Hugo, intrépide, arpentait les sentiers boisés, poussé par une hâte instinctive. Devant lui, une habitation isolée, enfouie sous les branches d'un hêtre imposant. Son cœur battait au rythme d'une horloge intemporelle, comme si le temps lui chuchotait un secret oublié.
À l'intérieur, une histoire indicible attendait son lecteur : un manuscrit posé sur un hautbois immobile, figé depuis des décennies. Les pages évoquaient un hiver interminable, une horreur inexplicable et un destin lié à un hôpital iatrophobe où les âmes erraient en silence.
Sans hésitation imprudente, Hugo, insouciant, tourna les feuillets, dévoilant un héritage inouï qui allait changer sa vie. Dans les dernières lignes, une mention énigmatique : " Horoscope inattendu : ton choix définira ton avenir.".
Hugo inspira profondément. Harmonie insaisissable ou hallucination inquiétante ? Seul le destin le saurait...
Il vit à Herculanum en Italie, celui que toute la ville appelle « le capitaine Haddock », un Islandais venu habiter dans une cabane, sur un sol noir de lave, près du Vésuve.
Il élève des poules, quelques coqs et des lapins. Par ailleurs, il cultive des haricots indigestes et aussi quelques légumes.
Le dimanche matin, vêtu de haillons innommables, d’un haut-de-forme irisé qui lui donne l’air d’un baron fauché, il s’en va au marché vendre ses produits avec un baudet attelé à une charrette.
Il glisse son harmonica islandais dans sa poche. Il en joue de temps en temps pour attirer les clients s’ils se font rares.
Ce matin, une bohémienne, harpiste incroyable, est venue s’installer près de son étal. D’une voix mélodieuse, elle chante la Habanera ibérique en s’accompagnant de sa harpe. Haddock est sous le charme. Les clients, eux aussi séduits, affluent pour écouter la chanteuse.
« L’amour est enfant de Bohême Qui n’a jamais jamais connu de loi… »
Haddock vend tout son stock de légumes et de volailles, tout en prêtant une oreille attentive au chant de sa voisine :
« L’amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser… »
Les pièces tombent dans la sébile de la bohémienne.
A la fin du marché, les clients avec des paniers pleins de provisions, s’égaillent joyeusement dans la nature. Haddock et la harpiste sont occupés tous les deux à plier leur matériel.
Lorsqu’il est prêt, Haddock sort son harmonica et joue, il joue brillamment devant la bohémienne épatée qui le quitte en lui disant d’un air espiègle « à dimanche prochain » et en fredonnant :
Un Himalaya infranchissable, composé de questions folles qui s’empilent, taraude l’auteur de ces lignes. Toutes les hypothèses, même les plus invraisemblables sont possibles. Il suffit que cet hurluberlu iconoclaste se lance, tel Sherlock Holmes, dans des investigations relatives à ce qu’en bon français on appelle désormais un « cold case » pour que l’histoire devienne très vite… interminable !
Certes, l’héroïne du fait divers est inconvenante. La dame trompa son mari. L’hédonisme irréfutable de cette étrangère boute-en-train qui se livra dans son hamac à l’indolence de l’abandon, s’il plut bien au comte de D. qui coquetait depuis un certain temps déjà autour d’icelle, ne fut pas du goût de l’hôtesse des lieux, l’ineffable belle-mère, la duchesse de C. Celle-ci en effet était plus férue des saintes huiles et des inquisitions du temps où les hallebardes n’étaient pas que d’incessantes hachures inclinées indiquant qu’il pleuvait dans la Sarthe où l’affaire se passa.
Et donc nous sommes en droit de nous demander, après toutes ces années, après ce jet de cendres comme à Herculanum où l’irradiant Vésuve cracha ses anathèmes, un certain nombre de choses dont celles-ci :
- Pourquoi donc le portrait de la femme adultère, l’hétaïre indigne, est-il resté dans le château de S. malgré les nombreux changements de propriétaires entre 1900 et 1978 ?
Est-ce le fait qu’elle soit représentée sur ce tableau avec les attributs honnêtes et insoupçonnables de la mère de deux enfants en bas âge qui valut au tableau de la princesse d’être épargné de la vindicte de Belle-Maman ?
Peut-être aussi fut-il victime d’une hibernation indispensable, remisé au grenier de cette habitation importante, oublié là puis ressorti en 1978 par ce conservateur illustrissime dont je suis chargé, depuis peu, de rédiger une hagiographie inspirée ?
Ce natif de Châlons-sur-Marne, cité devenue depuis Châlons-en-Champagne, où naquirent également Pierre Dac et Jean Cabut, deux humoristes indispensables, ignorait peut-être, en réinstallant l’image de la princesse d’origine russe à l’entrée du Salon vert qu’il froissait à nouveau les hobereaux intransigeants et les pousseurs de « Heula » irrités qui avaient mis le couvercle sur cette histoire de cocufiage chez "nos maîtres".
***
Ma hantise inconsciente, depuis ce matin, est celle-ci : quand on compare le portrait de la princesse peint par Charles J. Chaplin, celui que l’on trouve maintenant sur Internet, avec celui de la mère des deux enfants tiré de mes archives personnelles, on ne voit pas vraiment de ressemblance entre les deux visages peints.
Et on se demande bien pourquoi une princesse russe dont la famille avait des possessions dans la Creuse a pris le parti de déguiser son fiston avec des habits infiniment identitaires : le petit Emmanuel, s’il s’agit de lui, porte un costume quimpérois !
Peut-être, pendant mon séjour dans ce château, m’a-t-on nourri de « défèque niouzes » habilement insidieuses de manière à ce que, totalement halluciné par la vision quotidienne de ces trois personnes innocentes et de ce costume brodé, je puisse me faire à l’idée que je quitterais un jour le château de Sablé-sur-Sarthe où j’étais pourtant si bien pour aller faire, chaque semaine, le guignol dans la salle Mandoline de la Maison de quartier de Villejean à Rennes, en Bretagne ?
Cette mère et ces enfants ne s’appellent peut-être pas plus Galitzine et de Chaulnes que mon épouse et moi ne sommes Joe Krapov et Marina Bourgeoizovna.
La seule chose dont on est sûr·e·s, ici, ce soir, c’est que Laure Manaudou et Isaure Chassériau ont réellement existé.
Quatre réveillons de Noël. 2, Ce qu’en dit Mirabelle
1. Mirabelle est dans sa chambre. Jette-t-elle des sorts ? Dirige-t-elle un orchestre imaginaire ?
2. Elle sort affronter le monde…
3… même s’il est adouci par la neige qui tombe au-dehors. On a sonné. Elle ouvre la porte, fait bon accueil à l’oncle Ludovic, la tante Samantha, leur bébé Bigorneau, son cousin germain, et à Mamita, leur grand-mère commune qui l’est moins qu’on le croit...
4…. car elle arrive les bras chargés de cadeaux.
5 Pour Mirabelle, ce sera une chaîne dorée au bout de laquelle…
6. … pend une montre à gousset. Mais c’est l’heure de l’apéritif...
7. … et puis on passe à table
8. Après le plat de résistance, Samantha accompagne au piano Marinette qui chante. La tristesse envahit Mirabelle au grand dam de Mamita.
9. Elle quitte la table en pleurant…
10... va sécher ses larmes près de la cabane au fond du jardin.
11. Et puis c’est le dessert, un joli fraisier tout garni d’accident dans l’air.
12. Mirabelle se prend un savon maternel.
13. Heureusement reste la musique. Elle peut enfin jouer du piano. Il est 23 h 20 ou 3 h 45 sur cette montre à gousset. Marche-t-elle encore seulement ? A un rythme tout à fait personnel ? Et Bigorneau, pourquoi n'est-il pas encore couché ?
***
Il s’agit d’une œuvre collective à constituer. Vous êtes chargé·e de transformer le scénario ci-dessus en une nouvelle littéraire.
C’est le personnage de Marinette qui raconte toute cette suite d’événements d’un moment familial. C'est donc un« je » qui raconte. A partir des images publiées temporairement ici
vous écrivez un des épisodes que le hasard vous a attribué en étant le plus précis possible dans vos descriptions et dans la psychologie que vous prêterez aux différents personnages.
Pour l’écriture en ligne, choisissez ce qui vous inspire dans les treize situations et faites de même. Racontez-en autant que vous le souhaitez. Gardez à l’esprit que le résultat final sera publié SANS LES IMAGES (ou sans ces images-là) !
Je suis Mirabelle. Je déteste ce prénom donné par ma mère parce qu’avant ma naissance mon père et elle étaient partis dans le Jura et avaient mangé des mirabelles. Tu parles d’une histoire archi-nulle !
Mon père est parti. Nous nous entendions bien et il m’a laissée avec ma mère qui est une personne narcissique. Si seulement elle pouvait mourir près du lac où Narcisse s’admirait lui-même et où il en est mort !
Pendant quelques minutes je vais mettre mon manteau à cape violet qui me transforme en sorcière. C’est mon habit-sauveur qui repose au fond de mon armoire.Habillée de ce manteau je peux lancer des bons sorts, des mauvais sorts. Ce soir je veux que mon père vienne dans ma tête. Il était un grand pianiste et il est parti au Groenland pour jouer sur la glace. Nous ne l’avons jamais revu.
Je veux que mon père vienne dans ma tête et dirige mes mains et mes pieds pour que je joue la plus belle partition du monde. Waooh !
Ghyslaine
2.
J’avais mis mon portable à charger. C’est le portable de Papa que j’ai récupéré et c’est Mamita qui paie le forfait. Ça plaît pas à la daronne ! J’fais gaffe quand je sais que la soirée va durer des plombes. Et en plus tout le monde va être en admiration devant le Bigorneau qui est trop moche ! La daronne m’a appelé et j’ai été dans la salle. J’ai enlevé ma queue-de-pie et laissé mon portable dans la chambre sans quoi elle aurait encore hurlé. Elle était dans la cuisine en train de recompter toutes ses bouteilles. Elle m’a d’abord engueulé que j’avais pas bien passé l’aspi, que je l’avais pas aidée en cuisine, que j’étais pas sapée correctement pour le réveillon et que j’avais pas intérêt à faire la gueule.
J’ai pensé que ça me ferait du bien de voir Mamita. C’est pour elle que je me suis teint les cheveux, pour les avoir de la même couleur que son sari. J’avais vu un tuto sur Tiktok – évidemment ça a pas plu à la daronne Pourtant c’est marquée sur la boîte : « couleur lie-de-vin ». J’lui ai dit mais elle a pas rigolé. Mamita m’a dit qu’elle m’avait choisi un beau cadeau. On a attendu. J’avais trop envie d’aller chercher mon portable dans la chambre mais déjà qu’y avait d’l’ambiance, j’voulais pas en rajouter.
Anne Françoise
3A.
Ouais, c’est Noël ! On sonne à la porte. C’est Mamita, elle entre chargée de cadeaux. Nous sommes excités.
Edorée
3B.
Ça sonne à la porte. Ah, c’est Mamita avec Samantha, Ludo et Bigorneau. Je les vois trois fois par an. Noël, Pâques et Toussaint. Et pourtant ils se prétendent tous athées !
Ghyslaine
3C.
Chic ! Ce soir c’est la fête de famille de Noël. Je vais enfin pouvoir m’évader du tête-à-tête avec ma mère. Elle m’énerve vraiment ; depuis deux semaines elle fait une fixette sur mon portable. Elle semble ignorer que la musique est une vraie consolation pour moi, surtout depuis que mon père a disparu..
Oh ça sonne ! Je descends vite les accueillir. C’est MA famille ! Celle de MON père. Finalement ma mère n’est qu’une pièce rapportée.
J’adore Mamita et je sens que c’est réciproque. Et puis Bigorneau est MON cousin ! Il est trop chou !
Bienvenue, Mamita, Samantha, Ludovic et Birgorneau ! Bienvenue, ma famille ! Entrez au chaud !
Je suis polie mais je pense que le joli paquet de Mamita est pour moi. Elle me fait tous les ans un joli cadeau pour Noël. J’ai bien compris le mois dernier qu’elle tâtait le terrain, que derrière des questions innocentes elle cherchait à percer mes goûts. J’espère que la télépathie va marcher et qu’il y a une jolie montre à gousset dans le paquet. J’en rêve depuis trois mois et j’espère qu’elle sera encore plus belle que celle de ma copine Mia.
Dominique
4.
J’ai enlevé ma pelisse de chef d’orchestre et je suis vite sortie de ma chambre pour aller ouvrir aux arrivants.
Ce sont les membres de ma famille : ma grand-mère, Mamita, mon oncle, Ludovic, sa femme, Samantha ,et leur petit bébé tout neuf, Bigorneau. Oncle Ludovic est encore sur le seuil et tient Bigorneau dans ses bras . Il y a un manteau accroché à la patère mais oncle Ludovic a encore son pull et une grosse écharpe en laine bleue. Et leur valise n’est pas encore montée à l’étage. Moi j’ai mis mon tee-shirt avec le sapin vert et je suis toute contente de voir Mamita, ma rani, ma rani indienne avec son sari et son troisième œil sur le front. Mamita en bonne grand-mère a les bras chargés de cadeaux. J’ai hâte que nous les déballions.
Eliane
5. A
Elle m’offre une montre à gousset attachée à une chaîne dorée qui appartenait à l’aïeul. C’est vieux. C’est pas moderne. Mes copines vont se moquer de moi.
Edorée
5. B
Super ! Mamita m’a offert la montre de son mari, le grand-père Basu. Elle est magnifique. Quand j’allais chez elle à Bagneux, plus petite, elle me laissait fouiller, farfouiller, fouiner dans les étages de leur pavillon. Il y avait là des malles pleines d’étoffes chamarrées, des albums de photos en noir et blanc avec d’élégants messieurs à turban blanc, des chasseurs juchés sur des éléphants, des paysages exotiques.
Papy Basu avait terminé sa carrière comme attaché d’ambassade en France et Mamita s’était tellement acclimatée à notre pays qu’avec le temps ils n’avaient plus aucune attache familiale en Inde. « Avec le temps, on a tué tout le monde » disait-elle déjà en riant. On est des assassins, on ne va pas se réincarner en quelque chose de bien ! »
Papa et Samantha étaient devenus de jeunes adultes parfaitement francophones. Un bel exemple d’intégration. Moi j’avais deux ans quand Papy Basu avait fait l’infarctus qui devait lui être fatal.
C’était sympa de m’offrir cette montre qui me rappelait ce pavillon fabuleux qu’ils avaient à Bagneux. Je pouvais faire tout ce que je voulais dans cette grande maison et je rêvais souvent comme ce n’est pas permis sur la descente de lit en peau de tigre.
Jean-Paul
5 C
-C’est la montre à gousset de mon père. Elle est en en or et elle est magique, me dit-elle. Il y a un petit bouton… Si tu veux retourner dans les temps anciens… par contre tu ne peux pas aller dans les temps futurs.
Est-ce vraiment dommage ?
Et elle ajoute :
- Bouddha aurait dit : C’est très bien comme ça ! Vivons dans le temps présent !
Bouddha, ce n’est pas mon pote. Vivre dans le temps présent quand il est pourri, ce n’est plus de la sagesse, c’est du masochisme !
Ghyslaine
6. A
Maman tape sur son verre avec sa petite cuillère. Mais pourquoi a-t-elle cette manie, au moment de l’apéro, de tenir l’habituel petit discours, aussi pénible qu’une prière avant chaque repas chez les cathos tradis ? Je ne l’écoute pas. Je vais encore avoir droit à son petit couplet comme quoi je suis une rêveuse, que je n’ai pas le sens des réalités.
- Mais qu’est-ce qu’on leur apprend à l’école ? Elle n’aide jamais, elles est toujours à rêvasser, le nez dans ses bouquins ou dans ses partitions, à imaginer qu’elle va faire la même chose que son père, avoir plus de succès que lui, devenir une star !
Quelle mauvaise femme elle peut être, parfois !
Je tourne le remontoir de la montre à gousset. Si je le tire vers la droite, comme me l’a montré Mamita, je peux faire tourner les aiguilles en avant ou en arrière.
Si j’avance les aiguilles d’une heure et vingt minutes, est-ce qu’on sera rendus au dessert ? Est-ce que c’est une montre magique, comme un minuteur ? Au lieu de sonner il file un croche-pattes à la porteuse du gâteau qui s’étale le nez dans le fraisier ! Une arme létale indécelable qui évite de passer à l’acte.
Jean-Paul
6. B
Pour l’apéritif je n’ai pas eu droit à la même boisson que les grands. Pour une fois je pouvais faire une exception mais maman me l’a interdit. J’ai dû boire du jus de fruits. Nous nous installons à table.
Edorée
7.
Allez, j’en reprends en douce, du champagne pendant que Mariette est partie chercher son chutney dans la cuisine
Ah ! Bien fait pour elle ! Vu l’épaisse fumée noire qui sort de la cocotte elle n’aura pas droit aux compliments de la tablée : son plat a cramé !
Il y a des jours où je la déteste tellement que je l’imagine pourvue d’un amant qui s’appelle Roger. Un jour qu’ils seraient seuls à la maison, je reviens avec ma cape d’invisibilité et je pousse le bonhomme dans l’escalier de la cave.
Après elle a un mal fou à expliquer aux gendarmes ce qui s’est passé exactement !
Jean-Paul
8.
C’est trop nul, ce Noël ! J’peux même pas envoyer un SMS à mes potes. Et puis elle nous gonfle trop avec ce chant de Noël à la con. Douce nuit, sainte nuit, tu parles, y’a rien de plus chiant ! Et je dis pas la honte quand je vais me pointer au collège avec la montre à gousset !
Je sais bien que c’était la montre de grand-père, Mamita, mais tu ferais mieux de la garder et de la refiler à Bigorneau quand il sera plus grand ! Moi j’en ai pas besoin, j’ai mon téléphone.
J’en ai vraiment marre. C’est trop injuste ! J’suis juste une pauvre orpheline, et ce soir, pour fêter Noël, j’ai plus rien ! J’suis démunie, coupée du monde : Nan ! J’en veux pas d’son gâteau ! Tous les ans c’est la même chose, elle va se pointer et dire : « Attention ! Attention ! C’est l’heure du fraisier ! » D’ailleurs les fraises à Noël, c’est pas écolo. Moi c’que j’aime, c’est l’chocolat !
J’parierais que Samantha va nous jouer ‘Ô Tannenbaum » ! Aaaah ! On aura encore droit à ça ! Ah, j’suis trop déprimée ! J’en peux plus d’cette famille à la con ! Et le Bigorneau qui va pas arrêter d’chialer ! Sa mère pourrait bien s’occuper de lui au lieu de nous prendre la tête avec ses chants allemands !!
Ouh ! J’en ai vraiment marre ! Quand je pense à ma copine Clara qui s’éclate en ce moment à Ibiza ! Ses parents à elle, ils sont dans le coup, pas comme nous ! Nous on est vraiment nuls !
Claude
9A.
Nous avons bien mangé. Alors que tante Samantha s’installait au piano et que maman se transformait en chèvre en chantant, je fus prise de mélancolie car une personne manquait à cette fête de Noël. J’aurais tant aimé que papa soit là mais il a soudain disparu.
Édorée
9B.
Et maintenant, voilà ma mère qui chante ! Mais ce n’est pas vrai ?! On m’aura tout fait, ce soir ! Maintenant je connais la musique et je vois bien qu’elle chante faux !
Mamita m’offre un cadeau pourri ! Non mais ! La vieille montre du grand-père, ou même peut-être de l’arrière-grand-père ! ! J’vais avoir l’air de quoi, moi, devant mes copains qui ont des montres connectées ? Une montre à gousset ! Ils ne savent même pas que ça existe ! Il manque juste le petit gilet avec sa pochette ridicule pour y glisser la montre ! Je ne peux même pas me défouler en appelant ma copine puisque l’on m’ a confisqué mon téléphone. En plus massacrer cette chanson que j’aimais tant quand j’étais petite ! Mamita essaie de me consoler mais là, c’est trop ! Quelle soirée galère ! J’avais pourtant fait l’effort de mettre mon tee-shirt avec un petit sapin vert, pressée de faire la fête. Un petit sapin à douze ans, mais c’est la honte ! L’année prochaine je pars chez Mamita aux Antilles. Peut-être que j’y retrouverai mon papa.
Maryvonne
10 A.
Je me lève brusquement. Je sors dans le froid, dans la neige pour pleurer. Je voulais cacher ma tristesse à Mamita car je ne voulais pas qu’elle soit triste elle aussi de l’absence de son fils. .
Edorée
10B.
Le cadeau qui m’était dévolu est une chaîne à laquelle est accrochée une jolie montre à gousset. J’ai eu un gros coup de blues quand Maman s’est mise à chanter, accompagnée au piano par tante Samantha. Maman chante bien, surtout après quelques coupes de champagne et la mélodie que joue Samantha est belle. Maman a l’air douce et ce n’est pas toujours le cas malheureusement. Mon coeur s’est serré. Je suis émue. La famille est réunie mais je ressens un manque. Pourquoi Papa n’est pas là et où peut-il bien être ? Je préfère aller dehors pleurer. La nuit est belle, même s’il neige. Je me réfugie près de la cabane qui sert à ranger les outils. Cela me fait encore plus pleurer. Qui va se servir de ces outils maintenant que papa est parti ? Je regarde la montre. Elle n’est pas neuve. Était-ce celle du grand-père ? Je laisse couler mes larmes à flots mais il va bien falloir que je les sèche et que je retourne à l’intérieur partager ce réveillon avec les autres.
Eliane
11A.
Je suis revenue pour le dessert parce que j’aime trop le fraisier de maman. Elle est comme elle est mais la pâtisserie, ça, elle maîtrise. Il est vraiment beau et on voit qu’elle est fière d’elle. La perspective de ce gâteau me console du gros chagrin que j’ai eu tout à l’heure. Je n’ai pas aimé les vieilles chansons qu’elles ont chantées. J’avais préparé un texte de rap, poétique, que je rêvais d’accompagner au piano. J’y parlais de mon père, le grand guide de haute montagne, mort trop tôt, congelé dans une crevasse.
Ma mère n’aime pas que je parle de lui mais je pensais que ce soir, avec ma famille paternelle présente, elle allait m’autoriser. Mais non, comme souvent elle a pris toute la place. Elle continue à me considérer comme une petite fille, elle ne me laisse pas grandir mais moi j’ai la tête pleine de poèmes et de mélodies et je me sens vraiment incomprise. Ah si mon père était encore là ! Lui il m’écouterait.
Dominique
11B
Les plats ont défilé sur la table. Ma tante et ma mère ont chanté des chants traditionnels. C’était mortel.
Ma mère a apporté le gâteau aux fraises comme à tous les Noëls. Mais comme elle avait trop bu de champagne elle s’est pris les pieds dans un jouet, un train, et s’est retrouvée le nez dans le fraisier, à la Charlot !
Ghyslaine
11C.
C’est l’heure du gâteau. Maman apporte un fraisier, mon dessert préféré. Elle arrive en souriant, nous applaudissons mais Patatras ! Elle trébuche sur le jouet de Bigorneau qui traînait par terre.
Edorée
12A.
Maman, très fâchée, me reproche ma négligence car j’aurais dû ranger les jouets de Bigorneau.
Edorée
12B.
J’en ai plus que marre. On dit que les adolescents sont difficile, OK mais alors les vieux cons, là, ils s’en souviennent, eux, de leur adolescence ? On se fait engueuler mille fois par jour, on se fait traiter de débiles, d’ectoplasmes, de bons à rien du matin au soir. Quoi qu’on fasse, ça va jamais ! Non, mais, ils se voient pas, eux !
Alors cette soirée de Noël, je m’en souviendrai. A pars ma Mamita, c’est une bande de tordus, ma famille, je peux plus les voir. L’hystérie, surtout ma mère ! Alors là, c’est le pompon ! Elle s’est mise à me hurler dessus parce qu’elle s’est cassé la figure à cause d’un jouet du Bigorneau. Et bien sûr, je me suis fait engueuler. C’est un comble ! J’ai rien à voir avec les jouets du Bigorneau. Il a des parents, non ? Ils ont qu’à s’en occuper des jouets de leur mouflet ! Qu’est-ce que j’ai à voir là-dedans ?
Bon, Papa s’est tiré, je le comprends, hein ! Si je le pouvais, je me tirerais aussi. Franchement depuis qu’il est parti, elle est à moitié folle, elle se déchaîne. Au fond elle me déteste. Je le sens. Ma seule présence l’énerve. Tout le monde se rend compte qu’elle ne tourne pas rond. Pis alors ce réveillon… Elle a pas arrêté de râler, c’est toujours elle qui fait tout, que les autres y mettent les pieds sous la table et se bâfrent, que ça lui coûte une fortune, qu’elle est toute seule, qu’elle fait la cuisine depuis deux jours… Ben elle a qu’à pas le faire et dès qu’elle peut elle s’en prend à moi parce qu’avec les autres elle ose pas. C’est tellement plus simple de s’en prendre à moi ! Moi si ça continue, j’me tire chez Mamita !
Véronique
13
Je suis fâchée. Pour me consoler, je me mets au piano. La musique adoucit les mœurs mais voilà que Bigorneau se réveille, pleure. Alors mon oncle Ludovic est allé le chercher, l’a bercé au son de la musique. Pendant ce temps tante Samantha débarrassait la table en souriant.
J’ai joué « Douce nuit » puis à 3 h 45 à ma montre, tout le monde est allé se coucher.
Je n’aime plus Noël.
Plus du tout.
Et cette année a été encore pire que la précédente.
Bien sûr, je suis contente de voir oncle Ludovic et tante Samantha.
Et même de voir le Bigorneau.
Increvable, celui-là !
Est-ce que ça ne doit pas dormir, les bébés ?
A minuit il n’était toujours pas couché !
Mais bon, je me suis abstenue de faire des commentaires.
Mamita m’a offert une montre de gousset.
C’est bien gentil, mais je n’ai pas de gousset.
Et je ne sais même pas si elle marche.
Bref.
Le piano de Samantha n’a pas réussi à me rendre un peu joyeuse.
Je suis allée pleurer un petit coup dans mon coin secret.
Je crois que personne n’a remarqué mon absence.
Après, ça s’est encore aggravé, si possible.
Maman a trébuché dans le tapis en déposant le fraisier sur la table et ÉVIDEMMENT c’était de ma faute !
Je me suis pris un de ces savons !
Quelle injustice !
Noël ou pas, elle est toujours au bord de l’explosion.
Alors tu comprends, les Exsultate ! Jubilate ! J’ai encore un peu pianoté mais le cœur n’y était pas.
1. Mirabelle est dans sa chambre. Jette-t-elle des sorts ? Dirige-t-elle un orchestre imaginaire ?
5. Pour Mirabelle, son cadeau ce sera une chaîne dorée au bout de laquelle…
6. … pend une montre à gousset.
10. … Elle va sécher ses larmes près de la cabane au fond du jardin.
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Oui, Mirabelle va sécher ses larmes près de la cabane du fond du jardin. Alors, entre deux sanglots, elle sort de sa poche la montre à gousset. C’est bien la montre en or de l’oncle Athanase. Ce grand oncle qui a construit la cabane de bois. Il lui suffit alors de régler l’heure à minuit moins le quart. D’abord sur minuit juste, d’attendre quelques secondes, puis de reculer l’aiguille d’un quart d’heure au remontoir. Sésame ! La porte de la cabane s’ouvrira.
Sa pratique de direction d’orchestre va enfin lui servir.
L’oncle Athanase, c’était un magicien – chapeau lapin perlimpinpin, qui a mis une grosse valise au beau milieu de sa cabane. Une grosse valise jolie qui se fait la malle à trente centimètre du sol quand on l’ouvre. Et même si on ne voit rien entre le fond de la valise et le sol, il y a un miroir et après une grande échelle qui descend loin à l’intérieur. Ce miroir, baigné d’une lumière toute étoilée, c’est l’accès au monde secret de Mirabelle, la petite nièce d’Athanase.
Venez-y voir par vous-même…
À fond de malle, tous les animaux, la queue levée, se rangent en demi-cercle autour de Mirabelle, et ils attendent le signal de leur maîtresse. Des pâtes au fromage, une boîte d’un kilo de pâtée, des croquettes, un pancake avec du chocolat, des légumes et un biscuit. Sur un geste, sur un signe magique de baguette, les chats et le chien un peu mammouth, quoique petit, se précipitent sur les assiettes. Bientôt englouties. Restent les légumes.
Ensuite, Rox, repu, va chercher quelques chats du voisinage. Les regroupe à fond de malle. Près du lapin nain. Ah ! dit Mirabelle tes chromosomes de fox-colley s’agitent.
Allez mes enfants, allez toujours, je vais à la chasse avec Rox. Viens mon fox. Peut-être ramènerons nous Rouky ? Ah, Ah, Ah !
À fond de malle, de miroir même, Mirabelle ne rit plus. Un tressaillement convulsif secoue ses membres. La foire est là. Les lapins aussi. À pluche, va, Rox, dit-elle. C’est à moi de faire maintenant.
Diable ! Diable ! murmure-t-elle, ces ballons gigotent fort. Le bruit sec et strident sortant de la carabine rebondit dans la cage en bruit de métal furieux ne heurtant pourtant aucune des cibles.
Le tôlier rouquin hilare qui zieutait la scène glisse sur une barbe à papa. Il est écroulé ou fait semblant de l’être. Allons donc, dit Mirabelle, est-ce qu’on meurt pour si peu de chose ? Ces plombs sont si petits. Mais lui l’avait trop à l’œil depuis plus d’une semaine.
À fond de malle, Rox ne rentrerait pas bredouille …
_________________________
Ouverture
De gros nuages noirs dans un ciel azuré
S’explosent en cent nuées dans l’ardeur de ta vie,
Des gouttes acides et chaudes tombent sur tes regrets,
Et puis te font plier à l’orée de la pluie.
La pluie, sous les éclairs, te secoue et s’orage
Dans des lagunes sans noms, sans issues, sidérantes,
Dans des idées vaincues, aux barreaux d’une cage,
D’une cage rougie au souffle doux qui vente.
Qui vente et qui s’anime et tourne dans ta tête,
Qui réveille tes sens dans des pluies d’avenirs,
Dans des bleus devenirs qui seront des peut-être,
Des possibles, et bientôt … je te verrai sourire !
Je m'appelle Mirabelle, et ce soir-là ma chambre était devenue un sanctuaire de sons. Les notes de musique, que j'essayais de déchiffrer avec mes petits doigts sur les touches froides du piano, semblaient s'échapper en arabesques. J'étais là, cachée derrière mon livre de partitions, ma tête plongée dans l'effort. C'était un morceau tellement difficile, et je sentais la frustration monter, mes yeux grands et peut-être un peu effrayée par l'ampleur de la tâche.
À ma gauche, Tata Samantha s'affairait. Elle pliait les dernières serviettes roses, celles que j'aimais tant pour leur douceur. Sa concentration était palpable et le doux bruissement du tissu me parvenait, un murmure rassurant. Derrière elle, les cadres sur le mur veillaient sur la scène silencieuse.
Et puis, il y avait Tonton Ludovic, le mari de Samantha. Il tenait mon cousin germain Bigorneau dans ses bras. Bigorneau, avec ses grands yeux curieux, semblait déjà observer le monde avec une sagesse inouïe.
Tonton Ludovic, lui, me regardait avec cette tendresse qui disait tout sans un mot. La chaleur de la pièce, accentuée par les petites guirlandes lumineuses qui scintillaient, transformait notre maison en un cocon douillet, mais pour moi la mélodie était une bataille.
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Pourtant, malgré l'atmosphère sereine, le soir avait apporté son lot de larmes. Les notes avaient fini par se mélanger dans ma tête et mes doigts s'étaient emmêlés sur le clavier. L'épuisement avait eu raison de ma patience. J'étais à table, ma tête posée sur mes bras, mes cheveux violets en bataille et je sentais les larmes couler silencieusement. Le chandelier au plafond, ses lumières tamisées, n'arrivaient pas à dissiper la mélancolie qui s'était installée en moi. Dehors la nuit était tombée et les étoiles scintillaient, indifférentes à mon chagrin.
C'est là que mamie Mamita, la maman de Samantha, est arrivée. Elle s'est assise à côté de moi, sa robe violette douce et chaude. Sa main s'est posée sur la mienne, une présence réconfortante et rassurante. Son regard, si plein de sagesse et de compassion, m'a transpercé. Elle n'avait pas besoin de parler, son simple contact était un baume. Sur la table, entre nous, il y avait une bouteille et des verres, souvenirs d'un repas terminé, et l'attente d'un thé apaisant.
Derrière nous, dans la pièce d'à côté, je pouvais entendre les voix. Samantha était assise au piano maintenant, ses doigts plus agiles que les miens, et maman l'accompagnait de sa douce voix mélodieuse. Tonton Ludovic était assis à ses côtés, probablement avec Bigorneau dans ses bras. Ils continuaient la musique, une mélodie douce et familière. J'ai levé la tête, les yeux encore embués de larmes et j'ai regardé Mamita. Elle me regardait, un sourire discret sur les lèvres, comme si elle comprenait que parfois, la musique peut être aussi difficile à comprendre que la vie elle-même. Et que parfois, tout ce dont on a besoin, c'est d'une main tendue et d'un regard aimant pour que les étoiles dans nos cœurs recommencent à briller.
On peut trouver sur le site Gallica de la B.N.F. cinq albums d’aventures du Professeur Nimbus. Aventures est un grand mot puisqu’il s’agit de gags muets en cinq images où ce personnage qui n’a qu’un cheveu « interrogatif » sur son crâne chauve est confronté au monde qui l’entoure. Dans le volume de 1936 chaque « strip » a un titre.
Chaque écrivant·e reçoit 24 de ces titres et deux gags du professeur, à charge pour lui-elle d’écrire des textes courts (ou un texte long) qui auront obligatoirement pour titre un de ceux de sa liste.
L’utilisation du professeur Nimbus comme personnage de l’histoire est facultative.
Pour qui écrit en ligne, je publie les huit planches dans un diaporama et laisse le choix entre tous les titres du volume 1 ci-dessous :
La Réforme de l’heure - La Musique adoucit les mœurs - La Lecture élève l’esprit - Faute de poisson… - On a souvent besoin d’un plus petit que soi - Rien ne se perd dans la nature - Une Histoire tirée par les cheveux - Situation sans issue - Un Joli tableau - Château la pompe - Un Homme averti en vaut deux - Rien ne vaut la politesse - Douce réalité - Sanctions - Pas de chance - Des goûts et des couleurs - Soyez bons pour les animaux - Travaux d’approche - Un Oeuf à la coque - Dent pour dent - Heureux qui comme Ulysse - Un Système parfait - Les Dessous de la radiesthésie - Alternative - Les Grands esprits se rencontrent - On n’est jamais si bien servi que par soi-même - Complicité - Enfin seul - Les Fonds secrets - Nettoyage par le vide - Esprit d’à propos - Nocturne - Leçon de politesse - Racines carrées - Mal blanchi - La Fin du monde - Cordon bleu - Chaque âge ses plaisirs - Comme on se retrouve - Chacun son tour - C’est pas du jeu - Sauvé des eaux - Il n’y a pas que la vérité - C’est nous qui les payons - Les Merveilles de la science - Mélanie - Optimisme - Ubi bene ibi patria - Roméo - Un Bon petit feu - Miracle - Échange de bons procédés - Pas mal pour un débutant - Un Homme à principes - Respect de l’autorité - Qui aime bien châtie bien - Préférence - Pêcher et sécher - Chacun a son penchant qui l’entraîne - Un cas grave - Consolation - Tel maître tel valet - Ah ! Tu te moques de moi ! - Rétréci au lavage ? - Vous allez voir ce que vous allez voir - Symétrie - Idylle - Changement de programme - Il ne faut pas réveiller le chat qui dort - Risques professionnels - Souriez - On n’est nulle part aussi bien que chez soi-même - Attrape, petit farceur ! - Globe-trotter ! - Tatouage inattendu - Hiérarchie - Il ne faut pas se fier aux apparences - Qui se ressemble s’assemble - Championnat - Démocratie - Du tac au tac - Un grand cœur - S’asseoir sur un bon conseil - Trophées - A boire et à manger - Un bienfait n’est jamais perdu - Signes extérieurs - Retour à la terre - Compromis - Rendez à César - On revient toujours… - Jeune impertinent
Curiosus, Ignotus et Nimbus en motus exempla … Pas de chance … mais pas mal pour un débutant.
Pensez ! Je suis de formation classique à la base. Malheureusement, juste avant l’âge où les hormones ne vous démangent, je suis tombé fou amoureux de l’électronique. Mince !
Moi, à Noël, oui à Noël, j’avais des costumes de Zorro, des pistolets à amorces, et mes copains d’école, des boîtes d’apprentissage de l’électronique. J’étais jaloux … un peu. Savez-vous ?
Et mon père enfonçait le clou, car il avait appris la radio en école de gendarmerie. En un beau verni. Mince. Alors, il me sortait des termes étranges, inconnus qui me faisaient rêver. Faraday, self-induction, capacité, loi des trois doigts de Lorentz, diode, pentode. Sans expliquer vraiment. Rien. Et toujours il me parlait d’un ouvrage qu’il avait, avant, « La radio, mais c’est très simple » un ouvrage des années 40, où sous forme de dialogues entre les professeurs Curiosus et Ignotus tout était expliqué. En bande dessinée. Tout depuis le début. Il le cherchait de temps à autre au grenier, mais sans jamais le trouver. Zut. Mince.
Alors,
Au lycée Bel Air, j’ai demandé à voir les notices,
J’ai regardé, l’œil en coin.
Mine de rien. Et
À la jaille de Saint Sé,
J’ai récupéré des vieux bouts de postes en panne,
Et puis d’étranges morceaux de flippers,
Ainsi j’ai construit par essais-erreurs
Mon premier poste de radio
Là, dans la cabane à outils de mon père …
Un peu bizarre :
L’antenne, un fil de cinquante mètres,
Au travers de la lucarne, dans tout le jardin ;
La masse, avec un robinet d’arrosage rouillé ;
Seulement trois petits composants minuscules,
Des transistors en germanium
Et trois piles bien usées de 4,5 volts.
Une pour chacun. Pas de jaloux.
L’écouteur : un couvercle métal de boîte de cirage noir,
Posé sur la bobine d’un ancien flipper
Affublée elle-même d’un aimant de moteur de jouet
Pour améliorer le son.
(J’ai trouvé ça tout seul,
Sans avoir bien sûr déjà la théorie idoine.)
C’était pratiquement, avant l’heure, un baladeur MP3.
J’ai appelé mon père :
- Papa, Papa, j’entends France Inter ! "
Mais lui, occupé au jardin, tel Candide ou Zadig, cézigue il s’en fichait. Ou pas le temps, ou alors il savait mes capacités, et il avait confiance en moi. Ou …
Avec tous ces fils bizarres, il trouvait ça trop complexe pour écouter de la musique de Sauvage ! De Yéyé. Oui.
Bof ! Ça ne m’a jamais lâché, j’ai laissé tomber le Latin, changé de branche, étudié, étudié…