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L'Atelier d'écriture de Villejean

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4 novembre 2019

Allons, traverse ! / Jean-Paul

Allons, traverse !
Le feu est rouge !
La forêt flambe !

Oui, c’est l’automne qui allume
Les vieilles feuilles du grand chêne ;
N’attends pas que tout passe au vert :
Entre les deux il y a l’hiver.

191026 265 003 B


Allons traverse
Deux chemins de fer
N’arrêtent pas tes pas d’humain.

Oui c’est l’atelier qui t’attend,
C’est là où sont mes camarades ;
On mettra les mots en salade,
On rira et c’est important.

Allons, traverse
Prends les chemins
Où nul ne va !

Un aller simple pour ailleurs,
Un pas de côté d’alouette,
La sieste à l’ombre des coquettes
Cerises sans merle moqueur.

191026 265 005


Allons, traverse
La muraille
Du quotidien fantomatique !

Derrière, dans un tonneau de vin
Résonne le violon du diable.
Allons, va faire un tour pendable
Jusqu’aux limites du divin !


Allons traverse
Ou sinon prie
Pour ton salut !

Il te faut voler les étoiles
Pour être fiancé de printemps.
Choisis : deviens un émigrant
Ou le dernier des éléphants.

N.B. Les photos ont été prises à Redon (Ille-et-Vilaine) le 26 octobre 2019

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16 octobre 2019

Consigne d'écriture 1920-06 du 15 octobre 2019 : Mots croisés de Télérama

Mots croisés de Télérama

 

Vous avez reçu une grille de mots croisés extraite de Télérama. Nous nous intéressons aux définitions.

 

AEV 1920-06 Télérama mots croisés définitions

 

Essayez d’en mettre deux ou trois à la suite l’une de l’autre pour constituer une phrase cohérente – ou pas !

Répétez l’opération entre trois et cinq fois si c’est possible.

 Vous écrivez ensuite un texte dans lequel vous insérerez au moins trois de vos phrases reconstituées ainsi que les termes suivants :

 Cruciverbiste – case – Guy Brouty et deux mots de votre choix pris dans les solutions du numéro précédent.

AEV 1920-06 Télérama mots croisés solution

15 octobre 2019

Recueil de souvenirs / Maryvonne

AEV 1920-06 Guy Brouty

Recueil de souvenirs, leur nombre augmente sans cesse pour chacun, charmes désuets.

Irisation des images dans nos cerveaux encombrés et souvent entachés de cases noires. Si les cases noires sont la respiration du cruciverbiste elles sont l’asphyxie du narrateur de souvenirs.

Certains diront que cet exercice est rétro et celui qui se prend pour le Georges Perec du «Je me souviens» et qui pédale devant l'obstacle de la case noire est mal parti.

Il finit par prendre des déviations qui ne vont pas dans le bon sens, cherche à garder le cap mais cela rend le choix délicat.

Au secours Monsieur Guy Brouty *, vous pour qui les lignes sont droites, bien horizontales et bien verticales, les chemins numérotés et les croisements impeccables ! Par définition vos mots partent en croisade. Moi ma croisade c'est la guerre contre l'oubli, mes cases noires sont des ennemis sournois.

Moi ma croisade c'est la guerre contre l'oubli puisque que mes cases noires sont un peu partout et manquent de clairvoyance c'est le moins qu'on puisse dire.

AEV 1920-06 Médaille au mérite scolaire

Je guerroie pour relever à la pointe de mon stylo le mot qui se cache, le souvenir qui ne fait pas face, le lâche qui se carapate devant mon crayon à la mine déconfite. Je ne parle même pas de littérature, juste d'un petit recueil modeste. Je suis une gagne-petit, quelques petites fulgurances feraient bien l'affaire pour torcher les meilleurs souvenirs croustillants. Car ils sont là, comme une armée foisonnante, les souvenirs généraux, les capitaines, les simples soldats, les bons avec leurs étendards, les tristes avec leurs drapeaux en berne. Mais sans mots c'est l'armée de l'ombre.

Bien entendu il y a quelques résistants qui essaient à coup de périphrases de transmettre la vie aux souvenirs agonisants, des mots qui luttent, des mots coups de poing, des mots qui essaient de reconstruire les ponts bombardés.
A ceux-là qui offrent la petite gloire de transmettre fidèlement nos images anciennes je leur accroche la médaille «Au mérite» celle que j'arborais fièrement sur ma blouse d'écolière quand tout était simple avec un cerveau tout neuf. Ce souvenir-là est tenace : il se tient bien vertical dans ma tête. Quant à tous ceux qui se sont couchés horizontalement pour attendre la mort, il leur arrive de relever la tête pour peu qu'un comparse qui l'a vécu avec vous l'évoque au détour d'une conversation.


* Guy Brouty : Verbicruciste du journal Télérama de 1978 à 2003

15 octobre 2019

Les Broutilles de Guy Brouty / Jean-Paul

Le grand philosophe Lao-Tseu a dit : « Un grand pas pour la Chine résulte d’une construction entre le buffet et le vase » et de fait tout ce qui nous vient de l’Orient extrême atterrit dans notre salon. L’ordinateur, le smartphone, la chaîne stéréo Akai, la revue de sudoku, tout se tient en effet entre le vase Ming hérité de tante Odette et le buffet hérité de l’oncle Henri.

A croire qu’ils se sont décarcassés pour rien les colonialistes des siècles passés ! Non seulement on ne rendra pas le Congo aux Belges, ils peuvent faire tintin là-dessus, non seulement l’histoire de la France en Indochine s’arrête en 1954, une excellente année pour les Bordeaux rouge, la Fédération nationale d’achat des cadres, le rock’n’roll et les admirateurs de Rimbaud qu’elle a vus naître mais on a aussi l’impression, comme disait Ringo Starr, qu’ «Anne d’Angleterre, c’est quand elle est foutue qu’on est le plus tranquille».

AEV 1920-06 Dubou Kama sutra couvEt donc, entre le buffet et le vase, sur la table basse du salon, depuis que Léa est partie avec mon successeur, ce qui trône est encore un grand pas pour l’Asie. Oui, moi je suis comme cela, je mélange gaiement les Chinois, les Japonais et les Indiens. C’est l’édition du Kama Sutra illustrée par Dubout. Le livre est ouvert à la page 69 et on peut lire ceci : «Pratiquée dans l’air ou dans l’eau la position de débordement se fait à deux mais non sans mal. En effet il n’y a pas d’orgasme sans rigidité. Sauf chez les escargots. Si Ada animée ondulait à l’étage la renaissance ossue du sénateur du Lude a quelque chose d’osé mais tourne vite au gag chez les grainetiers moisis – sauf chez les escargots –".

Le Kama sutra ! Je ne l’avais jamais lu, ce livre ! Avec Léa on avait surtout regardé les images et ri de l’agglomération de tétons et de fesses avec lesquelles le dessinateur fou transforme l’attaché au Parquet en victime du harcèlement : SOS hommes battus d’avance ou le monde à l’envers. Tout est tourneboulé, ma brave dame, sauf chez les escargots. Mais n’est-ce pas là l’avenir ?

 

191006 Nikon 045

Sur mon chemin encore, ce soir, j’ai vu d’élégantes et sportives gazelles courir sauvagement, la queue de cheval au vent, le brassard connecté comptabilisant leurs performances de beautés vénusiennes. Tandis que leurs homologues masculins, en jeans déchirés, les mains dans les poches et les écouteurs sur les oreilles, arboraient l’air plus que las de ceux à qui Petite poissone vient d’annoncer que «Contrairement à ce qui a été prévu, la femme ne sera pas l’avenir de l’homme». Sauf chez les escargots.

Oui, le mâle de demain sera, comme moi, crucifié, cruciverbiste, verbicruciste, il ne cochera plus la bonne case, elles seront toutes noires et il se rabattra, comme je le fais ce soir, en refermant le livre, sur la revue de Sudoku.

Il songera : «Si le sudokiste est celui qui cherche à remplir de chiffres la grille perverse du sudoku, comment nomme-t-on celui qui a inventé ce supplice ? Un kudosiste ?».

Il m’est arrivé aux oreilles que Pompidou à Paris nichait naguère dans les pare-chocs et que son épouse se prénommait Claude. Peut-être est-ce une dame qui a inventé cette torture sur la grille ? Une Chinoise avisée ou une geisha sadique qui aurait fait fortune dans l’édition de guides de voyage et aurait inventé, pour que nous, occidentaux, ne bougions plus de chez nous, ce sport en chambre pour séparés ?

Une spécialiste du secours au voyageur peut donc prendre la moitié jaune et jolie d’une tour du Japon et nous la balancer sur la tronche en même temps qu’un paquet de mangas, comme les Américains ont fait avec leur culture aux lendemains des deux guerres mondiales ? C’est possible, ces choses-là ?

- Oui, répond Lao Tseu. Sauf chez les escargots !

- Mais pourquoi, Lao Tseu ? demandé-je, abattu, avant de m’endormir dans mon grand lit désert.

Et le philosophe de répondre :

- Ceux qui sont là juste pour regarder ou ceux qui donnent un coup de main en excédent sont encore plus dangereux avec des cornes.

9 octobre 2019

Consigne d'écriture 1920-05 du 8 octobre 2018 : L'Océan des Cent typos

L’Océan des cent typos

 

AEV 1920-05 Pepito Couv_45767

Pépito est un gentil petit corsaire à la frimousse rondouillarde coiffé d'un grand chapeau orné d'une tête de mort. Il est d’ordinaire en lutte contre le méchant gouverneur Hernandez de la Banane (surnommé tantôt « Sa Ventripotence » tantôt « Sa Corpulence », ou encore « La Mortadelle à Pattes » en raison de son tour de taille) qui, assisté du diabolique inventeur Scartoff, fait régner l'injustice sur l'île de Las Ananas. À bord de son navire « La Cacahuète », Pepito est aidé dans cette tâche par son second Crochette, les flibustiers Ventempoupe et La Merluche et un perroquet très bavard, Bec-de-Fer, auquel se joint un singe nommé Perruche.

Emportés par une tempête, Pepito et son équipage se retrouvent au milieu de l’océan des Cent typos. Ils vont errer d’île en île pendant un an. Les noms géographiques de tous les lieux de cet océan sont des noms de polices typographiques. C’est dire si les habitants ne manquent pas de caractère ! Chacun.e de vous écrit le journal de voyage pendant le mois qui lui est attribué et utilise la liste d’une vingtaine de polices qu’il ou elle a reçue pour en décrire les étapes.

JANVIER MARS MAI JUILLET
       
Aachen Rawlinson Roadway Helvetica Courier
Aldus Rockwell Helvetica Neue CourierHP
Antiqua Roman Swiss 721 Courier New
Aster Rotis Serif Highway Gothic DejaVu Sans Mono
Baskerville Sistina Impact Droid Sans Mono
Bell Souvenir Johnston/New Johnston Fira Mono
Bembo Stone Serif Kabel Fixed
Benguiat TheAntiqua Legacy Sans Fixedsys
Bitstream Vera Serif TheSerif Liberation Sans Fixedsys Excelsior
Bodoni Times Roman Lucida Sans Helvetica Mono
Bauer Bodoni Times New Roman Meta HyperFont
Bookman Versailles Modern HVDOSBox
Cambria Windsor MS Sans Serif HVEdit
Cartier Book Arial Myriad HVRaster
Caslon Avant Garde News Gothic HVTerminal
Clarendon Avenir Nokia Pure Letter Gothic
Computer Modern Bebas Officina Liberation Mono
Constantia Bell Gothic Optima Lucida Console
DejaVu Serif Benguiat Gothic Prima Sans Monaco
Espy Serif Bitstream Vera Sans Rail Alphabet Monospace
       
       
       
FEVRIER AVRIL JUIN AOUT
       
Friz Quadrata Calibri Revue MS Gothic
Garamond Century Gothic Rotis Sans MS Mincho
Gentium Charcoal Segoe UI OCR-A
Georgia Chicago Skia OCR-B
Goudy Corbel Stone Sans Prestige
Janson DejaVu Sans Syntax ProFont
Jenson Droid Sans Tahoma Sydnie
Legacy Serif Eras TheSans Terminal
Liberation Serif Espy Sans Tiresias Ubuntu Mono
Linux Libertine Nu Sans Transport alphabet Script
Literaturnaya Eurostile Trebuchet MS Auriol
Lubalin Graph Fira Sans Ubuntu AMS Euler
Lucida Bright Franklin Gothic Univers Apple Chancery
MS Serif Frutiger Verdana Lobster
Century Schoolbook Frutiger NEXT Amsterdam Old Style Scriptina
New Century Schoolbook Futura Portobello Zapf Chancery
New York Geneva Tema Cantante Zapfino
Nimrod Gill Sans TheMix Ashley Script
Palatino Grotesque Andale Mono Comic Sans MS
Book Antiqua Handel Gothic Bitstream Vera Sans Mono Dom Casual
       

 

SEPTEMBRE NOVEMBRE OCTOBRE DECEMBRE
       
Lucida Handwriting TITUS Cyberbit de base Tengwar Sindarin Punk
Tekton Unicode Wadalab Pythagoras
Cupola Y. OzFontN ALPHABETUM Pricedown
Curlz Apple Symbols Arial Unicode MS ( System
Script Bookshelf Symbol 7 Bitstream Cyberbit Tema Cantante
Stone Informal OpenSymbol Bitstream Vera Terminal
Blackletter Symbol Cardo Westminster
Fraktur Wingdings ClearlyU Renault
Rotunda ITC Kahana Code2000 Haettenschweiler
Schwabacher Jokerman Grasset Courier
Amienne Webdings Inuit Kristen (typeface)
Kochi Zapf Dingbats DejaVu Plantin
Minchō Ashley Inline Doulos SIL Denmark
Mona Bauhaus Everson Mono Unicode Consolas
Japanese Gothic Braggadocio Gentium Irregularis
MS Gothic Björk Junicode Lucida Sans Unicode
SimSun Computer Modern LastResort Nouvelle Gulim
Tai Le Valentinium Concrete Roman Lucida Grande  
Tengwar Noldor Cooper Black    
Tengwar Quenya Fixedsys    
       
       
       

Cette consigne est inspirée de l'article de Mathilde Meslin paru dans le journal Télérama n° 3636 du 18-09-2019 et consacré au projet de Jean-Malo Jarry, "L'Océan des cent typos".

AEV 1920-05 Article de Télérama 2 Récif de la comic sans

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8 octobre 2019

L'Océan des Cent typos : journal de voyage de "La cacahuète" / Jean-Paul

1er janvier.

AEV 1920-05 Pepito Cacahuète

Eh bien dites donc ! Ma doué béniguet ! Aussi vrai que je m’appelle Pépito je n’avais jamais vu un grain comme celui-là et je pense que nous l’avons échappé belle ! Quelle tempête, mes aïeux !
La Cacahuète, notre bien aimé navire, a résisté aux éléments déchaînés mais elle y a laissé des plumes. Des pelures, devrais-je dire. Le grand cacatois est par terre, ça désole Bec de Fer notre perroquet mais aucun des mâts n’est cassé. Maintenant que le vent est tombé les flibustiers Ventempoupe et La Merluche s’occupent à réparer mais j’ai bien peur que nous ne soyons déroutés pour longtemps. Les instruments de mesure du bord ne répondent plus : le sextant est tout mou, l’aiguille de la boussole tourne sur elle-même de façon démente et les cartes marines sont toutes délavées suite aux paquets de mer que nous avons encaissés.

Comble de malchance j’ai bien l’impression que nous sommes passés par le détroit de Clarendon ce qui nous ferait naviguer à l’heure actuelle dans l’océan des Cent typos. Si c’est bien cela, c’est une catastrophe. Les légendes des anciens racontent qu’il y a ici un certain nombre d’îles habitées par des monstres ou des peuplades inconnues aux moeurs bien plus cruelles encore que celles des plus fieffés pirates de La Tortue ou de Las Ananas.

Mais bon, je vais m’arrêter d’écrire pour aujourd’hui. Je vais remonter sur le pont avec une bouteille de ratafia de ma réserve personnelle : c’est la nouvelle année, quand même ! Ca se fête ! Buvons un coup, buvons en deux à la santé des jours heureux ou malheureux qui nous attendent !

2 janvier au matin.

AEV 1920-05 Pepito barque

« Terre à bâbord ! » a hurlé ce matin notre singe Perruche qui occupe là-haut le poste de vigie. Nous avons aussitôt mis le cap sur cette île car nous avons besoin de refaire nos réserves d’eau douce. Dans la longue vue, au fur et à mesure que l’on approche, je suis étonné par la forme du rocher au centre de l’îlot. Quelque chose cloche. On dirait bien que c’en est une. Une cloche. Mon second, Crochette, à qui je me suis ouvert de mes inquiétudes à propos de San Tipo, enfin de l’océan des Cent typos, est allé farfouiller dans sa bibliothèque. Ses livres et parchemins n’ont pas souffert de l’orage car il les a enfermés dans un coffre du genre île au trésor. Il a trouvé quelque chose de très intéressant, un vieux bouquin du quinzième qui s’appelle « Les îles qui ont du chien » par Daniel Baskerville. En consultant l’index à l’entrée « cloche » nous avons pu déduire, d’après la description faite à la page 38, que nous étions en présence de l’île de Bell.

2 janvier au soir.

AEV 1920-05 Pepito Bec en fer

La Cacahuète mouille dans une baie agréable, un lagon bleu pervenche bordé de deux plages blanches et de cocotiers bien garni. Après avoir jeté l’ancre Ventempoupe a mis une chaloupe à l’eau et nous sommes allés ensemble à terre avec Bec-de-Fer qui voletait au-dessus de nous. Ce perroquet est fort utile. Il nous sert d’interprète. Je ne sais quel âge il a exactement mais à force de voler d’île en île et de répéter tout ce que disent les autochtones lui et ses congénères sont devenus polyglottes. Ils sont d’ailleurs tellement bavards que nous nous demandons parfois s’ils n’ont pas plus d’une glotte.

Nous avons caché la barque sur le bord supérieur de la plage et nous avons grimpé vers les hauteurs. L’île semble inhabitée. Il nous a fallu tracer notre chemin en découpant à la machette les broussailles qui ont poussé au pied des cocotiers. Il y a une odeur très sucrée dans l’atmosphère, c’est très agréable et cela donne une impression de chaleur au creux de l’estomac. Au fur et à mesure que nous montons le sol de couleur marron devient lisse et brillant. Bien vite il ne nous est plus possible d’avancer car ça grimpe trop et nous nous retrouvons au pied d’une haute falaise. Ce territoire semble réellement avoir été coulé dans un moule. Ce qui est posé là sur ce qui devait être auparavant un îlot sablonneux, c’est une cloche géante fondue dans une matière inconnue.

Nous sommes revenus sur nos pas, avons repris la barque. L’équipage va débarquer et nous allons bivouaquer ici pour la nuit.

3 janvier au matin.

On a été réveillés à matines par la sonnerie des cloches. En fait ça a été un coup d’escopette tiré par une matrone bien poudrée. C’est une voix de femme qui nous a sonné les cloches :

- Kès vouf outéla ? Cécheunou issitte ! Doucé kvou zète ? Téquila touah ?

Bec de fer a traduit :

- Que faites-vous ici, messieurs ? Vous vous trouvez actuellement sur un terrain privé. D’où venez-vous et qui êtes-vous ?

J’ai expliqué à la dame que nous ne pensions pas à mal et que nous nous apprêtions à repartir après une nuit passée sur la terre ferme. Moyennant quoi un autre Iroquois est venu la rejoindre. Peut-être était-ce son mari ou son compagnon, on ne sait plus comment dire maintenant avec toutes les sortes d’unions qu’on voit aujourd’hui.

- Nous sommes Constantia et Caslon Bodoni, fournisseurs officiels de sa Sainteté le Pape en chocolat de Pâques. Peut-être souhaitez-vous, avant de repartir, visiter notre usine ?

Le mot « usine » était inconnu de Bec de Fer et de nous-mêmes mais le ton de l’insulaire était devenu très civil pour ne pas dire bien urbain. Bec de Fer a traduit notre « Très volontiers, cher Monsieur » en « Pakinpeu Monpott » et le couple de « chocolatiers » nous a emmenés vers la cloche.

Là-même où nous avions rebroussé chemin hier il y avait un sentier étroit que nous avons suivi sur près de cinq cent mètres. Nous avons débouché sur une place et vu dans le rocher marron un grand portail ouvert par lequel nous avons pénétré dans une manufacture. Dans l’immense cloche en chocolat des ouvriers s’activaient en tapant à la pioche à en extraire de gros morceaux. Plus loin des dames en tablier coiffées de toques blanches faisaient fondre ceux-ci et versaient le liquide obtenu dans des moules rectangulaires.

- Nous n’avons jamais vu cela ! avoua Ventempoupe. Ca a l’air bon, en plus !
- Séduj amévuh ! Séd labalh ! a traduit bec de Fer

Normal, répondit Caslon Bodoni. Le secret est bien gardé. Votre pape ne tient pas à ce que le chocolat se répande dans le monde. Avec le chocolat, plus besoin de religion, le paradis est sur la Terre, plus besoin de croire, d’obéir et de subir.

Dans la langue originelle nous avons entendu « Motus papus secretus chocolatum dynamitam ».

Après qu’il eut dit ça nous avons commencé à craindre pour nos fesses. Puisque nous étions désormais dépositaires du secret, quel sort allait être le nôtre ? Les Bodoni ont dû sentir notre inquiétude car ils nous ont dit :

- Vous pouvez reprendre la mer tranquillement. Vous ne risquez pas de raconter cette histoire à qui que ce soit. Nous seuls, dans l’océan des Cent typos, connaissons le seul chemin qui mène à Rome.

Ce que Bec de Fer n’a même pas eu besoin de traduire :

- Passortih de l’oberjum, Pepito !

Les illustrations sont bien évidemment de Bottaro, auteur de la bande dessinée Pépito.

2 octobre 2019

Consigne d'écriture 1920-04 du 1er octobre 2019 : Logorallye des mots qui se terminent par m

Logorallye des mots qui se terminent par "m"

 

Insérez au moins dix de ces mots dans votre texte :


Adam - Akim - Album - Amsterdam – Am stram gram pic et pic et colegram – Aspartam - Barnum – Bas Dim – Bethléem - Boum - Bubble-gum – Capharnaüm - Carpe diem - CD-rom - Chalom – Champagne Momm - Chum - Com - Condom - Criterium – Daim - Dam - Diam - Dom-Tom - Duodenum - Edam - Eminem - Eram - Film – Glam - Gym - Hamam - Harem - Harlem - Hum ! - Idem - Item - Jam-session - Jean-Hicham - Jeroboam - Jérusalem – Jim Morrison – Kim Basinger – Les 500 millions de la Bégum - Lingam - Loukhoum - Magnum - Mathusalem - Maximum - Miam-miam - Minimum – Modem - Myriem - Napalm - Nem – Nom – Prénom - Oncle Sam - Optimum – Padam Padam - Panam - Pantoum - Pensum - Péplum – Pim Pam Poum - Pom-pom girl - Poum ! - Priam – Quidam - Ramdam - Rectum - Requiem - Référendum - Rhum - Rom - Rotterdam – Rue d’Ulm – Sachem - Salam alaykoum - Sélim - Siam - Sim - SIVOM – Slim fast - Sternum - Stockholm – Summum - Surboum - Surinam - Tam-tam - Tandem - Tangram - Tim-Burton - Tom-Tom et Nana – Totem – Toutim - Tram - Vademecum - Verbatim - Vietnam – Vroum vroum ! - Webcam - Wilfredo-Lam - Wilhelm-Storitz - Zim-boum-tra-la-la - Zoom

AEV 1920-04 Vietnam

1 octobre 2019

Amsterdam / Emma (invitée d'honneur)

Après le film "Ben Hur", t'as eu ta période péplum. T'as voulu voir Jérusalem et on a vu Jérusalem : shalom Meriem, shalom Yerushala'im ville d'or, de cuivre et de lumière… T'as voulu voir Capharnaüm et Bethléem et on a vu tout le toutim des royaumes de Judée, où Mathusalem vaut deux Jéroboam.

T'as vu "Le Miniaturiste", alors t'as voulu voir Amsterdam, et on a vu Amsterdam. À Amsterdam, (disait Gilbert, un quidam sociologue), il y a les dames dans les vitrines, dans les hammams, il y a des vélos et des trams, des florins avec des diams, il y a Van Dam, du haschich par kilogrammes.

De même que pour l'éternité Vietnam rime avec napalm, pour Amsterdam, qui dit rime dit dame, dam dam dam, une prédisposition, en somme.

Jacques a dit : Dans le port y' a des marins qui dorment… comme des oriflammes (là la rime rame) et meurent pleins de bière et de drames (Damn it!) qui reboivent encore à la santé des putains d'Amsterdam. Alors jaloux, Léo a dit : On n'sait pas bien s'il faut s'taper l'poète ou s'taper la putain... d'Rotterdam (bof !).

Comme on était dans le coin et que t'avais adoré "La Tulipe noire", on a fait un saut à Haarlem.

Du coup t'as voulu voir Harlem, mais je te le dis : je n'irai pas plus loin, je reste à Paname, t'iras toute seule chez l'oncle Sam !

1 octobre 2019

Du schproum sous le wigwam / Jean-Paul

AEV 1920-04 bégum

Je ne sais pas qui c’est, la Bégum. Elle fait très mal sa com. Mais si c’est une femme et qu’elle porte des bas Dim et de la lingerie Princesse Tam-Tam, je veux bien l’épouser, la Bégum ! Mon pote Jules Verne m’a dit qu’elle possédait cinq cent millions. C’est une sacrée somme !

Souvent, comme ça, je me fais des films dans mon wigwam. Je deviens le rappeur Eminem, je tourne dans un péplum de Tim Burton avec Kim Basinger. Dans son nombril elle a un diam et nous buvons du champagne Momm par magnums entiers à même ses escarpins Eram. Je lui parlerais bien de condom et de lingam et je m’allume le feu rien qu’à l’idée de son yoni mais sa seule envie à elle c’est de jouer au tangram en bouffant des loukoums. Pas question que je sois son chum, même par intérim !

Je mets tout ça sur le papier. Mon wigwam est un scriptorium. Quand je serai grand je serai un écrivain de renom, je ferai de ces notes des romans fleuves, des slams, des poèmes, des pantoums, je serai plus connu que l’auteur de « Millenium » dont j’ai hélas oublié le nom. C’est mon American dream à moi, petit papoose scribouilleur né au pays de l’oncle Sam. Encore que pour nous, les Amérindiens, ce blanc-là est plus tabou que nos totems. Dans leur album de famille les yankees ont certes les pom-pom girls, le LEM lunaire et le nain Atchoum mais ils ont aussi la guerre du Vietnam avec ses flots de napalm et, auparavant, l’extermination de mes ancêtres. Sont pas toujours très glams, les rois du bubble-gum mais bon c’est comme partout depuis le père Adam jusqu’à Jim Morrison, l’histoire des pays c’est souvent un showroom de coups dans le sternum, de coups de pieds au rectum, de Pim ! de Pam ! de Poum ! et Pan sur l’astronome : un maximum de gym sous la toile du barnum et nous idem on a morflé comme dit Wilfredo Lam – c’est notre grand sachem, il ressemble au golem et il fume au chillom autre chose que du thym –.

L’écriture est mon opium. Mes voyages avec elle, c’est un summum. Hier encore j’étais à Paname. Je roulais en tandem, avec Edith, la Môme, la petite en robe noire. Elle chante « Padam, padam » et moi je bois le rhum. Elle m’a emmené rue d’Ulm à l’heure de miam-miam. On a mangé des nems chez un natif du Siam et puis on a fini de chanter Carpe diem dans le harem pas triste d’un joueur de cymbalum qui venait des DOM-TOMs. Il y avait un hammam et des jéroboams dans cette vieille surboum d’avant Mathusalem. Au grand dam de l’Histoire et de la presse people il n’y avait pas de webcam encore moins de CD-rom pour fixer cette orgie de schnouf à l’aspartam à l’issue de laquelle Edith a expiré dans mes bras en même temps que Jean Cocteau dans ceux de Jean Marais.

Je leur ai chantonné un petit requiem. On les a emmenés jusqu’au funérarium puis au crématorium puis au columbarium et le lendemain matin de ces hauts et ces bas, j’ai filé au Bourget – j’aime les aérodromes – j’ai pris un vol de la Panam en direction de Rotterdam ou d’Amsterdam ou de Stockholm, je ne sais plus, mon verbatim est imprécis. C’est qu’à ce moment-là j’ai arrêté d’écrire vu qu’il y a ma mother qu’est entrée dans l’ wigwam où c’ qu’on entendait «Boum», la chanson de Trénet, sur ma chaîne stéréo.

- C’est quoi ce bordel, Jean-Hicham ? T’es quand même un drôle de quidam ! Tu vas m’arrêter ce ramdam, et ramasser tes criteriums et tes papiers chargés de notes. Range-moi tout ce capharnaüm et viens te mettre à table, on mange ! ».

Je ne sais pas pour vous mais moi les parents trop directifs, j’en ai ras le duodenum ! Viv’ment que j’ rencontre la Bégum !

AEV 1920-04 tribu-terrible

La série "La Tribu terrible" de Gordon Bess a été diffusée
dans l'hebdomadaire franco-belge de bande dessinée Tintin de 1969 à 1990.

1 octobre 2019

Hexamètres pas miam ! / Adrienne (invitée d'honneur)

Venu à Amsterdam
Ecouter José van Dam
Il a fait un ramdam
Quand devant la webcam
D’une boutique Eram
Il a vomi l’édam
Sur les pieds d’un quidam
Au passage d’un tram…
Non ce n’est pas très glam !

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