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L'Atelier d'écriture de Villejean

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18 décembre 2019

Consigne d'écriture 1920-13 du 17 décembre 2019 : Histoire d'après Imagidés

Une histoire d'après Imagidés

 

Inscrivez sur une feuille une suite de sept chiffres compris entre  et 6. Par exemple : 1 2 3 4 5 6 1 ou 2 5 6 1 6 6 6.

Référez-vous ensuite au tableau ci-dessous pour obtenir

-          Un personnage
-           L’émotion qui caractérise ce personnage
-          Le lieu où vit le personnage ou dans lequel se passe votre histoire
-          L’élément principal de votre histoire
-          Ce qui concerne un voyage dans votre histoire
-          Un animal qui apparaîtra dans l’histoire
-          Un élément du quotidien qui apparaîtra également dans votre récit 

 

Personnage

Emotion

Lieu

Histoire

Voyage

Animal

Objet du quotidien

1

Dragon

Amour

Chemin

Bateau

Avion

Araignée

Argent

2

Fantôme

Colère

Forêt

Château

Mer

Chat

Balai

3

Fée

Joie

Grotte

Dinosaure

Globe

Cheval

Ballon

4

Loup

Rire

Labyrinthe

Enigme

Horloge

Chien

Fer à cheval

5

Pirate

Surprise

Maison

Loupe (= quête)

Train

Oiseau

Fleur

6

Sorcière

Tristesse

Montagne

Volcan

Voiture

Serpent

Lit

Facultatif : vous pouvez écrire avec tout cela un conte de Noël ou une histoire d’univers parallèle.

AEV 1920-13 Imagidés

N.B. Imagidés est un jeu d'invention d'histoires des éditions Gigamic.

 

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17 décembre 2019

99 dragons : exercices de style. 51, Conte de Noël et d’univers parallèle / Jean-Paul

Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour le bœuf et l’âne, personne ne vient accoucher dans leur étable aux environs de la Noël. Enfin du 25 décembre. Exit Jésus. Pas de Marie ni de Joseph. Il n’y a pas de mythe de l’immatriculée conception, pas de plaque minéralogique « Galilée ». Il n’y a pas de roi mage ni de plumage pour savoir lequel est le noir de Melchior, Balthazar et Gaspard.

AEV 1920-13114592201

Dans cet univers-là, j’en suis désolé pour les rennes mais la Finlande n’existe pas. Le Père Noël n’y a pas installé ses ateliers de fabrication de jouets pour enfants sages. Il n’y a pas de traîneau qui traverse le ciel dans la nuit étoilée, pas de lutins en C.D.D. qui ont emballé des cadeaux, pas de cheminée pour les recevoir, pas de chaussons au pied du sapin. Pas de Mère Noël qui s’affale devant un Walt Disney à la télé pour oublier que ce soir-là son mari bosse de nuit et qu’elle est encore seule avec sa voisine de palier, la mère Fouettard, pour s’envoyer du Champagne par-dessus de la dinde aux marrons en soupirant de concert qu’il y en a marre de ces dindons : avec le métier qu’ils ont et personne pour vouloir prendre la relève, ces deux imbéciles ne sont pas près de prendre leur retraite. En même temps, dans notre univers à nous on est aussi un certain nombre d’imbéciles potentiels à qui on dit qu’il faut travailler jusqu’à 64 ans alors que ça fait déjà huit ans qu’on ne veut plus les employer : trop vieux, trop chers, pas assez esclaves corvéables et taillable à merci comme les jeunes. Merci patrons, Merci Macron !

Et donc, dans cet univers parallèle-là, le personnage emblématique du solstice d’hiver est un dragon qui habite dans une grotte avec ses deux femelles, Eulalie et Hortense Tatin. Le dragon lui s’appelle Grostas. Grostas Tatin ! C’est pas l’homme qui prend l’amer, c’est l’amer qui prend l’homme !

Et notre dragon est très en colère parce que c’est la fin de l’année. Il sait bien que ses deux cuisinières vont encore lui saloper le gigot d’agneau à la fraise des bois qu’il a ramené de sa chasse du matin. Eulalie et Hortense, c’est bien simple, elles font toujours tout à l’envers. Parfois elles lui fabriquent des écailles « Lady Gaga » avec la viande des ovins.

- Ca te va à ravir, Grostas ! » s’exclament-elles en chœur.

Parfois elles mettent à cuire la toison des bêleurs. Ca pue dans le gourbi ! Je ne sais pas si vous avez déjà filé la laine aux flammes mais je peux vous assurer que la combustion du poil de mouton, ça ne sent pas bon ! Surtout dans une grotte de dragon !

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Donc Grostas est en colère. Il va encore y avoir un cadeau à tomber du ciel. Tous les ans le Créateur de cet univers, pour une raison que Lui seul connaît, gratifie les trois dragons de la grotte d’un paquet mystérieux. Grostas, Hortense et Eulalie enlèvent le papier et les ficelles avec leurs grosses griffes, ce qui n’est déjà pas facile, puis se grattent la tête. Il va falloir mener l’enquête sur ce que ça peut bien être. Et pour mener des investigations dans cet univers où ne vivent que trois dragons, des millions de moutons et une sorcière, ce n’est pas sorcier, il faut aller la voir : Madame Wekeep, un puits de science à bas bleus et verrue sur le nez.

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Madame Wekeep est du genre tristouille. Elle a beaucoup voyagé sur son balai mais ne peut plus bouger depuis que celui-ci a attrapé de l’arthrite. En fait elle a eu vite fait de faire le tour de ce monde-là.

- Je n’ai vu que des moutons qui moutonnoient à perte de vue et si je n’avais pas les sciences occultes et l’Interplanètes pour m’occuper je m’emmerderais ferme sur cette boule à la con où il n’y a que trois dragons et pas un seul chevalier Saint-Georges.

- Joyeux Noël, Madame Wekeep !

Voilà justement les Tatin qui se pointent chez elleavec leur gros popotin, leurs paquets-cadeaux et leur questions de victimes à jamais de l’illectronisme.

- Est-ce que vous pouvez nous dire c’est quoi-t-est-ce qu’on a reçu, cette année ? demande Hortense. L’année dernière, le train électrique, on n’a toujours pas compris le concept. Pourquoi est-ce qu’on aurait besoin d’énergie pour se déplacer ? Notre univers est peuplé de moutons à perte de vue, les paysages sont pareils partout et on n’est que quatre à y habiter ?

- Vous savez, répond Madame Wekeep, c’est très bien quand même, la curiosité intellectuelle ! Découvrir de nouvelles idées, imaginer d’autres mondes, inventer des machines qui vous simplifient la vie… Par exemple moi ma vie serait bien plus belle avec un chat sur les genoux.

- Vous rigolez ou quoi avec vos curiosités ? rétorque Eulalie. L’année d’avant, le camion de pompiers, si c’était pas du foutage de gueule ! Un truc pour éteindre le feu ! Mais nous, si on ne crache plus de flammes, comment on les fait griller, les côtes d’agneau ? En frottant deux silex l’un contre l’autre ?

- C’est une idée. Ca pourrait marcher. Qu’est-ce qu’Il vous a apporté, cette année ?

- Tenez, regardez. C’est là dans le carton. On a fait un seul paquet. Le truc qui bouge un peu n’a pas l’air intéressé par l’espèce de frisbee et la petite balle rouge. Vous avez déjà vu ça ? demande Hortense.

Eulalie montre l’intérieur du carton. On y trouve un cercle de métal avec des rebords, une sphère de couleur rouge et un animal oblong qui n’a pas de pattes.
- Non. Ca ne me dit rien. Mais je vais consulter mon miroir magique vu que vous êtes venu.e.s pour ça. (Oui, dans cet univers-là l’écriture inclusive existe aussi). Vous voyez que vous en avez un petit peu quand même, de la curiosité !

- De la gourmandise surtout, répond Grostas. On ne sait jamais, peut-être que ça se mange, cette année ! Le ragoût de mouton, à la longue, c’est monotone, même avec de la menthe. Quant à la panse de brebis farcie…

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La sorcière s’approche de son chaudron et se penche sur un liquide pas très ragoûtant qui bouillonne à l’intérieur. D’une vieille cage à fromage grillagée elle extirpe une souris vivante en la tenant par la queue et la plonge dans l’huile qui aussitôt émet des bruits : « Boubeule ! Bloubgueule ! Gloubeule ! Gougueule ! ».

Aussitôt que la souris a fait « clic » - dans cet univers-là c’est l’onomatopée qui correspond à « couic » chez nous – la surface du liquide s’immobilise, s’éclaircit et devient aussi lumineuse et réfléchissante qu’un miroir de beauté matinale.

Madame Wekeep sort la sphère rouge en la tenant par la petite queue qu’elle a sur la tête. Elle la pose à la surface du chaudron où le liquide s’est solidifié comme l’eau se transforme en glace chez nous en hiver – enfin, les années où il n’y a pas de réchauffement climatique ! -. Puis elle entre en transe. Ses yeux deviennent rouge, elle semble partir loin, à l’écoute de voix sourdes, enfin, muettes pour les autres puisque intérieures, se convulse, puis sourit, puis revient et atterrit.

- Ca s’appelle une pomme. C’est un fruit qui vient d’un arbre. Ca contient des graines qu’on appelle des pépins. Si on enterre ces pépins dans le sol il va pousser un arbre et sur cet arbre il y aura plein de fruits qui seront pleins de pépins.

- Qu’est-ce que vous voulez qu’on foute de ça ? s’inquiète Grostas.

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- Figurez-vous que les fruits se mangent ! Vous pourriez vous convertir au véganisme ! Mangez des pommes !

- Ca me dit vaguement quelque chose, commente Hortense. Et le truc rond, c’est un panneau pour dire des choses au camion de pompiers ?

Madame Wekeep pose le plateau sur le chaudron.

- Lui c’est un moule à tartes.

- C’est quoi, une tarte ? C’est pour mettre des pommes dedans ?

- Ne répondez-pas, madame Wekeep, s’inquiète Grostas. Je sens qu’il y a encore une bêtise à la clé avec ça! Et le morceau de boudin qui gigote, là, c’est quoi ?

La sorcière enfile des gants pour se saisir de l’animal visqueux. Même cinéma que précédemment.

- Lui c’est un serpent.

- Ca donne des fruits aussi ?

- Non. Ca donne des conseils mais on fait bien de ne pas les suivre. Accessoirement ça siffle jusque sur la colline si vous le mettez au-dessus de vos têtes.

- Comme le train électrique ! Ou comme l’instrument de musique. Le pipeau d’il y a trois ans ! Résultat des courses, ça rime à quoi, madame la sorcière ?

- Je ne comprends pas. Un serpent et une pomme. Une pomme et un plat à tarte. Je ne vois vraiment pas où Il veut en venir !

- Nulle part, je crois ! Il a juste respecté sa tradition à la con ! Merci pour les recherches en tout cas ! Nous on retourne bouffer nos moutons à la con. On vous laisse tout ça. Bonne journée à vous, Madame Wekeep. Et désolé qu’il n’y ait pas eu de chat dans le paquet.

***

Depuis la Noël de cette année-là la sorcière Wekeep est moins tristouille. Elle a découvert que le serpent parlait et qu’il connaissait des tas d’histoires. Mistigri – elle l’a appelé comme ça, du nom du chat dont elle rêvait – lui a expliqué la raison pour laquelle il y avait tant de moutons dans cet univers-ci.

- Il y en a autant que de sacs en plastique blanc dans les océans de Terra 8223. C’est la loi de compensation dite du yin et du yang. Pour une planète qui pollue et s’auto-asphyxie, il y a une planète qui resplendit et qui prospère.

Depuis la Noël de cette année-là Hortense et Eulalie rigolent beaucoup plus dans le dos de Grostas. Elles sont revenues chercher la pomme et la tourtière chez la sorcière. Elles ont planté les pépins et un arbre a poussé très vite car sur cette planète-là le sol est intact, ni trites, ni trutes ni trates ni phosphates ou vrais fats à part Grostas Tatin. Dès qu’il y aura deux pommes sur l’arbre elles ont prévu de les croquer pour voir ce qui se passera.

Depuis la Noël de cette année-là Grostas Tatin dort mal la nuit au fond de sa grotte. Il rêve de plus en plus souvent à la Noël prochaine. Il craint que le Créateur ne leur fasse cadeau d’une cuisinière à gaz et d’une vie sexuelle à vocation reproductive.

- Pour peu qu’il nous gratifie en plus d’un calendrier avec des dimanches midi, on ne va pas échapper aux repas de famille !

Bon réveillon à vous quand même !

11 décembre 2019

Consigne d'écriture 1920-12 du 10 décembre 2019 : C'est à moi que tu causes ?

C’est à moi que tu causes ?


En vue de faire jouer sur une scène de théâtre des saynètes à deux personnages, vous imaginez trois couples (personnages connus ou pas, animaux, objets). On met en commun le fruit de cette collecte.

L’animateur distribue ensuite des cartes extraites du jeu de conversation « C’est à moi que tu parles ? » : quatre questions, quatre cartes avec vous, quatre cartes avec tu, six cartes avec je et quatre cartes « formule philosophique »

On écrit une, deux ou trois saynètes à deux personnage en y incluant comme on veut ces éléments.

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Ont été collectés :

- Un renne du traîneau du Père Noël et la fille du Père fouettard
- Un CRS et un chauffeur de bus
- Un photographe au volant d’un véhicule Ford Transit et un garagiste
- Tristan et Yseult
- Les sœurs Tatin
- Un parapluie et une chauve-souris
- Un poireau et une vinaigrette
- Un cul et une chemise
- Le papa et la maman
- La sorcière et le chef cuisinier
- Le soleil et l’ombre
- La sorcière et le vendeur d’aspirateur
- La feuille et le stylo
- Le soleil et la lune
- Une chaise et un très gros bonhomme
- Un jardinier expérimenté et un jardinier novice dans un jardin partagé
- Une vendeuse de foie gras et un vendeur de pain d’épices sur le marché de Noël
- Un rouge-gorge et une pie en hiver
- Emmanuel Macron et son épouse Brigitte
- Le corbeau et le renard
- Le général De Gaulle et son épouse Yvonne

Un tirage de cartes à titre d’exemple :

Qu’est-ce qui vous amène ? Faudrait arrêter de vous mentir à vous-même Tu m’as l’air bien habillé avec les idées des autres Tout est une question de timing J’habite là où le vent fait demi-tour
Vous avez peur de quoi exactement ? Vous êtes ma plus belle destination   Tu finiras sur un poster du réalisme capitaliste L’intelligence intuitive c’est comme du sadisme modéré Je me suis trompé de route
Il n’y a pas marque « dessine-moi un mouton » là ? Vous avez une tête à garder vos chaussures Ton mode de vie est carrément bestial On croit toujours voir autre chose que ce qui est là Ca tombe bien, moi j’aime les mariages, on peut se bourrer la gueule sans que personne ne vous juge
Vous êtes un peu médecin de l’âme ? On vous regrettera Si tu as des questions moi j’ai des réponses On ne peut pas tout mettre en équation Ca m’a toujours fait rire ces conneries
        Je ne suis pas là pour faire un scandale
        Ma tolérance s’arrête à moi et j’ai du mérite
10 décembre 2019

Les sœurs Tatin n’en font jamais d’autres ! : saynète / Jean-Paul

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Madeleine - C’est maintenant que t’arrives, Mathilde ?

Mathilde - Je remets toujours tout à plus tard ! Tu sais comment je suis ! J’ai oublié d’acheter des poireaux sur le marché samedi alors je suis allé à la supérette. J’en avais besoin pour ma vinaigrette

Madeleine - En attendant, c’est encore moi qui ai dû éplucher toutes les pommes pour le dessert !

Mathilde - Mais enfin, Madeleine, ne te plains pas ! Tu adores faire la cuisine ! Tu n’as jamais su assumer tes contradictions et là où il n’y en a pas, voilà que tu en crées !

Madeleine - Mais toi aussi, faut voir ! Tu es toujours partie ! A la moindre occasion tu es rendue dehors. Tu bavasses et tu tatasses avec tout le monde ! Tu rencontrerais un chien avec un chapeau tu l’inviterais à boire un verre au bistrot ! Tu aimes parler des autres avec n’importe qui. Tu n’as pas dit du mal de moi, au moins ?

Mathilde - A qui ?

Madeleine - Au chien avec un chapeau !

Mathilde - Mais enfin, Madeleine, arrête ta parano ! Ca te rend vraiment désagréable et personne ne t’y oblige, à chercher des noises !

Madeleine - En attendant, c’est comme ça ! Heureusement que je ne t’attends pas pour mettre en route la cuisine de l’auberge. Heureusement que je ne compte pas sur toi ! D’ailleurs la minuterie vient de sonner, la tarte est cuite. Je vais la retirer du four.

(Elle ouvre la porte du four qui fait un grand bruit de "kling", de "klong" et de "clap").

Dégage le plan de travail ! Mets-moi un dessous de plat au milieu ! Aaargh ! Qu’est-ce que c’est qui se prend dans mes pieds ? C’est le chat ? Attention, gare-toi, ça m’échappe des mains !

Mathilde - Désolée, ce n’était pas le chat, c’est mon cabas avec les poireaux pour ma vinaigrette

Madeleine - C’est malin de l’avoir laissé traîner dans le passage ! J’en suis toute retournée et la tarte aussi !

Mathilde - Y’aura qu’à la servir comme ça et prétendre que c’est une nouvelle recette qu’on a inventée !

Madeleine - Tu m’énerves avec tes certitudes, Mathilde Tatin ! Il y a des jours où tu mériterais des tartes !

AEV 1920-12 soeurs tatin

10 décembre 2019

Il faut être résolument moderne : saynète / Jean-Paul

AEV 1920-12 enigme-pourquoi-sorciere-balai

Le marchand - Et quand vous chevauchez votre balai, la nuit, dans le ciel, Madame la sorcière, ça vous arrive de pleurer ?

La sorcière – Si je prends une poussière dans l’œil, oui, peut-être. Mais ne cherchez pas à déceler où sont mes points de fragilité. Si vous espérez des aveux, vous pouvez attendre longtemps !

Le marchand - Oui, je sais, vous êtes une cliente du genre coriace. Cet aspirateur-traîneau, ça ne va pas être coton de vous le faire acheter, foi de vendeur d’électro-ménager de chez Darty ! Si la première intuition est la bonne, avec vous c’est mal barré, je le sens bien ! La verrue sur le nez, le chapeau pointu, les toiles d’araignée, vous faites bien partie de l’ancien monde ! Et cette balayette à chiotte géante qui vous sert de véhicule, c’est sûr, vous n’êtes pas Samantha 2.0 !

La sorcière – Tu n’es pas un peu binaire, toi, mon p’tit gars ? Est-ce que je te demande si ton habit fait le moine ? Ta barbe de trois jours, elle est là pour cacher ton unique neurone ?

Le marchand - J’ai des idées, grand-mère, mais elles ont du mal à sortir ! Laissez-moi dérouler mon argumentaire, j’arrive au bout : sur cet aspirateur-traîneau, pas même besoin d’atteler des chevaux-vapeurs ou autre chose ! Le père Noël nous a acheté le même pour remplacer ses rennes. C’est sur ce modèle là qu’il effectue sa tournée des cheminées cette année !

La sorcière – Allez, jeune homme, remballe ton tuyau percé ! Va te faire googler ailleurs ! J’ai bien compris que tu veux me fourguer un de ces véhicules électriques à la mode. T’es bien gentil mais ton engin de la mort, où est-ce que je vais brancher la prise pour qu’il s’envole ? Et quand elle est rendue au bout des quinze mètre de fil, qui est ce qui retombe par terre cul par-dessus chemise ? Mary Poppins !

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10 décembre 2019

La feuille et le stylo : saynète / jean-Paul

Le stylo – A votre avis ? Qu’est-ce qu’il y a après la vie ?

La feuille – C’est ton problème, mon vieux ! Cette question-là, c’est la bouteille à l’encre. Quand tu n’en auras plus on te balancera sans doute et on te remplacera par un autre ! Mais n’y pense-pas tant que tu peux te la couler douce ! Vivre, c’est donner tout ce qu’on a comme jus !

Le stylo - Justement, j’ai l’impression que mes lettres pâlissent ! 

La feuille - En tout cas, je suis ravi de t’avoir connu. T’es mignon à croquer, t'as un joli capuchon rouge ! Mais je me demande si tu me feras de bons souvenirs !

Le stylo - Ce n’est pas de mon fait. Tout dépend de celui qui me noircit. De celui qui écrit. Si on est dans un atelier d’écriture votre durée de vie avant de tomber dans l’oubli ne dépassera guère une semaine !

La feuille – J’aime bien les gens désabusés comme toi ! Tu tires toujours à la ligne ? Tu jettes encore l’encre, mon petit bateau ?

Le stylo – J’ai la lenteur dans le sang mais ça sent la panne d’inspiration là-haut ! Je crois que le gong va sonner pour l’écrivant. Vous reviendrez la semaine prochaine ?

La feuille – Va y Frankie, c’est bon ! On verra ! Peut-être bien que je vais finir à la poubelle dès ce soir ! Va savoir !

AEV 1920-12 plume

4 décembre 2019

Consigne d'écriture 1920-11 du 3 décembre 2019 : Encres d'automne 13

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La consigne est la suivante : vous insérez dix à quinze titres des romans acquis récemment par la bibliothèque dans un texte qui, tapé en caractères times new roman 12, tiendra sur le recto d'une feuille 21 x 29,7 cm.

Voici la liste des titres proposés :

77 - A crier dons les ruines - Avant que j'oublie - Bienvenue à Korototoka  - Boréal - Ces grands-mères qui savent tout - C'est la faute du vent - C'est moi qui éteins Ies lumières - Comme une gazelle apprivoisée - Coup de vent - De pierre et d'os - Extérieur monde - Farallon lslands - Jeanne des falaises - Journal d'un amour perdu - La calanque de l'aviateur - La chanson de Julien - La ferme des lilas - La ferme du bout du monde - La galerie des jalousies - La légende du Pilhaouer - La maison aux têtes - La maison du bout du village - La panthère des neiges - La part du fils - La souveraine en son domaine - La vie en chantier - L'apocalypse est notre chance - L'arbre à promesses - lci n'est plus ici - Le bal des folles - Le berceau - Le bonheur n'a pas de ride - Le ciel par-dessus Ie toit - Le corps d'après - Le destin de Cassandra - Le destin de Marie - Le gréement de Camaret - Le jardin - Le monde des hommes - Le prix - Le secret de la Belle-Epine - Les altruistes - Les Amazones - Les Amours d'AIfred - Les calendriers - Les chemins de promesse - Les disparus de Trégastel - Les frères Quinn - Les mille talents d'Euridice Gusmao - Les Rochefort - Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla - Les soeurs Ferrandon - Les testaments - L'irrésistible histoire du café myrtille - L'ombre de la fauvette - Maintenant, comme avant - Miss lslande - Mur Méditerranée - Opus 77 - - Par les routes - - Paz - - Pour I'amour de Ia vigne - Seules les pierres Ie savaient - Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon - Tout ce que tu vas vivre - Trois étoiles et un meurtre - Un été d'herbes sèches - Une folie passagère - Une soupe aux herbes sauvages - Vanessa et Virginia - Vilaine blessure

4 décembre 2019

La Part des anges / Maryvonne

 

 

Ces grands-mères qui savent tout, c'est un mensonge. Un joli mensonge, certes, mais quand même un mensonge. Elles ont tout su, c'est certain, à un moment ou un autre de leur vie. Mais maintenant leurs connaissances et leurs souvenirs sont bien rangés, voire coincés dans la poche de leur tablier d’écolière, dans leur boîte à outils, dans leur dé à coudre de petite cousette, dans la ferme des lilas. Il y en a même de plantés dans le jardin et puis aussi d'autres planqués dans leur cœur et dans leur tête.

 

Ce joyeux bazar c'est toute la vie en chantier, des pans entiers qui tiennent encore bien debout, bien d'aplomb et d'autres qui s'écroulent. Elles avaient beau avoir cimenté leurs souvenirs à coup de « Avant que j'oublie », ceux-ci s'en vont par les routes ou par les airs car ils sont fait d'une substance volatile.

 

Comme l'alcool dans les vieux fûts de chêne, pendant la période du vieillissement, ils s'échappent par évaporation. C'est ce que l'on appelle la part des anges. Voilà, exactement, les souvenirs évanouis c'est la part des anges. Ils emmagasinent dans leurs petits corps replets et leurs visages joufflus le destin de Marie et les amours d'Alfred. Et s' ils les emportent très loin dans le ciel par dessus les toits, c'est la faute du vent de l'amnésie qui souffle dans leurs petites ailes de plumes blanches. Que font-ils de leur cargaison ? Comme les abeilles, en font-ils leur miel ? Je ne sais pas mais ce que je crois c'est que nos souvenirs qu'ils emportent, les bons et les mauvais, ont une influence sur leurs destinées. Sinon pourquoi certains se retrouvent dorés à l'or fin dans des édifices prestigieux pendant que d'autres, sculptés dans la pierre, subissent les intempéries et pire encore j'en ai vu fracassés au fond des cimetières sur les minuscules tombes d'enfants en marbre blanc.

 

Toi aussi parfois tu t'effraies en pensant que tout ce que tu vas vivre va s'évaporer et que c'est le prix à payer pour avoir eu une vie longue durée. Ne t'inquiète pas, toutes les femmes et tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon et je connais quand même quelques grands-mères qui connaissent encore la légende du Pilhaouer sur le bout de leurs doigts ridés.

 

Tout de même je me méfie quand un coup de vent m'amène un ange dans mon jardin, je ferme bien mes fenêtres pour qu'il n'emporte pas mes plus beaux souvenirs.

 

Maintenant, chut ! Un ange passe.

 

 

3 décembre 2019

La Danse des mots / Jean-Paul

Ca y est ! C’est reparti ! Bienvenue à Korototoka, le pays des encres d’automne ! Ces grands-mères qui savent tout sur le monde des hommes vont encore se battre pour décrocher le prix !

Les voilà réunies à nouveau dans la maison aux têtes bien faites, en train de gratter, gratter sur leur mandoline la petite musique littéraire qui épatera peut-être la galerie des jalousies !

Les voilà qui cheminent par les routes de l’Imaginaire, entraînées par leur stylo-plume dans une folie passagère, dans la quête de l’arbre à promesses, dans le rêve d’un moment de gloire.

Lesquels, parmi ces soixante-douze titres de romans, vont leur inspirer des textes à crier dans les ruines, des contes de science-fiction, des poèmes du quotidien ou des bluettes sentimentales ? Chacune est la souveraine en son domaine et les membres du jury, comme l’année dernière, auront fort à faire pour trancher entre les copies rendues.

AEV 1920-11 miss-islande-jugee-trop-grosse-lors-dun-concours-de-beaute

Dieu merci, nous ne sommes pas à l’élection de Miss Islande et nos écrivaines automnales n’auront pas à défiler en maillot de bain avec écharpe et diadème ! Les candidats de Mister Islande non plus n’auront pas à montrer leurs muscles bien huilés ! Mais quel plaisir ils et elles éprouveront si leur texte se trouve ne serait-ce que lu lors de la cérémonie de remise des prix ! Quelle joie si une musicienne habille de mélodie la chanson de Julien, si un comédien transporte de sa voix suave les petites nouvelles de Vanessa et Virginia !

C’est ce qui plaît le plus à L’Hermitage ce jour-là. On oublie les auteurs, la Grande librairie, le chapeau d’Amélie, la dégaine déglinguée de Michel ou les bégaiements de Patrick. Il n’y a plus que des titres, des titres de noblesse décernés au citoyen lambda, à la jeteuse d’encre anonyme, à celles et ceux qui font escale ici dans ce port si précieux de la médiathèque et viennent, au retour du printemps, ainsi que l’écureuil, retrouver leurs mots-trésors, voir si leurs couleurs automnales ont fait germer du plaisir dans les yeux et les oreilles du jury.

Vous vous demandez sans doute, alors que l’on arrive au bas de cette page, qui je suis et d’où je parle, pourquoi je sais toute cette cuisine d’herbes sauvages ? C’est bien simple : je suis l’organisatrice du concours, la maîtresse du lieu, la bibliothécaire. Quand la fête est finie, c’est moi qui éteins les lumières. Jusqu’à ce qu’elles se rallument, à l’automne suivant, dans les yeux de ces gens qui écrivent et qui rêvent à partir de nos livres.

26 novembre 2019

Consigne d'écriture 1920-10 du 26 novembre 2019 : Le Jeu des huit mots

Le jeu des huit mots
(à partir d'un mot acrostiche ou pas)



Cette consigne est empruntée au livre de Pierre Frenkel "90 jeux d'écriture : faire écrire un groupe" où il figure sous l'intitulé "jeu des cinq lettres". L'animateur l'a adapté au nombre de personnes présentes à l'atelier à cette séance.

Chaque personne écrit son prénom en haut de la feuille puis, verticalement, sur le bord gauche de la feuille, huit lettres qui peuvent former un mot comme on fait pour un acrostiche (ou pas).

Les feuilles tournent vers le voisin ou la voisine de droite qui utilise une des lettres comme initiale d'un mot ou groupe de mots qu'il écrit sur la feuille. On fait tourner huit fois. Lorsque la feuille revient à son point de départ on se retrouve avec huit ou neuf mots que l'on utilise comme on veut pour écrire un texte (insertion dans l'ordre ou pas dans le texte, écriture de plusieurs petitis textes à partir de chaque mot, mise en valeur du mot acrostiche, etc.).

Voici les neuf logorallyes distincts sur lesquels nous avons planché chacun.e dans notre coin :


CHAPELET : cucul la praline, Hilare, adultère, Père Noël,épilation, lapin, excommunication, tartiflette

ALBATROS : angélique, licorne, bonbon, adultère, tapas, rosière, oriflamme, sombrero

ADULTERE : adoration, détournement de mineure, urticaire, laitue, tendresse, entendu, rustine, escargot

NATIVITE :    numérotage, amitié, tartiflette, inimaginable, valse, interdit, tartine, édénique

                       Edition, Bibliothèque, divorce, fastoche, aventure, macramé, versatile, attention

VICTORIA :    Vive, Isaure, croquignolesque, tartignole, olive, rasade, itinéraire bis, adultère

ACROBATE : adultère, chenapan, rendez-vous, origami, bretelle, aérien, téton, escarpolette

VAGABOND : vivacité, audacieux, gosier, adultère, bouteille, opium, nœud, domination

SUSCITER :   Secret, ululement, scarlatine, crocodile, idole, tétine, éveillé, racines
 

AEV 1920-10 adultere-et-consequences_1-1555259150

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