Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'Atelier d'écriture de Villejean

Publicité
29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 6 / Marie-Thé

Curé Proust 3

Ma tante Léonie aimait recevoir Monsieur le curé. Elle avait un faible pour lui. Je me demande ce qu'ils pouvaient bien se raconter.

Elle lui servait des plats de viande saignante et du vin de sa cave. Il ressortait joyeux, repu, en lui serrant les mains avec un sourire complice et en disant « A très bientôt ma chère ! ».

Elle se croyait bien malade et détestait les gens qui lui conseillaient de ne pas s'écouter.

Elle détestait aussi ceux qui la plaignaient et lui disaient qu'elle avait l'air malade, qu'elle devait consulter un médecin et rester au lit à se reposer le plus longtemps possible

La petite bonne riait beaucoup de ses comédies qu’elle trouvaient bourgeoises. Ça la faisait rire. Elle lui disait qu'elle allait vivre jusqu'à cent ans. Ma tante pleurnichait, répondait qu'elle approchait de sa fin. Elle réclamait alors sa petite fille Eulalie pour jouer avec elle aux dominos. Toutes les deux riaient beaucoup et ma tante oubliait ses misères.

 

Publicité
29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 7 / Brigitte

Eulalie-2

Eulalie était désormais la seule visite acceptée par la tante Léonie. En effet cette fameuse tante, un tantinet hypocondriaque, ne supportait pas du tout qu’on minimise ses symptômes et avait éliminé tous ceux qui lui disaient qu'une promenade au soleil et un bon bifteck seraient la panacée !

Pour l'autre catégorie de visiteurs potentiels, ceux qui pensaient que la tante Léonie frisait la phase terminale, ils étaient de même vite écartés.

Seule Eulalie réussissait l'exploit de la distraire, de la plaindre et en même temps de la rassurer sur son avenir.

C'est ainsi que les visites dominicales d’Eulalie, tant attendues, plongeaient la tante Léonie dans un état d'attente presque douloureux s'il se prolongeait jusqu'à la soirée.

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 8 / Anne-Françoise

Eulalie 2022-07-10 - Nikon 4

Eulalie avait fait de longues études, surtout pratiques, qu'elle avait achevées par une thèse sur les vieilles filles acariâtres. Elle avait un fabuleux sujet d'étude en la personne de Léonie.

Cette dernière était fort soucieuse de sa santé. Elle observait précisément ses moindres mots, analysant ses symptômes, en recherchant les causes et les moyens de guérir. Elle méprisait tous ceux qui n'avaient pas sa science et son expertise en médicaments et, de fait, avait fort peu de compagnie. Elle appréciait donc les visites dominicales d’Eulalie, elle-même célibataire endurcie qui avait la patience de l'écouter, le don de la rassurer sur son avenir et la capacité à la distraire.

Eulalie avait beaucoup de qualités mais pas celle d'être ponctuelle. Léonie s'impatientait douloureusement au fur et à mesure que la vieille horloge égrenait les minutes et sonnait les heures des longs dimanches qui s'assombrissaient.

29 novembre 2022

Eulalie ou l'Art de flatter les bizarreries. 9 / Adrienne

AEV 2223-11 Adrienne - 7 phrases 2

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 1 / Eliane

Tante Léonie discutait avec Françoise en attendant Eulalie. Tante Léonie avait vu passer Mme Goupil dans sa robe de soie et sans parapluie. Elle risquait bien, si elle allait loin et s’il pleuvait, de se faire tremper. Peut-être, peut-être.

Ma tante se frappa le front. Elle se demanda si Madame Goupil était arrivée à l'église après ou avant l'élévation. Elle devait penser à le demander à Eulalie.

Elle regarda le ciel et le gros nuage noir qui arrivait.
« Il allait pleuvoir avant la fin de la journée, c'était sûr. Il faisait trop chaud » énonça Françoise. Ma tante rétorqua que le plus tôt serait le mieux car si l'orage n'éclatait pas son verre d'eau de Vichy ne passerait pas. Pour elle c'était beaucoup plus important que l'état de la robe de Mme Goupil.

- Et puis, dit ma tante Léonie, quand il pleut sur la place, pas moyen de s’abriter.

Elle pâlit tout à coup en regardant l’heure.

-Mon Dieu, les vêpres ont commencé et je n'ai pas pris ma pepsine ! Pas étonnant que mon eau de Vichy ne passe pas !

eaux-de-vichy

Elle se précipita sur un livre de messe à la riche reliure pour lire au plus vite les textes sacrés auxquels elle ne comprenait pas grand-chose, préoccupée de savoir si la pepsine prise longtemps après l’eau de Vichy pouvait encore la faire descendre au bout de trois heures.
La pluie s'était mise à tomber, martelant doucement les carreaux.On fit tinter le grelot de la porte du jardin.

- Allez donc voir, Françoise !

- C’est Madame Amédée (ma grand-mère). Elle a dit qu’elle allait faire un tour.

-Ça ne m'étonne pas d'elle, dit ma tante. Il pleut à verse ! Il faut toujours qu'elle se distingue ! J’aime mieux que ce soit elle que moi qui soit dehors par ce temps.

- Madame Amédée, c’est toujours l'inverse des autres, dit doucement Françoise.

Plus tard, avec les autres domestiques elle dirait « madameAmédée est vraiment cinglée ! ».

Ma tante soupira : « Eulalie ne viendra plus !»

- Mais il n'est que quatre heures et demie ! dit Françoise

- Que quatre heures et demie ? Mais j’ai été obligée de soulever le rideau tellement il faisait sombre ! Il fait déjà presque nuit à 4 h 30 huit jours avant la bénédiction des moissons ! Le bon dieu doit être en colère après nous ! Comme disait mon pauvre Octave, on a trop oublié le Bon Dieu, il se venge !

 

Publicité
29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 2 / Jeanne

femme sous la pluie

Dans l'attente prolongée de Miss Eulalie, Tante Léonie se plaisait à prolonger la discussion auprès de Françoise .

Par la fenêtre de l'appartement du petit bourg où notre famille logeait, Léonie vit passer Madame Goupil qui, dans un pas pressé, essayait d’esquiver les premières gouttes de pluie qui s’attardaient sur la ville. Elle portait une robe de soie mais n’avait pas de parapluie. Elle risquait de prendre l’eau et de friser sa coiffe parfaitement symétrique.

Je vis ma tante réfléchir, toute pensive face à cette vision, se tapant le front. Elle se demandait si Madame Goupil était arrivée avant ou après l'élévation qui se passait ce dimanche dans l'église voisine. Elle pensa qu’elle devait le demander à Miss Eulalie

Elle regarda le ciel et le gros nuage sombre qui l’accompagnait. Il allait pleuvoir, elle le savait de par ce qu’elle voyait et par la lourde température qui régnait à ce moment. Ma tante, de naissance et d’éducation très craintive, rétorqua que le plus tôt serait le mieux car si l'orage n'éclatait pas son verre d'eau de Vichy ne passerait pas. Cela figurait pour elle un fait bien plus important que l'état de la robe que portait Mademoiselle Goupil. De plus elle observa avec logique que sur la place il était impossible de s’abriter.

La vision de l'heure la fit pâlir et même tressaillir : elle n'avait pas encore pris sa pepsine et les vêpres avaient déjà grandement commencé. De manière brusque elle saisit un livre de messe à la riche reliure pour tenter de rattraper son malheureux retard quant à la lecture des textes sacrés auxquels d'ailleurs elle ne comprenait pas grands mots. Elle était surtout préoccupée de savoir si son médicament pris en retard allait tout de même faire son effet sur l'eau de Vichy.

 

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 3 / Marie-Thé

femme sous la pluie 2

Léonie et Françoise devisaient sous la véranda en attendant Eulalie.

- Madame Goupil se pavane avec une robe de soie, dit Françoise. Je l'ai vue passer sans parapluie tout à l'heure. Elle va se faire saucer. Sa belle robe va lui coller au corps. Quand elle va rentrer dans l'église pour les Vêpres tous les hommes vont la dévorer des yeux ! Ce matin déjà, elle est arrivée après l’élévation ! Elle ferait n'importe quoi pour se faire remarquer !

- Moi j'en ai rien à faire de Madame Goupil, dit Léonie. J'ai mal à l’estomac : j'ai oublié ma pepsine et je suis tellement nerveuse que mon eau de Vichy ne descend pas ! Qu’il pleuve un bon coup et que l'orage éclate !

Tout à coup elles entendirent un bruit léger puis de plus en plus sonore, régulier, musical puis assourdissant sur le toit de la véranda. C’était la pluie suivie de coups de tonnerre. En regardant par la fenêtre elles aperçurent Madame Amédée, la grand-mère, qui partait faire son petit tour habituel.

- Madame Amédée ne fait jamais rien comme tout le monde, dit Léonie. Elle est un peu fofolle. Sortir par temps pareil ! Elle doit avoir des choses à se faire pardonner parce qu'aujourd'hui c'est sûr c'est dimanche et le bon Dieu se venge. Malheureusement Eulalie ne passera pas aujourd’hui ajouta-t-elle tristement.

 

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 4 / Véronique

Iliers sketch 2

Elles bavardent toutes les deux. Elles se sont installées dans la véranda qui donne sur le superbe jardin entretenu avec soin par le vieux jardinier.

Les deux amies attendent Eulalie pour aller aux vêpres. Le temps est gris, le ciel est sombre. Il va sûrement pleuvoir. Sur le chemin de l'église elles croisent Madame Goupil qui porte une robe neuve de soie grège.

- S’il se met à pleuvoir, sa robe va lui coller à la peau, dit Léonie. Elle veut toujours se faire remarquer !

- Que m’importe ! lui répond Françoise. Je me sens si nerveuse… Une bonne averse, des coups de tonnerre… Que l'orage éclate ! Cela me calmerait.

Elles décident de rebrousser chemin. Elles arrivent juste comme l'orage éclate, effrayant, bruyant. Quel triste dimanche !

La vieille Madame Amédée marche aussi vite qu'elle le peut avec ses vieilles jambes fatiguée.

« Qu’ai-je encore fait ? On dirait que Dieu se venge, pense-t-elle.

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 5 / Anne-Françoise

Maison_de_Tante_Léonie_à_Illiers-Combray_(1)

Une maison bourgeoise,un dimanche après-midi. Léonie échange avec Françoise, la bonne qui a l'air bien bonne d'écouter la précieuse tante Léonie.

Léonie attend Eulalie à l'heure des vêpres. Elle s'inquiète de la pluie qui menace à la fois ceux qui sont dehors mais aussi pour son intérieur à elle vu qu'elle a des soucis de digestion qu'elle pense être liés à la météo. Elle prend un médicament tout en ouvrant son niveau de messe. Elle lit les textes sans les comprendre vu qu'elle se préoccupe d'abord de l'efficacité de ses gouttes... et les gouttes de pluie se font entendre sur les carreaux.

Léonie entend aussi le grelot de la porte du jardin. « C'est la grand-mère qui sort ! » l'informe la bonne qui ajouté en langage politiquement correct que la grand-mère est « piquée », félée, fada.

La tante Léonie pense que la météo aura empêché Eulalie. Elle attribue ce mauvais temps au Bon Dieu qui se venge du manque de foi du monde. En bref, le texte évoque des soucis digestifs, météorologiques et religieux. Le ciel est tombé sur la tête de la tante Léonie !

29 novembre 2022

En attendant Eulalie. 6 / Dominique H.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas dans cette maison bourgeoise aux rituels bien établis. Samedi est le jour du marché et dimanche le jour du Seigneur.

Le samedi Françoise quitte la propriété, un panier en osier à la main et le dimanche elle recouvre ses boucles dorées d’une mantille de dentelle noire et surtout elle serre dans sa main gauche gantée de cuir également noir un gros missel relié en cuir antique et à la tranche dorée. L'élégance discrète de Françoise, la bonne, est à peine éclipsée par celle de la précieuse tante Léonie qui, malgré quelques signes ostentatoires de richesse, peine à masquer sa tête alourdie par les années et surtout son teint ictérique. Elle a des ennuis hépatiques qu’elle tente en vain d'apaiser par des liqueurs digestives.

chambre-Léonie

Ce dimanche matin sa carnation de jaune citron vire à l’olivâtre de contrariété : la grand-mère Eulalie est en retard. Françoise murmure poliment que la grand-mère n'a plus tous ses esprits, que selon la parole du seigneur il convient de se montrer indulgent vis-à-vis des pauvres d'esprit. Et Françoise, la bonne, poursuit en regardant la pluie tomber :

- Ne voyez-vous pas dans cette averse l'expression météorologique de la colère de Dieu ?

C’en est trop pour la tante Léonie qui s'évanouit ! La bonne Françoise se porte charitablement à son secours, lui fait inhaler des sels. La tante Léonie ressuscite.

Le dimanche est bien le jour du Seigneur !

Publicité
L'Atelier d'écriture de Villejean
Publicité
Publicité
Derniers commentaires
Archives
Publicité