Il était une fois une princesse, nommée Margaux, enfermée dans la tour d'un château. Elle était si belle que son père voulait la soustraire à tous les regards masculins aussi concupiscents que cupides. Le château, situé en haut d'une montagne, dominait une forêt de conifères. Dans le fond de la vallée coulait une rivière. Le site était à la fois grandiose et bucolique. Le promeneur qui découvrait dans son écrin de verdure ce château de Belle au bois dormant ne pouvait soupçonner le drame qu'il abritait.
Dans les veines du prince-patriarche coulait le sens de l'autorité que lui avait naturellement transmis par don ADN son patriarche de père, et il en était ainsi depuis la nuit des temps. Évidemment les épouses des princes-patriarches étaient soigneusement choisies pour que ce système ancestral se perpétue. Elles avaient reçu une éducation adéquate et avaient intégré que c'était dans l'ordre des choses que le patriarche ait les pleins pouvoirs. Elles consentaient à la soumission en échange d'une douce vie princière, servies par de nombreuses domestiques qu'elles se plaisaient à soumettre en retour selon les règles qui régnaient au château.
La jeune princesse, alors dans sa quinzième année, observait silencieusement ces jeux de pouvoirs quelque peu contradictoires avec les vertus religieuses qui lui étaient enseignées. Son éducation évitait d'aborder les idéologies qui auraient pu la polluer en l'écartant de l'esprit de soumission.Ses journées étaient donc agrémentées de musique de chambre et elle avait appris à jouer de la harpe. Évidemment, elle savait broder à la perfection et son nouveau précepteur commençait à l' initier à la poésie.

Sieur Guillaume le Clerc, avait été recommandé par l'abbé Grégoire du monastère bénédictin voisin qui s'était porté garant de sa moralité. L'abbé Grégoire était au sens propre le père spirituel de Guillaume puisque, vingt ans auparavant, quand il était prieur, c'est lui qui avait trouvé devant la porte de l'abbaye, un nouveau-né enveloppé dans une couverture, et c'est lui qui avait su convaincre l'abbé Daniel de garder l'enfant au monastère. L'enfant nommé Guillaume, sut se faire aimer et montra de grandes dispositions pour le latin et les textes sacrés, mais aussi pour l'astronomie, la géométrie et la poésie.
Grâce à cette éducation au monastère et à la recommandation de l'abbé Grégoire, Guillaume avait bénéficié d'emblée de l'entière confiance du prince-patriarche, il voyait en lui un ange savant. Pourtant le précepteur observait l'ordre qui régnait au château et contenait sa colère intérieure. Son comportement soumis rassurait tout à fait le prince. Et puis la mère de la princesse veillait aussi à ce qu'il respecte la jeune fille et sur ce point l'attitude du jeune clerc était également sans faute. L'éveil artistique de Margaux ne suscitait aucune méfiance. Guillaume choisissait soigneusement ses textes poétiques et personne ne pouvait imaginer que, après les sonnets de Pierre de Ronsard et de Joachim du Bellay, il l'initiait aux poèmes subversifs de Clément Marot et de François Villon. Il avait encouragé la jeune princesse à elle-même écrire de la poésie et le soir, devant la cheminée, elle lisait à ses parents des vers parsemés de roses et de crépuscules.
Margaux, en bonne élève, apprit rapidement le latin, ce qui renforça sa complicité avec Guillaume. La lecture de textes anciens lui ouvrit l'esprit. La vie s 'écoulait ainsi paisiblement mais l'orage se préparait. La jeune fille qui savait très bien jouer l'innocence, entreprit de convaincre son père de lui offrir une monture pour se promener dans la forêt. Le clerc était aussi bon cavalier et c'est à cheval qu'il se rendait au château chaque matin. C'est naturellement qu'il se proposa d'accompagner la princesse dans ses promenades . Évidemment, une dame de cour, bonne écuyère les accompagnerait. Guillaume renseigna le prince sur un haras réputé sis à quelques lieues du château. La confiance régnait entre les deux hommes. Le cheval choisi était calme mais puissant. Margaux joua les niaises une fois de plus en demandant que sa monture fût déguisée en licorne rose. Le père céda en souriant à ce qu'il considéra comme un caprice de petite fille.
La saison des champignons arrivant, leur cueillette offrit un prétexte innocent aux promenades équestres. L'usage courant du latin, qu'eux seuls pratiquaient, permit à Guillaume et Margaux d'échanger facilement sur leur plan d'évasion. Le clerc savait observer les signes du ciel, et, un matin, il décela qu'un orage se préparait pour la soirée. Les bagages de la princesse avaient été acheminés, de jour en jour, dans une cahute de la forêt.
Ce jour de fin août, encore ensoleillé en début d'après midi, les trois cavaliers partirent à la cueillette des girolles. Vers seize heures la foudre tomba sur le château perché et un début d'incendie se déclara. Le prince patriarche s'agita, jurant et donnant des ordres contradictoires à ses domestiques. L'incendie mit du temps à être maîtrisé. La princesse-mère resta terrée dans sa chambre, en prière. Pendant ce temps, Guillaume et Margaux distancèrent très vite la dame de cour dont le cheval, effrayé par l'orage, ne cessait de ruer.

Ce soir là, la princesse dormit à l'entrée du village du précepteur, hébergée par une femme lettrée qui connaissait bien les plantes et qu'on appelait « la sorcière ». Elle était en sécurité. Une nouvelle vie commençait pour elle. Elle se sentait reine de son avenir.
Mots utilisés :
montagne foudre + orage ;
château balle + suicide ;
pieuvre école + bonhomme ;
léger licorne + princesse ;
reine champignons + girolles.