
Le 24 avril 2018, j'ai plus de 65 ans, je bénéficie donc d'un tarif préférentiel dans les cinémas, au musée, dans les zoos, dans les parcs d'attractions, etc.
Aujourd'hui j'ai rendez-vous chez mon médecin pour une visite de routine. Et voilà que cette jeune femme, qui pourrait être ma fille, me parle comme elle le ferait avec sa mère. Les questions fusent sur mon état de santé : sommeil, activités physiques pratiquées, alimentation, vie sociale, puis l'examen approfondi : la bouche, les oreilles, les seins, le pouls, tout y passe.
Mais enfin je vais finir par me sentir en mauvaise santé, moi qui n'étais venue que pour une simple ordonnance rituelle pour me permettre de réguler ma thyroïde.
Je lui demande pourquoi tant d'attention, de prévenance, de questions que j'estime inquisitrices. Et elle de me répondre :
- Mais enfin ma petite dame (je n'aime guère cette condescendance un peu exacerbée), vous arrivez à un âge où il est bon de faire un bilan, de repérer ce qui pourrait dégénérer en maladie grave.
- Enfin Docteur, je vais bien, je n'ai guère de maux et le moral est au beau fixe ; sauf depuis votre interrogatoire.
- Je comprends, chère Madame, mais vous savez, vous n'êtes plus toute jeune !
Pour finir je me retrouve avec une ordonnance d'une page entière et des examens de sang à jeûn, sans compter des rendez-vous à prévoir pour tel ou tel spécialiste.
Ma zénitude de cette matinée ensoleillée à quasiment disparu ! Moi pour qui tout allait bien, je m'interroge à présent sur ce qui pourrait ne pas aller bien.
Heureusement à la sortie du cabinet médical, je retrouve mon vélo, mon compagnon de route et je repars le cœur léger comme lorsque j'avais 20 ans et que je roulais à solex sur les routes de campagne pour rejoindre les copains.
***
A quoi reconnaît-on que l'on est resté jeune ?
Après quelques coups de pédales je me retrouve sur la piste cyclable qui mène au canal, je prends le chemin de halage et je m'en vais suivre les berges.
J'oublie l'épisode de la visite médicale, je n'ai qu'une idée en tête, rouler, pédaler, atteindre le moulin où je pourrai me reposer sur un banc, prendre un bouquin et m'évader l'esprit.
Comme il fait beau, je m'allongerai dans l'herbe fraîchement coupée, sans complexe. J'aurai peut-être un peu de mal à me relever, mais je risquerai, le ridicule ne tue pas.
J'ai 65 ans, je me roulerai dans l'herbe pour me remettre debout et reprendrai mon vélo avec un sentiment de liberté et de jeunesse retrouvée.