Oyez ! Oyez, braves gens, la complainte de la guerre contre un ennemi mal connu et sournois !
Nous avons tout de suite su qu'aucune épée, aucune arbalète, ni fusil ni kalachnikov n'en viendrait à bout. Mais des seringues et des respirateurs !
Fallait-il appeler l'infanterie, l'artillerie, la marine ? Le génie ? Oui seulement si c'est celui des médecins et soignants. Quelle armure, quel uniforme sinon des blouses ? Quel grade appeler et utiliser ?
Vous voyez cette fois les militaires ne peuvent pas prendre la route. L'Etat-major est aux arrêts, le train patine et l'aviation ne décolle plus. Mon pays, armé jusqu'aux dents est à la soupe claire. Ses dents ne lui servent à rien.
- Vous allez faire comment alors ?
Nous, les simples, les sans-grade, nous allons être les soldats en restant chez nous et en respectant des gestes simples. On lui fera la guerre des nerfs à l'ennemi.
Pour une fois, cher Brassens, je ne serai pas de votre avis quand vous déclarez : « Moi mon colon celle que je préfère c'est la guerre de 14-18 ». Moi ce que je dis, juste en passant, c'est que la nôtre est plus douce, c'est la guerre des retranchés chez eux avec de la nourriture, du confort, des moyens de communication modernes.
Ça a commencé par un serment dans la salle du jeu de paume : celui de se laver les mains fréquemment. C'est donc la guerre des mains propres, ce que j'essaie de faire le plus souvent possible, je me passe donc un savon toute seule, sorte d'autoflagellation.
Si je sors en plein midi c’est munie d'un heaume en tissu qui me protège, moi et les autres belligérants. Et puis j'éternue dans mon coude. C'est bien moi ça, je ne rate pas une occasion de me pousser du coude pour faire la maline.
Très tôt souvent je me lève pour profiter des matins bleus sans pollution pour quérir la gazette dans ma boite. Ce que je crains c'est d'y découvrir la mort d'un ami parti au front. Ce qu'il y a de commun avec toutes les guerres c'est qu'une personne peut dire à une autre chaque matin : « Si tu ne revenais pas » ? Alors je trouverais la maison vide.
Certains par contre trouvent la maison trop pleine. Les enfants en grappe qui tournent et virent dans un petit espace. « Que c'est long ! » disent certains parents !
Pendant que nous, mains lavées, nez mouché, bouche cousue, nous profitons du temps qui nous est donné, bien que nous soyons les grognards de la consigne, nous attendons avec impatience que notre généralissime Joe Krapov* nous envoie notre feuille de route. Quand nous aurons gagné la guerre et que nous relirons ces quelques mots nous dirons c'était aux premiers jours d'avril 2020 nous avons vaincu car nous avons su rester confinés.
* Général d'une bande armée de stylos. Revenu de la retraite de Russie avec le goût de la vodka qu'il partage virtuellement avec un certain capitaine Haddock en s'échangeant des insultes littéraires.
Ç a puire ! O yez, oyez N enni, que nenni F aire ripaille I nfiniment N uira à votre grâce, ma mie E stoquons ce virus M orbleu, mortecouille ! E mberlucoquons cet intrus N e surtout pas trembler ni T rouiller !
Et buvons du vin clairet, «à coup de nuit (St-Georges)», de la vinasse gouleyante, faisons ripaille et ne nous contentons pas de brouet pour donner un coup d'estoc à cet ennemi félon et cruel !
Peste soit de ce ribaud (comme le lait) et tant pis si je ne rentre plus dans mes braies et mon surcot !
Toi tu me lâches !
Et cessons d'écouter la jactance incessante de ceux qui ne savent pas, gardons raison et ne nous laissons pas larronner notre bon sens et notre esprit ! " Un homme s'est pendu " ! " Une petite fille pleurait " !
Que trépasse si je faiblis, ma mie !
Les gestes barrières : Lever le coude, pas celui où on éternue, l'autre ; Me boucher les oreilles sauf pour écouter les piafs (et encore , ils commencent à me saoûler) ; Mettre un euro dans une cagnotte chaque fois qu'on dit " Coronavirus " (là, ça ne compte pas, je l ai écrit !).
C' est quoi le finementcon ? O n doit rester à la zonmai ? N TM ! F aisons pas iéche I nterdit de tirsor qu’y zon dit N on mais n'importe nawak ! E coute moi et mes tepos M anu ! "Un homme s' est pendu ! E splique nous c’est ouac le rusvi N e nous raconte pas des craques : T' en sais rien du oute !
Réponse :
C hère jeune génération O n ne doit point se leurrer N e nous méprenons pas ! F aisons amende honorable, I ntervenons de façon responsable N e nous écartons pas du droit chemin E t restons à l' écoute de tous ceux qui ont faim M ais ne jetons pas la pierre aux autres… E uh ! Je m'égare, je fatigue ! Ma joie est tombée dans l'herbe N' arrive plus à maitriser mes nerfs et tout le reste T rop, c'est trop , je jette l'éponge !
- Qu'est-ce qu’y raconte l'aut ' bouffon ? On n’y entrave que dalle ! - Que c'est long ! » - C'est qui qui a faim ? La petite fille qui pleurait ? Y dit qu'il fume de l’herbe avec sa joie ? Et pourquoi qu’y jette l'éponge ? Y veut qu'on fasse la vaisselle ou quoi ?
Gestes barrière de ces petits jeunes : - Désinfecter les poignées de la mobylette que l’on "emprunte" et qu’on brûle après par mesure d’hygiène : la forte chaleur tue le virus ; - Mettre un masque pour ne pas être reconnu ....non c'est pour le virus ! ; - Refermer les portes à grands coups de pieds pour éviter d’y toucher, geste adopté bien avant le virus ; - Serrer la main du petit vieux qu' on n’aime pas ! - T' es bien gentil mon petit, d' habitude tu dis jamais bonjour !
L’aveugle du pont du Change A coup de nuit assassine S’est mué en mal étrange Qu’un sort fatal nous destine.
Que se passe-t-il dans ma tête ? J’entends les petits soldats : Ils vont combattre la bête Au son des Ave Maria
Et le soir j’ouvre grand ma fenêtre Pour n’être rien qu’habité par la foi Et j’applaudis du profond de mon être Les gens qui vont sur le chemin de croix
2
La chanson trop monotone Des malheurs et de la guerre ! S’il fallait que sur la terre Un vieux troubadour entonne
La complainte de l’oiseau Pour que, sourde, elle décline, Je prendrais ma mandoline Pour lancer ce chant nouveau
Et si ma joie est tombée dans l’herbe Pour que tu chantes la vie avec moi Je trouverais les mots les plus superbes J’écrirais la plus belle chanson qui soit
3
Comme un vieux morceau de bois Sur une petite plage Quand le vieil arbre sera Mort d’avoir dépassé l’âge
Une autre vie recommence ! Notre monde un jour verra Les matins bleus de l’enfance Car toujours la mer est là.
Un peu de sang breton dans nos veines Les mains trempées au creux de l’océan C’est la complainte du roi et de la reine Qui nient l’automne au profit du printemps.
4
Je ne sais pas trop pourquoi J’ai des petites fleurs bleues Sur ma route, sous mes pas Sur notre histoire, sur nos jeux.
Est-ce que tout s’en va déjà ? Faut-il dire alors adieu ? Est-ce que tu me reviendras, Ronde autour d’un monde heureux ?
Il faut danser, Marie, dans les guinguettes ! Elle était si jolie notre aventure ! A nos amours, trinquons, choquons fillettes, Ca fait aimer la vie, soyez en sûre
N.B. Peut se chanter sur l'air de "File la laine" de Jacques Douai
N.B. Ecrit d’après les gestes (barrières ?) suivants :
- Applaudir à sa fenêtre à 20 heures - Empoigner sa guitare pour chanter des chansons - Ecrire dans son cahier ou devant son écran - Tremper ses mains dans l’eau (pour faire la vaisselle !) - Remplir son verre de vin blanc (on est revenu au Sylvaner et au Riesling après une longue fréquentation du Bergerac moelleux)
Grâces soient rendues à Xavier Marabout ! Sa réinterprétation des tableaux d'Edward Hopper dans lesquels il fait figurer les personnages d'Hergé est un régal. Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas adjoindre à ces tableaux quelques mots de San Antonio (Frédéric Dard) ? C'est ce que l'animateur propose cette semaine.
2) Vous écrivez un texte à partir de cette image. Attention : vous ne devez pas utiliser les noms des personnages d'Hergé même s'ils sont représentés sur le tableau. Le jeune homme à toupet sera rebaptisé Félix, Antoine Manaudou, Théodore Chassériau ou ce que vous voudrez mais surtout pas T*nt*n !.
3) Vous insérez dans votre texte deux ou trois citations choisies dans la liste ci-dessousou ici.
Il émet quelques bouts de râle et se fout aux abonnés absents.
Il périlie en force, mon cher valeureux mammouth. Il ferre de lance. Il abordage.
Quand des gens passablement évolués te donnent pour vérité des abracadabrances, c’est que ces abracadabrances se sont bel et bien produites.
Il s’agit de Jojo la défouraille, un loustic pas fréquentable, condamné à mort par accoutumance je crois bien et qu’on m’avait dit espadrillé en Amérique latoche.
Mes forces ont mis les adjas. J’ai du carat et mes muscles ressemblent à des souvenirs.
Les anciens pétomanes ! Les anciens musiciens ! Toujours nouveaux cons, quoi qu’il advalsedevienne.
Il semble s’affaisser des méninges, le birbe. Se débattre dans le yaourt.
Lorsque tu es de nature marginale, tu trouves toujours un petit turbin pour affurer ton minimum vital.
Allons boire le dernier de la journée, je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule.
Il ressort son flacon de corrosif pour s’en téléphoner deux décilitres dans l’alambic.
Toujours pareil quand on algarade en ville ! les badauds pullulent comme des cellules en tumeur.
Prof et King viennent de franchir le seuil de la caverne alibabesque.
Tout en gouaillant, je fais gaffe parce que si cet olibrius prenait la fantaisie de m’aligner un taquet, sûr et certain que ça ferait travailler mon dentiste.
Alinéa jacte à l’aise !
Faire Allemande honorable.
Et que je te sabre au clair, et que je t’allon-z’enfance pour un oui, un niet, une allocution, une allocation !
Attends, ma libellule, attends, j’ai des projets plus ambidextres pour toi.
Je franchis des Himalaya de réprobation, j’annapurnise dans le désenchantement.
Le canari que j’ai acheté à Toinet pour son annif piaille à gorge d’employé.
Le ziguche qui fermait la marche me reçoit plein cadre car j’ai à-piedjointé sur sa poitrine.
Lormont blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint-Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.
Les temps ont changé, se sont durcis. Tu tolérerais jamais ce genre de pirouette arnaqueuse.
D’emblée je m’assure qu’elle n’est pas trop craignos. Ces arpenteuses de nationales ont souvent tendance à négliger leur service entretien et ma pomme, si une gerce n’est pas rigoureusement clean de partout, je préfère abstiner
Je me disais que je ne devais pas compter aller loin mais seulement m’arracher de la zone dangereuse.
Et ça vous hypnotise depuis les crins jusqu’aux orteils en passant par la membrane médiane, le gros côlon (Christophe pour les dames) et l’artère iliaque interne.
Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève.
Mesdames, vaut mieux une chiée de types qui posent leur pantalon en votre honneur, qu'un seul qui vous le fait repasser
Ce matin-là, il avait la figure en coin de rue sinistrée. Ses paupières étaient gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique et avec la couche de mélancolie qui lui couvrait le visage, on aurait pu regoudronner la Nationale 7.
L’an dernier j’étais encore un peu prétentieuse, l’an prochain je serai parfaite.
Toulouse-Lautrec (score final 0-0)
Maintenant, je savais ce qu'elle valait, la gloire ! Un piédestal de sable, voilà ce que c'était ! Rien de plus ! Les hommes juchés sur ce promontoire se croyaient des élus éternels mais au premier coup de vent, ils s'écroulaient !
Quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin, mes fils.
La lumière de l’été est plus rasante qu’un discours électoral.
« A côtoyer la mort, tu te raccroches à la vie. » (Frédéric Dard).
Préambule : vous retrouverez, autour de l'anti-héros Félix, des personnages de sa vie qui ont déjà fait de brèves apparitions : Yolanda sa bécane domestique, Bénédicte sa bonne voisine psychiatre en retraite, Louise sa sereine-mère, Françoise sa grande sœur originale et Béatrice, sa préférence, à peine évoquée la première semaine de confinement, mais qui fait un retour en force à cette cinquième semaine.
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Félix a encore mal dormi. A vrai dire il s'est une fois de plus réveillé à l'aube dans cet état d'hyper-vigilance qu'il connait bien. C'est un état particulier d'hyperactivité cérébrale difficile à décrire. Il va d'ailleurs en parler à Bénédicte et lui demander ce qu'elle pense de cette frénésie neuronale. C'est comme une chorégraphie de fourmis industrieuses, chacune portant sur son dos une idée qu'elle transporte rapidement d'une aire cérébrale à l'autre. Dans «Des gueules d'enterrement» Frédéric Dard exprime exactement cette agitation : «Sa tête ressemble à une cour de récréation, les idées galopent dans tous les sens».
Dans ces moments particuliers Félix écrit des vers dans sa tête, des rimes, compte les pieds, s'emberlificote dans les mots et les associations poétiques qui surgissent. Hélas cette matière est aussi foisonnante qu'évanescente et le matin il n'en reste que de vagues volutes. Quand il est dans cet état-là, il lui arrive parfois de saisir l'instant et de se vider la tête en tapant sur son autre bécane domestique, Max, un MacBook Air, un autre confident. Il écrit alors très vite, au kilomètre, des phrases courtes, centrées, sans ponctuation La relecture à froid quelques jours plus tard de ces élucubrations nocturnes et souvent poétiques lui confirme que c'est bien lui Félix qui en est l'auteur et qu'il s'agit bien des méandres profonds de ses propres circonvolutions corticales. Ceci dit, avec ces nuits toutes répétitives, il est en dette de sommeil.
Au réveil, il jette un œil à sa figure en coin de rue sinistrée. Ses paupières sont gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique. Heureusement il se souvient alors de la maxime de Frédéric : «Certains, plantés devant leur miroir, croient qu'ils réfléchissent, alors que c'est le contraire ». Ca suffit, trêve de ruminations introspectives, aujourd'hui, c'est décidé, il passe à l'action. Pour se motiver, il lit à haute voix la maxime qu'il a écrite sur son miroir depuis quelques jours, la phrase d'un sage (Épictète ?) qu'un bon copain lui avait envoyée au début du confinement : «Trouver la sérénité d'accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer les choses que je peux et la sagesse d'en connaître la différence ».
Il la connaît par cœur maintenant et elle a un effet calmant réel et assez rapide. Par contre l'effet dynamisant est beaucoup moins net. Cependant, elle enclenche souvent un coq-à-l'âne d'occupations dérivatives. Félix passe alors de la cuisine au jardin, de l'aspirateur à Yolanda, sa bicyclette, et, sur Youtube, de Souchon à la Compagnie créole, avant de retrouver son vague à l'âme sur le canapé.
Il fait beau, il sort dans son jardin et, comme il l'espérait, Bénédicte est là qui bouquine, comme si elle l'attendait. Rapidement, après les salutations matinales d'usage, les échanges sur les lectures, les informations, elle donne l'occasion à Félix de s'épancher une fois de plus. Félix ne se fait pas prier et se met à parler des fourmis qui sillonnent son cerveau la nuit. Bénédicte l'écoute attentivement comme d'habitude et le rassure une fois de plus en lui expliquant que ces états bizarres sont visiblement des moments de créativité, une chance pour Félix, et que ce n'est pas grave du tout d'avoir besoin de taper sur Max la nuit, d'autant plus qu'il peut faire la sieste dans la journée. Apaisé pour un moment, Félix libère Bénédicte.
L'énergie est revenue et il enfourche Yolanda le temps d'un documentaire sur la grande barrière de corail en Australie. Mais la vue du ballet des poissons multicolores en liberté parmi les coraux le ramène au confinement et il se sent comme un poisson qui tourne en rond dans son bocal. Il abandonne Yolanda et, l'espace d'un moment, il lui en veut de n'être qu'un vélo. Il se retient cependant de lui donner un coup de pieds dans le flanc.
C'est bientôt l'heure du déjeuner, un bon moment. Depuis le Co-vide il fait des repas copieux et s'est même remis à cuisiner avec plaisir. Il est bien organisé au niveau de la logistique et ne sort faire ses courses que deux fois par semaine. Ce fonctionnement est bon signe lui a dit Bénédicte en rajoutant : « Quand l'appétit va, tout va !».
Ce midi ce sera quiche lorraine aux asperges accompagné d'un verre de Bourgogne blanc. Suivant les bons conseils de sa voisine il se limite désormais à la consommation d'une demi-fillette au seul repas de midi (18,7 ml) qu'il se sert dans un beau verre. Ça lui rappelle le restaurant avec Béatrice et aussi une phrase de Frédéric : « Dans le début des aventures la bouffe prépare la baise ; sur la fin elle la remplace ». Aujourd'hui il terminera par un sorbet fraise. Malgré ce décorum et ces rituels, il sent la colère monter de jour en jour. Il tolère de moins cette distanciation sociale, une expérience de non-contact plus que frustrante, une maltraitance de notre humanité. Un Expresso bien serré et non sucré plus un carré de chocolat noir au beurre salé lui font ressentir le bon goût de la vie avant de s'accorder 17 minutes de sieste.
Il sait faire la sieste, s'endormir vite. Cette fois il s'endort en pensant à Béatrice, sa préférence depuis près de trente ans, qu'il n'a pas vue depuis le 18 mars, J2 du confinement. Ils ont trouvé un code de vie amoureuse intermittente qui leur convient à tous les deux. Economiquement indépendants, les enfants nés d'un mariage de leur jeunesse voguant de leurs propres ailes, ils ont commencé en ne partageant que des bons moments : cinéma, restaurant, voyages, lectures, vélo... Une brève faiblesse les a amenés à habiter sous le même toit, mais avec sagesse ils y ont rapidement renoncé, et ont convenu de rester fiancés toute leur vie. Une certaine précarité compensée par une légèreté du lien qui finalement a résisté au temps. Chacun d'eux a expérimenté que le contrat corseté du mariage n'offre pas de sécurité et que l'exigence de ce lien est trop cher payée pour chacun d'eux. Ils ont la même maison assez souvent mais pas tout le temps. Leur seul lien économique est une cagnotte de plaisir qu'ils alimentent à égalité.
Au réveil il est en forme, bien que sans souvenir d'un joli rêve. C'est alors que son regard clique par hasard sur un tableau accroché dans un angle de la chambre, sous la pente du toit. Le soleil de l'après-midi traverse le Velux et le met en valeur. C'est une jolie affiche, soigneusement encadrée, qui est là depuis deux ans, il s'en souvient précisément, c'est un très bon souvenir. Il la regarde attentivement comme s'il la découvrait et son regard de Félix s'allume alors d'une lumière intérieure très particulière, plus que joyeuse. Cette affiche parle de la vie de Félix, de sa vraie vie. C'est un cadeau de Béatrice.
Elle la lui a offerte lors d'une escapade plus que sympathique dans le golfe du Morbihan. Au cours de leurs flâneries dans les rues de Saint-Goustan, le très joli petit port ancien d'Auray, ils étaient entrés au 31, rue du Petit port. C'est l'atelier de Xavier Marabout, un artiste qu'ils ne connaissaient ni l'un ni l'autre. Le premier contact avec les murs de l'atelier fut pour Félix et Béatrice un coup de foudre esthétique : la Tintinomania de Félix se trouva instantanément comblée ! Enfin il découvrait la vie sentimentale et sexuelle de son héros. Quant à Béatrice un phénomène immédiat de lévitation la posa sur un petit nuage pour la promener dans la lumière crue et les ombres des tableaux de Hopper.
Merci, «Marabout-bout de génie», d'avoir fusionné le peintre américain et le dessinateur belge ! Une ambiance commune évidente de silence et de mélancolie se dégage de l'oeuvre des deux artistes et l'idée de les superposer relève d'une intuition géniale. C'était comme si les pièces, les paysages de Hopper attendaient depuis toujours de s'égayer avec ces pin-up décalées, ces belles américaines à la carrosserie rutilante et comme si le reporter-globe-trotter avait trouvé l'occasion de se déniaiser. C'était exactement comme un rendez-vous merveilleux.
Pendant ce temps suspendu, ils n'avaient pas échangé deux mots, bien que n'ayant pas vu les mêmes choses mais Félix garde le souvenir d'une immersion extatique partagée avec Béatrice. Ils n'arrivaient plus à quitter l'atelier. En observant leur état second Xavier Marabout avait ébauché un bref sourire. Ils ne pouvaient ressortir dans la rue comme si rien ne s'était passé et pour tenter de fixer ce que cet instant avait eu d'unique, ils s'offrirent deux affiches identiques, une pour la maison de chacun. « Vacances en Buick Roadmaster » leur plaisait beaucoup mais ils se décidèrent finalement pour « Rencontre sur Great hills road » : arrière-plan un peu austère de montagnes arrondies, arides, maison rurale en bois peint typique de l'architecture américaine au second plan et, au premier plan, un pick-up Chevrolet 3100 des années cinquante. Au volant une femme souriante avec un chapeau de cow-boy bleu et sur la route, de dos, un homme qui se gratte la tête. On dirait Meryl Streep et Clint Eastwood sur la route de Madison !
Avant de rouler les affiches, Xavier Marabout demanda : «Deux emballages ?». Ils répondirent ensemble : «Un seul». Béatrice demanda à Félix de lui passer «la cagnotte des plaisirs» et elle régla en espèces. Ils avaient un peu cassé leur tirelire, mais ce soir ils retrouveraient leur sobriété heureuse habituelle en installant leur table pliante près de leur camion sous le pin parasol de la plage de Locmariaquer, face à la mer, avec au menu : huitres du golfe, pain-beurre et Sauvignon. Ce souvenir ramène Félix à une phrase de Frédéric : «L'ingéniosité en amour est comme la poésie en littérature. On peut s'en passer, mais c'est dommage.».
Félix sort de son rêve éveillé, envoie un SMS à Béatrice : « Que dirais-tu de venir confiner avec moi ? Avec le confinement, pas beaucoup de sorties, alors la cagnotte des plaisirs est pleine et pourra payer l'amende si la maréchaussée nous arrête ».
Félix se met à gamberger en attendant la réponse. C'est le stress du CDD comparé au CDI ! La réponse tarde. Il arrive que Béatrice ne soit pas branchée, c'est aussi là le risque de leur code de vie (malgré leur CODEVI de plaisirs partagés) mais, avec ce CO-VIDE qui traîne, est-ce qu'elle va être d'accord ? Et si elle faisait rimer «confiner» avec «contaminer» ? Félix doit enfourcher Yolanda pour patienter. Pas facile, l'insécurité !
Ah ! Enfin ! « Ok pour «co-piner » chez toi. C'est moi qui prends ma voiture, j'arriverai pour 20h 30, j'apporte une bouteille de Prairie et du chorizo piquant. J'espère échapper à l'Allemande honorable !».
Hercule est enfin dans sa chambre d'hôtel. Il se met à l'aise. Ote bottes, ceinturon, chemise. Tout cet attirail disposé en vrac a pourtant un petit côté « œuvre d'art ».
Mais Hercule n'est pas plus serein pour autant. Il relit le courrier déposé pour lui à la réception. Semble inquiet. La journée avait été mauvaise et ce courrier n'arrangeait rien. Il semble soudain s'affaisser des méninges, le birbe, se débattre dans le yaourt.
Il n'aurait pas dû aller à ce rendez-vous avec Zacharie. Ce matin-là, ce dernier avait la figure en coin de rue sinistrée. Ses paupières étaient gonflées comme des valises d'ambassadeur au moment d'une rupture diplomatique. Et avec la couche de mélancolie qui lui recouvrait le visage, on aurait pu regoudronner l'Autoroute du Soleil.
C'etait sûr il ne pouvait annoncer que de mauvaises nouvelles. Des nouvelles angoissantes.
Zacharie et lui avaient fait une grave erreur en s'attaquant à ce gros ponte. Ce dernier allait sûrement leur faire payer très cher.
Il les avait reçus. Donc tout semblait se dérouler au mieux. Sauf qu'il les avait simplement regardés. Et ce regard ça vous hypnotise depuis les crins jusqu'aux orteils en passant par la membrane médiane, le gros côlon (Christophe pour les dames) et l'artère iliaque interne.
Hercule en avait encore froid dans le dos. Et que je te sabre au clair, et que je t'allonzenfance pour un oui, un niet, une allocution, une allocation.
Et si on la voulait cette allocation, il allait falloir passer par les exigences du gros ponte. Ils ne savaient pas s'ils en seraient capables tant elles étaient dures.
Dans sa chambre d'hôtel Hercule réfléchit à la façon de sortir de cette fâcheuse situation. Plumeti, le petit chien fidèle qui l'accompagne dans toutes les aventures, toutes les galères, le contemple, perplexe.
Hercule ne trouve pas la solution espérée car il s'agit de se mesurer à Jojo la Défouraille, un loustic pas fréquentable condamné à mort par accoutumance, il croyait bien, et qu'on lui avait dit espadrillé en Amérique latoche.
Cette information était peut-être fausse. Mais même si elle était vraie le gus était revenu. Et personne n'était jamais revenu vivant d'une confrontation avec lui.
Alors que faire, pense Hercule, pour éviter ce morbide face à face ? Je ne me sens pas de taille. Mes forces ont mis les adjas. J'ai du carat et mes muscles ressemblent à des souvenirs.
Il se dit qu’il ne devait pas compter aller loin mais seulement s'arracher de la zone dangereuse. Le hic c'est qu'il ne sait pas comment faire. Alors il ressort son flacon de corrosif pour s'en téléphoner deux décilitres dans l'alambic devant l'oeil réprobateur de Plumeti.
Maintenant je savais ce que valait la gloire : un piédestal de sable, voilà ce que c’était ! Rien de plus ! Je venais d’en faire l’amère expérience, me retrouvais nu comme un ver, financièrement parlant, et j’avais dû me résoudre à retourner chez ma mère, habiter le sinistre château que j’avais quitté à grands fracas après une mémorable dispute avec l’auteur(e) de mes jours.
Pour réintégrer ce haut lieu de l’hypocrisie, de l’avarice et de la méchanceté gratuite, j’avais dû faire « l’Allemande honorable ». Pas question de retrouver les miens sans mettre genou à terre. Ma mère, une opulente mégère aux mains toujours gantées - ce qui resterait toujours pour moi un mystère - faisait régner la terreur à la maison. Personne n’avait jamais osé la défier, pas même mon père à l’heure de sa mort.
Ce soir-là, elle s’en était pris à lui sous un prétexte futile, la violence de ses propos aurait fait « sortir de ses gongs » le plus doux des époux. La femme de chambre raconte :
- Le pauvre monsieur émet quelques bouts de râle et se fout aux abonnés absents, il n’avait dû trouver que cette issue pour échapper à son épouse !
En rentrant au port, je franchis des Himalaya de réprobation, j’annapurnassai dans le désenchantement, d’autant que ma cousine Clotilde avait pris ses quartiers au château sous le prétexte de veiller sur la harpie. Elle s’était installée avec un clébard presque aussi mauvais que la vieille et qui passait son temps soit à l’admirer, soit à me mordre les mollets.
Il faut dire qu’elle savait y faire pour mettre les nouveaux venus dans sa poche au détriment des plus anciens. Même ce pauvre docteur Toinet. Quand il arrivait pour sa consultation hebdomadaire, elle lui faisait servir avec ostentation par Félix, notre majordome, un vieux cru sorti de ses chais dont il se délectait tout en lui prodiguant ses conseils d’abstinence.
J’avais quitté ma chambrette au dernier étage d’un immeuble parisien que je regrettais amèrement mais comment faire ? Mes BD ne se vendaient plus. Pour couronner le tout, la belle Angélique qui partageait ma vie avait quitté les lieux quand je m’étais retrouvé raide comme un passe-lacet. Sans doute avait-elle alpagué un autre pigeon pour intégrer un autre pigeonnier. Le sexe masculin est ce qu’il y a de plus léger au monde, une simple pensée le soulève et Angélique avait des atouts à faire rêver plus d’un quidam.
« L’an dernier j’étais un peu prétentieux, l’an prochain je serai parfait » me disais-je pour accepter mon sort. Ce qui fut vérifié l’année d’après.
Au château j’observais tout ce beau monde et ces lieux plus qu’étranges et étrangers à moi-même. Petit à petit des images venaient au bout de mon crayon. Je tenais les nouveaux personnages de la BD qui me redonnerait des ailes et par là-même ma revanche sur le vieux dragon, le clébard acariâtre et la cousine opportuniste.
Ah ! Ils allaient voir ce qu’ils allaient voir et tant pis si je ne retrouvais pas la gloire, seulement un peu de monnaie sonnante et trébuchante pour, tout simplement, gagner ma croûte et ma liberté.
Toute ressemblance avec la vraie vie est parfaitement plausible.
En ces temps troublés comme une anisette par de l'eau d'Evian, où le mot d'ordre est de rester chez soi, on en est réduit à voyager par procuration, en s'inventant des roads trips de calebasse.
En un sens, c'est pas plus mal : on a l'hydrocarburogramme plat, ça nous coûte peanuts, et les piafs nous disent merci. Les voilà qui réinvestissent les parcs, faisant frétiller les frondaisons de leurs trilles guillerettes. Tu m'étonnes ! Cinquante ans au moins que le ciel n'avait pas été si bleu.
Guillerette, je le suis tout autant quand, profitant d'un petit zeph printanier, je décide de troquer mes pelures d'hiver contre la seule chose qui tourne sur terre : une robe légère version Souchon. J'ai un rencard de première, à ne pas louper. La lumière du soir est plus rasante qu'un discours électoral.
Soudain apparaît en pétaradant comme de juste, une splendide torpedo Panhard et Levassor, magnifiquement surmontée d'un bel homme tirant sur le blond et sur une cibiche qui volute comme dans les films des années 50. Je reconnais Bleck.
- Allons boire le dernier de la journée, je crève de soif depuis le temps que je m’aiguise la menteuse sans mouiller la meule ! lui dis-je en souriant.
- Attends, ma libellule, attends, j’ai des projets plus ambidextres pour toi, qu'il me répond. Et nous voilà embarqués sur la route de Madison, via le boulevard du Rhum. - Il me faut faire Allemande honorable, dit-il en souriant. Ça fait cinq ans que je te dois un resto, alors cette fois, je me suis dit ne reculons plus, sautons. Enfin si je puis me permettre cette expression hardie autant qu'osée... Ça fait cinq ans que je me dis que je vais franchir des Himalayas de réprobation, et annapurniser dans le désenchantement... Alors aujourd'hui : alinéa jacte à l'aise ! Je t'emmène chez Eugène manger des frites.
Au carrefour des Etoiles, deux clampins traversent devant lui sans regarder. Il pile.
- Toujours pareil, quand on algarade en ville, les badauds pullulent comme cellules en tumeur ! s'écrie-t-il.
Et je vois bien que ça le met furinx. Il émet quelques bouts de râle, il ferre de lance, il abordage... puis reprend son sourire ultra brite. Tout en gouaillant, je fais gaffe parce que si cet olibrius prenait la fantaisie de m’aligner un taquet, sûr et certain que ça ferait travailler mon dentiste.
Je pourrais avoir peur, s'il s'agissait de Jojo la Défouraille, un loustic pas fréquentable, condamné à mort par accoutumance qu’on m’avait dit espadrillé en Amérique latoche. Mais là, il s'agit du type le plus réglo de la blogosphère. Un chic type du genre de mon oncle Joe Krapov, qui dit toujours que « quand le respect de la gonzesse s'effiloche dans une nation, la débâcle n'est pas loin.»
Et c'est ainsi que, de fil en conversation, nous sommes arrivés chez Eugène, après une cinquantaine de bornes de décoiffage décapoté (contrairement aux films des années 50 où pas un cheveu ne bouge malgré la vitesse).
Il passe ses mains sur ma chevelure, blêmit, rougit, jaunit, verdit, violit, marronit (comme Saint-Laurent du), orangit, arc-en-ciélit puis reprend tant bien que mal sa couleur initiale.
- Bon on se le fait ce resto ? demande-t-il d'une voix gris clair.
- Vamos, amigo ! réponds-je, le palpitant en capilotade. Et je franchis le seuil de la caverne alibabesque, en pensant au pont de Noirmoutier.
Quand il avait une idée en tête, Félix n’était pas fainéant. De nature marginale, il trouvait toujours un petit turbin pour affurer son minimum vital.
Une année à trimer comme un forçat. Doué en mécanique, il avait passé des semaines sans rechigner à réparer les voitures des voisins, des amis des voisins, des cousins germains, des cousins issus de germains et même la deudeuche verdâtre du couvent des sœurs grises d’à côté de chez ma copine Maryvonne.
A la fin du mois de juillet, triomphe, il avait réuni la somme suffisante pour s’acheter la voiture rouge qu’il reluquait depuis plusieurs mois dans le garage du père Juju. Il s’appelait Julien mais tout le monde au village l’appelait Juju parce qu’il ne buvait que du jus d’orange, «avec un fond de gnôle pour chasser le coronavirus» disait-il ces derniers jours.
Mais revenons à Félix.
- Alinéa jacte à l’aise ! Le 1er août, je pars dans le Finistère !
Coffre plein, Pompon, son chien, près de lui, le voilà sur les petites routes bretonnes, désertes à cette heure matinale. Soudain, dans un virage, une auto-stoppeuse lui fait des signes.
Tellement ravissante, elle semblait tout droit sortie d’Hollywood avec sa jolie robe au large décolleté, ses cheveux relevés en chignon désorganisé. Tombé en pamoison, il embarque la fille, la valise et se dirige vers sa location.
Ce qui devait arriver arriva, le voilà perturbé, maladroit séducteur, se disant qu’elle avait de l’allure dans sa belle Triumph et que les vacances seraient bien sympa en sa compagnie.
En arrivant, d’emblée il réalise que la lumière est plus rasante qu’un discours électoral. Saisi par le ciel bleu parsemé de petits nuages blancs, cotonneux, il pense à un tableau d’un certain Américain dont il a oublié le nom. Le peintre n’aurait sûrement pas hésité à les inclure, lui, sa compagne et sa belle automobile, dans un tableau qui se serait vendu à prix d’or.
Pompon, jaloux de la nouvelle compagne de son maître, saute de la voiture et s’éloigne en boudant.
***
Trois semaines plus tard, ils sont repartis ensemble. Personne n’a su ce qui s’est passé dans la maison. Ce qui est sûr c’est qu’ils sont restés confinés pendant toutes les vacances, ne sortant qu’une heure par jour pour s’aérer et pour les achats de première nécessité.