L'Atelier de Rennes, lors de la biennale d'art contemporain en 2008, définit le problème comme « ce qui surgit lorsqu'on prend conscience d'une différence significative entre une situation réelle et une situation souhaitée ».
Lors de leur voyage au Maroc, Daniel et Cannelle s’étaient disputés à cause de leurs familles respectives comme souvent car leur couple était une île qui générait elle-même peu de conflits. A leur retour, Daniel est parti voir sa famille alors que Cannelle le trouvait trop fatigué pour le faire. De son côté, Cannelle reçut des messages de sa sœur, s’inquiétait pour celle-ci, se sentait coupable comme toujours vis-à-vis de sa famille et s’en ouvrit à son mari le soir au téléphone alors qu’il lui disait ne pas se sentir bien. Elle la rappela donc et elles parlèrent du passé de la famille et de son influence sur Cannelle.
Le lendemain matin, elle lui envoya un message lui disant qu’elle avait perdu vingt kilos. C’était son combat dans son île avec lui.
Peu de temps après, elle reçut un appel lui annonçant sa mort. Elle se sentit coupable d’avoir fait passer sa famille à elle avant lui et en colère parce que sa famille à lui, vivante, l’avait trouvé, lui mort, hors de leur île, loin d’elle.
Bien que Daniel lui ait interdit d’appeler sa famille à elle s’il lui arrivait quelque chose, elle se sentit soudain si seule, comme une biche devant les phares d’une voiture, qu’elle les appela d’abord pour partager sa douleur et quelque chose, leur demander leur aide.
Elle prit très vite conscience de son erreur, de la différence très significative entre les problèmes que « les autres » lui apportaient, plus importants que la consolation et le soutien qu’elle attendait d’eux par rapport à son absence et sa solitude.
Il a fallu qu’elle revisite en esprit et dans son cœur leurs paysages traversés, visités ou souhaités pour reprendre un peu de force , pour s’éloigner de ces liens toxiques.
C’étaient des paysages de châteaux, d’eaux calmes, peuplés d’humains qui n’empiétaient pas sur son île (où elle n’avait plus son Robinson), paysages ruraux, champêtres ; « Tous les bateaux, Tous les oiseaux, tous les soleils, Toutes les roses[1] .»
Beaucoup plus de paysages urbains, des églises, des musées, des canaux ; leur monde, son monde qui lui font plus de bien que les vacheries et les conseils débités par des gens proches mais étrangers à ces paysages.
Cet éloignement la ramenait à sa peur d’être seule du matin de la terrible nouvelle mais elle-même telle qu’il l’aimait.
Si l’on met à l’abri un tableau pendant très longtemps dans un frigo, Guernica par exemple, est-ce qu’il aura toujours la même valeur quand on le ressortira ?
Le problème numéro un c’est de trouver un frigo assez grand pour pouvoir contenir Guernica (3,50 x 7,77 m quand même).
Le problème numéro deux c’est de ne pas renverser mon bol de mayonnaise. J’ai déjà bousillé deux oeufs avant de la réussir.
Le problème numéro trois c’est de s’entendre sur le mot « valeur ». S’il s’agit de valeur financière, qu’est-ce que ça veut dire pour la Joconde, Guernica ou les tournesols de Van Gogh ?
Admettons que Guernica soit à vendre. Chez Drouot ou Sotheby’s, de richissimes millionnaires ou milliardaires joueront au jeu des enchères avec un commissaire-priseur de bon tabac et de jolies femmes - mais ce n’est pas le problème, il prise ce qu’il veut -. Ce monsieur jouera de la prunelle, du marteau et de la voix pour qu’enfin dans la fièvre montée et le silence soudain qui suit le plus gros chiffre soit entendu le bien connu « Une fois, deux fois, trois fois ? Adjugé, vendu ! ».
Le problème numéro quatre est celui-ci : pourquoi l’acheteur tient-il tant à rester anonyme ? Il a peur que quelqu’un ne vienne dévaliser son frigidaire ? Lui aussi en est rendu à sa troisième mayonnaise ?
Problème numéro cinq : que fait-on d’un objet de grande valeur commerciale auquel on tient autant qu’à la prunelle de ses yeux qu’à la prunelle du commissaire Maigret envoyée à Mme Maigret par sa sœur qui exerce la profession de bouilleuse de cru en Alsace ?
Réponse numéro cinq. On le met à la banque, enfin dans le frigidaire de la banque. Si Guernica n’en sort plus, quelle est sa valeur, quelle est sa chance ou plutôt son risque de tomber dans l’oubli complet au bout de 10, 20 ou 30 ans, voire un quart d’heure ? Combien de Youtubers savent-ils que Picasso est autre chose qu’une voiture de Citroën ?
Réponse numéro trois : si Guernica a une valeur non-commerciale mais historique, de quelle histoire ce tableau est-il le référent ? De l’histoire de l’Espagne ? De l’histoire du monde qui laisse s’installer sans trop bouger des régimes dictatoriaux ? De l’histoire de l’art qui voit un artiste seul protester à sa façon en peignant-dépeignant l’horreur de la guerre et des bombardements de civils ?
Le problème numéro six est celui des rapports entre les musées et le marché de l’art.
Si un musée achète et expose une toile de Francis Bacon, peut-il encore être appelé musée des Beaux-arts ? Le musée de la boucherie charcuterie installé de l’autre côté de la rue peut-il porter plainte pour concurrence déloyale ?
Quand une œuvre, - prenons le portrait d’Isaure Chasseriau par exemple - fait partie des collections d’un musée elle ne peut plus être vendue. Quelle est alors sa valeur ?
Problème numéro sept : peut-on enfermer Isaure dans un frigidaire ? Certes elle est moins grande que Guernica mais le rose de sa robe ne jurera-t-il pas par trop avec le jaune de la quatrième mayonnaise du conservateur en chef du musée des beaux-arts de Rennes ?
Est-ce que les réserves du Louvre déménagées à Liévin dans le Pas-de-Calais ne sont pas quelque part le réfrigérateur de ce grand musée parisien ? La Vénus de Milo ne tenait-elle pas à la main un bol de mayonnaise ? La police manifeste beaucoup ces temps-ci mais depuis le temps pourquoi n’a-t-elle pas retrouvé les bras de la victime ?
Problème numéro huit : existe-t-il quelque part un musée de la mayonnaise ?
En résumé je me réjouis, chers enfants de l’école Joseph Lotte, de votre sublime interrogation.
Je me réjouis de la même manière que notre camarade Karl Valentin qui disait ceci :
"Ich freue mich wenn es regnet denn wenn ich mich nicht freue regnet es auch."
Ce qui signifie : « Je me réjouis quand il pleut parce que si je ne me réjouis pas il pleut quand même ».
Je me réjouis parce que j’ai pu jouer ce jour au jeu de l’avocat sans cause, écrire pour ne rien dire mais faire rire, organiser un atelier d’écriture semi-philosophique dans une maison d’une rue de Rennes que je ne connaissais pas - merci à notre hôtesse ! -, disserter de questions qui dépassent forcément les limites de mon seul et unique neurone.
Le problème numéro neuf et je m’arrêterai là est que je voulais au départ raconter l’histoire d’un sac de chaussures oubliées à Lannion auquel j’attache plus de valeur qu’à Guernica car je suis un randonneur plutôt mesquin ces jours –ci. Ce sera pour une autre fois.
Le problème numéro neuf bis est que j’ai choisi cette carte représentant le beffroi de Lille et la porte de Paris, sise dans cette même ville, et que je ne l’ai pas utilisée pour écrire. Ce sera pour une autre fois aussi. Si cela gêne foncièrement quelqu’un, il ou elle peut m’enfermer dans son frigidaire ou plutôt dans son réfrigérateur : s’il y reste des Paris-Brest de la séance d’il y a 15 jours je saurai, en bon avaleur, le débarrasser de ces valeurs-là !
P.S. Une prochaine fois je vous parlerai du travail de mon logiciel de reconnaissance vocale. Voici comment il m’a traduit la citation de Karl Valentin :
« Il se fera yeux de mich vannes S ret Nat à toute des navets né il y fut mis niche royale rehmat est alors »
Nous allons écrire ensemble un conte de randonnée, un récit initiatique ou un « road-movie » pour ados.
La trame de départ est calquée sur celle de « La Ballade de Cornebique » de Jean-Claude Mourlevat » :
« Dans le village des boucs, Cornebique, grand joueur de banjo, est amoureux de la belle Cornebiquette, mais celle-ci n'a d'yeux que pour Bique-en-Borne, son meilleur ami. Alors, une fois le mariage des deux tourtereaux célébré, Cornebique décide de partir "faire un tour" pour se changer les idées. Il n'avait pas prévu que ce petit tour durerait 5 ans, qu'il allait devenir le protecteur d'un petit loir traqué de toutes parts, et qu'il vivrait toutes sortes d'aventures hautes en couleurs. »
***
Nos personnages à nous sont deux perroquets amnésiques et alcooliques appelés «Où» et «Quand». Où se souvient de choses qui ont eu lieu par le passé mais ne sait plus où ça s’est déroulé. Quand se souvient très bien des lieux qu’il a visités mais ne sait plus quand c’était.
Ils partent de concert pour visiter des lieux de France et du monde où on pourra répondre à la question fondamentale qui les taraude : « Où et quand ? ».
Chaque jour ils se rendent dans une ville, la visitent, en notent dans un carnet les curiosités, les bizarreries et spécificités. Ils rencontrent des habitants qui les orientent vers la célébrité locale susceptible de leur donner des réponses à leurs questions et qui ne fait guère que les diriger vers une autre ville, un autre personnage sage ou fou qui pourra leur venir en aide.
Le soir venu ils se produisent comme musiciens dans l’auberge où ils se sont arrêtés car ils ont un énorme répertoire de chansons, en échange de quoi on leur offre le gîte et le couvert. La fête est toujours très arrosée, sans doute parce qu’on sort d’une période de confinement prolongé.
***
Chacune de vous prend en charge une de ces journées types.
1) Vous choisissez un personnage et un lieu dans la liste suivante et vous racontez une journée du duo.
Le Lion de Belfort La grande duraille de Chine La Chatte à nougats de Montélimar L’abbé Tize à Cambrai Le car naval de Nice L’œil de Moscou Les Bouchons de Lyon Le chemin de Saint-Jacques de Concommelalune Le grand Mouthénardier de Dijon Les sosies de Strasbourg Le very bad trip de Caen Emile Tonnerre de Brest La Milady de Nantes La Poule Coucou de Rennes La gnangnan douillette de Troyes Le savant Savon de Marseille Le grand Cru de Bordeaux La Demoiselle Fromm d’Armentières La Châtreuse de Parme Les Multiples de Sète Le mage Albert Gamotte de Nancy La Fée Henriette du Mans L’Aigle de Tolède L’ogre de Bakou Le curé de Cucugnan La Belle de Cadix Tartarin de Tarascon Les Quatre serpents de La Rochelle Le drôle de coco de Paimpol Cyrano de Bergerac Etc. (inventez si vous le souhaitez un personnage emblématique d’une ville)
2) Votre texte commence obligatoirement par :
« Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent ils ne savaient plus très bien, à force d’avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui (nom du personnage) mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller un jour à (nom de la ville) mais il ne savait pas quand. »
La phrase finale obligatoire sera celle-ci :
« Le soir ils terminèrent leur récital en envoyant (titre d’une chanson si possible en lien avec la ville visitée) et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose ! »
Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent ils ne savaient plus très bien, à force d’avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui le drôle de coco de Paimpol mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller un jour à Lannion mais il ne savait pas quand.
- Mais pourquoi à Lannion, demande Où ?
- Parce que c'est là que nous allons rencontrer Mallargé et c'est lui qui nous dira quand et où nous pourrons rencontrer le drôle de coco de Paimpol.
- Et c'est qui ce gars-là ?
- C'est un personnage qui conduit le carnaval et que l'on brûle dans la rivière à la marée montante le dernier jour du carnaval mais depuis plus de 20 ans, il n'y a plus de carnaval. Les chars coûtent trop cher à fabriquer et les gens préfèrent regarder des séries à la télé plutôt que de coller du papier journal mouillé sur des structures métalliques pendant leurs longues soirées d’hiver.
- De toute façon cette année les carnavals ont tous été annulés ! Alors ! Tu as une piste, pour le trouver ton Mallargé ?
- Oui, il est réfugié dans la crypte de l'église de Brelevenez, elle aussi fermée pour cause de Covid et il se gave de galettes et de crêpes arrosées de chouchen et de cidre doux.
- Intéressant ! On y va ?
Et voilà nos deux perroquets partis, sous une pluie battante et un fort vent de noroît qui leur retroussait les plumes. Heureusement ils avaient acheté l'indispensable tenue locale, celle que portent tous les habitants et habitantes de la région les jours de semaine : un ciré jaune avec la capuche ou le chapeau à larges bords et des bottes bleu marine avec une bande blanche (marque Aigle, en vente dans tous les magasins). Une chance, car ils auraient été encore plus ridicules avec un gilet de velours noir, un chapeau à larges guides, des culottes bouffantes et des botocoëts.
Avec le vent, pas moyen de voler, ils ont dû monter en clopinant les marches des escaliers, 142 tout de même, pour admirer la vue qu’on a du cimetière autour de l'Eglise.
Après être entrés dans la vieille église humide et froide, ils descendent les marches inégales qui mènent à la crypte où ronfle Mallargé après une cuite nécessaire pour survivre dans ce caveau glacial.
- Le coco de Paimpol ? me dites-vous. Quelle drôle d'idée, c'est indigeste ces trucs là et ça donne des flatulences, très peu pour moi !
- On nous a parlé d'une extraordinaire recette et nous voulons la goûter.
Mallargé sort de la tombe voisine un vieux grimoire avec une couverture en cuir et feuillette.
- Bouillon de sorcière, non. Philtre d'amour, non plus, potion pour faire revenir un marin infidèle aux iles Marquises, c'est pas ça, suppositoires pour protéger des icebergs à Terre Neuve, non. Non, je n'ai pas le bon chapitre.
- Quelque chose avec du chorizo, des encornets et des moules, nous a t-on dit.
- Je n'ai pas çà, ce doit être plus tardif que ce vieux bouquin. Descendez donc à la librairie du coin, elle s'appelle Gwalarn, ce qui comme vous savez veut dire « vent d'ouest » et les libraires y sont gentils et compétents.
- C’est loin ?
- Non vous redescendez et traversez la place du Marchallac’h.
- Du quoi ? Ils ont des drôles de noms ici, on est en pays musulman ?
- Imbéciles ! C’est une chance pour vous : on leur a imposé pendant 50 ans de parler français exclusivement, sinon il ne vous restait plus qu'à apprendre le breton !
Nos deux lascars redescendent les fameux escaliers et trouvent en effet dans une rue piétonne la célèbre librairie qui vend, entre autres, des livres de cuisine ; miracle, il y a là une recette intitulée « paella aux cocos de Paimpol », avec les fameux haricots blancs, des encornets, du safran, du chorizo, des petits pois. Ils en ont l'eau au bec
Ils sortent tout étourdis de la librairie, manquent de rater une marche car ils sont plongés dans la lecture du livre quand ils voient arriver un camping-car, conduit par deux individus sous l'emprise de l’alcool et du cannabis, qui dévale la rue piétonne fort en pente en arrachant les étals et les rambardes des terrasses. A pleine vitesse, l'engin continue sa course, prend son virage pour débouler sur la place du centre et s’arrête a 3 cms de la vitrine du café « Le Barns ».
- Mais on est où ? gémit Quand. Sur un circuit de formule 1 ?
– Et c'est quand, le passage du tour de France à Lannion ? bredouille Où.
Nos perroquets sont à terre et ne tiennent plus sur leurs pattes, ils ont bien besoin d’aide. Arrive alors une femme en coiffe, poussant une grosse brouette, c’est Mame Goudig, en pleine action ; elle charge les deux victimes dans sa brouette et les trouve bien légers par rapport à son ivrogne de mari qu’elle ramène au bercail tous les soirs de virée dans cette curieuse ambulance. Elle remonte la rue d’un pas allègre.
- Où est ce qu’on va ? demande Où.
- Et on mange quand ? ajoute Quand
- Je vous emmène « Aux Trois amis », c’est une gargote aux volets orange dans la rue Crec’h Ugien. C’est là qu’on sert la paella aux cocos de Paimpol la plus fameuse de la ville, arrosée d’un petit rosé bien frais.
Quelques heures plus tard, après une grande assiette de cocos de Paimpol, une bouteille de rosé, de nombreux petits verres de chouchen en guise de digestif et deux irish coffees bien tassés, le tout dans une atmosphère de pub irlandais surchauffé, nos volatiles se mirent, l’un à la guitare et l’autre au piano et jouèrent tout leur répertoire.
Qu’importent les drôles de cocos de Paimpol pourvu qu’on ait les haricots !
A minuit ils terminèrent leur récital en envoyant « J'aime Paimpol et sa falaise » et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose !
Le lendemain matin lorsque Où et Quand se réveillèrent, ils ne savaient plus très bien, à force d'avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu'ils devaient aller rencontrer La Chatte à nougats de Montélimar, mais il ne savait pas où. Quand savait qu'ils devaient aller un jour à St Malo, mais il ne savait pas quand.
Où informa son camarade qu'aujourd'hui ils devaient rencontrer La Chatte à nougats de Montélimar. Quand opina du chef. Il dit qu'ils devaient aller à St Malo avant l'été et l'arrivée massive des touristes, mais il ne savait pas quand exactement. Peut-être allaient-ils trouver La Chatte à nougats de Montélimar à St Malo. Allez savoir...
En cheminant ils demandèrent aux passants comment procéder au mieux. Les informations récoltées étaient diverses, voire même contradictoires. Certains disaient que la Chatte était l'épouse favorite de Raminagrobis, roi tyrannique de Montélimar dans La Drôme, et qu'elle avait été enlevée contre une rançon de quelques quintaux de nougats que le roi ne voulait pas payer.
D'autres disaient que la Chatte s'était enfuie du Sérail de Grosminet et que ce dernier envisageait de faire appel au service de contre-espionnage pour la retrouver. Une chose était sûre, ce n'était pas à Montélimar que nos deux amis allaient la trouver.
Quand demanda « Se pourrait-il qu'elle ait trouvé refuge au château de St Malo, ville où elle avait passé plusieurs étés en vacances ? Peut-être s'est-elle cachée dans une des oubliettes ? ». Où demanda quel était le moment le plus opportun pour faire des recherches à St Malo car ils avaient l'obligation de retrouver cette Chatte à nougats. Pourraient-ils consulter le service de contre-espionnage ?
Bref, les voilà partis le jour même pour St Malo. La cité corsaire était tournée vers la mer. De grands navigateurs, Surcouf, Jacques Cartier y avaient pris le départ pour sillonner les mers. Notre héroïne avait très bien pu embarquer sur l'un des bateaux, auquel cas inutile de la chercher dans la métropole.
A l'entrée des Remparts, ils croisèrent un certain Comment. Peut-être savait-il par quelle ruse la belle avait pu se faire accepter parmi les marins ? Comment ne savait pas répondre à cette question. Il leur conseilla de s'adresser à l'un de ses parents, le sieur Pourquoi. Pourquoi leur dit qu'elle s'était probablement déguisée en homme. Mais il ne savait pas pourquoi elle était en fuite.
Les compères décidèrent de visiter le château et ne trouvèrent absolument rien. Ils firent le tour des remparts, apprécièrent la vue, descendirent par la Porte St Vincent et, sur la place attenante, sortirent guitare et biniou et entamèrent « C'est un fameux trois mâts... ». Les habitants perroquets, coqs et poules, renards rusés et hermines affluèrent de toutes parts pour les applaudir. Ils enchaînèrent avec « Du rhum, des femmes » et d’autres chansons paillardes. Ils eurent beaucoup de succès.
Ils avaient bien mérité qu'on leur offrît le gîte à l'hôtel Duguesclin et le couvert dans son restaurant. Au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c'était ici et maintenant et c'était déjà quelque chose !
Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent ils ne savaient pas très bien, à force d'avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu'ils devaient aller rencontrer aujourd'hui un drôle de coco mais il ne savait pas où. Quand savait qu'ils devaient aller un jour à Paimpol mais il ne savait pas quand.
Ce matin-là c'était très exotique pour deux perroquets de se réveiller au chant du coq dans un champ des Côtes d'Armor près d'une ferme où de braves gens cultivent des haricots.
Encore un peu soûls comme des cochons, la tête dans le pâté breton et la huppe dans les brumes d'alcool ils ouvrirent leurs yeux ronds comme des billes. Bien décidés à visiter ce petit port ils se mirent en route après avoir grappillé quelques graines de haricot blanc et bu quelques béquées de cidre. Ils ne savaient pas que ce mélange détonnant allait les propulser pétaradant jusqu'au bout du champ où ils furent accueillis par le loup, le renard et la belette en grande répétition pour le festival de chant de marin.
Le trio, très étonné de voir ces volatiles exotiques, se mit à les bombarder de questions. Quand et Où déclarèrent qu'ils étaient venus à la rencontre d'un drôle de coco avec un prénom de perroquet. Précisément un certain Monsieur Jacob, président du syndicat de défense du coco de Paimpol. Mais qu'ils s'étaient un peu emmêlé les plumes la veille au soir et avaient besoin d'aide.
Le renard, toujours le plus malin déclara qu'il fallait s'en remettre à l'hermine, la plus cultivée sur l'histoire du pays. Celle-ci arriva dans sa plus belle robe et se proposa de les rencarder sur le petit port de pêche. Où voulait voir la fameuse falaise décrite dans la chanson mais l'hermine se coucha sur le dos pour rire en se grattant le ventre de ses petites pattes.
La falaise n'était pas un relief crayeux en à-pic de la mer mais le nom d'un bordel pour marins en escale (ou pas). Son église était plutôt visitée par les grenouilles que par les perroquets débiles (et pan ! Sur le bec !) Quant au grand Pardon il commençait à démoder grave.
Restait la peau de la Paimpolaise, moins douce que sa fourrure d'hermine mais sûrement bien agréable. Certains détracteurs de chansons locales chantaient la peau d'lapin (polaise).
Enfin le drôle de coco qu'ils voulaient rencontrer n'était pas un perroquet blanc mais un marchand de ces délicieux haricots blancs qui accompagnent le fameux gigot de pré salé. Il leur posa un lapin. Trop occupé à défendre les haricots péteurs.
L'hermine les régala de grain de riz délicieux baignant dans du lait onctueux. La fameuse « Teurgoule ». Tout était bon et l'air pour voler de délice en délice sentait le frais et l'iode à plein bec.
Le soir ce fût l’apothéose avec les fameux chants de marin. Outre la fameuse Paimpolaise de Théodore Botrel ils apprécièrent « Loguivy de la mer » et tant d'autres sur la pêche et les fameux trois mâts. Ils se dirent qu'au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie. C'était ici et maintenant et c'était déjà quelque chose.
Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent, ils ne savaient plus très bien, à force d’avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu'il devait rencontrer l’évêque aujourd'hui mais il ne savait plus où. Quand savait qu'ils devaient aller un jour à Sète et Troyes mais il ne savait plus quand.
Ils n’en menaient pas large nos deux " cocos " de Paimpol !
- Eh, Quand ! - Oui ,Où ? - C’est où qu'on doit aller ? - Sète et Troyes. - Et ben dis donc, t'en mènes pas large ! - Hein ? - Sète et Troyes ! C'est étroit, c'est pas large ! Bon, laisse tomber ! - Dis donc, tu n’as pas dessaoulé, tu racontes que des conneries comme Sean ! - Excuse moi, j'ai envie de pisser. - Comme Mickaël ! - Mais tu racontes n'importe quoi ! - Ben ! Mickaël pisse à Bruxelles, mon chou ! Chou de Bruxelles, selle de cheval, cheval de Troyes, on y revient ! - Mais qui doit-on aller voir ? - Le pape, il paraît qu'il a de la corne aux pieds et qu'il ne porte que des mules, il ne peut plus vivre en grande pompes ! Ah ! Ah ! Ah ! - T'es complètement givré, c’est l'évêque que l'on doit rencontrer à Pont, il a entendu parler de nous et veut que nous fassions la promotion de son fromage lors de notre périple. - Aïe ! J’ai les tripes en dérangement ! - Depuis Caen ? - Dis, Quand, c’est pour quand, Caen ? - C'est french, ça ? Caen ? C'est après Sète et Troyes. - Il paraît qu’à Sète, il y a un pore magnifique, mais parfois il est bouché, c’est le point noir de la ville !
Les voilà donc attablés avec l'évêque qui savait lui aussi bien lever le coude. Nos deux compères se gavèrent de fromage en jurant qu'ils en feraient la promotion partout où ils passeraient.
Et chemin faisant, la destination est atteinte.
- Sète ici que l'on s'arrête ? demande Où.
Ils s’installèrent avec cinq autres fêtards, ils furent donc sept à Sète et non pas cinq à sept.
Et le soir, ils terminèrent leur récital en envoyant " Gare au gorille " et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c'était ici (les Moulineaux) et maintenant et c'était déjà quelque chose.
Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent, ils ne savaient plus très bien, à force d'avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu'il devait rencontrer Soulet aujourd'hui mais il ne savait plus où. Quand savait qu'ils devaient un jour aller à Toulouse mais il ne savait plus quand.
- On est bientôt arrivés ?
Où et Quand doivent siéger en tant que jurés pour décider du sort de Soulet qui a organisé un trafic de haricots coco de Paimpol à Toulouse. Il est défendu par maître EDM, garde des sots.
Quand et Où ne savent pas trop comment défendre ce pauvre bougre qui n'avait pas de mauvaise intention mais seulement l’envie de faire prospérer sa petite entreprise qui fabrique une recette qui vient de sa grand-mère qui elle-même la détenait de sa mère qui...
Problème : il n’y a pas de cocos à Toulouse. Pas de ça chez nous, ici le coco ne passera pas !
Alors Soulet s'est mis en cheville avec un cocotier (producteur de cocos) et il a organisé des fast and furious avec une équipe de bras cassés qui devaient ramener une cargaison de cocos en voitures rapides. Mais l’équipe n'était pas fiable, trop portée sur la bouteille !
Quand et Où ont de la compassion : c’est pas un crime de boire un petit coup, c’est agréable...
Alors, premier contrôle au péage et bingo ! Toute l'affaire est par terre, c’est la fin des haricots ! EDM n’a pas bien défendu son client, il a pédalé dans la choucroute. Où et Quand sont très attristés.
La presse et les médias se sont emparés de l'affaire. Le cas Soulet est devenu un sujet de discorde au sein des familles. Quand et Où sont allés se restaurer, ils ont pris un couscous, ils ont trinqué à la santé de Soulet.
Et le soir, ils terminèrent leur récital en envoyant " T'as le look coco " et se dirent qu'au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie, c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose.
Le lendemain matin, lorsque Quand et Où se réveillèrent ils ne savaient plus très bien, à force d’avoir bu la veille, lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui les Multiples mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller un jour à Sète mais il ne savait pas quand.
Après avoir savouré leur petit-déjeuner, Quand et Où prirent congé de l’aubergiste. Celui-ci, encore émerveillé du concert qu’ils avaient donné la veille au soir, leur fit cadeau de deux bouteilles de « bière braxéenne » pour la route. Il y avait une Anna-Marly et une Morterille.
- Elles sont fabriquées où ? demanda Quand.
- Du côté de Toulouse !
- C’est drôle qu’elles s’appellent la Braxéenne, commenta Où, parce qu’aujourd’hui nous on va dans la ville natale de Georges Braxens !
Ils arrivèrent à Sète sur le coup de midi. Ils se posèrent à la gare parce qu’Où était sûr d’y trouver une horloge. Ca rassurait Quand de connaître l’heure. Porter une montre ça aurait pu être pratique pour le type d’amnésie qu’il manifestait, qui n’était ni anosmie, ni agueusie et encore moins symptôme de Covid, mais il avait en plus la malchance d’être allergique au nickel et détestait porter, bracelet, alliance ou bague. Quant à Où, il ne se souvenait jamais de l’endroit où il avait posé la sienne.
Il soufflait un Mistral à décorner tous les boucs habitant les romans de Jean-Claude Mourlevat. Ils cassèrent la graine – quoi de plus normal pour des perroquets ? – en terrasse d’un bistrot appelé « Chez Marinette » et passèrent leur marché habituel avec la patronne, une matrone aux mamelles accortes et par ailleurs natives, avec tout le reste corrézien et corps et biens, de Brive la Gaillarde. En échange d’un concert donné le soir même par les deux drôles d’oiseaux, elle leur assurerait le gîte pour la nuit et le couvert pour le soir et le lendemain matin.
De leur étonnante besace magique qui ressemblait tellement au foulard porte-bébés des cigognes alsaciennes que c’en était un, ils sortirent des flyers (What else for birds ?) et des affiches avec un espace blanc sur lequel l’organisatrice n’avait plus qu’à inscrire la date et l’heure de la prestation : « Ce soir, ici à vingt heures, Où et Quand ».
Puis vint le moment d’aborder le motif de leur venue au pays du fumeur de pipe à guitare.
- On nous a conseillé de venir à… On est où déjà ? commença Où. - A Cette mais en fait ça s’écrit Sète depuis je ne sais plus quand, répondit Quand. - Pour rencontrer des gens qui s’appellent les Multiples.
La tenancière, madame Marinette, parut d’abord surprise puis elle questionna, un peu méfiante :
- Vous n’avez rien contre le royalisme ? - Nous ? Non. On est musiciens, on ne fait pas de politique. - Alors vous pouvez aller voir Louis. Il habite dans le quartier de la Pointe courte, traverse Agnès Varda. - A quel numéro ? - Ben…Quatorze ! - Et c’est quoi son nom de famille ? - Ben… Quatorze ! - Non, mais le numéro on l’a, c’est son nom qu’on vous demande. - Quatorze, je vous dis ! Louis Quatorze, qui demeure au n° 14 de la Traverse Agnès Varda.
« Sète foi encore, on est tonbé ché dé gen bizar », pensa Où qui ne savait plus où il avait rangé son orthographe.
***
Avec les tous les travaux qu’il y avait dans Sète derrière la gare ils durent voler pour se retrouver dans le pittoresque quartier de petites maisons de martins-pêcheurs.
Ils frappèrent au carreau du 14 parce qu’il n’y avait pas de sonnette. Ils furent étonnés de voir le costume du papy qui vint leur ouvrir. Il portait des bas de soie, un manteau d’hermine et une perruque grand siècle.
- Monsieur Louis Quatorze ? On nous a dit que vous étiez un des Multiples de Sète.
- C’est tout à fait vrai, messieurs, et plutôt deux fois qu’une. Mais entrez donc vous installer dans mon palais. Ce n’est pas Versailles, mais c’est tout à fait habitable. Vous prendrez bien un petit bourbon ?
- Ce n’est pas de refus, accepta poliment Où.
La petite maison était coquettement entretenue mais sentait le poulailler que c’en était une horreur. Trois poules picoraient sur le sol de terre battue et un grand coq lançait son cocorico toutes les trente-cinq secondes à l’intérieur de la cuisine.
- Tenez messieurs, voici vos bancs. Quant à nous, nous nous maintenons dans ce fauteuil auquel nous astreint notre grand âge de quatre-vingt-onze ans. Ne vous souciez pas de ces dames de la basse-cour et du petit marquis pérorant. Qu’est-ce qui vous amène à venir consulter la fontaine de science que nous sommes ?
- Eh bien, avoua Quand, nous aimerions savoir comment on fait pour savoir où et quand en même temps.
- Où est Caen ? N’allez pas penser que je louvoie mais il me semble que c’est dans le Calvados, non ? Je crois même que c’est le royaume du Very Bad Trip ?
- En fait, précisa Où, nous voulons savoir plutôt quand et où.
- Quand et où… En même temps ? Dans le même espace-temps ? Vous voulez parler du temps qu’il fait ou du temps qui passe ? Est-ce que je vous ai déjà raconté l’histoire des quarante-deux fillettes ? Et vous connaissez celle de la femme aux trente-cinq cœurs ?
Etait-ce le bourbon, la chaleur méditerrannéenne, le grand âge voie l’Alzheimer du bonhomme ? A partir de ce moment le vieux se mit à bayer aux corneilles et à cligner des yeux comme prêt à s’endormir.
- Quand et où, en même temps ou séparément, la réponse est peut-être « aujourd’hui » ou « Hyères » ou « deux mains ». Ou « Ici et maintenant » ou « Partout ailleurs par Toutatis ! ». Tenez, avant que je ne m’endorme, lancez ces deux dés.
Où s’exécuta et sorti un cinq et un six.
- La réponse à votre question se trouve dans l’allée 77 au cimetière marin, tombe n° trois sur la gauche. Excusez-moi, je vais devoir me rendre sur ma chaise percée puis aller faire ma sieste. C’est l’heure ou le malheur qui veut ça.
- Nous n’avions pas l’intention de prendre racine non plus, monsieur Quatorze. Nous vous remercions de votre conseil. Bonne fin de règne à vous et merci pour le bourbon, il était excellent.
***
Au cimetière marin, dans l’allée 77, la troisième tombe était celle d’un dénommé Wenceslas-André Stimane. Une inscription sur une plaque de marbre disait : « Merci de me venger si c’est possible. J’ai été lâchement assassiné le 7 juillet 1949 par des gens qui habitaient au n° 21 et qui étaient trois..»
Ils se rendirent au bureau du cimetière et demandèrent des explications sur ce crime commis par trois Sétois.
- Stimane, vous dites ? Trois ? Moi je ne sais pas trop, je suis la comptable, en place depuis quinze ans, c’est vous dire si je suis dure au mal. Mais si c’est trois, et ce n’est pas neuf, vous devriez partir tôt demain pour aller consulter la Gnangnan douillette. - La Gnangnan douillette ? Elle habite où ? demanda Où. - A Troyes ! - Et on partirait quand ? demanda Quand. - A l’aube. - C’est bien noté. Merci Madame.
Ils consacrèrent le reste de l’après-midi à arpenter les rues de Sète et à chercher des traces de Georges Braxens mais il y en avait peu. Ils montèrent par les petites rues et les escaliers du mont Saint-Clair admirer le paysage environnant. Puis ils trainèrent en ville, s'estasiant devant les barques de pêche au pied de la maison de la mer.
A l’heure de l’apéro il y avait plein de monde chez Marinette. Ce soir-là ils terminèrent leur récital en envoyant « La supplique pour être renseigné sur la plage de Sète » de Georges Braxens et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose !
C'était le 19 mai. Quand et Où avaient fêté la réouverture des terrasses et vidé moult chopes de bière... avec leurs amis.
Le lendemain matin, lorsqu'ils se réveillèrent, ils ne savaient plus très bien lequel était Quand et lequel était Où. Où savait qu’ils devaient aller rencontrer aujourd’hui "un personnage beau et fort" mais il ne savait pas où. Quand savait qu’ils devaient aller à "Lyon" mais ils ne savait pas quand. »
Perdus dans les brumes de leur esprit embrouillé, encore bercés par les bras de Morphée, ils se grattèrent la tête, perplexes. Quand voulait prendre le train dès midi.
- Par Dieu, non ! répliqua Où. Attendons un peu ! Terminons notre sieste. Au lit on dort... et on réfléchit après.
Quand dit "D'accord".
Où finit sa grasse matinée, puis proposa une destination :
- Je pense qu'il faut aller à Belfort...ou à Beaufort !
Quand répondit : "Tu confonds, je t'ai dit Lyon !"
- A Lyon, il n'y a que des guignols, voyons !
- Et à Beaufort, il n'y a que des faux mages !
(un vent qui valait bien 10 sur l'échelle... de Beaufort).
Où se tut, vexé comme un pou. Puis, après réflexion :
- Ok, on va à Lyon, mais on fait la tournée des bars et comme d'hab, on paie en chantant !
- Bonne idée, ça me dit, mais quand ?
- Quand ta valise sera prête !
- Et on dort où ?
- Chez ma tata !
Quand boucla ses bagages en deux temps, trois mouvements et, comme dit, ils passèrent la journée à chanter dans les bistrots et à se faire payer des pots. Il paraît même qu'ils y croisèrent le beau Grégory !
Le soir ils terminèrent leur récital en envoyant leur chanson préférée, Hakuna Matata, et se dirent qu’au moins ils savaient où et quand ils pourraient se reposer de cette journée bien remplie : c’était ici et maintenant et c’était déjà quelque chose !