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L'Atelier d'écriture de Villejean

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9 septembre 2025

Cocktail de souvenirs / Maryvonne

 

Ce soir un verre, des glaçons, un brin de menthe et du rhum, voilà ce qui me manque pour trouver l'inspiration.

 

Pourtant devant cette photo liquide me voilà quand même ivre de souvenirs. Mon cœur s'ébroue et fait tomber des scories de moments fabuleux, mes papilles s'éveillent et dansent la salsa.

 

Ô Cuba, terre enchanteresse si tu l'abordes en chansons, terre ensoleillée si tu l'abordes en chapeau, terre en larmes si tu l'abordes en économie.

 

Voilà ce que je veux t'écrire sur mon téléphone de Française nantie.

 

Entre deux phrases je tire sur la paille qui arrose mon palais. Je vois la mer et je vois les magasins vides, encore une goulée du nectar et mon pied trébuche sur les gravats d'un pilier qui tombe. Dans mon embardée on dirait que je danse au son des guitares, des tambours, des timbales et des maracas.

 

Je vois derrière les grilles des fenêtres de salles de soins obscures des blouses blanches qui soignent. Je tourne la paille dans mon verre et tout se mélange : des sourires et des regards las. Une gorgée de rhum ça éloigne la pauvreté, ça l'efface juste un moment. Je déglutis une bouchée amère devant ce vieil homme si fatigué et cet enfant loqueteux.

 

Je prends place sur le fauteuil craquelé d'une vieille voiture américaine, je ne lâche pas mon verre et je suis dans un film, c'est moi l'actrice pour une heure, pour une journée. Sur la route peu fréquentée un homme gît, il est ivre ou pire encore. Hier encore il dansait la rumba, le cha cha cha ou le mambo. Mais voilà il a vendu de façon illicite le cochon qu'il élevait en cachette depuis des mois, Il a fauté, il paye cher. Moi, mon mojito coûtait trois fois rien.

 

Est-ce le jazz ou l'alcool qui me monte à la tête ? Je tire un peu sur la paille, voilà le fond du verre qui gargouille comme les idées gargouillent dans ma tête.

 

C'est le long message que je t'écris sur mon smartphone. Ici ceux qui en possèdent un se regroupent près des points de connexion. Belle jeunesse qui rêve de partir. L'état généreux t'a payé des études mais souvent tu dois rendre cette aumône en allant exercer ton métier dans un pays étranger qui paye ta nation en retour.

 

Cher ami je suis contente au bout de mon verre d'avoir connu la beauté, la chaleur, l'amitié, la tendresse et la musique de ce pays. Je reprendrais bien un autre mojito mais en bonne alcoolo me revient une autre boisson bue avec bonheur sur les « ramblas » de Barcelone : à l'occasion de la visite de Lénita, notre chère amie espagnole, j'en ai dégusté un sur le port d'Erquy cet été. Ce cocktail s'appelle « le Cuba libre » !

 

 

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9 septembre 2025

Flup / Jean-Paul

Ce qui s'est passé devant l'objectif, quand cela nous est restitué sous forme de photographie, nous jetons dessus un regard forcément subjectif. Cette photo de couverture de la revue "Subjectif/Objectif" numéro 4 en est un parfait exemple.

 

Suivant que vous y avez passé du temps ou pas, suivant que vous avez mis les pieds en Bretagne ou pas, et ce depuis moins de dix ans, vous avez reconnu ou pas l'architecture caractéristique et les lampadaires-miradors de la gare de Rennes tels qu'ils étaient en 2024 ou 2025.

 

Cela va forcément influer sur les pensées que vous prêterez à l'un ou l'autre des quatre personnages présents sur l’image. L'idée de transit vous viendra. Ils sont assis, ils attendent une correspondance, quelqu'un qui devait venir les chercher à l'arrivée du train et qui a eu un problème pour garer sa voiture.

 

Comment raccrocher le chien dans l'histoire ? A qui appartient-il ? Surtout, appartient-il à la même temporalité ? S'il a échappé à son maître, pourquoi celui-ci reste-t-il aussi tranquillement assis sur le parvis ? Posons que la voyageuse aurait tenu le chien en laisse fermement sans jamais le lâcher. Mais cessons de poser des questions et livrons notre interprétation.

 

***

 

Le personnage de droite est un écrivain qui a perdu l'inspiration. Il n'a pas de bagages, il est condamné à vivre là, indéfiniment, au milieu des gens qui passent dans cet endroit où, comme l'a dit un clown célèbre, « Ceux qui sont tout croisent ceux qui ne sont rien ».

 

Arrive à un moment donné le bon Samaritain. Il suggère à l’écrivain :

 

- Vu votre grand âge, vous avez forcément des souvenirs intéressants à raconter. J'ai moi-même participé autrefois à un atelier d'écriture où l'on nous demandait d'écrire le souvenir d’un événement personnel survenu sur la place de la Mairie de Rennes.

 

D'abord surpris, l'homme au crâne rasé a bientôt l'oeil qui s'illumine et il déclare :

 

- Les cent chiens ! Flup !

 

L'histoire qu'il raconte alors se passe à la libération de Rennes au début d’août 1944. Il y a des tas d'habitants qui s'étaient barrés de la ville suite aux trois bombardements du mois de juin, réfugiés dans la famille à la campagne, à Guichen, à Sens-de-Bretagne ou Vieux-Vy-sur-Couesnon. Beaucoup étaient partis en laissant là leur chien. C'est le cas du bonhomme immortel dont le cabot se nommait Flup.

Ce jour-là, quand il revient à Rennes, il voit débouler sur la place de la mairie une meute de plus de cent chiens. Les bêtes étaient retournées à l'état sauvage. Il a bien essayé de récupérer son clebs qui figurait au centre de la troupe. Mais l'esprit de clan était devenu plus fort ; le chien qui, de toute façon, ne cherchait toujours qu'à s'évader, avait compris la leçon de son cousin dans la fable de la Fontaine « Le Chien et le Loup »: pas question de reprendre le collier !

 

***

 

Et maintenant, regardons-le attentivement, le Flup, sur la deuxième photo. A quoi songe-t-il ce vieux sage dont les sourcils blancs tombent presque plus bas que les oreilles ? Se souvient-il du gamin de 14 ans ? De la maison de Saint-Brieuc ? De celle de l'impasse de la Herpe, de son passage à la fourrière de Rennes dans l'immédiat après-guerre ? De ceux qui l’ont récupéré ensuite ? A-t-il l'impression d'avoir bien vécu pendant les « Trente glorieuses » ?

 

- Vous devriez écrire là-dessus, dit le bon Samaritain. Moi, je ne saurais pas : je n'ai jamais eu de chien, Monsieur, ou alors il y a longtemps ou il sentait pas bon !
 

 

9 septembre 2025

H comme Historiettes / Adrienne

 

 

2025
 

Cette famille, raconte-t-elle, vit en Belgique depuis dix ans, donc la petite est née ici. Et bien, elle n’a jamais vu la mer !


Jamais vu la mer, comment est-ce possible, se demande-t-on autour de la table, alors qu’elle est à une heure de route et si accessible, en auto ou en train, pour pas cher, et qu’un enfant de six ou sept ans peut s’y amuser des heures dans le sable et au bord de l’eau ?


***


1970


C’est une maman de quatre enfants qui doit subvenir seule aux besoins de sa famille.
Elle fait des ménages.


Chaque été, elle se débrouille pour les envoyer tous les quatre pendant un mois dans une station balnéaire belge.


Pour qu’ils prennent l’air, qu’ils jouent, qu’ils vivent des moments insouciants.


Je détestais ça, dit l’amie. La maison me manquait trop.

18 juin 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-33 du 17-06-2025 : Quatre réveillons de Noël. 4, Mamita

 

Quatre réveillons de Noël. 4, Mamita

 

 

 

1. Ce n'est pas facile, pour une mère, de vivre avec le fantôme de son fils, Sharma, disparu trop tôt !

 

2. La vie continue pourtant. En compagnie de sa fille Samantha, du mari de celle-ci, Ludovic, et de leur bébé tout récent, Bigorneau, Mamita s’en vient passer la Noël chez sa bru Marinette, mère de la très délurée et très sensible Mirabelle.

 

3. Le fantôme de Sharma est toujours présent dans cette maison. Dans la cuisine…

 

4. … dans le séjour, près du sapin, devant les tableaux.

 

5. Maintenant, Marinette s’est enfin mise à la cuisine.

 

6. Il y a toujours le piano sur lequel Sharma jouait, composait, faisait chanter Marinette et Mirabelle.

 

7 . Justement les relations entre la mère et la fille ne s’arrangent pas.

 

8. C’est sûrement à l’enfant de douze ans que l’absence du père est douloureuse à l’extrême.

 

9. Le portrait de Sharma en père de famille bricoleur orne le dessus du piano.

 

10. Mamita a les gestes qu’il faut pour calmer Mirabelle après la dispute. N’est-elle pas une « belle »-mère ?

 

11. La vie continue. Mirabelle a elle aussi la passion de la musique. Samantha et Ludovic ont rendue Mamita grand-mère une seconde fois. Ce bébé promet plein de choses lui aussi. Il est l’heure qu’on aille le mettre au lit.

 

12. Mais l’’harmonie soudainement retrouvée dans cette maison, peut-être grâce à la musique composée par Sharma, Bigorneau veut en profiter. Il a fallu qu’on aille le rechercher dans sa chambre où il ne voulait pas s’endormir.

 

13. Il est 23 h 30 au clocher de l’église. Sharma aurait aimé voir tomber la neige à Noël.

 

***

Les images d'illustration sont temporairement déposées ici :

 

https://argentiquites.canalblog.com/2025/06/consigne-d-ecriture-aev-2425-33-du-17-06-2025-quatre-reveillons-de-noel.4-mamita.html

 

Il s’agit d’une œuvre collective à constituer. Vous êtes chargé·e de transformer le scénario ci-dessus en une nouvelle littéraire.


C’est le personnage de Mamita, la grand’mère, qui raconte toute cette suite d’événements d’un moment familial. C'est donc un« je » qui raconte un ou plusieurs des épisodes que le hasard vous a attribué(s). Il faut être le plus précis possible dans vos descriptions et dans la psychologie que vous prêterez aux différents personnages.

 

Pour l’écriture en ligne, choisissez ce qui vous inspire dans les treize situations et faites de même. Racontez-en autant que vous le souhaitez. Vous pouvez aussi donner le point de vue de Mamita sur l'ensemble des treize images. Gardez à l’esprit que le résultat final sera publié SANS LES IMAGES (ou sans ces images-là) !

 

***

 

Ce chapitre 4 est le dernier de cette série qui nous a vraiment bien plu

et vous a vraiment bien inspiré·e·s.

18 juin 2025

Quatre réveillons de Noël. 4, Mamita / A.E. Villejean

 

1

 

Soyons clairs. Je ne suis pas une cougar. C'est lui qui est venu me chercher. On est tombés amoureux malgré les 25 ans qui nous séparaient. Je me souviens de ses mains sur mes épaules et sur mon corps. Je revois son regard amoureux. Je l'appelais mon chéri, je le faisais passer pour mon fils. Nous faisions attention devant les autres. Samantha a apprécié de ne plus être seule avec moi et c'était à la fois un père et un frère, puisqu'ils avaient sensiblement le même âge. Et puis il a rencontré cette pochtronne de Marinette. Marinette, reine de la godinette comme elle aimait à se faire appeler. Elle l'a fait boire, il a essayé d'arrêter, il a voulu la sortir elle aussi de l'alcoolisme sans y réussir. Mes cheveux blancs et mes rides ne le séduisaient plus. Marinette était jeune, blonde, enjouée, il s'est épris d'elle. Quelle tristesse, ce réveillon ce soir chez elle !

 

Anne-Françoise

 

 

2

 

Samantha n'a rien dit à Ludovic qui croit encore que Sharma est son frère et mon fils.

On arrive. J'ai un cadeau pour Mirabelle que j'aime bien parce qu'elle en fait voir de toutes les couleurs à Marinette qui le lui rend bien, pauvre petite ! Derrière Mirabelle, je crois voir mon Sharma qui m'accueille et m'invite et m'accueille pour passer un bon réveillon. Je décide de me souvenir des jours heureux où l'on s'aimait tant. Mirabelle embrasse Samantha, Ludovic et leur Bigorneau. Sharma vient vers moi, défait les tours de mon écharpe autour de mon cou et nous nous embrassons sous la neige. Sharma retire doucement les flocons de mes cheveux et m'entoure les épaules pour me guider au chaud dans la maison.

 

Anne-Françoise

 

 

3

 

Il est si souvent à mes côtés, mon petit. Même si c'était un homme, père d'une adolescente, mon Sharma restera toujours mon petit. Quand j'ai appris qu'il nous avait quittés, j'ai poussé un cri. Mon bébé, ce n'est pas possible ! Alors ce soir de réveillon qui est le symbole de la famille le manque de lui est à peine supportable. Je suis dans la cuisine avec mon cadeau. Marinette emmène la salade et mon Sharma est aux fourneaux à goûter, à vérifier l'assaisonnement des plats, la cuisson comme il le faisait toujours. Sa disparition reste un mystère. Ils ont fini par décréter que c'était un accident. Ils, ce sont les enquêteurs. Mais des mauvaises langues, comme on dit, ont laissé entendre que Marinette n'était pas étrangère à ce décès. Des horreurs qui pour moi ne sont pas fondées vu que c'était un mari doux et attentionné et un père aimant. Pour moi, c'est Marinette, le mystère, mais elle n'a sûrement pas fait de mal à mon fils. Je ne peux le croire. Ma préférée, c'est Mirabelle, c'est ma petite-fille, celle en qui je retrouve mon petit. J'appréhende quand même beaucoup ce réveillon.

 

Véronique

 

4

 

Bien sûr qu'une maison, qu'on les ait connus ou non, c'est toujours plein de fantômes.

 

Il y a au château de Moulinsart le tableau qui représente le Chevalier François de Hadoque, ancêtre maritime de notre oncle Archibald à tous. Tous ont fait, coquin de sort, de Sa Majesté la Mort la rencontre.

 

Quelle heure est-il à ma montre, quelle temporalité dans ma tête de femme qui a tant vécu ? Midi dans le pavillon de Bagneux ? Il a bien fallu le vendre une fois mon mari Basu disparu, faire le tri dans les trésors, répartir entre les enfants, ceux qui ont de la place chez eux, les bijoux, les photos, trouver un revendeur pour la bibliothèque.

 

Peut on apprendre la zénitude à 75 ans passés ? Peut on envisager la vie qu'on a menée comme une existence de chasseurs cueilleurs qui aurait tout consommé, n'aurait rien gardé, serait prêt à se présenter les mains vides, comme au premier jour de la naissance, devant ce tribunal qui vous récompenserait relativement à votre humilité ou votre Mégalomanie ? A quoi rime cette collection de mochetés, François Pinault ? À quoi ont servi ces dîners de cons dans la galerie des glaces de Versailles, Messieurs les ministres intègres ?

 

Mais je déteste aussi les tribunaux. À la question de la transmission, je n'ai pour seule réponse que la montre à gousset.

 

Vite, je vais l'offrir à ma petite fille avant que les autruches de Fantasia qui se dandinent sur la Danse des heures de Ponchielli n'en fassent leur quatre-heures en compagnie du réveil trop sonore qu'au début de ma vie avec grand-père Basu j'enfermais la nuit dans le réfrigérateur. Certains jugeraient pusillanime cette inconsciente tentative de congeler le temps qui passe. Mais mon sommeil passait avant tout.

 

Jean-Paul

 

5

 

Puisque tout doit bien finir, malgré les souvenirs douloureux, applaudissons les attentions des unes et des autres !

 

La bonne odeur qui sort du faitout de Marinette est celle d'un chutney aux légumes mélangés.

 

Mettre un plat indien au menu du réveillon de Noël, cela montre que l'on est capable de sortir de la routine, des traditions religieuses et culinaires. De toute façon, aucun passage de la Bible ne pose comme une obligation de cuisiner de la dinde avec des marrons pour commémorer la naissance d'un enfant de migrants dans une étable du côté de Bethléem.

 

La dinde ! Serge Gainsbourg n'est plus là qui offrit des sucettes à l'anis à cette jeune chanteuse des années 60 ! L'autre livre sacré de mon pays natal, le kama-sutra, ne dit rien sur la façon de la fourrer, de la farcir, de la présenter au public sur une table bien dressée, dans un décor de fête. Mon ami Édorée nous aurait volontiers donné des conseils là-dessus, sur ces dessous-là, mais elle réveillonne ailleurs ce soir.

 

Mirabelle ne semble plus en manque de portable. Se peut-il que l'on aille vers un réveillon comme autrefois, une soirée où l'on oublie les rancœurs en cours pour se mettre à table avec plaisir, pour se sentir bien parmi ces lumières qui scintillent, au chaud dans cette maison alors qu'il neige dehors et que la nuit est tombée presque d'un seul coup aux environs de 18 h 00 ?

 

Jean-Paul

 

6

 

Le repas est terminé, j'ai offert la montre à gousset de mon père à Mirabelle. Elle m'a dit merci. Mais était-ce le cadeau dont elle rêvait ? Je ne saurai pas, c'est comme ça. C'est une banalité de parler du fossé entre les générations. De m'être acquittée de ce devoir de grand-mère pour Noël me libère l'esprit. Je vais maintenant pouvoir penser à Sharma. C'est avec nostalgie que je me souviens du dernier réveillon avec lui ici. C'était il y a dix ans, Mirabelle n'en avait que trois. Elle était trop petite pour se souvenir de lui. Heureusement il y a ce cadre sur le piano. J'imagine Sharma. Il aurait dix ans de plus et il jouerait "Que la montagne est belle", sa chanson préférée. C'est vrai que la montagne est belle, belle et cruelle puisqu'elle me l'a pris, mon cher fils Sharma. Le temps passe et le chagrin est toujours là. C'est certainement une blessure toujours ouverte aussi pour Marinette. Elle n'a pas, comme on dit, refait sa vie. Mirabelle, elle, a l'avantage de la jeunesse et elle va de l'avant. Tant mieux.

 

Dominique

 

7

 

La soirée est un peu avancée et heureusement car je suis épuisée. Marinette hurle littéralement sur sa fille. Une histoire de gâteau abimé. La pauvre Mirabelle a trébuché, ça peut arriver à n'importe qui. Mais Marinette ne laisse rien passer. Et Mirabelle, en bonne adolescente, ne se laisse pas faire et lui sort ses quatre vérités. Que ci, que ça, que depuis que papa n'est plus là, etc. C'est vrai que mon Sharma, il savait s'y prendre avec Mirabelle. Ils se ressemblent tant. Marinette, il faut bien le dire, est fatigante. Je l'aime bien mais elle est difficile. Je sais qu'on n'a rien fait de mal et qu'elle n'a rien fait de mal à mon Sharma, malgré les ragots, mais franchement, hurler comme ça sur sa fille un soir de réveillon, moi, ça ne me plaît pas du tout. Vivement que ce réveillon se termine, je fais acte de présence pour mes petits-enfants que j'aime de tout mon cœur mais sans Sharma, je n'aspire qu'à me retrouver seule chez moi, qu'à m'endormir pour oublier, m'endormir pour toujours, pour le retrouver.

 

Véronique

 

 

8

 

Pauvre Mirabelle !

 

Que de chemin elle a encore à parcourir ! Que n'est-elle un garçon ! Il lui serait plus facile, je pense, de tuer l'image de son père. Elle en a l'énergie, la ténacité mais évidemment pas les codes. Et puis Sharma était si… féminin ! De quoi décontenancer la représentation que se font habituellement de leurs parents les enfants. Sharma faisait la cuisine, il peignait, il jouait du piano, il composait merveilleusement.

 

Il faut une sacrée patience ou une sacrée science pour transformer le toucher des doigts sur le piano et les sons qu'ils émettent en cette suite de signes cabalistiques, noires, blanches, doubles croches, triolets… Et il faut du temps pour accepter que cette jeune existence, à peine arrivée au seuil de la plénitude, de l'âge adulte, de l'insertion sociale, ne se termine qu'en silences et en soupirs.

 

Jean-Paul

 

9

 

Souvent un événement vient rappeler l'être absent. Une parole qui lui était familière, une chanson qu'il fredonnait, une photo qui matérialise vraiment la personne aimée. Nous connaissons tous la force de l'image et nous pouvons être maladroits en mettant sur le devant de la scène le disparu. Mamita n'a pas pu s'empêcher d'inclure le portrait pour que son fils soit un peu présent à la fête. Elle s'en excuse auprès de Marinette.

 

Maryvonne

 

10

 

- Et puis tu sais, Marinette, ne sois pas choquée, j'ai lu ce matin une très belle phrase. "Quand le doigt de l'aube chasse la nuit, il faut savoir replier son chagrin et vivre comme si rien n'était arrivé, comme si tout était normal. Dans une sorte de dédoublement, il faut pouvoir faire la fête. Chantons ! Ce n'est pas bon d'avoir un masque triste, de tristesse pour Bigorneau. Nous avons la chance d'avoir une famille de musiciens, c'est un plus, je vous assure.

 

Maryvonne

 

11

 

Et Marinette entonne la petite Charlotte :

 

« Toc toc toc qui qu'est là ?

Qui qui frappe à ma porte ?

Est-ce toi la Charlotte ?

Est-ce toi ma bien aimée ?

Oui c'est moi la Charlotte

Je viens chercher ma culotte

Ouvre vite beau culottier

Fait pas chaud dans ton quartier »

 

Et ça fait bien rire Mirabelle. Pour chanter à l'unisson quand il y a plusieurs générations et souvent plusieurs cultures musicales, ce n'est pas facile. De Brassens à Brel, Barbara en passant par Dalida... Sur le chemin, on trouve Jennifer, Vianney, on arrive à Big Flo et Oli et les rappeurs. Bien entendu, quelqu'un tente "Petit papa Noël" qui va convenir à Bigorneau. Mamita a soudain très envie de le prendre dans ses bras et de le bercer avec une mélodie de son pays qui apaise l'ambiance. La famille va pouvoir repartir du bon pied.

 

Maryvonne

 

12

 

Ah quelle belle soirée ! La magie de la musique a opéré et je suis vraiment heureuse de danser avec Bigorneau dans les bras sur cet air entraînant de "E viva Espana !" et le bébé lui aussi est content de voir ses parents danser. La vie continue. Je regarde en souriant la neige tomber et je me dis "Peut-être que Sharma est réincarné dans l'un des flocons de neige et qu'il nous contemple, qu'il contemple sa famille finalement heureuse ce soir. Je vais bien dormir.

 

Dominique

 

13

 

Il est 23 h 30. Ça y est, enfin ! Ce pénible réveillon est terminé ! Marinette est encore torchée. Elle tient bien l'alcool mais je ne suis pas dupe. Évidemment, on a mal mangé. Elle sait pas faire la cuisine, mon Sharma savait tant concocter des petits plats ! Il avait tous les talents, cuisinier, bricoleur, musicien et doué pour l'amour aussi. Mais quelle poilade quand Marinette s'est étalée dans le fraisier ! Ça a été le meilleur moment de la soirée ! J'ai fait mine de compatir mais intérieurement je jubilais. En plus je repensais au jour où mon chéri a fait cette malheureuse chute dans l'escalier de la cave. Elle m'avait dit qu'il était gauche et qu'il trébuchait souvent. Ben là, c'est elle qui s'est retrouvée la tête dans le fraisier ! Bien fait !

 

Je vais rentrer à la maison, retrouver mes rêves et mon Sharma qui m'aime encore. Au 12e coup de minuit j'espère qu'il apparaîtra et qu'on se retrouvera comme avant.

 

Anne-Françoise

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17 juin 2025

Les Yeux de Sharma / Marie-Sylvie

 

 

Ce soir-là, la neige tombait en silence, comme si le ciel lui-même voulait nous épargner les mots.

 

J'étais assise à la table de Marinette, ma bru et veuve de mon fils Sharma. Elle avait dressé un dîner parfait comme pour conjurer l'absence. Les bougies scintillaient timidement mais leurs flammes semblaient aussi frêles que nos sourires. 

 

Mirabelle, ma petite-fille, triturait sa fourchette avec l'air renfrogné des adolescents trop lucides. Lorsque je la regarde, c'est lui que je vois. Les mêmes yeux, la même intensité. Mais elle, elle mord la vie avec ses colères sourdes comme pour crier : pourquoi lui, pas un autre ?

 

Et Marinette, elle rit trop fort. Ses yeux brillent mais pas à cause de la joie. Elle rit pour ne pas pleurer et je le vois parce que, moi, je vis avec son fantôme. Mon Sharma. Il est là avec moi. Parfois dans les silences, parfois assis sur le bord du lit. Il me parle sans bouche, me console sans bras. 

 

Samantha, ma fille, essaie d'alléger l'ambiance. Elle parle de son projet de crèche pour Benjamin, mon petit Bigorneau. Il fait des bulles en mâchant sa purée et tout le monde s'extasie. Lui au moins n'a pas encore compris que  la vie, parfois, oublie de rendre ce qu'elle prend. 

 

Je serre ma serviette. Une larme glisse mais je l'ignore. Dehors, la neige continue de tomber. Elle recouvre tout : les trottoirs, les voitures, et peut-être qui sait, nos douleurs aussi. 

 

Mais pas ce soir.

 

Ce soir j'ai faim de vérité mais on sert du silence.

10 juin 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-32 du 10-06-2025 : Quatre réveillons de Noël. 3, Bigorneau gazouille

 

Quatre réveillons. 3, Bigorneau gazouille

 

 

Je m’appelle Benjamin, paraît-il, mais on dit aussi « Bébé » ou « Bibi » ou « Bigorneau ». Je suis un nouveau-né. En ce moment je découvre le monde dans lequel je vais vivre.

 

1. Aujourd’hui : la neige

 

2. Une nouvelle maison

 

3. Voilà une dame qui est l’épouse du frère de ma maman. Il faut que je l’appelle « ma tante » ou « Tata » ou « Tatie ». Je n’ai rien compris du tout à ce charabia !

 

4. Elle a de jolies lèvres qui sont venues se poser sur ma joue. C’est doux.

 

5. L’animal qui sort du tableau quand on fait « kling » sur un verre s’appelle « un chien ».

 

6. Maman est herbivore : ça veut dire qu’elle met de l’herbe dans sa bouche. Pour quoi c’est faire ?

 

7. Moi je préfère l’histoire de « Il tétait une fois dans l’Ouest» !

 

8. Elle c’est ma cousine mais elle ne s’appelle pas Bécassine. Mirabelle en fait. Quoi ? Il est déjà l’heure d’aller au lit ? Hé Ho ! On n’est pas à l’EHPAD, ici !

 

9. Lui c’est Papa. Qu’est-ce qu’il veut que je fasse avec cette peluche verte et jaune ? Et pourquoi on me met en prison tous les soirs ?

 

10. Tous ces gens sont fatigants et je m’endors. Je rêve, à ce qu’il paraît ! Quand je ferme les yeux, je continue de voir des choses bizarres. Ce soir je prends le thé avec deux fous. Lui c’est le coq Macaron et elle La Vache Ursula !

 

11. Il n’y a pas moyen de dormir dans cette nouvelle maison : la tante et la cousine ne font rien qu’à se crier dessus. Je braille plus fort qu’elles pour exiger le silence

 

12. Papa vient me chercher et me redescend au salon. Je vais pouvoir assister à la castagne.

 

13. En fait il n’y a plus que Maman qui « joue du piano ». J’adore entendre ça. En plus il y a un bel objet doré qui brille. Pour un peu, si elle se met à jouer la berceuse de Brahms, je crois que je vais m’endormir tout à fait satisfait de cette nouvelle journée.

 

Après ils pourront faire tout le boucan du monde et se dire ce qu’ils veulent sur le coup de minuit.

Moi, quand je roupille, je roupille !

 

 

***

 

Il s’agit d’une œuvre collective à constituer. Vous êtes chargé·e de transformer le scénario ci-dessus en une nouvelle littéraire.


C’est le personnage de Bigorneau, le bébé qui raconte toute cette suite d’événements d’un moment familial. C'est donc un« je » qui raconte. A partir des images correspondantes, publiées temporairement ici

 

https://argentiquites.canalblog.com/2025/06/consigne-d-ecriture-aev-2425-32-du-10-06-2025-quatre-reveillons-de-noel.3-bigorneau-gazouille.html

 

vous écrivez un des épisodes que le hasard vous a attribué en étant le plus précis possible dans vos descriptions et dans la psychologie que vous prêterez aux différents personnages.


 
Pour l’écriture en ligne, choisissez ce qui vous inspire dans les treize situations et faites de même. Racontez-en autant que vous le souhaitez. Gardez à l’esprit que le résultat final sera publié SANS LES IMAGES (ou sans ces images-là) !

10 juin 2025

Quatre réveillons de Noël. 3, Bigorneau gazouille / A.E. Villejean

 

1 A.

 

En vrai, je m'appelle Benjamin. Primo, on ne m'a pas demandé mon avis. Deuxio, dans la foulée, on m'affuble d'un surnom ridicule, Bigorneau. Et là, je suis dans ma coquille, allongé sur le dos, je vois à travers un hublot. Je vois le ciel qui est bleu nuit. Je le sais car je suis HPI. Certains soirs il y a des étoiles mais en cette soirée de Noël où on fête un autre bébé né il y a très longtemps, pas d'étoiles ! C'est étrange !. Normalement, elle fait partie de son histoire. Mais là, ce sont des flocons de neige, ça fait un peu cliché. L'autre bébé dont on célèbre le 2024e anniversaire était comme moi un surdoué. Il faisait même des miracles. En tout cas c'est beau, le ciel est par-dessus le toit de chez Mirabelle et bientôt, je vais la rencontrer.

 

Maryvonne

 

 

1 B

 

Coucou, je suis Bibi, Bigorneau. Je fête mon mon premier Noël avec mon papa Ludo. ma maman Samantha et toute la famille. Ce soir, 24 décembre, je vois des petites boules blanches dehors. Oh que c'est joli ! Je tape des mains et je les regarde tomber sur le jardin.

 

Edorée

 

 

2

 

Moi j'aime bien qu'on m'appelle Bigorneau, Bébé ou Bibi. C’est mignon. Et puis les gens, quand ils le disent, ils font une petite voix pour dire "Bébé" ou une petite bouche pour dire "Bibi". Et pourquoi pas "Guili guili" ? Ils sont bizarres, les adultes!

 

Benjamin ça fait trop sérieux. Quand je serai grand je me ferai appeler Ben par mon amoureuse comme le copain de Mirabelle, enfin, son ancien copain, parce que je vois bien qu'il y a de l'eau dans le gaz. Elle est toute triste. Il n'est même pas venu pour la fête. Elle a mangé juste quelques feuilles de salade.

 

Je l'ai entendue jouer du piano. J'aime bien mais elle n'a pas dit un mot de la soirée, elle qui est si joyeuse d'habitude. Quand je serai grand, jamais je ne ferai ça à ma copine. Elle ne vient même pas me faire des bisous et me raconter des histoires. Heureusement que la tapisserie est jolie : fond jaune, dessins et quelques feuilles vertes, des fruits Miam miam j'aimerais bien manger autre chose que de la bouillie; Des cerises et du raisin, j'en rêve mais ce n''est pas la saison. A force de regarder la tapisserie j'ai envie de dormir.

 

Marie-Thé

 

 

3 A

 

C'est mon premier Noël. Je n'ai que six mois et je suis né en été. Bon le froid, la neige, c'est pas trop mon truc mais ma mère m'emmitoufle tant quand on sort que j'ai plutôt chaud.

 

De la maison direct le siège-auto. J'ai l'impression d'être une momie attachée ou plutôt harnachée au siège. Je peux tout juste respirer. Un petit tour en voiture ! On va passer le réveillon chez tatie Marinette. Je l'ai déjà vue la Tatie Marinette. Sympa. Un peu nerveuse, peut-être. C'est sûrement pour ça qu'il s'est tiré le frère de ma maman son mari. Tu m'étonnes qu'il se soit tire ! Une femme hystérique et en plus il y a une ado ! Alors les ados, filles en plus, c'est pas un cadeau. Moi j'ai le temps mais j'aimerais bien être un ado cool. On verra bien. Je les emmerderai un peu quand même pour le fun mais je serai cool. En attendant, ce soir, c'est Noël. je ne sais pas comment c'est, un réveillon mais j'ai compris qu'il y aurait un arbre de Noël comme à la maison, un arbre décoré avec tout plein de trucs, des guirlandes, des boules de couleur. Ça a été quelque chose l'arbre de Noël chez nous ! Mon Papa a ramené un arbre immense. Il était tout heureux. maman, elle, pas vraiment. Elle le trouvait trop grand et puis il y avait une histoire d'épines qui la mettait en rogne. Papa disait "Ca sent bon, au moins ! Ceux qui perdent pas leurs épines ne sentent rien. Après comme l'arbre était très grand il a failli se casser la figure de l'échelle où il était monté pour mettre une étoile tout en haut et il s'est fait engueuler par maman en plus. Pour l'instant, c'est ça, Noël, pour moi. Ah, les cadeaux ! Ah j'ai entendu parler de cadeaux. Pour moi ça n'ira pas bien loin. Vu mon âge ils ne vont pas se fouler, hein ! Et ils mangent ! D'accord. Moi c'est toujours pareil. J'en ai un peu marre du lait maternel c'est fade à la longue j'ai aussi des petits suisses, des légumes écrabouillés, de la compote. J'ai hâte de passer à autre chose. On arrête chez la Tatie. Papa m'extirpe de mon siège on sonne à la porte et v'là l'autre hystérique qui me fait un grand sourire. je vais sûrement avoir droit au bisou en prime. Ben il démarre bien, le réveillon !

 

Véronique

 

 

3 B

 

« Dring dring ! ». On sonne à la porte. Marinette vient ouvrir et d'un air joyeux, elle accueille le reste de la famille.

 

Edorée

 

 

4 A

 

La jolie dame, celle qui a la peau toute blanche et dont on m'a dit que je dois l'appeler Tata ou Tatie, sent très bon.

 

Elle a des cheveux tout jaunes alors que ceux de ma maman sont très noirs. Tous ces gens ont des visages différents, ils émettent des sons pas pareils, assez aigus pour les êtres à cheveux longs et très graves pour ceux qui ont des cheveux courts.

 

Mon papa a même des cheveux sous le nez et sous le menton. Ce serait quand même plus simple si les membres d'une même famille avaient plus ou moins la même tête, non ?

 

Je ne sais pas comment je ferai plus tard pour reconnaître les gens. Il paraît qu'ils sont très, très, très, très nombreux. Ils ont peut-être tous un signe distinctif ? Les rois d'Angleterre ont de grandes oreilles. Les Présidents français sont petits et arrogants. Ou ils mettent des chapeaux spéciaux pour faire pape ou dictateur africain.

 

A la maternité, la sage-femme, Dominique, a dit que j'étais peut-être à haut potentiel. Intellectuel, je ne sais pas, mais hypermnésique, pourquoi pas ? Il y a plein de mots que je retiens quand j'écoute la radio avec Papa le soir.

 

Je ne sais pas ce que je dois faire avec toutes les informations qu'on me donne par-ci par-là. Peut-être qu'il me manque pour l'instant des outils de traduction, qu'on me les donnera plus tard. Mais quand ?

 

La pauvre Tatie - les autres l'appellent Marinette - a l'air bien malade. Elle a un genre d'érythème fessier sur les oreilles. Ça lui fait deux gros boutons rouges et moches. J'espère que ça ne la gêne pas pour entendre.

 

J'ai eu un moment de panique : elle s'est approchée de moi avec sa grande bouche et j'ai cru qu'elle allait me dévorer. Elle s'est contentée de poser ses lèvres sur ma joue et d'émettre un petit bruit très spécial du genre « Smack » ou « Pfflurtt ». Ça m'a fait tout mouillé, comme si j'avais fait pipi dans ma couche mais juste un petit peu. Je dois avouer que j'ai aimé ça, le petit bruit et le contact avec un être à cheveux longs.

 

Est ce qu'elle aussi va ouvrir son chemisier et m'offrir un sein à téter ? C'est peut-être la vocation de « ces dames » ? Je crois qu'on dit comme ça pour désigner les nourricières. Mais de fait, même si ça me plairait beaucoup, je pense qu'il y a un autre système de nutrition parce que Mamita ne donne plus la tétée à maman. Et à papa non plus. Du coup, il y a plein d'odeurs différentes qui sortent de cet endroit qu'ils appellent la cuisine.

 

Jean-Paul

 

 

4 B

 

Ma tata se penche vers moi et me pince la joue. Elle approche ses grosses lèvres rouges pour me donner un baiser collant. Beurk !

 

Edorée

 

 

5 A

 

Me voilà à l'intérieur du salon. L'ambiance est chaleureuse, les sapins sont décorés de guirlandes qui clignotent et de boules colorées que j'aimerais bien toucher. Au mur, face à moi, un portrait de chien tout mignon me regarde. J'aimerais avoir un chien plus tard. J'y pense très fort et quand ma tatie frappe sur une flûte avec sa cuillère, ça fait « Toc Tiding taping » et c'est beau comme un miracle. Le chien semble sortir de son cadre et s'avance vers moi. Je vous dis que je suis en connivence avec le vieux bébé de 2024 ans, HPI comme moi. Je ne sais pas comment il s'appelait mais certainement pas Bigorneau, même si Mamita m‘a dit qu'il marchait sur l'eau. J'aimerais bien être un peu comme lui, car Mamita l'aime beaucoup. Elle me raconte des chapitres de sa vie. Mais ce qui est moche, c’est qu'il est mort jeune, je ne sais pas comment. Peut être à la guerre en Palestine ? A Gaza ? On en parle beaucoup en ce moment. Mais revenons à notre réveillon, je rêve très fort que j'aurai un chien en cadeau. Même en peluche, ce serait un premier pas vers mon rêve.

 

Maryvonne

 

 

5 B

 

Tout le monde est arrivé. Marinette fait tinter un verre en cristal pour annoncer le repas de Noël.

 

Edorée

 

 

6

 

Tout le monde se régale, maman mange de l’herbe. Mais moi j'ai faim et je le manifeste en poussant des petits cris « bip bip bip ».

 

Edorée

 

 

7

 

Maman finit de manger ses herbes et me prend dans ses bras. Elle se dirige vers le canapé près du sapin et je frétille de plaisir car elle me présente sa grosse tétine. Je pompe avidement en regardant les boules scintiller dans la lumière. Après mon rôt, elle retourne à la table, continue la suite du repas et me garde sur ses genoux.

 

Edorée

 

 

8

 

C'est une vraie soirée découverte. D'abord, c'est étrange d'être encore en société à cette heure-ci, d'habitude, je suis dans ma chambre depuis longtemps et Papa m'a déjà lu une histoire mais alors, ce soir, après cette balade étrange dans la nuit noire éclairée d'étoiles qui scintillent et une sensation d'air frais sur le bout du nez, je débarque avec mes parents et ma Mamita dans une maison éclairée de partout. C'en est presque aveuglant et alors le bruit n'en parlons pas ! Ils ont vraiment une façon exubérante de se dire « Bonjour » ou plutôt « Bonsoir » ! Parce que tout bébé que je suis, à six mois, j'ai déjà intégré l'alternance jour-nuit. C'est aussi un intérieur très coloré. Je ne connais pas le nom des couleurs mais je vois bien que c’est multicolore parce que il y a Belle lurette que j'ai dépassé le stade du noir et du blanc des premières semaines. Quelle ambiance sonore et inhabituelle ! Ils parlent tous en même temps ! Et ce nouveau bruit cristallin, je ne l'ai encore jamais entendu.

 

D'habitude, leur verre ne fait pas de bruit Cependant, malgré ces stimulations sensorielles inhabituelles, mon estomac crie famine. D'autant plus que ma mère mange de l'herbe depuis un moment. J'espère que son lait ne sera pas vert et qu'il n'aura pas le goût d'épinard. Bon, passons aux choses sérieuses, je réclame, en déclenchant le signal sonore rituel que ma mère sait bien reconnaître. Bingo !

 

Rapidement, elle s'exécute, dégrafe son chemisier et me cale dans le creux de son bras gauche. Chic, c'est le côté de mon téton préféré !. La mécanique est bien au point maintenant. Les gouttelettes qui perlent sur le mamelon dégagent bien l'odeur habituelle du lait et puis la couleur est la même qu’à la dernière tétée. Je suis en confiance et surtout j'ai faim. J'y vais, j'ouvre grand la bouche en arrondissant bienles lèvres. Je ventouse le téton énergiquement, ça coule à plein débit. Et hop ! Je me sens dans un drôle d'état. Est-ce que ma mère se serait autorisé à boire du champagne ? J'ai l'impression d'avoir des troubles de la vue ! J'ai encore plus de mal à accommoder que d'habitude. Ma grande cousine est toute gondolée. Sa main qu'elle agite pour me dire au revoir est énorme. Et sa tête est toute petite, loin à l'horizon. Les parents continuent à parler, rire comme si de rien n'était. Pourtant, adultes comme ils sont, ils devraient savoir que ce trouble oculaire peut-être grave et mériterait une consultation d'ophtalmo pour distorsion de la vision. J'ai peut-être la rétine qui se décolle ? Mais c'est le cadet de leurs soucis. Je vois bien que, comme souvent au bout d'un moment, je dérange, et que je suis prié de débarrasser le plancher ! D'ailleurs, mon père me tend les bras et me dit : "Allez Bibi, c'est l'heure du lit !

 

Dominique

 

 

9 A

 

Papa aussi me fait ce qu'on appelle des bisous mais comme il a des cheveux sous le nez et sous le menton ça chatouille et ça grattouille.

 

Ici aussi dans cette maison où je viens pour la première fois, on me met en prison quand arrive la nuit avec son lot de fatigue. Mais c'est la première fois que je partage ma cellule avec deux condamnés dont on ne veut pas qu'il s'évadent. Ça va être commode de passer la nuit dans ce commissariat avec ce type marron - un avocat ? - sans doute arrêté parce qu'il déambulait à poils sur la voie publique !

 

- Je suis un ours télépathe, qu'il me dit avec sa grosse voix de baryton. J'ai appartenu à ta cousine Mirabelle et justement, je me la ferais bien, la belle. Tu connaitrais pas un truc pour me transformer en poisson volant ?

 

J'aimerais bien exocet son souhait. mais je n'ai pas encore l'âge pour recevoir une boîte de magie Harry Potter à Noël. Pas sûr que mes parents songent même à m'offrir Sophie la Girafe qui fait « Wizz ! Wizz ! Wizziouip ! »

 

- Bon, grommelle Nounours, puisque tu ne réponds pas et que tu n'as rien dans ta giberne alors j’hiberne. Bonne nuit, le petit ! Essaie de ne pas tirer toute la couverture à toi !

 

L'autre prisonnier ne dit rien. Il a une bouche mais pas de nez. Il sourit benoîtement et semble heureux d'avoir une peau toute verte parsemée de taches jaunes. Je le soupçonne d'être un prince charmant qu'une grenouille a embrassé et au lieu qu'elle devienne une princesse, c'est lui qui est devenu un crapaud ! C'est une histoire que m'a racontée une fois une baby-sitter prénommée Anne-Françoise, un soir que Maman et Papa étaient allés à l'opéra voir « La Flûte enchantée ». Je crois que je vais l'appeler Ernest. Il a la peau douce comme du velours mais quand je le colle contre ma joue ça ne fait pas le même effet que Tatie Marinette. Là-dessus, papa sort en laissant la porte entrouverte et la lumière sur le palier. Mes yeux se ferment et un joli coq vient parader sous mes paupières.

 

- Je suis le coq de montre, qu'il me dit. Et je suis un fier compagnon.

 

- Moi, je suis la vache Ursula, dit sa copine qui a des cornes sur la tête. Je donne des pacs de lait à toute l'Europe.

 

- Ah ouais, que je fais en entrant dans leur rêve. C'est sûr que vous avez de la gueule ! Mais à part ça !

 

Jean-Paul

 

 

9 B

 

A la fin du repas, ils débarrassent la table et mon papa me soulève de ses grosses mains pour le dodo. Il chantonne : « Bonne nuit mon petit Bigorneau Il est temps d'aller faire dodo Bonne nuit mon p'tit Bigorneau. Demain, il fera beau ». Papa me met dans les mains mon doudou, une drôle de peluche verte à pois jaune. Je la regarde et je m'endors.

 

Edorée

 

 

10

 

J'ai écouté la petite musique du mobile que papa avait remontée J'ai regardé longtemps le coq et la vache courir l'un après l'autre Tasse avait été désignée arbitre pour déclarer quel serait le vainqueur J'ai encouragé la vache, j'ai encouragé le coq, mais aucun n'a réussi à rattraper l'autre. J'ai fermé les yeux et ils sont venus me rejoindre. Comme c’est réveillon ce soir, ils ont mis leurs vêtements secs. Coq a choisi une belle parure de plumes pour sa crête et son dos. Vache a mis son collier, un médaillon et une jolie guirlande attachée à ses cornes. Tasse a invité des copines et Théière. J'ai fait comme maman quand quelqu'un vient à la maison, j'ai proposé « thé ou café ? » . Avec un nuage de lait de poule ? Je les ai servis. On a bien fait connaissance tous ensemble, je leur ai raconté la neige blanche comme du lait qui virevolte comme des plumes d'oiseau. J'ai pris un thé, puis un café, j'ai trouvé ça fade, mes amis aussi Comme on est très bien élevés, on a pas jeté. Mais j'ai commencé à discuter de ce qu'on pourrait boire d'autre et qui pourrait être plus festif, j'ai évoqué tout ce dont on parlait à la maison chaque jour, champagne, vodka, bière, Martini, kir, punch, Porto, mousseux, Muscadet, Sangria, cidre, Beaujolais, whisky, rhum arrangé. Mes amis étaient très impressionnés par mes connaissances sur les liquides. C'est normal, je suis tout petit, je ne prends que ça pour l'instant. Je prends rien de solide. Ils m'ont dit que Benjamin Bigorneau, c'est très moche comme prénom. Ils ont proposé un surnom que j'aime mieux : Pochtron.

 

Anne-Françoise

 

 

11

 

Je me mets à rêver. Un rêve bizarre où je suis à table et je bois du thé pour faire comme les grands avec Macaron, le coq roux et Ursula la vache sacrée indienne qui porte le troisième oeil au milieu du front. Je parle leur langage et on se comprend. Tout à coup, je suis réveillé par le bruit d'en bas. Ce qui fait caqueter Macaron et beugler Ursula. Les murs ne sont pas épais dans cette baraque Et j'entends des disputes entre Tata et Mirabelle que le bruit de la chaîne stéréo ne couvre pas. Alors je me mets à crier, à pleurer fort. Papa, affolé, monte et me prend dans ses bras, me console et gronde Tata et Mirabelle car elles m'ont réveillé. Alors pour calmer l'atmosphère, maman se met au piano et joue de belles mélodies. Papa me balance doucement au son de la Berceuse de Brahms et je ne tarde pas à m'endormir. Je laisse les grands avec leurs histoires d'adultes ! Moi Morphée m'a pris dans ses bras et je dors sans rêver jusqu'au matin.

 

Edorée

 

 

12 A

 

Vache, Coq et Tasse sont vite remontés sur le mobile et j'ai bien tout rangé quand on a entendu papa monter l'escalier. J'ai ouvert les yeux et il m'a tendu ses bras immensément longs. C'est un effet du cocktail mojito-tequila dont il abuse à chaque fois qu'il vient me chercher dans mon lit. Sans compter sa petite poudre blanche, celle qu’il a confondue une fois avec mon lait en poudre, qui lui fait des yeux ronds et lui écarquille les pupilles.

 

J'en ai eu une confirmation lorsqu'il a parlé :

 

- L’a fait beau dodo, bébé ?

 

Au lieu de me demander si mon sommeil avait été récupérateur et quellle analyse on pouvait faire de mon rêve. J'entends que ça braille en bas, que ça gueule. Qu'est-ce qu'elle se sont mis dans le gosier ! Quelle famille de soiffards ! Ils n'ont pas d'excuse, eux qui peuvent éponger avec du solide. Moi je peux pas. J'ai quand même hâte de voir ça. S'il y a vraiment de l'animation, je pourrai discretos essayer de finir une petite coupette ! Autre stratégie je pourrais peut-être brailler tout ce que je sais. Ils me fileraient de la gnôle pour m'endormir. Ça pourrait être pas mal !

 

Anne-Françoise.

 

 

12 B

 

Mirabelle pourrait bien venir me chercher au lieu de me laisser tout seul dans un lit à barreaux comme dans une prison. J'entends la musique et les autres qui discutent et qui s'amusent et qui rient. Je veux faire la fête moi aussi ! On me laisse tout seul ! je veux voir Mirabelle jouer avec ses mains sur le piano. Ouin Ouin Ouin !

 

J'ai gagné, v’là Papa !

 

Marie-Thé

 

 

13

 

Je viens d'un pays ou tout être normal fait un séjour dans un coquillage. Ledit coquillage a visité toutes les mers et océans de Gaia. Puis il est pêché par un humain ou une humaine, mangé par l’humaine et neuf mois plus tard,c'est un bébé, comme disent les hominidés, qui surgit en saignant du ventre d'une humaine. Depuis que j'ai mis mes cordes vocales sur « on », ma mère, dès que je pleure, s’installe devant la table avec des rectangles noirs et blancs qui sont super heureux quand on les tape. Ils surgissent, trop cool, pleurent, s'extasient. Hmmm ! J’aime, j’aime, j’aime ! Je veux devenir le pianiste Bigorneau ! Ah voilà que j'entends la voix de ma tante un peu cassée, Gospelisé. Elle aussi aime taper sur les rectangles noirs et blancs. Mon père me fait peur quand il approche ses grands bras de mon petit corps. Heureusement, souvent, il me dépose dans les bras de Maman qui me colle doucement mais sûrement sur ses tétons que je suce avec force et ténacité, parce qu'il faut de la force pour extraire le lait sacré.

 

Mais là, Ludovic - c'est le prénom de mon père - me dépose dans mon lit à barreaux. Je n'ai jamais compris le concept mais, en réfléchissant, c'est peut-être aussi bien que d'être enfermé dans un coquillage même s’il vogue et caresse toute la sagesse du monde. J'ai dormi, j'ai rêvé et quand je me suis réveillé, ma cousine Mirabelle aux cheveux violets était devant les rectangles noir et blanc. Ses tentacules dansaient avec grâce, en rythme. Cela m'a rappelé une nuit sur une plage quand bigorneau encore j’étais. Des humains, des humaines qui dansaient hallucinés sous la Lune et devant un rocher totem. Malheureusement une grosse vague m'a emporté loin. Pendant que je dormais avec mes copains la poule et le coq, une navette en or s'est posée devant les rectangles blancs et noirs, « une montre » ai-je entendu. Moi je sais que cette navette va me conduire sur le chemin qu'on appelle la vie. Est-ce bien ? Est ce galère ? Je vais aller voir le Crabe. Il a une autre façon de concevoir la route.

 

Ghyslaine

 

10 juin 2025

La Cerise sur le gâteau / Ghys Laine

 

Mais ! Mais ! Je suis tout rouge !
J'ai l'impression d'être la cerise de la famille des Bigorneaux !
Mais ! Mais !... C'est moi le bigorneau.
J'essaie de sortir de ce trou bien trop petit pour moi.
Je pousse, je pousse et hop ! hop ! je sors la tête !
Mais qu'est ce qu'elle me fait cette dame avec ses gants gluants?
Elle me tourne les épaules comme pour cuire une crêpe sur l'autre face!
Mais zut alors je ne vois plus rien, moi !
Et qui c'est, cette femme qui me pousse avec son ventre pour me sortir plus vite encore ? D'accord j'étais à l'étroit mais tout de même, un peu de délicatesse ! Et elle crie mais enfin le bigorneau que je suis n'est pas sourd vous savez !

 

Ah, voilà que je suis tout en entier sorti du trou noir, on m'attrape comme un paquet de linge sale et on me colle sur la poitrine de celle qui criait si fort. Que sa peau est douce ! Comme je sens que je suis bien. Ah je la reconnais déjà.
Oui je suis là, bien entier et dehors mais aïe aïe que ça fait mal !
Quelque chose entre en moi et ça brûle, je pleure ! Je leur dis que j'ai mal mais eux ils sont en extase à me regarder de tous les côtés !
Quelle ingratitude avec tous ses efforts que je viens de faire !

 

Et maintenant voilà que le monsieur me coupe mon accessoire de repas !
Mais comment je vais faire pour manger maintenant hein ??
Et j'ai faim mais très faim !
La main de la femme qui m'a poussé avec son ventre dirige doucement ma tête vers un petit bout qui pointe. Hummm ça sent bon, c'est doux, je touche du bout des lèvres ce bouton qui sent le lait.
Je l'attrape, je le tête, ah, oh, du lait ! Hummm c'est bon, trop bon, je dois le lâcher pour respirer ! Mais non je respire par le nez aussi !
Mais c'est fou, je respire et je mange en même temps !
Alors c'est ça, la vie ?!
Je suis donc le bigorneau de Maman et Papa, c'est comme ça qu'ils s'appellent à ce que j'ai entendu...
Papa , c'est celui qui m'a mis dans ce trou !
Maman c'est celle qui m'en a expulsé en criant.
Voilà donc ce que c'est que "naître à la vie".
Ben vous savez quoi ?

 

Ca me plait bien. On me cajole, on me baigne, on m'habille et surtout j'ai droit jour et nuit au bon lait de Maman, et Papa qui me berce aussi la nuit quand je fais exprès de pleurer pour être dans ses bras…
Elle est vachement belle, la vie de bigorneau !

 

 

10 juin 2025

Le Réveillon de Bibi / La Licorne

 

 

Qui c'est qui fait son premier noël aujourd'hui ?

 

...c'est Bibi !

 

Pas Bibi Fricotin, non...Bibi Benjamin.

 

Bébé tout neuf, je découvre pour la première fois le monde autour de moi : la neige qui virevolte, la maison illuminée, les bisous sur ma joue...C'est doux, les bisous, j'aime bien...surtout ceux de Tatie, qui est si jolie. 

 

Mais le monde extérieur est bizarre : qu'est-ce que c'est bruyant ! Y'a des "kling", des "klang", des "pop"... et un machin poilu qui fait 'Wouah Wouah". C'est nettement plus agité que dans le ventre de maman, où tout était calme et feutré.

 

 

Maman, avant, je la connaissais "de l'intérieur" et maintenant, couché dans ses bras, je la vois "de dessous", ça change tout. A la fin du repas, je la regarde croquer des feuilles de salade : ça fait "crac, croc"... 

 

Et puis ça fait "cric" aussi... :-)

 

Comment lui dire que je n'apprécie pas forcément les tétées "saveur vegan" ?

 

Voilà ma cousine Mirabelle qui s'approche, qui me dit "Dodo, Bibi, dodo", avec des mimiques et des intonations très en-dessous de son âge, suivie de près par papa qui se sent obligé de me donner un drôle de truc vert et jaune tout mou avant de me mettre, d'office,  derrière les barreaux. 

 

 

Je ne comprends pas grand-chose à tout ça... Sont bizarres les gens du bas. 

 

Assez déçu, je repars le plus vite possible dans le ciel d'où je viens, dans le ciel de mes rêves, là où tout est léger, facile, là où tout est possible, même prendre le thé entre Mac(a)ron et Ursula !

 

Mais je suis tiré de mon sommeil magique par les cris de Tatie et de Mirabelle, qui, pour une cause inconnue, se disputent allégrement... Je me mets alors à hurler aussi fort qu'elles et même plus fort qu'elles... histoire qu'elles comprennent que je ne tolérerai pas leurs caprices très longtemps.

 

Papa m'entend : il vient me chercher dans la chambre puis me descend au salon. Tient-il vraiment à ce que j'assiste aux prises de bec des deux excitées ? 

 

Non, heureusement, elles ne sont plus là. Près du grand sapin, il n'y a plus que maman. 

 

 

Maman qui fait jouer ses doigts sur des touches en noir et blanc et en tire des sons si beaux, si purs...que ça me réconcilie avec l'existence.

 

Je me rendors tout doucement sur une berceuse de Brahms, le sourire aux lèvres...

 

A minuit pile, ils feront bien ce qu'ils veulent...

 

Pour moi, à partir de maintenant, le réveillon sera sans réveil. 

 

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