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L'Atelier d'écriture de Villejean

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31 mars 2020

La Chronique du vieux canapé / Madame C.

Hé oui, j’ose le dire, cette période de confinement me réjouit ! Je suis un vieux, direz-vous, un aigri, un pisse-vinaigre, un égoïste ? Pas du tout ! Je suis comme vous, j’essaie de sauver ma peau ! Si je puis m’exprimer ainsi puisque je suis un vieux canapé en cuir noir acheté en soldes dans les années 80 chez Roche et Bobois.

Inutile de vous dire que j’en ai vu de toutes les couleurs, surtout avec les jeunes qui ne sont pas soigneux. Eh bien oui, je suis content ! Fini la société de consommation, sale temps pour les vendeurs de canapés ! Mes frères avachis, tachés, démodés, défraîchis vont bénéficier d’un sursis. Ils ne finiront pas sur le Bon Coin ou, pire, sur le trottoir ou à la déchèterie.

AEV 1920-24 Madame C

Ce matin, ma patronne m’a enduit d’un baume régénérateur pour cuir enrichi à l’huile de vison. Je n’en revenais pas ! Cela faisait bien longtemps qu’elle ne m’avait pas bichonné ainsi. A mon avis, elle s’emmerde car je la vois plus souvent que d’habitude le chiffon à la main. Si vous pouviez me voir ! Je suis resplendissant sous ma peau de buffle !

Les petits jeunots de But, Ikea, Conforama peuvent bien se morfondre dans leurs entrepôts, pour nous les vieux, une nouvelle vie s’annonce ! Je pense, hélas, que quelques-uns ne résisteront pas. Voyez comme ils sont sollicités en ce moment : on en prend un coup avec ces séances télé qui n’en finissent pas. Certains sont scotchés des heures entières, ils ne décollent pas, et nous, on fatigue. L’AVC (Association des Vieux Canapés) pourra aider les plus affaiblis.

En attendant, on tient bon ! Gonflez les accoudoirs, redressez les dossiers, faites vibrer les ressorts. On ne va pas y laisser des plumes !

Recevez toutes mes salutations canapéennes !

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31 mars 2020

La Rubrique des sœurs Poussières / Madame C.

AEV 1920-24 Madame C

Nous aussi, on est contentes ! On l’a constaté, c’est une évidence, notre patronne, Madame C., commence à s’emmerder. Armée de plumeaux, chiffons et aspirateur, elle nous traque. Ce matin, juchée sur un escabeau, elle est venue nous dénicher sur une étagère où nous croupissions depuis des siècles. Nous étions coincées entre de gros volumes et en plus elle nous infligeait, depuis peu, le voisinage de revues venues de la campagne qui ont des relents de moisi très désobligeants.

Nous flairions l’acarien, cet individu invisible et macho, cause de bon nombres de maladies et allergies. Je ne pourrais décrire notre joie quand on s’est envolées sur le balcon, nous libérant des quatre Lagarde et Michard où nous étions confinées ! Ils sont d’ailleurs restés, pages ouvertes, à prendre le soleil. Bien fait pour les acariens, ils vont en crever !!

Ne vous désolez pas, chères sœurs, je vois qu’autour de moi, on secoue tapis et literie, il flotte pour nous un air de liberté ! Il faut le dire, depuis mai 68, la vertu ménagère n’est plus à l’ordre du jour, il y a du laisser-aller ! Bien finis les grands nettoyages de printemps de nos aïeules, le bon temps où on savait tenir sa maison.

AEV 1920-24 Madame CVous me direz que tout le monde ne sera pas traité de la même façon. Nous, nous volons, nous nous posons ça et là au gré de nos fantaisies. Celles qui finiront dans le sac aspirateur avec miettes et poils de chien seront moins gâtées mais c’est la vie ! Même chez les poussières, l’injustice existe. En attendant, avec ce soleil et l’air devenu presque pur, volons, profitons, soyons légères !

Recevez mille nuées affectueuses !

30 mars 2020

Rubrique humour et jeux

Rions un peu avec Nasr Eddin Hodja

Les pompiers du pays des contes ont été mobilisés pour vacciner la population contre la maladie du coronavirus. En tant que sujet au vertige je ne tiens pas pour ma part à me faire vacciner au sommet de leur grande échelle.

Si Astra Zeneca est une margarine pourquoi donc s’étonner qu’on en fasse des tartines à propos de son efficacité ?

Le Musée d’Orsay rebaptisée Giscard ? Tant qu’à faire d’honorer un crâne d’oeuf pourquoi pas carrément Humpty-Dumpty

Qu’Allah me tienne en vie le plus longtemps possible ! Si ce n’était pas le cas, s’il s’avérait un jour que je ne suis pas un immortel, je tiens à ce qu’on grave cette épitaphe sur ma tombe :
« Les décors étaient de Roger Hart, les costumes de Donald Cardwell ».

AEV 2021-24 JK Nasr Eddin Hodja peche un poisson d Avril_maxi

Devinettes

Une lieue équivaut à quatre kilomètres. Un peu plus mais on arrondit.
Combien une boîte de sept lieues vous fait-elle franchir de kilomètre en un seul pas ?
L’ogre vient de se réveiller et d’enfiler ses bottes. Sachant qu’il n’est plus permis de se déplacer au-delà d’un rayon de 10 kilomètres autour de son domicile sans attestation, indiquez quelles cases de l’attestation dérogatoire de déplacement à deux pages il doit cocher pour aller faire trois pas dans son jardin et pisser contre la haie de thuyas ?

Si les noms propres étaient autorises au scrabble, qui rapporterait le plus de points ? Sarkozy, Merckx, thuya ou coccyx ? Oui je sais coccyx et thuya ne sont pas des noms propres, surtout après le passage de l’ogre.

Quelle est la couleur de la barbe de Barbe-bleue ?

25 mars 2020

Consigne d'écriture 1920-23 du 24 mars 2020 : Recette

Recette

 

Que faire quand on est confiné chez soi, avec interdiction de sortir faire du sport, pour continuer à rester en forme ? Deux solutions : soit jeûner, soit bien manger !

Vous avez certainement par-devers vous une recette (de cuisine, de santé, de zénitude, etc.). Partagez-la avec nous et surtout dites-nous de qui vous la tenez et quels sont les souvenirs qui lui sont attachés.

Vous pourrez aussi si vous le voulez insérer cinq expressions de cette liste dans votre texte :

 

AEV 1920-23 consigne61uTKTHHfDL

à la noix de coco
aux petits oignons
beurré comme un petit Lu
boire du petit lait
chacun son pain et son hérin (hareng)
confit en dévotion
courir sur le haricot
donner de la confiture à des cochons
en avoir gros sur la patate
engueuler comme du poisson pourri
être bon comme la romaine
finir en queue de poisson
grand dépendeur d’andouille
il ne faut pas s’endormir sur le rôti
l’avoir dans le baba
la fin des haricots
les carottes sont cuites
manger de la vache enragée
mi-figue mi-raisin
pédaler dans la choucroute
sucrer les fraises
tailler une bavette
tomber dans les pommes

24 mars 2020

La recette d’Antonia / Josiane

AEV 1920-23 Josiane Nice 3

Ne laissons pas le confinement nous courir sur le haricot, faisons preuve d’imagination dans nos cuisines à l’heure où les placards ne contiennent plus que des denrées de première nécessité ou oubliées ! De quoi tenir le coup pour une durée indéterminée.

Merci à ma famille niçoise qui, dans ce domaine, ne l’a jamais dans le baba grâce au testament culinaire de Mémé Tonia comme on la nommait alors qu’elle portait le joli prénom d’Antonia.

Petite parenthèse pour dire mon incompréhension devant cette manie de donner des diminutifs aux prénoms longs alors qu’il n’est pas rare de rallonger les plus courts.

Mémé Tonia donc était seule pour élever trois garçons et pour les nourrir elle s’était mise au service de châtelains qui aimaient la bonne chère et surveillaient de près la fortune familiale. Les restes devaient être accommodés aux petits oignons pour faire honneur à la table.

AEV 1920-23 Josiane Nice 2Antonia était inventive et faisait le régal de la tablée « nobliaude ».

D’elle, je tiens maintes recettes qui lui permettaient de ne pas trop manger de vache enragée malgré les maigres gages que lui octroyait le château pour ses bons et loyaux services.

La recette que je vais vous confier n’est pas faite de restes, mais elle est simple, délicieuse et peu onéreuse et elle revenait souvent sur la table de Tonia et de ses trois garçons.

Il s’agit de la socca, cette galette à base de farine de pois chiches que l’on mange avec les doigts, poivrée, salée, enveloppée dans un papier, tout en déambulant dans les rues du vieux Nice ou assis à une table, serrés comme des sardines, entourés de pigeons affamés tout en taillant une bavette avec les convives partageant la table au placement libre.

La plupart d’entre vous doivent connaître, vous les globe-trotters d’avant, avant la fin des haricots, avant le covid19, avant le confinement, avant que les carottes soient cuites.

AEV 1920-23 Josiane Nice 1Pour ceux qui ne connaitraient pas il faut, pour 4 gourmands :

250 gr de farine de pois chiches
5 cuillères à soupe d’huile d’olive
2 pincées de sel fin
50 cl d’eau froide

La farine de pois chiches, je l’ai dénichée au fond de mon placard, bien contente de la déconfiner en ce moment où on pédale un peu dans la choucroute pour concocter des menus sans aller trop souvent au ravitaillement.

Alors, mélangez la farine de pois-chiches avec l’huile et le sel, puis ajouter progressivement l’eau au fouet. On obtient une pâte qui doit reposer de trente à quarante-cinq minutes.

Là-bas, elle est cuite dans une grande poêle, au four à bois que l’on voit de la rue. Pour moi, c’est dans la poêle, une minute trente de chaque côté. Poivre et sel à volonté et je déguste avec les doigts, accompagnée (la chance !) d’une belle salade du jardin.

Merci à mémé Tonia, merveilleuse mamie au grand coeur de nous avoir laissé cette recette simple comme elle l’était elle-même. Recette qui m’a permis ce soir d’utiliser les restes du placard.

Attention à cause du poivre et du sel de ne pas l’arroser trop copieusement si vous ne voulez pas finir beurrés comme des petits Lu.

Quoique...  Vous n’avez pas à sortir ! 

AEV 1920-23 Josiane Socca

 

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24 mars 2020

La salade au lard ardennaise, la vraie ! / Madame C.

170710 Nikon 033C’est bien une recette de période de confinement car j’ai évalué à 6 heures son temps de préparation. Cela explique que vous aurez rarement l’occasion d’en manger et, dans les ruelles de Charleville, là où Rimbaud traînait ses semelles de vent, si quelques restaurants en proposent, ce n’est jamais la vraie, l’authentique que concoctaient ma mère et ma grand-mère

Etape 1 : Il faut cueillir, dans un champ non pollué, des pissenlits (durée 3 heures) ;

Etape 2 : Laver les pissenlits. Il faut éliminer des tonnes de terre (durée 30 mn) ;

Etape 3 : Eplucher les pissenlits : enlever la racine et les feuilles abimées (durée 1 heure) ;

Etape 4 : Faire dorer des lardons de lard gras. Garder la graisse - très bon pour le cholestérol ! - (durée 30 mn) ;

Etapes 5 : Cuire des pommes de terre en robe des champs et les éplucher (durée 30 mn) ;

Etape 6 : Couper les pissenlits en fins morceaux et les pommes de terre en rondelles, mélanger dans la graisse chaude (durée 30 mn ) ;

Etape 7 : Ajouter sel, poivre, ail, oignons hachés et une cuillérée de vinaigre.

AEV 1920-23 Madame C salade au lard

La salade doit être mi- cuite.

Si vous avez un champ prés de chez vous, n’hésitez pas ! Ce sera une occasion de manger des feuilles de pissenlits avant de devoir vous contenter des racines !

P.S. : On remplace souvent le pissenlit par la scarole mais c’est un outrage à ce plat traditionnel. C’est comme un kouign-amann fait avec de la margarine !

24 mars 2020

Recette pour un confinement zen / Brigitte

Après deux semaines dans leur petit pavillon au bord de la Vilaine, Rose, 81 ans encore bien alerte avec toute sa tête et Pierre, 82 ans, bien vif, toujours le mot pour rire. Tous les deux adorent voyager, rencontrer des amis - ils en ont beaucoup ! - et surtout, depuis 20 ans, ils pratiquent le yoga.

AEV 1920-23 Brigitte 51GrmBaYapL

Rose :
Pour vous lever en pleine forme,
Réveillez-vous doucement.

Attendez le petit déjeuner patiemment.
Dans le lit, faites quelques mouvements
En respirant calmement :
Etirez-vous en bâillant bruyamment,
Faites bouger les pieds,
Tournez les chevilles,
Pliez les genoux l’un après l’autre,
Basculez sur le côté.

Le corps est réveillé
Vous pouvez vous lever.

Pierre

Pas le temps de lézarder,
il faut vite préparer le déjeuner :
Graines mixées et fruits savamment épluché.s
Et hop ! C’est parti, Madame attend son thé.
Echauffer la machine,
Cinq mouvements pour mettre le corps en chauffe,
Rituel tibétain efficace à répéter 21 fois.
Après 10 minutes prêt pour la journée !

 

AEV 1920-23 Brigitte Le_Rosier_de_Madame_Husson

Rose :
Ajoutez aux cinq tibétains matinaux
Quelques étirements et abdominaux ;
Mangez léger mais laissez-vous tenter !
A notre âge il est permis de succomber :
Quelques carrés de chocolat,
Un petit apéro avec foie gras,
Juste le week-end pour ponctuer la semaine.

Surtout, pensez à vous occuper dans des lieux différents !
Pierre dans le grenier à trier,
Rose dans le jardin à jardiner.

Chaque soir étalez votre tapis de yoga,
Quelques salutations au soleil,
Méditation et relaxation…

Respirez…Votre corps et votre esprit relâchés…

 
Pierre :
Deux semaines de confinement encore ?!

Ce n’est pas la fin des haricots mais ça commence à me peler l’oignon toutes ses salutations, méditations, relaxations ! Trier les photos, ranger le grenier… Moi je rêve de tailler une bavette avec les copains, refaire le monde devant une bonne raclette avec plein de charcuterie que je n’ai jamais le droit de manger... et que Rose me lâche les baskets ! Elle a inventé un nouveau truc : un mantra à répéter toute la journée : « Quel beau couple nous formons ! Merci, merci, merci ! » 

24 mars 2020

Douceur chocolat... antidote corona ! / Anne-Marie

Elle ferma les volets, la nuit commençait à tomber, encore une journée de passée !

La petite radio posée sur la table de la cuisine diffusait une émission qu’elle adorait suivre chaque soir, lorsqu’il partait pour la semaine en déplacement. Le temps de leur séparation lui paraissait ainsi un peu moins long.

Elle finit rapidement la vaisselle. Quand elles dînaient toutes les deux, la petite dernière et elle, il y avait peu à laver.

Elle préparait des menus simples et pas onéreux, elle gérait avec un souci constant le budget du ménage. Son homme avait un métier difficile mais un petit salaire, alors elle devait faire attention.

AEV 1920 23 Anne-Marie SuchardIl était parti avec «ses gars» finir un chantier au bord de la voie ferrée et elle était restée là dans le petit appartement avec leur fille de 7 ans. Sa place était évidemment en ces lieux mais comme le temps était long sans lui!

La fillette lisait tranquillement sur son lit. L’ émission se termina, elle quitta la cuisine et passa un peu de temps avec l’enfant, venant lui offrir un tendre bisou pour une nuit paisible.

Elles se sentaient un peu seules sans sa présence, ses rires, ses blagues et toutes les histoires qu’il leur rapportait dans sa musette au retour du travail. Alors pour ces soirées un peu tristounettes, pour leurs soirées «en filles», elle achetait dès le lundi matin au petit magasin SPAR deux tablettes de chocolat en carrés gourmands, douceur sans culpabilité d’un instant de bonheur fondant sous la langue.

Leur luxe à elles : une tablette de chocolat au lait et l’autre au chocolat blanc à la noix de coco, toujours de la marque Suchard, «la meilleure marque», qualité et goût assurés !

C’est l’enfant qui, à chaque fois, décidait laquelle des deux tablettes allait être croquée en premier ; choix difficile car les deux étaient délicieuses.

Elles avaient calculé combien de carreaux elles mangeraient chaque soir pour que vendredi, quand il rentrerait, fatigué de sa semaine, elles puissent lui offrir, comme un trésor mis de côté pour lui, deux carreaux de chacune des tablettes !

Comme toujours il les taquinerait, se moquerait de leur gourmandise, prendrait un carreau et partagerait le reste avec elles deux ! Mais au final, ils le savaient tous les trois, c’est la fillette qui en mangerait le plus. Qu’importe, c’était leur rituel, leur jeu, le bonheur d’être réunis et de s’aimer. Ce chocolat avait le goût de la tendresse et du bonheur retrouvés.

Elle était très vieille lorsqu’un jour de février elle s’était décidée à rejoindre son aimé sous la terre du petit cimetière. Il l’y attendait depuis tant d’années.

La petite fille a grandi, bien grandi, et même vieilli, ils l’avaient laissée à sa vie. Le papier de l’emballage des tablettes avait changé, la marque moins mise en avant dans les rayons des magasins mais le goût du bonheur, des souvenirs d’enfance, de la douceur, de la tendresse qu’ils avaient partagés étaient restés ! Le chocolat a toujours gardé ses vertus magiques !

AEV 1920-23 Anne-Marie 45841098_1481657401970814_1720991136354402304_nChez la grande -petite fille, il y a toujours une mais plus souvent deux tablettes de chocolat dans le haut du réfrigérateur.

Petit carré du midi avec le café, petit carré du soir devant la télévision ou en lisant un bon livre ! Douceur partagée avec son tendre amoureux, compagnon de vie depuis nombre d’années. Cette vie qui coulait si vite… Maintenant elle fait même des «saucissons au chocolat» pour ses petits enfants !

La fée Cabosse, certainement penchée au-dessus de son berceau, a versé sur sa vie un goût de douceur gourmande, de délicieux bonheur à déguster et surtout à partager avec ceux qu’elle aime !

Le chocolat est un virus dont elle ne guérit toujours pas, ne souhaite pas guérir. Elle a su généreusement et affectueusement contaminer son entourage d’adorables «becs à sucre» !

24 mars 2020

Recettes confinées / Dominique H.

Après quelques jours de séparation contrainte par le confinement, Béatrice se languit de Félix mais ne veut pas le lui dire franchement. Alors elle entreprend par un biais culinaire de lui envoyer un message subliminal, espérant que Félix comprenne qu'elle avait le désir de confiner à deux. De bon matin, elle lui envoie ce mail avec en pièce jointe un texte de recettes confinées : 

Mon cher Félix, j'ai rêvé cette nuit que nous nous confinions ensemble et que nous partagions les plaisirs de la table. J'ai transcrit mon rêve ce matin et je te l'envoie sans plus attendre (tu es Chéri et Amour c'est moi). Bon appétit. Baisers confinés. 

Béatrice, ta vieille amoureuse.

Deuxième semaine de confinement !

C'est pas si  marrant  finalement,
même si confiner rime avec câliner,
bouquiner et surtout  cuisiner.
La bouffe devient une obsession,
avec une addiction à Marmiton.

- Dis, mon ange,
qu'est-ce qu'on mange ? »

- Je ne sais pas, mon amour,
cette semaine c'est ton tour !
Moi je m'occupe du vin
et je sors acheter le pain,
Ce n'est pas pour te déplaire,
mais j'ai besoin d'air !».
 
AEV 1920 23 Dominique crêpage de chignonLa vie à deux peut tourner à la patate
chaude, pas très délicate.
Comment casser la croûte
sans se crêper la choucroute
ou le chignon ?
 
Une idée serait de cuisiner aux  petits oignons.
Dans le journal ils disent bien  de faire attention
à ne pas hausser le ton
et, pour éviter de se prendre un gnon,
de rester  calme et mignon,
comme le filet,
pour continuer à boire du petit lait,
d'abandonner les injures  de  « poisson pourri »
pour retrouver  « bien sûr Mon Chéri »,
« comme tu voudras mon Amour ».
 
Nous avons abandonné nos prénoms
et c'est ainsi que nous nous nommons.
Nous évitons aussi la vache enragée,
pas recommandée aux encagés.
C'est déjà difficile  de se ravitailler
alors mieux vaut éviter de se chamailler. 

AEV 1920 23 Dominique vouvrayEt pour adoucir les meurs,
je propose à Chéri  un peu de liqueur,
cependant sans  abuser des nectars
pour qu'il ne tombe pas  dans le coltard
ni  finisse beurré comme un petit Lu
parce qu'alors rien n'irait  plus. 

Cette semaine, je m'occupe de l'accord vins-mets

ça me va bien, je m'y connais.
 
Déjà à l'apéro deux doigts de Vouvray
évidemment bien frais.
Après selon l'inspiration
de Chéri, le chef, j'ajusterai le flacon.
 
AEV 1920 23 Dominique sancerre_blanc-1485182913Ce soir c'est hareng – pomme de terre
alors ce sera du Sancerre.
Dimanche c'est gigot -haricot.
je servirai un Bordeaux.
Lundi Chéri annonce quiche loraine
alors Amour (c'est moi) proposera  un rouge léger de Touraine, 
dommage que cette semaine
pas de marché et donc pas de belle romaine
mais heureusement
en nous promenant  dans les champs
tout en respectant strictement
les règles du confinement
en nous limitant au périmètre
de un kilomètre
nous avons cueilli
du tendre pissenlit.
 
Chéri est très content
du confinement ;
Il me dit «  Ca roule,
ma poule »
notre organisation
est aux petits oignons,
nous parvenons à rester cool
et de concert on roucoule.
Nous découvrons un nouvel art de vivre
il nous faut bien survivre.
Alors continuons !
Mardi ce sera  filet mignon
et je sortirai  un Fronton.
Attention quand même : dans les bouteilles
c'est pas du jus de groseille
alors je modère la dose
pour éviter l'overdose ;
il ne faudrait pas qu'au lit
Chéri s'endorme sur le rôti,
ce seraient alors les carottes cuites, 
je veux dire «  trop cuites »  et  pas « cuite ».
 
Chéri me dit que je dérape
ok, Amour va lâcher la grappe,
surtout qu'à la radio ils disent de faire attention
aux diverses addictions...
 
AEV 1920 23 Dominique pomerol-clos-rene (1)L'alcool, c'en est une, est anxiolytique
mais il ne faudrait pas devenir alcoolique.
Donc nous sommes passés  à l'eau ferrugineuse
vertueuse, précieuse et finalement goûteuse.
C'est un bon accord avec le  gratin de nouilles
agrémenté de râpé de  fenouil.
Chéri varie les plaisirs , il est créatif
et vraiment imaginatif,
ainsi il associe  andouille
à la purée de citrouille.

Vraiment, de mon fauteuil,  je me gondole
à regarder  Chéri  qui rigole,
qui joue avec ses queues de casseroles
pour préparer ses ravioles.  
La semaine se termine
mais comme, toujours,  on confine,
nous allons changer de rôle :
pour moi, Amour, c'est moins drôle,
je vais  passer aux casseroles
pendant que Chéri choisira le  Pomerol.

24 mars 2020

Recette de quiétude / Eliane

CORONA ÉCOLE À LA MAISON

Ma maman disait toujours qu'il faut faire du mieux que l'on peut avec les éléments sur lesquels on n'a aucune prise. C'est une recette de quiétude morale.

Comment puis-je appliquer cette philosophie de vieux sage à la situation dans laquelle nous nous trouvons ?

Etat des lieux avec lesquels je dois m'efforcer de composer au mieux :

Voilà un peu plus d'une semaine que chacun est confiné chez soi afin de limiter le plus possible la propagation du virus. Avant que ne survienne la fin des haricots.

Il s'agit de rester vigilant, de ne pas s'endormir sur le rôti. Les contacts ne sont pas recommandés. Heureusement dans notre isolement nous avons le téléphone et les réseaux sociaux pour garder le lien avec nos proches, famille et amis. Mais en dehors c'est un peu le désert du point de vue relationnel.

Et c'est un peu un événement quand, au hasard de quelques pas dehors pour aller porter sa poubelle, on rencontre un ou deux voisins avec lesquels tailler une bavette. Petite, la bavette, portion congrue. Chacun des protagonistes reste à bonne distance. La conversation est brève et tourne toujours autour du même sujet : épidémie et confinement.

Bouffée d'oxygène que cet atelier d'écriture en ligne qui permet de solliciter nos neurones. Même si parfois on a l'impression de pédaler dans la choucroute pour tenter de pondre un texte qui se tienne. Cela aussi permet de garder du lien. Et c'est si agréable de lire ce que les ami·e·s ont écrit.

Que faire de ces longues heures qui s'étirent devant nous ? Bien sûr il y a la lecture. Mais au Secours ! J'ai épuisé mon stock de bouquins et la médiathèque est fermée. Je l'ai dans le baba, et j'en ai gros sur la patate.

Il y a aussi la télévision, qui permet de chercher le coupable avec les policiers des séries, de chercher à répondre aux questions des jeux ou de se replonger dans un vieux film.

Mais on n'échappe pas aux infos, et en ce moment elles sont plutôt anxiogènes. Car cette épidémie ne se contente pas de nous isoler, elle nous fait peur. Surtout aux personnes qui, comme moi, sont, parait-il les plus à risque car plus âgées. Jamais comme ces jours-ci je n'avais autant pris conscience de mon âge.

Ce virus commence sérieusement à me courir sur le haricot. D'ailleurs… il ne pourrait pas aller jouer ailleurs ? Comme par exemple sur l'Antarctique où les individus sont beaucoup trop rares pour lui permettre de se développer ?

CORONA À LA MAISONMais à bien y réfléchir c'est quand même ce qui risque de lui arriver. Il y aura un moment où il n'y aura plus personne de libre au sein desquels faire des petits. Il ne pourra plus. Ce sera sa ménopause. Et qu'il ne compte pas sur nous pour le laisser bénéficier d'une procréation assistée. On serait plutôt pour une stérilisation massive.

Allez, pas de pessimisme, les carottes ne sont pas encore cuites. Cela aura forcément une fin et ce sera bien avant que je sucre les fraises.

Alors j'écoute ma maman et je fais du mieux que je peux.

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