Chapitre II
Quand ce jour-là un Charles passait par-dessus tout… - Tout oublier, les amis, les arbres, l’arc-en-ciel, la lune, les châteaux et Louis - J’aperçois l’Amour !

La fée marraine s’étire voluptueusement avec un grand soupir, elle est couchée dans un grand lit qui prend tout l'espace de la roulotte. Elle voit son homme debout et de dos : son pantalon gris trop grand-tire bouchonne sur ses grands pieds nus, il porte une chemise blanche déboutonnée sur un marcel un peu effiloché et son inséparable gilet gris à boutons noirs est juste à côté sur la chaise. Il respire en contemplant le paysage, une verte campagne. Tout à côté, il y a quelques roulottes semblables à la sienne garées en rond et au loin des prés avec des chevaux.
– Bien dormi, ma chérie ? dit-il en se retournant.
La fée lui rend son sourire et contemple avec amour, son visage éclairé par deux yeux noirs et brillants, sa grosse moustache sous le nez et son air toujours un peu triste et distrait. Elle attrape sa robe couleur de ciel et le rejoint. Une nouvelle journée avec son Charlie et de nouvelles aventures !
Le cirque est un monde si neuf pour elle !
Jamais la fée marraine n'avait imaginé que sa vie prendrait ce tournant ! Depuis la nuit des temps, elle se penchait sur le berceau des enfants pour veiller sur eux et empêcher les fées sorcières de faire du mal à tous ces petits qu'elle adorait. Jamais elle n'avait pensé qu'elle laisserait tout pour partir sur les routes avec un petit cirque familial et sans envergure, mais voilà une rencontre, l'amour et elle avait jeté aux orties pouvoirs et baguette magiques.
Tout avait commencé le soir où la fée Reine, celle qui distribuait le travail, lui avait demandé de se pencher sur un berceau où dormait un nouveau-né à qui il convenait d'apporter aide et protection. Certes, le plus souvent les fées marraines étaient dépêchées auprès des enfants de reines et de rois mais il arrivait aussi que certains enfants exceptionnels aient droit à ce merveilleux cadeau.
– Tu vas le trouver dans la roulotte du cirque sur la place, une grande roulotte sur laquelle il y a écrit « Rex, le roi des funambules ». L’enfant est né il y a trois semaines et même s'il est tout jeune, ses parents l’entraînent déjà sur une corde a sauter ; de plus, comme sa mère est écuyère, il a déjà un cheval de bois près de son lit. Ce qu’ils ne savent pas encore c'est que les fées sorcières veulent lui faire cadeau du vertige.
– Je ne peux rien contre cela !
– Je le sais bien mais tu vas lui faire don de l'humour et des mots, il ne sera ni funambule ni un bon cavalier mais il fera rire les foules avec ses paroles et ses mimiques, cela va compenser.
– Et avec cela, il pourra faire carrière dans un cirque ?
– Il y a déjà un précédent, le cirque a embauché il y a quelques temps, un merveilleux comique, malheureusement incapable de parler sur scène qui fait un tabac, je crois qu'il s'appelle Charlie Cha,,, Chameau, Chapeau ? Non, Chaplin, je crois. Ce sera un merveilleux professeur pour ce pauvre petit Louis qui ne monterait même pas sur un tabouret pour changer une ampoule.
***
La fée marraine avait pris son baluchon et s’était rendue au cirque, un soir de pluie battante. Elle pataugeait dans la boue en essayant de protéger sa robe bleue de ciel des éclaboussures quand un homme coincé dans une cage avec un lion endormi avait attiré son attention en agitant désespérément un foulard crasseux ; il semblait paniqué et il y avait de quoi : le lion agitait sa queue de gros chat et le petit homme ne pouvait pas sortir. La fée avait juste relevé le loquet permettant ainsi à l’homme de sortir, il était tombé dans ses bras, elle avait failli en tomber par terre.
Un peu plus tard, assis dans sa roulotte autour d’un thé, il lui avait raconté sa tragique histoire, son enfance pauvre et malheureuse, ses vaines recherches d’emploi, ce jour où le magicien du cirque avait eu besoin d’un accessoiriste et l’avait embauché. Il était si maladroit qu’il laissait tout tomber et que s’échappaient les lapins, les colombes, les oies, mais le public, lui, riait aux larmes de toutes ces facéties et voilà on l’avait gardé.
Il avait maintenant un toit et un emploi, mais pas encore sa place dans la grande famille du cirque. L’écuyère dont il était éperdument amoureux, lui avait préféré le funambule, alors il était triste, seul et sans amis
- Justement avait dit la fée, c’est la raison de ma visite, il faut que j’aille voir le petit Louis
Et elle lui avait expliqué sa vie à elle, les visites et les cadeaux de la fée marraine. Charlie avait pensé à son enfance misérable, aucune fée ne s’était jamais penchée sur son berceau.
Plus tard dans la soirée, alors que la pluie redoublait au moment de partir, Charlie avait osé se hisser sur la pointe des pieds pour poser un baiser sur sa joue, la fée avait alors senti son cœur fondre, avait posé sa baguette magique et lui avait rendu son baiser. Et depuis ils ne s’étaient plus quittés
***
Très loin de là, la fée Reine sort de son bureau, elle vient de lire la lettre incendiaire que les parents d’Artémise lui ont adressée et elle ne sait plus que faire : aucune nouvelle de la fée marraine depuis huit jours et aucune idée pour partir à sa recherche. Ella a tout essayé ; en dernier recours elle a même mis le chien Rantanplan sur la piste : peine perdue, le chien s’est roulé dans la robe couleur de lune qu’on lui avait donné à renifler, a bavé comme un fou dedans.
Un désastre…
Qui va venir au secours de la fée Reine ?
Vous le saurez dans le prochain épisode !