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L'Atelier d'écriture de Villejean

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1 avril 2025

Carnaval, Mardi-gras, Mi-Carême / Jean-Paul

 

 

 

Il ne faudrait pas croire mais c’est une affaire très compliquée de préparer un carnaval !

 

Bien sûr les plus cossards se collent un loup en tissu sur les yeux et considèrent qu’ils sont déguisés. Quel comique tu fais, Corentin ! On te reconnaît à ta calvitie ! Et puis arrête de balancer des confettis, c’est interdit désormais. C’est toi qui balaies le caniveau après ?

 

Caroline a demandé à sa copine Coralie de lui confectionner des couettes comme en porte la chanteuse Sheila. Elle attendait un courrier de son copain Jean-Baptiste qui devait lui confirmer sa venue au mardi-gras mais rien n’est venu.

 

Le plus compliqué pour Calixte n’a pas a été d’enfiler son crâne dans la grosse tête en carton-pâte. C’est maintenant qu’il faut faire preuve de self-contrôle. La sphère est lourde, elle brinquebale et derrière la grille noire qui occulte la bouche on a carrément l’impression de coltiner sa peine à un enterrement de première classe et de suivre en cahotant le corbillard de nos grands-pères avec les yeux tout embués de larmes, comme si on se trouvait sous la voilette de la Veuve Clicquot.

 

Il y a un clown – ou un crétin cruel, comme on voudra – qui a trouvé fendard de coller un masque sur le museau du clébard Kiki ! Pauvre cabot ! Vous l’auriez vu cavalcader et se cogner partout en hurlant « Kaï ! Kai ! Kaï ! » ! Une dame déguisée en Bianca Castafiore en a eu pitié et a confisqué la pièce à conviction. Les Dupont et Dupond de la SPA n’ont plus qu’à prélever l’ADN et relever les empreintes digitales pour que soit condamné le coupable.

 

Ca semble cafouiller pas mal sous le gros personnage à nœud papillon ! Ils sont trois là-dessous qui se filent des coups de coudes et vont passer au crochet du gauche ou au canardage à la carabine si ça continue ! Celui qu’il faudrait castagner, en fait, c’est le concepteur du costume qui a oublié de combiner un système de périscope pour ce « bathyscaphe ambulant », comme dirait le discourtois capitaine Haddock.

 

Ça y est ! C’est parti ! La première batucada s’élance ! Bientôt les autres groupes crapahutent à sa suite, lui courent après, faisant tourner cottes, cotillons et caracos des danseuses au rythme des musiciens qui tapent sur des caisses claires, des congas, soufflent dans des conques marines où dans quelques clarinettes.

 

Tout le long du parcours des clampins armés de caméscopes capturent les sourires coquins des jeunes et jolies Caribéennes qui caracolent en ondulant de la croupe et des hanches.

 

C’est un genre de Bal des quat’z’arts qui a fait les choses comme il faut, comme l’a chanté autrefois l’oncle Georges.

 

Tous les ans le défilé nous revient, preuve que l’Histoire n’est pas finie et qu’il reste encore quelques fadas tout à fait prêts, ne serait-ce que le temps d’une après-midi, à mettre cul par dessus tête ce monde qui le mérite bien !

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1 avril 2025

Entre hier et aujourd'hui / Marie Sylvie

 

 

 

 

MOSAÏQUE DES MARCHANDES DE FRUITS 


En 1964, la marchande de fruits, habillée d'un marcel, tenait son marché sur une petite place avec son marchandage mémorable et des melons soigneusement exposés. Les clients, monnaie à la main, profitaient de son métier en plein air où l'odeur des mirabelles flottait dans l'atmosphère matinale. 

 

Aujourd'hui,  la marchande moderne reste souvent dans un magasin climatisé ou derrière son stand aux marchés bio du Dimanche. Elle utilise des machines pour peser ses fruits, propose des mangues et des myrtilles exotiques  tout en marquant ses prix sur des marqueurs électroniques. Avec son sourire marketing,  elle met en avant des produits sans mauvais pesticides et propose même des paniers pour des menus santé.

 

De la modestie des débuts à la modernité d'aujourd'hui, la marchande de fruits a suivi les mutations du temps.

 

Entre le manuel d'autrefois et l'automatisation moderne, son mérite reste intact : nourrir nos appétits avec des produits délicieux et soigneusement sélectionnés. 

 

***

 


SAGA DE LA SÉCURITÉ 

 

En 1964, les gendarmes se contentaient de sifflet et de sentiers pour surveiller la signalisation. Aujourd'hui, en 2025, leurs SUV  ultra-modernes abritent des super-radars capables de repérer des chauffards en un scintillement.

 

Leurs sanctions étaient simples et souvent écrites sur des souches de papier. Aujourd'hui, elles sont scannées et envoyées par systèmes automatiques. À l'époque, les conducteurs sans ceinture roulaient sans se soucier de leur sécurité. Désormais, porter une sangle solide reste une sagesse imposée. 

 

La chasse aux substances douteuses est aussi plus stricte, avec des contrôles sanguins et des tests salivaires. Les courses des soirées sauvages ? Elles sont stoppées grâce aux satellites et aux smartphones qui jouent un rôle essentiel dans la sensibilisation de la sécurité routière. 

 

De 1964 à aujourd'hui,  quelle saga ! 

 

Les gendarmes sont passés de soldats des routes à véritables surveillants sophistiqués. 

25 mars 2025

Consigne d'écriture AEV 2425-23 du 25 mars 2025 : Meubler la conversation

 

Meubler la conversation

 

 

Voici une liste de noms de meubles :

 

argentier - armoire à glace - assise - balancelle - banc - banquette - barbière - berceuse - bergère - bibliothèque - bonheur-du-jour - bonnetière - borne - boudeuse - buffet - bureau - cabinet vendéen - canapé - caquetoire - casse d’imprimerie - casserolier - cathèdre - causeuse - cave - ceinture - chaise - chaise longue – chaise percée - chancelière - chapelière - chauffeuse - chesterfield - chevet - chiffonnier - chiffonnière - chilienne - chippendale - clic-clac - coiffeuse - commode - confident - confortable - console - conversation - convertible - couche - crapaud - dagobert - desserte - divan - dormeuse - dressing - duchesse - écritoire - encoignure - enfilade - épi - escabeau - établi - étagère - fauteuil - fumeuse - galerie - garde-manger - garde-robe - glacière - guéridon - guichet - homme-debout - huche - indiscret - jardinière - lingère - liseuse - lit - lit à baldaquin - lit-clos - loveuse - mange-debout - manteau de cheminée - marquise - méridienne - mezzanine - moine - montauban - orphée - pelle-à-cul - penderie - placard - poire - porte-revue - potière - poudreuse - pouf - prie-Dieu - psyché - pupitre - récamier - rocking-chair - rothschild - secrétaire - siège - sofa - strapontin - table - table basse - tablier - tabouret - théâtre - travailleuse - trémoussoir - trône - vaisselier - voltaire - voyelle – voyeuse

 

 

Au choix, ou successivement si vous écrivez court,

 

- Parlez-nous d’un meuble auquel vous êtes attaché·e (ou que vous détestez) ;

 

- En utilisant les mots de la liste qui ont un autre sens, imaginez une situation ou un dialogue dans lequel il n’est jamais question de meubles ;

 

- Racontez de façon farfelue, ce que peut être un Orphée, une pelle à cul, une poire, une poudreuse, un Rothschild… ;

 

- Écrivez un poème « à la Francis Ponge » pour décrire un des meubles de la liste ;

 

- Placez au moins six de ces mots dans un monologue ou un dialogue ayant pour objet de « meubler la conversation ».

25 mars 2025

Première rencontre / Adrienne

 

 

Dès leur première rencontre, elle avait été charmée par son humour :

 

– Je suis le grand argentier, avait-il dit en se présentant.

 

Il préférait ce mot à celui de trésorier, puisque l’ASBL ne possédait pas de trésor, tout au plus un peu d’argent.

 

Lui était une véritable armoire à glace et elle une gamine à peine grandie, assise sur un banc comme sur une balancelle, chantonnant une berceuse dans laquelle les princes épousent des bergères, avec toute cette versatilité de l’enfance, parfois boudeuse, parfois causeuse, pas toujours très commode.

 

Il devint vite son confident : elle venait le trouver dans son bureau, à la bibliothèque où il travaillait, prenait place sur une banquette comme d’autres sur le divan du psychiatre, et la conversation se déroulait dans une ambiance confortable pour tous les deux.

 

Elle savait que jamais il ne serait indiscret. Elle avait en lui une confiance sans bornes et déversait ses petits bonheurs-du-jour comme ses commérages glanés chez la coiffeuse où elle était stagiaire.

 

Lui, bonne poire, qui vivait reclus comme un moine pénitent, avait en l’écoutant cet air béat qu’on peut voir sur certains visages du public au théâtre, quand l’amant sort du placard ou quand le malade imaginaire est assis sur sa chaise percée : ça console de tout.

25 mars 2025

Le Convertible / Lothar


Quel canapé convertible pour mon intérieur ? Importante question. En effet, je n’ai pas trop de place dans ma chambre. Alors, je viens de choisir un magnifique modèle avec tiroirs de rangements. Conçu pour s’intégrer parfaitement dans mon intérieur, il m’offre en plus la flexibilité dont j’ai besoin au quotidien. Il allie design et fonctionnalité pour rendre ma maison encore plus accueillante. On vient de me le livrer. Vivement ce soir. C’est le pied … quoi.

 


Dans ma baraque

Pied de nez, pied de lit, mes rêves bien au chaud,
Je ne les ai point vus durant ces insomnies,
Aux cent diables Vauvert, aux mille gémonies,
C’est ici aussi vain qu’un vieux sommier à eau.

 

Petits pois de Princesse et lattes sans écho,
Comptages de moutons aux laines dégarnies
N’apportent que fureurs, colères démunies
Sur tous ces cauchemars planqués sous mon cerveau.

 

Je n’arrive à dormir, c’est cela qui résonne !
Mes draps sont trop serrés, ils me bloquent toujours,
Tourne et tourne mon corps sous ma tête à rebours …

 

Tonne et tonne ma voix : Nom d’un petit bonhomme !
Houf… enfin je somnole… Alors que patatrac !
Là encore je gis ! Coincée sous mon clic-clac ! …

 

C’est vrai que depuis quelque temps ce convertible est attachant, il est même parfois difficile de s’en détacher. Une chose est sûre, je le déteste, je le conchie…
 

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25 mars 2025

Une Trentenaire qui déménage : le Journal de Bridget Jones / Jean-Paul

 

 

Je n’ai pas fait la queue dehors ni acheté un ticket au guichet du cinéma, à l’époque de sa sortie, en 2001. La comédie sentimentale britannique, ce n’est pas ma cup of tea, je ne pose pas cette boisson-là sur la table basse de mon séjour. Je joue d’ailleurs quelque peu les boudeuses, voire même les caves qui se rebiffent, devant ce qui est diffusé sur les écrans de cinoche depuis, mettons, l’année 2000.

 

Mais bon, comme on dit, je reste à l’écoute. Quand ma nièce préférée m’a avoué qu’elle avait trouvé son bonheur du jour dans ce film qui transpose de nos jours « Orgueil et préjugés » de Jane Austen, j’ai levé mon derrière de mon rocking-chair et j’ai regardé si je pouvais emprunter ce DVD à la Bibliothèque des Champs libres ou ailleurs dans Rennes. Eh bien macache ! Le DVD est toujours sorti, emprunté, réservé, sans doute parce que l’épisode 4 de la série vient de sortir sur les écrans.

 

J’ai laissé tomber. Je n’allais quand même pas faire le siège d’une resucée de ces romans-photos que lisaient autrefois nos mères en attendant leur tour chez le coiffeur ? A l’époque de mon enfance, le porte-revues de mon arrière grand-mère débordait de numéros de « Nous deux » et d’« Intimité du foyer ». J’y lisais pour ma part « Arthur et Zoé » ! Pour ça on a fait d’énormes progrès avec la liseuse : personne ne sait ce que vous lisez !

 

Et puis le hasard a voulu que j’aille ce dimanche à la braderie de l’APF à la Halle Martenot. J’ai refarfouillé dans les CD et dévédés et là Dame Bridget me tendait les bras en même temps qu’une vue plongeante dans son décolleté.

 

On a regardé ça hier soir et on a bien ri. Bridget Jones est une trentenaire anglaise dont la situation est confortable sans l’être vraiment. Elle travaille dans un bureau, chez un éditeur, ce qui constitue déjà une bonne assise, mais côté âme sœur, comme on le dit vulgairement, « elle fait banquette » plutôt que banquet. La bergère est peut-être bien une excellente « loveuse » mais aucun Orphée n’est venu lui proposer un trône pour qu’elle devienne sa reine et du coup Eurydice est un peu perdue pour le Glück – ça veut dire bonheur en allemand -.

 

Il y a bien son patron qui lui fait du gringue, qui épate la galerie, lui retire ses bas Chesterfield et finit par lui dévaster sa jardinière mais l’idylle s’avère fumeuse et la voilà qui fait ceinture de nouveau devant le buffet vide après avoir choqué Salman Rushdie au milieu des mange-debout au cocktail de lancement de « La Moto de Kafka » [sic]. Dommage pour elle, l’éditeur en chef, c’était quand même Hugh Grant qui tenait le rôle !

 

Après c’est bien entendu retour au garde-manger, aux copines mariées, aux copains homos et adieu le régime ! On ressort la bouteille de vodka du placard ! Il faut bien qu’on se console et sur l’écritoire le journal intime qui donne son titre au film devient le confident, le discret indiscret à qui la causeuse, comme au caquetoire, balancelle en pleine poire tout ce qu’elle pense de l’avocat armoire à glace qui, bien entendu, elle ne le sait pas encore, est celui qui, comme Marguerite, fera son bonheur et lui donnera son coeur !

 

La scène où les deux prétendants se livrent à une bataille de chiffonniers pendant un repas d’anniversaire vaut dix et le finale dans la neige poudreuse où l’héroïne sortie en petite culotte à motifs peau de panthère bien choisie dans le dressing rattrape son Mark Darcy qui l’enveloppe de son manteau, l’embrasse et lui fait chanter« Aujourd’hui j’ai rencontré l’homme de ma vie » sur l’air de "Ain't No Mountain High Enough" de Diana Ross, si ce n’est pas du happy end, je veux bien être changé en moine bénédictin, en cabinet vendéen – R’tailleau ! R’tailleau ! R’tailleau ! – ou en canapé-lit de Roche et Bobois, les ébaubis du bout du banc !

 

Tout cela a bien sûr un faux air de « Tout va très bien Madame la marquise » parce qu’il faut bien prévoir une suite, n’est-ce pas, dès fois que ça plairait ! Sinon, franchement, pourquoi est-ce qu’on aurait inventé le mot « franchise » ?

 

Mais on s'amuse bien quand même ! Merci du tuyau, Céleste nièce !

 

25 mars 2025

Une Histoire à tomber de l'armoire ! / Maryvonne

 

 

Ce soir-là, quand j'arrivai au théâtre, tous les sièges étaient pris, même les strapontins. C'est alors que je vis, adossé au mur, un homme debout, taillé comme une armoire à glace mais quand il attaqua la conversation sa voix était comme une berceuse.

 

- Pourquoi Monsieur, vous tenez-vous dans une encoignure ?

 

- C'est que ces fauteuils sont inadaptés à ma corpulence. Il est rare que je trouve une bonne assise, tout ne me sied pas, les tabourets, les poufs, les bergères sont trop étroits pour moi.

 

Plus je le regardais avec son petit épi sur la tête, plus je me disais que ce gaillard-là j'en ferais bien mon confident et pourquoi pas mon bonheur du jour.

 

Je décidai de rester debout à son chevet, arborant une moue boudeuse puisque de toute façon il n'y avait plus de chaise libre.

 

Je soufflai « sotto voce » que dans cette situation je rêvais d'un bon divan ou d'un sofa voire d'un simple canapé. Je ne passai pas les bornes en parlant de lit cela aurait été grossier.

 

Soudain, à un moment, un spot éclaira dans l'angle de la salle un simple banc, pas forcément très confortable mais permettant de s’asseoir à deux en enfilade.

 

- Madame la Marquise, me dit gentiment mon nouvel ami, je vous propose de vous asseoir sur ce modeste trône.

 

Cependant ce coin retiré était une vraie glacière. Sans être indiscret il y eut un rapprochement dans le but de se réchauffer mutuellement.

 

Il m'arrive d'être un peu dormeuse au spectacle mais là tous mes sens étaient en éveil. Cependant, pas comme vous l'imaginez. Mon dos sans dossier me faisait mal, ma robe tablier ne me protégeait pas assez de la dureté du banc, mon ami avait les genoux sous le menton, ressemblant à un crapaud sur une boite d'allumettes. Tout cela n'était pas très commode.

 

Mais que venais-je faire dans cette galère ?

 

J'étais au théâtre, soit, mais je n'étais pas duchesse, ni marquise, ni Madame Rothschild, ni Madame Récamier.

 

Je ne suis qu'une pauvre fille sans fauteuil dans une salle de spectacle !

 

 

25 mars 2025

L’Armoire à glace / Marie-Thé

 

Chaque jour, avant de quitter sa maison,

postée devant son armoire à glace,

virevoltant, réajustant sa jupe,

changeant de chemisier,

elle aime répéter :

« Miroir, oh miroir fidèle,

dis-moi si je suis la plus belle ! ».

 

Elle a 20 ans,

elle est amoureuse,

elle chante en tourbillonnant

devant son armoire à glace,

puise dans sa garde-robe.

 

- Ma robe noire ?... trop foncée !

Ma bleue ?... trop sérieuse !

Ah, ma rouge, lumineuse, bien ajustée !

 

Le miroir lui renvoie l’image d’une jolie fille,

irrésistible, séduisante,

prête à faire la connaissance d’Augustin,

son nouveau collègue de travail.

 

 

***

 

Elle a 30 ans.

Elle a relégué ses petites robes dans la penderie.

 

- Un tailleur-pantalon,

avec un chemisier bien décolleté, bien coloré,

ça fait plus sérieux à mon âge !

 

Quelques kilos en trop ne l’empêchent pas

de tournoyer et virevolter

devant son armoire à glace en chantant :

"Miroir, oh miroir fidèle,

Dis-moi si je suis la plus belle !"

 

 

***

 

Elle a 40 ans,

elle se sent encore jeune,

mais Augustin ne jette plus sur elle

les mêmes regards coquins qu’auparavant.

Alors, elle remplit le tiroir de son armoire à glace

De dessous affriolants.

Le soir, assise sur un prie-Dieu,

elle enfile un porte-jarretelles,

des bas noirs et une nuisette,

puis, devant l’armoire à glace,

elle chante : « Augustin, oh Augustin mon ami fidèle,

dis-moi si je suis encore belle! ».

Mais Augustin, plongé dans un roman policier,

Ne l’entend pas et ne la regarde même pas.

 

 

***

 

A 50 ans, elle se met au régime.

Dans le garde-manger

il n’y a que des plats diététiques ou végétariens.

Le matin, elle tourne et danse

devant son armoire à glace en chantant :

« Miroir, oh miroir fidèle,

Dis-moi si je suis encore belle »

 

Ce jour-là, Augustin réagit :

- Bien sûr que tu es encore belle,

Mais moi j’ai faim depuis que tu fais du régime !

J’aimerais que le garde-manger soit mieux approvisionné !».

 

Tous les deux éclatent de rire

et se mettent à danser

devant l’armoire à glace.

 

***

 

Ah, si les miroirs pouvaient parler,

ils en auraient, des histoires à raconter !

25 mars 2025

Love me Marylou, foncièrement / Lothar

 

 

En imposer dru à sa Belle, en meublant quelque peu la conversation

 

Sur ton récamier si doux
Love me, please, Marylou
La fraîcheur de ton corps lové s‘appuie sur son toit
Sur moi

 

Mon porte-revues joli tuile notre amour, tu
Les vois, mes brochures en vacances
Mes redevances
Au travers, plastiques et élastiques
Dansant vainement en mille diamants
Sur les pages, dans l’écritoire, en avance
En retard

 

Mes dégrèvement suivent le cours du fleuve
Les prélèvements plafonnent comme le cri
Vénéneux, sur-taxé, intoxiqué de l’épeire
D’un soir, sur son étagère revenue

 

Tu vas poser des limites sur mes tableaux paysages
Sur les frontières de mes mites peu fières
Des limites d’assises pas en reste
Reparties loin au Bal des Laze
Peut-être s’effaceront-elles ?

 

Et tu pourras te frotter à l’ISF, à ton SDF
En pattes d’EF, around Tazieff ou Polnareff
Comme une poupée dans la Rue, qui contribue
Dans la Rue, qui dit oui, assise sur les pelles à cul
Tu renais. Ouais, beep, beep

 

Et ta voix s’essouffle : qui dit oui, qui dit non …
Holidays, oh holidays !
Et moi Johnny, je paie de ma peau
Locale tes opérations, tes cotisations
En fractions brutes de fonderies
Tes casses d’imprimerie
En lettres d’ors et d’argents

 

Orfèvrerie fiévreuse
Sur satin de chauffeuses

 

Dans la chambre vide
Ta tête sur mon épaule
Posée sur ma causeuse
Et tes mains s’imposent, sur mon cou
Sur mon compte en taux de taxe
Taxe auto, globale, et tu devances
Avances, redevances, références. Douce France.

 

On y pense

 

Pensive, tu bailles
Aux détails, alors good bye
Johnny, Johnny ? Mon porte-revues décroche
Marylou, dans le bronze du crépuscule
Plus de peps, déjà tu sommeilles
Abattement contre X
Mary, et ta voix, en fatigue peu commune, s’éteint :

 

Loup, loup …
Love me, please love me Marylou

 

 

 

 

25 mars 2025

Un Oubli majeur / Jean-Paul

 

- Si tu veux mon avis, la chanson n’a pas traité le mobilier de nos maisons aussi bien que ne l’a fait le théâtre. Souviens-toi de Molière et des « commodités de la conversation », des « Chaises » d’Eugène Ionesco, de « Duo sur canapé » de Marc Camoletti ! Il en a écrit combien, des pièces autour du jeu des trônes, Shakespeare ? Repense à tous ces amants que, depuis Georges Feydeau, on a enfermés dans un placard au moment où le mari rentre à l’improviste de son voyage à Montauban ! Comme équivalent dans la chanson, je ne vois guère que « Perrine était servante ».

 

« V’là M’sieur l’curé qu’arrive, V’là M’sieur l’curé qu’arrive

Cach’té donc dans la huche, Cach’té donc dans la huche ! »

 

Il y a bien un barbier de Séville au théâtre et un barbier de Belleville chez Serge Reggiani mais de barbière, aucune !

 

A l’arrière des berlines est-ce qu’elle a osé, Joséphine, avouer que sa petite entreprise ne connaissait pas la crise sur la banquette arrière de la tire à Baschung ?

 

Il y a aussi bien sûr les Amoureux des bancs publics de Georges Brassens mais il font piètre figure à côté de Raymond Souplex et Jeanne Sourza, sur le banc !

 

A part ça… ?

 

- Il y a aussi « Chez toi » de Thomas Fersen mais tu en oublies surtout une de toute beauté, dont le couplet patriotique est inoubliable.

 

- Ah oui ? Et c’est laquelle ?

 

- «Sur la commode » de Jeanne Aubert !

 

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