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L'Atelier d'écriture de Villejean

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6 décembre 2022

Royal ! / Anne-Françoise

Groupe d'enfants redonnais à Noël

J'ai eu l'honneur d'être dans la même classe que Charles, longtemps prince Charles et désormais roi.

AEV 2223-12 Anne-Françoise - Charles

On le reconnaît aisément, tout à droite sur la photo, visage allongé, oreilles décollées, sourire princier, tout en discrétion, pantalon de velours côtelé et pull uni. Evidemment il y a le nœud papillon qui le distingue de ses camarades de classe. Les autres garçons sont assis par terre dans des positions qui manquent de distinction. Un a une épaule relevée et tire sur sa manche, un autre lorgne ses voisins en remontant ses genoux, un autre avance un bras et fait le dos rond, un autre encore a l'air plus intéressé par ce qui se passe ailleurs.

Charles debout derrière au bout de la rangée pose sobrement les deux bras le long du corps et fixe dignement, quoiqu'un peu tristement, l'objectif. Il faut dire que Charles va peu avec les garçons qui jouent au foot, demandent un camion de pompier à Noël et vont à la pêche aux grenouilles l’été. Charles vit autre chose à l'intérieur du palais quand il n'est pas en pension. Il est si seul, il suffirait juste d'un ami. Il s'adapte tant bien que mal et finit par disparaître quand on appelle les garçons de la classe. Il préfère la compagnie des filles tout en restant distant.

Moi, la princesse Ann, ai aussi sagement les deux bras le long du corps dans ma belle robe blanche. J'arbore un très discret sourire princier quand deux de mes voisines montrent malencontreusement leurs dents. Ma cousine, duchesse Charlotte, en veste Chanel et jupe plissée bleu marine, se tient comme il se doit, légèrement en retrait par rapport à moi, les deux mains dans le dos.

Mon petit cousin, baron William, tient simplement son rang derrière une petite fille qui semble fumer un mégot ou tirer la langue. Notre mère la reine et mon père ainsi que mon oncle et ma tante respectivement duc et princesse nous ont envoyés en France durant une année pour nous familiariser avec les mœurs de la population locale, des bourges et des ouvriers ou habitants des campagnes avoisinantes. Nous y sommes donc allés incognito. Ça a été une expérience enrichissante pour nous. Aujourd'hui nous n'avons plus rien en commun avec eux sinon peut-être un peu de nostalgie en évoquant la photo de classe devant le sapin et un pauvre Père Noël.

A quoi pensait Charles au moment cette photo ? A sa petite voisine qui racontait souvent des fariboles ? A son couronnement en l'an 2000 ? A ceux qui regarderaient plus tard cette photo en disant « Il a vraiment une gueule de bon élève ! » ?

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6 décembre 2022

André Dussollier / Marie-Thé

Groupe d'inspecteurs des Impôts en 1947

AEV 2223-12 Marie-Thé - André Dussollier (1)

6 décembre 2022

Pierrot et Colombine / Maryvonne

Groupe d'enfants redonnais déguisés en Pierrot

Ce soir c'est la fête de l'école. Nous on n’a rien demandé, c'est la maîtresse qui a décidé que nous serions déguisés en Pierrot et Colombine, sauf le chouchou qui est en Arlequin.

Avant la maîtresse a dit : « Ça va être notre thème du mois ».

Le thème ça veut dire que toutes nos activités tournent autour du même sujet. En géométrie on va parler du cercle, du demi-cercle qui finira en cône pour le chapeau. En habileté manuelle nous découperons des loups. En couture nous froncerons des jupettes pour les filles et des collerettes pour tout le monde. Comme le pantalon est plus compliqué à faire les mamans sont priées de le coudre elle-même. Voilà ! Les garçons sont toujours assistés ! Nous, les filles, « on n'a pas le cul sorti des ronces. » Surtout qu'avec nos jupettes courtes les ronces ça va piquer fort. Il reste à découper et coller les faux boutons . Enfin ! Des boutons en papier, on n'a jamais vu ça !

Voilà le petit Jean-Paul qui pleure : la maîtresse a dit à la maman de faire une culotte bouffante, il angoisse, elle va lui bouffer quoi sa culotte ? Déjà qu'il eu un mal fou à faire les pompons pour mettre sur ses chaussons, il en a marre !

Ensuite activité musicale. La chanson est débile :

« Au clair de la lune, mon ami Pierrot,
Prête moi ta plume pour écrire un mot 
Ma chandelle est morte je n'ai plus de feu... »

Alors à la récréation nous préférons chanter :

« Au clair de la lune j'ai pété dans l'eau,
Ça faisait des bulles c'était rigolo,
Ma grand-mère arrive avec des ciseaux,
Elle nous coupe les fesses en 3000 morceaux ».

Bon on ne va pas en faire un fromage. Ce soir c'est le grand soir. Marie-Annick demande :

- Tu crois qu'on va y arriver ?

- Il faut croire aux miracles. J'ai envie de faire pipi ! dit Anne-Françoise.

- Laisse tomber, y'a la queue aux toilettes, répond Marie-Thérèse, exprès, juste pour l'embêter.

Pour laisser tomber, ça tombe. Elle fait pipi sur la scène. Voilà c'est gagné, tout le côté gauche est humide, juste pour la photo forcément.

Marie-Annick a le chapeau qui glisse, l'élastique est trop lâche. A côté la petite Jeanne est impeccable, souriante, chapeau en place, jupette bien placée à la taille, trop mignonne. Son papa lui crie : « Avec un peu de chance, tu l'auras ton étoile sur Hollywood ! »

Mais qu'est-ce que c'est long d'attendre ? Ça n'en finit pas. Heureusement c'est demain les vacances de Noël.

6 décembre 2022

Un parmi cinquante-huit / Dominique H.

Groupe d'inspecteurs des Impôts en 1933

C'est la photo d'un groupe de cinquante-huit hommes conformes. Conformes "C-O-N" ou qu’on forme, "QU apostrophe on forme" ? Conformatifs à quoi ? Conformes ou qu’on forme à quoi, pour qui ?

Les vingt-cinq moustaches timbre-poste orientent vers l'année 1933. Ont-ils un chef ? Peut-être le barbu qui s'étale au milieu du premier rang à la place d'honneur ? Ils sont sérieux pour ne pas dire lugubres. Ils sont sérieux, comme investis d'une mission, d'une responsabilité. Ils ont vraiment une gueule de bon élève et aussi une tête à garder leurs chaussettes sous leurs guêtres. Deux se sont quand même autorisé un nœud papillon et un autre cache sa chemise blanche derrière une lavallière. Un seul se permet de poser négligemment le bras sur l'épaule de son voisin, il est vrai, plus petit. Serait-ce un signe de domination ? Aucun sourire, même ébauché. Cinquante-huit mâles dominants quoique pas très grands. Cinquante-huit hommes blancs. Quatre-vingt-dix ans nous séparent de cette photo.

Le personnage de la famille se fond dans le paysage. Rien ne le distingue des autres. C’est le sixième à partir de la gauche au troisième rang, Robert, un oncle à mon père, né en 1901. Il a juste échappé à la mobilisation générale de la guerre 14-18, trop jeune, mais son père est mort à Verdun. En qualité d'orphelin de guerre il a été pupille de la nation et a pu continuer ses études après le brevet élémentaire qu'il a obtenu en 1918. Il a ensuite décroché une licence de droit puis a pu intégrer l'administration française. C’est une photo récente des cinquante-huit secrétaires généraux de préfectures et de sous-préfectures du grand Ouest.

Évidemment les femmes sont à la maison auprès des enfants ou dans les bureaux, aux écritures. La charge mentale de ces messieurs est bien trop lourde et trop noble pour être assumée par une femme.

Robert quant à lui est resté secrétaire général de sous-préfecture jusqu'à la fin, jusqu'à la retraite. Son envergure mentale n'avait rien de remarquable. Les conversations dans les repas de famille évitent depuis longtemps le sujet de Tonton Robert. C’est bien tardivement après sa mort que cette photo à circulé et que les langues se sont déliées. Robert a eu deux filles en 1930 et1935, des cousines de mon père. Elles sont devenues institutrices et surtout elles ont fait chacune ce qu'on appelle un « beau mariage » dans les années cinquante. Je dis « beau mariage » entre guillemets, d'une certaine façon. En réalité le faste est resté discret. Il ne fallait quand même pas trop se faire remarquer, même dix ans après la Libération : le passage de Robert dans la Gestapo était encore dans bien des mémoires. Robert ne partageait pas du tout les mêmes valeurs que Jean Moulin. En regardant la photo de 1933 on subodorait qu'il était déjà sous l'influence du Führer.

Robert était en fait un médiocre. Il est décédé dans l'indifférence dans les années 70. Il n'impressionnait pas ses filles qui ne lui reconnaissaient qu'un seul mérite : par ses relations troubles il leur avait assuré un confort matériel mais la rencontre avec un ou deux hussards de la République leur avait suffisamment ouvert l'esprit pour qu'elles se risquent à lire « Le Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir. Leur émancipation était en route. Avec sagesse elles ne cherchèrent pas à convaincre leur père qu'elles jugeaient irrécupérable mais, apparemment soumises à leur mari et cantonnées à leur intérieur, elles oeuvraient à l'ouverture d'esprit de leurs trois fois deux filles et en 2018 leur petite fille rejoignait Metoo dans les manifestations en reprenant le slogan féministe « A bas le patriarcat ! ».

30 novembre 2022

Consigne d'écriture 2223-11 du 29 novembre 2022 : Le Téléphone arabe

Le Téléphone arabe

 

L’animateur distribue à chaque écrivant·e un texte dactylographié extrait de la littérature française. Pour la version en ligne, choisissez un des trois textes ci-dessous que nous appellerons Texte 0.

Il est demandé de le lire puis, sur une feuille volante, de le réécrire « à sa sauce », dans son propre style, en raccourcissant les phrases et en adoptant le plus possible le langage « relâché », celui qu’on utilise dans la vie de tous les jours. Merci d’écrire lisiblement. Ce sera le Texte 1

On s’accorde entre 20 et 30 minutes pour faire cela. Au bout de ce délai on passe ce texte 1 à son voisin ou à sa voisine de droite qui a alors pour mission de réécrire le texte reçu dans un langage soutenu (Texte 2).

Pour la version en ligne, réécrivez votre premier texte en style soutenu sans vous référer au texte 0

Si on peut mettre de la drôlerie dans la chose, ce sera encore mieux !

Consigne_AEV_2223_11_Le_Téléphone_arabe___Les_3_textes_de_départ_de_Marcel_Proust

 

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29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 1 / Jean-Paul

1

2

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries.2 / Maryvonne

Eulalie

Ma tante Léonie ne recevait plus grand monde sauf Monsieur le curé qui était en odeur de sainteté. Son plus grand plaisir était de recevoir Eulalie, une célibataire handicapée mais active, l'oreille paresseuse, sans doute d'origine ch’tie.

Elle ne souhaitait pas recevoir les autres visiteurs qu'elle avait rangés en deux catégories : ceux qui lui conseillaient de ne pas s'écouter ni se plaindre et au contraire de profiter de la vie : repas copieux, balade au grand soleil, sortie à l'opéra, aux concerts. Et d'autre part elle ne supportait pas non plus les bénis-oui-oui qui allaient dans son sens.

Ça amusait Françoise, l’employée de maison, de voir comment ma tante se tournait les sangs quand elle voyait apparaître les indésirés et comment elle trouvait une astuce pour leur fermer la porte au nez.

En fait, très chère amie, ce que voulait ma tante c’est que l’on soit entièrement de son avis et qu'on la rassure. Eulalie savait s'y prendre à merveille. Vingt fois la pauvre femme parlait de mourir et vingt fois la bonne Eulalie lui affirmait au contraire qu'elle avait encore une longue vie devant elle.

Le dimanche était jour de fête quand Eulalie venait faire sa visite. Il était cependant préférable d'être à l'heure sinon ma tante se portait pâle et il fallait lui apporter les sels.

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 3 / Maryvonne

Tante Léonie 01

Ma tante Léonie kiffait grave les visites d’Eulalie vu qu'elle en avait pas des masses sauf Monsieur le curé. Ma tante avait un peu viré tous les autres car elle détestait pratiquement tout le monde. Les premiers à éjecter étaient des donneurs de leçons l’incitant à profiter davantage de la vie. Après venaient ceux qui la pensaient bientôt grabataire et aussi ceux qui faisaient des commentaires désobligeants sur sa santé ou qui, mi-figue, mi-raisin, abondaient un peu dans son sens mais ne pouvaient s'empêcher d'essayer de la booster. Tout ceux-là, c'était « dégagez voie 12 ! ».

La Françoise rigolait dans sa barbe quand ma tante s'arrangeait pour organiser un « non-recevoir » de ceux qu'elle voyait comme des intrus. Fallait voir la mine déconfite des visiteurs rejetés ! Françoise la trouvait trop forte, la tantine !

En fait elle aimait que l'on dise tout comme elle, qu'on lui passe la main dans le dos pour ses souffrances et que finalement on lui promette une belle vie. En cela Eulalie était une fine mouche. Quand ma tante vingt fois annonçait sa fin, subtilement Eulalie lui promettait d'être centenaire, ce qui en fait n'avait pas l'air d'être suffisant.

Du coup Eulalie savait y faire ; elle était acceptée tous les dimanches et ma tante s'en réjouissait à l'avance. Pas question pour Eulalie de rater l'heure parce que pour ma tante « Avant l'heure c'est pas l'heure et après l'heure c'est pas l'heure non plus! ». La chieuse en faisait tout un pataquès jusqu'à se rendre malade.

 

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 4 / Eliane

Proust red and blue

Ma tante Léonie adorait les visites d’Eulalie car elle n'avait pas beaucoup de visites à part celles de monsieur le curé.

Il faut dire qu'elle avait peu à peu éliminé toutes les autres visites de personnes bien intentionnées. Ma tante détestait pratiquement tout le monde. Les premiers à avoir été en disgrâce étaient les donneurs de leçons l’incitant à profiter davantage de la vie.

Les suivants avaient été ceux qui pensaient qu'elle vieillissait et ne tarderait pas à être grabataire. Il y avait aussi ceux dont la conversation tournait essentiellement en commentaires désobligeants sur sa santé et qui, mi-figue mi-raisin, essayaient de la stimuler pour qu’elle bouge davantage, fasse des promenades, prenne l’air.

Elle ne mit pas longtemps à leur indiquer la sortie et Françoise se détournait pour ne pas rire en cachette. Ma tante était très douée pour opposer une façon de non-recevoir à tous ceux qu'elle considérait comme des intrus et ils étaient nombreux.
Les visiteurs rejetés repartaient la mine déconfite et Françoise considérait que sa patronne était une forte femme.

En fait ce qu’aimait ma tante c’est que l’on soit toujours du même avis qu’elle, qu'on la plaigne pour ses souffrances et qu'on lui prédise une belle vie.

Pour cela Eulalie savait comment s’y prendre. Et quand ma tante, inlassablement annonçait sa fin Eulalie lui prédisait qu'elle finirait centenaire. Mais ça n'était pas suffisant. Mais elle aimait cela.

Alors Eulalie était attendue tous les dimanches et ma tante se réjouissait de ses visites. Mais surtout ne pas rater l’heure de la visite sinon ma tante pouvait se rendre malade cette quiétude

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 5 / Madame C.

Tante Léonie 02

A part Monsieur le curé ma tante Léonie ne recevait plus personne pour la bonne raison qu'elle ne supportait plus grand monde. Elle voyait chez chacun les défaut qu'elle détestait.

Ceux qu’elle avait virés en premier étaient ceux qui, croyant bien dire, lui conseillaient de ne pas s'écouter, qui semblaient subitement réprobateurs quand elle se plaignait ou pire l'invitaient à faire une petite promenade ou à manger de la viande saignante. Ils remettaient en cause les médecines variées qu'elle absorbait et sa mauvaise habitude de rester au lit durant des journées entières .

Elle détestait aussi ceux qui allaient dans son sens et affirmait qu'elle était malade, bien malade, plus encore que ce qu'elle croyait. Françoise s'amusait beaucoup de cela et son grand plaisir était de refuser l'entrée à ceux que tante Léonie n'aimait plus et il y en avait beaucoup.

La petite bonne en riait toute seule. Ces petites comédies bourgeoises la mettaient de bonne humeur. Tante Léonie voulait qu'on la plaigne, qu'on la rassure et surtout qu'on ne la contrarie pas.

Eulalie avait tout compris et quand la tante Léonie larmoyait en disant que sa fin approchait, elle affirmait qu’elle irait jusqu'à cent ans.

- Je ne demande pas à aller si loin ! pleurnichait tante Léonie.

Chaque dimanche elle attendait avec une impatience fébrile la visite de la jeune Eulalie qui savait comme personne la distraire et lui faire oublier ses misères.

 

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