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L'Atelier d'écriture de Villejean

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23 novembre 2017

U comme Ukulélé / Jean-Paul

UpDuck-18-11-17

Forcément, une invitation comme celle-ci ne se décline pas, même en latin ! Cela s’appelle «Up duke», cela pourrait signifier «Levez-vous, Monsieur le duc !» mais c’est traduit par «Un poil d’uke», uke étant l’abréviation d’ukulélé.

Ca se passe dans un café associatif rennais, l’Ubuntu, rue de la Bascule. J’ai raté la première session mais j’y suis allé samedi pour la deuxième avec mon ukulélé de couleur rose. Il y avait là Louise, Iza, Marianne, David, Cécile, Carl et Mickaël venu spécialement de Brest. On a joué beaucoup de morceaux anglais du genre improbable : « Ain’t she sweeet », « Rainbow connection » (de Kermit la grenouille !), « What’s up » de Four non blondes, « Harvest moon » de Neil Young, « On a coconut island » de Louis Armstrong.

J’avais amené « Couleur café » de Gainsbourg pour ses quatre accords simples. J’ai entendu « Il en faut peu pour être heureux » du Livre de la Jungle, « Belle des champs » de Richard Gotainer. J’ai chanté « Salade de fruits » et « Le petit bal » de Bourvil et je me suis taillé un franc succès de rigolade avec mon « Vieux geek toi-même !» un pas de sept dont j’ai réécrit les paroles.

Ca me fait plein de morceaux à répéter pour le prochain rendez-vous de janvier mais quel pied c’était, ce moment de surréalisme musical rennais !

« On a coconut island »! Moi, vous me connaissez, il m’en faut peu pour être heureux. De savoir qu’une telle proposition existe, ça me met du baume au cœur pour 117 années supplémentaires !

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23 novembre 2017

P comme parapluie / Jean-Paul

Je me souviens encore très bien de ce concert du groupe Nirmaan à Transat en ville. J’y suis descendu tout seul avec mon pliant sur l’épaule. Ce jour-là, comme il avait plu, le pliant sur l’épaule a été l’assurance de poser ses fesses sur une surface de toile sèche. Parce que les transats étaient plutôt en vrille ! De jolies flaques invitaient les grenouilles, de bénitier ou pas, à aller s’asseoir ailleurs ou à rester debout.

La chanteuse indienne était très jolie, la musique exotique à souhait même si jouée au saxophone amplifié et déformé par des pédales d’effets. J’ai pris des photos mais on voit surtout dessus le parapluie du mec devant moi qui offrait un coin de paradis sec à sa voisine.

Sur la fin du concert je me suis levé et rapproché pour aller m’agiter au pied de la scène. C’était justement la danse du chameau et il s’était remis à pleuvoir. Chaude ambiance pourtant, rappels à répétitions, danseurs en transe. Puis je me suis éloigné, j’ai fait le tour de la place et photographié les parapluies. J’en ai mitraillé un qui était très joli, orné de représentations des bâtiments les plus emblématiques de Rennes. Et puis à un moment une dame m’a demandé : « Vous ne vous êtes pas inscrit pour la visite nocturne de Rennes ? Il est encore temps de le faire ! ».

Je lui ai répondu : « Non, désolé. Je ne peux pas, on m’attend chez moi ». Ce n’était même pas vrai : Maina Bourgeoizovna était encore à une soirée contes ou un truc comme ça. Mais je me connais et je l’ai reconnue, la fille de l’Office de tourisme : c’était la petite dame blonde de Rennes-en-Délires ! Dans le roman interactif elle s’appelle Isabelle Caffi et elle est un avatar d’Isaure Chassériau.

Bien sûr, j’aurais pu la suivre. Je pouvais prévenir mon épouse puisque j’avais, depuis très peu, un téléphone portable. Mais vous me voyez écrire un premier SMS tel que celui-là : « Je rentrerai plus tard : j’ai rencontré Isaure ! » ?

C’est des coups à avoir une scène de ménage avec son odalisque ! 

14 novembre 2017

Consigne d'écriture 1718-08 du 14 novembre 2017 : Encres d'automne 11

Encres d'automne 11

 

Ce concours d'écriture est proposé par la Bibliothèque municipale de l'Hermitage près de Rennes. Nous y participons tous les ans quand il a lieu. Eliane, Dominique et Jean-Paul ont déjà été primés les années précédentes.

Cette année il faut rédiger un texte d'une page incluant entre dix et quinze titres de romans achetés par la bibliothèque.

La liste des titres est la suivante :

AEV 1617-08 Encres d'automne

14 novembre 2017

De Rimbaine à Verlaud.3, Forêt automnale / Jean-Paul

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

                                                                                                      Saint-Pétersbourg, le 15 novembre 2017

Mon cher Paul

J’ai toujours cette musique dans la tête, « Nathalie » de Gilbert Bécaud, et c’est d’autant plus idiot que je suis à Saint-Pétersbourg et non à Moscou. Qui plus est mon guide ne s’appelle pas Nathalie mais Gabrièle. Oui, je sais, ça ne fait pas très russe non plus comme prénom.

Je t’écris pour t’annoncer que nous avons trouvé, dans la salle de bal du palais de l’Ermitage, le tableau dont tu nous avais parlé. Il est, paraît-il, d’un certain M. Piekielny et représente un paysage de forêt automnale. Le phénomène que tu m’as indiqué s’est reproduit à merveille. J’ai dit à Gabrièle :

- Frappe-toi le cœur trois fois en prononçant le mot "ardeur" et nous nous retrouverons ensemble dans ce tableau !

Nous avons fait cela et soudain la liberté de délirer s’est emparée de moi.

IL 171113 forêt d'automne peinture à sec

J’étais devenu un jeune chevalier en armure et en quête de l’épée de vérité. Je devais la ravir à la sorcière Bakhita et la remettre à ma reine bien-aimée. Mais avant cela, comme il est de tradition dans ce genre de contes, il me fallait subir un certain nombre d’épreuves redoutables : affronter le géant Zabor, soulever et déplacer les huit montagnes de l’Altaï, couper trois griffes au dragon Tchoudo-Youdo, etc. Je te fais grâce des détails pour te perdre un peu moins mais dis-toi que je sais désormais comment vivre en héros même si, après tous ces exploits, ça s’est encore compliqué. Car sur le chemin du retour je me suis aperçu tout à coup que Gabrièle ne m’avait pas accompagné, qu’elle était absente de l’aventure.

IL 171113 chevalier bilibine

Lorsque je fus rendu au château je remis à la reine, devant toute la cour assemblée, les trois griffes du dragon et l’épée de vérité. Sa Majesté me demanda ce que je désirais en récompense. Je lui répondis qu’il était dans la nature des choses que je refusasse les cadeaux et que, simplement, je ressortisse du tableau et retournasse dans la réalité qui était la mienne. La reine éclata de rire et toute la cour suivit son exemple.

- C’est la légende d’un dormeur éveillé que tu nous contes là, chevalier Arthur ! me répondit la reine. Il n’y a qu’une réalité ici et c’est la nôtre ! C'est comme si tu nous racontais que je est une autre !

Tu imagines bien, j’espère, mon cher Paul, combien fut grand mon désarroi. Heureusement pour moi l’épée de vérité se leva de la table où on l’avait posée. Elle se mit à flamboyer, à venir tourner autour de ma tête et je m’apprêtais déjà à rédiger mon autopsie quand l’objet magique s’immobilisa et me glissa à l’oreille :

- Tire-lui la tresse gauche !
- Euh ? Côté cour ou côté jardin ?
- Ia nié ponimaiou ? Je ne comprends pas ?
- La tresse gauche, c’est celle qui est à ma droite ?
- Oui, espèce d’idiot ! Tire-la vite !

Alors, sans craindre aucunement de commettre un crime de lèse-majesté, je m’approchai de la reine et lui tirai les cheveux comme on le faisait jadis dans les cours d’école et… je me retrouvai dans la salle de bal du Musée de l’Ermitage. Mais seul, désemparé et encore hanté de ces hérésies glorieuses : Gabrièle avait disparu et le paysage d’automne du tableau aussi : à sa place on voyait une fille dans la jungle. Elle tendait les bras devant elle comme pour sortir d’un labyrinthe, comme si elle était au fond de l’eau d’un aquarium et cherchait à briser la vitre en la poussant. Et, bien sûr, elle avait le visage de Gabrièle !

A l’accueil du musée j’ai été pris en charge par Mercy, Mary, Patty et Irina, les guides interprètes stagiaires. La dernière parlait un français impeccable. Elle m’a annoncé que Gabrièle en avait eu marre de m’attendre et que je la retrouverais au café Pouchkine pour y prendre un chocolat sur le coup de dix-sept heures.

Pour le tableau je n’avais pas à m’inquiéter. Les conservateurs de cette vénérable institution étaient au courant du phénomène. Ce mystérieux M. Piekielny l’avait peint avec des encres d’automne fabriquées par lui : une décoction de feuilles mortes, de couleurs changeantes, de matières mouvantes et il avait versé dans ses godets trois verres de vodka. Cela expliquait la nature mouvante et kaléidoscopique de la toile.

L’autre explication étant que depuis que je suis à Pétrograd qui est devenue Leningrad puis Saint-Pétersbourg, j’en bois moi aussi trois à l’apéro du midi et six au repas du soir, des verres de vodka.

Do svidania et Na zdorovié, cher Paul !

8 novembre 2017

Deux mecs / Eliane

C'est histoire de deux mecs.

Leur plaisir c'était de se balader le long de la rivière. Le paysage était époustouflant à admirer sous la légère brume si fréquente à cet endroit.

Le premier, Aladin, avec sa verrue sur la joue n'avait pas le physique d'un jeune premier et ne faisait rien pour s'arranger. Du 1er janvier au 31 décembre il traînait son vieux pantalon élimé. On racontait que dans sa jeunesse il avait séduit une mineure. L'affaire avait fait grand bruit et il avait fait un peu de prison. Cette histoire était loin et actuellement on ne lui connaissait aucune attache. Il se sentait libre et vivait à sa guise. Il aimait quand même bien son pote Madelain et passait beaucoup de temps avec lui.

Madelain présentait un meilleur aspect que son ami mais son cerveau ne dépassait pas la taille d'une petite amande. Son vocabulaire était succinct et il appelait tout et n'importe quoi « bidule », ce qui obligeait les neurones d'Aladin à une certaine gymnastique pour saisir le sens de ce que son compagnon voulait dire.

« Tu entends le bidule dans les bidules ? » pouvait vouloir dire : « Tu entends le merle dans les arbres ? ».

AEV 1718-07 cochon-d-inde-race-animal

Bref, on les voyait très souvent et toujours par paire. Ils pouvaient être indifféremment concentrés au-dessus d'un nid de fourmis ou faisant les fous dans le vieux lavoir mimant le battoir du plat de leur main. Ils en repartaient trempés jusqu'aux os, riant comme des baleines.

Un jour qu'ils contemplaient de pauvres petites bêtes en cage dans une animalerie, Madelain se mit en tête de libérer un cochon d'Inde. Comme ce dernier, affolé, refusait de sortir, Madelain voulut l'attraper, il plongea sa main dans la litière et en ressortit...un pouce !

- Aladin, tu as vu ce bidule ? ».

Aladin effaré courut avertir le vendeur qui s'empressa d'aller prévenir le patron, propriétaire des lieux.
Ce dernier portait un pansement en forme de grosse poupée à la main gauche. Il s'écria : « Ah, mon pouce ! Je me demandais bien où je l'avais perdu ! ». Madelain roulait de gros yeux incompréhensifs. Aladin dit : « Je crois qu'il est un peu tard pour le recoller, mais tentons quand même. Avez-vous de la glace pour l'emballer ? Allons vite à l'hôpital ! ».

Dans la voiture le propriétaire de l'animalerie et du pouce vagabond ainsi que son vendeur tentèrent de raconter la mésaventure en se coupant la parole abondamment et en parlant en même temps. Il en ressortit que la main se trouva malencontreusement sous la scie circulaire découpant de petits rondins pour la fabrication d'une nouvelle cage.

AEV 1718-07 pouce

L'homme n'avait pas eu mal tout de suite, étant très occupé par les soins à donner aux animaux. Son vendeur affolé par tout le sang qui coulait de la blessure l'alerta. A ce moment l'homme ne savait plus ce qu'était devenu son pouce. Ils avaient donc fait un pansement de fortune et ils s'en étaient tenus là.
Il était un peu tard pour une greffe mais le chirurgien fit des merveilles et le pouce fut remis à sa place.

Lorsque Madelain vit ce pouce recollé à sa place sur la belle main ferme, il s'exclama la mine réjouie : « Ah, monsieur, votre bidule ! ». 

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8 novembre 2017

Consigne d'écriture 1718-07 du 7 novembre 2017 : Anagrammes de deux mecs

Anagrammes de deux mecs

 

AEV 1718-07 coluche

Composez dix mots de cinq lettres ou plus avec ces sept voyelles et ces huit consonnes.

A A B D E E I I L M N R R U V


Nous les mettrons en commun avec ceux de la liste ci-dessous et écrirons sur le thème (ou avec l’incipit) « C’est l’histoire de deux mecs… » en incluant dans le texte au moins dix des mots de la liste complète

Admirai - Ambre - Amiral - Animalerie - Badine - Baladin - Baliverne - Baudrier - Bermuda - Braderie - Braire - Brame - Brame - Brimade - Buanderie - Débine - Délabré - Drame - Embué - En_braille - Endive - Imbu - Ivre - Lambada - Laverie - Limbe - Madré - Merlin - Mir_laine - Miraud - Rambarde - Ribaude - Rimbaldien - Rime - Rire - Verrine –

Mots récoltés au cours de cette séance :

Abîmer - Admirer - Aladin - Album - Amande - Amener - Amiral - Armée - Armure - Avaleur - Avenue - Baderne - Badiner - Balader - Bande - Bander - Bardamu - Barde - Bardée - Barré - Bavarde - Bedeau - Bidule - Blair - Blairer - Blâmer - Bleu - Brider - Brimade - Brume - Débile - Délire - Délirer - Délivrer - Diluer - Diminuer – Eau minérale - Eliminer - Idéal - Ivraie - Laridé - Levure - Libérée - Libre - Livide - Livre - Lumière - Luminaire - Madelain - Malin - Mardi - Mari - Mauve - Médire - Menue - Merle - Meunier - Milieu - Mineur - Murée - Navire - Nervi - Nervure - Neuve - Raide - Rameur - Rami - Ravier - Raviné - Reluire - Réveil - Rêver - Revue - Rideau - River - Rivière - Rumine - Uriner - Valeur - Valide - Vermeil - Vermine - Verrue - Veule - Vibrer - Videur - Virade


N.B. Le fait que les lettres de départ sont celles de 
RIMBAUDVERLAINE
n'est révélé au groupe qu'à la fin de la séance ! 
;-)

AEV 1718-07 Henri_Fantin-Latour_-_By_the_Table_-_Google_Art_Project

7 novembre 2017

Bardamu et Lanervure / Jean-Paul

171026 Nikon 008

C’est l’histoire de deux mecs. Je sais, chères amies du mardi, ce n’est pas idéal pour faire rêver, un incipit pareil !

Les deux mecs, le délabré et le baladin, quand le videur les amène dans le rond de lumière, on voit bien qu’ils n’ont pas bu que de l’eau minérale !

Le premier s’appelle Bardamu. Il a une tête de bedeau livide, pâle d’avoir dansé le laridé jusqu’à épuisement. Il a l’air de ruminer sa vengeance car quelqu’un lui a délivré un méchant gnon et il saigne de la lèvre.

Au fest-noz par ici, avec ou sans sosie d’Assurancetourix, ça barde ! Le nervi ne badine pas avec le blaireau, surtout s’il est aviné et taquin. Ici, sans vouloir médire, on cogne assez facilement sur le blair du débile en bermuda mauve !

Le deuxième s’appelle Merlin Lanervure. C’est autre chose comme vermine ! Un mineur de seize ou dix-sept ans, une espèce d’Aladin qui se fait reluire à la moindre occasion, un petit branleur, quoi ! On ne se lasserait pas d’admirer son œil bleu et gaulois, sa livrée idéale d’amiral en goguette, son air madré de type imbu qui a déjà avalé plus d’une brimade et culbuté maintes ribaudes en buanderie. S’il n’était pas accompagné de l’autre endive à barbe folle, on l’imaginerait bien en chef de bande malin à la tête d’une armée de ramiers veules prêts à partir en live, à libérer du délire vil, viril et velu, à mouliner à vent et à coups de chaînes de vélo au moindre signal du jeune merle.

Mais pour l’heure le videur reste calme sous son luminaire. On ne sait lequel des deux buveurs est le plus abîmé, le plus barré. Bardamu est parti éliminer sa bière : il urine contre la rambarde du pont sur la Vilaine. Lanervure brame des balivernes aux étoiles comme quoi un navire enivré ne se sent plus bridé par les valeurs.

Bref c’est l’histoire de deux mecs qui terminent leur nuit débridée en virade au drame ordinaire. Rien d’exceptionnel à mettre dans l’album cette nuit. Et zut !

171026 Nikon 081

Le lendemain matin, à onze heures, Bardamu se sent comme enfermé dans une armure de plomb au réveil ! Il se lève, tire le rideau et la tronche. Une brume épaisse a envahi la ville. Pas moyen de trier le bon grain et l’ivraie. Ah la débine ! Il s’aperçoit qu’il a vomi sur la moquette vert amande de la chambre.

Merlin Lanervure pionce encore parmi ses livres et ses revues, le visage raviné et le sexe raide, en train de bander, au milieu de cette animalerie qu’est devenu leur gourbi.

Bardamu aimerait bien se libérer de l’emprise de Merlin. Ne ferait-il pas mieux de se barrer, d’aller se balader le long de la rivière, de mettre un terme à cette braderie sans rime ni raison de leurs jeunes années ? Après tout, n’est-il pas le mari d’une jeune femme, enceinte, un peu sotte, très bavarde, certes, mais qui pourrait dire, elle, où se trouvent le Mir laine et l’Alka-Seltzer ?

Bardamu et Lanervure…

Quelqu’un leur a jeté un sort à ces deux mecs. Ils sont les victimes d’un maléfice puissant.

Un peu comme Verlaine et Rimbaud, si vous voyez ce que je veux dire !

AEV 1718-07 Henri_Fantin-Latour_-_By_the_Table_-_Google_Art_Project

18 octobre 2017

Consigne d'écriture 1718-06 du 17 octobre 2017 : Comment j'ai adopté un dragon

Comment j'ai adopté un dragon

 

1718-06 adopte un dragon IMG_0408

1718-06 adopte un dragon IMG_0408Il s'agit d'un jeu de cartes et de dés d'Yves Hirschfeld et Fabien Bleuze édité par "Le Droit de perdre".

Chaque écrivant lance les deux dés verts. Prenons un exemple : s'il obtient un et quatre, on convient qu'il peut avec ces chiffres écrire les nombres quatorze et quarante-et-un.

L'animateur regarde sur une des quatre cartes du jeu ce qui correspond à ces nombres :

14 Moi aussi, j'ai marché sur la Lune

41 Je crois qu'on m'a jeté un sort

L'écrivant choisit entre ces deux incipits/thèmes de l'histoire et enreprend de la relater.

1718-06 adopte un dragon IMG_0408 3Toutes les sept minutes l'animateur lance un dé. On doit alors inclure dans son histoire les petits mots qui sont apparus.

Pour cette séance les mots à inclure ont été : 

Quand j'étais petit
Et croyez-moi
Quand soudain
Mais ce n'est pas si grave
Et comme par magie

 

17 octobre 2017

Une invention royale / Jean-Paul

C’est moi qui ai eu la fève ! Alors, du coup, je suis devenu le roi de la fête. Et j’ai inventé le pays où personne ne sait comment faire.

1718-06 problèmes de robinet

C’est un pays très rigolo. Les gens qui l’habitent regardent des séries américaines. Ils voudraient bien arrêter de les regarder mais ils ne savent pas comment faire. Chaque saison comprend dix épisodes de vingt-six minutes. Pour calculer la durée d’une saison, et donc le temps qu’on a perdu à regarder des idioties, personne ne sait comment faire.

Bien sûr, vous qui n’habitez pas ce pays-là vous savez qu’il faut multiplier 26 par 10 et que ça fait 260 minutes. Mais pour savoir combien d’heures ça représente, au pays où personne ne sait comment faire, personne ne sait comment faire.

Dans ce pays-là, personne ne sait qu’une heure contient soixante minutes et qu’on obtient le nombre d’heures en divisant 260 par 60. Quand j’étais petit, à l’école, on nous donnait des problèmes de calcul de ce type et d’autres où deux trains partaient à la rencontre l’un de l’autre en traversant la nuit dans une salle de bain où la baignoire fuyait en traversant le plancher. Il fallait calculer l’heure à laquelle le voisin du dessous appellerait les pompiers pour signaler une flaque inattendue sur son tapis persan.

A l’époque les instituteurs et institutrices devaient avoir eux aussi hérité de la fève et inventé le même pays que moi parce que dans la classe personne ne savait jamais comment faire pour trouver la solution.

Mais revenons à notre loi des séries. Ce feuilleton-là a duré six saisons. Et, croyez-moi, on a eu bien du mérite à regarder tous les épisodes. Parce que, tout du long, c’est rien que des histoires de filles. Des filles qui vivent dans le pays où personne ne sait comment faire. Comment faire pour devenir écrivain alors qu’on ne fait que regarder des vidéos sur Youtube, appeler sur son smartphone les copines pour aller de fête en fête, danser, boire, baiser, vomir, danser, boire, baiser, vomir, danser, boire, baiser, vomir ? Comment faire pour maigrir en s’empiffrant de bonbecs, de hamburgers et de glaces ? Comment faire pour perdre sa virginité au Japon quand soudain, au moment de passer à l’acte, le téléphone du partenaire fait retentir un « Cocorico » bien sonore annonçant que c’est l’heure de la cérémonie du thé ?

Girls saisons 6

C’est vraiment très frustrant, « Girls » - car ces histoires de filles s’appellent « Girls » - parce que moi, j’ai beau avoir eu la fève, je n’ai pas inventé le pays ou j’ai vingt-sept ans et du coup je n’ai pas les réponses à ces questions que je ne me pose pas ou plus. Même dans la réalité, dans le pays où tout le monde sait comment faire, je ne sais pas comment on fait quand votre père quitte votre mère pour vivre avec un homme. Je ne sais pas comment on fait pour vivre en colocation avec un ou une homosexuel-le. Est-ce qu’il faut manger vegan ? Est-ce qu’on peut parler de médecine à table ?

« Mais ce n’est pas si grave » va-t-on me rétorquer. Il y a sept milliards d’individus sur cette planète, dans ce monde où tout le monde sait quoi faire. Il y en a qui meurent de faim, qui fuient leur pays en guerre et tout ça c’est de la fiction imaginée par des gosses de riches américains qui s’ennuient et s’enrichissent grâce à leur autofiction et donc tu es bien idiot d’avoir consacré…

Alors, nous disions donc : six saisons à quatre heures et vingt minutes ça fait six fois quatre vingt- quatre, six fois vingt cent vingt, divisé par soixante, égale deux, vingt-quatre plus deux… Vingt-six heures, dites donc !

Et comme par magie, au cours des six derniers mois, j’ai passé vingt-six heures dans un pays que je viens juste d’inventer ce soir, à l’instant !

La prochaine fois que j’ai la fève, promis, je l’avale ! Ca évitera à Lena Dunham / Hannah Horvath de restée plantée sur Facebook ou Twitter avec sa couronne de reine des pommes ! Notez que je ne lui en veux pas d’être le pendant féminin de Woody Allen et donc, très logiquement, la nouvelle coqueluche de Télérama. Vous savez, la coqueluche de Télérama, celle qui donne toujours des boutons à qui ne prend pas ses distances. Je ne lui reproche même pas son usage immodéré des mots « fuck » ou « fucking » dans chacun des dialogues de ses personnages. Je ne m’étonne même pas qu’elle enfonce, à l’épilogue, les portes ouvertes du crédo féminin-féministe à la mode : « Fuck les mecs ! Je fais un enfant pour moi-toute seule ! Et tant pis si c’est un accident de contraception et que je vis avec lui au pays où personne ne sait comment faire ! ».

Je m’en veux juste, à moi, d’être resté collé aussi longtemps dans une toile d’araignée. Vous vous rendez compte du nombre de bouquins sur Rimbaud que j’aurais pu lire pendant ces vingt-six heures ?

N.B. Les incipit que le sort m'avait attribués : "C'est moi qui ai eu la fève" et "Je suis resté collé dans une toile d'araignée"

17 octobre 2017

Parents déficients / Eliane

Un jour j'ai dû punir mes parents.

Ca devenait insupportable, ils n'en faisaient qu'à leur tête.

Ils s'étaient mis à sortir le soir. Ils trouvaient que depuis ma naissance ils m'avaient consacré suffisamment de temps et qu'ils avaient maintenant le droit de vivre leur vie. Je n'avais que 10 ans !!!

AEV 1718-06 les-miserables-annie-leibovitz-vogue-sacha-baron-cohen-helena-bonham-carter

Ils n'avaient donc jamais appris que lorsqu'on met un enfant au monde on en prend pour perpète ? Ils estimaient être dans leur droit et me laissaient seule devant une pizza surgelée que je devais moi-même réchauffer au micro-onde pendant qu'ils allaient dîner en amoureux dans un bon petit restaurant.

Et s'il y avait eu un incendie ? Et si un voleur s'était introduit dans la maison ? Et si j'avais été kidnappée contre une rançon ? Ou enlevée par un pédophile ? Quand j'étais petite je n'avais aucune défense, je faisais confiance à tout le monde. Alors, dans ces cas-là, ils auraient eu bonne mine, mes parents, hein !

Je m'acquittais de ma dînette sur un coin de table de la cuisine car bien sûr je n'avais pas le droit de regarder la télé ; d'ailleurs je ne savais pas la mettre en marche et je me réfugiais bien vite sous ma couette. Je n'étais pas rassurée, le moindre bruit me paraissait suspect.

Le lendemain matin, à l'heure de me préparer pour l'école, je me retrouvais encore toute seule car bien sûr ils dormaient encore. Je n'ai jamais bien su à quels moments ils se rendaient au travail. Et croyez-moi j'ai échafaudé des tas de scénarios. C'étaient peut-être de sombres trafiquants qui revendaient des marchandises volées ou, pire, qui dealaient de la drogue ? Peut-être étaient-ils des rentiers qui avaient fraudé le fisc et amassé un pécule confortable ?

Mais qui étaient donc mes parents ? Le week-end je ne les voyais pas non plus. Ils partaient avec une bande d'amis pour de longues randonnées, des pique-niques géants ou de longues balades à vélo. Et bien sûr je n'étais jamais conviée à ces sympathiques escapades.

Plusieurs années ont passé sur ce rythme monotone. J'ai eu quatorze ans, quinze ans. Je les voyais à peine, en coup de vent, ne leur parlais pratiquement pas. Heureusement j'avais des copines et des copains pour un semblant de vie sociale.

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Quand soudain, en pleine année scolaire, ils me déclarèrent qu'ils partaient pour plusieurs semaines, voire plusieurs mois en Australie.

J'aurais pu m'accommoder de cette situation, j'avais l'habitude de gérer seule ma vie quotidienne mais ce soir-là je décidai que la coupe était pleine. Je leur dis simplement : « Fort bien ! » et les laissai partir sans plus de cérémonie. Mais ce n’'est pas si grave, pensais-je, qu'ils aillent au bout du monde, je réserve une belle surprise pour leur retour.

J'ai été très occupée pendant toutes les semaines de leur absence. J'ai commencé par porter tous leurs vêtements au Secours Catholique. J'ai effacé le disque dur de leur ordinateur. J'ai lacéré les rideaux, maculé le canapé et les fauteuils avec de l'huile de vidange. Emporté les tapis anciens à la décharge. Brisé les verres en cristal et la vaisselle de porcelaine. Fait de subtiles arabesques sur les papiers peints et peint les vitres en noir. J'aurais pu tout simplement mettre le feu à la maison, mais je préférais qu'ils constatent les dégâts.

Comme par magie ma rancoeur se dissipait pendant tous ces travaux et je me sentais étonnamment sereine. Je restai encore quelques jours dans ce domicile saccagé, n'occupant que la cuisine. Puis je peignis les vitres de cette dernière en noir, me préparai une valise, pris tous les bijoux de ma mère et me réfugiai chez une amie.

J'attendais avec impatience. Je jubilais de ce bon tour que je leur avais joué. Je regrettais simplement de ne pas être une petite souris cachée dans un trou pour jouir de la tête qu'ils allaient faire à leur retour.
C'était une juste punition pour leur négligence, leur manque d'amour et d'attention qu'ils avaient eu pour moi durant toutes ces années.

Et bien sûr ils ont été fous furieux.

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