Oui, je sais l’idée est sûrement nulle. Saugrenue. Cela fait déjà deux fois que j’écris sur une chanson. Sur deux tubes en fait. Mais les deux fois je revisite un peu l’histoire chantée. Le lyric. À ma façon. Poétisant. En plus quand j’écris cela, juste là, ici, je n’ai rien encore commencé.
Mais je sais que bientôt quand je lirai vos commentaires, s’ils sont possibles – sur cet Atelier de Villejean, je me remémorerai cet instant de doute où l’idée de ne pouvoir rien faire de bien me traversa. Alors, action !
Juste le temps d’écrire ceci et mon Sussudio oublié me revient en mémoire. Oui, j’avais écrit jadis avec Pépitoune en duo un texte enjolivant la banalité unique de la chose dans un pub sur cette chanson … plutôt d’ailleurs sur le clip. Cela avait aux feu impromptus, je crois bien, fait rire un certain Joe K, à l’époque. Vintage d’un autre âge, déjà. Bon. Nul n’est parfait :
Le synthé synthétise,
la batterie bat son tempo contre des moulins,
le guitariste encordé n’accroche pas sa barbe,
les trompettes éclatent de quatre noirs,
ils fendent le vent, dansent de conserve,
crèvent l’écran de leurs grands ronds cuivrés.
Bon, là l’hommage à George, sis au Royal Albert Hall de Londres, est long, et il y a du monde. Et du beau. "While my guitar gently weeps" le tube tiré du concert démarre.
Cela commence sur le piano de Paul. Noblesse oblige. Ça tape. Traveling sur quelques guitaristes. Ils sont concentrés des taquets. Et puis arrêt sur le chanteur Éric Clapton. Petites lunettes rondes. Dieu. Ha mais attendez ! On est passé vite sur un jeune garçon. Ce n’est pas George, mais son fils. Dhani. Incroyable ! On le reverra parmi les autres guitaristes. Éric chante beau. Haut tête haute. Ça fait du monde pendu accroché sur les guitares. Le nombre de batteries qui tapent dru n’est pas en reste. Ça tape. Paul accompagne au chant. Il est doux. Allez Éric, premier solo de guitare. Du concentré. On voit Ringo. Filmé du bas. Il a l’air bien. Ça madeleine jolie, si goûteuse, de le voir. Ça tape. Trop cool. J’aime bien.
J’adore ceux des tambourins aussi. Trop. Allez, encore des riffs de guitare et puis c’est Dieu qui dit. Ça semble venir de loin, de très loin, du fond de son âme, de ses tripes. Venir d’un hommage, comme un parfum de luxe envoûtant. Ça chœur autour. Le guitariste guitare sèche frisant, barbu à sa droite, en baille des ronds de chapeau. Il y a de quoi. Ça retape.
Ça s’active. Ça bosse. Il y a du monde c’est fou. Les deux choristes sont un peu noyées, mais les garçons pas en reste donnent de la voix. Still my guitar gently weeps.
***
Sa mémoire avec 28 musiciens-chanteurs ici et les Monty Python
Il avait préparé son meilleur répertoire
En moindres détails peaufinés
Des accords en mots peu ordinaires
Bien choisis, sonnant en harmonie
Des histoires en paroles rythmées
Coulant, incisives
Sous sa guitare en bandoulière
Il pouvait enfin sortir de l’ombre …
Or ici, dans cet autre monde connexe
Parallèle, ceci se serait poursuivi ainsi
Si par un hasard bien heureux
L’autre Georges, poète chanteur, inconnu lui aussi
Ne fût enlevé par des Aliens avenants
Ces bougres lui montrèrent l’avenir de l’humanité :
Les grands chênes s’éteignent, écrasant
tous les petits chevaux clonés
Les gorilles agonisent sur des claviers
intoxiqués par des croque-notes
Les bougnats adultères se robotisent
délaissant pour des IA jolies leurs femmes de pierre
Le corps sage de Margot s’enfuit
et les sabots d’Hélène pataugent du côté des junkies
Là où la plage de Sète se bétonne
jusqu’au fin fond du plancher à l’amer
Là où il ne suffit plus de passer l’éponge
Et où Cupidon s’enroue
Ils le relâchèrent. Lui rendirent sa plume
Sa sagesse a grandi
Il sait qu’il n’a pas rêvé :
Des formes de vie extrêmement intelligente existent dans l’univers
En effet, elles se sont toujours bien gardées
De nous contacter ouvertement
- Georges Marchais, le tigre aux dents jaunes, disait mon père, chaque fois qu'il entendait sa voix à la radio.
Et moi j'entendais la voix grinçante et désapprobatrice de mon père. Je n'entendais rien à la politique car chez moi on ne parlait pas de grand-chose et surtout pas de politique, Mais je comprenais quand même, au ton employé, que Georges Pompidou avait meilleure presse que le tigre qui n'avait pas été chez le dentiste ou avait trop fumé. Georges Clémenceau, un autre tigre dont on parlait peu, aurait sans doute été prononcé avec un ton plus martial, plus fier mais on l'évoquait surtout pour le boulevard de Rennes Sud alors en pleine expansion.
- Georges Brassens, ce ne sont pas des chansons convenables !
« Gare au gorille » choquait, et puis une espèce d'anar gauchiste vous n'y pensez pas ! La seule chanson que je connaissais, c'était « La Prière », celle qui dit « je vous salue, Marie ». Je découvris plus tard ma préférence pour « Dans l'eau de la claire fontaine ».
A propos de chanteur, j'ai eu une période Georges Moustaki dont je connais encore bien des chansons par cœur alors que mes copines de classe, plus anglophones, se trémoussaient sur la musique des potes de George Harrison. J'ai souvent remercié Georges Wilson d'avoir fait naître le petit Lambert pour qui, je l'avoue, j'avais un petit crush, comme on dirait aujourd’hui.
En littérature, on étudiait George Sand que j'ai toujours trouvée super ennuyeuse alors qu’on en faisait toute une affaire. J'aimais la mélancolie de Verlaine dont j'ignorais que son fils s'appelât Georges plus que les bondieuseries mystico-gazeuses de Georges Bernanos.
Georges Courteline et Georges Feydeau écrivaient les pièces que je voyais parfois chez une parente dans l'émission « Au théâtre, ce soir ».
Je crois que mon père aimait la peinture de Georges Braque. J’appréciais les clairs obscurs de Georges De La Tour que l'on peut voir au musée de Rennes
Mais après cette liste de Georges célèbres, il faut absolument que je vous parle de mon grand père qui lui aussi se prénommait Georges !
Georges Relliet, le père de la centenaire de la famille était un homme grand et gros. Quand on arrivait vers 14 h pour passer l’après-midi dans le jardin de ma petite grand-mère (1,42 m), grand père Georges finissait son repas, au bout de la table en formica d’où dépassait sa bedaine coincée dans un gilet de lainage où trônait sa montre à gousset. Georges mangeait toutes sortes de choses étranges dont les huîtres, les civelles, les patates noyées dans du vrai beurre, du gibier mariné, du sanglier et des perdrix car il allait à la chasse avec ses épagneuls et ses copains. Georges buvait du muscadet car il était nantais et du vin rouge et quand il quittait la table c’était pour s’offrir une sieste, tout habillé sur son lit. La maison se remplissait alors de ronflements sonores et pour la petite fille que j’étais alors, c’était une sorte d’ogre ! Mais un ogre gentil car je me souviens avoir appris avec lui à faire mes lacets de chaussures et à lire l’heure sur une boite de camembert à qui on avait mis des aiguilles en carton.
Georges Relliet était un homme de son époque et sa femme et ses deux filles filaient doux mais ce n’était pas un méchant homme. Il nous emmenait parfois à la campagne dans sa vieille traction noire qui ressemblait, je le découvris plus tard, aux voitures de la Gestapo.
Georges Relliet est mort avant sa femme mais je ne me souviens ni quand, ni de quoi.
Il en a des copains pour causer dans l’au-delà, avec toute cette liste de Georges !
En 303 après Jésus-Christ, en Libye, un nommé Georges de Lydda triompha d’un dragon local qui terrorisait la région de Silène.
Si Georges s’était nommé Moustaki, les armes avec lesquelles il aurait pu combattre la bête n’auraient eu que peu d’effet sur la situation : une guitare en bois, un hamac, une nonchalance toute méditerranéenne et une gueule d’amour pour séduire les filles n’ont jamais effrayé grand monde et surtout pas des généraux qui prennent le pouvoir en Grèce, pays qui fut à ce qu’on dit le berceau de la démocratie, pour y établir une dictature.
Mais pour nous autres qui sommes de nouveau en guerre, les mots et la philosophie de Georges Moustaki constituent un bien très précieux, même si aussi inefficace contre les monstres qui nous entourent.
En premier lieu, c’est vrai, « Il est trop tard ». Pendant que je dormais, pendant que je rêvais (à la fin de l’histoire?) les aiguilles ont tourné et si on est venu à bout un temps de l’U.R.S.S., le K.G.B. est toujours là. L’impérialisme néo-tsariste nous rejoue « Buvons un coup ma serpette est perdue mais le manche mais le manche » est revenu dans la face des Ukrainiens et, par ricochet, dans la nôtre.
Bien qu’il ait gravité dans l’entourage d’Edith Piaf et lui ait concocté ce chef-d’oeuvre absolu, « Milord », Georges Moustaki a surtout percé avec son album de 1969 sur lequel on trouve le célébrissime « Métèque », « Le Temps de vivre », « Il est trop tard », « Gaspard », « La Carte du Tendre », « Ma solitude », « Joseph » et deux instrumentaux à la guitare, « Natalia » et « Rue des Fossés Saint-Jacques ».
Ce disque a été suivi d’un album en public, le concert à Bobino de 1972 qui contient le fameux « Dans mon hamac » et cette « Pierre » dont les paroles disent « Juste une croix qui déchire le vent, mes souvenirs sont les seuls survivants ».
Dans la discographie postérieure on trouve « Les amis de Georges », un hommage à Georges Brassens qui l’avait pris sous son aile, la « Marche de Sacco et Vanzetti », anarchistes américains aujourd’hui oubliés, « Ma liberté », « Eden blues », « Sarah », « Il y avait un jardin », « En Méditerranée », « Grand-père »…
Les expéditifs de 2025 verront certainement dans cette liste de quoi fusiller un « woke » ! Cela ne m’empêchera pas de chanter le refrain de « La philosophie » :
« Nous avons toute la vie pour nous amuser
Nous avons toute la mort pour nous reposer. »
Faites votre miel de tout cela, braves gens ! Et n’oubliez surtout pas la recette de l’amour et de la gaîté : « Donne du rhum à ton homme ! ».
Nous ne savons plus grand-chose de cet homme politique américain sinon qu’il a lancé la mode du nom de ville porté comme patronyme.
A l’instar, chez nous, de Gaston Paris ou d’Henry Bordeaux, on ne compte plus aux États-Unis le nombre de George Tucson, George Atlanta, Georges Phoenix, George Des Moines, George Detroit, George Los Angeles, etc.
Il y en a même un pour cumuler deux villes dans son nom, c’est Georges San Diego de Las Vegas mais tout le monde l’appelle Zorro. C’est plus court et les Français sont nuls en géographie.
N’oublions pas non plus Nancy Houston qui jumelle une ville française et une cité américaine où on s’envoie beaucoup en l’air.
Il est à noter que George Trump n’entre pas dans la catégorie des rigolos cités plus haut. Trump n’est effectivement pas un nom de ville. Un nom de vil, à l’extrême rigueur.
Cela me rappelle ce petit dialogue absurde entendu à l’heure du café chez les Ch’tis de mon enfance, une expression de mon oncle René et de ma tante Lucie.
- D’ù qu’ch’est qu’te vas ? (Où vas-tu ?)
- A Treupe, d’ù qu’ches mouques alles vont à béquilles ! ( A Treupe, là où les mouches se déplacent avec des béquilles!)
Je ne suis jamais allé vérifier sur Internet l’existence d’une ville nommée Treupe. Peut-être s’agit-il d’une déformation de Trump ?
Si je fais la recherche en rentrant à la maison ce soir, j’essaierai de localiser aussi Dache, Perpète, Pétaouchnok, Tatatouine et Trifouilly-les-Oies.
Pampelune existe réellement, en Espagne et donc sur Terre, et non pas à 36 kilomètres au-dessus de la Lune.
Pour Clocher-les-Bécasses aussi, je sais, c’est en Bretagne. C’est de là que vient Bécassine qui est ma cousine.
Il s’est trouvé, dans les folles années 1960 et 1970, un certain nombre d’artistes de variétés que l’on pourrait qualifier de « chansonniers revivalistes » ou plutôt, en français correct, de « repreneurs de vieux airs » qui ont repopularisé, en les ornementant d’orchestrations plus au goût du jour, des chansons écrites entre 1880 et 1940. Ce sont celles qu’évoquait hebdomadairement Jean-Christophe Averty dans son émission culte, « Les Cinglés du music-hall ». A vos cassettes !
Georgette Plana fait partie du lot et a fait un tabac d’enfer en relançant « Riquita ». « A Java il était né une poupée, une poupée si jolie qu’on eût dit... »
Les Charlots ont commis un tube avec cette parodie de chanson bretonne signée Georgius, « Sur la route de Pen-Zac ».
Raoul de Godewarsvelde, l’interprète de « Quand la mer monte » a réenregistré « La femme aux bijoux », L’Hirondelle du faubourg », « L’Entrecôte », « Tu n’es qu’un employé ».
Renaud Séchan a consacré l’album « Le P’tit bal du samedi soir à des chansons de Fréhel, d’Aristide Bruant, de Georgius, De Berthe Sylva (« Du gris », « La Plus bath des javas »)
Marc Ogeret et Patachou, séparément, ont consacré un album à Bruant.
Guy Béart a glissé dans son album « Porte-bonheur » sur lequel il chante « En revenant de la revue » , « Caroline », « Viens Poupoule », « La Baya », « La Mattchiche » une de ses compositions en la faisant passer pour une chose écrite au XIXe siècle. Les paroles disent ceci, qui reste d’actualité :
Où étions-nous ? (Dans la merde) Où sommes-nous ? (Dans la merde) Où allons-nous ? (Vers la merde) Pourquoi y aller ? (Pour changer de merde) (Et puis merde, merde, merde !)
D’autres artistes ont puisé dans le répertoire des chansons anciennes : Caroline Clerc, Violaine Schwartz, Hélène Delavault, Emeline Bayart. Patrick Bruel a pondu un double album honorable intitulé « Entre deux ».
On peut ajouter à cette liste Françoise Hardy et Jacques Dutronc avec leur interprétation de la chanson de Jean Nohain et Mireille « Puisque vous partez en voyage ».
Et Marcel Amont avec sa reprise d’Yvette Guilbert où « Le Fiacre » de Xanrof est transformé en Jaguar !
– J’aimerais l’appeler Georges, a dit la jeune maman.
Elle avait cette sorte de superstition du « Nomen est omen » et se disait que si elle pensait très fort à des Georges beaux et hardis, quelque chose entre Clooney et Guynemer, ça déteindrait bien un peu sur le nouveau-né.
– Georges ? Georges, pourquoi pas, a dit l’heureux papa, grand fan de Brassens et de Moustaki.
Oui, le prénom lui convenait.
Toute la famille d’ailleurs était au diapason, grand-papa fervent admirateur de Clemenceau et des Brigades du Tigre, grand-maman lectrice assidue de Simenon et de Perec, même les tontons et les tatas, tout le monde était d’accord: il y avait du beau monde parmi les Georges dans tous les domaines, l’enfant serait entouré de bonnes fées aux multiples talents, il n’aurait qu’à choisir lequel développer.
Mais alors, mais alors, vous demandez-vous, cet enfant est-il devenu musicien ? peintre ? politicien ? écrivain ? acteur ?
Rien de tout cela !
Cet enfant a été très heureux, à sa majorité, d’enfin tenir entre ses mains sa carte d’identité au nom de Georgina.
Une nuit brumeuse enveloppait de son voile mystérieux la fête foraine installée à Villeneuve-Saint-Georges en région Île-de-France. Les rires et les cris des enfants enthousiastes des manèges avaient cédé la place à une ambiance pesante, presque surréaliste.
C'est là, près de la vieille roulotte de la voyante que Maigret se tenait, son éternel imperméable usé serré autour de lui, scrutant la scène du crime. Madame Irina Georgette, la célèbre diseuse de bonne aventure, avait été retrouvée sans vie, allongée sur son tapis persan George Beige, ses cartes de tarot Georges Colleuil dispersées autour d'elle comme un puzzle Georges Seurat inachevé. Le médecin légiste parlait d'une mort violente mais sans arme visible. Était-ce un coup du destin... ou une prédiction qu'elle n'aurait pas dû dévoiler ?
Maigret observa les passants curieux retenus par des barrières. Certains semblaient secoués, d'autres simplement intrigués. Il se tourna vers l'organisateur de la fête foraine, un certain Georges Lefèvre connu pour son sourire mielleux mais son passé trouble. Était-ce un simple organisateur ou un homme avec un secret caché ?
Au fur et à mesure de l'enquête, les indices s'entremêlèrent. La voyante avait récemment murmuré à un client qu'un danger planait sur la zone d'attraction foraine. Était-ce une coïncidence que ce client ait disparu de la fête foraine ou bien avait-elle réveillé une colère si profonde qu'elle avait signé son arrêt de mort ?
Le commissaire Maigret savait qu'il devait regarder au-delà des apparences car à la fête foraine tout n'est qu' illusion. Avec sa pipe entre les dents et son instinct affûté, il se mit à dénouer les fils d'un mystère aussi opaque que la brume qui l'entourait. Que s'était-il réellement passé sous les lumières vacillantes de ce royaume éphémère ?
☆☆☆
Assis dans le coin discret du bistrot, Maigret sirotait lentement un verre de Nuit-Saint-Georges. Le vin rubis, riche et puissant, éveillait en lui des souvenirs diffus. Tandis qu'il observait les volutes de fumée de sa pipe monter vers le plafond jauni, son regard s'égara sur des ombres projetées par les lampes. Ces ombres lui rappelaient étrangement les clairs-obscurs de la toile qui ornait le mur de son salon, une reproduction de Georges De la Tour représentant une scène intime baignée de lumière.
La diseuse de bonne aventure avait-elle, comme sur cette toile, perçu dans les ténèbres une lumière, une vérité insoupçonnée ? Maigret se souvenait des prédictions qu'elle murmurait dans sa roulotte. Était-ce possible que ses révélations aient mis un criminel sur le qui-vive ?
Son esprit vagabondait, alternant entre une pensée sur la victime et une réflexion sur ce qu'elle représentait. La fête foraine, avec ses illusions de bonheur, cachait sans aucun doute des vérités bien plus sombres. En retournant son verre entre ses doigts, Maigret prit une décision : demain il interrogerait à nouveau Georges Lefèvre et il ferait venir le reste du personnel forain pour une confrontation. Il avait le sentiment qu'un détail crucial se cachait dans leur récit, tel un mot perdu dans une carte de tarot ...
☆☆☆
Le lendemain sous un ciel gris menaçant, Maigret retrouva Georges Lefèvre dans une roulotte exiguë, encombrée de bibelots et d'objets hétéroclites. L'homme, nerveux, triturait son vieux chapeau Georges entre ses mains calleuses. Maigret, impassible, l'écoutait raconter l'histoire de Georgio, un jeune homme au passé lourd et à la stature frêle, qui portait en lui une colère sourde.
Georgio, rejeté par la société et réduit à un rôle parmi les forains, avait nourri une rancune grandissante. Chaque jour, il versait de l'acide chlorhydrique sur les engrenages de la grande roue, espérant qu'un jour sa vengeance éclaterait au grand jour sous la forme d'un accident spectaculaire. Mais son plan, aussi sombre soit-il, avait été compromis par Madame Irina Georgette.
La voyante, selon Georges Lefèvre avait vu quelque chose. Était-ce un rêve, une vision ou simplement une intuition aiguisée par des années d'observation ? Peu importe. Elle avait confronté Georgio et, ce dernier pris de panique, avait agi. Il avait concocté un poison à base de champignons toxiques collectés dans la forêt Saint-Georges, un savoir hérité de tradition obscure, et l'avait administré à la voyante, scellant ainsi son destin.
Maigret, en silence, observait Lefèvre. Était-il simplement un témoin ou jouait-il un rôle plus actif dans cette tragédie ? Le commissaire savait que chaque mot, chaque geste, pouvait révéler une vérité cachée. Il se leva lentement, ajusta son imperméable et déclara d'une voix grave :
- Nous allons parler à Georgio. Et cette fois, il n'y aura pas d'échappatoire ."
☆☆☆
Sous les étoiles vaillantes de la nuit foraine, alors que les lumières des attractions s'éteignaient une à une, Georgio, avec une agilité insoupçonnée, s'était faufilé sur le toit d'un vieux camion. Recroquevillé contre les bâches et dissimulé parmi les ombres mouvantes, il écoutait les échos lointains des voix des forces de l'ordre.
Maigret, quant à lui, à l'écart de l'agitation, sentait un poids s'installer. Quelque chose lui échappait. Les recherches se poursuivaient sous les camions, dans chaque recoin, chaque ombre suspecte... Mais personne n'avait pensé à lever les yeux ... !
Lorsque le silence nocturne prit possession de la fête foraine, Georgio profita de l'obscurité pour glisser furtivement depuis son perchoir. Pieds nus et le souffle coupé, il dévala les petites routes désertes, emportant avec lui un secret trop lourd pour être révélé.
Au petit matin, alors que Maigret sirotait un énième café au bistrot Le bon Georges, un gendarme vint annoncé que Georgio avait disparu. Le commissaire Maigret resta silencieux, fixant son café. Il savait que Georgio ne pourrait pas fuir éternellement. L'ombre de son acte le rattraperait un jour.
Et maintenant, tout un mystère subsistait : Où Georgio trouverait-il refuge, et quel nouveau rebondissement cette affaire pouvait-elle encore réserver ?
Le commissaire Maigret resta immobile un long moment, contemplant la piste désormais froide que Georgio avait laissé derrière lui. Les forces de l'ordre déambulaient encore dans la fête foraine, visiblement frustrées de ne pas avoir mis la main sur leur suspect. Pourtant, dans l'esprit de Maigret, une certitude s'était ancrée : il reverrait Georgio.
Il ralluma sa pipe, le regard perdu dans les lueurs mourantes des lampions. Ce jeune homme à la fois fragile et imprévisible, porté par une vie marquée par le rejet, était bien plus complexe qu'un simple criminel en fuite. Son instinct lui soufflait que cet échappé ne trouverait jamais de paix, qu'il resterait à la fois le chasseur et le chassé. Et lui, Maigret, savait qu'un jour leurs chemins se croiseraient à nouveau.
- La justice est patiente ", murmura-t-il pour lui-même, en serrant son imperméable contre le vent froid de la nuit. Lentement, il quitta les lieux, son esprit déjà absorbé par les questions sans réponse laissées dans son sillage.
Mais la vie, capricieuse, réservait à Maigret une surprise. Une nouvelle affaire à Saint-Georges-sur-Baulche près d'Auxerre en région de Bourgogne-Franche-Comté, viendrait bientôt raviver le spectre de cette nuit foraine. Et lorsque ce jour arriverait, le commissaire Maigret se tiendrait prêt.
Nouvelle inspirée de l'univers de Georges Simenon, en hommage à ce grand écrivain.
Aujourd’hui nous faisons se croiser la peinture « métaphysique » de Giorgio De Chirico et la poésie de Francis Ponge.
Les tableaux de cette période du peintre italien ont été peints entre 1911 et 1918 et ont beaucoup inspiré les peintres surréalistes. On retrouve sur ces « places d’Italie » qui sont tout sauf des décors de théâtre des éléments de la vie quotidienne (statues, gants, légumes, équerres, trains, mannequins, etc.) placés dans une atmosphère mystérieuse ou onirique.
« Dans son recueil « Le Parti pris des choses », Francis Ponge décrit lui aussi, en prose des « choses », des éléments du quotidien, délibérément choisis pour leur apparente banalité. L'objectif de ce recueil est de rendre compte des objets de la manière la plus précise possible en exprimant les qualités physiques du mot. Plus simplement, il veut rendre compte de la beauté des objets du quotidien. »
A vous de jouer pour nous évoquer, un par un, ce que l’on voit sur les tableaux de Giorgio De Chirico :
Le champ est libre : vous pouvez faire parler les objets, dire pourquoi vous n’aimez pas les bananes, nous faire voyager dans une locomotive à vapeur, lister les endroits où on trouve des arcades, etc.
Hé toi, tu me connais déjà !
Moi, si petit et qui t’infiltre
Qui tombe les jeunes comme les vieux
Comme Corona, comme corps aux noms
Comme Wenliang, comme qui mieux mieux
– Cavalier de l’Apocalypse –
Je te ferai voir bien trop d’éclipses
Oui, envoie-moi donc tous tes philtres
Et tous tes doutes, tous tes sermons
Je viens leur mettre le pied à l’étrier
M’assurer qu’ils s’en lavent les mains
Qu’ils recommencent à m’éclater
Pandémies ! Ce sera pire demain
Hé toi ! tu sais bien qui je suis. Oh, oui
Ton doute, c’est mon Jeu de la Vie …
Lothar
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« On cherche à nous couvrir de poux, de larves, de chenilles. On a peuplé l’air de microbes (Pasteur). Il y a maintenant dans l’eau pure à boire et à manger. »
La Mort à vivre, Francis Ponge
Giorgio de Chirico – Il Ritorno di Ebdomero, 1968
Nous vivons dans une grande soupe, c’est pourquoi, parfois il faut se laver les mains, porter son masque, bien, et/ou aller au vaccin.