Dans la forêt / Marie-Thé
La famille de mon père possède une bâtisse près de la forêt de Vendôme. C’est là que nous passons toutes nos vacances. Même celles de Pâques et de la Pentecôte.
Durant ces séjours mes parents bêchent le jardin, coupent des bûches qu’ils rangent sur le côté de la maison. D’autres jours, ils flânent tous les deux et vont jusqu’à un étang, au cœur de la forêt, où mon père pêche pendant que ma mère bouquine ou se repose. A la fin du mois d’août elle cueille des mûres pour faire des confitures.
Nous les enfants, vêtus de vieux survêtements, menons une vie de bohême. Un casse-croûte dans la musette, un bâton à la main, mon frère Pacôme, mes cousins Côme, Benoît et moi, partons explorer la forêt. Dans des affûts nous tentons d’apercevoir des animaux sauvages. Sous les chênes, nous trouvons souvent des têtes-de-nègre que notre mère cuisine pour le dîner.
Un jour nous avons vu un cerf mais on a fait du bruit et il est parti. Nous courûmes si loin et si longtemps pour essayer de l’apercevoir à nouveau que nous nous perdîmes.
- Pas de panique ! dit Pacôme. Bien sûr, je ne suis pas le petit Poucet et je n’ai pas semé des cailloux blancs, mais je connais la forêt ; continuons ce chemin.
Pour chasser nos peurs nous marchâmes crânement comme des boys-scouts en chantant à tue-tête. Les heures s’écoulaient. On ne savait plus où nous étions.
Nous sommes arrivés jusqu’à un cloître en ruine qui semblait dater du moyen-âge. Les murs à moitié écroulés recouverts de mousse verte faisaient penser à un château hanté. J’imaginais déjà un fantôme sortant des décombres et je me mis à pleurer. Les garçons n’étaient pas fiers non plus quand nous décidâmes de partir dans une autre direction.
Il faisait presque nuit lorsque, en traversant une hêtraie, nous entendîmes des cris. Un chien se mit à aboyer et nous reconnûmes nos parents venus à notre recherche avec des lampes électriques.
Notre mère nous a fait plein de câlins mais notre père était en colère. Pas question le soir d’avoir la suite de l’histoire de la marâtre acariâtre !
Nous avons été privés de dîner et nous sommes montés nous coucher dans la mansarde sans chahuter, tout penauds.



















Dans le pré, à côté de la maison, il y avait un âne. Son âne ! Elle l’idolâtrait ! Il était bête, têtu, il bâfrait le foin et rêvassait à longueur de temps. Quel bâtard ! Quand elle ne regardait pas, je lui collais des coups de bâton. Le projet m’est venu de le faire disparaître. Un soir, après dîner, j’ai discrètement ouvert la clôture. Le lendemain, il n’était plus là et la porte de l’enclos était entrebâillée. Elle était blême d’angoisse. Je m’appliquais à garder mon air le plus innocent, mais j’étais drôlement contente.





































