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L'Atelier d'écriture de Villejean

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28 avril 2020

Haïku et tankas / Marie-Thé

AEV 1920-28 Marie-Thé vagueChoses qui donnent un vertige d’émerveillement

Dans la mer limpide
Frissonnant dans l’eau glacée
Elle sent son corps léger
Balancé au gré des vagues
Euphorique et apaisé.

Le tout-petit trotte
Bras en l’air, pas hésitants,
Cris, rires aux éclats,
Se précipite dans des bras
Qui le soulèvent avec joie.




Promenade du soir

Soleil bas de crépuscule
Féérie de couleurs
Aubépines immaculées
Ajoncs d’un jaune éclatant.

Pissenlits, pièces d’or
Eparpillées sur l’herbe verte,
Splendeur du printemps.

Choses agaçantes

Elle vient de s’endormir

« Bzz Bzz ! » fait le moustique
Qui la pique à la joue.
Enervée, réveillée,
D’une main rapide
Elle l’a écrabouillé.

Ce matin il pleut.
Le ciel verse des grosses larmes
Comme s’il déplorait
La fin du confinement
Auquel nous aspirons tant.

Marie court dans le vent
Qui soulève ses cheveux longs
S’infiltre sous ses jupons
Souffle dans les arbres qui plient et se relèvent
Dans un bruit assourdissant.
Elle éclate de rire, elle est heureuse, amoureuse.

 
AEV 1920-28 Marie-Thé trainChoses qui égayent le cœur

Marie s’impatiente
Sa montre s’est-elle arrêtée ?
« Tchou ! Tchou ! » Voilà le train
Le cœur de Marie bat très fort
Ses mains tremblent, elle rougit
Soudain il est là, devant elle.

Sur elle ce matin
Il a posé son regard
Il s’arrête, sourit.
Troublée, émue, elle s’enfuit,
Puis revient vers lui gaiement.





Choses peu rassurantes


Pieds collés au sol
Nulle part elle ne peut aller
Il va la saisir
Apeurée Marie crie
« Au secours », se réveille.
Ouf ! Ce n’était qu’un cauchemar.

Le rôti est cramé
Les invités sont arrivés
Marie est affolée

AEV 1920-28 Marie-Thé balade-en-corseChoses qui provoquent l’enthousiasme

Elle voulait partir à la mer
Et lui à la montagne
Ensemble ils sont allés en Corse
Mer et montagne ils ont trouvé.

Choses qui apaisent
Il a posé sa main sur son épaule
Son cœur s’est apaisé
Ses larmes ont séché
Elle a cessé de trembler

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28 avril 2020

Haïkus et tankas / Maryvonne

AEV 1920-28 Maryvonne ledeuil

CHOSES TROUBLANTES

Drôles de noms dans les obsèques

Madame Pertegaz
Madame Chrétien née Le prêtre
Marcel Crocquevieille

Ont rejoint Monsieur Malcuit
Au Panthéon des noms curieux

***

Cochon et Goret
Paul Lamort et Jules Ledeuil
Pseudos du virus


Retour d'une amie

Abonnée absente
Retrouve la voie des ondes
Chouette pandémie


CHOSES POIGNANTES

AEV 1920-28 Maryvonne cimetièreCimetières fermés

Cimetières fermés
Abandon momentané
Ni fleurs ni couronnes

***

Pauvreté

Paniers débordants
Pour d'inutiles bombances
Sous l’œil d'affamés

***

Disparition

Sur le dos d'un ange
Mais mordu par un démon
Il file dans nos cœurs


CHOSES QUI APAISENT

La mer

Ce matin la mer
A un sérieux vague à l'âme
Ses yeux sont mi-clos

Belle eau turquoise assoupie
Dans son pyjama d'écume

***

Silence

Grandes bouffées d'air
J'aspire le doux silence
Nourriture exquise.

***

Le temps

Énorme bourse de temps
A dépenser sans compter
Oh ! La belle richesse


CHOSES QUI EGAYENT

Bon souvenir

Au fond d'un tiroir
Photo couleur bouton d'or
Fleur du souvenir

***

Humour de ma sœur

Chaussures à ses pieds
Se ressent moins confinée :
Chaussons au placard

***

AEV 1920-28 Maryvonne nichee-de-mesangesBelle nichée

Soudain moins de bruit
Ils nichent en toute confiance
Avenir royal

***

Flore commune

Les squares endormis
Sont malades de la jaunisse
Couleur bouton d'or

***

Dictionnaire Larousse
Semble semer à tout vent
Ses houppettes de savoir

***

Feuilles aux dents de lion
Boules d'aigrettes virevoltantes
Vous mordez ma pelouse

28 avril 2020

Listes / Raymonde

AEV 1920-28 Raymonde MartiniListe des choses qui (me) font rougir de honte

J'ai repris un Martini.

J’ai repris des spaghettis.

 J'ai regardé à la télé
Toute une série de navets.

L’envie de taper sur mon voisin
Qui fait tourner ses engins
Qui tondent, coupent, taillent,
Je vais l’achever au taille-haie
S’il n'arrête pas de déshabiller son jardin !

Pas bien !


Liste des choses qui donnent un vertige (pas d’émerveillement en ce moment , ou bien si , mais c’est une autre liste )

AEV 1920-28 Raymonde CampariLe Martini,
Toujours lui
Et le Campari !

Les bonnes résolutions
Pour après.
Après quoi ?
La fin de l’épidémie
Pardi !

Les milliards et les milliards
Que l’on n’a plus
Ou que l’on n’a jamais eu !

La valse des emplois

La valse des "pourquoi ?"

Les inepties dites
Et redites
Les "contredites"
De droite, de gauche,
Du milieu…

Arrêtons là
Je vais vomir !


Liste des choses qui donnent un vertige d’émerveillement

La fleur du marronnier
Pour la première fois observée
De très près.

La lune rouge un soir regardée.

La toile d’araignée
De pluie perlée.

Le ciel gris plombé
D’un arc en ciel paré.


AEV 1920-28 Raymonde Mains-2Liste des choses poignantes

Une main d’enfant
Qui tient une main ridée.

Une maison délabrée.

Un animal abandonné
Et tous les oubliés
Du monde entier.

28 avril 2020

Bon 1er mai ! / Maryvonne

 

Dans notre jardin pas de muguet cette année. Pour remplacer voilà un bouquet de fleurs des champs qui a l'avantage de nous rappeler notre enfance, si lointaine et si proche à la fois. Combien de fois avons nous rapporté à nos mamans ce bouquet enfantin, fouillis et bancal, dont les fleurs penchaient souvent la tête ? Il n'avait même pas de parfum sinon... celui de notre naïveté ?

AEV 1920-28 Maryvonne - fleurs des champs - Copie

Nature débridée
Les Jardiniers sont confinés
Bonheur des papillons

28 avril 2020

Haïkus malouins / Jean-Paul

 P 9410 02

 P 9410 20

 Prolifération !
Tant et tant d'êtres humains,
Virus et lapins !

Le très long baiser
Sans qu'il y ait ni rempart
Ni geste-barrière !

 P 9410 17

 P 9410 19

Tant de beaux drapeaux...
Un seul peut dire aux pays :
"Mise en quarantaine !"

 Si je monte à bord
Pourquoi ne pourrais-je plus
T'appeler "Mon lapin" ?

Explique-moi donc le un peu,
Ce truc de superstitieux !

 P 9410 25

 P 9410 18

 Ils sont l'avenir !
Offrons-leur des jours heureux
Et Greta Thunberg ! 

   Le nom du bateau,
C'est merveille de savoir
Que c'est le Sedov !

 P 9410 28

 P 9410 29

 Vraiment quelle aubaine !
Nulle demande pour que je grimpe
Au mât de cocagne !

 N'avoir pas ôté
Ce bord d'un jaune pisseux
En haut d'la photo

C'est franchement scandaleux
Que d'être aussi peu soigneux ! 

 P 9410 30

 P 9410 31

La Cité corsaire
Son renom est agaçant.
Un peu comme Nantes.

Savoir peu ou prou
Bâbord et tribord et où
se trouvent la proue

Et la poupe ; rassuré
De savoir qu'on reste à quai !

 P 9410 32

 P 9410 26

 La figure de proue
A pris au rhinocéros
Sa corne d'écume !

Le casseur d'oreilles
A baptisé son biniou
"L'outre qui danse"

 P 9410 23

 P 9410 24

De tous ces boutons
- On en est toujours soufflé(t)s -
Naissent des chansons !

Crédo personnel :
Elles ont, les musiciennes,
L'âme différente.

 P 9410 27

 P 9410 33

Les accordéons,
Tout comme les bons maçons,
Viennent d'Italie ! 

Montrer mon nombril
A tous les badauds du port ?
J'aurais trop de honte ! 

 

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22 avril 2020

Consigne d'écriture 1920-27 du 21 avril 2020 : La Chanson de geste(s d’Alain) Barrière !

La Chanson de geste(s d’Alain) Barrière !


C’est entendu, nous sommes en guerre ! C’est pourquoi nous allons écrire aujourd’hui une chanson de geste(s). Qu’est-ce ? Madame Wikipe-Hérédia nous dit : 

AEV 1920-27 Consigne Roland-Vitrail-Chartres

Écrites en langue d'oïl par les trouvères, en langue d'oc par les troubadours et en langue franco-vénitienne en Italie, elles chantent la valeur martiale des chevaliers (vous !), héros de l'ère de Charles Martel (Emmanuel Macron !) et de Charlemagne (Edouard Philippe), et leurs batailles contre les Maures (le coronavirus).

À ces légendes historiques s'est ajoutée une forte touche de merveilleux : des géants, de la magie et des monstres apparaissent parmi les ennemis avec les Sarrasins (le gendarme Longtarin, le revendeur de gel hydroalcoolique de contrebande, le trafiquant de chloroquine, Super-Pangolin, Bat-Woman, etc.).

En théorie une chanson de geste est composée de vers de dix pieds avec des assonances intérieures mais nous allons laisser tomber cela, sauf si vous y tenez vraiment.

Vous allez lister d’abord trois à cinq gestes que vous effectuez chaque jour depuis que vous êtes confiné chez vous, donc sur le front de la lutte contre le méchant roi Machin XIX.

Puis vous allez raconter ce que vous voulez comme vous voulez mais

- En évoquant trois de ces gestes ;


- En respectant l’unité de lieu : chez vous ou dans l’environnement d’un kilomètre autour de chez vous, chez Dame Béatrice, dans une grotte, dans votre résidence secondaire à Perros, bref là où vous êtes ou rêvez d’être confiné.e ;


- En insérant dans votre texte au moins dix titres de chansons d’Alain Barrière (trop fastoches, les titres !) issus de la liste ci-dessous :


A coup de nuit - A nos amours - A regarder la mer - A trop attendre de la vie - Adieu la belle - Aime-moi - Aimer - Alors adieu - Angela - Antinéa - Attends - Automne - Ave maria - Avion, béton, camion - Bon anniversaire - Bornéo - C'est la vie - C'était aux premiers jours d'avril - Ca fait aimer la vie - Cathy - Ce qu'il reste dans ta vie - Ce que je crains - Ces quelques mots - Chanson trop monotone - Chante la vie avec moi - Comme un vieux morceau de bois - Complainte du roi et de la reine - Cucugnan - Depuis septembre - Dessus ma porte - Dis papa - Ecoute bien c'est un tango - Elle était si jolie - Elle va chanter - Emporte-moi - En plein midi - Enfance - Entre Québec et Montréal - Et j'aime la vie - Et ma route est solitaire - Et puis après - Et si c'était l'amour - Et tu fermes les yeux - Et tu retrouveras ta vie - Galilée la terra - Hiver - Tu seras un homme mon fils - Il faut danser Marie - Il ne faut pas partir déjà - J'ai des p'tites fleurs bleues - J'ai perdu - J'aurais voulu - Je danse - Je ne sais pas trop pourquoi - Je ne sais plus - Je regrette ce temps - Je reviendrai d'Al Cantara - Je t'aime anyway - Je t'attendais - Jeanne et ses rêves - Juste en passant - L'algue - L'amour inca - L'avenir sans toi - L'aveugle du pont du change - L'ombre d'un baiser - La ballade des amours - La chamade - La complainte de l'oiseau - La foire aux coeurs - La maison vide - La mer est là - La petite légende - La plus belle chanson - La ronde autour du monde - La route - La terre tournera sans nous - Lamento - Le bel amour - Le chemin de croix - Le début et la fin - Le jour qui lève - Le père Noël et moi - Le temps d'une valse - Le temps qui passe - Le voyage - Les amants de l'espace - Les baleines - Les feuilles mortes - Les gens qui vont - Les guinguettes - Les matins bleus - Les petits soldats - Les sabots - Lettre au président - Lisbonne - Lolita - Lorsque j'ai pris ses lèvres - Ma joie est tombée dans l'herbe - Ma vie - Mais je vous dis - Mandoline - Marie Joconde - Marie-couche-toi-là - Me pardonner - Me recroqueviller - Mon amour qui viendra - Mon cerisier - Mon coeur - Mon île de Saba - Mon improbable amour - Mon pauvre amour - Mon pays - Mon vieux Joe - Notre monde un jour - Notre rue de Paris - Nous partirons ensemble - Oh redevenir un enfant - On m'a battu - Partir - Pauvre François - Petite fée - Plus je t'entends - Pour la dernière fois - Princesse lointaine - Qu'elle disait - Qu'importe - Qu'on s'aimait - Quand le vieil arbre sera mort - Que c'est long - Que se passe-t-il dans ma tête ? - Rêve et réalité - Rien qu'un homme - S'il fallait que sur terre - Si c'est la fête - Si je rêve de toi, Maria - Si ton cœur balance - Si tu ne me revenais pas - Si tu te rappelles ma vie - Si tu te souviens - Soleil d'oiseau - Sur ma route - Sur notre histoire - Sur qu'il m'aurait dit - Sur ton visage - Toi tu me lâches - Tout peut recommencer - Tout s'en va déjà - Tu me reviendras - Tu t'en vas - Tu vois - Un été - Un homme s'est pendu - Un peu de sang breton - Un poète - Un printemps - Une autre vie - Une chanson - Une fille pleurait - Une petite plage - Vous allez faire comment ? - 

21 avril 2020

Gestes barrières / Dominique H.

6 ème semaine de confinement !

En attendant que Béatrice le rejoigne clandestinement, Félix, pour se calmer et faire passer le temps, entreprend d'écrire une chanson de geste en décasyllabes à Emmanuel « Charlemagne », comme au temps de Rolland.
Assez bizarrement, les époques se mélangent, et Alain Barrière s'incruste dans le texte par le biais de 16 titres de ses chansons (en caractères gras dans le texte).

***

Lettre au président

AEV 1920-27 Dominique charlemagne 02Quand je fais les cinq gestes barrières
Je pense à moi et à mes congénères.
Quand je me lave les mains au savon,
Chantant jusqu'à la fin une chanson,
Selon de bonnes recommandations,
Je pense autant à Gaston qu'à Raymond.
Mon mouchoir en papier à la poubelle
C'est à vous que je pense, mes toutes belles.
Je suis un citoyen très responsable
Que vous réduisez à un incapable.


Quand je vais faire mes courses essentielles,
La dérogation dans mon escarcelle,
Je fais la queue avec mon double mètre,
Soucieux tant de la distance, du bien être
Que du respect des autres confineurs.
Quand je sors pour la toute petite heure
Dans le périmètre règlementaire
J'écoute les oiseaux et je m'aère
Les neurones autant que les alvéoles
Je n'ai pas envie de devenir folle


AEV 1920-27 Dominique charlemagne 01Mon masque-maison anti-postillons
A été fait avant vos injonctions
Bien tardives et surtout contradictoires !
Le doute ne va pas avec le pouvoir.
Surtout vous ne nous avez pas tout dit,
Vous nous avez caché la pénurie.
Vous avez avoué un peu trop tard
Que vous aviez inventé des bobards,
Qu'en réalité vous n'en saviez pas
Plus que nous autres citoyens lambda.


Enfin vous avez joué profil bas,
Espérant nous remettre dans vos pas.
Vous me lassez, j'en ai vraiment assez,
Matin, midi et soir vous jacassez,
Vous me serinez que je suis fragile,
Mais ne me prenez pas pour un débile.
Vous voulez m'ôter ma vitalité,
Me faire perdre ma lucidité,
Me faire croire que je suis inconscient,
Que je n'entends rien au confinement.


AEV 1920-27 Dominique charlemagne 04

Mais je fais attention d'éternuer
Dans mon coude pour ne pas contaminer.
Heureusement, j'ai des dérivatifs
Plus réconfortants et récréatifs.
Tout en respectant le confinement
Je vais m'autoriser dorénavant
A repenser à la vie, à l'amour,
Enfin revoir le monde sous un beau jour.
Ce soir je retrouve ma fiancée
A la barbe de la maréchaussée !


Ce sont des retrouvailles clandestines
Elles en seront encore plus coquines !
C'est aussi un acte de résistance
Pour re-décider de notre existence,
Et lâcher la chanson trop monotone
Pour danser le rock et le charleston
Enfin jouer les amants de l'espace
S'amuser et oublier le temps qui passe ;
Rire et jouir, écarter le marasme,
Cesser de vivre comme un ectoplasme.


AEV 1920-27 Dominique charlemagne 03Aimer c'est la vie et j'aime la vie,
Le bel amour, les matins bleus. Petite fée,
Princesse lointaine, l'avenir sans toi
M'attriste, je ne sais pas trop pourquoi.
Mais je vous dis, mon amour qui viendra
M'embrassera et me réjouira.
Et après notre dîner d'amoureux,
Les mots bleus que l'on dit avec les yeux,
Ce sera la balade des amours
Nos corps se retrouveront sans détours.

21 avril 2020

En l’an 2019 / Josiane

AEV 1920-27 Josiane Covidjpg

En l’an 2019 survint un grand désastre. 
Venu de l’Orient l’ennemi invisible 
Nous laissa démunis, ignorants et stupides ;
Fauchant sur son passage vieillards et adultes,
Épargnant les enfants, ce qui est cause juste. 
On le nomma COVID et 19 pour l’an. 
Tous le redoutaient mais nul ne le voyait. 
Afin de l’éviter, on se claquemura 
Avec, pour seule armure, des bulles de savon 
Des masques de papier ou encore de chiffon.

On l’affrontait parfois pour mille bonnes raisons :
Pour se ravitailler, pour promener son chien
Ou bien, tout simplement, pour ses membres délier.
Une armée de savants tentèrent de le défier.
Aucun n’était d’accord sur l’arme à employer,
Mais chacun était sûr d’avoir le savoir-faire
Pendant que par milliers tombaient nos congénères
Et que les vrais soldats, les soignants, les sans grade
Se battaient avec peu, avec leur seul courage.
On les applaudissait, le soir, sur nos balcons,
On chantait des romances, on jouait du violon.


 

On s’était crus des dieux, on était misérables,
Des apprentis sorciers, des envoyés du diable,
À l’image de ceux que nous avions élus
Et qui contre COVID tentaient d’aller en guerre.
L’un disait « Sortez tous ! », l’autre « Confinez-vous ! »,
L’un disait « Pas de masque, le COVID il s’en fout »
Pour ne pas dire « Les masques ? On n’en a plus du tout ! »,
D’autres « Portez un masque, vous le fabriquerez,
Car ils viennent de Chine et à dos de tortue ;
Pour sauver votre peau, sortez tous vos tissus,
À vos machines à coudre, on a l’arme qu’on peut ! ». 

AEV 1920-27 Josiane écureuil

Mais comme à toute chose il y a son contraire,
On vit Paris désert révéler ses mystères,
On vit s’aventurer sur le seuil des chaumières
De petits écureuils profitant du bon air.
On vit des ciels plus bleus,
Sans avions en partance.

C’était aux premiers jours d’Avril,
On vit un printemps doux préparer ses atours,
Ses couleurs chatoyantes et ses pommiers en fleurs,
Nul quidam sur les plages, le seul vent et la mer.

A trop attendre de la vie, on ne regardait plus le ciel
Et voilà que COVID révélait l’essentiel.
« Tout peut recommencer !» disaient les optimistes.
« Les Français sont des veaux ! » leur répondaient les autres.
« Quand il disparaîtra nul ne s’en souviendra ! ».

AEV 1920-27 Josiane matin bleuDeux mois durant peut-être, enfin, je ne sais plus ,
Nous fûmes enfermés comme des malotrus.
Mais les petits soldats voient le jour qui se lève !
Que c’est long, sans baisers aux petites frimousses,
Sans s’asseoir quelquefois sur une verte mousse,
Sans regarder la mer et sans aucune trêve !

Alors, il faut me pardonner
Emporte-moi très loin, ai-je dit à ma mie.
On verra des matins bleus, et si ton coeur balance
Souviens toi :
Ce qu’il reste de notre vie, je veux le passer à t’aimer.

21 avril 2020

Un printemps / Eliane

Un printemps ! Quel drôle de printemps !

AEV_1920_27_Eliane_geste_barri_reCela avait commencé bien avant les premiers jours d'avril.
La lettre du Président était formelle :

Il fallait éviter de se frotter à ses concitoyens,
D'abord respecter une distance de sécurité,
Se laver les mains souvent, dès que nous étions sortis
Et pas d'embrassade, se saluer avec le coude.

Puis il fallut rester confiné dans sa maison
Même s'il s'agissait d'une maison vide. 

AEV 1920-27 ElianeAffiche prévention-Coronavirus

Ce que je crains, disait le président,
C'est que le virus se propage à la vitesse de la lumière,
Que les malades se multiplient,
Envahissent les urgences, les salles de réanimation,
Que les soignants soient débordés
Ne puissent plus nous soigner.

Nous étions assommés,
Nous n'avions plus aucun libre arbitre,
Nous nous sentions comme
Un morceau de bois balloté par les événements
Dans une mer d'anxiété.

Mais comme il ne faut pas partir déjà
Nous nous sommes montrés bons élèves
Et avons respecté les consignes.

Pour certains la route était devenue solitaire,
Une chanson devenue vite trop monotone :
La joie est tombée dans l'herbe.

On se disait « Que c'est long ! »
Mais nous devions nous accrocher
Sinon la terre tournerait sans nous,
L'ennemi invisible aurait gagné.

S'accrocher, et puis après, demain,
Tu retrouveras la vie ;
Notre monde un jour retrouvera ses couleurs

Dans les rues, dans les villes, dans les campagnes,
Nous croiserons à nouveau les gens qui vont,
Nous nous réveillerons dans les matins bleus,
Il y aura un autre printemps plus lumineux
Bercé par la complainte de l'oiseau
Qui, lui, n'a jamais cessé de chanter.
 

21 avril 2020

Un printemps singulier / Marie-Thé

AEV 1920-Marie-Thé printemps

C’était aux premiers jours d’avril.

Au moment où monte le chant des oiseaux, 
comme tous les matins de confinement, Marie place son ordinateur sur la table de la cour et découvre la gymnastique concoctée par le coach,  un homme plein d’humour, longues guiboles terminées par des tennis blancs faisant ressortir sa peau noire, luisante au soleil de ce jour de printemps.

Sa voix invite aux contorsions :
- Allongez-vous sur le sol…
ou alors :
- Mettez-vous debout sur un pied puis sur l’autre, comme un flamant rose…

C’est dur ; L’esprit de Marie s’envole vers le ciel  parsemé de petits nuages cotonneux. Elle voit passer des hirondelles ; des pies jacassent sur la pelouse. Elle entend la complainte du merle chanteur perché sur une branche du figuier.

Son regard se pose sur les p’tites fleurs bleues, les pissenlits qui inondent la pelouse, sur les fleurs du cognassier.

Des odeurs de terre et d’herbe humides lui sautent au visage,embaument l’atmosphère.

Soudain elle réalise que ce n’est pas le moment de rêver, elle n’est pas un poète ! Son regard revient vers l’ordinateur :
le coach a fini sa leçon, alors adieu, à demain !

Sa joie est tombée dans l’herbe en réalisant qu’elle doit partir magasiner en esquivant les attaques sournoises du roi Covid.

Elle remplit son laisser-passer, enfile son masque et ses gants de protection puis affronte l’ennemi avec courage.

Les rares personnes qu’elle croise dans les rues s’éloignent comme si elle était elle-même la reine de Covid.

Sur le chemin du retour, elle fredonne une chanson d’Alain Barrière,
« La complainte du roi et de la reine » et se dit qu’un si beau printemps, malgré le confinement, ça fait aimer la vie. 

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