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L'Atelier d'écriture de Villejean

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16 septembre 2025

A table / Anne-Françoise

 

J’ai aimé Myrtille à la crèche. En maternelle, ma petite copine, c’était Madeleine ; en primaire Charlotte. Au collège, j’ai craqué pour Cerise. Au lycée, j’ai fréquenté Vanille. Étudiant, je suis tombé amoureux fou de Prune. Adulte, j’ai rencontré Clémentine.

 

Elle était alors en couple avec Marcellin, un gars aux cheveux poivre et sel avec de la brioche. Il travaillait dans la même boîte que Clémentine et moi. Quelle tête de lard que ce Marcellin ! Il cassait du sucre sur le dos de tous et il n’y allait pas avec le dos de la cuillère, tout ça dans le dos ! Il n’avait pas la franchise de dire ce qu’il pensait devant les gens concernés, il était alors tout sucre et tout miel. Personne n’était dupe. Je ne comprenais pas que Clémentine, cette fille qui avait du goût, ait pu se mettre en couple avec un cornichon pareil.

 

Quand je la voyais le midi au resto d’entreprise, je la dévorais des yeux. Elle m’ignorait superbement, assise en face de son Marcellin. J’en étais tout chocolat. Je regrettais de ne pas l’avoir connue avant qu’elle se mette en couple avec cette andouille. Je me disais « les carottes sont cuites ! ». Je me sentais de plus en plus mal, j’étais désespéré. Le soir je rentrais chez moi et je chialais comme une madeleine. Je comptais pour des prunes dans le cœur de Clémentine, elle brisait mon petit cœur d’artichaut.

 

Et puis un jour, entre la poire et le fromage (un camembert au cœur coulant, je me rappelle), nos regards se sont croisés et, cerise sur le gâteau, elle n’a pas détourné les yeux. Ça s’est répété les jours suivants avant que Marcellin repère ce qui se passait. La moutarde lui est rapidement montée au nez. Il s’est approché de ma table et m’a frappé. Je suis tombé dans les pommes. Le lendemain, je me suis retrouvé avec un œil au beurre noir. Un coup de Marcellin qu’est brut de pomme, c’est pas de la tarte ! Je ne suis pas le chevalier Bayard sans beurre et sans reproches, j’ai démissionné dès le lendemain.

 

J’ai retrouvé un nouveau travail pour faire bouillir la marmite. Je vends des gamelles et des ustensiles de cuisine pour les restaurants. Ma chef, elle s’appelle Cannelle. C’est une grosse légume de la boîte. Elle me plaît vraiment. Je ne fais pas le fayot avec elle mais je mets les bouchées double pour la satisfaire. Elle est si douce, elle sent si bon… et vit seule dans un appartement à Chantilly où je l’ai suivie discrètement un soir. Je ne sais pas si je réussirai à la séduire. J’espère ne pas faire chou blanc mais pouvoir croquer la pomme avec elle...

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15 septembre 2025

Camille en fait tout un fromage ! / Jean-Paul

 

C'est sûr, l'Oncle Camille les enverrait bien tous se faire cuire un œuf, les toubibs et les spécialistes du corps humain ! Même s'ils font leur beurre en toute humanité, veillant à ce que vous n'alliez pas trop vite manger les pissenlits par la racine.

 

Mais si, voyons, Camille ! Camille Cinq-Sens, l'oncle d'Isaure Chassériau, le gros chauve qui tient le bistrot "Au vieux Saint-Étienne", rue de Dinan, à Rennes. Il n'a pas tant de brioche que ça du reste, même si ça lui court sur le haricot de devoir prendre ses comprimés contre le cholestérol chaque matin.

 

Il aimerait bien que le corps médical lui lâche la grappe mais, manque de bol, il a bien fallu qu'il aille pleurer comme une madeleine au téléphone pour avoir un rendez-vous chez l'ophtalmo, Madame Jocaste. Il faut dire qu'avec ce voile flottant devant son oeil droit, il était un peu beaucoup dans la panade.

 

Il n'a pas été trop nouille pour expliquer son cas vu que, une semaine après, il avait un rendez vous sur le coup de 8 h 15. Mais laissons lui la parole pour qu'il nous raconte lui-même la séance.

 

 

Ce n'est pas ma tasse de thé de casser du sucre sur le dos des gens. Mais la belle Irène, elle est brute de pomme. Je n'ai pas trop eu à faire le poireau vu que j'étais le premier client. Elle a discuté dans le couloir avec la secrétaire et puis elle m'a fait entrer dans son cabinet. Elle m'a dit, comme à tous les condamnés à mort, de m'asseoir le dos au mur à côté de ses instruments de torture. Elle a consulté son ordinateur et elle a demandé :

 

- Comment ça va, Monsieur Cinq-Sens ?

 

- Ben je traîne ce problème de toile d'araignée flottante, là.

 

Elle n'a pas ménagé la chèvre et le chou et m’a balancé en pleine poire :

 

- Ah bah ! Vous m'avez certainement fait un décollement de rétine, tel que vous êtes là !

 

- Si c'est ça, je ne l'ai pas fait exprès, ai-je cru bon de plaisanter.

 

Mais chez Mme Jocaste, pas la peine d'espérer tailler une bavette, inutile de jouer les andouilles. Elle est là pour faire bouillir sa marmite et faire bien son boulot, un point c’est tout. Elle s'est fermée comme une huître et elle a dit :

 

- Bon, on va voir ça.

 

J'avais ramené ma fraise, j'ai écrasé ma banane. Elle m'a fait lire les grands ZU, les MST plus petits et les ACAB encore plus petits, puisque ça faisait quatre ans que je n'étais pas venu et que quatre ans, ça représente un laps de temps suffisant pour que votre acuité visuelle se mette à sucrer les fraises et vous laisse en carafe. Mais bon, il n'y a pas eu de commentaire là-dessus.

 

- Ça se maintient bien. Alors maintenant, voyons ces mouches ! Je vais vous mettre des gouttes dans les yeux pour dilater vos pupilles, ce n’est pas agréable, ça va piquer.

 

C’est vrai, je pleure et je suis tellement stressé que je laisse tomber le kleenex qu’elle m’a donné pour essuyer le surplus. Du coup elle me fout dehors.

 

- Retournez vous asseoir en salle d'attente. Oui, prenez vos affaires.

 

J'ai bien senti que je ne deviendrais jamais copain comme cochons avec ce petit bout de femme haut comme trois pommes et toute en nerfs. Je suis donc retourné poireauter en face d'un grand Hercule, arrivé entre temps, qui n'en menait pas large non plus et semblait marcher sur des œufs. Une jeune femme plus accorte et plus douce est venue me demander de la suivre. Elle m'a demandé de poser mon menton sur sa guillotine , juste en face d’un gros objectif vert, m’a fait serrer les dents – les fesses, je ne pouvais pas plus -. Elle m’a photographié les mirettes puis m'a dit d'aller me rasseoir en face d’Hercule et de repoireauter.

 

Après Irène est revenue me chercher. J'ai eu droit à d'autres gouttes, à un fond d'oeil, sans doute, avec cette espèce de tampon de caoutchouc qui vient se coller sur votre œil pour qu’elle puisse zyeuter ce qui se passe dedans.

 

Je n'écoutais plus qu’à peine son peu d'explications, je tournais le regard dans les directions qu'elle m’indiquait. J'étais devenu un bon petit toutou obéissant, tout sucre, tout miel. Elle a fait le tour de la rétine avec son projecteur à repérer les fuyards, genre « Band on the run », de Paul McCartney.

 

- Mais elle est très belle cette rétine ! Je vais faire un deuxième tour pour m’en assurer.

 

- Pourquoi, il y a ballottage ? me suis je abstenu de commenter. A vrai dire, en l'entendant dire ça, je me suis senti un peu plus dans mon assiette. Et de fait, ces histoires de points noirs qui se baladent, qu'elle appelle des mouches, elle m'a expliqué que c'était une tempête dans un verre d'eau, c'étaient juste des débris du vitré – mais rien à voir avec Madame de Sévigné ! - qui allaient se déposer dans le fond de l'œil et que mon cerveau s'habituerait à les voir partir en eau de boudin. Bref, que ça n'était pas la peine de me mettre à deux doigts de tomber dans les pommes en imaginant que j'allais devoir m'acheter une canne blanche d'ici peu et que je ne pourrais plus voir de navets ou de daubes à la téloche.

 

Je ne vais pas faire ma tête de lard ni la fine bouche. Finalement, si elle ne m'a pas raconté de salades, j'ai peut être bien le cul bordé de nouilles. Comme dit l'autre, celui qui tombe du 17e étage, « Jusqu’ici, tout va bien ! ».

 

***

 

C'est donc tout à fait rasséréné que j'ai mis ma viande dans le torchon le soir. Mais j’ai quand même dit à mon épouse, Agatha :

 

- Avec l'absence de psychologie des toubibs actuels, celle-ci qui te fait entrevoir le pire pour te rassurer à la fin en te disant que tu n'as rien de grave et l’autre généraliste qui rigole comme un bossu quand tu lui dis que tu as attrapé la grippe et que tu l’as trouvée sévère, on n'est pas sorti de l'auberge !

 

- En attendant, a demandé Agatha, qu'est ce qu'on fait du chien qu’on va nous livrer demain ?

 

- Le chien? Quel chien ?

 

- Tes clients préférés, Pascal Lemouton, le professeur Krapov, Jean Émile Rabatjoie et Jacques-Henri Casanova t’ont vu baliser comme un malade à l’idée d’aller chez l’ophtalmo. Préventivement, ils t’ont acheté un chien d’aveugle.

 

- Mais de quoi ils se mêlent ces tronches de cakes ?

 

Un temps.

 

- Comment il s'appelle, ce chien ?

 

- Oedipe !

 

 

15 septembre 2025

Murmures à fleur de peau / Marie Sylvie

 


 

Il est entré dans sa chambre comme on entre dans un secret. 

Pas un mot, juste un regard et déjà elle sentait le feu sous sa peau.

Il la dévorait des yeux, lentement, 

Comme on effleure une cuillère de miel,

Avec cette faim qui ne se dit pas mais qui fait trembler les genoux.


 

Elle, elle avait un cœur d'artichaut, fragile, offert, prêt à s'effeuiller sous ses mains. 

Chaque feuille tombait comme une pudeur que l'on abandonne

Et au centre, il y avait ce cœur tendre, palpitant, affamé. 


 

Il l'a touché comme on goûte un fruit mûr 

Et ensemble, ils ont croqué la pomme dans un souffle, dans un cri, dans un frisson. 

Pas celle de l'interdit mais celle du besoin,

Celle qui fait exploser les sens et taire les pensées. 


 

Elle était tout sucre, tout miel, 

Ses mots fondaient sur sa langue, 

Ses soupirs glissaient entre ses dents comme des bonbons trop chauds.

Et lui, ivre de ses courbes, de ses parfums, 

La buvait comme un vin capiteux, sans modération. 


 

Puis, dans l'abandon, elle a pleuré comme une madeleine,

Non pas de douleur mais de trop d'émotion,

Comme si son corps débordait de tendresse, 

Comme si l'amour avait débordé du plat. 


 

Et lui, dans ses bras, sucrant les fraises 

Avec ce tremblement d'homme ému, 

Lui a murmuré qu'elle était son festin,

Son ivresse, son éternité. 

15 septembre 2025

Les Carottes sont cuites / Ghis Laine


 

La petite banque du village venait d’ouvrir depuis à peine une heure. Trois clients patientaient dans le silence, lorsque la porte vitrée s’ouvrit brusquement. Deux hommes cagoulés, Joe et Jules, pénétrèrent dans le hall. Tous deux avaient une quarantaine d’années, l’allure déterminée.

- Pas un geste, annonça Joe, d’une voix ferme. On veut l’argent, et vite ! "

La caissière, figée, obéit sans discuter. Jules surveillait les clients, revolver à la main. Les deux hommes se connaissaient depuis l’enfance, copains comme cochons, liés par des années de galères et de petits trafics. Aujourd’hui, ils étaient passés à quelque chose de plus risqué.

Les billets furent glissés dans le sac en silence. Pas de cris, pas de gestes brusques. Tout semblait se dérouler comme prévu. Mais dès que la caissière eut appuyé sur le bouton discret sous son comptoir, l’issue était hélas imaginable !

À peine deux minutes plus tard, alors qu’ils sortaient de la banque, une voiture de gendarmerie déboucha au coin de la rue. Joe s’arrêta net, le cœur battant.

- On est dans le pétrin ! dit il à Jules.

Ils tentèrent malgré tout de courir vers la ruelle voisine mais d’autres véhicules bloquaient déjà l’accès. Jules serra la mâchoire.

- On n’est pas encore finis…

- Si, Jules… On n’est pas sortis de l’auberge cette fois.

Les gendarmes se déployèrent rapidement, armés. Joe comprit qu’ils n’avaient aucune chance. Lentement, il posa son sac à terre et leva les mains.
Jules fit de même.
Tous deux furent menottés.


Un client qui avait suivi la scène derrière la vitre murmura :

- Finalement, ces deux-là, ils sont le dindon de la farce.

Le chef des gendarmes les mit dans la voiture et conclut, sans ironie dans la voix mais avec une certaine fierté du devoir accompli :

 

- C’est fini. Vous êtes bons comme la romaine pour finir en prison encore une fois !


Joe et Jules avaient fait chou blanc ! C'était la fin des haricots pour eux deux !


La banque retrouva son calme mais dans le village, longtemps, on reparla de ce braquage qui n’avait duré que quelques minutes mais qui comptait deux voleurs de bas étages de plus en prison !


Que voulez vous, on ne peut pas toujours avoir le cul bordé de nouilles !

9 septembre 2025

Consigne d'écriture AEV 2526-01 du mardi 9 septembre 2025 : Sub / Objectif n° 4

 

Sub/objectif n° 4

 

Sub/objectif est une revue de photographie de l'Université de Rennes dans laquelle on publie des photos argentiques, essentiellement en noir et blanc. Nous avons ôté les agrafes centrales de ce portfolio. Pour les besoins de l'édition les photos se sont trouvées associées deux par deux sur une feuille 21 x 29,7 cm au format paysage. Le hasard fait donc voisiner "Impression de déjà vu » d’Aymée P. et « Double » d’Eowyn G.

 

Le hasard ? Un simple voisinage ? Peut-être, mais vous qui êtes le "Deus ex machina" ou une écrivante imaginative ce jour, vous allez nous raconter le lien qui existe entre ces deux photos, ce qui se passe entre les deux. Rédigez un récit qui sera inspiré et illustré par ces deux photos. 

(cliquez sur les images pour les agrandir)

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 septembre 2025

Jeanne / Anne-Françoise

 

Jeanne habite au 9ème étage. Souvent, le soir, après sa journée de télétravail, elle s’accoude à la fenêtre et regarde la vie aller, là en bas, la ville aller tout en bas.

 

De là-haut, les bruits sont assourdis. De petites fourmis se déplacent sur les trottoirs. Lorsqu’il pleut, elles se transforment en charmantes petites pastilles colorées. Jeanne aime comparer la vitesse des voitures, motos, vélos ou piétons. Elle aimerait, comme elle le faisait enfant, déplacer les petites autos d’une pichenette, pousser les vélos de l’index ou faire slalomer plus rapidement dans la circulation les ambulances aux jolis petits clignotants bleus. Elle aime regarder le parc au loin. Il est vert, noir, rouge ou doré suivant les saisons. Toujours elle lève les yeux vers le ciel. Lorsqu’il est gris, elle guette les timides incursions de bleu. D’autres fois, elle suit les lignes blanches derrière les avions qui s’effacent progressivement ou transforme les nuages en personnages.

 

Elle évite d’avoir à descendre dans la rue mais il lui faut bien aller chercher son pain, faire ses courses, se rendre au cinéma. Elle n’aime pas : ça pétarade, ça klaxonne, ça claque, les bruits lui vrillent le crâne. Il y a en plus une rumeur sourde permanente qui sourd de l’asphalte ou d’elle ne sait où. Des bus aussi hauts que des immeubles ne lui offrent plus aucune perspective lorsqu’ils passent et s’arrêtent. Elle ne sait pas où offrir une bouffée d’oxygène à son regard qui étouffe. Elle déteste les odeurs des gaz d’échappement et elle est pétrifiée quand la foule des piétons se presse autour d’elle sur les trottoirs. Aussitôt qu’elle le peut, elle regagne rapidement son immeuble. Elle appuie frénétiquement sur le bouton de l’ascenseur pour retrouver le plus vite possible le calme du 9ème.

 

Aujourd’hui, c’est le jour de l’été, c’est dimanche, il est 6 heures. Elle descend. Elle touche les feuilles des arbustes derrière elle et tente d’en percevoir le parfum. Elle prend son poste d’observation de la rue. Il n’y a pas le rebord de la fenêtre pour s’appuyer mais elle garde cette position, le coude sur l’habituel métal de son appartement. Pour une fois, c’est calme. Personne ne circule, personne non plus sur le trottoir. Elle tourne la tête alternativement à droite et à gauche : rien, rien, rien…

 

Elle se met à marcher, traverse la rue, poursuit un peu et s’arrête. C’est toujours le même calme. D’en bas, son regard se porte sur le ciel puis sur sa tour. Elle est surprise de ces centaines de minuscules fenêtres qui sont autant d’yeux sur la ville. Elle cherche la sienne : celle-ci ou celle-là, à moins que ce ne soit plutôt celle-là, non, peut-être celle-ci ? Elle devrait pourtant bien la reconnaître puisque c’est la sienne, celle d’où elle voit sa rue, sa ville autour et son ciel, son paysage quotidien à elle, son intimité à elle, ses rêves à elle, à elle seule… Ses yeux s’agitent en mouvements saccadés qui s’accélèrent. Il y a tant de fenêtres qui lui semblent autant de violations de son espace personnel qu’elle ne retrouve plus à cet instant...

 

Elle fait demi-tour, le regard sur le trottoir. Rentrée chez elle, elle va vers la fenêtre. Elle y reste longtemps. Peu à peu, son cœur se calme. Non, décidément, elle en est sûre : il n’y a qu’elle à voir et à ressentir ce qui se passe là…

 

 

9 septembre 2025

Etre un oiseau / Anne J.

 

« Pourquoi je vis, pourquoi je meurs ?
Pourquoi je ris, pourquoi je pleure ?

[...]
J'aimerais mieux être un oiseau » chantait Balavoine.

 

Ou être le vent ?

 

Être le vent qui fait tourner ce drôle d'oiseau blanc qui ressemble au petit moulin à vent coloré que ma grand mère attachait au bras de ma poussette sur le chemin du Thabor ?

 

Être cette force qui fait se mouvoir ces grandes pales blanches qui font comme les ailes d'un fou de Bassan dans l'azur du ciel ?

 

Et vivre avec le vent ?

 

Je vis avec le vent ;

Le plus souvent il m'aide à me sentir vivant ;

Je le respire au petit matin quand j 'ouvre la fenêtre ;

Je le sens qui m'envoie des rafales de pluie ;

Je lutte contre lui pour tenir mon parapluie ou marcher dans les rues ;

J'en ai peur un peu depuis qu'il a détruit tant d'arbres et soufflé les toits des maisons ;

Je le crains quand il s'engouffre dans ma cheminée et fait battre mes volets.

 

« Je sens quelque chose
Qui m'attire, qui m'attire, qui m'attire
Vers le haut »

 

"Qu'est ce que tu veux faire quand tu seras grand ?"

M'a-t-on demandé souvent

"Voler avec les oiseaux et piloter un avion ?

Aller voir la lune et devenir astronaute ?

Regarder le ciel et les nuages et devenir météorologue ?

Te délivrer de la pesanteur et sauter en parachute ?

Te prendre pour Icare et essayer l’aile volante ?

Construire de tes mains ces grandes ailes qui tournent ?

Écouter de ton champ le bruit et la musique de ces beaux oiseaux blancs ?"

 

Que nenni !

Les hasards de la vie

ont fait que j'ai construit

ces grands escaliers qui montent

des entrailles de la terre

vers la lumière du jour.

 

« J'ai jamais eu les pieds sur terre

j'aimerais mieux être un oiseau »

 

9 septembre 2025

Écho de l'eau / Marie Sylvie

 

 

Dans l'intimité voilée la première lumière, un bouquet de tendresse s'élève, flou comme un souvenir caressé.

 

Ses pétales, chuchotis de soie et de clarté, s'abandonnent à la grâce éphémère d'un vase secret.

 

L'eau, invisible donatrice, murmure la survie, une lente danse pour prolonger le souffle d'une beauté offerte.

 

Chaque goutte est une promesse, un battement de cœur suspendu, et le titre se fait écho d'une dévotion où l'existence d'un être devient la plus précieuse des mélodies.

 

C'est l'âme d'une vie qui s'accroche, portée par le cristal et le temps.

 

 

Puis, le regard s'évade, plongeant dans l'immensité argentée du monde.

 

Là, sous le ciel de Bretagne, l'eau s'étire, miroir fidèle des cimes et des profondeurs.

 

Un arbre majestueux, silhouette d'encre et de vie, se reflète dans les cercles concentriques de l'ondulation.

 

Chaque frisson de surface est une pulsion, un souffle qui traverse les époques.

 

Ce n'est pas la survie d'un instant mais la vie resplendissante elle-même ancrée et épanouie.

 

Les racines plongent, invisibles et puissants, et l'eau est la sève qui monte, la sève qui danse, la sève qui sculpte la grandeur.

 

Le paysage chante l'éternité des choses, la force tranquille qui jaillit des profondeurs.

 

***

 

Entre le flou intime du bouquet et la clarté du reflet boisé, l'eau tisse son fil d'argent.

 

Elle est la survie discrète dans l'obscurité d'un vase puis la vie débordante qui fait résonner le monde.

 

Deux rives d'une même essence, deux chants d'un élément vital, prouvant que, de la plus petite goutte à l'étendue infinie, l'eau reste le berceau et le souffle de l'existence, un écho poétique entre le cœur qui aime et la nature qui respire.

 

 

Dans le vase,

L'eau est promesse de demain.

Dans le reflet,

Elle est éternité d'aujourd'hui.

 

L'une nourrit le fragile instant,

L'autre amplifie la grandeur du monde

Mais toujours

L'eau reste le miroir où la vie se reconnaît.

9 septembre 2025

Bavure / Jean-Paul

 

 

Il avait un beau chapeau rouge avec des points blancs.

On l'a cuisiné un peu violemment, ce clown.

Il n'était pas solide

On n'en a fait qu'une bouchée.

Il a fallu l'emmener à Pontchaillou, le CHU de Rennes.

 

Après ça les bœufs-carottes ont débarqué.

Ça a été tout un cirque.

On a pris lourd sur le chapeau, nous aussi.

 

Il nous a bien empoisonné l'existence,

Ce vénéneuneux !

 

 

 

9 septembre 2025

Reflets de l'eau, murmures de vie / Marie Sylvie

 

 

Sur le sable blond, où l'écume murmure des récits anciens,

L'onde salée de la mer, immense miroir du destin.

 

Le vent marin caresse, doux et pur, la peau dénudée

Tandis que la vie s'éveille au bord de l'immensité.

 

Source première, berceau salin, chaque vague qui s'élance

Est un battement de cœur, une éternelle danse.

 

 

Puis le voile noir tombe et les pavés luisent sous le ciel nocturne,

La pluie douce descend, perles de diamant, sur le bitume.

 

Elle lave les murmures du jour, les ombres et les doutes,

Et dessine des rivières éphémères sur les routes.

 

Les phares lointains fendent le rideau d'argent,

Reflets mouvants d'un monde toujours changeant.

 

 

 

Deux mondes, deux souffles, deux scènes en noir et blanc,

Reliés par l'eau, ce fil d'argent, ce don puissant.

 

Qu'elle soit vaste mer ou larme du ciel,

L'eau est la vie, l'essence éternelle.

 

Elle chante, elle pleure, elle danse et elle forge

L'âme de notre terre, son battement, son horloge.

 

Dans ces clichés silencieux, elle murmure sa présence,

Éternelle et sacrée, sa douce et forte cadence.

 

 

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