Les injures ad hoc / de Jean-Paul
Ce serait faire injure à la Modération, celle avec qui l’on boit volontiers des coups ici et là, que d’accorder trop d’importance à la recrudescence des sacs à main qui volent dans les salles de cinéma. Il n’y a pas plus d’incivilités à Villejean qu’ailleurs. Certains itinérants mémoriels parisiens bien en cour ne laissent pas de traiter, par exemple, des gens honorables d’"illettrés", de "Gaulois réfractaires" ou les invitent à traverser la rue pour venir les chercher.
La seule plaie notable par ici est la pauvreté du vocabulaire utilisé par les jeunes générations au moment d’insulter qui de droit et qui de gauche. Comme nous sommes des citoyen.ne.s résolument positi.fs.ves nous avons inventé à l’intention de nos jeunes invectiveurs, déscolarisés ou pas, le jeu des injures ad hoc. Grâce à la petite liste de recommandations du billet suivant, chacun.e peut se constituer son dictionnaire d’insultes personnelles et surtout puiser dans le nôtre !
Consigne d'écriture 1819-06 du 16 octobre 2018 : Encres d'automne 12
Encres d’automne 12
Inclure dix à quinze de ces titres de roman dans un texte qui, tapé, ne dépassera pas une page.
A son image - Balles perdues - Capitaine - Ca raconte Sarah - Carnaval noir - Chien-Loup - Cirque mort - Dans les angles morts - Dix-sept ans - Einstein, le sexe et moi - En nous beaucoup d’hommes respirent - Entre deux mondes - Evasion - Fais de moi la colère - Helena - Isidore et les autres - La chance de leur vie - La disparition de Stéphanie Mailer - La femme à la fenêtre - L’Ame des horloges - La papeterie Tsubaki - La reine du bal - La révolte - La rose de Saragosse - La somme de nos folies - La tresse - La vraie vie - Le cœur perdu des automates - Le guetteur - Le prince à la petite tasse - Les dix vœux d’Alfred - Les frères Lehman - Les prénoms épicènes - L’été des quatre rois - L’étoile russe - Leurs enfants après eux - L’hiver du mécontentement - L’or du diable - Loup et les hommes - Ma dévotion - Maîtres et esclaves - Millésime 54 - Miss Sarajevo - Modèle vivant - Mourir n’est pas de mise - My absolute darling - Nulle autre voix - Oublier mon père - Quand Dieu boxait en amateur - Rien d’autre sur Terre - Sales gosses - Station : la Chute - Tenir jusqu’à l’aube - Tous les hommes désirent naturellement savoir - Trancher - Une ombre au tableau - Un funambule - Un manoir en Cornouailles - Un monde à portée de main-
(Ce sujet nous est proposé par la Bibliothèque de L'Hermitage)
Couleur café / Maryvonne
Moi c'est Mimose, mon prénom est créole. Ce matin je suis contente. Je sautille gaiement sur le chemin de l'école. Je souris même à la femme à la fenêtre qui me regarde chaque jour avec ses yeux d'acras frits sans doute parce que ma peau est marron. J'ai une grande nouvelle à annoncer à mon amie Héléna. C'était un peu la révolte chez moi hier soir quand j'ai annoncé fermement à ma mère que je ne retournerais pas chez la coiffeuse antillaise pour la longue séance de tressage de mes cheveux. Si encore c'était la tresse unique comme certaines de mes amies ou même les deux tresses comme celles qui encadrent le doux visage d'Héléna. Mais non ! Ce sont de nombreuses petites tresses très serrées qui tirent sur le cuir chevelu et qui nécessitent de longues heures de pose sans bouger ni se dandiner quand j'ai a envie de faire pipi.
Voilà, j'ai été ferme, je ne veux plus être entre deux mondes. Je veux entrer de plain-pied dans celui de mon amie et pourquoi pas commencer par aller chez la même coiffeuse. Je sais bien que je ne serai jamais à son image. Les cheveux crépus c'est vraiment une ombre au tableau.
En sortant de l'école, Héléna va venir avec moi prendre rendez-vous. Ce sera peut-être mercredi et je sais déjà que je vais demander une coupe très courte.
La coiffeuse un peu maladroite dit à Héléna : «Elle est jolie ton amie pour une noire». J'ai bien entendu. D'abord je ne suis pas noire je suis marron. Je sais aussi que j'ai de grosses lèvres mais je sens qu'avec ma nouvelle coupe ça ira déjà mieux, j'aurai un nouveau look,comme disent les grandes.
Le mercredi quand je sors de chez «TIF' ANNIE» je me trouve légère et toute moderne et je sais que ce soir je n'aurai pas mal à ma tête sur l'oreiller. Voilà je suis la nouvelle Mimose.
Demain à l'école je vais épater les copains surtout Isidore et les autres qui m'aiment bien mais qui me chahutent tout le temps en me donnant des noms comme Bamboula ou La Noiraude. Je ne suis pas noire, je suis marron. Héléna proteste : «Dis plutôt Couleur café c'est plus sympa !».
Quand je rentre à la maison avec ma nouvelle coiffure ils sont tous très occupés dans une grande discussion. Ils parlent d'un monsieur qui a dit que pour être français il fallait avoir un prénom français. N'importe quoi ! Moi je sais que je viens d'un département français alors où est le problème? Tout le monde proteste sans oublier mon père qui en profite pour rappeler nos traditions. Bla, bla bla ! Du temps des maîtres et esclaves on baptisait les Antillais du nom du saint du jour de naissance, si bien que les filles pouvaient se retrouver avec un prénom de garçon et vice versa. Plus tard les Antillais mixaient les prénoms des deux parents, cela donnait des choses étranges comme Edouarlise ou Felixine. Je les laisse discuter entre adultes ; pour l'instant rien d'autre sur terre ne compte plus que ma nouvelle coupe de cheveux. Je file dans ma chambre. Je me sens tellement libre.
Le jeudi matin à l'école, les premiers à me voir sont les frères Lehman. Je ne les aime pas, ceux-là. Ils vont se moquer de moi et ça ne manque pas : « Alors c'est carnaval noir aujourd'hui?». Ah ! Les sales gosses ! D'abord je ne suis pas noire, je suis marron ! Euh ! Couleur café et ce qui compte c'est l'avis d'Héléna.
Elle me saute au cou et plonge ses mains dans ma tignasse afro. Quel plaisir ! Je vois dans ses yeux qu'elle me trouve jolie. Nous sautons de joie dans les bras l'une de l'autre. Encore et encore et badaboum, nous nous retrouvons au sol, les genoux écorchés. Même pas mal ! Nous nous regardons en riant: «Tiens, regarde, nos sangs ont la même couleur !». La maîtresse veut nous mettre un petit sparadrap. Celui d'Héléna est de la couleur de sa peau. Le mien se voit trop, comme le nez au milieu de la figure. La maîtresse est désolée, il n’y a pas de pansement noir à l'école. Ah ! Marron, j'ai dit marron. Alors Héléna sort son crayon feutre marron et colorie mon petit sparadrap. Je me dis que tant qu'il y aura des Héléna il y aura un monde à portée de main.
Un monde d'écoute et de partage.
Millésime cinquante-quatre / Jean-Paul
Ah ! Mille-huit-cent-cinquante-quatre !
La fabuleuse année que c’est
Pour les vins rouges de Bordeaux
Et les poètes des Ardennes !
Il est né le divin enfant,
Le troisième du capitaine !
C’est, de nouveau, un beau garçon
Et il sera à son image,
Ne tenant jamais bien en place,
Allant vers d’autres garnisons,
Toujours en quête d’évasion.
Sur son berceau de bois
S’est penchée une fée.
Mère ! Te voilà prévenue !
Voici ce que la folle a dit :
« Quand tu atteindras dix-sept ans,
Tu cesseras d’être sérieux,
Tu t’échapperas à Paris,
Tu seras la reine du bal
Dans ce carnaval noir de jais
De mille-huit-cent-soixante et onze
Mais cela ne te plaira pas !
La vraie vie est ailleurs, toujours
Tu courras après l’or du diable !
Le génie ou le mal, en fait,
Il n’y a rien d’autre sur la Terre.
Tu es bien promis à la gloire
Mais il y a une ombre au tableau :
Méfie-toi des balles perdues !
Après cela, voyage au loin !
C’est un monde à portée de main
Que tu voulais et tu l’auras !
Dans les angles morts du destin
Je vois juste qu’un jour funeste
Il te faudra aussi trancher ! »
L’enfant, prénommé Jean-Arthur
A grandi. Il a étudié,
Il a écrit, appris des langues,
Eu bien des illuminations,
Fait la somme de nos folies,
Passé des saisons en enfer.
Lui et son compagnon Lélian
Ont déconné ! Les sales gosses !
Un jour d’ivresse dans Bruxelles
Verlaine lui a tiré dessus.
Oui mais mourir n’est pas de mise.
A l’image d’un funambule
Le poète a suivi le fil
Et il a disparu au loin
Dans un halo de cirque mort
***
J’adore les fausses nouvelles !
On dit qu’il est toujours vivant !
Au cimetière de Charleville
Il y a même une boîte aux lettres
A son nom ! On peut lui écrire !
J’en connais qui ne se privent pas
D’envoyer des lettres à Rimbaud !
Ils font ça pour paraître fous
Et pour amuser leurs copines !
Je vous les lirais bien ces lettres
Mais je n’ai droit qu’à une page !
Consigne d'écriture 1819-05 du 9 octobre 2018 : les titres de Charles Aznavour
Les titres de chansons de Charles Aznavour pour illustrer Plonk et Replonk
Vous pouvez écrire un texte, un poème, mettre en musique ou bien utiliser les titres de chansons de Charles Aznavour pour ré-écrire un de ces textes ou écrire "à la manière de".
Les plaisirs démodés - Et pourtant - Les deux guitares - La Mamma - Bon anniversaire - Il faut savoir - Hier encore - Tu t'laisses aller - Sur ma vie - Trousse-chemise
plus un à votre choix parmi cette liste :
Emmenez-moi – désormais – Comme ils disent – Les comédiens – la Bohème – Que c’est triste Venise – For me formidable -
Votre texte pourra s'appuyer sur une carte postale de Plonk et Replonk (voir le billet ci-dessous)
A la base de cette consigne il y a celle des Impromptus littéraires de cette semaine
Tu parles, Charles ! / Maryvonne
Hier encore, tout enseignant, avait le droit de botter le train des élèves. Une de mes collègues de Villejean appelait ce geste : « l'électrochoc du pauvre ». Il faut savoir qu'il fallait pour bien faire être plutôt bien chaussé.
Pour cela, monsieur Jeannot le dernier botte-train de Paris tenait boutique à l'enseigne : « Au coup d'pied dans l'cul ». Lui-même, bien équipé, devait pouvoir dire à tout contrevenant : « Tu vas tâter de mon 51 fillette !».
Désormais, je ne vous apprendrai rien, c'est formellement interdit de même que le trousse-chemise pour donner la fessée. Tout cela est passé au titre des plaisirs démodés.
Je peux donc vous jurer sur ma vie que je n'ai usé d'aucun de ces sévices. Quand je grondais très fort et qu'au fond de moi, je me disais: « Ma fille, tu t'laisses aller », j'avais les deux guitares en moi qui se répondaient : « tu as raison, tu as tort, tu as raison, tu as tort ».
Jusqu'au jour où un enfant me dit :
- Quand tu grondes on n'a pas peur car tu grondes comme la Mamma. » Et pourtant combien de fois ai-je regretté un emportement passager.
A y bien regarder, au fond, le petit coup de pied au cul est assez drôle. C'est un classique des gags. Laurel et Hardy et les clowns le pratiquaient avec bonheur. Et si en souvenir de Monsieur Jeannot nous remettions cela au goût du jour, ne serait-ce que pour les politiques ? Il me revient une phrase entendue dans mon enfance : « Ah ! Il y a des coups de pied au cul qui se perdent ».
Qu'en pensez-vous?
- Bien profond, jusqu'au colon !
Hier encore / Jean-Paul
Hier encore Charles Aznavour était vivant. Plus trop en état de jouer au jeu de trousse-chemise avec une quelconque gaudeluronne bien sûr, vu qu’il n’existe pas de féminin à «godelureau» à part ce néologisme-ci, mais assez jeune encore pour avoir des projets stupides : faire un selfie avec Macron en Arménie, mourir sur scène comme Molière, se faire souhaiter, à cent ans, un bon anniversaire par le Carnegie Hall bondé jusqu’à la gueule, réenregistrer ses titres en rap «qu’est le dernier refuge de la poésie vraie» et tout ça et tout ça. «For me formidable !» le félicitait-on à la façon de Valentine qui les avait jolis d’après ce que disait Maurice Chevalier.
Hier encore Charles Aznavour était vivant. Et pourtant, quand il s’est allongé dans sa baignoire une petite voix intérieure lui a dit :
- Ne résiste pas, Charlie ! Ceci est un hold-up ! A partir de maint’nant tu m’obéis, tu t’laisses aller ! Je suis l’Ankou du lapin, celui contre lequel on ne peut rien. Je te le jure, sur ma vie et sur celle de Sainte-Anne, la patronne des Bretons, je ne suis qu’un exécutant. C’est Sainte-Maryvonne, ma patronne, qui a décidé pérempétoirement que t’as dépassé la date de péremption. Il faut savoir faire une fin. Vous les vieux vous coûtez un pognon de dingue à soigner, comme ils disent dans le nouveau monde, vous polluez l’air avec vos déplacements en avion et les plaisirs démodés qui sont les vôtres sont désormais insupportables aux oreilles de la jeunesse. Franchement, t’arrives à les réécouter, toi, les orchestrations de tes chansonnettes ? Allez zou, Papy, c’est l’heure de faire un œdème pulmonaire !
- OK, je ne discute pas, a répondu Charles, philosophe. Emmenez-moi voir la Mamma, Edith Piaf et les comédiens qui m’ont précédé au paradis des artistes. Je dois avouer qu’à certains moments de fatigue, je m’y voyais déjà.
- Le paradis ? Tu n’y penses pas ! a dit l’Ankou en partant d’un grand éclat de rire. Tu n’y penses pas sérieusement tout de même ? Ah le naïf, lui eh !
Hier encore Charles Aznavour était vivant et tout de suite après les deux guitares sur lesquelles il avait composé «Que c’est triste Venise» et ses mille autres titres ont fait «Plonk» et «Replonk» ! Elles se sont désaccordées d’un seul coup, elles ont sonné le glas, Aglagla, il y a eu un grand froid et Charles fut mouru.
***
Comme annoncé par l’Ankou il s’est retrouvé d’un seul coup dans cet univers-ci :
illustration de Plonk et Replonk
Ca pourrait être une ferme dans la Bohème des années 1900 ou dans son Arménie natale avant que la Turquie ne montre qu’elle peut être aussi forte et sinistre que son café amer.
En fait c’est la ferme de la Harpe à Rennes-Villejean en 1946.
Les damnés sont tout juste sortis de l’occupation, de la guerre et de ses horreurs. Ils sont condamnés à plumer les anges fermiers. Ils ont le regard triste des migrants de la jugeote qui rêvaient de mondes meilleurs, de paradis sur Terre, d’Amérique, de lendemains qui chantent. Ce sont les premières victimes du plan Marshall de Lucifer.
Remballée la marche des anges ! On les attrape, on les zigouille, on les plume et on les fait griller comme des poulets ! Les plumes sont envoyées à Hollywood où elles agrémentent les costumes et les postérieurs des danseuses de Busby Berkeley. Les girls du Lido et Zizi Jeanmaire adopteront elles aussi ce truc en plumes.
- Et les auréoles ? demande Charles, toujours curieux.
- On en fait des hula hoops pour les poupées Barbie !
Pauvre Charles ! Quel enfer ! Comme si sa simple mort n’était pas déjà une punition suffisante : il voulait mourir sur scène comme Molière et il meurt dans sa baignoire comme Charlotte Corday ! *
* Ou Jean-Paul Marat ? Ou Claude François ? Je ne me souviens plus des noms du coupable et de la victime dans cet épisode-là des « Petits meurtres d’Agatha Christie » !
Consigne d'écriture 1819-04 du 2 octobre 2018 : Les prénoms de Villejean
Les prénoms de Villejean
Voici les noms qu’on a attribués aux salles de la Maison de quartier de Villejean :
Fiacre – Mandoline – Auguste – Rosalie – Marius – Gaston – Achille - Narcisse
En admettant que ces salles ont été dénommées, il y a plus de quarante ans, en hommage à des habitants du quartier dont le nom était «de Villejean», racontez qui ils pouvaient être en vous aidant des formules suivantes tirées de « Contes à régler » de Pépito Matéo :
La parole est à celui qui la prend - Si ta parole n’est pas plus belle que le silence, ferme-la ! - Si tu veux savoir si les poissons transpirent, faut mettre ta tête sous l’eau - Au royaume des sourds les borgnes ne la ramènent pas - La parole est comme un œuf. A peine éclose elle a déjà des ailes - On ne peut pas accrocher tous ses habits au même porte-manteau - Echafauder craint l’eau froide - Ca me tarabuste l’omoplate du côté des trapèzes - Une porte regarde aussi bien dehors que dedans - Qui a éteint la pleine lune ? - Tant qu’on le porte c’est celui d’un autre mais si c’est à nous c’est qu’on n’est plus là. - On ne peut pas surfer sur la vague sans mouiller sa combi - Si tu prends le chemin de N’importewhere tu risques d’arriver à la ville de Qu’inmportewhat - Mr et Mme Egée n’ont pas de fils. Comment s’appelle-t-il ? - Ce n’est pas parce qu’on laisse la porte ouverte qu’il fait moins froid dehors - Le présent n’a jamais épuisé l’avenir - La langue est molle mais elle peut couper des têtes - La forme c’est le fond qui remonte à la surface - Quelle que soit la longueur du serpent il a toujours une queue - Personne n’est assez grand pour apercevoir le sommet de son crâne - Et dire qu’on est déjà mercredi - Comme un goût de revenez-y - Mon cœur est un bouquet de violettes - Le monde est assis sur la tête - On n’est pas là pour se faire dézinguer.

















