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L'Atelier d'écriture de Villejean

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29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 7 / Anne J.

Ma tante Léonie parlait avec Françoise en attendant qu'arrive Eulalie. Elle lui disait :  «  Je viens de voir passer la mère Goupil sans parapluie, toute fière avec sa robe de soie, tu sais, celle qu'elle s'est fait faire à Châteaudun. Je ne sais pas où elle va mais si c'est loin, elle va se prendre une de ces sauces ! »

- Ça se peut, disait Françoise qui ne voulait pas se mouiller et n'en pensait pas moins.

orage- Tiens, disait ma tante en se frappant le front, je me demande bien à quelle heure elle est arrivée à l'église, je vais le demander à Eulalie. Françoise, regarde le ciel, pas besoin de consulter la météo, avec ce nuage noir et ce soleil bizarre, c'est sûr, on va avoir la flotte ! Je m'disais aussi, fais trop chaud, c'est pas normal, un p'tit orage ça va faire du bien, on s'en fout des belles fringues de la mère Goupil !

- Ouais, ouais !

- En plus y a rien pour s'abriter. Oh zut il est déjà 3 heures, j'ai oublié mon médoc, je comprends maintenant pourquoi ça pèse là dedans !

Elle se précipita sur son livre de messe, un truc chic en velours violet et or et laissa tomber des images pieuses bordées de dentelles qui lui servaient de marque-pages. Elle avala sa dope en pensant que ça ne marcherait pas. Ça lui prenait la tête, les médocs, l'heure et la lecture de son missel. Trois heures déjà, c'est incroyable !

missel s-l1600

Plic ploc, ça commence à tomber, on dirait, ben oui, vlà qu'il pleut vraiment et ben ça douille ! Il pleut comme vache qui pisse ! Ça c'est une bonne douche, pardi !

- Eh bien Françoise, allez y, j'ai entendu la sonnette du jardin ! Allez voir qui peut être dehors par un temps pareil !

- C'est Madame Amédée qui a dit qu'elle allait faire un tour. Mais qu'est ce qui tombe !

- Bah ça ne m'étonne pas, dit ma tante en levant les yeux au ciel, j'ai toujours dit qu'elle était un peu fada ! Si ça l'amuse ! Moi je reste au chaud !

- Mme Amédée, elle s'en fiche des autres, dit Françoise doucement. En fait elle pensait sans le dire que ma grand mère était zinzin et elle n'était pas la seule.

- L'office est fini, c'est foutu, elle ne viendra pas, soupirait ma tante. Froussarde ! Tout ça pour un peu de pluie !

- Mais il n'est pas 5 heures ! Juste quatre heures et demie !

- C’est tout ? On n'y voit goutte à 16 h 30 à la fin mai ! Va falloir allumer, à c’t’heure ! Ah ma pauvre Françoise, le Bon Dieu doit être bien en colère ! Faut dire aussi avec la bombe atomique, Marine Le Pen, l'homme qui marche sur la lune et le monde des métavers ! Si mon pauvre Octave voyait çà ! Tout fout le camp ! Et le bon Dieu, il se venge !

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29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 1 / Jeanne

L’avancée du déjeuner offrait au samedi une tournure particulière et ce pour toute la famille.Une tournure plus sympathique, plus indulgente. Le temps libre habituel était remplacé par un repas précoce et copieux. Ce petit décalage horaire faisait plus de bruit que le passage à l'heure d'hiver ; un petit samedi asymétrique qui fait plus parler que la femme du maire avec le facteur. C’est comme ça dans les sociétés fermées où il ne se passe pas grand-chose au sein des vies tranquilles des habitants.

Cela rendait notre samedi gai et l’humour, la taquinerie se levaient de bonne heure avec nous. Ça en devenait une sorte de rituel, l'événement du jour qu’on prenait peut-être trop au sérieux mais, écoutez, le bonheur n'a pas de secret ! « Il n'y a pas de temps à perdre n'oublions pas que c’est samedi ! » était la phrase à tendance rigolote que chacun s'amusait à répéter, faisant semblant de ne l'avoir encore jamais entendue.

repas familial 01

Ma tante, très sérieuse, osait demander un repas plus lourd, comme un beau morceau de veau puisque, évidemment, la journée serait plus longue. Certains distraits oubliaient ce décalage en pensant ne pas manger avant l'heure et demie et nous étions enchantés de leur rappeler... qu'on était samedi ! On riait longtemps et cela faisait le tour de la maison.

Le ciel semblait lui aussi au courant car après le déjeuner le soleil flânait une heure de plus là-haut. Cela en troublait certains qui pensaient être en retard pour la promenade. Et s’étonnaient de voir l’heure. Bien sûr le ou les étourdis «étaient rappelés à l’ordre par toute la famille ! Parfois des accidents arrivaient durant cette journée pourtant bien organisée : certains barbares se pointaient chez nous à 11 heures pour discuter avec mon père et nous trouvaient à table. Cela égayait Françoise mais ce qui l’égayait plus encore c'était la réponse ludique de papa : « Mais voyons, c’est samedi ! »

Quand elle en faisait le récit, elle pleurait et inventait la suite du dialogue, celma faisait rire toute la tablée.

Souvent on en faisait trop et on insinuait tous que la dernière fois qu’elle avait raconté cette histoire cela paraissait plus long. Ainsi l'histoire se répétait et se transformait indéfiniment.

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 2 / Madame C.

Si chez les Le Quesnoy le lundi c'était raviolis, chez les Dujardin samedi c'était goinfrerie. Le repas serait servi à l'avance, sans doute parce qu'on savait qu'on s'éterniserait à table. Il y aurait des pâtés, des rôtis, des sauces, des entremets ; on boirait des apéritifs, des vins sirupeux, des liqueurs pour les dames, des armagnacs pour les messieurs, on s'en mettrait plein la panse.

Il régnait ce jour-là une bonne humeur particulière. L’oncle Jacques qui habituellement terrifiait tout le monde partait d’un rire égrillard à chaque plaisanterie grivoise. Les femmes faisait semblant de s’offusquer mais elles rigolaient bien entre elles, les coquines !

Les bourgeois bousculaient leurs habitudes. Ils s’encanaillaient en mangeant une heure à l'avance. Ce décalage était le sujet de plaisanterie niaises, bien lourdingues, mais ça faisait rire tout le monde. Ça les changeait des repas mondains bien calés, bien orchestrés.

Ils faisaient ensuite une petite promenade digestive et se tordaient de rire quand un invité sortait naïvement : « Tiens, le soleil est encore haut dans le ciel ! ».

Comme quoi le bonheur ça tient à peu de choses !

promenade 1

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 3 / Véronique

Françoise-ROn est quel jour ? Ah, samedi c'est vrai !

C'est ce que se dit Lucien tous les samedis. Un petit déjeuner léger car le samedi la famille mange plus tôt, une heure plus tôt.

Lucien n'aimait pas trop le samedi mais le reste de la famille s’en amusait et tous les samedis c'était l'événement. On élaboraité le repas avec Yvonne avant qu’elle n’aille au marché.

Vers le milieu de la matinée Lucien avait déjà oublié qu'on était samedi. Ça donnait lieu à des moqueries des autres.

Cette journée de samedi revêt une grande importance car ce décalage fait de la famille de Lucien des gens à part. Après déjeuner la famille se promène dans une ville déserte car tout le monde mange. Même le soleil est de la partie car il n'est pas au même endroit.

Au fil des ans le samedi reste toujours un jour d'étonnement, de nouveauté. Gare aux étrangers qui ne connaissent pas ce rituel. Ils devaient alors faire face à toute la famille prise de fou-rire.

Ce énième samedi, identique aux autres, la famille de Lucien en faisait chaque fois une nouveauté.

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 4 / Brigitte

Iliers-Combray

- Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous ? s’exclama Lucien

Il ne cessera de répéter cette phrase jusqu'à l'heure d'un petit déjeuner frugal. Le samedi le repas a lieu une heure plus tôt. Le menu du repas est élaboré juste avant qu'Yvonne ne parte au marché. Toute la famille se régale à l'avance de ce décalage horaire qui rend cette famille bien singulière.

Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous ? S’exclame Lucien qui a déjà oublié au milieu de la matinée.

Après le déjeuner une promenade digestive sous le plein soleil du Midi dans des rues désertes. Quel privilège d’errer ainsi pendant que tous les citoyens déjeunent.

Après de nombreuses années ce décalage horaire a toujours été source d'étonnement et de joyeux fous rires face à des étrangers éberlués.

Quel jour ? Mais quel jour sommes-nous donc ?

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29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 5 / Dominique H.

Tous les samedis matin je me levais gaiement et prestement. Gaiement parce que le prétexte à la rigolade du samedi était institué officiellement dans notre famille.

C'était ce qu'on appelle un rituel et cette règle était immuable : Françoise, notre bonne, devait se rendre de bonne heure et de bonne humeur au marché en début d'après-midi. Cette habitude immuable raccourcissait la matinée de chacun de façon impérative et l’étourdi qui oubliait la consigne offrait aux autres une belle occasion de plaisanterie taquine ou de mise en boîte gentille : « Pas de grasse mat’ le samedi ! » ou « Tu as l’amnésie post-vendredi soir ? », « Ton rasoir est tombé en panne, ce matin ? », « Aurais-tu des cors aux pieds ? Tu gardes tes charentaises ! » et Françoise partait dans des fous rires sans fin et parfois même se précipitait au petit coin pour une impériosité.

Evidemment ma petite sœur se précipitait pour dire à ma grand-mère : « Je crois que cette fois Françoise a fait pipi dans sa culotte ! ». Par la fenêtre ouverte le soleil encore au Sud-Est éclairait le « Déjeuner sur l'herbe » de Manet dont les personnages semblaient s'amuser encore plus qu'à leur habitude.

Édouard_Manet_-_Le_Déjeuner_sur_l'herbe

29 novembre 2022

Le Samedi ou la Surprise des Barbares. 6 / Jean-Paul

Longtemps je me suis levé de bonheur. Je sautais du lit prestement, le cœur gai, content que l'on soit samedi et que ce jour installe, dans tous les rituels du séjour chez tante Léonie, un élément de désordre et de rigolade dans la famille.

Et pourtant c'était dû à un tout petit rien, au fait que Françoise, notre bonne, devait ce jour-là se rendre au marché de la ville voisine en début d'après-midi. Du coup on déjeunait une heure plus tôt. Impérativement et logiquement la matinée de chacun était raccourcie d'une heure. L’étourdi qui oubliait la particularité de ce jour-là, le dérèglement de l'horloge par rapport à celle des « barbares » - nous appelions ainsi ces fous qui se mettaient à table sur le coup de midi un samedi, chose que nous faisions nous aussi tous les autres jours de la semaine alors que le samedi chez nous c'était onze heures tout comme le lundi c’est raviolis chez les Le Quesnoy - l'oublieux du calendrier Pirelli, le distrait ou l’a côté de la plaque du décompte du temps, celui-là ou celle-là avait droit à des saillies taquines, des quolibets moqueurs, de la mise en boîte gentille :

- Eh bien, mon ami ? Vous souffrez de l'amnésie post-vendredi soir arrosée au Porto ? Avez-vous oublié qu'il faut vous raser les joues dès l’aurore et ne pas attendre la lecture du Figaro pour cela ? Maman trouvait rasoirs les articles de ce journal à l'exception de la chronique littéraire et de la revue des théâtres.

- Encore en charentaises, tante Léonie ? Vous avez des cors au pieds ou quoi ? N’oubliez pas de ranger vos fromages avant onze heures !

D’entendre tout cela Françoise dans la cuisine entrait dans des fous rires sans fin et je me précipitais dans les jupes de ma grand-mère en faisant semblant de sangloter :

- Françoise va encore faire pipi dans sa culotte !

Pendant ce temps le soleil entrait par la fenêtre ouverte et illuminait notre reproduction du « Déjeuner sur l'herbe » de Manet dont les personnages semblaient s'amuser encore plus qu'à l'habitude sauf la dame toute nue qui, comme maman, n'avait pas l'air d'apprécier le compte rendu de la pièce de Feydeau qu’on jouait la veille aux Mathurins, « Mais ne te promène donc pas toute nue ! ».

manet-le-dejeuner-sur-l-herbe-sculpture

22 novembre 2022

Consigne d'écriture 2223-10 du 22 novembre 2022 : Henri Crespi et tautogramme

Henri Crespi et tautogramme

 

L’animateur distribue à chaque écrivant·e une image d’Henri Crespi extraite d’un magazine pour enfants des années 1961-62.

Il demande à chacun·e de choisir une des consonnes suivantes de l’alphabet : B C (mais seulement si prononcé K) D F G J L M N P R S T V et de lister dix mots en rapport avec l’image commençant par cette lettre puis dix autres mots au choix commençant toujours par cette même lettre.

Il est demandé d’insérer ces vingt mots ou d'autres commençant par cette même consonne dans le texte qui naîtra de cette image ou de cette question :

Quelle est sont les (15 ?) différences que vous voyez entre 1961 et aujourd’hui ? ;-)

Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir

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22 novembre 2022

Simone et Séraphin / Anne-Françoise

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Samedi, c’est la fin de la semaine ! Super, super, super !

Simone est une sage secrétaire sténo-dactylo pendant la semaine. Ce samedi, elle fait les sacs en sifflotant : shorts, sandales, lunettes de soleil, sudokus et scrabble dans l’un ; sardines en boîte, saucisson, salami, salade et Saint-Nectaire pour faire des sandwichs dans un autre, savon, shampooing, serviette et sèche-cheveux dans un troisième. De son côté, Séraphin a laissé sa salopette sale de serrurier (et ses soucis !), souhaitant souffler pendant ce séjour en Saône et Loire.

En voiture, Simone ! Ils ont quitté la Sarthe sous la pluie ce matin sans stress, après une bonne nuit de sommeil. Il était 7 h 66 mn et soixante-sept secondes. Ils sont dans un doux songe en écoutant une sonate de Schumann.

Après quelques heures de route dans le silence, Séraphin stationne après un bois de sapins. Plus loin, un scout fait de l’auto stop. Ils sortent de la voiture sous le soleil et s’étirent. Séraphin souffle et s’allonge dans l’herbe. Il se laisse submerger par la nature sauvage. Il sent le parfum de la sauge, de la sarriette et du serpolet. Simone cueille des soucis, sursaute quand une salamandre se glisse entre ses cuisses et qu’une sauterelle s’ébroue dans sa chevelure avant de sauter sur les cèpes.

Séraphin est séduisant, Simone est splendide ! Elle regarde sérieusement Séraphin, il la trouve si sexy… Un sentiment de sérénité et de sensualité les saisit et les submerge… C’est sublime !

Ils vont s’allonger sous un saule pleureur. Ils se susurrent des mots sucrés. Ils savourent, en retirant leurs strings, un moment d’amour qui n’est pas que spirituel ! On entend des soupirs de satisfaction, des sons surprenants. Soudain, un sanglier surgit et stoppe la scène. Ils se séparent, surpris de cette envie saugrenue, un peu sonnés.

Aujourd’hui, Séraphin a soixante-dix-sept ans et Simone soixante-seize. Ils se souviennent en souriant de cet instant sur une nationale 7 bien sympathique ! 

22 novembre 2022

Il pleut / Anne J.

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Palsambleu !
Mais on dirait qu il pleut !
Quel malin !
J'ai oublié mon pépin !
Je serais plus vernie
A l’abri sous mon parapluie.

Tu l’as vu, le gavroche,
Avec ses mains dans les poches ?
A patauger dans les flaques
Il va prendre une punition.
C’est toujours la même chanson !

On explore l’univers
Mais c’est sous une porte cochère
Qu’on se met à l’abri
Pour échapper à la pluie.

Rien n’a changé
Me dit Pépé , pensif.
La pluie , ça mouille les tifs !


Un bonnet à pompon,
Un bon ciré, une paire de bottes
Pour protéger ma culotte,
Voilà ma recommandation .

Et on s’en moque du temps pluvieux
En 1961 ou en 2022
C’est bon pour la planète bleue
Et ça nous rend heureux !

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