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L'Atelier d'écriture de Villejean

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11 mars 2020

Consigne d'écriture 1920-21 du 10 mars 2020 : Lettre d'après cartes postales

Lettre d'après cartes postales

 

L'animateur distribue à chaque participant·e dix cartes postales, rédigées et postées,  de sa collection personnelle.
Il demande de les utiliser, recto ou verso, isolément ou de manière globale, pour écrire une lettre à leur sujet ou à partir d'elles.
Il demande simplement de changer les noms et les prénoms qui figurent sur les versos.

Burano recto

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10 mars 2020

Déformation professionnelle / Jean-Paul

M. Ferdinand FLURE
Agence Dupondet et Dupontet
120, rue de la Gare
65125 LES HAUTS DU TOURMALET

                                                                                    M. Florent Fouillemerde
                                                                                    Agence Fiat Panda
                                                                                    4, rue des Petits champs
                                                                                    35000 RENNES

                                       
                                                                       Les Hauts du Tourmalet, le 10 mars 2020


                         Mon cher Florent

Avant de mettre définitivement la clé sous la porte de cette agence de détectives privés où nous nous sommes connus, j’ai entrepris de vider tout le pavillon.

Je ne te raconte pas le nombre de voyages que j’ai dû faire vers la déchetterie-déchèterie ! Il y a tellement de vieilleries à virer en pareil cas qu’on ne sait même plus comment s’écrit ce mot !

J’ai également fait l’acquisition d’une broyeuse à documents papier. Inutile en effet de garder trace des filatures que nous avons effectuées à Roubaix ou ailleurs, des photos compromettantes remises à une épouse jalouse ou un mari soupçonneux. Toutes ces pratiques n’ont plus grand intérêt pour personne depuis que les déclarations d’amour ont pris forme d’envois de sextapes par messagerie effaçable (ou pas) sur Internet. Ce qui explique, par ailleurs, la faillite de mon agence. Trop "ancien monde".

Cela me fait penser à l’une des cartes dont je veux t’entretenir ce jour : elle commence par ces mots : «Salut, branleur !». Bonjour la familiarité ! 

Et donc, dans ma folie ménagère d’avant vidage des lieux, j’ai mis la main sur une boîte à chaussures emplie de cartes postales. Les unes sont signées Jean Dupondet et les autres Joseph Dupontet. Ce sont, tu t’en souviens, les deux bonshommes moustachus auxquels on avait racheté la maison. Elles sont toutes adressées à Ernestine Dupontet, à la même adresse que notre agence, 120 rue de la Gare, Les Hauts du Tourmalet.

Est-ce que tout cela sera suffisant pour reconstituer l’histoire des détectives qui nous ont précédés ici ? Maintenant que je suis à la retraite j’ai bien l’intention de me lancer dans l’histoire du 120 rue de la Gare à travers les âges !

02 07 12 Guidel recto

J’ai commencé à dépouiller ce courrier très particulier. Nos deux larrons à chapeau melon ont été de sacrés voyageurs, surtout Joseph qui a beaucoup sillonné la Bretagne, l’Espagne et l’Italie.

Chacune de ses cartes postales est une petite énigme et je soupçonne fort qu’il faut décoder certains des éléments qu’il envoyait à sa chère maman. Ainsi de ce séjour sur la route côtière de Lorient ou il commente avec humour ses « drôles de vacances ».

« On visite surtout le fond des gamelles qu’on gratte à la paille de fer une fois qu’on a fait cramer l’omelette pour vingt-cinq personnes ; on dort dans le froid et l’humidité et on ne trouve même pas cinq minutes pour finir son Maigret. »

J’ai du mal à l’imaginer en train de faire la vaisselle d’un camp scout mais le métier exige parfois de tels travestissements ! J’ai vérifié : il n’y a pas eu de meurtre au golf de Ploemeur ni de cambriolage à Larmor-plage en juillet 2002. C’étaient peut-être de vraies vacances au bord de la Laïta. Pourtant le cachet de la poste fait foi qu’il y a bien eu un « Festival des sept chapelles » à Guidel. Si ce n’est pas là un titre de polar régional, je veux bien être changé en Land rover du capitaine Marleau !

05 02 Barcelone rectoA côté de ça Joseph Dupondet a mené plusieurs investigations au-delà des Pyrénées. Voilà ce qu’il dit du parc Güell de Barcelone dans lequel l’architecte Gaudi a beaucoup utilisé la mosaïque : « L’Espagne est un pays où l’on tue beaucoup de taureaux dans les corridas, sans doute parce que l’œil noir de Carmen a trop regardé le toréador ».

Le reste de la carte est anodin à première vue : « Hôtel bien situé, très calme, avec petits déjeuners royaux » mais le timbre apposé ne laisse aucun doute : il devait être sur une affaire Miro-bolante. Peut-être enquêtait-il sur les velléités d’indépendance de la Catalogne ? Peut-être s’est-il infiltré dans les réunions secrètes où l’on préparait cela dans les arrière-salles du musée de l’érotisme ou dans un des attelages du musée des corbillards ?

Timbre Miro Barcelone

99 03 18 Lyon-Villeurbanne rectoMais venons-en à Jean Dupontet. Lui envoie à sa tante Ernestine des cartes postales de Lyon où « malgré le soleil du printemps, il est obligé de suivre six heures de cours par jour ». Il dit n’avoir pas emmené son appareil photo mais je pense que c’est pour tromper la censure. Le cachet de la poste indique « Villeurbanne P. Principal 18 mars 1999 ». A cette date il restait certainement encore à la mairie de Villeurbanne des traces compromettantes du passage de Charles Hernu en ces lieux.

SD Jersey rectoCertaines cartes sont parfois signées des deux cousins. Celle de Jersey, par exemple. Je suis sûr qu’ils enquêtaient sur la fameuse affaire du gang des trois trèfles qui a tant défrayé la chronique à l’époque. La carte elle-même est un mystère : les deux timbres ne sont pas tamponnés et pourtant Ernestine a bien reçu le message codé : le montant du transfert du joueur de foot Portelet a été placé dans un coffre du Montorgueil castle. Joseph écrit même « L’île n’est pas attrape-touristes pour deux ronds : ils ont assez à gagner avec leur paradis fiscal et nous sommes bien les seuls à nous y balader à pied.

 

AEV 1920-21 JP Timbres de Jersey

J’ai gardé le meilleur de cette première exploration cartophilique pour la fin. J’ai enquêté sur cette Ernestine Dupondet. J’ai découvert que son nom de jeune fille était Loges. Aujourd’hui Joseph pourrait s’appeler Dupondet-Loges. Je crois me souvenir qu’une rue porte ce nom à Rennes. Peux-tu me le confirmer et mener des investigations là-dessus de ton côté ? Elle avait une sœur jumelle, Eléonore Loges, et c’est justement celle-ci qui a épousé Emile Dupontet, le père de Jean. Les Dupondet-Dupontet sont donc cousins par les femmes, ce qui explique leur extraordinaire ressemblance.

 AEV 1920-21 A Joseph Dupondet
Joseph Dupondet
par Henri Cartier-Bresson

 AEV 1920-21 A Jean Dupontet
Jean Dupontet
par Henri Cartier-Bresson

Je t’enverrai dès que possible la suite de mes investigations.

Bises à Isabelle et bonne fin de carrière à toi !


P.S. Prends note de ma nouvelle adresse à compter du 1er avril : M. Ferdinand Flure, 3, rue du Nombril en forme de cinq à Sète, 34000.

4 mars 2020

Consigne d'écriture 1920-20 du 3 mars 2020 : Raymond Carver au Musée !

 Raymond Carver au Musée !

 

 

AEV 1920-20 Raymond_Carver

Chaque nouvelle de Raymond Carver, écrivain et poète américain (1938-1988) comprend un titre, une première phrase et une dernière phrase (autrement dit un incipit et un excipit)

L'animateur donne à choisir entre ces neuf possibilités :

Titre : Obèse
Début : Je suis chez ma copine Rita. On boit le café, on fume et je lui en parle.
Fin : Ma vie va changer. Je le sens.


Titre : En voilà une idée !
Début : On avait fini de dîner et cela faisait une heure que j’étais assise à la table de la cuisine, dans le noir, à le guetter
Fin : J’ai usé de termes plus crus encore. Des choses que j’aime mieux ne pas répéter.


Titre : Vous êtes docteur ?
Début : Quand le téléphone se mit à sonner, il sortit précipitamment du bureau
Fin : Tu es là, Arnold ? dit-elle. Tu n’as pas l’air dans ton assiette.


Titre : Personne disait rien
Début : J’ai entendu leurs voix dans la cuisine
Fin : Je l’ai extirpée du panier et je l’ai prise entre mes mains. Je l’ai serrée précieusement.


Titre : Pourquoi l’Alaska
Début : Ce jour-là, Carl finissait à trois heures
Fin : Puis il resta là, à l’affut du moindre son, du plus petit mouvement.


Titre : Cours du soir
Début : Mon mariage venait de capoter et j’étais sans travail
Fin : Les deux bonnes femmes n’étaient plus là quand je suis sorti et il n’y avait guère de risques pour qu’elles soient là à mon retour.


Titre : Qu’est-ce que vous faites à San Francisco ?
Début : Tout ça n’a rien à voir avec moi
Fin : Ca fait partie du boulot comme le reste ; et moi, le boulot, plus il y en a plus je suis heureux.


Titre : La peau du personnage
Début : Quand le téléphone sonna, il était en train de passer l’aspirateur
Fin : Il arrivait aux dernières lignes d’une nouvelle.


Titre : Pourquoi, mon chéri ?
Début : Cher monsieur
Fin : Pourquoi avez-vous fait cela ? Dites-moi pourquoi je vous en prie. Bien sincèrement.


Il demande d'écrire une nouvelle ayant ce même titre, ce même début et cette même fin et se rapportant à un tableau choisi dans une monographie de la collection "Regards sur la peinture" consacrée à Goya, Brueghel, Canaletto, Raphaël, Michel-Ange, Canaletto ou tout peintre dont l'activité est antérieure au XIXe siècle.
 

AEV 1920-20 0-Return-of-the-Bucentaurn-to-the-Molo-on-Ascension-Day-Canaletto

3 mars 2020

Personne disait rien / Jean-Paul

J’ai entendu leurs voix dans la cuisine. J’étais dans une petite rue à l’arrière de l’auberge et la porte était ouverte pour laisser s’échapper dans la ruelle les vapeurs de cuisson, les fumées et les fumets.

Je n’avais rien mangé depuis trois jours et je n’avais pas un liard sur moi. J’ai frappé à la porte ouverte.

- Qu’est-ce que tu veux, étranger ? a demandé le vieux barbu au front dégarni. Nous sommes en plein taf, c’est les cuisines ici. L’entrée de l’établissement est de l’autre côté si tu veux consommer.

- N’y a-t-il pas parmi vous un dénommé Rampo ?

- Oui, c’est moi, a répondu celui des trois qui portait une kippa sur le sommet du crâne.

- On m’a parlé de ta force exceptionnelle au jeu de 421. Je suis moi-même joueur d’un assez bon niveau. Accepterais-tu que je t’affronte sur le tapis vert ?

- Te mesurer à moi ? Qui t’a rendu si vain, toi qu’on n’a jamais vu au cabaret du coin ?

- Je n’ai pas grand-chose à miser mais si par hasard je gagnais, je veux bien être payé avec cette poulette rôtie, là, sur la table. Si je perds je ferai toute la vaisselle de votre restaurant cet après-midi et ce soir.

C’était un très bon stratagème. Je les connaissais tous et je savais que le gars Rampo ne résisterait pas à un pareil défi.

- On n’a pas de piste ni de tapis mais si on pousse au bord de la table la corbeille de fruits, la poule et les morceaux de pain on a une petite place pour lancer les dés. Les voilà. A toi l’honneur.

- Pas de gobelet, non plus ?

- Et puis quoi encore ? Monsieur a peur d’attraper le Covid 19 ? On a les mains propres, ici ! C’est pas le Majestic mais le Gasthaus est de bonne tenue, les cuisiniers ont de l’hygiène et les dés ne servent qu’à nous !

J’ai souri, j’ai tourné les dés dans le creux de mes deux mains jointes, j’ai soufflé sur mes doigts et j’ai sorti mon premier 421.

DDS 601 carava01

 - La chance du débutant ! a commenté le barbu en noir.

Rampo a lancé les dés à son tour et il a fait rampeau. C’est-à-dire qu’il a sorti lui aussi un 421.

J’ai recommencé la même gestuelle et sorti mon deuxième 421. Cette fois-ci lui a fait nénette, c’est-à-dire 2+2+1, c’est-à-dire le plus petit score qu’on puisse obtenir à ce jeu. J’ai hérité d’un premier paquet de jetons en pain azyme.

Ca a été à son tour de jouer. Il a sorti trois as d’entrée de jeu. J’ai refait 421 et gagné la première manche.

***

En deux manches, c’était plié. Je m’apprêtais à mettre la poulette rôtie dans mon panier et à leur serrer la main pour prendre congé.

- Pas de ça, Lisette ! a dit Rampo. Nous on a les mains propres mais toi on ne sait pas d’où tu viens ! Et avant de te barrer, explique-nous. Il y a un truc ?

- Oui, il y a un truc, ai-je répondu. Je suis Dieu descendu sur la Terre !

- Arrête tes conneries ! Ou alors donne-nous d’autres preuves de tes grands pouvoirs !

- Vous ne me croyez pas ? Regardez cette volaille : je vais lui rendre la vie !

Sous le regard ébahi et batyscapholé des trois commandants cuistots, j’ai balancé ma main ouverte au-dessus du plat comme si je lançais à nouveau les dés magiques.

La poule s’est remplumée, a ouvert un œil, étonné d’être couchée sur le dos dans la cuisine d’une maison bourgeoise.

- C’est bon, le métèque ! Casse-toi, avec ta poule ! Tu nous as fait perdre assez de temps comme ça. On a du boulot, nous !

J’ai fait un grand sourire, j’ai ramassé mon lot et je suis sorti dans la ruelle.

***

Une fois que je suis arrivé sur la place du village je me suis assis au soleil sur la margelle de la fontaine. J’ai fermé les paupières et j’ai savouré la douceur du jour. C’était l’heure de la sieste, il n’y avait plus un bruit, personne ne disait rien.

Puis je me suis frappé le front et j’ai crié :

- Quel con ! J’en ai encore trop fait, comme d’habitude et ce failli trophée, si je veux le déguster, il va falloir que je le tue, que je le plume et que je le fasse cuire alors qu’il était tout prêt à consommer tout à l’heure !

A l’intérieur de mon cabas la poule qui m’avait entendu me plaindre a gloussé de rire. Je l’ai extirpée du panier et je l’ai prise entre mes mains. Je l’ai serrée précieusement.


P.S. Cet épisode a également fait l'objet d’un collage de Jean-Emile Rabatjoie (Musée Iconoclaste Rennais, Série Les chiens aboient, Le Caravage passe) reproduit ici :

DDS 601 caravage04cene

12 février 2020

Consigne d'écriture 1920-19 du 11 février 2020 : Conte de printemps

Conte de printemps d'après Qu Lan et Sôseki

 

Ecrivez un conte de printemps dont vous choisirez le titre dans la liste ci-dessous :

Jour de l’an – Le serpent – Le voleur – Le Kaki – Le Brasero – La Pension - L’Odeur du passé – La Tombe du chat – Un Doux rêve – Impressions – L’être humain – Le Faisan – Monna Lisa – L’Incendie – Brouillard – Le kakémono – Le 11 février – Une Bonne affaire – Le Cortège – Autrefois – La Voix – L’Argent – Les Replis du cœur – Changements – Le Professeur Craig –

Il sera illustré par une image (ou deux) de l'illustratrice Qu Lan choisie(s) dans les quatre billets publiés ici.

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11 février 2020

Doux rêve / Marie-France

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C'était un jour de printemps. Le Professeur Craig s'était installé sur sa terrasse face à la nature qui, généreusement, lui offrait son spectacle. Des arbres en fleurs, des bourgeons prêts à éclater.

Le petit chat blanc grimpait allègrement sur le tronc d'un lilas couleur lavande et s'enivrait de son odeur.

 Pour l'heure, le Professeur Craig appréciait cette trêve matinale : l'odeur du thé au jasmin qu'une légère bise venait refroidir, l'étoffe légère des rideaux qui lui caressait la nuque. Il aurait bien aimé, lui aussi, se hisser le long des arbres, courir après ce chat espiègle et malicieux. Les années l'avaient rendu moins leste. Maintenant il attendait le moment où son petit animal, fatigué, viendrait se blottir contre lui, lui raconter son escapade à travers des ronrons réguliers et chaleureux.

 Mr Craig avait lui aussi des histoires à lui raconter.

moon_fish-copy_670De plus il voulait le mettre en garde contre les animaux de la nuit qui rôdaient dans le jardin. Avec le printemps la température s'était adoucie et son minet aimait dormir à la belle étoile. Cette nuit-là le maître ne sait s’il avait rêvé ou si l'animation du dehors était bien réelle. Il avait cru apercevoir des petits animaux avec une queue touffue et un nez pointu jouer à la pêche à la ligne sous l’œil attentif d'une lune bien éveillée. Dans le ciel sombre il pleuvait des poissons argentés et les petits renards, du bout de leur canne à pêche, les attrapaient afin de se constituer un joyeux festin.

Le moment était venu, le chaton vint s'installer sur les genoux de son maître, fit une minutieuse toilette et après s'être étiré langoureusement, il se blottit près de son maitre. Celui-ci lui raconta sa nuit espérant que le minet n'irait pas s'aventurer le soir venu à l'extérieur.

Et pourtant, à l’écoute de cette histoire le chat aventurier se promit une belle virée nocturne. Quelle aubaine ! Des poissons venus du ciel ! Il n'en ferait qu'une bouchée mais avant tout il lui faudrait apprivoiser les renardeaux, s'en faire des amis et ainsi partager le festin.

 Le soir tombé, il se tapit dans un bosquet touffu en attendant la nuit sombre. Mais ce soir-là point de petites bêtes à la queue touffue et au nez pointu et dans le ciel seule une constellation d'étoiles lui envoyait des clins d’œil, la lune s'était endormie dans la nuit noire.

 Au loin on entendit des bruits bizarres, des motos pétaradantes, puis plus rien !

11 février 2020

Jour de l'an / Jean-Paul

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Cela a commencé à tomber le 31 décembre vers 23 heures. Et donc le premier janvier de cette année-là il a neigé toute la nuit. Yoko s’est réveillée la première. Il y avait encore dans le salon des serpentins et des cotillons de ci de là mais toute la vaisselle était lavée et rangée, Maman est comme ça et Papa obéit. Ses parents et ses oncles et tantes avaient fait la fête jusque tard mais elle n’avait pas entendu les claquements de portières des voitures quand ils étaient repartis. On l’avait mise au lit vers 22 heures 30 et elle avait dormi d’un sommeil profond.

Et maintenant elle est là, première levée, première habillée, tout enthousiasmée par l’épaisse couche de neige qui recouvre la cour et le jardin. La neige ! Comme autrefois !

Elle a chaussé ses bottes rouges, enfilé sa doudoune bleue, elle n’oublie pas son écharpe, ses gants et son bonnet. Elle ouvre la porte.

Il y a du brouillard et le soleil commence à le percer en dardant ses rayons obliques. Quelques flocons de neige volètent ici et là mais ils sont énormes, ils ont la taille d’un moineau aux plumes bleues et on peut voir toutes les branches de leur cristal. Pas un n’est pareil à l’autre. Ils parlent ; ils l’appellent :

- Viens ! Viens, Yoko ! Viens jouer avec nous !

Elle referme la porte, saute derrière l’un, essaie d’attraper l’autre. Elle quitte la cour de la maison, se retrouve sur le chemin qui mène à la forêt.

- Viens ! Viens! Viens jouer avec nous, Yoko !

Contes_Printemps-20-copy_670Maintenant ce ne sont plus les flocons qui l’appellent. Ce sont deux tâches rousses qui n’arrêtent pas de sautiller. Elles se trouvent près d’un arbre, l’une posée sur un rocher, l’autre agrippée à même le tronc du chêne dénudé. Deux animaux malins. Et il y a une autre tâche rousse devant. Celle-là, Yoko la connaît bien. C’est le kilt du professeur Craig, cet étranger barbu qui leur apprend l’anglais langue morte à l’école.

- Bonjour, professeur Craig !

Le réfugié écossais se retourne et, la reconnaissant, lui sourit.

- Ils vous ont appelé, vous aussi, Professeur ?

- Oui. Comment le sais-tu ? Toi aussi tu entends leurs voix ? C’est un drôle de premier de l’an et ce sont de belles étrennes. Je crois bien que ce sont les deux derniers spécimens de cette espèce. Squirrels ! Des écureuils ! Ils se nourrissaient de noisettes et de ballets de Tchaïkovski. On en voyait beaucoup dans les opéras autrefois, à l’époque où l’on n’interdisait pas aux dames de porter le chapeau à l’intérieur ni aux hommes de fumer la pipe.

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- Mais comment pouvait on voir les danseuses et les danseurs derrière l’écran de fumée et les chapeaux à plumes ?

- Quand on ne voit pas ou plus on imagine, Miss Yoko. Parfois c’est mieux, même. Est-ce que tu as déjà vu le lion de Belfort ?

Contes_Printemps-10-copy_670

- Non. C’est en Angleterre ?

Contes_Printemps-scan 03- Non, c’est en France, là où il y avait la Joconde, Monna Lisa. Il a été sculpté par Bartholdi, le même qui a fait la statue de la Liberté à New-York. Maintenant que ces monuments ont disparu nous ne pouvons plus que les imaginer d’après leur photo.

- Vous croyez qu’ils se laisseraient photographier ? J’ai pris mon téléphone avec moi pour avertir Maman en cas de danger.

- Oui ! Oui ! Viens poser avec nous ! répondent les écureuils. Donne ton téléphone au professeur Craig !

Yoko va s’asseoir sur le rocher. Les écureuils sautent sur ses épaules et lui chatouillent le nez avec le pelage de leur queue si empanachée qu’on ne sait même plus s’il faut mettre un « n » ou un « m » devant le « p » de ce mot !

Monsieur Craig prend la photo mais tout de suite après un nuage passe devant le soleil. Est-ce que c’est d’avoir évoqué les continents disparus, l’odeur du passé, l’incendie du Louvre et de la ville de Paris ? On a l’impression que quelque chose a changé dans l’atmosphère. D’ailleurs il n’y a plus de cristaux de neige et d’un seul coup, comme dans un doux rêve, les écureuils se sont enfuis dans la forêt.

- As-tu seulement pris le temps de déjeuner, Miss Yoko ?

- Non, j’ai entendu les voix, j’ai vu la neige, je me suis tout de suite habillée.

- As-tu seulement prévenu tes parents de ton départ ?

- Non plus.

- Ce n’est pas très raisonnable. Allez viens, je te ramène chez eux.

***

Le premier janvier de cette année-là, ça s’est bien agité sur les réseaux sociaux de l’île. On a beaucoup vu la photo de la petite Yoko O.

Celle où elle a les écureuils sur les épaules. Et aussi celle de la famille O. installée avec le professeur Craig devant ce qui restait de bûche du réveillon de la veille et un copieux petit-déjeuner. Même les équipes de télé ont fait le déplacement dans la matinée.

Mais les autorités scientifiques ont eu beaucoup de mal à encaisser l’histoire de ce retour fugace d’une espèce disparue. C’est si facile de truquer une photo de nos jours ! D’après elles, les écureuils n’ont jamais parlé en japonais à quiconque.

Et ceux qui ont cherché à leur expliquer cela par des mutations génétiques ont été renvoyés illico dans leurs buts.

- Et pourquoi pas des extra-terrestres tant que vous y êtes ? Ou le Stade-Rennais-Football-Club battu par l’ASM de Belfort en quarts de la Coupe de France 2020 ? Autant nier l’existence des sœurs Chihiro et Hinata Tatin ! N’import’nawak, professeur Craig !

5 février 2020

Consigne d'écriture 1920-18 du 4 février 2020 : Allons chez le coiffeur !

Allons chez le coiffeur ! 

 

1. On jette sur le papier dix noms qui contiennent le son «air», que cela soit écrit «aire», «ère», «er», «erre»ou «air».
On fait la même chose avec cinq mots qui contiennent le son « tif ».
On met tout ce vocabulaire en commun.

Air - Aire - Argentières - Articulaire - Auriculaire - Bagheera - Berbère - Bière - Cafetière - Canebière - Cavalière - Chaumière - Chemin_de_fer - Chimère - Contraire - Cuillère - Débonnaire - Dromadaire - Ecuyère - Ermite - Esther - Etrangère - Grand-mère - Guerre - Hier - Hiver - Inventaire - Jachère - Légionnaire - Locataire - Longère - Luminaire - Maire - Mémère - Mohair - Moléculaire - Monte-en-l’air - Montgolfière - Moustiquaire - Naguère - Notaire - Paire - Panthère - Partenaire - Parterre - Paupière - Pivert - Première - Prestataire - Prosper - Pull-over - Saperlipopette - Secondaire - Solitaire - Sorcière - Stratosphère - Tanière - Termite - Tralalère - Trouvère - Vacancière - Ver de terre - Vermicelle - Vestiaire - Vicaire –

Actif - Apéritif - Attentif - Attife - Attractif - Combatif - Contemplatif - Coupe-tifs - Créatif - Digestif - Diminutif - Exécutif - Expéditif - Fictif - Hâtif - Indicatif - Infinitif - Intuitif - Motif - Natif - Olfactif - Productif - Rébarbatif - Relatif - Subjonctif - Supplétif - Tiffany - Tiphaine - Typhoïde - Typhon -

2. On utilise ensuite le maximum de ces mots pour parler du cheveu, du système pileux ou des coiffeurs.
Le personnage qui parle peut être tiré d’une monographie de la collection «Regards sur la peinture». Un tableau peut aussi servir de décor ou de support à l'histoire.

3. Lorsque l'on tapera son texte sur l'ordinateur, tous les sons «air» seront remplacés par HAIR écrit en capitales et les sons 'TIF' seront aussi écrits en capitales.

200201 265 142

Photo prise à Pleumeleuc (Ille-et-Vilaine) le 1er février 2020.

4 février 2020

Dans le jardin d'hiver / Marie-France

AEV 1920-18 Delvaux - L'éveil de la forêt


Dans le jardin d'hivHAIR

Le mHAIRe et ses partenHAIRes
Après un conseil très acTIF
ConvoquHAIRent
Toutes les commHAIRes et compHAIRes
NatTIFs d'ArgentiHAIRes.

Elles étaient toutes sorties de leur chaumiHAIRe
Venues en chemin de fHAIR
Ou bien en montgolfiHAIRe
Pour participer à cet apéritTIF
En habits des plus primiTIFs.

Les femmes nous livrHAIRent leur anatomie
Ayant laissé au vestiHAIRe
Leur manteau de panthHAIRe.

Seule une touffe sombre
De leur système pileux
Venait assombrir leur corps laiteux
Telle une coquille placée là
Afin de cacher l'objet du désir.

Un homme sur notre droite
Près d'un arbre sombre et tortueux
Un solitHAIRe à l'annulHAIRe
Jouait d'un air plainTIF.

C'est alors qu'une étrangHAIRe
Aux ailes recouvertes
D'une chevelure flamboyante,
S’élèva dans les HAIRs.


Elle semblait annoncer
Avec moult superlaTIFs
Un royaume des songes très prospHAIRe.


«D'après le tableau de Paul Delvaux « L’Eveil de la forêt»

4 février 2020

La belle Angèle / Maryvonne

AEV 1920-18 Gauguin - La Belle Angèle

Au fond de sa chaumiHAIRe, la belle Angèle rêve en solitHAIRe. Un jour elle aimerait aller chez le «coupe-TIFs». Avant-hiHAIR et même hiHAIR encore les Bretonnes gardaient leurs cheveux longs pour pouvoir arrimer leurs coiffes. Leurs grands-mHAIRes, qu'elles appelaient du diminuTIF «mémHAIRe», leur avaient donné la tradition, ça devenait assez rébarbaTIF. Il faut dire que naguHAIRe il y avait peu de coiffeurs dans les villages. Aujourd'hui si vous êtes bien attenTIFs il fleurit des enseignes aux noms invenTIFs du genre : Diminu'TIF, Créa'TIF, Adult'HAIR, ABC d'HAIR.

J'en passe et des plus attracTIFs.

Angèle était de Pont-Aven. La coiffe avait une hauteur raisonnable mais chez les étrangHAIRes du côté du PoHAIR c'était les bigoudènes avec cette coiffe monte-en-l'HAIR. SapHAIRlipopette ça demandait un certain savoir-fHAIRe. Il fallait premiHAIRement tirer les cheveux en arriHAIRe pour fHAIRe un petit chignon que la prestatHAIRe logeait sous la coiffe. Ça tirait tellement les paupiHAIRes que la légende dit que c'est l'origine des yeux bridés chez ces FinistHAIRiennes. Moi je dis ça à titre indicaTIF, c'est peut-être tout à fait ficTIF. Une autre hypothèse existe. Cela viendrait du fait que les partenHAIRes de ces filles débonnHAIRes étaient parfois issus de quelques invasions étrangHAIRes.

Mais revenons à la belle Angèle. Quand elle sut qu'elle allait être la cavaliHAIRe du beau PiHAIRre pour danser l'avant-deux de travHAIRs, elle voulut pour la premiHAIRe fois aller se fHAIRe couper sa criniHAIRe.

- Mais ma chHAIRe, lui dit sa mHAIRe, où planteras-tu les épingles pour tenir ta coiffe ? Dans ta cHAIR ? Ça risque de te fHAIRe mal à la cafetiHAIRe je te préviens ! »..

Angèle ne céda pas. C'est vrai que sa coiffe prit un petit HAIR de travHAIRs après avoir sauté en l'HAIR.

Tout est relaTIF elle était quand même contente d'avoir l'HAIR plus moderne.

Elle pensait un peu amHAIRe aux pauvres bigoudènes qui devaient se plier en deux pour passer la portiHAIRe des voitures, c'est assez rébarbaTIF quand même.

Il fallait vraiment être naTIF du coin pour aimer être atTIFé de la sorte.

La tradition ça a du bon et son contrHAIRe.

AEV 1920-18 Alain Erhel pr texte Maryvonne

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