désaffectée et de rencontrer des korrigans.

 

Un habitant de Vannes pour moi est un Breton du Sud, donc quelqu'un de différent.  « Je m'en vais dans le sud » ça peut être simplement « Je m'en vais à Douarnenez » !

 

Mais quand il y a presque 40 ans je suis arrivée de Rennes pour m'installer à Lannion , j'étais une étrangère et j'ai dû tout apprendre : la prononciation des noms de villages : Ploubezre, Ploulec’h et autre Trebeurden ; les danses bretonnes, l'accent et les tournures de phrases tirées du breton (un café, tu auras !), la coutume du pain-pâté après les funérailles, etc.

 

Pendant près de 20 ans, je me suis entendu dire : « Toi, tu n'es pas d'ici !», à la moindre sortie de route.

 

J'aime tellement de choses dans mes Bretagnes que je ne sais pas dire ce qui fait l'identité d'une Bretonne. Est-ce la musique et la danse ? Est ce la langue que je ne parle pas et qui ici est vivante grâce aux nombreuses écoles bilingues ? Est-ce le bruit du vent quand souffle la tempête ou les petits matins à poussière de pluie ? Est ce notre perception d'un autre monde peuplé de petits êtres qui nous parlent d'un monde  différent? Est ce les contes et les légendes qui sont vraies parce qu'on y croit ?

 

Timidement je me permets juste d'emprunter à la langue bretonne des mots qui donnent de la couleur de mer à mon parler, un goût de beurre salé ou d'embruns à mes tournures de phrases, un odeur d'algues qui sèchent à mes émotions , un bruit de vent à mes colères ?

 

Mes baisers sont des pokou , mes chemins de traverse des ribines ou des gwenojen, les filles qui traînent dehors des Marie-ribines et les femmes à poigne des Mam' Goudig et tout le monde comprend.

 

J'aime la retenue des hommes et des femmes de ce terroir rude, leur caractère taiseux et fidèle, on ne les apprivoise pas si facilement, on ne fait pas ami-ami au premier regard ; on s'observe d'abord mais quand naît l'amitié, elle reste fidèle et entière jusque dans la vie de l'au-delà ; pas d’esbroufe, pas de flonflons et pas de trahisons : du granit brut.

 

Il y a bien sûr des personnages peu recommandables en Bretagne comme partout ailleurs : comme la délation n'est pas dans mes habitudes, je vous laisse chercher qui ?

 

Pour finir je dois vous l'avouer , je déteste les huîtres, je ne suis pas fière de Bécassine , je ne fais pas le Tro breizh et les pardons tradis ; je ne porte pas la coiffe au quotidien ou dans les fêtes et je n'ai pas le drapeau noir et blanc planté dans mon jardin.

 

Mais qu'elle est belle, ma Bretagne !

 

 

29 avril 2025

Premières fois / Adrienne

 

 

 

La Bretagne, ce n’est pas un pays de « pour ou contre », il n’y a que des « pour » 🙂

 

C’est le pays des premières fois.

 

Première fois que mini-Adrienne fait la connaissance d’une côte sans sable et sans dunes, mais avec de gros rochers pointus.

 

Première fois qu’elle apprend que « pardon » veut dire autre chose que ce petit mot que sa mère exige d’elle à tout moment.

 

Première fois qu’elle voit des menhirs en vrai.

 

Vers ses 14 ans elle est en charge de la confection des pâtisseries hebdomadaires et découvre le far breton.


Ce sont les années 70 et la radio belge diffuse à profusion Alan Stivell, elle chante lalalala avec enthousiasme : elle ne comprend rien à ce qu’il dit mais trouve tout ça très beau 😉.

 

A Noël et au Nouvel An, les huîtres de Zeelande sur la table des grands-parents sont remplacées par les bretonnes.

 

Faut-il continuer ou est-ce clair ? Même la mère était fan, elle préférait l’hermine au lys et regrettait amèrement le mariage d’Anne de Bretagne avec le roi de France 😉.

 

Et plus tard, bien plus tard, il y a eu une dernière première fois : le « homard bleu grillé » chez Roellinger, près de Cancale.

 

Hé oui.

 

Il y a un avant et un après ce homard-là 😉.

 

***

 

La version des années 70 ressemblait plutôt à celle-ci, en fait :

 

29 avril 2025

Pour ou contre la Bretagne ? / Jean-Paul

 

Les Bretons sont « gentils »… ou alors ils sont réellement gentils.

 

Ils ne se scandalisent pas plus que ça d’avoir eu leurs femmes ou leurs filles caricaturées par les Parisiens sous les traits de Bécassine. Pas rancuniers pour un sou, ils se ruent en masse au festival de bande dessinée de Saint-Malo appelé Quai des bulles.

 

 

Ça n’a pas l’air de les gêner non plus que cet autre hymne régional composé à leur « gloire » comporte des couplets d’une stupidité et d’une vulgarité hors du commun. Je veux parler bien sûr de « Ils ont des chapeaux ronds vive la Bretagne, ils ont des chapeaux ronds vivent les Bretons ». On peut y entendre des paroles pleines de grâce comme :

 

« Mon grand-père et ma grand-mère

Ont l’habitude de coucher nus

Ma grand-mère est carnassière

Elle a mordu grand-père au cul »

 

 

La chanson du « Curé de Camaret » ne relève pas vraiment le niveau et celle du « Gendarme de Redon » n’est pas devenue non plus l’hymne de Fadièse Mitoute. Heureusement, cette dernière perle des Quatre barbus, il n’y a que moi qui la connais et comme je suis un gentleman – si, si, parfois, l’air de rien ! – je ne ne joue pas de cornemuse ni de biniou kozh et je m’abstiens de la chanter.

 

Ce côté « pardon des offenses », je ne sais pas si c’est la mort du pape François ou quoi mais je l’inscris dans la colonne des « pour ».

 

***

 

Dans le même registre chansonnier il y a par ici une espèce de légende urbaine qui fait de Théodore Botrel, l’auteur de la célèbre « Paimpolaise », un Parisien converti à la Bretonnitude. Je suis allé vérifier récemment : l’auteur de « Fleurs d’ajoncs » est né à Dinan !

 

Les Bretons sont gentils. Ça doit bien faire quatre ou cinq ans que les Tri Yann on effectué leur tournée d’adieux. L’un des trois Jean, Jean-Paul Corbineau, est même allé chauffer la place du pape François au paradis. Et voilà-t-il pas que je tombe l’autre samedi sur l’affiche d’un concert de Tri Yann à Nantes ? Il ne peut vraiment plus s’empêcher de faire le clown en costume du Moyen-Âge, Jean-Louis Jossic ? En plus d’être gourmande, elle est insubmersible, la jument de Michao ?

 

***

 

C’est peut-être parce qu’ici, dès qu’on peut faire la nique à l’Ankou, on ne s’en prive pas ! Immortels, on est ! La Bretagne est une terre de légendes. C’est surtout, comme à la foire teillouse de Redon une joute effrénée entre contous et mentous !

 

Prenez par exemple le macareux moine. Ce sympathique volatile au bec très coloré est devenu l’emblème de la LPO, la Ligue de Protection des Oiseaux et du département des Côtes d’Armor réunis. Or cela fait quarante ans que je vais me balader deux ou trois fois par an dans les environs de Lannion et je n’en ai jamais rencontré un seul. Ou alors il avait une capuche rabattue sur les yeux ?

 

C’est comme les douaniers sur le sentier du même nom ! J’ai eu beau me promener tant et plus sur le GR 34, je n’y ai jamais croisé un seul gabelou ! Pas même Jean-Jacques Rousseau ou Fernand Raynaud. Et pourtant je ne suis pas un imbécile, je l’aurais reconnu, le douanier Rousseau !

 

De la même manière il n’y avait pas de bruit dans Landerneau le jour où je suis allé prendre mon petit-déjeuner après avoir raccompagné des amis allemands à l’aéroport de Brest. Mais ça aussi, du bruit dans Landerneau, c’est une expression inventée par un Parisien, Alexandre Duval, qui était le grand-père d’Isaure Chassériau. C’était dans une de ses pièces de théâtre dont il n’est resté que cela !

 

On continue ? A part Bob Dylan et Neil Young on n’a jamais vu de vieille charrue monter sur la scène du Festival homonyme à Carhaix.

 

Il y a tout un tas de légendes arthuriennes qui entourent la forêt de Brocéliande du côté de Paimpont mais ce n’est peut-être que du folklore. Les mêmes inventions farfelues autour de Merlin, Lancelot, Viviane, Arthur se retrouvent, pas mieux localisées du reste, en Grande-Bretagne . La seule chose qui est sûre c’est que Robin des Bois a habité Sherwood et que Molière a écrit toutes les pièces de William Shakespeare.

 

A lister toutes ces inventions, imprécisions et autres imaginations j’en viens à me demander si les Bretons ne tissent pas sur leur très beau pays autant de concepts farfelus que Marius et Olive dans leur bonne ville de Marseille !

 

Pour un peu, à les écouter, la Bretagne serait un pays de montagne et les cyclistes de légende de l’Ouest armoricain, Louison Bobet et Bernard Hinault seraient devenus des aigles de Tolède au Tourmalet et à l’Aubisque parce que là-bas dans les Monts d’Arrée et à Yffiniac… Ho, les gars ! Le Roc’h Ruz culmine à 385 mètres de hauteur et l’altitude d’Yffiniac, c’est 10 mètres !

 

La Bretagne nous aurait aussi donné des grands hommes. Ah oui ? Qui ? Jean-Marie Le Pen ? Vincent Bolloré ? Elle pouvait se les garder !

 

J’ai vérifié avant de venir : Olivier de Kersauzon est né dans la Sarthe !

 

Surtout les Bretons ne sont pas très reconnaissants : il n’y a même pas une statue de Goscinny et Uderzo sur la grand’ place d’Erquy alors que ces deux chantres de la résistance à l’envahisseur ont localisé là le point de départ de toutes les aventures d’Astérix et Obélix !

 

Malgré toutes les bêtises que je viens de raconter, je mets la Bretagne, les Bretons et surtout les Bretonnes dans la colonne des « Pour ». Ils et elles sont finalement très, très gentil·le·s, très, très gourmand·e·s et assez paresseux·ses : tout ce joli monde tolère en son sein la présence d’un olibrius né dans le Pas-de-Calais avec un patronyme américano-russe et une plume parfois assez acerbe au motif que cet idiot-là n’a pas peur de se lancer dans la confection d’un kouign-amann et qu’il s’en sort toujours très bien !

 

***

 

Dans la colonne des « contre » je n’inscrirai que deux phénomènes qui à mes yeux relèvent de l’hérésie la plus totale :

 

- Le fait de s’empiffrer de galette-saucisse sur le marché des Lices à 10 ou 11 heures du matin le samedi.

 

- Toutes ces danses à la con dans laquelle on s’entortille les auriculaires dans ceux des voisins ou voisines et où on balance les bras d’avant en arrière tandis qu’on déplace les pieds latéralement en écoutant un ou deux musiciens pas vraiment meilleurs qu’Assurancetourix.

 

Obélix a raison, finalement : ils sont fous, ces Bretons !

 

 

29 avril 2025

Vous avez dit bretonnismes / Lothar


Au cœur de la Bretagne, assises sur le pas de la chaumière, Françoise questionne Marie :

 

– Alors Mamgoz, ces soirées au cyber-café ? Ça s’est bien passé  ?

– Bah, Françoise, j’ai laissé ma coiffe après moi, là-bas, mais j’ai pas été écrasée avec les voitures…

– Alors ma Marie venir nous voir, toi, là le soir, tu ne fais plus…

– Gasp ! Ça non. Je suis à faire toujours tout autour de mon internet, et souventes fois, avec le profil de Cloé ma petite fille…

– Je m’en rappelle…

– Une fois le temps, je suis à écrire des petits mots autour de moi, et puis aussi moitié trop, là, à un amoureux ouallon… Et puis, dis, sur l’écran, au milieu de tout, ça a marqué : Vous avez un message !

– Ma Doue beniget !!!

– Chut, chut, la Françoise, on va arrêter par-là de se rabattre de la goule. Je suis rendue à te le montrer, mais chut… :

 

Hé Babelute !

Beh quoi ?

Hé bondjou, Babelute ma biesse bien-aimée, j’aime brâmint tes belgitudes, tes belgicismes, ta belle gique, ton brol, tes blasphèmes. Oui j’en reste baba de tes babioles, de tes badinages, de tes bafouilles, de tes bagatelles, de tes batifolages et de tes bariolages. Moi le belgivore bagnard, basané, balafré, au bagou de bakchichs bonhommes. Je kiffe top grave tes ballades, tes ballerines, ton baragouinage, ta baraka. Et bandit je bande sur tes barbarismes baroques et bariolés. Je te baise, bien baveux bel et bien les bonnets, le bas ventre, la batterie et ta bécane bénie.

J’bas le beurre, là. J’suis bleu de toi.

Break & black-out &… èt dji bwè one bîre pour la route…

 

– Dis, Mamgoz Marie, c’est bien dommage que mainant on ne comprend plus le patois gallo… g’ à l’eau, quoi ?…

 

_________________
Expressions tirées de


https://www.skolvreizh.com/produit/les-bretonnismes-dherve-lossec/

 

P.S. : Expressions françaises régionales influencées par la langue bretonne s’effaçant :

 

Au milieu de tout : tout à coup

Autour : après, auprès de

Avec les voitures : par les voitures

Battre de la goule : papoter

Etre à faire quelque chose : en train de faire quelque chose

Gasp : mince

Laisser quelque chose après moi : oublier quelque chose

Ma Doue beniguet : Dieu béni

Mamgoz : grand-mère

Moitié trop : deux fois trop (!)

On va arrêter par-là : on va s’arrêter maintenant

Rendu à : être à l’étape de, en train de

Une fois le temps : de temps en temps

 

 

Les grand’mères à la mer ne sont pas amères :

 

 

29 avril 2025

Pour la Bretagne à jamais dans mon coeur / Marie Sylvie

 

 

Bien que la vie m'ait conduite à vivre loin de la Bretagne, cette région reste profondément ancrée dans mon cœur. C'est là que mes premiers souvenirs ont pris racine, dans les vastes plaines fleuries de Saint-Yvi où mes premiers pas m'ont menée à découvrir la beauté du Finistère. Je revois encore les champs colorés, le parfum des hortensias et les éclats de rire qui résonnaient dans nos farandoles, ces danses qui unissaient tout le village dans une communion simple et joyeuse. 

 


La Bretagne, c'est aussi le goût du far breton, une douceur qui m'accompagne toujours dans mes souvenirs, tout comme les légumes généreux de la région : le chou-fleur et l'artichaut, si fièrement cultivés sur ces terres fertiles. Ces saveurs racontent une histoire, celle d'une région authentique et fière de son patrimoine culinaire.

 

La musique du biniou, elle aussi, fait battre mon cœur. Chaque année, à travers le Festival Interceltique de Lorient, j'entends l'écho des traditions bretonnes qui vibrent jusqu'à mon âme. Ce festival est un rendez-vous incontournable, une ode à la culture celtique que j'adore célébrer, même à distance. Et parmi mes plus belles escapades, je garde précieusement le souvenir de mes deux visites à Sainte-Anne d'Auray, un lieu chargé de spiritualité et d'histoire que j'aimerais encore explorer davantage. 

 

En Bretagne je trouve également une richesse artistique et culturelle qui nourrit mon imaginaire. Mes acteurs bretons préférés, Lannick Gautry et Samuel Le Bihan, incarnent à mes yeux ce talent et cette passion pour l'art dramatique. Côté musique, mon admiration va à Nolwenn Leroy dont la voix sublime est un véritable hymne à la Bretagne, ainsi qu'à Tri Yann, Dan Ar Braz et Gwennyn, qui capturent à merveille l'âme musicale de cette terre. 

 


En somme, la Bretagne n'est pas seulement une région, c'est une part de moi. Même si je ne peux pas y vivre, elle vit en moi, dans mes souvenirs, mes goûts et mes rêves. 

 

Je suis pour la Bretagne, aujourd'hui et toujours, car elle m'a donné des racines et des ailes. 

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