Le Locataire / Anne J.
Isidore est un locataire encombrant
mais heureux.
En ces temps de grève des éboueurs
il se gave de vos poubelles et autres déchets.
D’habitude, il se suffit de rares épluchures.
Isidore s'en moque du 49,3
et de l'âge du départ à la retraite
mais Isidore vote
pour la poursuite de la grève,
rat-dicalement.
Le Boucher / Dominique H.
Bernard, le boucher du village d'à coté, bien que célibataire, est très affable. Mais voici que des rumeurs commencent à courir à son sujet. En particulier, il serait déconseillé de consommer son plat du jour le mardi, un « lapin chasseur » pourtant labellisé « bio et sans additifs », délicieux de surcroît et digne d'un restaurant étoilé.
Yann, le pharmacien, qui va souvent aux champignons pour des raisons professionnelles, déclare avoir aperçu le boucher en forêt, déguisé en diable cornu, ganté de noir et armé d'un grand coutelas. Ce jour-là, plus intrigué qu'effrayé, Yann se mit à l'affût pour observer l' hurluberlu. D'après Yann, le boucher tendrait des collets et égorgerait les lapins piégés selon un rituel sadique. Ainsi il trancherait d'abord la gorge de l'animal puis tout ce qui dépasse, en commençant par les pattes et la queue, pour finir par les oreilles. Il fourrerait ensuite la bête amputée et ensanglantée dans un sac à dos étanche.
Mais le massacre ne s'arrêterait pas là. Lui succéderait une autre cérémonie satanique. Le boucher se saisirait alors à pleine main de la tête du feu-lapin, introduirait délicatement la pointe d'un bistouri successivement dans chaque orbite pour en retirer, selon un geste circulaire et chirurgical, les deux globes oculaires qu'il déposerait précautionneusement dans un bocal de verre contenant un liquide transparent. Il revisserait soigneusement le bocal avant de le ranger sous un torchon dans un panier en osier. Yann raconte aussi que dans l'arrière boutique du boucher, sur une étagère, il y aurait une rangée de bocaux des plus étranges . Il seraient remplis d'une solution de formol, colorée de fluorescéine que Yann aurait vendue au boucher.
Dans ce liquide fluorescent brilleraient, bien conservées, des dizaines d'yeux de lapin au regard fixe. Toujours d'après Yann, Bernard serait fétichiste des yeux de lapin.

Image empruntée ici où l'on apprend à satisfaire Bernard sans tuer d'animaux !
Le Dernier wagon / Jean-Paul
Il leur avait semblé bizarre, au capitaine et au journaliste, que le dernier wagon du train fût carrément désert. Cela leur fit un choc aussi, après l'ascension d'un méchant raidillon dans cette montagne d'Amérique du Sud par le tortillard, d'entendre un claquement et de sentir que le wagon repartait dans l'autre sens. Le journaliste a culottes de golf partit vérifier, suivi du capitaine barbu. On avait bien détaché le wagon du convoi. Il s'avéra que le frein de sécurité avait été saboté lui aussi ! Le capitaine sauta du train sur l’injonction de Tintin mais quand celui-ci voulut le suivre le wagon avait pris trop de vitesse. Dans cet univers là qui était la réalité le viaduc au-dessus de la rivière où il eût pu plonger n'existait pas. C'est ainsi que le jeune bruxellois à houppette termina sa vie dans un wagon fracassé.
- C'est dommage ! J'aimais bien lire ses aventures ! commenta Milou en lisant la rubrique des journalistes écrasés dans « Le Petit vingtième ».
L’Évadée / Jean-Paul
Il est arrivé au siècle dernier, dans un musée de province, une singulière aventure. Une jeune personne dont le portrait avait été peint en 1838 est sortie de son tableau !
Elle s'en est trouvée la première surprise. Elle a secoué ses membres engourdis et épousseté sa robe rose. Puis elle est sortie du musée par la grande porte, en la traversant !
Dehors, c'était l'avant jour : personne dans les rues de Rennes, juste les premiers bus de la STAR qui se mettent à circuler. Elle a marché dans cette ville qu'elle ne connaissait pas, a traversé la place de la Mairie, a poussé jusqu'à la cathédrale et elle s'est retrouvée dans la petite rue de Dinan qui est parallèle au canal d’Ille-et-Rance. Là un gros homme portant bretelles et chapeau ouvrait les volets d'un café dont le nom était « Au vieux Saint-Étienne ». Il l'a regardée et lui a dit : « Entre ici, Isaure Chassériau ! Ça fait une paye qu'on t’ attendait !".
C'est ainsi que la jeune fille apprit son âge véritable, 179 ans, et qu’elle fit la connaissance de son oncle Camille.
L'Écriteau / Jean-Paul
Ce n'est pas histoire de prendre sa défense, loin de là ! Je suis le premier à admettre qu'il ne faut pas frapper une fleur même avec une femme. Oui, oui, vous avez raison, c'est l'inverse, une femme avec une fleur. Et lui il avait bien tort de conserver ses épouses découpées en morceaux dans le congélateur. Mais quand même ! Quand j'ai vu cet écriteau chez Bernard, le boucher du village, « Viande de Barbe-bleue pour barbecue en promotion », je me suis dit que Sandrine Rousseau et ses copines, avec le rétablissement de la peine de mort, de l'anthropophagie et leurs stages obligatoires de maniement des brochettes, elles allaient un peu loin tout de même !

Tableau d'un suiveur de Cristoforo Allori. Image empruntée ici
Le Miroir / Jean-Paul
Il y a une explication à tout. Enfin, je crois.
Au-delà d'un certain âge, quand vous vous regardez dans le miroir vous apercevez une image de vous qui ne correspond plus à votre réalité : vous avez des traits plus jeunes, des lunettes cerclées, bien plus de cheveux sur le haut du crâne. Ce n'est pas que vous souffriez de nostalgie de votre jeunesse ou que vous refusiez de voir les marques du vieillissement, c'est juste qu'on vous a vendu un miroir intelligent. Même si cela ne correspond pas à votre désir profond, de jour en jour, votre reflet rajeunit dans la glace.
Plus je profite de ma retraite en faisant enfin, de temps en temps, une grasse matinée bien méritée et plus dans le miroir mon visage devient celui d'un homme dynamique, actif, jeune. Ces plaisanteries de la machine m'amusent un peu, me surprennent toujours mais quand j'ai reçu ce matin les papiers m'intimant l'ordre de partir à la guerre j'ai compris que je m'étais fait avoir quelque part.
(Â MaxPPP / Annie Viannet/MAXP)






