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L'Atelier d'écriture de Villejean

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24 mars 2020

Le régime "Comme j'aime" / Raymonde

Message de Monsieur Arnaquetti de COMME J'AIME (les prendre pour des cons ......finement !)


Chers amis ,
En cette période difficile, déprimante, laissez vous porter, guider, accompagner, chouchouter !
Aie confiance, sois tranquille, je suis là : Ksss ! Ksss !

OFFRE EXCEPTIONNELLE !

Première semaine gratuite et pour vous remonter le moral nous avons fait appel à nos chefs régionaux :
Notre chef breton Kergavotte
Notre chef bourguignon Cocovain
Notre chef alsacien Flamecruche
Notre chef du Sud Cagolette
Et bien d'autres ...

Chaque jour une entrée, un plat, fromages et dessert, midi et soir.

Exemples de menus équilibrés :

Jour 1

Entrée : rillettes et sa tartine de saindoux (possibilité 2 tartines) 
Plat : gras double
Fromages
Dessert : kouign Amann

Le soir (plus léger) :
Velouté de châtaignes noix et patates avec sa touche de crème fraîche ;
Tranches de lard et ses pommes frites ;
Mille feuilles chantilly crème au beurre.


Jour 2

Tarte au maroilles
Cassoulet
Fromages
Gâteau basque

Possibilité de prendre un fruit au goûter


Soupe au lard
Flammeküche aux 3, non 4, fromages
Crêpes fourrées à la crème de marron (4 par personne)
Tisane en option


Jour 3


Assortiment de charcuterie avec tartine(s) de beurre ;
Coq au vin avec beaucoup de vin ;
Fromages ;
Brioche fourrée à la pâte d amande et aux fruits confits.


Chaque jour vous découvrirez avec ravissement votre coffret repas !
On vous offre une plaquette de beurre de 500 g. en sus et j'allais omettre de préciser une bouteille de rouge, une bouteille de blanc par personne.

Au terme de cette semaine, si vous constatez une prise de poids (hypothétique), vous trouverez le 7ème jour un formulaire d'abonnement de deux mois minimum que vous devrez régler d'avance.

 
Notre souci permanent est de préserver votre santé et votre moral

Bien à vous

 

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24 mars 2020

Recluse / Marie-Thé

Dans la maison imprégnée de silence,
je regarde par la fenêtre
ce matin de printemps,
le prunier, le cognassier, le poirier,
fleuris,
véritable décor à ciel ouvert,
imaginant les fruits juteux
mûris dans quelques semaines,
les confitures colorées
qui décoreront mes étagères.

AEV 1920-23 marie-Thé confitures


Confinée,
C’est quand même pas la fin des haricots !
S’occuper, cuisiner, se régaler,
Respirer des effluves de rôti aux petits oignons,
J’en ai l’eau à la bouche !
A midi pile les carottes sont cuites,
Je sucre les fraises.

Petite sieste :
Rêver de s’enfuir à la mer, à la montagne,
Qu’importe, s’échapper…

Je me réveille,
refrène mes envies d’évasion,
remplis une attestation
et sors de chez moi.

Par-dessus la clôture
Je taille une bavette avec le voisin
et je m’en vais… autour du pâté de maison.

Soirée :
Informations - Coronavirus – Confinement –
Fragilité de la vie
Combien de temps ?
Combien de temps encore avant de gagner la guerre ?

La nuit s’installe :
Je repense à cette journée de recluse,
Aux jours passés et à venir :
Tous pareils ?

Non, demain je cuisinerais un baba au rhum !
Je commence déjà à rêver. 

24 mars 2020

La Mousse au chocolat / Marie-France

Hier c'était « Spaghettis bolognaise ». Quand je dis hier, c'était il y a bien longtemps, du temps où nous étions 9 à table, matin, midi et soir.

A l'époque où, le matin, on se dépêchait pour aller à l'école, au bureau, aux activités. Le jeudi, jour de repos des enfants, c'était leur repas préféré, concocté aux petits oignons et englouti en deux temps, trois mouvements.

Hier 24 mars 2020, je taillais une bavette avec ma voisine de balcon et nous parlions popote. Avec ce virus minus qui nous fait pédaler dans la choucroute à défaut d'un bon tour de vélo sur le canal, on ne sait trop quoi cuisiner. On opte ce jour-là pour une bonne mousse au chocolat. Ce sera sans œuf car je n'en ai plus et sans beurre pour garder la ligne. Je ne vais toute de même pas remplir une attestation pour un œuf ? Je serais bien tentée cependant, mais soyons raisonnables !

Cette recette je la tiens de Cyril Lignac, samedi soir en direct à la télé, je l'ai regardé faire, j'ai noté et je me décide à l'exécuter :

- Tout d'abord réunir tous les ingrédients : 140 grs de chocolat noir, 40 grs de chocolat au lait, 150 grs de lait, 290 grs de crème fraîche, 75 grs de cacahuètes (eau et sucre pour le caramel + 1 peu de vanille).

- 1ère étape : couper le chocolat en petits morceaux, ajouter le lait chaud, bien émulsionner et mettre au frais ;

- 2ème étape : après avoir fait refroidir la crème dans un récipient, la fouetter en chantilly, puis la mettre au froid de nouveau ;

- 3ème étape : faire un caramel avec l'eau le sucre, la vanille et une pointe de fleur de sel ; quand le caramel est bien pris y ajouter les cacahuètes, bien les enrober et laisser refroidir à température ambiante ;

- 4ème étape : mélanger le chocolat et la crème en soulevant délicatement les deux appareils.

Mettre dans un joli plat et de nouveau au froid.

Au moment de servir il suffira de décorer avec les cacahuètes.

AEV 1920-23 Marie-France mousse-au-chocolat

Deux heures plus tard je dévorais des yeux ma réalisation.

Seulement voilà, je ne vais pas vous raconter des salades : ma mousse au chocolat était « ratée », elle n'avait pas pris.

Je l'avais dans le baba, je venais de faire chou blanc ! C'est quand même fort de café, rater une recette aussi simple. Mais je ne vais pas me laisser abattre et faire la fine bouche.

A la guerre, comme à la guerre !

24 mars 2020

W comme wafel ! / Adrienne

AEV 1920-23 Adrienne gaufresDans la grande famille du grand-père maternel, celle où grand-mère Adrienne est entrée par son mariage - elle qui était fille unique - il n'y avait qu'une seule bonne recette de gaufres, détenue par une seule personne: la Mater Familias, Marie-Angélie.

Seules deux de ses belles-filles ont réussi à devenir les dépositaires de la fameuse recette - et vous imaginez avec quelles papilles critiques leurs gaufres étaient goûtées et évaluées à l'échelle de celles de la Mamma, jamais égalées, évidemment, toujours approchant, toujours manquant ce petit je ne sais quoi...

Gaufre, en néerlandais wafel, dans le dialecte de grand-mère Adrienne, woefo.

Mais quand elle disait "kgoe a ne woefo geiven!" ("je vais te donner une gaufre", c'est-à-dire une baffe) il fallait se tenir à carreaux.

Même si elle ne mettait jamais sa menace à exécution - elle était bonne comme le bon pain - le menacé savait qu'il ne devait pas lui courir sur le haricot, que la coupe était pleine.

 

 

24 mars 2020

Le Hareng à la japonaise / Jean-Paul

Léon le pêcheur 01 réduit

A la maison, en ce temps-là, il n’y avait que le grand-père pour manger du poisson.

C’est peut-être parce qu’il était lui-même un grand pêcheur devant l’éternel. A revoir les albums et les boîtes de photos que j’ai récupérés récemment on pourrait croire qu’il a passé sa vie à accrocher des vers au bout de son hameçon, à monter des lignes avec des petits plombs, à amorcer, à surveiller son bouchon, à se faire photographier avec de jolies prises.

C’est peut-être cela, le secret du bonheur : être pêcheur au bord de l’eau.

Tout ça pour dire que Maman, qui faisait les courses des deux familles, s’arrêtait parfois « au Saumon d’or », chez Jules Turbiez, le poissonnier de la grand’rue, et qu’elle ramenait des rollmops ou des harengs saurs qu’on appelait des saurets. Je n’ai pas souvenir qu’elle ou grand-mère aient jamais cuisiné du cabillaud, du thon, du lieu ou du sabre comme je le fais très souvent maintenant. 

Poissonnerie Jules Turbiez 
Photo d'un "mariach' à sabots" extraite du calendrier 2017 de la ville de L.

Alors vous pensez bien, le hareng à la japonaise, ça a été un grand moment de drôlerie dans notre histoire commune !

C’était en 1980, à Cracovie, je crois. Il nous avait emmenés, ma grand-mère, mon frère et moi, passer des vacances en Pologne et en Tchécoslovaquie où il avait des connaissances et des points de chute pour le logement.

Vous-ai-je déjà dit qu'il était un espion du KGB ? Oui, je l'ai dit et ceci explique cela.

Ce jour-là, on était entrés, tous les quatre, sans accompagnateur autochtone, dans un restaurant.

On a regardé la liste des plats sur le menu mais tout était écrit en polonais et uniquement en polonais. Pour demander des explications en allemand ou en russe, les deux langues dans lesquelles, avant même d’être devenu Breton, je pouvais baragouiner quelque peu, c’était compliqué : les Polonais, pour des raisons d’envahissements intempestifs de leur territoire que l’on sait, détestent entendre le sabir de leurs voisins de droite comme de gauche. Tout ce qu’on savait c’est que les knedliky, ces boulettes de farine qu’on vous servait trempées dans une espèce de soupe, c’était pas top.

Alors on s’est lancés au hasard et moi, comme entrée, j’ai pris « Śledź po japońsku ». C’était d’autant plus gonflé qu’à l’époque on avait encore moins idée de ce que pouvait être la cuisine japonaise mais on ne se faisait pas de sushi pour si peu. On verrait bien !

Eh bien figurez-vous que c’est très bon, « Śledź po japońsku » ! C’est du hareng fumé mélangé avec des pommes, des cornichons et de la crème fraîche !J’ai fait goûter le plat à mon grand-père. Tout le restant de sa vie il a regretté de ne pas avoir fait le même choix que moi !

Finalement, la cuisine, c’est comme le jeu d’échecs ! Ce n’est pas vous qui gagnez, c’est l’autre qui fait le premier une erreur dans son choix !

En voici la recette qui est devenu un plat traditionnel de la maison Krapov :

Vous prenez un paquet de filets de harengs fumés doux. Vous les passez sous le robinet histoire de les dessaler un peu, même si, en argot, le hareng est toujours dessalé.
Vous coupez les filets en morceaux d’un centimètres.
Vous les mettez dans un grand saladier.
Vous épluchez un oignon et le coupez en fines lamelles.
Vous ajoutez trois ou quatre petits cornichons coupés en tronçons.
Puis deux cuillères à café de câpres.
Un piment de Cayenne séché que vous découpez très (con)finement.
Puis trois pommes fruit que vous pelez, épépinez et coupez en demi-quartiers.
Vous versez là-dessus deux cuillères à café de jus de citron, une cuillère d’huile d'olive, du poivre et un pot de dix centilitres de crème fraîche.
Vous mélangez et servez frais.

Bon appétit !

Pardon : Smacznego !

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24 mars 2020

Camarades ! / Maryvonne

               Mes chers camarades de l'atelier de Villejean,

Là où l'on cuisine les mots à la sauce sourire, ce soir j'en ai gros sur la patate car nous voilà bons comme la romaine pour enfiler plusieurs semaines de confinement. Je suis triste comme un jour sans pain de ne plus échanger avec vous tous. C'est la raison pour laquelle (expression que les politiques nous servent à toutes les sauces) je viens tailler une bavette avec vous. Elle ne sera sans doute pas aux petits oignons car votre présence autour de la table est l’ingrédient qui fait monter la mayonnaise chaque mardi soir. C'est donc seule que je me jette à l'eau du court bouillon.

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Même si ça commence à nous courir sur le haricot il faut faire avec cette situation dramatique. Chacun réagit avec son tempérament mais aussi avec son estomac. Chez nous ne parlons pas de jeûne s'il vous plaît, c'est un mot que l'on a glissé sous la planche à découper depuis longtemps. Au contraire, avec tout le temps qui m'est imparti, j'ai sorti mon cul de poule et je joue les maîtres-queux pour ne pas déprimer. J'vous raconte pas mais je raconte quand même les petits plats qui mijotent ici. En plus on se fait des apéros « wattsapp » avec nos copains ». Mon mari, ce grand dépendeur d'andouille, accepte de manger à chaque repas à mon restaurant. C'est une victime, le pauvre chou.

Il en découle des sacrifices : ça exige, entre autres, une discipline de fer côté sport. Je suis devenue experte de la montée et descente de l'escalier un certain nombre de fois à la suite. Il faut cependant ne pas être beurré comme un petit lu. La première fois j'ai raté la deuxième marche, la tuile ! Ca risquait de ruiner ma carrière de sportive de haut niveau. J'ai bien failli l'avoir dans le baba ! Je compte bien à la fin du confinement être sur la première marche du podium et brandir les lauriers en plus de la médaille en nougatine. Je fais aussi des mouvements pour garder de la souplesse. Lever de coude, saut de carpe, abdominaux pour garder mes tablettes de chocolat (fondues).

Avec tout ça, si le «coro» m'attrape je vais mourir en bonne santé. Il paraît que Dieu a dit : "A la Pentecôte, compte tenu de la situation cette année l'esprit saint ne descendra pas c'est vous qui monterez». Je pense que c'est une «fake news». De tout façon je ne comptais pas répondre à son invitation.

Maintenant que nous vivons comme des coqs en pâte on ne va pas lâcher l'affaire et, cerise sur le gâteau, nous allons faire des économies pour vivre longtemps et chez nous.

Je conçois que cette brochette de termes culinaires est un peu indigeste et que vous en restez comme deux ronds de flan, l'estomac au bord de la nausée. C'est la faute à la consigne et ce serait fort de café de le reprocher aux simples écrivaillons qui ne font qu'obéir à un animateur original.

Pour faire passer la pilule j'ai ajouté du sel de la conversation et une pointe d'humour, je sais que beaucoup en sont friands.

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Copyright Claude Reynier productions

20 mars 2020

Écrire et rire à Villejean… mais pas seulement !

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En ces temps de confinement, l’Atelier d’écriture de Villejean propose les colonnes de son blog pour lire, rire et même écrire.

Joyeux anniversaire, l’Atelier !

25 ans ! S’il n’était pas aussi discret, voire invisible, au sein de la Maison de quartier, l’Atelier d’écriture de Villejean pourrait fêter cette année ses vingt-cinq années d’existence.

Cela fait en effet un quart de siècle que des gens comme vous et moi se réunissent une fois par semaine, le mardi de 18 h 30 à 20 h 30, en salle Mandoline, pour découvrir ou retrouver le plaisir d’aligner les mots d’une drôle de «rédaction» hebdomadaire… mais pas seulement !

Car ici il n’y a pas d’instituteur qui corrige les copies, pas de notes, pas de jugement de valeur. On a même le droit de rendre copie blanche si le petit jeu proposé par l’animateur n’a pas inspiré l’écrivant ou l’écrivante. On a le droit d’être hors sujet, de délirer, de se lâcher, de raconter des tranches de vie, de composer des poèmes, d’inventer des chansons… mais pas seulement !

Vous voulez des exemples de ces consignes d’écritures données par Jean-Paul Legrand, l’animateur, ces derniers temps ? En voici :

- Cours, Kennedy, tout un monde est derrière toi !
Les Etats-Unis nous ont apporté plein de choses : le rock’n’roll, le chewing-gum, Walt Disney, la Harley-Davidson. Dressez-en la liste et classez les en trois colonnes (positif, négatif, indifférent puis racontez en détail votre relation personnelle avec un ou plusieurs de ces éléments (votre accoutumance au MacDo, votre détestation de Donald Trump, etc.)

- La généalogie tintinesque
Sur les pages de garde des albums de Tintin figure une impressionnante galerie de portraits. Imaginez un instant qu’il s’agit de votre propre arbre généalogique. Racontez-nous votre oncle Albert, votre tante Marguerite qui se prenait pour une cantatrice d’opéra. Qui sont ces jumeaux à moustaches, ce marin barbu et tous les autres ?

- Encyclopédie farfelue des compagnons de votre enfance
Expliquez aux plus jeunes qui étaient Zorro, Mary Poppins, François, Claude, Annie, Mick, Dagobert et les autres !

- Le jeu du post-it
Posez des questions pour deviner l’identité dont on vous a gratifié.e

DDS 542 jeu du post-it 1

- Racontez la fin du monde avec humour !
Comment vivez-vous avec cette « attestation de déplacement dérogatoire » ?


Pas si secret que cela !

On imagine bien que de plancher sur de tels sujets n’engendre pas la mélancolie. Malgré sa discrétion qui relève plus de la timidité que d’autre chose l’atelier rend accessibles ses travaux de divagation littéraire.

Par le passé des expositions de textes joliment illustrés ont été présentées dans le hall de la MQV. Depuis 1993 le blog de l'atelier permet de consulter les thèmes d’écriture et certains des textes écrits par les participants. En 2018, à l’occasion des dix ans de Mediapart à Rennes, l’atelier a même réalisé un journal consacré à certains aspects amusants du quartier de Villejean. On peut découvrir dans « Mon amant.e de Villejean » à qui appartiennent les baskets géantes du parc du Berry. On y apprend pourquoi les salles de la Maison de quartier sont désignées par des prénoms. Mais pas seulement !

Lauréat et lauréates du concours Encres d’automne

A force de pratiquer le logorallye, le cadavre exquis ou le lipogramme, les écrivant.e.s ont acquis une aisance d’expression et une maîtrise du récit court qui ont trouvé leur récompense à la bibliothèque de L’Hermitage. Depuis douze ans maintenant la médiathèque de cette commune à l’Ouest de Rennes organise le concours «Encres d’automne». Les membres de l’atelier y participent. Ils doivent rédiger un texte d’une page dans lequel ils insèrent quinze titres de romans récents acquis par la bibliothèque.

Jean-Paul a gagné un prix spécial du jury, Eliane a remporté ensuite le 1er prix, puis ce fut le tour de Dominique l’année suivante. Elle a ensuite gagné le deuxième prix. En 2018 le titre est revenu à Anne-Marie.

En 2019 Maryvonne a été sélectionnée parmi les douze textes retenus par le jury. Elle a eu droit à une belle lecture de son texte par le comédien Michel Monestes lors de la cérémonie de remise des prix.

Tout le monde attend avec impatience le palmarès 2020 !


Temporairement ouvert à toutes et à tous sur Internet !

Nous terminerons ce tour d’horizon en signalant que l’atelier ne recrute que peu de nouveaux membres. Ce monsieur et ces dames sont déjà une bonne douzaine, ce qui est le nombre idéal pour ce genre de rendez-vous. Mais pas seulement ! Cela permet aussi de couper en parts égales un gâteau d’anniversaire qu’on leur souhaite bon !

Compte-tenu du confinement généralisé, l’atelier ouvre temporairement les colonnes de son blog à qui veut bien tenter l’expérience par Internet. Une consigne paraît le mardi soir et vous avez une semaine pour pondre un texte, le taper et l’envoyer à jeanpaul.legrand [arobase] free.fr

Pour plus de précisions, voyez ici : http://aevillejean.canalblog.com/archives/consigne_d_ecriture/index.html


Ecrit pour le blog Histoires ordinaire/Villejean le vendredi 20 mars 2020.

18 mars 2020

Consigne d'écriture 1920-22 du 17 mars 2020 : Fin du monde !

Fin du monde !

 

C’est la fin du monde ! Tout le monde est confiné ! Pour vous déplacer il vous faut remplir une autorisation dérogatoire.

Examinez le document officiel ci-dessous. Inventez-vous un pseudonyme, une date de naissance qui n’est pas la vôtre et une adresse de fantaisie.

Remplissez-le.

 

AEV 1920-22 attestation de déplacement dérogatoire

 Puis racontez vos déplacements de ces derniers jours, 
ce que vous avez vu ou vécu et tout ce que cela vous évoque. 
Si possible avec humour !

17 mars 2020

F comme Fin du monde / Adrienne

AEV 1920-22 Adrienne Université d'Anvers

Chaque mardi, l’université d’Anvers lance sa page d’enquête pour voir comment se sent et se comporte le Belge confiné. On peut y participer en quatre langues, donc amis belges, n’hésitez pas mardi prochain 😉

Voilà trois fois que l’Adrienne remplit consciencieusement le questionnaire. Certaines questions reviennent chaque semaine, d’autres évoluent au rythme de l’actualité.

Parmi les grands classiques, il y a celle-ci : à combien de personnes avez-vous parlé hier en face à face?

Le premier mardi, c’était 1, vu que la veille l’Adrienne était allée faire des courses et avait dit un petit mot à la jeune fille qui surveillait les caisses du self-scanning : il s’agissait d’une ancienne élève, fraîchement diplômée en psychologie, qui fait ce boulot en attendant la fin de la fin du monde.

Le second mardi c’était 0, l’Adrienne n’était pas sortie de chez elle la veille.

Mais hier c’était la fête : l’Adrienne a pu cocher le chiffre !

Il y a eu la même jeune fille du magasin, la mère qui cette fois n’était pas encore sortie pour son entraînement quotidien ;-), un voisin avec qui jusque-là aucun mot n’avait jamais été échangé et la famille d’origine marocaine qui habite dans la même rangée.

Oui, c’est vrai, ça fait plus de 4.

Mais ce n’est pas beau de se vanter 😉

17 mars 2020

Fin du monde ! / Dominique H.

Alors, je suis Félix le Breton, né le 12 janvier 1949, donc septuagénaire fragile, célibataire donc vulnérable, mon adresse est au 37 rue du Bono 35700 Rennes, quartier vert, propriétaire, retraité avec des revenus assurés donc privilégié.

1er Préambule : Consigne ouverte ou fermée ? Démesurément ouverte parce que autant de scénarios possibles que d'individus, vu que nous sommes tous concernés. Mais l'embarras du choix n'aide pas, il n'y a pas assez de contrainte, de même que sept jours c'est long et propice à la procrastination. Je préférais de loin le confinement de deux heures dans la salle Mélodie ! Alors pour commencer et retrouver l'ambiance de contestation rituelle du début de nos séances,  je vais reformuler la consigne à ma façon : « Racontez le confinement de qui vous voulez » , ou « imaginez le confinement de quelqu'un » (un homme, une femme, en ville, à la campagne, en Europe, en Afrique, en famille, en couple, seul, jeune ou âgé, en bonne santé ou malade, riche ou pauvre, dans 9 mètres carrés ou dans un pavillon avec jardin, en liberté ou déjà emprisonné, optimiste ou angoissé, ou dépressif, ou même violent). Quel vertige ! C'est trop pour mon cerveau confiné !

Je pense que me limiter à mon confinement va me suffire comme contrainte pour m'inspirer. En même temps ça fait documentaire sérieux. Je vais quand même faire un petit pas de côté en modifiant quelques détails : mon prénom, me vieillir d'un an, mon sexe (petit détail), déménager d'une rue, et, pour préserver ma santé mentale, prendre le parti pris d'une adaptation positive . Voyons si Félix va me faire décoller.

AEV 1920-22 Fin du monde ! - Dominique

2ème Préambule : Déjà, je commence par contester la consigne pour tenter de recréer l'ambiance de la MQV et aussi pour stimuler mon système immunitaire. Ce n'est pas vrai que c'est la fin du monde, ce n'est qu'une pandémie liée à un virus. L'agent responsable est un Corona virus. Il n'a rien avoir avec la bière mexicaine, c'est seulement qu'observés au microscope électronique ces virus présentent une jolie couronne. C'est un nom poétique pour un intrus microscopique. Celui qui nous occupe est justement sorti de son confinement animal habituel pour s'aventurer clandestinement chez l'homme. Il n'a pas respecté les gestes barrière et s'est affranchi de ses hôtes habituels pour passer… au-delà de la frontière des espèces. Mais l'homme n'a à s'en prendre qu'à lui-même , c'est lui qui a transgressé en chassant l'animal sauvage et en le consommant. C'est ainsi que ce migrant d'un nouveau genre est passé de la chauve-souris à l'homme via peut-être le pangolin, à la chair délicate, paraît-il. Voilà pour l'approche écolo-historique.

AEV 1920-22 Dominique grippe-espagnole-940x627

Le mot pandémie est la première marche d'adaptation mentale positive, il permet d'accepter le mot confinement qui prend tout son sens : gagner des vies, tout ça pour ça. Il y aura, c'est certain, des millions de morts. Il n'est que de se souvenir que la grippe dite espagnole de 1918-1919 a fait environ quarante millions de morts. Au premier janvier 2020, la population mondiale était d'environ 7,7 milliards, avec une augmentation annuelle de 80 millions de personnes. Il y aura donc des milliards de survivants, ce n'est donc pas la fin du monde. Une façon de voir le verre à moitié plein.

AEV 1920-22 Dominique météorite

Alors pour prendre du recul avec le confinement, je me prends à imaginer un scénario d'une vraie fin du monde annoncée : par exemple des astrophysiciens qui auraient repéré l'arrivée d'une énorme météorite se dirigeant vers la terre. Celle qui a provoqué la disparition des dinosaures il y a 65 millions d'années à Chicxulub au Mexique mesurait 14 km. Au début, l'éloignement du géocroiseur permettait encore d'espérer qu'une variation d'un millième de degré de sa trajectoire épargnerait notre planète et qu'il ne ferait que la frôler. Mais depuis le 23 mars on sait que l'objet céleste numéro 23320, dénommé Clémence par les savants (c'est l'année du C) est en approche de collision. Les derniers calculs de la NASA sont formels : la météorite va croiser l'orbite terrestre, pénétrer dans l'atmosphère et sera happée par le champ gravitationnel. Ce sera inéluctable, l'attraction terrestre étant irrésistible. La trajectoire rencontrera la Terre au niveau de l’Antarctique. Quand ? Au prochain équinoxe le 21 septembre 2020. Il va d'abord faire fondre toute la calotte glaciaire et le niveau des eaux va monter de cent mètres, inondant vingt-cinq pour cents des continents et noyant pour commencer cinquante pour cent de la population soit trois milliards huit cents million d' habitants. Clémence est très grosse : vingt-huit kilomètres de diamètre, soit deux fois plus que l’astéroïde de Chicxulub et donc neuf fois plus lourde. Elle se déplace à la vitesse de vingt kilomètres par seconde. En vertu de la loi physique E= mc2 , le cratère d'impact sera gigantesque, d'un diamètre de cinq cents kilomètres et d'une profondeur de cinquante kilomètres. La vague du tsunami fera 2500 m de haut et fera le tour de la terre, se propageant à tous les océans, noyant encore trois milliards d'habitants. Evidemment ces calculs ne pourront pas être contestés puisqu'il n'y aura pas de survivants. L'impact se communiquera aux plaques tectoniques qui, toutes, s'entrechoqueront, les volcans se réveilleront les uns après les autres sur tous les continents avec des raz de marée secondaires . Des incendies se déclencheront dans les forêts restant encore émergées. Une épaisse couche de cendres se répandra dans l’atmosphère, installant une nuit définitive puis une glaciation généralisée. Ceux qui n'auront pas été noyés seront incinérés ou congelés. L'espèce humaine comme toute vie sur Terre sera anéantie.

Vous l'avez compris, il est inutile de vous mettre à creuser votre petit abri anti-atomique perso rikiki. Non, il vous faut tout simplement trouver des vrais dérivatifs et le confinement est finalement un bon entraînement qui aide à prendre un peu de hauteur avant le tsunami mondial.

Félix (il entre enfin en scène !) l'a bien compris, mais ça devient de plus en plus difficile de jour en jour.

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Mardi, J1, il a vraiment passé une bonne journée. Il faisait soleil, il a pris son vélo pour aller voir Béatrice sa copine préférée : vingt-trois kilomètres aller-retour. Elle avait eu en plus la délicate attention de l'inviter à déjeuner et il savait qu'en digestif ils s'offriraient une sieste coquine. Bien sûr il s'était muni de son attestation de déplacement dérogatoire. Il a hésité pour choisir la bonne case. Il a même pensé cocher les quatre dernières cases. La deuxième est un peu discutable parce que les prestations de Béatrice ne sont pas tarifées. La troisième convient : santé sexuelle. La quatrième convient aussi : il est une personne vulnérable (septuagénaire) qui se déplace pour un motif impérieux vers une personne qui va l'assister, le nourrir. La cinquième est incontestable : activité physique.

Mercredi, J2, il a pu appliquer le même programme tout en pressentant que cette belle vie n'allait pas durer.

Pour jeudi J 3 il a alors commencé à assurer ses arrières et a envoyé vers midi par WhatsApp une vidéo à Julie avec juste un subtil message subliminal érotique. Il lui fallait être délicat, ça faisait des mois qu'il ne lui avait pas donné de nouvelles et il ne voulait surtout pas qu'elle subodore qu'elle était un plan B. Elle avait l'avantage d'habiter à trois cents mètres de chez lui et puis il avait quand même de bons souvenirs avec elle. Par contre il passerait prendre deux pizzas au centre commercial parce que Julie n'est pas ce qu'on peut appeler un cordon bleu. Le couvre-feu ne fait que couver pour l'instant et le dîner aux chandelles est encore permis . Et avec une bouteille de rosé de Provence, l'affaire sera faite. Là, pour l'attestation, il ne s'est pas compliqué la vie, il a rempli la cinquième case : deux fois trois cents mètres de marche rapide.

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Vendredi, J4, ne pouvant compter sur Julie pour s'alimenter, il s'est organisé pour ses courses et bien que rentré tard de chez Julie, il est parti dès neuf heures chez les petits producteurs à 5 km de chez lui. Le magasin était ouvert depuis cinq minutes quand il s'est garé et il y avait déjà une queue de vingt-cinq personnes. Alors Félix a mis son i-phone sur silencieux avant d'activer son appli Duolingo et a fait de l'italien pendant une heure. Le temps a passé vite. Il a quand même eu un moment un peu difficile. C'est là qu'il prend son cidre bio et comme il n'avait pas l'intention de revenir de sitôt il allait devoir sortir ses deux cartons de six bouteilles vides devant tout le monde et surtout la pharmacienne en retraite. Il lui a fait un joli sourire distancié mais s'est senti un peu honteux. La suite du circuit était la bio-coop de Saint Grégoire, même scénario, une queue de vingt-cinq bo-bios bien disciplinés. Re-cours d'italien mais cette fois pendant une heure et-demie. C'est bien organisé, une employée souriante règle aimablement le flux (ou la jauge). Cependant un autre employé, un cadre apparemment, vient scotcher trois fois la même affiche répartie sur les cinquante mètres de queue. Félix finit par réussir à lire le message « Merci de rester courtois avec le personnel et avec les autres clients ». Il regarde ses voisins bien propres sur eux qui patientent calmement au soleil. Que se passe-t-il à l'intérieur du magasin ? Est-ce la foire d'empoigne pour s'arracher le dernier paquet de pâtes ? Voilà que Félix se sent contaminé par la fébrilité de la pénurie. Lui il vient d'habitude les mardi et vendredi matins chercher son pain préféré et aujourd'hui il compte bien en prendre le double pour une semaine entière. Dès son entrée dans le magasin il se dirigera en premier vers le rayon pain. Voilà c'est son tour. Il commence par montrer patte blanche avec le nouveau rituel «merci de vous désinfecter les mains avant d'entrer». Comme prévu, il va droit au rayon pain : ouf , il y en a autant que la semaine dernière. Il rentre chez lui fatigué, il est midi.
Cet après-midi, sieste, lecture et écriture.

Et puis demain samedi J5, Julie.

Tiens , depuis quatre jours, Félix n'a pas eu le temps de penser à la fin du monde !

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