Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte / A.E. Villejean
Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte / A.E. Villejean
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1 Jean-Paul
Ça s’annonce bien ! C’est le soir de Noël et il neige à nouveau ! Cela faisait des années que ça n’était pas arrivé. J’espère que la route ne sera pas trop glissante pour mes invités. Je sais que Ludovic est bon conducteur. C’est un garçon calme, pondéré, flegmatique et même le jour où il a emmené Samantha accoucher à la maternité il est resté impassible jusqu’au bout. Je me souviens très bien, j’étais là avec eux, à l’avant de la voiture et c’était peut-être moi la plus angoissée des trois. Je ne sais pas trop pourquoi du reste. Ma fille à moi, Mirabelle, il y a tout juste dix ans, est arrivée comme une lettre à la poste. Un coup de tampon sur le livret de famille après le petit tour à la mairie pour l’État-civil le lendemain et paf, à vingt ans, je me suis retrouvée mère de famille...
Mais je m’égare. Récapitulons. J’ai deux bouteilles de champagne au frais. Le gâteau de Noël, je l’ai préparé en début d’après-midi. Un fraisier maison.Il ne me reste plus qu’à surveiller le chutney aux légumes mélangés. Mirabelle a fait la tête quand je lui ai annoncé que ce serait un réveillon sans viande à cause de sa tante Samantha qui fait partie de la caste des véganes. Mais Mirabelle fait toujours la tête depuis…
J’ai dit « la caste » des véganes ? C’est de la déformation multiculturelle ! Je voulais dire « la secte ».
Ça devient compliqué, les repas de famille. En, plus des origines éthniques il faut tenir compte des allergies alimentaires !
Récapitulons encore. J’ai accroché les guirlandes au plafond, mis les boules dans le sapin. Il est 18 h 10. Je n’ai pas eu le courage de faire des naans au fromage. A vrai dire je ne maîtrise pas encore assez bien la recette, ce n’est pas moi qui les faisais… J’espère que Mamita, ma belle-mère, ne se vexera pas. Un repas indien le soir de Noël, pour le plat de résistance je veux bien mais bon, il faut s’adapter, faut s’intégrer aussi. Je n’ai pas fait l’impasse sur un beau plateau de fromages, du bon pain bio, du vin rouge.
Ah ! On sonne ! C’est sans doute déjà eux.
- Mirabelle ! Va ouvrir, s’te plaît ! J’ai les mains prises et je ne veux pas arrêter tout de suite le feu sous le chutney !
2 Dominique
Enfin, le grand jour est arrivé. C’est le premier Noël où je suis en mesure de recevoir dignement ma famille. Ce n’est pas une très grande famille nous serons en tout cinq enfin six si je compte Bigorneau. J’ai eu beaucoup de plaisir à faire la cuisine en pensant à eux. Je suis contente de moi. Je me suis bien organisée. Déjà, pour le marché. J’ai trouvé un beau poulet fermier bio que j’ai d’abord saisi dans le four très chaud pendant vingt minutes puis je l’ai mis dans ma cocotte en fonte noire, celle que ma mère m’a donnée quand je me suis mariée. C’est la cocotte de ma grand-mère. Avec la cuisson lente pendant trois heures la volaille a secrété un abondant jus parfumé de citron, de gingembre et de thym. J’ai évité le curry et le lait de coco, ne pouvant rivaliser avec les talents de cuisinière de Mamita. J’ai trouvé aussi au marché de superbes marrons, l’accompagnement rêvé de la volaille de Noël.
Ce repas de famille est vraiment ma seconde chance. Je me sens maintenant une femme accomplie. A trente ans, ce n’est pas trop tôt. J’arrive à sourire en repensant à mes vingt ans. Certes j’avais dix-huit ans quand Mirabelle est née mais Mamita m’a accueillie chez elle avec mon bébé dès la sortie de la maternité. Heureusement parce que mon gros ventre au deuxième trimestre de l’année de terminale avait fait exploser ma propre famille. Mes parents m’avaient chassée et ce définitivement.
J’ai finalement bien supporté la rupture. J’étais si amoureuse de Charma. Il était si beau, si gentil aussi, du moins au début. Son sourire était irrésistible. Il m’avait rapidement présentée à sa famille. Papita et Mamita s’étaient montrés heureux de la future naissance et avaient loué un petit studio à deux rues de chez eux pour que les amoureux aient leur intimité, disaient-ils. Ils se sont montrés si compréhensifs que j’ai adopté instantanément cette nouvelle famille. Je me suis immédiatement entendue avec Samantha, la petite sœur de Charma.
***
C’est après que les choses se sont compliquées avec Charma. Non pas qu’il fût violent, ce n’était pas le problème. Non, il était absent, de plus en plus souvent absent. Il avait en réalité une deuxième vie qui l’absorbait bien plus que celle qu’il partageait avec Marinette et Mirabelle. Bien sûr il avait été content au début d’avoir un bébé et semblait s’y intéresser mais il était irrésistiblement attiré ailleurs. Son amour principal n’était pas une femme ni même un homme : il était amoureux fou de la montagne, des glaciers, des sommets. C’était sa drogue et il l’a payé de sa vie. Voici deux ans que son corps a été retrouvé au fond d’une crevasse après une longue semaine de recherches. Marinette a pleuré toutes les larmes de son corps. Mirabelle qui avait dix ans a aussi beaucoup pleuré mais rapidement son chagrin s’est transformé en une colère tournée vers sa mère. Mirabelle rendait Marinette responsable de la mort de son cher papa Charma. Elle aurait dû savoir le retenir à la maison, être plus forte que la montagne. Alors Marinette s’est retrouvée maman solo. C’était difficile, surtout maintenant que Mirabelle entrait dans l’adolescence.
3 Anne-Françoise
J’ai bien bossé aujourd’hui, passé la soirée à préparer le repas. J’ai goûté le vin pour le coq au vin, j’ai goûté le blanc pour accompagner les huîtres : il était bon. J’ai ouvert les huîtres en faisant gaffe, avec un torchon. J’ai fait un dessert avec du rhum. J’ai léché le plat.Ça cognait déjà bien dans ma tête quand les cloches de l’église ont sonné et que le ding dong de l’entrée a retenti. Mirabelle est allée ouvrir la porte. J’ai vérifié si j’avais bien mis toutes les bouteilles d’apéro au frigo. Je les ai comptées et recomptées plusieurs fois vu que j’arrivais jamais au même nombre. J’ai embrassé Bigorneau sur l’oeil – j’ai raté la joue ! – et il a ouvert joyeusement les yeux , séduit par les effluves d’alcool offertes par mon haleine. Ludovic et Samantha ne se sont absolument rendu compte de rien, complètement obnubilés par la huitième merveille du monde, quoique… Ludovic ne m’a pas laissé porter Bigorneau. Moi j’étais joyeuse, rieuse avec le rouge aux joues.
Mirabelle m’a demandé un coca et Mamita un Perrier. Je leur ai dit d’aller chercher du côté du saladier de godinette. J’ai beaucoup ri à l’idée de cette blague parce qu’il n’y avait plus de place au frigo ni pour du coca, ni pour de l’eau, à part de l’eau-de-vie et de la godinette évidemment. Mais on débouchera avant du champagne parce que c’est Noël et que j’ai envie de faire la fête à Bigorneau. On prendra la godinette après. Ça pour moi ce sera la fête aussi.
Dire que ce couillon de Frédo il m’a fait quitter ma Bretagne natale pour venir me marier avec lui dans sa montagne et qu’en plus, depuis quinze ans, il m’a interdit la godinette ! J’en ai la larme à l’oeil quand j’y pense. Heureusement il est tombé un soir dans l’escalier en descendant à la cave et il s’est cassé le cou. C’est ce que j’ai dit aux gendarmes quand ils sont venus. Sauf que j’ai pas dit « heureusement ». Ils m’ont crue. Ils n’ont pas pensé que j’aurais pu le pousser. Le fait d’être blonde est un atout pour paraître innocente. Bref, il est au cimetière. Je l’ai pas mis à conserver dans l’alcool, ce serait gâcher. Et il m’empêche plus pour la godinette. Je l’ai testée plusieurs fois depuis quelques jours : elle est très bonne.
J’espère que la soirée sera aussi bonne, même si, de mon côté, il y a beaucoup de monde à faire la java dans mon crâne qui vont jusque dans mes mains et dans mes pieds. Des fois j’ai l’alcool triste mais ce soir j’ai l’alcool cool !
***
La Godinette (du nom d’un groupe musical de Haute-Bretagne des années 70) a été créée en 1977/78 par Simone MORAND, à l’initiative de l’association « Au Carrefour de la Gallésie » et pour la Gallésie en Fête.
Recette pour 30 personnes :
1,5 kg de fraises
1 kg de sucre
1 litre d’eau de vie
6 litres de gros-plant
20 cl de crème de cassis
soit environ 7 litres c’est à dire 25 cl par personne (ce qui est peu...!).
***
4 Maryvonne
Marinette espère passer une bonne soirée mais Mamita fait une réflexion à Mirabelle car elle est encore sur son smartphone. Celle-ci n’accepte pas les remontrances et fait la grimace. Marinette rappelle tout le monde à l’ordre en faisant tinter sa coupe de champagne. Heureusement elle a Ludovic pour trinquer avec elle car Mirabelle est trop jeune, Samantha allaite le bébé et Mamita est soit abstinente pour des raisons religieuses, soit adhérente aux alcooliques anonymes, allez donc savoir !
Ludovic regarde Marinette avec des yeux coquins car avec la grossesses, l’accouchement et ses suites, ça fait aussi un moment qu’il est abstinent. Avec une bouteille de champagne pour deux, ça va être « Noyeux Joël ! ». Moi je vous le dis : comme Marinette est sous antidépresseurs et que ça ne fait pas bon ménage avec l’alcool, ça ne m’étonnerait pas qu’elle finisse le nez dans le gâteau, moi je vous le dis ! De toute façon comme à chaque fois à Noël on se dispute, le petit Jésus dans la crèche, la paix sur terre, tout le monde s’en fout, on ramène ses sombres histoires d’héritage et l’autre connard qui est dans le cadre – avant on ne pouvait pas l’encadrer ! – maintenant qu’il est parti, on le pleure. C’est l’incohérence des repas de famille, surtout quand l’alcool désinhibe.
5 JK
Voilà ! Il est temps de passer au plat de résistance.
- Ludovic, tu peux pousser la bouteille de vin du dessous de plat, s’il te plaît ?
Il a l’air de plus en plus cool, le beauf. Mais est-ce qu’on dit bien un beauf pour le mari de sa belle sœur ?
- Ah non ! Ce n’est pas la peine, je n’avais pas vu le rond à côté.Ecarte les bonbons, le plat est très chaud. Ils risquent de fondre si je me pose dessus !
Pourquoi est-ce qu’elle pouffe de rire, Mirabelle ? Je ne comprends déjà plus rien à cette adote. Peut-être parce que je suis restée jeune d’esprit, fraîche de visage, faisant toujours nettement moins que mon âge.
- Ça te va bien, Sam, cette tonsure sur le côté gauche. C’est très tendance, moderne, « fashion ». Et ces grands anneaux aux oreilles te siéent à ravir !
- Vous me direz si c’est assez épicé, Mamita. J’ai de la pâte de curry en réserve dans le frigo, je peux vous faire vite fait une sauce plus piquante.
6 Ghyslaine
Je ne savais pas que ce Noël de l’année 2045 serait le dernier passé en famille. Nous étions une famille unie, pourtant. Du moins, nous le croyions.
Mon mari, appelé le Don Juan noir, - je le sus après - avait pris en cachette un billet d’avion pour Ceylan. Jamais il ne reviendrait. Cependant Samantha, sa sœur, qui venait d’avoir un bébé a répondu à mon invitation et elle est venue avec Bigorneau, le bébé tout neuf et son mari Ludovic – prénom d’une autre époque, vous conviendrez ! - .
Ma fille Mirabelle, à la coiffure pétante d’un violet année 2022, n’avait qu’une envie : être ailleurs dans une teuf organisée dans une fusée par sa bande, les HS, Hors Société, mouvement créé dans les années 2030.
Ding dong ! Ding dong ! Très fière de moi j’étais, avec cette sonnette que j’avais trouvée dans la brocante mondiale organisée tous les ans au centre du Sahara qui depuis un certain temps avait envahi tout le nord de l’Afrique. Puis Mamita est arrivée. Je lui avait pourtant dit que ce n’était pas une soirée déguisée ! Mais elle avait quand même voulu mettre cette tenue hindoue qu’avait portée son arrière-grand-mère et sur son front elle s’était collé un rubis.
J’avais préparé une marmite de plantes séchées. Je les avais achetées un prix d’or car elles étaient exposées dans un musée des denrées rares où nous pouvions voir quelques chauves-souris qui avaient résisté au réchauffement climatique.
Quand j’ai apporté le gâteau fait dans une usine clandestine, il était tellement beau que j’ai pensé à mon Don Juan noir. J’ai trébuché et je suis tombée la tête la première dans la crème rouge. Quand je me suis redressée, j’ai fondu en larmes. Cela a permis de nettoyer mon visage. J’ai rempli les verres avec le champagne de vingt ans d’âge et le thé glacé à la cardamome. Nous avons commencé à chanter « Ce n’est qu’un au revoir » mais nous savions que jamais nous ne nous reverrions.
A ce jour chacun, chacune a trouvé une nouvelle planète et une nouvelle vie.
7 Véronique
J’espère que l’ambiance restera agréable car on est un peu assis sur une poudrière. Il semble y avoir de l’eau dans le gaz entre Ludovic et Samantha. Et ce petit bébé, Bigorneau, comme l’appelle Mirabelle, n’a rien demandé. En tout cas moi j’ai déjà assez de soucis avec le père de Mirabelle qui s’est tiré, je ne vais pas m’occuper de ma belle sœur. Je suis déjà plus que sympa d’avoir organisé Noël chez moi, tout préparé, décoré la maison… Mamita m’a bien aidée, d’accord mais…
Ludovic est monté coucher Bigorneau. Il va en profiter pour rester un peu tranquille là-haut. Mirabelle aussi fait un peu la tête, ça n’est pas nouveau. Samantha est une bonne pianiste, elle va nous jouer quelque chose de gai, d’entraînant. Même si la soirée n’est pas au top, on pourrait chanter, toutes les deux. Ce sera toujours ça car dans le genre famille bancale, c’est réussi.
A l’arrivée tout le monde jouait le jeu, on essayait de faire bonne figure… car j’en veux à Samantha de ne pas m’avoir défendue auprès de son frère. Aucune solidarité féminine…
Bon, on va chanter. Dans le cadre sur le piano il y a encore la photo de Noël dernier où nous étions tous réunis. Ça, c’était un Noël heureux. Essayons de finir celui-ci en beauté.
8 Marie-Thé
Elle est venue de loin, très loin, Mamita - elle habitait là-bas près de Madras, en Inde, avec tous ses grands enfants et petits-enfants - pour découvrir Bigorneau, le bébé de Samantha, sa fille aînée partie vivre la grande aventure aux Etats-Unis avec Ludovic, un Américain de passage dans son village dont elle est tombée amoureuse. Il n’a pas pu résister à son charme oriental, son sourire, ses grands yeux noirs et sa joie de vivre.
Le soir de Noël ils se sont tous retrouvés chez Marinette [la sœur de Ludovic?] pour passer tous ensemble la soirée de réveillon.
Ils ont festoyé, raconté des histoires drôles et bien ri toute la soirée.
Mamita, habituée à travailler toujours et toujours a déjà débarrassé la table. Pendant ce temps Marinette entonne une chanson joyeuse, accompagnée par Samantha au piano. Mamita est tellement séduite qu’elle s’arrête avant la cuisine pour écouter les deux filles et se dit que Ludovic pourra bien faire la vaisselle sans elle.
9 Brigitte
J’adore cette chanson ! Elle me rappelle, elle me rappelle…
Ludovic redescend des étages où il a couché Bigorneau. Il a le regard amoureux et applaudit sans aucun doute surtout sa femme, Samantha. Il faut dire qu’elle joue dans l’orchestre philharmonique de Strasbourg. C’est une artiste professionnelle de renommée internationale. D’ailleurs sa façon de saluer le montre bien.
Mamita, elle, est bon public ; elle a d’ailleurs cette fâcheuse habitude d’applaudir tout ce qui passe, la dinde, le gâteau, la dernière plaisanterie de Ludovic.
Il manque Mirabelle. Où est-elle donc passée, scotchée à son portable, chattant avec sa meilleure amie, s’agaçant de ce morne repas de Noël qui n’en finit pas ?
Et moi j’adore cet air si connu de Carmen ; et je crois que je mérite aussi les applaudissements : le piano seul n’aurait quand même pas la même saveur.
« L’amour est enfant de Bohême,
Il n’a jamais jamais connu de loi.
Si tu ne m’aimes pas, je t’aime;
Si je t’aime, prends garde à toi!
(Prends garde à toi!) »
Eh oui, prends garde à toi, l’oiseau rebelle qui s’est envolé le jour de la Toussaint il y a à peine deux mois ! Depuis, aucune nouvelle !
Moi, encore, j’en ai pris mon parti.Ce n’est pas drôle tous les jours mais Mirabelle, elle, elle ne comprend pas et surtout n’accepte pas le départ de son père.
Elle est si dure avec moi !
10 Claude
Je vous le dis bien haut, je le crie :
- Marinette en a marre !
Vous savez ce que ça veut dire ? L’année prochaine Marinette ne sera pas là à Noël ! Elle s’offrira un petit voyage au soleil. Les Caraïbes ou la Guadeloupe. Elle ne sait pas encore.
Ah ! Vous imaginiez que cela allait durer, que j’allais continuer indéfiniment le même système ? Organiser des repas ? Programmer des menus et confectionner comme tous les ans le Paris-Brest de Noël et son coulis de framboises ?
Marinette ne veut plus être une poire, la bonne à tout faire ! Maintenant que Georges n’est plus là – paix à son âme ! – me voilà libre. Mirabelle ira passer Noël chez Mamita. Elle pourra faire ce qu’elle veut, à savoir passer le plus clair de son temps sur son portable sans jamais donner le moindre coup de main.
Georges me prenait pour faire servante. Normal, puisque sa mère le traitait comme un prince ! Quel héritage, un homme pareil !
Mais voilà, ce soir Marinette a eu une révélation, un éblouissement ! Le pied de Mirabelle qui s’est avancé sournoisement sur mon passage ! Je l’ai vu, je l’ai senti ! Je me suis entartée dans la crème au beurre et à ce moment-là la vérité m’est apparue. Je me suis dit : « Marinette ! Ne sois plus celle qui s’enlise dans les coulis, les purées, les bouillons et les sauces ! Sors-toi de là, Marinette ! Ta vie est ailleurs !
L’année prochaine, je vous l’annonce, Marinette dansera sous les tropiques en buvant du punch !
11 Dominique
Croche-pied de Mirabelle. Marinette trébuche et tombe le nez dans le fraisier.
12 et 13 Eliane
Le soir de Noël, tout se serait bien passé si Mirabelle n’avait pas fait sa mauvaise tête. Encore plus que d’habitude et ce n’est rien de le dire.
Qu’est-ce qu’elle n’aimait pas, cette fois ? Elle n’aimait pas Noël, pas les réunions de famille. Bien sûr elle préférerait être avec son copain à regarder des séries en se goinfrant de sucreries. Mais bon, elle pourrait quand même faire un effort pour sa famille ? Sa tante et son mari venaient de loin. Sa grand-mère l’adorait, la couvrait de cadeaux.
Sale gamine ! Même avec le bébé elle n’est pas gentille, ne lui fait pas de câlins, ne joue pas avec lui. Cet être est sans coeur. Elle ne se soucie que d’elle-même, n’accorde aucune attention à son entourage, ne se plaît qu’au milieu de ses copains et copines avec qui elle estime qu’elle a des centres d’intérêt. Les adultes l’ennuient.
Je me suis beaucoup décarcassée pour que nous passions un chaleureux Noël. L’apéro s’est bien passé, nous nous sommes donné des nouvelles... Mirabelle dans son coin, le nez sur son téléphone !
Pas un instant elle ne serait venue donner un coup de main en cuisine ou échanger quelques mots.
Tout se passait bien. Le repas était délicieux. Les compliments ont fusé.
Tout se passait bien. Dehors la neige tombait doucement. Le feu crépitait dans la cheminée. On se sentait dans un cocon.
L’orage a éclaté quand j’ai demandé à cette jeune fille qui me sert de fille de débarrasser la table. Mirabelle a hurlé que ce n’était pas à elle de faire ça, qu’elle n’avait invité personne et qu’elle n’était pas la bonne de la maison.
J’ai pris ma voix sévère pour lui demander de baisser le ton mais elle a carrément crié plus fort puis est montée s’enfermer dans sa chambre.
J’étais fatiguée, à bout de nerfs, j’ai ressenti une grande vague de désespoir. Je suis sortie pleurer dehors.
Un moment plus tard, Samantha est venue m’apporter une part de gâteau. Nous avons discuté. Je lui ai dit mon désarroi devant cette ado rétive que j’élevais sans père.
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