Elle partit à moins d'un kilomètre Chez le voisin Qui avait gardé raison Et ne mangeait que des légumes de saison : Les carottes sont cuites !
Elle remplit son autorisation ; Il n'y avait point de case pour : " Je quitte un cochon, Je pars à moins d'un kilomètre À 11 h ! »
Mais d'heure de retour il n'y avait point. Elle se fit arrêter Par la maréchaussée.
Petite parenthèse culturelle : - Chausse tes bottes ! La marée monte ! Il faut se chausser ! C'est la marée chaussée ! Fin de la parenthèse !
- Votre domicile vous ne pouvez quitter Il faut y retourner Et le cochon supporter !
- Je n'ai point d'autorisation Pour faire le chemin à l'envers !
- Vous me prenez pour un con ? Dit finement le garde-chiourme, Retournez à votre maison Il faut garder raison !".
Elle fit demi -tour Rentra chez elle Et le trouva affalé, Le souffle arrêté, Artères bouchées.
Le coeur a lâché De s'être trop "groin fré "
Alors mes amis Prenez garde à vous ! Sucre, gras, apéro , gâteaux, Faites attention : Avec modération ! Que l'on puisse tous se retrouver Quand le confinement sera levé !
Voilà bientôt une semaine qu’un petit virus a ouvert les yeux de quelques inconséquents qui ne voulaient pas entendre le cri d’alarme de certains soi-disant pessimistes qui prévoyaient notre perte à brève échéance. Certains n’en sont d’ailleurs toujours pas convaincus malgré la rudesse de la leçon.
Et pourtant, pourtant je n’ai-aime... Hola ! Je m’égare. Un des effets de la maladie ? Il paraît qu’elle prend plein de formes différentes, à tel point qu’on ne sait plus à quel saint se vouer.
Bientôt une semaine, disais-je, que nous sommes assignés à résidence et c'est plus facile pour certains que pour d’autres. Mieux vaut une maison à la campagne avec jardin et petits oiseaux (on dirait qu’ils sont plus nombreux en ce moment) qu’un vingt mètres carrés pour 5 en banlieue.
Ici, une semaine ce n’est pas le Pérou, le congélateur est rempli, à la campagne on a l’habitude, c’est loin pour faire les courses. On a ressorti la machine à pain qui dormait depuis que le virus de la flemme nous avait contaminés, la yaourtière aussi et le voisin produit du lait... enfin, ses vaches.
Mais voilà, on nous dit que cette saleté de virus donne la fièvre et qu’il faut vérifier tous les jours si on ne veut pas contaminer son prochain en allant faire ses courses. Mais, j’ai beau me toucher le front, ça ne me dit pas si j’ai dépassé la cote d’alerte et ici il n’y a pas de thermomètre.
Alors, de ma plus belle plume j’ai rempli le formulaire ad hoc :
Je soussigné madame Amélie Chaudevant née le 21 Janvier 1935, demeurant 19, rue Fahrenheit à La Touche Tison.
Je coche la case "Déplacement pour effectuer des achats de première nécessité dans des établissements autorisés".
Je sors ma vieille 4L du hangar et en route pour l’aventure. Il fait beau, le soleil brille, pas un homme dehors (d’habitude on dit « pas un chat ») mais des chats, y’en a partout, à croire qu’ils ont eu une autorisation spéciale. Pour une fois, je suis tranquille sur la route, moi qui suis toujours tremblotante au volant, le pied prêt a appuyer sur la pédale du frein, je roule gentiment vers la pharmacie, la route est à moi.
Eh ben pour une surprise c’est une surprise, la queue jusqu’au milieu de la rue ( déserte la rue, manquerait plus qu’on se fasse écraser).
Alors faute de sortir son mètre ruban, chacun estime la distance légale qu’il doit respecter pour ne pas se faire héler par un drone ( ça ne risque pas à La Touche Tison !) ou se faire postillonner à la figure par un contaminé. Ici on rentre trois par trois et une préparatrice - la chanceuse, elle a un masque ! - fait la gendarmette quand une petite dame remonte la file en vociférant :
- Moi, je suis prioritaire, ma maman a un cancer et il lui faut en urgence, un masque de protection.".
La pauvre, comme si ça ne pouvait pas attendre une heure de plus, à croire que le virus fait exprès de rentrer chez les gens quand ils sont seuls.
- Ben moi, je vois pas pourquoi vous passeriez devant, la mienne c’est bien plus grave, elle n’a plus de rein et elle est dialysée".
Elles vont se battre, c’est sûr, c’est à celle qui a la malade la plus malade. Une cliente intervient pour tenter d’éviter le pugilat .
- Passez devant, Madame, et expliquez votre cas à la pharmacienne !".
- Pourquoi elle passerait avant nous ? Y’a pas de raison !".
Et tout le monde se rapproche pour ne rien rater de la conversation.
- Oh la la ! Les distances, messieurs, mesdames, les distances, les distances !" crachote un vieillard cacochyme.
Que fais tu là, Amélie ? que j’me suis dit. Peut-être bien que le virus est moins dangereux que tous ces angoissés à la queue leu leu ? Retourne donc dans ton jardin !
J’ai repris ma vieille 4L pétaradante et je me suis dit que la meilleure façon d’échapper à cette sale bestiole c’était bien de rester au chaud à la maison et de cultiver mon jardin pour garder la forme et qui sait... Peut-être faudra-t-il attendre après la prochaine récolte avant de pouvoir se dé-confiner ?
Je soussignée Rose Ecolo née le 17 Mars 2010, j’habite une cabane en haut d’un chêne au fond du jardin de mes parents, le long de la Vilaine. J’ai dix ans et je suis élue au conseil municipal des jeunes de Cesson-Sévigné.
Je dois absolument me déplacer pour aller rencontrer le futur nouveau maire, il piaffe d’impatience le pauvre !!! Ça démarre assez mal pour lui ce mandat : impossible d’organiser la séance d’intronisation !
Je dois le rencontrer, cette pandémie doit le faire réfléchir et moi je n’arrête pas de réfléchir, je pense même qu’on doit voir sortir de ma cabane une fumée verte, le soir, avant le couvre-feu.
NON, NON la fin du monde n’est pas pour tout de suite, nous pouvons réagir !
Ce confinement un peu difficile à vivre (je passe des heures avec les copines à refaire le monde) a bien des côtés positifs. J’ai décidé d’aller expliquer à M. le maire le sens du mot SOLIDARITÉ que je vois surgir au détour de chaque connexion ou quartier, un groupe d’entraide sur Facebook, des voisins qui sirotent un thé à bonne distance assis au bord de leurs jardins, les goûters Skype, les appels chez les mamies pour aller faire les courses et finalement nos parents qui télétravaillent et passent en mode no stress ! J’ai le plaisir de savourer les petits plats maison concoctés par papa ou maman, d’organiser des parties endiablées de jeux de société en famille et d’apprécier une ambiance plus sereine à la maison et tous ensemble on se serre les coudes pour les devoirs envoyés par nos professeurs…
Le maire, il ne l’a même pas mis dans son programme le mot solidarité alors que déjà, quand il est mis, on a du mal à s’en souvenir.
Et puis j’ai une deuxième impérieuse raison de me déplacer pour le rencontrer lui et son équipe. Un autre mot qui me tient à cœur, du haut de mon chêne en contemplant la Vilaine et en écoutant le chant des oiseaux si fort depuis que la circulation s’est arrêtée, c’est le mot ÉCOLOGIE.
Il est vrai qu’avec un nom de famille comme le mien, je suis tombée dans un pot vert à la naissance. Le vert ne manque pas autour de moi mais lors de nos réunions, dès que l’on parle d’autres sources d’énergie pour chauffer les écoles, de repas bio et locaux, de pistes cyclables sécurisées, on nous répond que nous pouvons toujours aller récolter les détritus le long de la Vilaine…
Réfection de la piscine sans l’ombre d’une énergie renouvelable !!!
Nous, nous y croyons à un changement radical même si nous n’avons que 10 ans, nous sommes prêts, nous semons chaque jour des milliers de petites graines et vous allez voir éclore le début d’un nouveau monde !
Un vilain virus décime la population. Ce n'est pas comme la peste ou le choléra, on n'en meurt pas forcément. Quoique de la peste et du choléra je crois qu'on ne mourrait pas forcément non plus.
Alors pour éviter que les uns ne contaminent les autres, devant cette épidémie galopante, le gouvernement a pris des mesures drastiques. « Restez chez vous ! » est le mot d'ordre. Et c'est le confinement général. Eh bien, quand on habite en appartement, mieux vaut ne pas souffrir de claustrophobie.
Je suis ces consignes à la lettre. J'ai 87 ans et si cette bébête m'attaquait les dégâts pourraient être violents, je pourrais en mourir. Même si j'ai peut-être atteint la date de péremption, mourir ne fait pas partie de mes objectifs immédiats.
Alors je reste bien sagement à la maison. Mais il y a parfois des cas de force majeure. Comme acheter de la nourriture pour ne pas mourir d'inanition à défaut de mourir du coronavirus.
Donc lundi après-midi me voici partie pour la supérette voisine. Je pensais naïvement qu’en plein milieu de l'après-midi il y aurait fort peu de monde. Que nenni, le petit magasin était rempli comme un œuf par des gens qui, craignant des ruptures de stock, faisaient des réserves.
Impossible de respecter la distance d’un mètre préconisée. Encore plus avec cette petite vieille (au moins autant que moi) qui me collait.
Comble de contrariété, le rayon des viandes avait été dévalisé. Pour avoir une dose minimum de protéines je me suis rabattue sur des produits préparés, ce que je n'achète jamais d'habitude.
Je suis quand même sortie indemne de cette aventure. Reste une petite inquiétude, je crois qu'il y a une période d'incubation.
A partir du mardi le confinement est devenu plus rigoureux, dorénavant il faudra se munir d'une sorte de «laisser circuler» avec motif qui tienne la route.
Me voici donc chez moi avec des provisions pour une bonne dizaine de jours. Les premiers jours ça va, je trouve de quoi m'occuper. Faire des bricoles que l'on remet toujours au lendemain car cela peut attendre. Et puis je lis, j'ai la chance d'avoir encore de suffisamment bons yeux pour m'adonner à ce vice. Je regarde la télé, je finis par m'attacher aux personnages que je vois. Et je surfe sur internet. Quoi, cela vous étonne ? Que croyez-vous ? Je me sens encore jeune dans ma tête chenue et toute ridée.
Dans cette pauvre carcasse il y a un petit cœur qui bat et qui sait s'émouvoir. Il y a aussi un cerveau encore en état de marche, alors je reste curieuse, je m''informe.
Bon, ce n'est pas le tout, il va falloir que je me ravitaille et donc que je me rende au supermarché. J'aurai peut-être la chance de trouver des rayons approvisionnés. Que me faut-il pour être autorisée à me déplacer ? Il faut une attestation de déplacement dérogatoire, à remplir sur l'honneur. Alors voyons :
Mme Adélaïde de Chincholle Née le 29 février 1933 Demeurant 2 impasse des Glaïeuls 94510 La Queue en Brie
Je coche la case indiquant «déplacement pour effectuer des achats de première nécessité» et me voici pourvue du précieux laisser-passer.
Et même si cela comporte des risques, cette sortie sera une bouffée d'oxygène, car cette assignation à résidence devient un peu pesante.
Je soussignée, Rose Nichon Née en 1920 à Trifouilly-les-Oies Certifie que mon déplacement est lié au motif suivant :
x déplacements pour effectuer des achats de première nécessité dans des établissements autorisés (liste sur gouvernement.fr)
J’ai rempli mon papier. Il faut bien que je mange, quand même ! A mon âge, on a encore de l’appétit. Je ne sais pas si notre petit Mammouth, comme on appelle l’épicerie chez nous, fait partie des établissements autorisés. Pas grave. Notre village, c’est pas comme à Paris, on n’a pas de gendarmes.
Qu’est-ce que c’est que ce Coranavirus ? On entend plus que ce mot à la radio et à la télé. Mon voisin parle de Covid 19. C’est plus chic, plus scientifique pour lui qu’est un peu snobinard !
Comme si on pouvait être snob à Trifouilly !
En plus, il n’arrête pas de me dire « Rosita, reste chez toi, lave-toi les mains, tousse dans ton coude, je peux te faire tes courses. »
Pour qui il se prend ? Il croit qu’il est jeune alors qu’il a presque 75 ans !
J’ai quand même pris ma canne et je suis partie dans le patelin pour acheter mon pain, des nouilles et du jambon. Eh bien, à l’épicerie, il y avait la queue jusqu’à l’église. Chacun prenait ses distances. Y’en avait des masqués qui disaient pas un mot, des tristes comme un bonnet. Grand silence dans les rangs, comme si en parlant ou en riant, le virus allait foncer sur nous.
Après 1h d’attente, j’ai pu rentrer dans l’épicerie avec 3 autres Trifouillais. On nous a prévenus : une baguette par personne, y’avait plus de nouilles alors j’ai pris le dernier paquet de riz et il n’y avait pas de jambon non plus, j’ai mis les 3 derniers oeufs dans mon panier. Comme j’aime bien la bière, je me suis pris 2 Corona. Y’en avait une étagère entière. Faut dire que personne se jette dessus à cause du nom.
Je suis rentrée chez moi sans croiser personne. Pas une voiture, pourtant j’aime bien quand elles s’arrêtent pour me laisser passer. Je prends mon temps, je me détourne et je lève ma canne pour les remercier, çà les calme ces gens si pressés.
C’est le printemps. Il y en a qui disent que c’est la fin du monde. Moi j’y crois pas. Il fait soleil, les arbres sont en fleurs. Sans le bruit des moteurs, on entend les oiseaux chanter. Bientôt je fêterai mes 100 ans. Pourvu que ça dure ! Vive la vie !
Le virus Covid-19 a fait une première victime dans notre ville.
Jeudi matin, Mme Germaine-Pélagie-Thérèse Uncable a quitté précipitamment son domicile pour se rendre à l’appartement où vit sa mère, âgée de 86 ans. Elle y a sonné à la porte de la voisine de sa maman afin de lui défoncer le crâne à coups de marteau.
Sur son attestation de déplacement dérogatoire, elle avait coché la case “déplacements pour motif familial impérieux, pour l’assistance aux personnes vulnérables”. Selon ses premières déclarations à la police après son arrestation, il semblerait qu’elle ne voyait plus que cette ultime solution pour protéger sa mère, la voisine la mettant en danger par des visites quotidiennes alors qu’elle voyait aussi de nombreuses autres personnes de tout âge.
On craint que d’autres cas similaires ne se présentent : tous les psychologues s’accordent à dire que le confinement rend extrêmement susceptible, voire irascible.
Je soussigné : Roan VICORUS Né le 17 novembre 2019 Demeurant : 3, place du Marché à WUHAN en Chine certifie que mon déplacement est lié au motif suivant :
□ déplacement pour assistance à personne en danger.
Je suis né un certain jour de novembre dans un pays lointain et, tout surpris de découvrir un monde complètement désorganisé, angoissé, pressé et courant à toute vitesse à sa perte, je me suis dit qu’il était urgent, ô combien, de changer ce monde.
Petit et même minuscule, il m'était aisé de me glisser partout. J'ai tout d'abord essayé d'alerter mes proches : ils n'étaient pas préparés, il se sont affolés, ils n’ont pas supporté, ils sont morts. Certains ont voulu fuir, je les ai suivis et là encore dans un nouveau pays ils ont paniqué, c'était l’hécatombe.
J'ai poursuivi ma route, personne n'a entendu mon message, ils ont fermé les yeux, ils ont bravé les interdits, ils se croyaient invincibles comme dans un film, ils jouaient le rôle du héros, bien décidés à m'anéantir. Ils ont même organisé des élections pour élire le meilleur, le sauveur.
Jusqu'au moment où ils ont pris conscience de la gravité de la situation. Ils ont alors voulu se préserver. Les voilà maintenant tous enfermés dans leur appartement ou leur maison. Dans les grandes villes, c'est l'exode, ils vont tous à la campagne, en Bretagne où l'air leur semble plus respirable.
Je n'ai pas voulu tout ce chambardement, seulement leur donner un petit avertissement sur leur vie qui s'en va à vau-l'eau.
Je sais qu'un jour prochain sans doute, je vais m'épuiser, avoir envie de me reposer moi aussi et faire preuve d'un peu de bienveillance.
Je me sais aussi mortel et moi aussi je vais quitter cette vie, je suis petit, tout puissant, ma puissance au service de la prise de conscience, et demain, avant de m'éteindre, je pourrai constater l'étendue des dégâts, mais aussi les effets positifs de ce qu'ils appellent le « confinement » : ils auront alors eu le temps de développer d'autres valeurs, de respect de leur environnement, de solidarité, de bienveillance et que sais-je encore.
Moi, Roan Vicorus, je ne vous veux pas plus de mal, juste préserver votre monde pour le mieux-vivre de vos enfants. Vous ne m'avez pas laissé le choix, toutes les guerres n'ont fait qu'aiguiser votre soif du « toujours plus ». Réveillez-vous, réveillez votre âme d'enfant. Voyez comment l'innocence des plus jeunes est préservée.
Résistez et croyez en vos capacités de changement, plus rien ne sera comme avant, demain sera un nouveau monde.
Monsieur LECHAT Né à : la mi-août Demeurant : Rue du Chat qui pêche à MINOUVILLE
Certifie que mon déplacement est lié au motif suivant
J'ai trempé ma papatte dans l'encre de l'absurde et j'ai coché la dernière case :
Déplacements brefs, à proximité du domicile, liés à l'activité physique individuelle et aux besoins des animaux de compagnie.
Mais que se passe-t-il ? Quel charivari ! Les voilà tous planqués chez eux, aucune voiture à circuler dans notre rue, bon, ça me fait des vacances mais d'un autre côté avec les pistons à l'arrêt plus de capots chauds pour ronronner comme un moteur au doux soleil de printemps.
C'est une autre vie qui commence. Je vais reprendre une de leurs expressions favorites : ils sont toujours dans mes pattes. Moi mon déplacement bref que je vous demande c'est pour visiter la chatte de la voisine, elle a tellement de charme, et entre nous un beau châssis. Mais comme la voisine est confinée elle ne sort pas beaucoup la minette. Elle profite des caresses de sa maîtresse, la traîtresse. J'en suis tout chagrin et du coup réduit à la chasteté. Moi qui ne suis même pas châtré !
Il faut bien que je sorte, mes maîtres occupent mes places favorites. Il y en a toujours un sur mon canapé, sur mon lit, oui, oui, celui que j'occupe quand ils sont partis. En plus ils font du bruit, allument la télé pour des infos et des infos et encore des infos. Si encore c'était « Tom et Jerry » ou « Les Aristochats » ! Même « Le chat du rabbin », cet imposteur qui prétend avoir la parole, je pourrais le supporter. Mais le coronavirus je n'en peux plus. Moi quand j'ai des puces je m'en occupe tout seul et pour me laver les coussinets je suis le roi de la propreté.
C'est que je suis un vrai chat, moi, aux poils caramel et aux yeux châtaigne, pas un Azraël ou un Garfield, ces petits tigres de papier, ces vedettes de librairie qui croient avoir droit au chapitre. Et ne me parlez pas de ce gros chat dodu, faux frère, dit « le chat de Geluck » campé sur ses deux pattes et habillé comme un pacha, un vrai charlot celui-là. Maître en charabia.
Voilà ma vie bien chamboulée, Moi qui aimais tant les voir partir faire des achats ou aller au spectacle. J'en profitais pour aller à la chasse ou pour me chamailler avec les autres chats du quartier. Ce que j'aimais chahuter Chatouille, le chat de Léna, ce gros poilu aux yeux chatoyants !
Et j'aimais aussi les voir revenir, ma maîtresse parfois chapeautée pour les grandes occasions ou enveloppée dans son châle quand la chaleur s'était dissipée. Je les accueillais chaleureusement.
Maintenant, voilà mes maîtres confinés et mon cœur bat la chamade. Mais ils ne semblent pas malheureux, c'est un peu comme un challenge pour eux de commencer une vie de chat. Tous les habitants de la rue font pareil, « chacun dans sa chacunière » disait autrefois ma charcutière madame Chapon. Chaque vie sauvée est une victoire, mes petits chatons lecteurs. Et si je fais ma chattemite c'est que peut-être un jour j'aurai besoin de vous et de votre charité.
Je soussigné KASTIC, Jules-César né le 29 février 1945 demeurant 7, rue Jean-René Xagères à 35000 Rennes avoue que j’ai déjà oublié la chronologie exacte du début de la fin du monde.
Déjà on aurait dû se douter, dès le début du mois de mars, qu’il nous arriverait des bricoles : le 13 était un vendredi ! Maintenant on a la confirmation que les superstitieux ont raison. Mais même ce jour-là on pouvait encore se balader le nez au vent avec un appareil photo, attendre les mômes pour la dernière fois à la sortie de l’école. Non, je ne distribue pas des cachous, j’attends juste les carnavals et les fêtes qui n’auront plus lieu. C’est ce soir-là ou la veille qu’on a interdit les rassemblements de plus de cent personnes.
Malgré cela, le samedi, on était aussi nombreux qu’à l’habitude à faire nos courses sur le marché des Lices. Les libraires de la place Hoche avaient encore droit de cité. Le samedi soir on est passé au stade 3 de la lutte contre l’épipandémie… mais le lendemain il n’était pas interdit d’aller voter ! C’est ce qu’on a fait, à la queue leu leu, un mètre les uns derrière les autres dans le couloir de l’école primaire. Preuve que c’était encore de la rigolade, l’adjoint au maire qui officiait a pris ma carte d’identité et ma carte d’électeur avec ses gros doigts non gantés. J’ai brûlé le tout en rentrant pour ne pas être infecté. Germaine, mon épouse, était tellement perturbée par tout ce cirque qu’elle a écrit son nom en capitales sur le registre au lieu de signer.
Après ils ont été tellement vexés d’avoir perdu les élections, d’avoir encaissé un taux d’abstention de 50% et surtout d’avoir vu les gens qui ne les écoutaient pas et allaient se promener au soleil du printemps, en groupes, dans les parcs et jardins qu’ils ont confiné tout le monde et qu’ils ont tout fermé !
A pus bistrot ! A pus restau ! Plus de ciné ! Plus de biblis ! Plus de mémés dans les sorties !
Juste aller chercher à bouffer et rentrer. C’est ce qu’on a fait le lundi matin à 9 heures. D’habitude j’y vais seul, faire les courses avec mon petit panier qui donne l’air d’un con, mais là Germaine a voulu venir avec son ® caddie. L’hypermarché habite à un kilomètre de chez nous ; on y est allés à pied sans croiser personne. Mais une fois là-dedans, tudieu, quelle cohue-bohu ! On a passé une heure dans les allées et une heure à poireauter pour payer !
Pas moyen de se frayer un passage au rayon conserves de légumes ! A côté un paquet de spaghettis, éventré, rendait glissante l’allée des bonnes pâtes. Les gens avaient dû se battre pour le dernier paquet de Panzani.
Quelle ambiance, cette fin du monde ! Nous aussi on a été pris de folie et on a fait n’importe quoi ! J’ai acheté deux plaques de chocolat au lieu d’une, deux paquets de riz, un paquet de café, des tortillons Turini alors que j’avais fait le plein de ça la semaine précédente et qu’on ne mange des pâtes qu’une fois par semaine ! Il n’y avait plus de gaufres liégeoises en rayon ! Dévalisés par les Belges d’honneur du coin ! J’ai acheté des gaufres Rita au café, les seules qui restaient, alors que je n’aime pas trop ça et que je sais fabriquer moi-même les meilleures gaufres flamandes de toute l’Ille-et-Vilaine !
Germaine a racheté du papier hygiénique, que j’avais fait le plein sans même prévoir la crise il y avait huit jours. On aurait été aux Etats-Unis, on revenait avec un 22 long rifle pour se défendre pendant le couvre-feu à venir ! Bref, on a été bien heureux de sortir de là !
Et puis mardi mon beau-frère nous a avertis par mail qu’il faudrait un Ausweis pour circuler ! Une « attestation de déplacement dérogatoire » ! Fort heureusement non tamponnée par la Kommandantur ! On l’a imprimée, on a coché la case « déplacements brefs à proximité du domicile, liés à l’activité physique individuelles des personnes et aux besoins des animaux de compagnie » et on est allés faire un tour de vélo le long de la Vilaine.
Depuis, c’est la rég-pression totale ! On n’entend plus que des commissaires de police au « Téléphone sonne » sur Radio-Paris. On ne parle plus que d’amendes à régler si vous n’avez pas d’Ausweis, que vous rencontrez un Feldgendarm et qu’il n’accepte pas votre justificatif « Je promène Kiki mon poisson rouge dans ma bérouette : il a besoin de prendre l’air depuis que tout le monde est confiné dans son bocal ». A qua ça rium, tout ça je vous demande un peu !
En même temps, comme ils disent, ils ont bien fait d’annuler le deuxième tour des élections municipales car ils n’ont pas prévu de case pour qu’on aille voter à part cette même raison des besoins animaliers : les pauvres hommes politiques aux abois sont perdus sans nos voix !
Bon, j’ai l’air de ricaner comme ça, mais je suis un bon citoyen, j’obéis, je suis con finement et pas con Plautiste : certains rigolos font courir la défèque-niouze comme quoi ce virus nous a été envoyé par les camarades communistes chinois (et russes) pour que nous fassions l’expérience de :
- la queue dans les commerces où il n’y a pas de masques à part celui du boutiquier ; - la police derrière chaque citoyen dès qu’il bouge ; - les discours fleuves et récurrents de notre leader maximo ; - l’interdiction des réunions ; - la grande guerre patriotique ; etc.
A leur décharge le gouvernement vient de découvrir les vertus du service public hospitalier et tous ces gens de droite envisagent même… des nationalisations !
Maintenant il me reste à avouer à Madame Brigitte Bardot et aux gens de la SPA le crime impardonnable que j’ai commis au nom de la résistance au coronavirus : pendant qu’on pédalait sur le halage avec Germaine j’ai abattu un canard qui discutait avec sa cane en descendant la Vilaine.
- Darmanin réélu à Tourcoing ! Coin coin ! ricanait-il
Je n’ai rien contre l’humour du « Clair de lune à Maubeuge » mais ils ne respectaient pas, pour se parler, la distance réglementaire d’un mètre.
P.S. Pour survivre pleinement au confinement et au virus, évitez d’écouter « Le Postillon de Longjumeau ». Il paraît que même cela vous contamine l’humeur.
Eh oui ! La courbe exponentielle devient actuelle ! Cette affaire s'accélère ! Il nous faut faire les gestes-barrière et, pour tous, la priorité devient la santé.
Alors de fête la ranDO du printemps devient ranDOmots, une forme de balade philosophique, de flânerie poétique. La logistique avait-elle prévu l'inattendu ?
Grâce à ce petit virus Qui attaque l'homo oeconomicus Un néo-libéral Se découvre brutalement social, critique la mondialisation, vante les re-localisations, l'Etat-providence qui atténue les souffrances, organise les solidarités, rétablit les priorités !
Est-ce un virus anti-capitaliste, écologiste ? En ce temps d'épidémie, Déjà le ciel de Milan s'est éclairci et moi qui me sentais encore juvénile me voici caractérisée de fragile ! Admettre sa vulnérabilité tout en préservant sa santé : une forme d' exercice mental soutenu par l'élan vital,
opportunité d'un grand décrassage qui pourrait nous rendre plus sages : le temps serait venu d'hiberner, se câliner, bouquiner moins consommer et réfléchir à l'avenir.