Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'Atelier d'écriture de Villejean

Publicité
13 mai 2025

Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte / A.E. Villejean

Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte / A.E. Villejean

 

Une version illustrée de ce texte au format A5 en pdf est disponible

en téléchargement temporaire ici :

 

https://drive.google.com/file/d/1frLa5Sj9SUKpNhgap12HjuQxZsJFdY83/view?usp=drive_link

 

1 Jean-Paul

 

Ça s’annonce bien ! C’est le soir de Noël et il neige à nouveau ! Cela faisait des années que ça n’était pas arrivé. J’espère que la route ne sera pas trop glissante pour mes invités. Je sais que Ludovic est bon conducteur. C’est un garçon calme, pondéré, flegmatique et même le jour où il a emmené Samantha accoucher à la maternité il est resté impassible jusqu’au bout. Je me souviens très bien, j’étais là avec eux, à l’avant de la voiture et c’était peut-être moi la plus angoissée des trois. Je ne sais pas trop pourquoi du reste. Ma fille à moi, Mirabelle, il y a tout juste dix ans, est arrivée comme une lettre à la poste. Un coup de tampon sur le livret de famille après le petit tour à la mairie pour l’État-civil le lendemain et paf, à vingt ans, je me suis retrouvée mère de famille...

 

Mais je m’égare. Récapitulons. J’ai deux bouteilles de champagne au frais. Le gâteau de Noël, je l’ai préparé en début d’après-midi. Un fraisier maison.Il ne me reste plus qu’à surveiller le chutney aux légumes mélangés. Mirabelle a fait la tête quand je lui ai annoncé que ce serait un réveillon sans viande à cause de sa tante Samantha qui fait partie de la caste des véganes. Mais Mirabelle fait toujours la tête depuis…

 

J’ai dit « la caste » des véganes ? C’est de la déformation multiculturelle ! Je voulais dire « la secte ».

 

Ça devient compliqué, les repas de famille. En, plus des origines éthniques il faut tenir compte des allergies alimentaires !

 

Récapitulons encore. J’ai accroché les guirlandes au plafond, mis les boules dans le sapin. Il est 18 h 10. Je n’ai pas eu le courage de faire des naans au fromage. A vrai dire je ne maîtrise pas encore assez bien la recette, ce n’est pas moi qui les faisais… J’espère que Mamita, ma belle-mère, ne se vexera pas. Un repas indien le soir de Noël, pour le plat de résistance je veux bien mais bon, il faut s’adapter, faut s’intégrer aussi. Je n’ai pas fait l’impasse sur un beau plateau de fromages, du bon pain bio, du vin rouge.

 

Ah ! On sonne ! C’est sans doute déjà eux.

 

- Mirabelle ! Va ouvrir, s’te plaît ! J’ai les mains prises et je ne veux pas arrêter tout de suite le feu sous le chutney !

 

2 Dominique

 

Enfin, le grand jour est arrivé. C’est le premier Noël où je suis en mesure de recevoir dignement ma famille. Ce n’est pas une très grande famille nous serons en tout cinq enfin six si je compte Bigorneau. J’ai eu beaucoup de plaisir à faire la cuisine en pensant à eux. Je suis contente de moi. Je me suis bien organisée. Déjà, pour le marché. J’ai trouvé un beau poulet fermier bio que j’ai d’abord saisi dans le four très chaud pendant vingt minutes puis je l’ai mis dans ma cocotte en fonte noire, celle que ma mère m’a donnée quand je me suis mariée. C’est la cocotte de ma grand-mère. Avec la cuisson lente pendant trois heures la volaille a secrété un abondant jus parfumé de citron, de gingembre et de thym. J’ai évité le curry et le lait de coco, ne pouvant rivaliser avec les talents de cuisinière de Mamita. J’ai trouvé aussi au marché de superbes marrons, l’accompagnement rêvé de la volaille de Noël.

 

Ce repas de famille est vraiment ma seconde chance. Je me sens maintenant une femme accomplie. A trente ans, ce n’est pas trop tôt. J’arrive à sourire en repensant à mes vingt ans. Certes j’avais dix-huit ans quand Mirabelle est née mais Mamita m’a accueillie chez elle avec mon bébé dès la sortie de la maternité. Heureusement parce que mon gros ventre au deuxième trimestre de l’année de terminale avait fait exploser ma propre famille. Mes parents m’avaient chassée et ce définitivement.

 

J’ai finalement bien supporté la rupture. J’étais si amoureuse de Charma. Il était si beau, si gentil aussi, du moins au début. Son sourire était irrésistible. Il m’avait rapidement présentée à sa famille. Papita et Mamita s’étaient montrés heureux de la future naissance et avaient loué un petit studio à deux rues de chez eux pour que les amoureux aient leur intimité, disaient-ils. Ils se sont montrés si compréhensifs que j’ai adopté instantanément cette nouvelle famille. Je me suis immédiatement entendue avec Samantha, la petite sœur de Charma.

 

***

 

C’est après que les choses se sont compliquées avec Charma. Non pas qu’il fût violent, ce n’était pas le problème. Non, il était absent, de plus en plus souvent absent. Il avait en réalité une deuxième vie qui l’absorbait bien plus que celle qu’il partageait avec Marinette et Mirabelle. Bien sûr il avait été content au début d’avoir un bébé et semblait s’y intéresser mais il était irrésistiblement attiré ailleurs. Son amour principal n’était pas une femme ni même un homme : il était amoureux fou de la montagne, des glaciers, des sommets. C’était sa drogue et il l’a payé de sa vie. Voici deux ans que son corps a été retrouvé au fond d’une crevasse après une longue semaine de recherches. Marinette a pleuré toutes les larmes de son corps. Mirabelle qui avait dix ans a aussi beaucoup pleuré mais rapidement son chagrin s’est transformé en une colère tournée vers sa mère. Mirabelle rendait Marinette responsable de la mort de son cher papa Charma. Elle aurait dû savoir le retenir à la maison, être plus forte que la montagne. Alors Marinette s’est retrouvée maman solo. C’était difficile, surtout maintenant que Mirabelle entrait dans l’adolescence.

 

 

 

3 Anne-Françoise

 

J’ai bien bossé aujourd’hui, passé la soirée à préparer le repas. J’ai goûté le vin pour le coq au vin, j’ai goûté le blanc pour accompagner les huîtres : il était bon. J’ai ouvert les huîtres en faisant gaffe, avec un torchon. J’ai fait un dessert avec du rhum. J’ai léché le plat.Ça cognait déjà bien dans ma tête quand les cloches de l’église ont sonné et que le ding dong de l’entrée a retenti. Mirabelle est allée ouvrir la porte. J’ai vérifié si j’avais bien mis toutes les bouteilles d’apéro au frigo. Je les ai comptées et recomptées plusieurs fois vu que j’arrivais jamais au même nombre. J’ai embrassé Bigorneau sur l’oeil – j’ai raté la joue ! – et il a ouvert joyeusement les yeux , séduit par les effluves d’alcool offertes par mon haleine. Ludovic et Samantha ne se sont absolument rendu compte de rien, complètement obnubilés par la huitième merveille du monde, quoique… Ludovic ne m’a pas laissé porter Bigorneau. Moi j’étais joyeuse, rieuse avec le rouge aux joues.

 

Mirabelle m’a demandé un coca et Mamita un Perrier. Je leur ai dit d’aller chercher du côté du saladier de godinette. J’ai beaucoup ri à l’idée de cette blague parce qu’il n’y avait plus de place au frigo ni pour du coca, ni pour de l’eau, à part de l’eau-de-vie et de la godinette évidemment. Mais on débouchera avant du champagne parce que c’est Noël et que j’ai envie de faire la fête à Bigorneau. On prendra la godinette après. Ça pour moi ce sera la fête aussi.

 

Dire que ce couillon de Frédo il m’a fait quitter ma Bretagne natale pour venir me marier avec lui dans sa montagne et qu’en plus, depuis quinze ans, il m’a interdit la godinette ! J’en ai la larme à l’oeil quand j’y pense. Heureusement il est tombé un soir dans l’escalier en descendant à la cave et il s’est cassé le cou. C’est ce que j’ai dit aux gendarmes quand ils sont venus. Sauf que j’ai pas dit « heureusement ». Ils m’ont crue. Ils n’ont pas pensé que j’aurais pu le pousser. Le fait d’être blonde est un atout pour paraître innocente. Bref, il est au cimetière. Je l’ai pas mis à conserver dans l’alcool, ce serait gâcher. Et il m’empêche plus pour la godinette. Je l’ai testée plusieurs fois depuis quelques jours : elle est très bonne.

 

J’espère que la soirée sera aussi bonne, même si, de mon côté, il y a beaucoup de monde à faire la java dans mon crâne qui vont jusque dans mes mains et dans mes pieds. Des fois j’ai l’alcool triste mais ce soir j’ai l’alcool cool !

 

***

 

La Godinette (du nom d’un groupe musical de Haute-Bretagne des années 70) a été créée en 1977/78 par Simone MORAND, à l’initiative de l’association « Au Carrefour de la Gallésie » et pour la Gallésie en Fête.

 

Recette pour 30 personnes :

 

1,5 kg de fraises

1 kg de sucre

1 litre d’eau de vie

6 litres de gros-plant

20 cl de crème de cassis

soit environ 7 litres c’est à dire 25 cl par personne (ce qui est peu...!).

 

***

 

4 Maryvonne

 

Marinette espère passer une bonne soirée mais Mamita fait une réflexion à Mirabelle car elle est encore sur son smartphone. Celle-ci n’accepte pas les remontrances et fait la grimace. Marinette rappelle tout le monde à l’ordre en faisant tinter sa coupe de champagne. Heureusement elle a Ludovic pour trinquer avec elle car Mirabelle est trop jeune, Samantha allaite le bébé et Mamita est soit abstinente pour des raisons religieuses, soit adhérente aux alcooliques anonymes, allez donc savoir !

 

Ludovic regarde Marinette avec des yeux coquins car avec la grossesses, l’accouchement et ses suites, ça fait aussi un moment qu’il est abstinent. Avec une bouteille de champagne pour deux, ça va être « Noyeux Joël ! ». Moi je vous le dis : comme Marinette est sous antidépresseurs et que ça ne fait pas bon ménage avec l’alcool, ça ne m’étonnerait pas qu’elle finisse le nez dans le gâteau, moi je vous le dis ! De toute façon comme à chaque fois à Noël on se dispute, le petit Jésus dans la crèche, la paix sur terre, tout le monde s’en fout, on ramène ses sombres histoires d’héritage et l’autre connard qui est dans le cadre – avant on ne pouvait pas l’encadrer ! – maintenant qu’il est parti, on le pleure. C’est l’incohérence des repas de famille, surtout quand l’alcool désinhibe.

 

5 JK

 

Voilà ! Il est temps de passer au plat de résistance.

 

- Ludovic, tu peux pousser la bouteille de vin du dessous de plat, s’il te plaît ?

 

Il a l’air de plus en plus cool, le beauf. Mais est-ce qu’on dit bien un beauf pour le mari de sa belle sœur ?

 

- Ah non ! Ce n’est pas la peine, je n’avais pas vu le rond à côté.Ecarte les bonbons, le plat est très chaud. Ils risquent de fondre si je me pose dessus !

 

Pourquoi est-ce qu’elle pouffe de rire, Mirabelle ? Je ne comprends déjà plus rien à cette adote. Peut-être parce que je suis restée jeune d’esprit, fraîche de visage, faisant toujours nettement moins que mon âge.

 

- Ça te va bien, Sam, cette tonsure sur le côté gauche. C’est très tendance, moderne, « fashion ». Et ces grands anneaux aux oreilles te siéent à ravir !

 

- Vous me direz si c’est assez épicé, Mamita. J’ai de la pâte de curry en réserve dans le frigo, je peux vous faire vite fait une sauce plus piquante.

 

6 Ghyslaine

 

Je ne savais pas que ce Noël de l’année 2045 serait le dernier passé en famille. Nous étions une famille unie, pourtant. Du moins, nous le croyions.

 

Mon mari, appelé le Don Juan noir, - je le sus après - avait pris en cachette un billet d’avion pour Ceylan. Jamais il ne reviendrait. Cependant Samantha, sa sœur, qui venait d’avoir un bébé a répondu à mon invitation et elle est venue avec Bigorneau, le bébé tout neuf et son mari Ludovic – prénom d’une autre époque, vous conviendrez ! - .

 

Ma fille Mirabelle, à la coiffure pétante d’un violet année 2022, n’avait qu’une envie : être ailleurs dans une teuf organisée dans une fusée par sa bande, les HS, Hors Société, mouvement créé dans les années 2030.

 

Ding dong ! Ding dong ! Très fière de moi j’étais, avec cette sonnette que j’avais trouvée dans la brocante mondiale organisée tous les ans au centre du Sahara qui depuis un certain temps avait envahi tout le nord de l’Afrique. Puis Mamita est arrivée. Je lui avait pourtant dit que ce n’était pas une soirée déguisée ! Mais elle avait quand même voulu mettre cette tenue hindoue qu’avait portée son arrière-grand-mère et sur son front elle s’était collé un rubis.

 

J’avais préparé une marmite de plantes séchées. Je les avais achetées un prix d’or car elles étaient exposées dans un musée des denrées rares où nous pouvions voir quelques chauves-souris qui avaient résisté au réchauffement climatique.

 

Quand j’ai apporté le gâteau fait dans une usine clandestine, il était tellement beau que j’ai pensé à mon Don Juan noir. J’ai trébuché et je suis tombée la tête la première dans la crème rouge. Quand je me suis redressée, j’ai fondu en larmes. Cela a permis de nettoyer mon visage. J’ai rempli les verres avec le champagne de vingt ans d’âge et le thé glacé à la cardamome. Nous avons commencé à chanter « Ce n’est qu’un au revoir » mais nous savions que jamais nous ne nous reverrions.

 

A ce jour chacun, chacune a trouvé une nouvelle planète et une nouvelle vie.

 

7 Véronique

 

J’espère que l’ambiance restera agréable car on est un peu assis sur une poudrière. Il semble y avoir de l’eau dans le gaz entre Ludovic et Samantha. Et ce petit bébé, Bigorneau, comme l’appelle Mirabelle, n’a rien demandé. En tout cas moi j’ai déjà assez de soucis avec le père de Mirabelle qui s’est tiré, je ne vais pas m’occuper de ma belle sœur. Je suis déjà plus que sympa d’avoir organisé Noël chez moi, tout préparé, décoré la maison… Mamita m’a bien aidée, d’accord mais…

 

Ludovic est monté coucher Bigorneau. Il va en profiter pour rester un peu tranquille là-haut. Mirabelle aussi fait un peu la tête, ça n’est pas nouveau. Samantha est une bonne pianiste, elle va nous jouer quelque chose de gai, d’entraînant. Même si la soirée n’est pas au top, on pourrait chanter, toutes les deux. Ce sera toujours ça car dans le genre famille bancale, c’est réussi.

 

A l’arrivée tout le monde jouait le jeu, on essayait de faire bonne figure… car j’en veux à Samantha de ne pas m’avoir défendue auprès de son frère. Aucune solidarité féminine…

 

Bon, on va chanter. Dans le cadre sur le piano il y a encore la photo de Noël dernier où nous étions tous réunis. Ça, c’était un Noël heureux. Essayons de finir celui-ci en beauté.

 

8 Marie-Thé

 

Elle est venue de loin, très loin, Mamita - elle habitait là-bas près de Madras, en Inde, avec tous ses grands enfants et petits-enfants - pour découvrir Bigorneau, le bébé de Samantha, sa fille aînée partie vivre la grande aventure aux Etats-Unis avec Ludovic, un Américain de passage dans son village dont elle est tombée amoureuse. Il n’a pas pu résister à son charme oriental, son sourire, ses grands yeux noirs et sa joie de vivre.

 

Le soir de Noël ils se sont tous retrouvés chez Marinette [la sœur de Ludovic?] pour passer tous ensemble la soirée de réveillon.

 

Ils ont festoyé, raconté des histoires drôles et bien ri toute la soirée.

 

Mamita, habituée à travailler toujours et toujours a déjà débarrassé la table. Pendant ce temps Marinette entonne une chanson joyeuse, accompagnée par Samantha au piano. Mamita est tellement séduite qu’elle s’arrête avant la cuisine pour écouter les deux filles et se dit que Ludovic pourra bien faire la vaisselle sans elle.

 

9 Brigitte

 

J’adore cette chanson ! Elle me rappelle, elle me rappelle…

 

Ludovic redescend des étages où il a couché Bigorneau. Il a le regard amoureux et applaudit sans aucun doute surtout sa femme, Samantha. Il faut dire qu’elle joue dans l’orchestre philharmonique de Strasbourg. C’est une artiste professionnelle de renommée internationale. D’ailleurs sa façon de saluer le montre bien.

 

Mamita, elle, est bon public ; elle a d’ailleurs cette fâcheuse habitude d’applaudir tout ce qui passe, la dinde, le gâteau, la dernière plaisanterie de Ludovic.

 

Il manque Mirabelle. Où est-elle donc passée, scotchée à son portable, chattant avec sa meilleure amie, s’agaçant de ce morne repas de Noël qui n’en finit pas ?

 

Et moi j’adore cet air si connu de Carmen ; et je crois que je mérite aussi les applaudissements : le piano seul n’aurait quand même pas la même saveur.

 

« L’amour est enfant de Bohême,

Il n’a jamais jamais connu de loi.

Si tu ne m’aimes pas, je t’aime;

Si je t’aime, prends garde à toi!

(Prends garde à toi!) »

 

Eh oui, prends garde à toi, l’oiseau rebelle qui s’est envolé le jour de la Toussaint il y a à peine deux mois ! Depuis, aucune nouvelle !

 

Moi, encore, j’en ai pris mon parti.Ce n’est pas drôle tous les jours mais Mirabelle, elle, elle ne comprend pas et surtout n’accepte pas le départ de son père.

 

Elle est si dure avec moi !

 

10 Claude

 

Je vous le dis bien haut, je le crie :

 

- Marinette en a marre !

 

Vous savez ce que ça veut dire ? L’année prochaine Marinette ne sera pas là à Noël ! Elle s’offrira un petit voyage au soleil. Les Caraïbes ou la Guadeloupe. Elle ne sait pas encore.

 

Ah ! Vous imaginiez que cela allait durer, que j’allais continuer indéfiniment le même système ? Organiser des repas ? Programmer des menus et confectionner comme tous les ans le Paris-Brest de Noël et son coulis de framboises ?

 

Marinette ne veut plus être une poire, la bonne à tout faire ! Maintenant que Georges n’est plus là – paix à son âme ! – me voilà libre. Mirabelle ira passer Noël chez Mamita. Elle pourra faire ce qu’elle veut, à savoir passer le plus clair de son temps sur son portable sans jamais donner le moindre coup de main.

 

Georges me prenait pour faire servante. Normal, puisque sa mère le traitait comme un prince ! Quel héritage, un homme pareil !

 

Mais voilà, ce soir Marinette a eu une révélation, un éblouissement ! Le pied de Mirabelle qui s’est avancé sournoisement sur mon passage ! Je l’ai vu, je l’ai senti ! Je me suis entartée dans la crème au beurre et à ce moment-là la vérité m’est apparue. Je me suis dit : « Marinette ! Ne sois plus celle qui s’enlise dans les coulis, les purées, les bouillons et les sauces ! Sors-toi de là, Marinette ! Ta vie est ailleurs !

 

L’année prochaine, je vous l’annonce, Marinette dansera sous les tropiques en buvant du punch !

 

11 Dominique

 

Croche-pied de Mirabelle. Marinette trébuche et tombe le nez dans le fraisier.

 

12 et 13 Eliane

 

Le soir de Noël, tout se serait bien passé si Mirabelle n’avait pas fait sa mauvaise tête. Encore plus que d’habitude et ce n’est rien de le dire.

 

Qu’est-ce qu’elle n’aimait pas, cette fois ? Elle n’aimait pas Noël, pas les réunions de famille. Bien sûr elle préférerait être avec son copain à regarder des séries en se goinfrant de sucreries. Mais bon, elle pourrait quand même faire un effort pour sa famille ? Sa tante et son mari venaient de loin. Sa grand-mère l’adorait, la couvrait de cadeaux.

 

Sale gamine ! Même avec le bébé elle n’est pas gentille, ne lui fait pas de câlins, ne joue pas avec lui. Cet être est sans coeur. Elle ne se soucie que d’elle-même, n’accorde aucune attention à son entourage, ne se plaît qu’au milieu de ses copains et copines avec qui elle estime qu’elle a des centres d’intérêt. Les adultes l’ennuient.

 

Je me suis beaucoup décarcassée pour que nous passions un chaleureux Noël. L’apéro s’est bien passé, nous nous sommes donné des nouvelles... Mirabelle dans son coin, le nez sur son téléphone !

Pas un instant elle ne serait venue donner un coup de main en cuisine ou échanger quelques mots.

 

Tout se passait bien. Le repas était délicieux. Les compliments ont fusé.

 

Tout se passait bien. Dehors la neige tombait doucement. Le feu crépitait dans la cheminée. On se sentait dans un cocon.

 

L’orage a éclaté quand j’ai demandé à cette jeune fille qui me sert de fille de débarrasser la table. Mirabelle a hurlé que ce n’était pas à elle de faire ça, qu’elle n’avait invité personne et qu’elle n’était pas la bonne de la maison.

 

J’ai pris ma voix sévère pour lui demander de baisser le ton mais elle a carrément crié plus fort puis est montée s’enfermer dans sa chambre.

 

J’étais fatiguée, à bout de nerfs, j’ai ressenti une grande vague de désespoir. Je suis sortie pleurer dehors.

 

Un moment plus tard, Samantha est venue m’apporter une part de gâteau. Nous avons discuté. Je lui ai dit mon désarroi devant cette ado rétive que j’élevais sans père.

Publicité
13 mai 2025

O comme Oncle Alfred / Adrienne

 

Non, non et non ! Tu ne me fais plus jamais ce coup-là !

 

– …

 

Mais oui, bien sûr que tu as le droit de partir en vacances ! Mais pas au moment des fêtes ! Pas en me laissant seule avec toute la famille sur le dos !

 

– …

 

Oui, d’accord, personne ne m’obligeait à inviter aussi le frère et la belle-sœur de mon ex, ni la mère de ma belle-sœur, mais c’était pour faire un peu famille, tu comprends ? Sinon il n’y avait que Mirabelle et moi avec la crèche et le sapin !

 

– …

 

Comment ça, l’oncle Alfred ? Qu’est-ce que l’oncle Alfred vient faire dans cette histoire ?

 

– …

 

Mais tu rigoles! Tu sais bien que la femme de Ludovic est à moitié indienne! Tu imagines le genre de blague que l’oncle Alfred leur débiterait, à elle et à sa mère ?

 

– …

 

Écoute, Delphine, non ! Ça ne va pas du tout ! Et j’en ai marre d’être toujours la plus blonde !

13 mai 2025

Un Noël à l'amère saveur / Marie Sylvie

 

Une version illustrée de ce texte au format A5 en pdf est disponible

en téléchargement temporaire ici :

 

https://drive.google.com/file/d/1om_uE8Yr8_DruT5q6-j9ovfRBW5hEG53/view?usp=drive_link

 

***

 

UN NOËL À L'AMÈRE SAVEUR

 

1▪︎ Ah, Noël...! Cette année, je voulais que tout soit parfait. L'année avait été un peu rude, et j'aspirais à cette chaleur familiale, à ces rires qui résonnent dans la maison décorée. Dès le matin, l'excitation palpable flottait dans l'air. Le " Ding Dong " insistant de la porte d'entrée avait brisé la quiétude de cette veille de Noël. J'avais un mauvais pressentiment, une ombre flottant au-dessus de cette soirée que j'avais tant espérée parfaite. Déjà la fatigue de la journée passé à préparer les festivités pesait sur mes épaules.

 

Nuit bleutée, flocons dansants,

Lueurs dorées aux cœurs des maisons,

Un " Ding Dong " argentin flottant,

La ville endormie, une douce saison.

 

2 ▪︎ Les " Ding Dong " joyeux de la sonnette annonçaient l'arrivée des uns et des autres. En ouvrant, j'avais souri. Samantha et Ludovic se tenaient là, Bigorneau blotti dans les bras de sa mère. Leur présence d'habitude si réconfortante avait cette fois une pointe d'inquiétude dans leurs regards.

 

Effluves gourmandes, porte qui s'ouvre,

Deux regards joyeux qui se rencontrent enfin,

Promesse d'un partage qui se découvre

Dans la chaleur d'un foyer serein.

 

3▪︎ D'abord Samantha, ma belle-sœur, entra avec ce minuscule être qui avait déjà pris une si grande place dans nos cœurs, suivie de son époux, mon frère Ludovic. Mamita, la mère de Samantha, était arrivée peu après, son visage habituellement serein marqué par une légère tristesse. Le salon s'était empli de leurs voix et de leurs rires.

 

Petit trésor blotti, regards aimants,

Trois cœurs unis dans une douce chaleur,

L'éclosion d'un bonheur innocent,

Un nouveau tapis empli de saveur.

 

4 ▪︎ Le tintement des verres lors du premier toast avait marqué le début des festivités. Bigorneau dormait paisiblement dans les bras de Samantha, ignorant tout le joyau tumulte autour de lui.

 

Cristal qui chante, joies partagées,

Un doux sommeil bercé par la fête,

Un sourire sage au passé ancré

Et l'écho moderne d'une âme discrète.

 

5▪︎ Nous nous étions retrouvés autour de la table, la lumière des bougies vacillant doucement. L'atmosphère était étrangement retenue. Le sapin scintillait dans son coin, projetant des ombres dansantes sur les murs. Les parfums de la volaille rôtie et des épices flottaient dans l'air. C'était exactement ce que j'avais imaginé : Un moment de partage, de bonheur simple.

 

Table festive où les cœurs s'unissent,

Parfums gourmands et rires clairs,

Un enfant dort, les aînés bénissent,

La magie des fêtes dans l'air.

 

6▪︎ Pourtant, les conversations étaient moins animées que d'habitude. J'avais senti le regard interrogateur de Mirabelle, ma fille de douze ans. Elle était silencieuse. Un petit pincement au cœur m'avait traversé. Mirabelle était là, assise à côté de moi, mais son regard fuyait le mien, absorbée par l'écran lumineux de son téléphone. Un mur invisible semblait s'être dressé entre nous ces derniers temps.

 

Silence feutré après les rires clairs,

Un regard pensif, une douce attention,

Le sein nourricier apaise les chimères

Dans la quiétude d'une tendre union.

 

7 ▪︎ Pour détendre l'atmosphère, je m'étais installée au piano. La musique a toujours eu ce pouvoir de nous rassembler. Chanter ensemble, Samantha et moi, était une tradition.

 

Un geste d'enfant, un regard fuyant,

Les murmures doux d'une explication,

L'équilibre fragile d'un instant,

Où l'attention cherche sa direction.

 

8▪︎ Je suis au piano, chantant avec enthousiasme. Des notes de musique flottent dans l'air. Samantha, assise sur le tabouret me regarde avec un sourire chaleureux et admiratif. Elle apprécie ma musique. Mamita assise à une table et tenant le petit Bigorneau endormi dans ses bras, observe la scène musicale avec un air doux et paisible.

 

Les doigts dansent sur l'ivoire vibrant,

Une voix s'élève claire et joyeuse,

Un regard complice, un instant charmant,

La mélodie berce une âme rêveuse.

 

9 ▪︎ Mais ce soir-là, les notes mélodiques d'un vieil air avaient réveillé en moi une tristesse lancinante, le souvenir d'un Noël passé où une chaise était encore occupée. Les larmes étaient montées, incontrôlables. J'avais senti la main de Samantha sur mon épaule, un geste silencieux de compréhension qui m'avait fait chaud au cœur. Mamita nous regardait avec une tendresse infinie, compatissant sans mot dire.

 

Les notes s'éteignent, le chagrin affleure,

Une main amie, un regarde qui console,

Le poids d'un souvenir que le cœur pleure

Dans la chaleur d'une étreinte qui console.

 

10 ▪︎ Pourtant malgré cette tristesse partagée, j'avais voulu croire en la magie de Noël. J'avais apporté le gâteau, une montagne de crème et de fruits rouges, mon cœur plein d'espoir que cette douceur nous ramènerait à la joie.

 

Un délice sucré fait son entrée,

Porteur de joie et de gourmandise,

Un écran captive une âme isolée,

L'éclat d'une fête qui se précise.

 

11 ▪︎ Je l'apportais fièrement, imaginant les exclamations de joie. Mais, alors que je le posais sur la table, un mouvement brusque, une maladresse et puis... le drame. Tout avait basculé. Le gâteau s'était écrasé au sol, une tache écarlate et crémeuse sur ce tapis qui ripa, un moment d'inattention et me voilà les quatre fers en l'air, le visage enfoui dans mon chef-d'œuvre pâtissier.

 

La maladresse brise la douce attente,

Un plongeon inattendu dans la crème,

Le rire suspendu à cette chute lente,

La fête prend un tour burlesque, suprême.

 

12 ▪︎ Ce fut l'étincelle. La frustration, la fatigue, les tensions sous-jacentes avaient explosé. La surprise avait laissé place à une tension palpable. Mirabelle et moi, nous nous étions emportées, affrontées, nos voix chargées de reproches et de colère. Le salon, quelques instants auparavant empli d'une timide convivialité, était devenu le théâtre de notre dispute. Samantha et Mamita nous regardaient, leurs visages empreintes de choc et de tristesse. L'ambiance joyeuse s'était brisée en mille morceaux.

 

La crème éclabousse, la colère gronde,

Deux furies face à face, le ton qui monte,

La peur s'installe, l'harmonie s'affronte

Dans l'orage soudain d'un triste conte.

 

13 ▪︎ Alors, dévastée, blessée, je m'étais réfugiée dehors, dans le froid et la neige qui continuait de tomber en silence comme pour étouffer mes sanglots. Les larmes coulaient, brûlantes sur mes joues glacées. Le froid mordait ma peau mais il était moins douloureux que le vide que je ressentais. J'étais assise là, recroquevillée lorsque Samantha était apparu. Et puis, elle s'est approchée , dans ses main une part de mon gâteau ruiné, posé délicatement sur une assiette. Son regard doux et silencieux valait plus que toutes les excuses du monde. Ce petit geste, cette simple part de gâteau offerte dans le froid, était une promesse de réconciliation, un appel que malgré les disputes, l'amour familial était toujours là, sous la neige et les éclats de voix.

 

Peut-être que Noël n'était pas toujours parfait. Peut-être que les failles et les tensions faisaient aussi partie de ces moments de famille. Mais dans le geste simple de Samantha, dans cette part de gâteau offerte sous la neige, il y avait un espoir que derrière la colère et la tristesse, les liens qui nous unissaient étaient plus fort que çà. Noël, après tout, c'est aussi cela : traverser les tempêtes ensemble pour retrouver la chaleur du foyer.

 

Sous les flocons qui dansent et se posent,

Les larmes coulent, amères et chaudes,

Un geste tendre d'une amie qui ose

Offrir un peu de douceur aux froides géodes.

 

13 mai 2025

Le Carillon de l'espoir / Marie Sylvie

 

Le carillon de l'église, un " Ding Dong " mélancolique dans la nuit profonde, portait l'écho des guirlandes lumineuses qui serpentaient dans les rues enneigées. Les flocons tombaient doucement, comme ceux qui voltigeaient autour du clocher sombre qui dominait le petit village endormi. Pour certains, ce son annonçait la chaleur des foyers animés, des rires derrière les fenêtres décorées. Mais pour moi, assise sur ce banc public, emmitouflée dans des couvertures usées, il sonnait le glas de la solitude. La neige, si belle et festive pour les familles réunies que j'apercevais parfois passer, n'était pour moi qu'un voile froid sur mon désespoir. Le tintement des cloches me rappelait cruellement  la chaleur d'un intérieur accueillant,  si proche et pourtant si inaccessible. 

 

Soudain, une lumière chaude apparut à une fenêtre d'une des maisons aux toits chargés de neige. Une silhouette blonde se dessina un instant puis disparut. Un instant plus tard, la porte en bois d'une petite cabane apparut ouverte et une femme s'avança dans la nuit. Son visage, doux et empreinte de compassion, contrastait avec la dureté du froid et la pénombre de la nuit étoilée. Elle portait une écharpe violette autour du cou et tenait dans ses mains une assiette, et une douce odeur sucrée flottant dans l'air. 

 

Elle s'approcha timidement et me tendit l'assiette. 

 

- Tenez, dit-elle d'une voix douce, c'est une part de gâteau. Il en reste et il fait si froid dehors... 

 

Ses paroles simples et son geste chaleureux firent taire un instant le tumulte de ma tristesse. Dans cette nuit glaciale, cette part de dessert était bien plus qu'une simple douceur. C'était une lueur d'humanité, une main tendue dans l'obscurité, un "Ding Dong " d'espoir qui résonnait plus fort que le carillon de l'église.

13 mai 2025

Paroles d'enfants / Lothar

 

Une fusée est passée

 

J’ai donc choisi ce qui m’inspire. Oui, vu dans les yeux des personnages … je sais. Mais du coup, je laisse traîner les miens. Aussi. Et les choses me reviennent. Dans mon regard. De jadis, c’est vrai. Mais bon … Du coup, je vais flirter avec des angles morts. Sûrement. On verra. En suivant ce fil rouge, mes neurones tiltent fort sur deux items. Le 6 et le 10.
 

6. Le bébé a faim. Samantha reste à table pour lui donner la tétée. Mirabelle semble contrariée par la durée de ce repas familial… ou par autre chose.

10. On retourne à table pour le dessert. Marinette amène depuis la cuisine un magnifique fraisier. Mirabelle est retournée à son smartphone au bout de la table.

 

Oui, donc Mirabelle. Je sais elle aura 10 ans de plus, ici, mais encore ado, un peu. Oui. Oui, encore. Mais c’est elle. Toute crachée. Donc, oui le repas, pas important, bof … le smartphone omniprésent, et les pieds qui traînent … Bon, pas pour la chute, mais promis, il y en aura une.

 

Paroles d’enfants

 

Pourquoi notre fille vient-elle nous voir trois ou quatre fois par an ? Les anniversaires et Noël lui donnent l’occasion de quitter sa mégalopole trépidante. D’oublier, pour un temps, métro, TER, embouteillages et béton.

 

Se rencontrer surpasse de loin tous les mails, chats, forums et autres blogs. On discute, on mange ensemble, on se promène … Toutes choses ordinaires. Cela nous permet d’être sûrs que tout va bien. A-t-elle grossi, est-elle triste ? Est-ce que ses boulots, sa vie là-bas, lui plaisent vraiment ?

 

Surviennent des retours inopinés, si elle quitte un copain ou si elle en trouve un nouveau. Tous les deux ou trois ans. Ce sont alors des pleurs ou bien des présentations de garçons exceptionnels. Bon, on est habitués, on attend de voir venir. Je fais juste, pour la forme, passer à l’élu de son cœur mon fameux test du barbecue. Mais je sais que de toute façon je n’ai pas mon mot à dire. Tous ont d’ailleurs passé ce test avec succès. Elle a toujours eu du flair de ce coté là.

 

Dernièrement, elle est descendue seule du TGV, l’air tristounet. À la maison, et même pendant les repas, elle était perdue dans ses pensées. Soudain son téléphone a sonné. Une fusée est passée. On est restés à table. On entendait vaguement les sons de sa conversation, puis de grands éclats de rire. Elle est revenue dans la cuisine, transfigurée.

 

– Papa, Maman, y’a Jérôme qui vient de Paris ! On s’était un peu fâchés, mais il vient d’appeler, il arrive… Maman, steup plaît, à table, le cuisine pas trop … Il est marié, hein !
 

Publicité
6 mai 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-27 du 06-05-2025 : Festival de contes

 

Festival de contes 

 

1) A partir de la liste fournie ci-dessous, il est demandé d’imaginer le nom d’un festival de contes qui aura lieu en 2026 à Rennes. Merci de faire au moins cinq propositions. Cette partie de l’atelier est obligatoire.

 

2) A partir des propositions recueillies et de cette même liste, il vous est demandé d’imaginer la prise de parole d’un ou plusieurs des personnages de la colonne 2 relativement à ce festival. Soit ils veulent à tout prix figurer sur l’affiche, se faire entendre, qu’on raconte leur histoire, qu’on les mette en vedette. Soit au contraire ils refusent d’être mêlés à ce projet, soit ils ont à se plaindre de la présence de X ou à dénoncer les agissements de Y.

 

3) Vous pouvez également, à partir de tout ceci, écrire ou réécrire un conte ou tout ce que vous voulez.

 

Liste de mots relatifs au conte

Personnages

Objets ou lieux

Lieux ou concepts

bizarre

Clio

comptine

conte

conteur

conteuse

contou

devinette

écoute

enfance

épreuve

étrange

fictif

folklore

griot

héritage

histoire

il était une fois

imaginaire

initiation

légende

magique

mentou

merveilleux

morale

mots

mythe

narratif

oral

oralité

palabre

parole

populaire

propager

rêve

rêveurs

saga

transmission

voyage

Aladin

âne

Ankou

Barbe bleue

Cendrillon

Chaperon rouge

chat botté

cheval

cochon

cordonnier

crapaud

diable

dragon

enchanteur

enfant

frères

grenouille (guernette)

Hansel et Gretel

Jack

korrigan

lièvre

lion

loup

lutin

magicien

marâtre

métisse

nain

ogre

oiseaux

ours

petite sirène

poule

prince

princesse

reine

renard

roi

Soeur Anne

sœurs

sorcière

troll

voleurs

anneau

baguette

balai

bois dormant

bottes

bouche

boule de cristal

caillou

carrosse

chapeau

chaudron

citrouille

clé

coeur

épée

fuseau

grain de riz

Haricot magique

harpe

lampe merveilleuse*

livre

lune

miroir

or

oranger

oreille

pain d’épices

pantoufle

petit pois

pomme

porte

potion

soupe

arbre

aventure

bal

bois dormant

bonheur

bonheur

château

chemin

clairière

conseil

désir

disparition

enchanté

épreuve

escapade

esprit

étiologie

étoile

forêt

grotte

hameau

jardin

maison

métamorphose

Mort

peuple

rire

sept lieues

sourire

surnaturel

 

 

6 mai 2025

Message à l'Ankou / Anne J.

 

- Bonjour, je voudrais parler à l'Ankou.

 

- C'est à quel sujet ?

 

- C'est pour parler de la mort et des morts, de tous les morts de ce monde.

 

- Ah je vois, c'est effectivement le bon endroit ; je vais voir si l'Ankou est disponible. C'est assez rare qu'on l'appelle au téléphone ; en général on n' apprécie pas de le fréquenter et on ne cherche pas à le contacter.

 

- Hum hum !

 

- Vous avez de la chance, si on peut dire : il vient juste de rentrer de sa tournée , je vous le passe !

 

- Vous souhaitiez me parler ?

 

- Oui , je voulais vous parler de ce qui se passe aujourd’hui dans le monde : rien ne va plus. Née et élevée en Bretagne où je réside toujours, j'ai toujours entendu parler de vous. Je sais depuis mon enfance que vous venez, avec votre charrette grinçante, votre cheval famélique, habillé dans une grande cape noire et armé de votre faux pour prendre les âmes des vivants ; parfois vous arrivez sans prévenir , c'est vrai mais souvent on sait que vous arrivez car on entend le grincement des roues à la nuit tombante ou au petit matin et on a le temps de dire ses dernières prières, de dire adieu à sa famille. Il arrive même que vous veniez dire à l'infortuné qu’il lui reste encore une semaine ou un mois à vivre mais là, on se demande ce qui se passe…

 

- C'est à dire ? Vous trouvez que je fais mal mon travail ?

 

- Je trouve surtout que vous déléguez le travail à de bien mauvaises personnes ! Je comprends que vous ne pouvez pas tout faire mais…

 

- C'est vrai, j'ai besoin d'un peu d'aide.

 

- Un peu d'aide ! Et pas mal de technologie ! Ce petit oligarque à moitié chauve, aux yeux globuleux qui lancent 250 drones par jour sur des pauvres gens réfugiés dans leur cave ou dans le métro ou qui balance des bombes du siècle dernier, soviétiques je crois, sur des immeubles d’habitation, c'est sûr ça fait le boulot mais faut voir le résultat !

 

- Je vous l'accorde, il dépasse un peu mes prévisions

 

- Et ce petit gros bedonnant avec une soucoupe sur le crâne ! Lui aussi , il dépasse vos prévisions ! Champion toutes catégories dans la bande de Gaza ! Vous êtes sûr d'avoir encore le pouvoir sur lui ? Il ne serait pas temps de lui envoyer la charrette et le cheval noir ? Facile, un grand coup de faux et hop, bon débarras ! Vous avez vu ce qu'il fait ! Et lui il ne prévient pas avant de tuer des douzaines de pauvres enfants… Vous n'en avez pas assez d'entasser des marmots, des femmes, des jeunes dans votre carriole ? Avant vous vous en preniez aux vieux qui avaient fait leur temps et aux vieilles qui radotent.

 

- C'est vrai, c'est vrai.

 

- Et d'ailleurs je me le demande : l'Ankou pourrait-il être une femme ? Ou un transgenre ? Ça ne plairait pas à l'autre fou avec sa mèche jaune mais ça pourrait peut être régler ce chaos ?

 

- Bonne idée, on va y penser… mais Dieu, Satan, le pape, ce sont aussi tous des hommes !

 

- Est ce là l'origine du problème ?

6 mai 2025

Quand Grand-Mère nous conte : Du Loup À L’agneau – Rondeau Redoublé / Lothar

 

 

Ditz

 

Que conte tout ceci : le malheur mis en scène ;
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir,
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

 

C’est cette Ourse qui vend sa peau sans émouvoir
La Chèvre à patte blanche, et aussi cette vaine
Colombe au clair ruisseau qui divorce au perchoir
Que conte tout ceci : le malheur mis en scène.

 

C’est la fable du Roi, la bête herculéenne,
Qui, ayant trop longtemps patienté pour avoir
Du Lapin au palais, sous la rosée, amène
Un raccourci rapide à l’ombre du savoir.

 

Et l’écrit du Corbeau au Renard est si noir,
Que Raminagrobis, en puissant capitaine,
Ronronne et puis sourit aux défenses d’y voir
Quand l’esprit par le rêve est pris en quarantaine.

 

La raison du plus fort, des Loups aux Agneaux, gêne
Ce doux protagoniste et ce grand Léopard,
Leur talent en costume en bigarre l’arène,
Et, comme il sied de l’être, habille le miroir.

 

La Basse-cour d’argent fait faillite ce soir,
La Poule, au jeu de l’Oie, aux œufs d’or pond sa peine,
Le Canard a perdu l’Amérique et l’espoir ;
C’est ce que n’a pas dit Monsieur de La Fontaine

 

Que conte tout ceci …

 

 

 

6 mai 2025

Un Festival qui commence bien / Jean-Paul

 

Soeur Anne de Buridan

Château du saigneur Barbe-Bleue

Pays des contes merveilleux

 

                                                 Monsieur Gilbert Léchevelé,

                                                 Président de l’Association

                                                 « Les Fileurs de métaphores »

                                                  Maison des Ronces dorées

                                                  35000 Rennes

 

                                Cher Monsieur

 

Notre syndicat d’intermittent·e·s du spectacle a eu vent de votre projet de festival de contes intitulé « Ille était une fois ».

 

Nous tenons à protester vivement. Personne parmi nous n’a reçu d’invitation à participer à la programmation et il ne semble pas que, parmi vos auteurs invités et les spectacles que vous allez proposer, il ne soit fait mention seulement de notre existence.

 

La société, votre société, a terriblement évolué ces dernières années dans un sens que nous regrettons amèrement.

 

Au vu du nombre de féminicides, d’affaires de harcèlement moral et sexuel, de révélations et de plaintes contre des acteurs qui sont la fierté de la France, notre camarade Barbe-Bleue fait figure désormais de gentil garçon.

 

Hansel et Gretel égarés dans la forêt, c’est de la gnognotte par rapport à ce que peuvent subir des mômes sur le territoire palestinien ou dans un Soudan livré à une guerre incessante. Même dans des pays plus pacifiques comme le vôtre, un nom comme Betharram fait trembler bien plus que la maison de la sorcière Baba Yaga.

 

A cause du réchauffement climatique, vous ne parlerez pas de Blanche-Neige, sans doute parce que les glaciers fondent, les stations de ski ferment et que la seule poudre blanche qui vous reste donne lieu à des fusillades à l’aveugle pour récupérer un « point de deal ».

 

Notre camarade l’ogre ne peut certes pas grand-chose contre les kalachnikov mais vous, vous posez-vous la question : « Pauvre France ! Qu’as-tu fait de tes enfants ? » ?

 

Lorsqu’ils ont terminé leur ascension jusqu’aux principaux organes de pouvoir, quand les serviteurs des banquiers, milliardaires de la Tech et autres anciens espions du KGB vous courent sur le haricot, avez vous seulement une pensée pour notre ami Jack ? Son histoire à lui avait quelque chose de poétique et de magique au moins !

 

Vous ne manquez pas non plus de princesses au petit pois mais, à part du pognon, elles n’ont rien sous le matelas. Tout dans la tête ! On les appelle des influenceuses, m’a-t-on dit.

 

Vos fameuses fermes de trolls n’ont plus rien à voir avec la lande bretonne où les korrigans faisaient des cadeaux aux violonistes bossus. Vos hackers ne génèrent que des coups tordus.

 

Il y a bien plus de quarante voleurs dans votre monde qui laissent Ali baba. Vos prisons en débordent.

 

Pour entendre le bruit des bottes, pas besoin de faire appel au célèbre chat de Perrault ni au petit Poucet chaussé de celles de l’ogre : vous avez tout ce qu’il faut d’armées pour transformer le monde en champ de ruines et semer la mort pour que rien ne repousse derrière vos fantassins, vos drones et vos bombes.

 

En conclusion, Monsieur le président, mon cher Gilbert, pour un peu moins de cruauté dans un monde de brutes, nous vous demandons de nous confier la programmation de ce festival « Ille était une fois ». Les Trois petits cochons sont prêts à rebâtir leurs maisons sur le parking de la Ferme de la Harpe à Villejean et le petit Chaperon rouge pourra emmener dans une randonnée contée en forêt de Rennes un public qui sera forcément séduit par la réintroduction du loup dans cet environnement. Cendrillon ouvrira le bal avec un menuet de Bazouges, une danse bretonne trop injustement oubliée.

 

Si au lieu de cela vous persistez à vouloir vous enferrer dans le style « stand-up »pour raconter des horreurs modernes à des enfants que vous n’aimez pas, nous réveillerons la Belle au bois dormant – c’est une excellente juriste - et nous porterons plainte pour plagiat de la formule d’entrée dans notre univers merveilleux : « Il était une fois ».

 

Veuillez agréer, mon cher Gilbert, l’expression de mes sentiments les plus ultimatomiens comme on dit chez les sept nains.

 

6 mai 2025

Le Nom du festival / Adrienne

 

 

– Moi, dit le loup, je propose qu’on appelle ça un festival de contes à dormir debout ! Je ne vois pas d’autres mots pour qualifier ces sornettes dans lesquelles on prétend que j’avale la grand-mère et la gamine en entier sans les mâcher ! Qu’il suffit de m’ouvrir le ventre pour les voir ressortir fraîches et pimpantes !

 

– Dormir debout ! fait Blanche-Neige, qui comme on sait n’a pas grand-chose à offrir si ce n’est son teint de lait et ses loques à poussière. Moi je ne veux pas dormir debout ! C’est trop fatigant !

 

– Et où est-ce qu’on mettra le petit pois, si je dois dormir debout ? s’inquiète une blonde princesse nordique, sans cesse préoccupée de prouver son royal pedigree.

 

– Ne vous avisez surtout pas d’appeler ça un festival de contes cruels ! tempête Barbe-Bleue. Je ne vois rien de cruel à faire mourir mes épouses, au contraire ! Je leur évite les tracas de la vieillesse !

 

– Je suis bien d’accord, ajoute Gretel. Pousser la vieille dans le chaudron bouillant, ce n’est pas cruel du tout ! Elle avait fait son temps et sa fin a été rapide, j’ai veillé à mettre tout de suite le couvercle.

 

– Festival de contes du lundi, ricane le chat qui a laissé ses bottes au placard, ça ne va pas non plus. Le lundi c’est jour de lessive et le mardi la marquise sort à cinq heures.

 

Il a ce genre d’humour bizarre, c’est pour ça qu’entre nous on l’appelle Alphonse.

Publicité
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité